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vendredi, 04 janvier 2013

INCROYABLE MAIS VRAI: CHRIS BROWN, RIHANNA, LES KORAS, HAMED BAKAYOKO, ALASSANE OUATTARA ET LE DRAME DU PLATEAU!

 

 

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Tout commence lorsque le promoteur des Koras, Monsieur Ernest Adjovi contacte l’entourage de Chris Brown pour un double concert à Abidjan dans le cadre de la célébration de la musique africaine. L’évènement est financé à hauteur de 1 milliard de francs   CFA par le gouvernement ivoirien et le cachet du jeune loup de la musique américaine s’élève à 500 millions de nos francs pour ces deux spectacles : la prestation au stade Félix Houphouët Boigny et à la cérémonie de la remise des Koras à l’hôtel Ivoire.

L’anniversaire de Ouattara et son cadeau

Les koras coïncident cette année avec l’anniversaire du chef du régime ivoirien Alassane Ouattara qui serait né le 1er Janvier à Dimbokro. Hamed Bakayoko, son ministre de l’intérieur en délicatesse avec son patron depuis quelques semaines à cause du don de 12 millions à des policiers qui avaient abattu des braqueurs présumés (ce don avait en effet soulevé un grand tolet dans l’opinion nationale et international – le célèbre magazine panafricain Jeune Afrique y avait consacré un article retentissant) y voit un moyen de se faire pardonner sa bourde sachant son mentor très attiré par ce genre de mondanité.

Contact est donc pris avec l’artiste afin de programmer une soirée privée. Mais en plus de Chris Brown, Hamed Bakayoko souhaite la présence de Rihanna, la petite amie à l’artiste qui est aussi mondialement connu pour ses chansons à succès. Le deal est conclu: Chris Brown sera présent à l’anniversaire d’Alassane Ouattara avec sa petite amie Rihanna pour un cachet de 10 millions de dollars – nous n’inventons rien en ce qui concerne le montant et cela est vérifiable sur ce site internet américain qui relaie l’information à propos du concert privé:

(http://hollywoodlife.com/2012/12/31/chris-brown-rihanna-new-years-eve-concert-africa/)

Même s’il ne précise pas le client pour lequel il a convié 800 invités prestigieux à la très select station balnéaire d’Assinie, située à 80 km d’Abidjan.

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Le fiasco des Koras, l’anniversaire du Chef et le drame du Plateau

La cérémonie des Kora organisée en terre ivoirienne est un vrai fiasco. Le gouvernement ivoirien qui a fortement politisé cet événement culturel en le vendant comme un moyen de ‘’repositionner la Cote d’Ivoire’’ à l’international n’a que ses yeux pour pleurer. Les ivoiriens, comme s’il s’étaient passé le mot boycottent l’événement non seulement à cause du prix exorbitant des tickets d’entrée mais aussi parce qu’ils estiment que ce n’est pas la réponse adéquate aux problèmes quotidiens qui les assaillent. Les artistes africains tels que Patience Dabany venus pour l’événement retournent chez eux sans y avoir participé dénonçant le report de la date dû au retard de Chris Brown. Le stade Félix Houphouët Boigny malgré la gratuité décrétée tard dans la soirée pour faire le plein reste désespérément vide. La salle de l’hôtel ivoire est clairsemé et pire des humiliations, Chris Brown n’y met pas les pieds. Cela n’entache cependant pas la détermination du ‘’milliardaire africain’’ qui tient à faire plaisir à son chef comme à l’époque féodale.

C’est donc dans la gaité que Alassane Ouattara et ses invités passent la nuit du 31 décembre 2012 entre les mélodies de Chris Brown et les déhanchés sexy de Rihanna tandis que les ivoiriens sont invités à un feu d’artifice géant dans la commune du Plateau par le district d’Abidjan. Obnubilé par la réussite de la fête du chef de l’état, Hamed Bakayoko, le ministre de l’intérieur ‘’oubliera’’ de prendre les dispositions nécessaires pour assurer la sécurité des nombreux ivoiriens qui ont fait le déplacement cette nuit là.

Et le drame se produit…

Conséquence de la légèreté du ministre de l’intérieur, les ivoiriens sont assommés le matin du 1er janvier en apprenant que 60 personnes ont péri dans une ‘’bousculade’’ lors des feux d’artifice du Plateau qui ont aussi entrainés 200 blessés. C’est la désolation au sein de la population qui s’explique difficilement le peu de sérieux que le régime Ouattara accorde à leur sécurité. Pendant ce temps, aucune sanction n’est prise au sommet de l’état. Bien au contraire le régime promet deux feux d’artifice pour l’année prochaine avec peut être Madona à l’anniversaire du Grand Chef. Pendant que les ivoiriens pleurent leurs morts, et constatent l’augmentation du prix du carburant et du gaz butane, Chris Brown quitte Abidjan avec sa belle Rihanna à bord d’un jet privé affrété par le ‘’milliardaire africain’’ sous le coup de 13h GMT avec ses 10 millions de dollars.

 

Sur la page Facebook Jacques Roger Show

 

Source: Le blog de Steve Beko

dimanche, 04 novembre 2012

LA GUERRE QUI VIENT - DE LA CONTRE-INSURRECTION RURALE A LA CONTRE-INSURRECTION URBAINE

 

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1 - Une nouvelle configuration géostratégique
 
«La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens» (Clausewitz). La technologie la plus sophistiquée constitue la modalité contemporaine de la guerre. Il n'y a pas une essence supra-temporelle de la guerre. Une essence qui échapperait à ses déterminations historiques. La guerre est un phénomène social total qui connaît de profondes métamorphoses. Aujourd'hui on parle même de guerres propres. De frappes chirurgicales. Orwell dirait la paix c'est la guerre et réciproquement.
 
La gauche radicale n'a pas l'habitude de s'intéresser à la politique militaire. Pourtant la guerre est partout. Non seulement sur les champs de bataille. Mais aussi sur les écrans et les consoles de jeux. A tel point qu'on pourrait parler d'un complexe militaro-industriel-ludique. La guerre est devenue un divertissement à part entière. Nos villes s'équipent insidieusement pour la guerre. Une guerre de classe. La mondialisation marchande est une mondialisation armée.
 
Ce que je voudrais montrer c'est qu'une nouvelle stratégie militaire se met en place à l'ombre des états impérialistes. Stratégie qui construit ses propres cibles et délimite un nouvel espace géographique et mental. Pour contrer la baisse  tendancielle du taux de profit, le capital investit massivement dans les  armes de haute technologie. Cette réorientation stratégique de l'impérialisme s'inscrit dans un contexte marqué par:
 
- La fin de la guerre froide.  L'effondrement de l'URSS semble dégager l'horizon pour une l'hégémonie américaine. Une hégémonie aujourd'hui fragilisée. Du même coup, l'ancien ennemi s'évapore (le péril rouge). Il faut reconstruire un  ennemi adaptée à la nouvelle donne géostratégique et incarnant le mal absolu.
 
- L'approfondissement de la crise provoquée par la financiarisation de l'économie. A noter qu'aux Etats-Unis le taux de profit décline dès septembre 2006. C'est à dire bien avant la crise. Il y a conjonction entre une crise économique mondiale et une crise de la domination américaine.
 
- Le développement exponentiel des nouvelles technologies qui permettent de classer, repérer, poursuivre et cibler. Ces nouvelles technologies constituent l'un des vecteurs de la mondialisation libérale.
 
- Le déplacement des conflits des zones rurales vers les zones urbanisées ou semi-urbanisées des grandes métropoles en voie d'expansion. Bref du Vietnam on passe à Bagdad, Kaboul, Gaza. Demain: Téhéran? J'y reviendrai.
 
Depuis 2001, La notion de «guerre illimitée au terrorisme» a pour horizon une guerre civile impitoyable et sans fin. La guerre est à elle-même son propre but. La guerre devient permanente et se fragmente en guerres régionales. Guerres régionales qui mettent en oeuvre des forces non-étatiques. La guerre recourt de plus en plus aux troupes mercenaires. Ces dernières représentaient en 2005, la deuxième force d'occupation en Irak.
 
Si la guerre devient illimitée dans l'espace et dans le temps, l'ennemi n'est plus qu'un monstre insaisissable. Un monstre qu'il faudra finir par exterminer. Aucune paix n'est possible. Le terroriste  échappe à tout statut juridique ou social. Il est un criminel pathologique. Rien ne s'oppose à sa liquidation. La notion de guerre au terrorisme permet d'évacuer toute dimension politique des conflits. La mondialisation libérale suscite d'ailleurs une crise sans précédent du politique. Non pas que l'intervention de l'Etat soit devenue inutile. Etat qui serait réduit à son rôle purement régalien. Au contraire. «La concurrence libre et non faussée» ne peut s'exercer qu'à partir de l'intervention de l'appareil d'Etat. Intervention législative, juridique, policière, militaire. L'économie de marché n'est pas une donnée naturelle mais une construction étatique. Dans le cadre du néolibéralisme, le capital financier s'associe à l'Etat afin d'élaborer de nouvelles règles de fonctionnement.
 
Dans un premier temps je montrerai comment on est passé du rural à l'urbain. Les cibles militaires de l'impérialisme ne sont plus directement situées dans les rizières, les forêts ou les terres arides mais plutôt dans les villes, les banlieues, les ghettos, bidonvilles et favelas. Puis dans un deuxième temps, je montrerai comment la capital financier a structuré un nouvel urbanisme placé en permanence sous contrôle. La guerre robotique met en oeuvre les nouvelles technologies permettant de cibler et de tuer ce nouvel ennemi abrité dans les profondeurs des nouvelles mégalopoles. Enfin, nous verrons justement comment «la stratégie du choc» parfaitement analysée par Naomi Klein permet d'éclairer la nouvelle politique militaire de l'impérialisme.
 
2 - Du rural à l'urbain
 
Les guerres coloniales se déroulent dans un environnement principalement rural (Indochine, Algérie, Vietnam). L'ennemi est un indigène-partisan (Viêt, guérilléro, fellagha) enraciné dans son milieu. Cet ennemi ne se distingue guère du civil. Il est caché au sein d'une population essentiellement rurale. Il se fait à la fois invisible et omniprésent. Durant la guerre d'Algérie, la DGR (Direction Générale du Renseignement) propose de quadriller le territoire algérien. Quadrillage qui consiste à répertorier l'ensemble des habitants, leurs lieux de vie et leurs mouvements pour les surveiller en permanence. L'objectif est de couper la population du maquis. Lors de la bataille d'Alger en 1957, le Dispositif de protection urbaine (DPU) a pour objectif de rationaliser l'emploi de l'armée en ville en mettant en oeuvre un quadrillage de la ville et, plus particulièrement, des quartiers musulmans. Ce dispositif devait éviter le retour en ville du FLN et favoriser la mobilisation en cas de crise. C'est d'ailleurs ce dispositif qui a constitué un des points d'appui du coup d'Etat du 13 mai 1958.
 
Face à la guerre froide, paniquée par la perte de l'Empire et la menace révolutionnaire, une partie de la classe dominante est convaincue de la nécessité du contrôle total de la population. La guerre coloniale devient le laboratoire de ce projet. Le général Allard déclarait en 1956 : «L'étude de la guerre révolutionnaire n'est pas, ne doit pas être l'apanage des seuls militaires, car la guerre révolutionnaire n'est pas dans son essence une guerre militaire de conquête territoriale, mais une lutte idéologique de conquête des esprits, des âmes.» La propagande devient une arme essentielle dans la contre-révolution.
 
Ce qui s'est passé à Paris le 17 octobre 1961 constitue un tournant. La manifestation de la  population musulmane a été gérée comme une véritable émeute armée. La police elle-même était armée. Il y eut planification systématique de la répression. La figure de l'indigène-partisan a été détruite  symboliquement et physiquement. A partir des années 1970, on reconstruit la figure de l'ennemi intérieur sur une base socio-ethnique. Désormais, l'espace urbain sera quadrillé par un dispositif militaro-policier qui va ouvrir la porte au modèle sécuritaire. A partir de 1990, à la suite des révoltes dans les quartiers populaires (Vaulx-en-Velin, Sartrouville, Mantes-la-Jolie et Meaux) les renseignements généraux se reconvertissent dans la surveillance «des subversions cachés dans les cités».
 
La défense opérationnelle du territoire (DOT) planifie la poursuite et l'élimination de l'ennemi intérieur depuis 1962. L'instauration du plan Vigipirate en 1978 accentue le quadrillage et la surveillance du territoire, intensifie les niveaux d'alerte, les patrouilles en armes et la psychose de peur. Il s'agit d'une politique délibérée de mise en condition de l'opinion publique.
 
Le colonel Jean-Louis Dufour, spécialiste de la guerre en milieu urbain écrit en 1992 dans la revue Défense nationale: «Terroriser et démoraliser l'adversaire et donc détruire ses cités sont deux exigences de la guerre totale... la ville est l'objectif majeur des guerres civiles.». Du 25 au 28 février 2008 se tient au Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie  un exercice commun gendarmerie-police-pompiers permettant de tester plusieurs opérations de maintien de l'ordre en milieu périurbain sensible. Sont employés: tireurs d'élite et véhicules blindés. Désormais c'est la vie urbaine qui est progressivement placée sous surveillance et militarisée. Ce phénomène va se développer et s'amplifier dans toutes les grandes métropoles américaines et européennes. Il s'agit maintenant de contrôler et de criminaliser les populations des grandes métropoles. Les banlieues françaises sont désormais considérées comme des «colonies intérieures».
 
Les années 1990 constituent un tournant. De 1989 à 2000, 23 émeutes dans le monde ont été déclenchées par la mort d'un jeune. La responsabilité des forces de l'ordre a toujours été engagée. On peut citer la France, les Etats-Unis, la Chine. La mondialisation et la hausse des prix alimentaires sont au coeur des émeutes à Kinshasa en décembre 1990. Les grandes villes de la république du Congo en septembre 1991 et janvier 1993, du Venezuela de mars à juin 1992, du Brésil, etc. sont le théâtre,  d'émeutes de la faim. En novembre 1999, le mouvement altermondialiste affronte les forces de police à Seattle. En 2001, c'est la manifestation contre le G8 à Gênes. Manifestation contre laquelle les forces de l'ordre mettent en place une véritable stratégie militaire. En France, c'est l'embrasement des banlieues de novembre 2005, les émeutes de Cergy, Saint-Dizier, Vitry-le-François et le Champ-de-Mars de Juin  2008, d'Asnières le 14 juillet. Entre 2006 et 2008, l'Etat assiège la ville d'Oaxaca au Mexique. Le port marocain de Sidi Ifni a fait l'objet d'un raid militaire à la suite d'un banal conflit sur l'emploi. La ville de Redeyef dans le sud tunisien, à la merci du monopole des mines de phosphate, a connu des émeutes alternant avec des offensives militaires pendant six mois, de janvier à juin 2008. Silence total des médias. Une nouvelle configuration de la révolte  se met en place. L'intervention des forces de l'ordre se militarise.
 
«Guerre aux frontières, ennemis à l'intérieur. Ennemis aux frontières, guerre à l'intérieur. La confusion des genres qui ouvre à la militarisation de l'action publique et à la déqualification symbolique de pans entiers de la population peut alors se généraliser. C'est exactement la logique qui a été adoptée par la politique du gouvernement français vis-à-vis des banlieues.»  Alain Bertho.

3 - Le nouvel urbanisme
 
L'espace urbain devient progressivement un point de focalisation déterminant de la lutte politique et de la guerre de classes. La ville constitue le lieu de valorisation par excellence du capital financier et symbolique. La financiarisation libérale colonise l'espace urbain. Au centre ville, on cherche à se retrouver entre soi. C'est le phénomène de gentrification combiné au développement des banques, bureaux, commerce de luxe, musées et  quartiers réservés. La mégalopole se construit ainsi par l'exclusion. David Harvey montre comment aux Etats-Unis, en 2007, «quelques deux millions de personnes, principalement des mères célibataires et leur famille, des Afro-Américains vivant dans les grandes villes  et des populations blanches marginalisées,  de la semi-périphérie urbaine, se sont vus saisir leur maison et se sont retrouvés à la rue. C'est ainsi que de nombreux quartiers des centres-villes et que des communautés périurbaines entières ont été dévastées à cause des prêts consentis par les prédateurs des institutions financières». Dans les mégalopoles des pays pauvres et émergents, les agences de développement financées par la banque mondiale bâtissent et protègent des «îlots de cyber-modernité au milieu des besoins urbains non satisfaits et du sous-développement général.» (Mike Davis). La mégalopole monstrueuse devient un lieu de relégation sociale. Elle est perçue comme une obscure menace par les classes dominantes. Désormais, la doctrine de la guerre sans fin renforce la militarisation de la vie urbaine. Les grandes métropoles mondiales organisent les flux financiers, façonnent le territoire et le développement géographique. «Avec leurs marchés boursiers, leurs technopoles, leurs salons de l'armement et leurs laboratoires d'Etat dédiés à la recherche sur de nouvelles armes, ces villes sont les cerveaux du processus actuel de mondialisation dans lequel la militarisation joue un rôle majeur.» (Stephen Graham). Les nouvelles techniques militaires urbaines  favorisent un urbanisme de plus en plus prédateur et permettent de mettre en place des infrastructures hypermodernes dédiées à la financiarisation, à la consommation de luxe et au tourisme. Du même coup, «les forces ennemies» se dissimulent dans l'environnement urbain et les zones industrielles. Il faut domestiquer la ville. Cette domestication passe par la mise en place d'une technologie hypersophistiquée. Ces techniques élaborées dans les laboratoires militaires transforment les armées occidentales en forces contre-insurrectionnelles high-tech. Chaque citoyen est une cible potentielle pouvant être identifiée et surveillée en permanence. Les grandes agglomérations mondiales deviennent potentiellement les principaux champs de bataille.
 
A noter que dans de nombreux pays occidentaux, les zones rurales et périurbaines sont devenues le coeur du militarisme et du patriotisme le plus archaïque. Stephen Graham remarque que les ruraux sont majoritaires au sein de l'armée américaine. Entre 2003 et 2004, 44,3% des soldats morts au combat au cours des opérations en Irak étaient issus des agglomérations de moins de 20 000 habitants. La culture militaire américaine se caractérise par la haine des villes imaginées comme des lieux de décadence. Mutatis mutandis, on peut rapprocher ce phénomène de l'implantation rurale et périurbaine du vote Front National en France. L'isolement géographique, la fragmentation sociale, la dissolution des rapports de solidarité favorisent la construction des réflexes de peur et des crispations identitaires.
 
Le nouvel urbanisme libéral doit tout à la fois valoriser et consolider les grands pôles économiques et financiers tout en contenant dans d'étroites limites les populations considérées comme dangereuses, capables de mobilisation sociales ou de terrorisme infrastructurel. Il faut séparer les grandes villes du nord des multitudes menaçantes situées au-delà des barrières urbaines. Les manifestations, la désobéissance civile, le militantisme syndical sont criminalisés et considérés comme des actes de guerre urbaine nécessitant une réponse militaro-policière adaptée.  D'où la mise en place des projets de guerre high-tech. Une guerre propre et vertueuse!
 
4 - Les villes sous contrôle
 
La puissance militaire doit se déployer aussi dans l'espace urbain. Pour les experts du Pentagone, il faut pouvoir identifier et suivre les «cibles de guerre non conventionnelles», telles que «les individus et les groupes insurgés ou terroristes qui ont la particularité de se mêler à la société».
 
La surveillance et le renseignement se concentrent désormais sur des techniques d'extraction de données, de pistage et de surveillance. La vidéosurveillance se démultiplie. Par exemple, les anglais sont surveillés par près de 2 millions de caméras. En France, les drones surveillent les Cités depuis plusieurs années. La biométrie, l'iriscopie, l'ADN, la reconnaissance de la voix, du visage, de l'odeur et de la démarche permettent de coder et de pister toute personne suspecte ou tout individu qui passera les frontières. Une agence américaine liée à la défense (Darpa) envisage de mettre au point un programme de détecteurs censés rendre les édifices urbains transparents. D'autres branches de la recherche militaire développent de nouveaux radars intégrés à d'énormes dirigeables qui survoleraient en permanence les villes occupées afin de réaliser des collectes massives de données. Des essaims de micro et nano-capteurs pourraient être lâchés dans les villes pour fournir de l'information aux armes automatisées. Des robots tueurs son déjà à l'oeuvre sur les terrains d'opération. En 2006, les premiers robots armés de mitrailleuses et contrôlés à distance ont été utilisés à Bagdad. En 2007, l'armée israélienne annonce que la frontière entre  Israël et Gaza sera la «première frontière automatisée» au monde avec des snipers robotisés.
 
L'armée américaine se concentre désormais sur les techniques de ciblage et de  géo-localisation par satellite. Une guerre appuyée sur les réseaux est envisageable. Cette guerre devient une guerre propre et indolore pour la domination militaire américaine. Bref, on assiste à un tournant high-tech et urbain de la guerre. Les systèmes de surveillance doivent permettre de scruter tous les détails de la vie quotidienne dans les zones urbaines. La première étape est constituée par la surveillance permettant d'alimenter les bases de données. Une deuxième étape est caractérisée par «le développement d'armes terrestres et aériennes robotisées qui, une fois connectées aux systèmes de surveillance et d'identification (…) seront déployées pour (…) détruire sans relâche et de manière automatique.» (Stephen Graham). Les chercheurs de l'armée américaine développent déjà le concept d'insectes robotisés et armés qui reproduiraient le vol des insectes biologiques. On pourrait même envoyer des essaims de micro-robots volants qui pourraient s'attaquer à l'ADN d'un individu et lui injecter des armes biologiques dans le sang. Il est vrai que la mentalité  américaine est fascinée par la littérature science-fictionnelle. Cette fascination est largement exploitée par le complexe militaro-industriel et par l'industrie du divertissement. La guerre robotique est partout. Dans les jeux vidéo, les films et les  romans.
 
Cette préparation à la guerre construit également des simulacres urbains destinés à conditionner et entraîner les futures troupes de l'impérialisme dominant. Une centaine de villes en miniature sont en construction autour du globe. La majeure partie se trouve aux Etats-Unis. D'autres sont situées au Koweït, en Israël, en Angleterre, en Allemagne et à Singapour. Elles simulent les villes arabes et les villes du tiers monde.  Ces villes artificielles mobilisent tous les clichés racistes: orientalisme de pacotille, magma labyrinthique, absence de société civile. Les insurgés sont coiffés de keffiehs et armés de kalachnikovs AK47 et de lance-roquettes. Ces villes ne sont que des théâtres opérationnels aptes seulement à recevoir les marchandises produites par les multinationales. En quelque sorte, ce sont des villes poubelles dépourvues de toute humanité. Il existe un simulacre électronique de Jakarta. Une portion de la ville de vingt kilomètres carrés a été numérisée dans tous ses détails avec une reproduction en trois dimensions. Une ville palestinienne a été reconstituée par des ingénieurs américains dans le désert du Néguev. Des jeux vidéo proposent même une réplique virtuelle de Bagdad. «L'armée américaine considère que jouer aux jeux vidéo est une forme d'entraînement militaire préalable tout à fait efficace.». Les systèmes de contrôle des drones s'inspirent directement des consoles Playstation. D'une certaine façon, la robotisation rend la guerre acceptable et la violence propre. La mort, le sang, la souffrance et les cris s'évaporent au profit du divertissement.
 
L'armée américaine s'inspire directement des pratiques israéliennes. La bande de Gaza est devenue un véritable laboratoire. L'armée israélienne y a expérimenté des nouvelles techniques de contrôle et de guerre anti-insurrectionnelle. Cette guerre s'accompagne du déni total des droits accordés aux populations palestiniennes. Le mur de béton érigé en Cisjordanie sert de modèle aux troupes américaines afin de quadriller les quartiers de Bagdad. Israël se pose en exemple planétaire de l'urbanisme militaire contre-insurrectionnel et devient le quatrième plus gros exportateur d'armes et d'équipement de sécurité au monde. A la suite de la guerre au Liban en 2006, Israël a connu l'une de ses meilleures années au plan économique. La bourse de Tel-Aviv a gagné 30%.
 
Il faut noter que cette hyper-sophistication de la guerre se combine avec une accélération de la tendance à la privatisation. La guerre est sous-traitée. En Irak, les services de santé, les hébergements, l'approvisionnement et le soutien logistique  sont privatisés. Il y a convergence entre le gouvernement américain obsédé par les nouvelles technologies de l'information et les industries de la sécurité. Naomi Klein considère qu'il s'agit de «la définition même du corporatisme: la grande entreprise et le gouvernement tout puissant combinant leurs formidables puissances respectives pour mieux contrôler les citoyens.»
 
5 - Le capitalisme du désastre
 
Cette domination médiatico-sécuritaire relève à la fois d'une machine à commander et d'une machine à produire du spectacle. Machine à commander parce qu'elle exerce un pouvoir réel d'injonction et de contrôle sur les populations. Machine à spectacle parce qu'elle cherche à mettre en scène les menaces pour susciter peur et résignation. En France, les quartiers populaires sont soumis à une surveillance et à une répression expérimentales liées à la mise en place, à l'échelle mondiale, du capitalisme sécuritaire.
 
La guerre qui vient cherche à créer un enfer urbain. C'est à dire à démoderniser, en particulier, les villes et les sociétés du Moyen-Orient. C'est à dire à détruire leurs infrastructures vitales, à rejeter les habitants au-delà du centre ville et à leur dénier tout droit. L'US Air Force proclamait qu'elle bombarderait l'Afghanistan  jusqu'à ce qu'il «retourne à l'âge de pierre». A propos de l'Irak, le sous-secrétaire général des Nations-Unis Martti Ahtisaari, faisant état de sa visite en Irak en mars 1991, déclare: «Presque tous les moyens de subsistance de la vie moderne ont été détruits ou  fragilisés. L'Irak a été relégué, pour encore quelques temps, à l'ère préindustrielle, mais avec tous les handicaps liés à une dépendance postindustrielle reposant sur une utilisation intensive d'énergie et de technologie». La majorité des décès (111 000 personnes) sont attribués aux problèmes de santé de l'après-guerre. L'UNICEF a estimé qu'entre 1991 et 1998, il y avait eu plus de 500 000 morts excédentaires parmi les enfants irakiens de moins de cinq ans.
 
L'ultralibéralisme met à contribution crises et désastres naturels pour imposer partout la loi du marché et la barbarie spéculative. C'est ce que Naomi Klein appelle «le capitalisme du désastre». La guerre en Irak est exemplaire de ce point de vue. Elle accouche d'un «modèle de guerre et de reconstruction privatisée». Ce modèle est exportable dans le monde entier. Toute entreprise liée à la haute technologie (biotechnologie, informatique, télécom) peut facilement se présenter comme dédiée à la sécurité et justifier des mesures draconiennes en termes de ciblage et de surveillance. On peut penser que la guerre sans fin finisse par éradiquer la démocratie elle-même. Rien ne peut rester extérieur à la guerre totale. 
 
Mais la guerre robotisée se heurte à ses propres limites. La crise de l'hégémonie américaine est accentuée par les échecs en Irak et en Afghanistan. Les effets dramatiques de la crise économique amplifient la menace de déstabilisation intérieur. Un ancien officier de l'armée de terre notait en 2008: «L'extension massive de la violence à l'intérieur des Etats-Unis contraindrait l'appareil de défense à réorienter ses priorités en urgence afin de défendre l'ordre intérieur fondamental et la sécurité humaine». L'espace urbain virtuel,  numérisé par les laboratoires militaires, ignore la dimension humaine. Il  néglige l'homme dans sa dignité, dans sa capacité de résistance et de solidarité. Il ne prend pas en compte l'opinion publique internationale. De New-York à Athènes et de Madrid au Caire, la vieille Taupe poursuit son travail: Hic Rhodus, hic salta !...


Claude Luchetta, Septembre 2012.


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jeudi, 24 novembre 2011

RADIOS DE PROXIMITE SUR INTERNET, LANCEZ-VOUS!


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Cela fait plus d'une décennie que des attributions de fréquences ont été faites à des radios de proximité pour diffuser leurs programmes. Démonopolisant ainsi les ondes ivoiriennes à toutes les communautés et municipalités du pays. Elles émettent encore aujourd'hui, mais semblent oubliées. Internet pourrait leur donner un second souffle, à travers l'adoption du duo Fm-Radio/Web-radio, un modèle économique pour les radios du 21e siècle. Nous voulons le démontrer à travers ce dossier.


Depuis juin 1998, les radios ont commencé à émettre suite au décret du 13 septembre 1995 fixant leurs règles de fonctionnement. Prenons par exemple La Voix de Guiglo, radio communautaire qui émet à 107.30 Mhz dans la région des 18 Montagnes. Certainement que des fils et filles de Guiglo qui vivent aujourd'hui à Abidjan, en Chine, au Brésil, en France, aux USA, en Inde, au Maroc... seraient intéressés de suivre les émissions qui sont diffusées sur les antennes de cette radio, à l'heure actuelle. Idem pour la radio Notre Dame de la Paix à Yamoussoukro (104.8 Mhz), La Voix de la Nawa à Soubré (86.60 Mhz), la radio Kibarouya à Samatiguila (104.6 Mhz), la radio Satellite FM à Korhogo (94.00 Mhz)... et j'en passe. Les auditeurs les connaissent.

Streaming contre Podcast : Quelle technologie ?

Deux grandes possibilités sont offertes aux détenteurs et administrateurs de radios de proximité, dans leurs projets de diffuser également leur flux radio sur Internet. Dans un premier temps l'on retrouve la technologie du Podcast. A travers ce type de diffusion, une radio de proximité peut proposer du contenu audio à la carte. Il s'agit tout simplement d'archives audio (émissions déjà diffusées à l'antenne), qu'elle peut mettre à la disposition de ses auditeurs sur Internet afin qu'ils les écoutent et/ou les téléchargent. La durée du programme est illimitée, c'est vous qui décidez. Le podcast intéresse les auditeurs d'aujourd'hui parce qu'il leur donne la possibilité de réécouter les émissions de leur choix, de découvrir le meilleur des émissions (sélections « best of »), de rester toujours connectés à la radio, même loin du poste récepteur FM. Ainsi, dans un premier temps, les radios de proximité gagneraient à créer des sites Internet professionnels, ergonomiques, sur lesquels les auditeurs peuvent retrouver les anciennes émissions. Des émissions d'actualités comme la dernière édition du flash info ou encore une interview d'une personnalité célèbre sont encore plus intéressantes à récupérer sur le site web de la radio de proximité.  Sur ce site web radio, chaque émission dispose de son podcast. Pour l'auditeur, il lui suffit simplement de s'abonner au podcast de son choix. Ensuite, il reçoit directement sur son ordinateur les fichiers MP3 de ses chroniques préférées, et ce, dès la fin de leur passage à l'antenne, pour une écoute à la carte et en différé, sur son ordinateur ou bien sur son baladeur numérique, après exportation via une clé USB, un iPod, une tablette, une Smartphone, un netbook... De grosses radios européennes disposant de sites Internet attirants qui donnent envie d'écouter la radio FM, se limitent à proposer uniquement des Podcasts à leurs « web-auditeurs ». Et cela marche plutôt bien. Cependant les radios de proximité peuvent aller plus loin, en proposant des programmations bien enchaînées, c'est la diffusion en direct du flux audio.

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Ce mode de diffusion en direct des émissions radio sur Internet est appelé le Streaming Live. Il donne la possibilité aux radios de proximité d'être écoutés sur Internet, c'est-à-dire désormais au-delà de leurs localités, de gagner un plus grand nombre d'auditeurs. Sur la centaine de radios de proximité et commerciales qui existent en Côte d'Ivoire, seulement cinq d'entre elles diffusent sur Internet, du travail reste encore à faire.

Comment ça marche ?

Vous générez un flux audio que vous transmettez en live à un serveur de streaming via un logiciel de diffusion et votre ligne ADSL/fibre/câble. L'avantage des radios de proximités ivoiriennes est qu'elles disposent déjà de tout le système source de diffusion. C'est ce même système de génération de flux audio qui va servir pour la web radio, auquel l'on ajoutera un ordinateur (qui servira de serveur de conversion) avec les logiciels de diffusion et les configurations adéquates, une connexion Internet ADSL. Le signal devenu numérique est ensuite envoyé à un serveur. La mise en place d'un système de diffusion en direct sur Internet n'est pas trop exigeant. Techniquement, cela revient à maintenir un ordinateur constamment allumé et connecté à Internet dans les locaux de la radiodiffusion. C'est cet ordinateur qui va transformer le signal analogique (table de mixage radio) en signal numérique. Ce signal est ensuite envoyé à un serveur qui fonctionne comme une antenne qui amplifie le signal et le diffuse sur Internet. Vous intégrez ensuite dans votre site Internet le lien vers votre flux auquel chaque internaute peut se connecter ou intégrez directement un lecteur en Flash sur les pages de votre choix.  Plusieurs auditeurs ont accès en direct à ce flux via leur lecteur multimédia habituel. La particularité du streaming réside dans la diffusion en continu des émissions, permettant ainsi d'éviter le téléchargement préalable du fichier entier avant sa lecture et donne un accès plus rapide au contenu. L'avantage est que les données téléchargées en continu ne sont pas stockées sur le disque dur mais utilisent la mémoire de l'ordinateur. Le flux téléchargé est analysé au fur et à mesure par l'ordinateur dans un lecteur multimédia comme Windows média, VLC, Winamp, Real Player, Itunes... Comme à la radio FM classique, l'auditeur sur Internet n'a pas le moyen de revenir en arrière ou de faire avancer la lecture d'une émission. On n'écoute que ce qui est produit par la radio. Par exemple, si un internaute se connecte sur la web radio de la Radio Goli-Dandy à Béoumi (105.70 Mhz) à 10h 30, il ne pourra écouter que ce qui passe sur la radio FM à cet instant précis. Cette caractéristique permet de proposer un même contenu en terme d'émissions, à la fois sur la radio FM et la web radio. Des radios commerciales ivoiriennes comme Radio Jam et Nostalgie ont déjà adopté ce système, qui fonctionne plutôt bien.

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Qu'attendez-vous pour vous lancer ?

Nous sommes à quelques semaines de l'année 2012, l'année qui a été annoncée comme l'année du très haut débit sur la Côte Ouest africaine. Des projets innovants d'atterrissement de câbles sous-marins en fibre optique, seront bientôt livrés, avec la mise à disposition d'une connexion Internet plus stable, plus rapide et surtout pas cher, capable de supporter les projets de streaming et de diffusion des émissions sur Internet depuis la Côte d'Ivoire. Néanmoins, les solutions haut débit Internet qui existent déjà sur le marché ivoirien permettent bel et bien de faire du streaming et de diffuser des radios sur Internet. Pour un second souffle, une redynamisation, à l'heure des nouveaux médias, les radios de proximité en Côte d'Ivoire gagneraient à diffuser aussi sur Internet. De nouvelles opportunités que l'Union des radios de proximité de Côte d'Ivoire (Urpci), les municipalités et les collectivités locales, responsables des radios de proximité, doivent s'approprier pour un meilleur épanouissement de leurs populations.


Manassé Déhé, in le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier » N° 363 jeudi 10 du novembre 2011.