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18.11.2008

SOMMET DU G20, A WASHINGTON: LES REACTIONS

Le G20 dessine les contours d'un plan de lutte anti-crise.
Voici les principales réactions au plan d'action du G20 adopté à Washington, le samedi 15 novembre 2008. Revue de presse:



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EN FRANCE

Nicolas Sarkozy, président de la République: "Je crois pouvoir dire que c'est un sommet historique, dans la mesure où pour la première fois, des pays aussi différents que ceux qui étaient rassemblés dans le G20, décident de prendre des initiatives en commun et que l'administration américaine accepte de faire mouvement sur des sujets où historiquement, toutes les administrations américaines avaient refusé de le faire . Le sommet apporte des réponses structurelles à la crise financière et des réponses à la crise économique. Il reste beaucoup de travail à faire mais c'est passionnant. L'année 2008 sera celle qui aura marqué l'entrée dans le 21è siècle". (Déclaration à la presse, samedi 15 novembre)

François Fillon, Premier ministre: "Le double écueil de la division entre pays développés et émergents et des réticences de certains de nos partenaires à réguler la sphère financière a été surmonté. La lutte contre les paradis fiscaux est relancée" et "comme l'ont souhaité l'Europe et la France, aucun acteur financier, aucune juridiction, aucun segment de marché" ne restera "à l'écart de la régulation et de la supervision. Ce sommet voulu par la France et le président de la République Nicolas Sarkozy envoie un double message au monde: face à la crise économique, les pays du G20, qui représentent plus de 80% de l'économie mondiale, s'engagent à prendre des mesures de soutien à l'économie coordonnées et concertées et à refuser tout recours au protectionnisme. Face à la crise financière, ils mettront en place avant le 31 mars 2009 une nouvelle régulation financière internationale pour qu'une telle crise ne puisse plus se reproduire". (communiqué, dimanche 16 novembre)

Christine Lagarde, ministre de l'Economie: "C'est un vrai succès pour la France et pour l'Europe car ce sommet, qui était un extraordinaire exemple d'unité et de concertation, c'est vraiment le président de la République qui l'a poussé. Voir des pays aussi différents que l'Arabie saoudite, la Chine, la Turquie, les Etats-Unis et la Russie tomber d'accord sur la nécessité d'un plan de relance et sur la rénovation du système financier, c'est une étape magnifique. J'ai la conviction que le président américain élu Barack Obama va valider les dispositions adoptées par le G20. Le gouvernement [français, ndlr] a déjà pris des mesures pour soutenir la consommation et l'investissement. (Déclaration dimanche sur France 2)

Hervé Morin, ministre de la Défense: "Le sommet du G20 marque la fin d'une époque: celle de l'impunité de la finance mondiale. Les engagements pris vont bien au-delà de simples déclarations d'intention et s'appuient sur un calendrier contraignant. Ces engagements constituent une première étape de la refonte du système financier mondial. Alors que le monde entre dans une période de récession sans précédent depuis 1945, il est plus que jamais indispensable de ne pas céder à la tentation du repli protectionniste et de promouvoir un système de gouvernance mondiale fondé sur une coopération accrue entre les Etats et les grandes organisations internationales". (communiqué, dimanche 16 novembre)


EN EUROPE

José Manuel Barroso, président de la Commission européenne: "Toute réforme de la gouvernance mondiale devra assurer la participation réelle des pays en développement, touchés en premier lieu par la crise". (Message enregistré à Washington à l'attention des participants aux Journées européennes du développement à Strasbourg, dimanche 16 novembre)

Gordon Brown, Premier ministre britannique: "Je crois que vous allez assister au cours des prochaines semaines à des annonces significatives d'un certain nombre de pays. Il est tout à fait clair que nous essayons de construire de nouvelles institutions pour l'avenir. Nous sommes déterminés à nous battre contre le protectionnisme. L'une des manières de signaler que le protectionnisme est inacceptable est de signer un nouvel accord commercial. Nous allons réformer le Fonds Monétaire International, la Banque Mondiale devrait aussi être réformée". (Déclaration à la presse, samedi 15 novembre)

Silvio Berlusconi, chef du gouvernement italien: "A partir du 1er janvier, nous aurons la présidence du G8, qui n'a pas été effacé par le G20. En réalité, certains problèmes doivent être discutés par des pays qui sont des démocraties accomplies alors que d'autres pays, qui font partie du G20, sont encore sur la voie de la démocratie" (intervention téléphonique dans un congrès politique à Vérone, dimanche 16 novembre)

Roland Meier, porte-parole du gouvernement suisse: La Confédération prend acte avec intérêt des mesures envisagées lors de ce sommet et souhaite que les principales places financières soient intégrées à ce processus. -La Suisse, qui n'a pas été invitée au G20, souhaite toutefois intégrer les groupes de travail prévus à l'issue du sommet.


DANS LE MONDE

Ban Ki-moon, secrétaire général de l'ONU: Le plan d'action du G20 permet "une nouvelle régulation des marchés pour éviter de futures crises, une nouvelle gouvernance économique plus complète et la nécessité d'éviter le protectionnisme sur le commerce et l'investissement. Il faudra associer tous les pays à la constitution d'une future gouvernance économique mondiale. Il faut une coordination internationale des plans de relance et l'importance de respecter les engagements d'aides pour éviter un ralentissement économique mondial, qui affecterait négativement la sécurité mondiale, la stabilité et le bien-être des pays pauvres et des populations démunies. (Communiqué, samedi 15 novembre)

Robert Zoellick, président de la Banque mondiale: "Ce sommet des dirigeants du G20 et la rencontre des ministres des Finances du G20 ce week-end ont commencé à jeter des bases productives de discussion, de résultats et d'entente. Je me félicite de la réaffirmation par les chefs d'Etat et de gouvernement de l'importance des Objectifs du millénaire pour le développement et de leur engagement à honorer leurs promesses d'aide internationale. Je salue également l'engagement à accroître la voix et la représentation des économies émergentes en développement dans la structure de gouvernance des institutions de Bretton Woods. Même si la direction peut faire des propositions, au final la décision sur la taille et le programme des réformes est entre les mains des actionnaires. J'espère que quelques pas courageux seront entrepris pour bâtir sur les réformes préliminaires adoptées à l'assemblée générale annuelle le mois dernier".

Pascal Lamy, directeur de l'Organisation mondiale du commerce: "Le G20 a donné l'impulsion politique très nécessaire au cycle de Doha. Cet engagement au plus haut niveau pour élargir le système commercial global est vital pour le succès de nos négociations. Nous avons désormais besoin que cette forte manifestation de soutien se traduise en action au niveau des tables de négociations à Genève". (Communiqué, lundi 17 novembre)

Dmitri Medvedev, président de la Russie: "La crise économique mondiale témoigne de l'obsolescence d'un nombre de principes de l'organisation économique du monde d'après-guerre. Nous constatons que beaucoup de structures et systèmes internationaux créés à cette époque sont dépassés. Il nous faudra reconstruire toute l'architecture financière mondiale, la rendre ouverte et juste, efficace et légitime. A notre avis, le G20 doit devenir le principal coordinateur de la réforme et du développement du système financier mondial. Dans le même temps les autres formats d'interaction entre les grands pays du monde doivent être conservés. Avant tout sur les questions de sécurité. Le FMI et les autres organisations internationales doivent se voir assurer les fonds nécessaires pour soutenir les pays les plus pauvres".

Luiz Inacio Lula da Silva, président du Brésil: "Je quitte Washington très heureux car la structure mondiale a acquis une nouvelle dimension géopolitique. Il ne serait pas logique de prendre des décisions politiques et économiques sans les membres du G20. Les pays en développement doivent être totalement associés à la solution de la crise financière mondiale". (Déclaration à la presse, dimanche 16 novembre)

Susilo Bambang Yudhoyono, président indonésien: "J'espère que le sommet du G20 sera le point de départ d'un processus qui mènera à la réforme de l'architecture financière internationale afin de refléter la réalité du XXIe siècle".

Qin Gang, porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois: "Le sommet du G20 a été propice à la croissance de l'économie mondiale et à la réforme de système financier international. La Chine espère que tous les pays vont continuer à améliorer la coordination, à rechercher le consensus, à renforcer considérablement la régulation financière et à prévenir la récession économique mondiale". (Déclaration à l'agence Chine Nouvelle, dimanche 16 novembre)

Stephen Harper, Premier ministre canadien: "C'est un processus sans précédent où les pays développés et les pays en développement vont travailler ensemble pour gérer les problèmes actuels de l'économie mondiale. Le développement à mon avis le plus surprenant est qu'il y a eu un accord presque unanime sur tous les sujets majeurs. Tout le monde comprend les grands dangers de la situation actuelle et la nécessité de travailler ensemble. Les marchés vont comprendre que tous les gouvernements du monde comprennent la nécessité d'une action et d'une action en collaboration". (Déclaration à la presse, samedi 15 novembre)

Donald Kaberuka, président de la banque africaine de développement: "L'Afrique se sent exclue. Cela sera tentant pour le G8 ou le G20 de prendre derrière des portes fermées des décisions pour résoudre les problèmes du secteur financier, et c'est possible de le faire". Or, la crise concerne également l'accès à la nourriture et à l'eau, les migrations, la sécurité, "et je ne vois pas comment ces questions pourraient être réglées avec seulement une partie du monde autour de la table".

Jean Ping, président de la commission de l'Union africaine: "Il y a pour nous un problème, c'est qu'on a pris l'habitude de prendre les décisions à notre place, sans nous écouter, et de nous les imposer. L'Afrique demande à être entendue. Si nous ne sommes rien, nous voulons être quelque chose. Nous voulons être écoutés, nous voulons être entendus et nous souhaitons prendre part aux décisions qui vont engager notre destin. On nous a imposé un modèle que nous avons accepté mais que l'Asie a refusé. Les résultats sont là: en Asie un développement époustouflant, l'Afrique s'est effondrée". (Discours aux Journées européennes du développement à Strasbourg, dimanche 16 novembre).

Source:Challenges.fr>Monde>le 17.11.2008 | 15:33

22.10.2008

L'EFFONDREMENT DU SYSTEME CAPITALISTE ? (2)

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Que faire ?

La question est bien revenue sur toutes les lèvres et a suffisamment hanté les nuits des plus grands argentiers de la planète. L’on sait que face à une crise d’une ampleur qu’ils n’avaient pas soupçonnée, les dirigeants du monde capitaliste ont d’abord eu recours à des thérapies de circonstance. D’abord recroquevillés dans des solutions se limitant à des appels au calme sur les marchés financiers et à quelques colmatages, les dirigeants se sont empressés, mais sans aucune cohérence, vers l’édiction de mesures de protection des épargnants. Il a fallu que trois grandes institutions financières américaines déclarent la faillite, en moins d’une semaine, y compris la plus grande caisse d’épargne américaine, pour que la Maison Blanche élabore précipitamment un plan de 700 milliards de dollars, PLAN PAULSON, du nom du Secrétaire d’Etat au trésor, pour soutenir les banques ; en fait, pour racheter les créances en difficulté de ces institutions. De façon désordonnée, l’Irlande a dégagé 100 millions d’euros pour soutenir ses institutions, pendant que les pays nordiques, en Europe, entraient en force dans le capital du mastodonte FORTIS. La Grande Bretagne quant à elle, a annoncé la mise à disposition de 200 millions d’euros pour les mêmes fins, et les ministres des finances de l’Union, tous ensemble, ont convenu, en dépit de la mésentente franco-allemande une fois de plus évidente, de garantir les épargnes des citoyens, jusqu’à un montant de 50.000 euros.

Il faut observer, ici, que contrairement à la belle démonstration de cohésion démontrée lorsqu’il a fallu soutenir les Etats-Unis dans son bras de fer contre la Russie, lors du conflit avec la Géorgie, l’Europe a offert un triste spectacle de division, apportant la preuve que le groupe, malgré les succès politiques dont on la crédite, manque cruellement de cohérence, en ce qui concerne les politiques budgétaires et monétaires.
Dans la pratique, tout ce qui a été fait par les Etats que l’on qualifie trop souvent de riches, relève d’une politique de nationalisation pure et simple, démentant les dogmes de la prééminence des marchés et des règles d’or d’autorégulation des rapports marchands. C’est un désaveu terrible que les Etats-Unis et leurs alliés du capitalisme triomphant ont infligé aux théories bruyantes sur lesquelles leur système économique a vécu, des siècles durant. Le problème, ce n’est pas que ces pays aient démontré leur capacité à intervenir dans le jeu des marchés avec les privilèges et les prérogatives de la puissance publique, car nous savions déjà qu’ils le font de temps à autre, sans crier fort. La vraie surprise vient des discours que l’on a entendus par-ci et par-là, sur la nécessaire protection des épargnes des ménages et la garantie du patrimoine des institutions financières. Des  journaux à travers le monde ne se sont pas gênés de considérer que Wall Street était devenue la plus belle place de la pratique du socialisme, du communisme, de tout ce qui incarne le totalitarisme économique et la planification bolchévique. Qui l’eut cru.
Au fond, le système capitaliste, pensé comme articulation des relations économiques, marchandes et financières laissée au libre jeu des acteurs privés, hors de toute tutelle publique, a vécu et n’a même sans doute jamais existé dans la plénitude du terme. En réalité, il est impossible d’un point de vue économique pur, en rapport avec les exigences du pouvoir régalien de l’Etat, de concevoir une société où les acteurs privés à travers les marchés, fixeraient définitivement et éternellement les règles du jeu. Laisser les mains libres aux acteurs privés spéculateurs, reviendrait fondamentalement à leur concéder le droit de battre monnaie. Il ne faut pas perdre de vue, que les bourses du monde parmi les plus importantes, influencent les politiques des banques centrales d’émission et orientent les politiques économiques des gouvernements.

Réformes, oui, mais quelles réformes ?

Ces observations conduisent à reposer le problème de la réforme des deux institutions majeures issues des négociations de Breton Wood que sont le FMI et la Banque Mondiale. Avec l’importance prise par ces deux institutions, l’on est en droit de s’interroger, aujourd’hui, sur leur rôle réel et leurs responsabilités effectives dans la conduite de l’économie mondiale. L’on sait que dans l’imagination populaire, le FMI et la BM sont des gendarmes dont le terrain de prédilection est devenu les pays pauvres, particulièrement Africains. D’ailleurs, il faut rappeler que de nombreux analystes et politiques, ne les avaient jamais considérés que comme des jouets au service de la première puissance économique du monde. Le Général De gaulle, lors de l’une de ses colères mémorables, ne se gêna pas de le dire publiquement et ouvertement, en dénonçant la dictature du dollar. Or, le dollar ne fut pas, pendant longtemps, autre chose que du papier gagé sur le rêve américain et la présomption d’une puissance économique éternelle et dominante, capable de couvrir le monde entier de biens industriels, en échange.
L’économiste camerounais Tchundjang Puémi, n’est pas allé chercher bien loin pour livrer la sentence. Son livre “MONNAIE, SERVITUDE ET LIBERTE“, sonne comme le chef-d’œuvre de l’accusation des peuples pauvres, des exclus de la périphérie, trompés et abusés par ce que cet autre génie, monté trop tôt au ciel, de Sankara, baptise FONDS DE MISERE INSTANTANEE.

Dans les années 1970, les droits de tirage spéciaux (DTS) qui consistaient en un panier de monnaies pondérées selon les mises des Etats membres dans le capital du FMI, fut conçu pour atténuer justement la perception d’un impérialisme américain relayé trop ouvertement par l’institution, mais cette idée opportuniste ne fut jamais en mesure d’anéantir les conséquences néfastes d’une gestion fondée sur la loi des puissants. L’évolution montre très nettement son impuissance dans un système capitaliste égocentrique,  et son incapacité à supplanter ou, à tout le moins, à orienter véritablement les politiques des banques centrales. Même le Comité des Vingt qui fut crée pour réfléchir sur une réforme de cette institution, dû se cantonner à des propositions superficielles dont les plus visibles étaient la révision du système de pondération, pour accroître les pouvoirs des nouvelles puissances financières, mais pas industrielles. La remarque est importante car contrairement aux assertions de départ, cela supposait que l’on tienne compte de la masse des réserves en devises des Etats et non leur amplitude économique globale. En fait, il fallait prendre en considération la richesse des monarchies du Golfe et trouver à mieux intégrer leurs pétrodollars dans les politiques de financement. Evidemment, le Japon connu une promotion, avec un Yen pris en compte, et conforme au rôle moteur de ce pays dans le commerce mondial.

LES DEBATS AU SEIN DE L’OMC ONT ETALE LA MEME REALITE TROUBLANTE.
LE NOUVEAU DIRECTEUR DU FMI, LE FRANÇAIS DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, DESIGNE EN 2007, A REPRIS LE DISCOURS D’UN REEQUILIBRAGE DES INFLUENCES AU SEIN DE L’INSTITUTION POUR VALORISER LES APPORTS DES PAYS JADIS TENUS A LA MARGE DES POUVOIRS. COMME IL L’A LUI-MEME DECLARE, DES SON ENTREE EN FONCTION, IL FAUT METTRE FIN AUX FRUSTRATIONS LEGITIMES DES PAYS PAUVRES. EN REALITE, LE POIDS DES PAYS DITS EMERGEANTS DERANGE DORENAVANT ET IL FAUT EN TENIR COMPTE. CEPENDANT, QUOI QUE L’ON FASSE, IL N’EXISTE PLUS DE DYNAMIQUE UNIVERSELLE DANS LA PROJECTION DES RESPONSABILITES DE  LA BANQUE MONDIALE ET DU FMI, AUJOURD’HUI. ELLES ONT TROP FONCTIONNE COMME DES INSTRUMENTS DE L’IMPERIALISME FINANCIER ET MONETAIRE INTERNATIONAL ET ONT SECRETE, NATURELLEMENT, LE REJET POUR CERTAINS, ET UNE PRUDENCE NON MOINS ACCUSATRICE, POUR D’AUTRES.

Le FMI fut crée dans le but de servir d’institution de régulation des politiques monétaires des banques centrales. Non seulement elle a perdu cette prérogative, mais plus grave, elle a trop joué de complaisance ou de mercenariat, favorable à des choix politiques contestables. Avec la Banque Mondiale, qui elle n’était pas destinée à utiliser les crédits pour emprisonner les pauvres, le FMI a été accusé, certainement pas à tort, de jouer un rôle prépondérant dans la guerre froide, de soutenir les dictatures, et d’imposer des stratégies de développement suicidaires dans les pays du sud. L’on sait que les principaux conseillers de Pinochet, au Chili, furent de talentueux et cyniques cadres du FMI. Par ailleurs, le fait que les dirigeants de ces deux institutions ont toujours été originaires des Etats-Unis et de l’Europe capitaliste, a fait dire à des dirigeants des pays émergeants du Sud, qu’il était temps de les changer, de fond en combe. LE PRESIDENT VENEZUELIEN HUGO CHAVEZ A POUSSE LA LOGIQUE DE CETTE ACCUSATION A SON PAROXYSME, EN ANNONÇANT LE RETRAIT DE SON PAYS DE CES DEUX INSTITUTIONS.
Au-delà de la mise en accusation des institutions de Breton Wood, il se pose le problème de la réorganisation du système économique et financier international, si tant est qu’il est possible d’en concevoir un de plus équitable, moins sauvage et générateur de bien-être pour tous les peuples, pour toutes les nations. En 1974, l’Assemblée Générale de l’ONU avait adopté une résolution célèbre sur l’instauration d’un nouvel ordre économique international qui n’a jamais dépassé le stade de quelques débats houleux et des contestations théoriques, sans lendemain. LA LOI DU MARCHE SEMBLE AUJOURD’HUI S’IMPOSER A TOUTES LES VERTUS HUMANISTES DE LA PLANETE. MEME LES ANCIENS MARXISTES ONT PRIS PIED DANS LE GRAND JEU DES NEGOCIATIONS MERCANTILES. L’ON DECRIT D’AILLEURS LES CHINOIS COMME PLUS DANGEREUX DANS LE NEGOCE D’EXPLOITATION ET LES PLACEMENTS USURIERS.

Ce qui reste comme message universel incontournable, c’est sans aucun doute, le souhait d’une vision plus générale des concepts de bonne gouvernance, de démocratie participative, et d’alternance libre aux sommets des Etats. L’effondrement du système capitaliste devrait être relativisé, pour confiner l’affirmation à une faute dans la gestion des institutions, et non une incompatibilité de fond avec les notions de bien-être, de progrès et d’évolution de l’espèce humaine.
Le débat sur les choix des systèmes est clos depuis longtemps et il relève de la folie de discuter encore de la nécessité pour les individus de travailler et de vivre dans la liberté. Ce n’est pas que l’on ait choisi l’égoïsme ou l’individualisme, c’est que la liberté de l’individu est le fondement incontestable de toute réussite, que l’on se situe à l’échelle micro-économique ou à l’échelle macro-économique. MEME EN S’EN TENANT A LA THESE DE LAURENT GBAGBO, LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE DE COTE D’IVOIRE, QUI DANS UNE DECLARATION LORS DES MANIFESTATIONS DE LA JOURNEE EN HOMMAGE A AIME CESAIRE, INSINUAIT QUE L’ON NE DEVRAIT PAS SE REFERER AUX APPLICATIONS DEVIANTES DU MARXISME ET DU COMMUNISME POUR CONCLURE A L’ECHEC DU SOCIALISME, LE BILAN DES ANCIENS PAYS COMMUNISTES EST ELOQUENT DE FAILLITE.

La nécessaire relativisation de l’effondrement du système capitaliste

Même si personne ne peut plus discuter aujourd’hui le bien-fondé des thèses marxistes, personne ne peut non plus prononcer un réquisitoire de condamnation absolue à l’endroit du capitalisme. Ce qu’il est convenu de dénommer système capitaliste, c’est d’abord une philosophie de l’entreprise et de l’expression du pouvoir de la pensée et de l’action fondée sur la liberté, liberté du génie, liberté créatrice, liberté de mouvement, liberté d’échange. Et s’il fallait se fier à quelques comparaisons historiques et actuelles, rien dans les faits, les réalisations et les constructions systémiques, n’autoriserait de conclure à l’échec du capitalisme et à sa mise à mort. BIEN AU CONTRAIRE, TOUT MONTRE QUE LE SYSTEME CAPITALISTE EST DEMEURE LE MODELE ACCEPTABLE DE PROGRESSION ET DE VALORISATION DES COMPETENCES HUMAINES.
L’on aura beau s’appuyer sur la crise financière née des crédits hypothécaires pour s’en prendre aux Etats-Unis, rien ne pourra changer la réalité selon laquelle, c’est le pays le plus industrialisé de la planète, le plus inventif, le plus riche, le plus généreux, et le plus ouvert. Avec 300 millions d’habitants, soit 5% seulement de la population mondiale, les Etats-Unis offrent 20% de la production industrielle mondiale et un tiers du PIB. A titre de comparaison, il faut savoir que la Chine affiche exactement l’inverse, c’est-à-dire 20% de la population mondiale et 5% de la production industrielle. A ceux qui ont commencé à imaginer une Chine super puissance, dépassant les Etats-Unis, il vaudrait mieux les prévenir que l’attente d’une telle éventualité risque d’être longue. Internet, la téléphonie mobile et bien d’autres gadgets qui sont devenus la soupe planétaire de toutes les couches sociales et de toutes les programmations communicationnelles, sont nés aux Etats-Unis. Ils font, certes, partie de l’intelligence humaine, mais ils sont, d’abord, des inventions américaines. La moitié des laboratoires les plus performants du monde se trouvent encore aux Etats-Unis et l’on pourrait continuer de citer à l’infini, ce qui en fait un géant inégalable que le reste du monde est contraint de suivre, de subir aussi.

Ce qui est en cause dans la crise du système capitaliste actuel, c’est moins ses fondements qu’un ensemble de pratiques déviantes, décriées par les autorités monétaires et politiques américaines elles-mêmes. C’est encore aux Etats-Unis que l’on trouve les lois et les sanctions les plus sévères contre les délits d’initié, les détournements, les atteintes à la fortune publique, et les violations des codes éthiques gouvernant les transactions financières. Régulièrement, la Security and Exchange Commission (SEC), véritable police de la bourse qui n’a d’équivalent dans aucun autre pays au monde, conduit des enquêtes qui aboutissent à des révélations et des résultats sensationnels, dans l’intérêt des citoyens. Ces enquêtes ont déjà envoyé de nombreux pachas de la finance, que l’on croyait intouchables, derrière les barreaux. En 1983, au moins une douzaine de grosses pointures du genre dont un certain Yvan Boesky, fut arrêtée, jugée, sévèrement condamnée et jetée en prison, pour des dizaines d’années, avec des amendes, par-dessus tout, et des confiscations de biens.

A chaque crise, ses dégâts, ses malheurs, et ses remèdes. Nous sommes de ceux qui pensent que de façon peut-être plus raisonnable, les relations économiques et financières internationales devraient être encadrées par une éthique souple prenant effectivement en considération les intérêts de tous les peuples. IL Y A TROP LONGTEMPS QUE LE CONCEPT DE NOUVEAUX ESPACES INTERNATIONAUX DOMINES PAR DE NOUVEAUX ACTEURS PLUS RESPONSABLES, A ETE AVANCE. UN TEL CONCEPT SUPPOSE LA RECONSIDERATION ABSOLUE DES CRITERES D’ELIGIBILITE ET D’ELEVATION AU STATUT D’ACTEUR INTERNATIONAL, SELON DES TERMES DE REFERENCE A DEFINIR.
Mais au-delà, le dilemme d’une scène internationale dominée dorénavant par une multitude d’acteurs aux statuts et aux obligations contradictoires, ne peut pas être résolu avec la facilité que certains préfigurent, en théorie. Nous retrouvons la thèse marxiste reprise par les économistes, à l’instar de Rosa Luxembourg et Samir Amin implicitement, sur le règne du capitalisme monopoliste d’Etat. La question cruciale pour toute réflexion positive, devient alors celle-ci : Le capitalisme dans son essence, peut-il exister et prospérer sans le libre jeu des acteurs privés ? Que dire des Etats devenus très riches et qui agissent sur le marché financier international, exactement comme des firmes privées, en usant de leurs vastes réserves de devises appelées fonds souverains, pour dicter leur loi ?  Et si le capitalisme n’était qu’une affaire de démocratisation des relations globales de coopération entre les nations souveraines ? C’est une idée folle à abandonner car capitalisme ne rimera jamais avec puissance publique.

En fait, c’est le rôle que les petits pays sont appelés à jouer dans le concert marchand mondial, qui devrait constituer la source de toutes les réflexions, à long terme. Il n’y a aucun moyen d’empêcher l’enchevêtrement des puissances politiques et des puissances d’argent sur la scène internationale, de même qu’il est impossible, de ramener la gestion à long terme de la crise, à une opération de jalousie des pays pauvres contre les pays riches. Le capitalisme dans sa mécanique systémique et macroéconomique,  procède d’abord d’une capacité de travail, de production, d’invention et d’accumulation. Mécanique systémique d’excellence et de compétition donc, il devrait être analysé comme un défi pour des nations paresseuses trop habituées aux aides et aux dénonciations gratuites qui les confinent dans l’éternel position de marginaux périphériques.

Le système capitaliste n’est donc pas mort, et ne saurait être donné pour définitivement abattu. Les chefs des principales nations capitalistes réunis à Washington, le 10 octobre, soit plus d’un mois après le déclenchement de la crise, n’avaient pas à l’ordre du jour de changer le système, mais plutôt de mieux le structurer, mieux le protéger, et mieux le faire accepter. Certes, les dirigeants de la Banque Mondiale et du FMI présents, ont relevé la gravité de la situation, mais seulement pour déplorer l’absence d’harmonie dans les réponses des grands pays. Personne n’a douté de ce que la crise est grave, même très grave, mais personne n’a non plus, demandé de casser le système. Le président de la Banque Mondiale s’est d’ailleurs voulu plus rassurant sur la capacité des pays développés à juguler les effets de cette crise, à très brève échéance. Son seul souci, et il rejoint notre analyse, a semblé se concentrer sur le sort des quelques 50 millions d’enfants nécessiteux des 28 pays classés comme très pauvres, qui risquent de mourir dans les dix prochaines années, si l’aide internationale est frappée de réduction, consécutivement à la crise.

Concrètement, la réunion d’urgence de Washington a adopté un plan en cinq points qui reprennent pour l’essentiel, les mesures déjà engagées individuellement par presque tous les pays, par exemple la garantie des épargnes et le soutien actif des banques en difficulté, par le rachat des créances compromises. Ce qui y apparaît plus important, c’est l’engagement à joindre les efforts et à tout mettre en œuvre, y compris la nationalisation, pour éviter toute nouvelle faillite d’une grande banque. L’allusion est faite, ici, aux géants LEHMMAN BROTHERS, aux Etats-Unis, et FORTIS, en Europe, lesquels ont chuté avec des conséquences multiples pour des centaines d’autres institutions financières, à travers le monde.
Ce qui est encore plus encourageant sans doute, c’est le retournement des pays dits du Groupe des Sept. Ceux-ci ont, dès le début de la crise, géré la situation de façon presque sécrète, pour ne pas dire sectaire. Ils se sont ravivés et ont associé, lors d’une grande concertation au siège de la Banque Mondiale, à Washington, les pays émergeants, afin de mieux affirmer le caractère mondial de la catastrophe et d’obtenir leur adhésion aux solutions mises en œuvre. C’est le fameux Groupe des Vingt, incluant la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et le Nigéria, dont le poids équivaut à près de 95% de la production planétaire. Il faut, d’ailleurs, relever que les pays émergeants, mis ensemble, disposent aujourd’hui d’énormes réserves en devises, et sont l’objet d’une cour assidue, pour leur injection dans le capital de quelques institutions, en difficulté. Le Ministre argentin des finances n’a pas hésité à donner une réponse on ne peut plus simple : Nous n’étions pas associés aux causes. Comment voulez vous que nous prenions part aux solutions ?

Le système capitaliste est donc vraiment malade, mais pas mort. Vive le système capitaliste !

Lu pour vous sur www.20mai.net

L'EFFONDREMENT DU SYSTEME CAPITALISTE ? (1)

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A propos de l'auteur Shanda TONME
Jean-Claude SHANDA TONME est docteur en droit international, formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.



Octobre 12, 2008

La malédiction de septembre aura aussi eu raison de la redoutable citadelle capitaliste dont quelques célèbres places financières mondiales, à l’instar de New York, Londres, Zurich, Paris, Tokyo, ou Singapour, assuraient à la fois le triomphe et l’insolence, au point de laisser croire qu’elle était inébranlable.
LE MOIS DE SEPTEMBRE ENTRE, DORENAVANT, DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES, COMME UN MOIS CHARGE DE DANGERS, DE SURPRISES ET DE BOULEVERSEMENTS EPOUSTOUFLANTS.

En septembre 1972, un groupe de combattants palestiniens fait irruption dans le village olympique à Munich et prends en otage des athlètes israéliens. Le dénouement sanglant qui s’en suit, annonce une ère nouvelle dans le conflit israélo-arabe et imprime une tournure jusque-là inconnue aux mouvements de libération, à travers le monde. La diplomatie est obligée de s’adapter tant bien que mal à cette nouvelle phase, pendant que le radicalisme qui voit le jour un peu partout dans le monde arabe, embrase les relations internationales, en exacerbant les positions déjà fortement tranchées et opposées.

En septembre 2001, la première puissance militaire et économique planétaire, l’île tranquille et paisible des Etats-Unis qui n’avait jamais connu la guerre sur son sol, assurée de vivre sous une des protections les plus garanties et les plus  sophistiquées que l’intelligence humaine ait pu construire, est brutalement et sévèrement frappée, contrariée et humiliée par l’audace d’une dizaine de jeunes terroristes au service du groupe islamiste fanatisé, Al Qaïda. Tous les experts des questions stratégiques internationales concluent, logiquement, que le monde ne sera jamais plus comme avant. Dorénavant, souligne t-on, les dangers sont globalisés et l’insécurité démocratisée. La nouvelle configuration de la géopolitique de la terreur, ne connaît ni frontières, ni limites technologiques, ni nationalité. Tous les peuples, toutes les nations, tous les Etats et toutes les personnes physiques ou morales, ont un égal intérêt à la réflexion sur les termes de référence et les conditions de l’organisation d’un monde meilleur, plus juste, plus équitable, et plus solidaire.

Septembre 2008 ne vient donc que logiquement jouer un rôle qui fut toujours le sien depuis le dernier siècle du précédent millénaire, en servant de support dans le temps, à l’implosion du capitalisme. La qualification de l’événement ne peut pas encore prendre toute la signification qu’il mérite, compte tenu en effet, du fait que les conséquences n’ont pas encore été entièrement étalées, et que par-ci et par-là, les Dieu de la finance publique à l’échelle des nations, continuer de balbutier, de s’embrouiller et de se contredire sur les solutions urgentes à mettre en œuvre, et que par ailleurs, les bandits en cols blancs, jusqu’à une date récente traités en talentueux richissimes, tiennent profil bas, en attendant les procès populaires.

Karl Marx ressuscité

A la réalité, il faudrait être injuste, plus que malhonnête, pour ne pas foncer dans la relecture des œuvres du plus grand penseur des révolutions sociales communistes. Le meilleur et le plus célèbre des penseurs qui a longuement et profondément réfléchi sur la nature, les mécanismes, les rapports marchands et spéculatifs du capitalisme, établit une relation dialectique entre le rayonnement et la décrépitude inéluctable du système capitaliste. Il en élabore même une philosophie qui au bout de la démonstration, et après avoir savamment présenté toutes les thèses et les antithèses, conclut à l’hypothèse d’une révolution du système par lui-même. Marx n’établit pas seulement que l’essence du capitalisme, c’est l’exploitation du travailleur, il établit aussi et surtout que ce système d’exploitation, par son obstination à rechercher le profit au détriment de la cohésion sociale et de la valorisation du facteur humain dans le travail, conduit à la ruine de toute sa construction et, finalement, à sa mort.
Pendant longtemps, les contradicteurs du savant ont voulu faire croire que ses analyses et ses conclusions étaient propres à la société industrielle embryonnaire de la fin du dix-huitième et du début du dix-neuvième siècle et que, par conséquent, il apparaissait comme une hérésie, de les transposer à la société capitaliste modernisée, ambitieuse, et conquérante du vingtième siècle. Le principe de l’exploitation, de l’égoïsme, du profit à tout prix qui est au centre de l’observation de Marx, n’a pourtant jamais changé et c’est la principale cause du mal qui vient de plomber toute l’économie mondiale.
En réalité, la lutte des classes n’a jamais été ni contestée ni évacuée dans aucune étude sérieuse, d’autant plus que les luttes syndicales amenées par les travailleurs ont dominé et dominent la vie sociale du monde industrialisé, depuis le dix-huitième siècle. Ce que l’on a cru ou voulu mettre en avant pour renier voire atténuer les thèses Marxistes, c’est la généralisation et l’extension de la société de consommation qui, en permettant l’accès d’un plus grand nombre des citoyens aux biens d’équipements courants, auraient réduit le fossé entre les classes sociales et anéanti les rancœurs.

En fait, il suffisait pour les usines de tourner à fond, y compris dans des conditions de travail peu regardant de l’intérêt et de la dimension humaine des travailleurs et de produire un maximum de biens qui seraient aussi écoulés par tous les moyens, et le plus largement possible.
Karl MARX ne perd pas cette manœuvre de vue et la considère d’ailleurs comme une pure tromperie du travailleur, une diversion. Le philosophe et économiste de tous les temps soutient que c’est la propriété des machines et la destination des profits qui font la différence et établissent, définitivement, le rapport d’exploitation et de brimade qui conduit à l’inéluctable soulèvement. L’on sait que les théoriciens communistes soutiendront à la suite de Marx, que la collectivisation et la centralisation permettent de mieux traiter le travailleur, de le responsabiliser en décrétant la propriété collective et le réinvestissement subséquent des bénéfices dans l’intérêt de la société.
Si, à l’évidence, personne n’a eu entièrement raison d’un côté comme de l’autre, il n’en demeure pas moins vrai que les thèses de l’ultralibéralisme positionnées par les adeptes du capitalisme outrancier se sont plantées. Il suffit de lire profondément dans les causes de la crise de septembre 2008.

Aux sources de la crise

Pour un esprit simple qui ne voudrait pas s’encombrer de mille théories démonstratives, il suffirait de s’interroger sur les raisons qui peuvent amener toutes les banques à s’effondrer, un matin. Pour celui qui a planté ses économies dans une de ces institutions de renom, comment va t-on lui faire comprendre que les mouvements d’humeur de quelques individus, à la bourse de Wall Street ou à Zurich, ont entraîné l’amenuisement de son patrimoine ? Comment faire croire à un honnête citoyen que le patron d’une grande entreprise multinationale continue de s’enrichir et de voir ses fonds propres augmenter, pendant que l’entreprise tombe, se déclare en faillite et, bientôt, ferme les portes ?
Tout le système capitaliste a fonctionné sur la fraude, le vol, et toutes sortes de manipulations qui dans tous les cas de figure, sont contraires au bon sens et à l’éthique morale. Le mythe de la société de consommation a dévoyé le capitalisme au lieu de le valoriser et de confirmer son triomphe. La rage des cartes de crédit, l’incitation à la consommation à outrance, et l’accélération de l’intégration des géants de la finance pour mieux encadrer les marchés, a construit une race d’esclaves et gadgétisé les valeurs.
La crise actuelle a commencé par l’incapacité des ménages à faire face à leurs endettements immobiliers. Or, ce que l’on appelle endettements immobiliers n’est qu’un jeu d’écritures des institutions financières qui se juxtaposent pour se soutenir et échanger des titres de créance, sur une longue chaîne, couvrant des centaines de milliers de personnes et de structures. Au bout de la chaîne, l’on retrouve des garanties factices, des cautions hasardeuses, et des gages superficiels dont le seul mérite est la capacité de spéculation.
La crise de septembre 2008 s’est mise en place avec une manœuvre aussi savante que diabolique et selon un processus qui a joué sur les cours des principales matières premières. L’on a vu le prix du baril de pétrole brut monter au-delà de 150 dollars, puis une crise alimentaire que les gouvernements à travers le monde n’ont rien fait pour stopper. De part en part, l’argument c’était que personne ne peut rien faire pour diminuer le cours du baril, lequel aggrave le coût des transports maritimes et aériens, et se répercute sur les produits de première nécessité. Partout, l’inflation a grimpé subitement, les prix dans les magasins ont flambé, et l’on a commencé à enregistrer le déséquilibre dans les cotations boursières.

Au moment où l’on annonce la naissance de la crise ouverte aux Etats-Unis, il est clair que beaucoup de spéculateurs à l’origine des mouvements incohérents soulignés plus haut, ont déjà empoché les bénéfices nets. Aussi, les images des maisons abandonnées par les familles incapables de payer leurs dettes, peuvent être assimilées à une pure hypocrisie, du sadisme des gouvernants complices, quoi que l’on en dise, des spéculateurs. Les gouvernements des grands pays industrialisés avaient tous les moyens d’éviter cette situation et d’en maîtriser les conséquences, mais ils ont accentué la crise par leur silence, leur mollesse intéressée, et une complicité non démentie avec les milieux de la spéculation.

Nous retrouvons, ici, l’une des thèses marxistes développées par les continuateurs du philosophe, notamment dans quelques thèses avancées du léninisme socialisant et anti-capitaliste. Si l’on prend le cas du consortium européen EADS qui construit le célèbre avion Airbus, notamment les problèmes qu’à connu l’entreprise en 2007, avec le retard dans le lancement de son avion vedette A380, le plus gros porteur commercial du monde, l’on s’aperçoit que le patron de la boîte a réalisé de très bonnes affaires avec toute sa famille. Dès l’annonce du retard dans la livraison des premiers appareils, les actions du consortium ont chuté à la bourse, occasionnant des pertes immenses pour les actionnaires dont certains sont des petites gens qui y ont placé toutes leurs économies. Mais l’on s’est aussi rendu compte, très vite, que le patron avait vendu des paquets d’action un mois seulement avant l’effondrement du cours de l’action EADS à la bourse. Ce schéma est courant et se répète tout le temps, sans que les gouvernements ne s’en émeuvent réellement et effectivement. Dans ce cas comme dans bien d’autres, des enquêtes ont été ouvertes, par la suite, et des poursuites engagées. Mais la réalité demeure bien loin de ces gesticulations. Le capitalisme, dans sa phase avancée, opère ce que les théoriciens marxistes considèrent comme la domination de l’Etat. Il s’agit du capitalisme monopoliste d’Etat.
Il est donc clair, que la fanfaronnade selon laquelle la société de consommation avancée allait gommer les disparités sociales et faire taire les contestations de l’ordre mercantile et exploiteur, n’a pas de sens au-delà d’une superbe tromperie. La lutte des classes est donc bien vivante. Ce ne sont pas les familles bourgeoises et aisées des magnats de la bourse qui sont défaillantes vis-à-vis des banques et qui voient leurs affaires jetées à la rue. LES FAMILLES BUSH, SARKOZY, ET BERLUSCONI NE RISQUENT RIEN, ET SONT BIEN EN COMPLICITE AVEC LES PROFITEURS DU DESORDRE ORGANISE QUE L’ON APPELLE CRISE.

Un réseau de complicités des classes dirigeantes politiques et financières

Officiellement, l’agitation des dirigeants américains et européens est destinée à protéger les petits épargnants, et sauver ce qui reste de l’intérêt public. La réalité est toute différente. Lorsque le président des Etats Unis s’empresse d’injecter près de 1.000 milliards de dollars dans la crise pour racheter les actions des banques défaillantes et reconstituer leurs fonds de garantie, ce n’est pas le citoyen ordinaire qui est sauvé, c’est la clique des spéculateurs et dirigeants indélicats qui sont des amis de toujours de la classe dirigeante qui gagnent sur toute la ligne. Le simple fait que la réaction des gouvernements, en Europe, soit clairement le recours à la nationalisation, devrait amener à réfléchir. Soit ils se trompent complètement et agissent, de fait, contre toutes les orientations économiques fondées sur le libre jeu des marchés qui ont été le moteur de leurs doctrines, depuis des lustres, soit ils se livrent à un jeu qui pourrait facilement être dépeint ainsi: QUI PERD GAGNE.

Il faut comprendre que l’argent public injecté dans les banques ne va rien changer dans la manière dont celles-ci sont gérées, ni dans la qualité, la nature et le statut des dirigeants. Les mêmes vont s’installer aux commandes et vont se comporter exactement comme avant. Il ne faudra pas trop longtemps pour déboucher à nouveau sur une autre crise, avec les mêmes manifestations, les mêmes effets, les mêmes acteurs, et les mêmes propositions de solution. Les classes dirigeantes des pays fortement industrialisés ont construit des systèmes de vol dont les conséquences sont ensuite supportées par les citoyens ordinaires et partagées dans le monde entier.

Dans ces conditions, la libre entreprise et le modèle triomphant de la rapidité et de la capacité d’innovation, ne servent pas réellement une doctrine saine, au service de l’humanité. Comment peut-on à la fois encourager des fusions, des délocalisations, et prôner le protectionnisme, le nationalisme, la réduction du chômage, et l’accès facile aux crédits ? TOUS LES LEVIERS DE COMMANDE DE L’ECONOMIE CAPITALISTE SONT VICIES PAR LE SEUL FAIT DE L’INCOHERENCE DES PROPOSITIONS DE BASE. L’argent donné au travailleur misérable, aux familles modestes, sous le couvert de salaires, est vite repris dans la spéculation, dans le formalisme fiscal, dans le processus d’endettement en vue d’accéder à la propriété d’une maison ou de valeurs en bourse. Tout cela s’écroule selon des mécanismes qui n’ont pas pitié et qui ne font pas de cadeaux. C’est la théorie de L’ESCLAVE ETERNEL que nous avons mis en exergue, tantôt.

Une observation attentive permet de se rendre compte que tous les dix ou quinze ans, la même situation se reproduit à des niveaux plus ou moins importants. Lorsque les analystes clament que la crise de septembre 2008 est seulement la première de cette importance, depuis la crise de 1929, ils ne disent pas la vérité. A diverses étapes de la croissance de l’économie mondiale au cours du dernier siècle du précédent millénaire, l’on a assisté à de grands désordres qui, certes, n’avaient pas la même amplitude, mais dont les effets étaient, à peu de chose près, similaires. Chaque fois que l’endettement des Etats-Unis qui détiennent, avec 15.000 milliards de dollars, le tiers du PIB de la planète, devient trop important, les autorités monétaires américaines provoquent la crise pour faire supporter le poids de leur bien-être excessif au reste du monde et obliger les autres à les refinancer. C’EST LA LOGIQUE SELON LAQUELLE, SI VOUS NOUS LAISSER TOMBER, LES CONSEQUENCES VOUS EMPORTERONT.

Sur les implications internationales réelles

Plusieurs analystes ont pratiquement brouillé les pistes en déclarant tantôt que la crise n’aurait pas des incidences planétaires, tantôt que celle-ci ne serait qu’un malheur pour les entreprises, et enfin que ce sont les valeurs boursières concernant les parts détenues sur les firmes financières uniquement qui en souffriraient. L’on a même pu entendre des responsables des banques centrales au plus niveau pour ce qui est de l’Afrique, tenter de minimiser les conséquences pour leurs économies. Il importe de clarifier les données à ce sujet.

Premièrement, il est incontestable que l’effondrement des valeurs boursières résulte d’abord des politiques d’endettement irresponsables et intéressées pratiquées aux Etats-Unis, politiques élaborées, contrôlées, et gérées de façon indirecte par la FED, la banque centrale américaine. Les ménages américains ruinés et surendettés sont inévitablement les premières victimes. L’interconnexion entre les économies capitalistes a entraîné l’effet de contagion, par le simple fait que l’argent circule électroniquement et ne connaît presque plus de frontières. Une banque qui s’écroule aux Etats-Unis emporte donc forcément toute la chaîne et ce sont des liquidités, des capitaux qui se perdent dans la spéculation féroce. Avec cette conséquence, aucune monnaie n’est plus stable, et aucun titre n’est plus sûr.

Qu’en est-il des ménages européens ? Ils subiront à peu de chose près, le sort des ménages américains, avec la nuance que les fonds de réserve et de garantie sont, ici, mieux protégés par les gouvernements. L’Europe aussi prête ardûment, mais pas au rythme ni aux conditions de légèreté observés aux Etats-Unis. Le dénominateur commun entre les vautours de la finance des deux côtés de l’Atlantique, c’est justement cette insouciance déjà évoquée s’agissant du sort des ménages et des petits épargnants. La peur des uns, les plus riches, contraste avec l’assurance des plus pauvres, des familles moyennes.

Deuxièmement, pour ce qui est de l’Asie, il est impossible de soutenir que les conséquences seront perceptibles tout de suite. Parce que le rythme de consommation et, par conséquent, d’endettement des ménages est à l’opposé de ce que l’on constate, en Europe ou aux Etats-Unis, la crainte concerne plus les partenaires de grande taille et surtout les entreprises impliquées dans des capitalisations avec les firmes américaines et européennes. En Chine ou en Inde, pays dont les réserves en devises ont gonflé de façon exponentielle, être propriétaire de son habitation n’est pas encore la chose la plus répandue et le crédit n’est pas à la portée de la majorité des populations. Les causes profondes de l’enfermement du citoyen sont absentes et les risques de plongeon dans la galère créés par les spéculateurs boursiers, également. L’on pourrait dire « pas de dette, pas de problème », pourtant, les dangers ne sont pas si loin et sont susceptibles de se produire sous la forme de dommages collatéraux.

Troisièmement, et c’est ici qu’intervient le sort des pays Africains, la crise mettra à mal tous les projets financés selon le système BOT (Built, Operate and Transfert). Il s’agit du système qui permet à une entreprise d’apporter, de financer entièrement un projet, de l’exploiter durant un certain temps, et de restituer sa propriété au pays. Dans le contexte de la restriction des financements sur le marché international, d’où viendra les milliards indispensables pour ces réalisations ? Le continent demeure très sous-équipé en infrastructures de première nécessité. Routes, barrages hydroélectriques, adductions d’eau, logements sociaux, hôpitaux et écoles font cruellement défaut et les gouvernements ont, dans certains cas, engagé des projets pour commencer à pallier ces insuffisances. Un pays comme le Cameroun doit réaliser, d’ici dix ans au moins, dix barrages hydroélectriques et engager une vingtaine d’exploitations minières. Les aéroports et les salles d’attente des ministères en Angola, au Gabon, en Centrafrique, à Yaoundé, Brazzaville et Dakar, ressemble à des foires de marchands pressés. Il s’agit, en fait, de représentants de grandes entreprises multinationales qui viennent proposer de prendre en charge tel ou tel projet.
En fait, les démarcheurs qui se proposent pour les projets BOT, sont conditionnés par les disponibilités de l’argent sur les marchés financiers internationaux, un marché devenu exsangue, frileux et recroquevillé, par peur d’aggraver une situation déjà désespérée. Les banques américaines et européennes ne vont pas donner le peu de cash qui leur reste, à des pays lointains, pour le plaisir des profits de quelques entreprises qui vivent d’exportations. Il est déjà possible de prévoir des modifications importantes dans le montage financier de plusieurs projets. Il n’est d’ailleurs pas exclu que certains de ces projets soient tout simplement abandonnés ou renvoyés à plus tard. Pour les effets induits directs et indirects, il faut entrevoir les contentieux qui naîtront des commissions déjà encaissées d’une part, et des manques à gagner pour les nouveaux emplois d’autre part.

Il convient de souligner que la construction d’un barrage électrique de taille moyenne mobilise pendant cinq ans, en moyenne 500 emplois directs et près de 2000 emplois indirects, dont environ 50 emplois de cadres, 100 emplois de contremaître ou d’agent de maîtrise et nourrit plus de dix mille personnes. Quand aux vastes exploitations minières projetées par-ci et par-là, les grands conglomérats occidentaux qui sont positionnés et dont certains ont dépassé le stade des tests de production et de rentabilité, ce sont justement leurs actions qui dégringolent, aujourd’hui, sur les places boursières à une allure étourdissante, les plongeant dans le doute absolu. Ce qui les intéresse maintenant au premier chef, c’est de préserver ce qui reste de leurs trésoreries propres et la stabilisation des engagements antérieurs. Pas question donc d’aller ouvrir de nouveaux chantiers.

L’autre retombée négative que n’ont pas pu ou su voir les ministres africains des finances de la zone Franc, réunis précipitamment à Yaoundé, c’est la chute du flux financier positif issu des transferts de fonds provenant de l’immigration. La crise financière entraîne la compression des activités des entreprises et la fragilisation subséquente de la main-d’œuvre. Or, c’est connu que lorsque les choses vont mal, les millions de travailleurs immigrés sont les premiers sinon les plus fragiles parmi ceux qui en payent le prix. Comment vont-ils continuer à envoyer les mêmes montants qui se chiffrent en milliards de dollars dans leurs pays s’ils ne sont pas sûrs du lendemain ou si, du coup, ils sont mis à la porte de leur boulot ? Pour un pays comme le Mali, les transferts opérés par les travailleurs immigrés représentent le quart du PIB et c’est énorme.
Il convient, s’agissant toujours des manques à gagner, de mettre en exergue, ce que nombre d’experts, par inadvertance ou par étroitesse d’esprit, n’ont pu évoquer. Il s’agit de la diminution du volume des financements en provenance des institutions philanthropiques. Pour avoir une idée claire sur cet aspect, il faudrait savoir que l’aide publique au développement, multilatérale et bilatérale, ne représente plus que 60% du volume total, contre 40% pour l’aide privée dans laquelle sont rangées toutes les opérations des organismes humanitaires très actives non seulement en Afrique, mais partout dans le monde. A titre d’exemple, l’organisation humanitaire internationale SOS-Kinderdorf qui prend en charge les enfants déshéritées à travers un réseau de plus de 500 villages techniques appropriées, est présente dans 143 pays, aussi bien en Afrique, en France, en Asie qu’aux Etats Unis.

Comme Kinderdorf, Care International, Médecins sans frontières, le Comité International de la Croix Rouge (CICR) et bien d’autres, reçoivent l’essentiel de leurs financements de donateurs individuels, souvent des hommes et des femmes qui puisent dans leurs revenus directs ou dans leurs épargnes. Il est incontestable qu’avec la crise financière qui a fragilisé toutes les petites épargnes et fragilisé durablement les économies, les dons vont connaître une stagnation pendant une période dont il est, pour l’instant, difficile de situer la durée. La seule chose à peu près certaine, c’est que dans de nombreux pays d’Afrique où les organisations humanitaires ont développé des projets, des difficultés apparaîtront inévitablement.  L’on pourrait assister à la compression voire à l’abandon de certains projets, et les conséquences courantes que sont les pertes d’emploi et autres effets collatéraux, deviendront évidentes. D’ailleurs, il importe de signaler à ce propos, que ces organisations versent généralement des salaires plus confortables et offrent une meilleure protection de leurs employés, contrairement au secteur public et au secteur privé locaux.

20.10.2008

OBAMA, LES NOIRS, LES JUIFS ET L'AFRIQUE

Barack Obama et sa famille du Kenya.jpg
A propos de l'auteur TENE Thierry:
Thierry TENE est fondateur et directeur d’A2D Conseil spécialisé dans le conseil et la formation sur le développement durable.


Octobre 13, 2008

Le 4 novembre, OBAMA sera « probablement » le prochain président des Etats-Unis d’Amérique, si on en croit les derniers sondages. Un autre indicateur est la crise économique qui frappe actuellement l’Amérique et le reste du monde. En effet, les américains font plus confiance aux démocrates, pour les questions économiques, et aux républicains, pour celles de la sécurité. Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, l’Obamania a pris une telle ampleur, notamment dans la communauté noire, qu’on peut légitimement s’interroger sur les marges de manœuvres du sénateur de l’Illinois pour répondre aux attentes du monde entier.

Quand on est noir, faut-il être prophète chez les blancs avant de le devenir chez les noirs ?

La mobilisation actuelle des noirs américains, de l’Afrique et sa diaspora pour Obama est si forte (une visite des sites et forums communautaires permet de mesurer cet engouement) qu’on oublierait presque qu’il y a à peine 9 mois, le sénateur métisse ne faisait pas l’unanimité surtout chez les afro-américains. Il existe chez la plupart des noirs, une idéologie assez incroyable qui voudrait qu’on ne soit reconnu pour son talent et ses compétences que lorsqu’on est apprécié par les autres communautés, particulièrement les blancs. L’examen de passage d’Obama a donc lieu le 3 janvier 2008, lorsque à la surprise générale, il remporte les caucus (première élection des primaires démocrates) dans l’Iowa. Cet état a la particularité d’être très conservateur et peuplé majoritairement de blancs. L’impact médiatique de cette victoire symbolique sur Hillary Clinton va pousser certains électeurs afro-américains à croire aux chances d’Obama. Les remarques subtiles et frôlant parfois le racisme de Bill Clinton vont contribuer à consolider le vote des noirs pour Obama. L’ancien président américain avait même été déclaré « président des noirs » par ces derniers. Paradoxalement, au début des primaires, Obama a eu du mal à mobiliser l’électorat noir. En effet, le débat a fait rage chez les afro-américains pour savoir si Obama, qui n’est pas descendant d’esclaves (du moins directement) et qui est métis, faisait réellement partie de leur communauté.

Obama, candidat des noirs ou des juifs ?

Il est toujours un peu risqué de s’autodéclarer ou de désigner quelqu’un comme le représentant d’une communauté, surtout lorsque celui-ci n’a rien demandé et s’en défend. L’humoriste Dieudonné peut être cité en exemple. Suite au sketch « controversé » de celui-ci et de l’impact médiatique que cela a eu, la majorité des membres de la diaspora africaine va prendre fait et cause pour ce dernier. Les critiques de la presse, de certaines associations communautaires et des hommes politiques français vont contribuer à l’élever en martyr et défenseur de la cause noire. Lorsque le comédien va prendre des positions plus polémiques et fréquenter des personnalités (comme Jean-Marie Le Pen) dont certains propos à l’encontre des noirs sont clairement racistes, ces derniers vont se retrouver face à un véritable dilemme. On peut aussi citer Harry Roselmack dont la promotion aux commandes du journal le plus regardé d’Europe était présentée comme une réelle avancée pour les noirs. Qui peut réellement évaluer cet impact ? Cette nomination a-t-elle modifié le contenu rédactionnel du journal ou le nombre d’articles positifs sur les noirs et l’Afrique ? Citons enfin la Secrétaire d’Etat Rama Yade dont l’ascension devrait être un évènement pour les noirs. Madame Yade influence-t-elle la politique africaine de la France ? Sous son impulsion, quelles sont les initiatives qui ont été prises pour améliorer le quotidien des français d’origine africaine ?

Ces exemples montrent bien qu’il est important que les noirs se posent la question suivante : Est-ce que la réussite personnelle de l’un d’eux, sans leur soutien, en fait une réussite collective et, par corollaire, un représentant de leur communauté?
Barack Obama est-il donc le candidat des noirs ? Pour répondre à cette question, suivons le parcours politique du candidat et l’origine de ses principaux collaborateurs. Après son diplôme à Columbia, Obama décide de s’investir dans le social à Chicago. Il y rencontre Gerald Kellman, un juif qui a besoin d’un afro-américain afin de faciliter la mise en place de projets sociaux auprès de cette communauté. Diplômé également de l’Université d’Harvard, il épouse Michelle Robinson, en 1992. Le rabbin Capers C. Funnye Jr, cousin de celle-ci, est le premier afro-américain membre du Conseil des rabbins de Chicago et a été ordonné rabbin, en 1985. Il œuvre activement pour le rapprochement entre les différentes communautés et particulièrement entre juifs et noirs.

Dans le premier et deuxième cercle du candidat démocrate, à l’exception de quelques personnalités afro-américaines comme Susan Rice (ancienne Secrétaire d’Etat aux Affaires Africaines, sous la présidence de Clinton), Valerie Jarrett (l’amie et confidente de la famille) et Cornell Belcher (l’un des rares noirs qui réalisent des sondages, aux Etats-Unis), les principaux stratèges et conseillers d’Obama sont issus de la communauté juive. Nous ne pouvons tous les citer mais une recherche sur Internet permet de se faire une idée. Evoquons tout de même David Axelrold, qui peut être considéré comme l’un des principaux artisans du succès d’Obama. Il a la particularité de s’être spécialisé dans l’émergence des élus afro-américains comme Harold Washington, le premier maire noir de Chicago, John Street de Philadelphie, Anthony Williams de Washington, Dennis Archer de Detroit, Michael White de Cleveland, Lee Brown de Houston et surtout Patrick Deval, le premier gouverneur noir du Massachusetts.

La milliardaire afro-américaine Oprah Winfrey, reine de la télé américaine peut également être citée comme l’une des actrices du succès d’Obama. Engagée à ses côtés depuis le début (participation à des meetings et organisation des collectes de fonds), une étude de l’université du Maryland démontre qu’elle aurait rapporté près d’un million de voix au sénateur de l’Illinois, au cours des primaires démocrates. Il faut dire qu’elle à une côte de popularité très forte auprès de ses téléspectateurs qui sont majoritairement blancs. Il suffit par exemple qu’elle parle d’un livre dans son émission et le résultat se traduit par une explosion des ventes.
Lors de la tournée internationale du candidat démocrate, on peut regretter qu’il n’ait pas choisi (comme le sénateur McCain) de visiter un pays africain. Par ailleurs, de sa visite en Israël à l’intervention devant l’ AIPAC « American Israel Public Affairs Committee » qui est un puissant groupe de pression sur le gouvernement américain pour la défense d’Israël, Obama a donné toutes les garanties pour la poursuite des relations particulières qu’entretiennent ces deux Etats. C’est également un passage obligé pour de nombreux dirigeants politiques du monde lors de leur séjour, aux Etats-Unis. On entend souvent tout et n’importe quoi sur la communauté juive. Ils ont le mérite de se compter et de le faire savoir. Ainsi dans chaque Etat, ils savent exactement leur nombre et n’hésitent pas brandir la menace d’un vote sanction si leurs doléances n’étaient pas écoutées. Les noirs ne peuvent ils pas seulement s’en inspirer ?

L’hebdomadaire Le Point du 18 septembre 2008 publie un article de Bernard-Henri Lévy (le philosophe français le plus médiatique) dont des extraits méritent réflexion « comment il (Obama) est le seul - parce qu’il représente une minorité visible mais n’en défend pas moins l’idéal citoyen - à pouvoir arracher l’Amérique au mauvais démon de la guerre des minorités, de l’enfermement dans les ghettos, des communautarismes en rivalité, voir en guerre… Pourquoi il est le seul, encore, à pouvoir résorber la fracture qui s’annonce et qui, si elle se creusait, serait une catastrophe culturelle, métaphysique, donc politique, pour l’Amérique : cette fracture entre juifs et noirs, cette rupture de la grande Alliance nouée, dans les années 60, entre les deux minorités et qui a été l’honneur, le moteur et l’aiguillon de la grande Amérique réformatrice et de ses batailles… » Alors, Obama : une réussite juive ou afro-américaine ? Obama est il le candidat afro-juif ? Peut-il concilier ces deux communautés ? A chacun de se faire une idée…

L’Obama français ou le syndrome NIMBY ?

Aux Etats-Unis, comme en France, à l’exception de quelques personnalités, les leaders politiques noirs sont peu nombreux, contrairement à d’autres communautés dont le pourcentage dans la population globale est parfois inférieur à celui des noirs.
L’ascension d’un politique noir est, dans ce contexte, un évènement et celui du sénateur Obama est d’autant plus symbolique qu’il est le premier noir à représenter l’un des grands partis à l’élection présidentielle et surtout, il pourrait être le premier président noir ou métis des Etats-Unis. Vu la côte de popularité dont il bénéficie dans plusieurs pays et notamment en France, on peut légitimement s’interroger sur les chances réelles d’un candidat noir d’accéder à l’Elysée. Le sénateur de l’Illinois est apprécié aussi bien à droite qu’à gauche de l’échiquier politique français.
L’opinion publique et les politiques de l’Hexagone se livrent au NIMBY (Not In My Back Yard) ou OMA (Oui Mais Ailleurs). Un candidat noir aux portes de la Présidence de la République, très bien, mais aux Etats-Unis. D’ailleurs, aussi bien au Parti Socialiste qu’à l’UMP, combien de ses politiques sont prêts à choisir un leader noir pour les représenter. Ils répondront avec hypocrisie et sans blague que l’opinion n’est pas prête. La personnalité préférée des français est un métis. C’est peut-être les politiques qui ne sont pas prêts. Il serait également facile de rejeter toute la faute sur les politiques sans balayer devant sa porte. Ils sont nombreux ces français d’origine africaine qui utilisent le succès d’Obama pour stigmatiser la France.

En 2002, lorsque la députée Guyanaise Christiane Taubira était candidate à la Présidence de la République, combien des 5 millions de noirs ont voté pour elle ?
Quelles leçons les noirs devraient tirer de l’ascension d’Obama :

1. Le travail et la croyance en ses rêves ;
2. L’histoire n’est jamais écrite d’avance ;
3. La vie n’est pas une fatalité ;
4. Même face à certains commentaires et/ou comportements racistes, ne pas s’enfermer dans ce débat et puiser dans le positivisme pour avancer ;
5. Eviter les réactions du « noir en colère » qui est toujours en train de renvoyer la faute aux autres.

Barack Obama a réussi a s’imposer face à l’une des familles les plus puissantes du parti démocrate. Même Martin Luther King, dans son « dream », n’avait pas imaginé un tel scénario. Le sénateur de l’Illinois sera peut-être dans un mois, le prochain président des Etats-Unis d’Amérique. En tout cas, nous le souhaitons vivement. Par ailleurs, Obama ne fera pas grand-chose pour l’Afrique et les africains ne devraient d’ailleurs rien attendre du candidat démocrate. Par contre, qu’à travers son exemple, les africains comprennent que tout est possible et qu’on peut partir de zéro et se retrouver au sommet du monde. Il y a là une source de motivation qui devrait habiter toute une génération d’africain, loin de l’image misérabiliste répandue et des clichés sur le continent noir. Il est, également, très important de se définir soi-même comme modèle, ce qui oblige inconsciemment à travailler dur pour réussir et se motiver.
Quelque soit votre domaine d’activité, votre niveau d’étude ou votre situation sociale, avec pour devise « travail, confiance en soi et positivisme », YES YOU CAN !

Lu pour vous sur www.20mai.net

06.10.2008

L'AFRIQUE ET LA CRISE DES MARCHES FINANCIERS

LOTA DABIO TAMINI.jpgL’administration américaine a dévoilé, le vendredi 19 septembre 2008, les premiers éléments d’un vaste plan d’assainissement du secteur financier dont le coût se chiffre à 700 milliards de dollars, provoquant un rebond général des marchés d’actions. Les principales bourses mondiales sont passées d’une déprime profonde à un rebond historique en fin de semaine. Les experts s’accordent à dire que cette crise est la pire depuis le crash boursier de 1929.

Tout est parti du crash retentissant, de Lehmann Brothers, la quatrième banque d’affaires américaine, qui s’est placée sous la loi sur les faillites, et de American international group (AIG), un des principaux assureurs mondiaux, renfloué par la Banque centrale américaine. Lota Dabio Tamini économiste, chercheur en économie de l’environnement et des ressources naturelles et chargé de cours de commerce international à l’Université Laval au Canada explique ici les ressorts de cette crise financière et ses conséquences pour l’Afrique…

Comment expliquer cette crise financière mondiale?

De la crise des «primes de risque»…

La plupart des experts financiers s’entendent sur le fait que la crise actuelle a pour point de départ le marché des «primes de risque» («subprimes »). Ce marché est constitué de prêts hypothécaires (immobiliers), cartes de crédit et autres prêts accordés à une clientèle peu solvable. Ces prêts accordés à des personnes ayant une cote de crédit insuffisante ont participé à la création d’une bulle immobilière qui, elle-même, nourrissait la bulle de crédits.La pérennité de ce système dépendait cependant de deux conditions: des taux d’intérêt bas et relativement stables, et une appréciation régulière de l’immobilier. Ces conditions ont commencé à disparaître en 2004.


Les emprunteurs se retrouvèrent confrontés à une hausse de leurs mensualités alors que la valeur de leur bien diminuait, et les plus fragiles furent incapables de faire face à leurs remboursements. Ainsi, pour les établissements de crédit, la vente des biens saisis ne suffisait plus à couvrir leurs pertes. L’afflux de mises en vente des biens saisis a même aggravé le déséquilibre du marché immobilier, où les prix se sont effondrés. L’insolvabilité des débiteurs et la chute des prix de l’immobilier ont provoqué la chute ou la faillite de plusieurs entreprises de prêts hypothécaires à risque.

… à une crise de l’ensemble des marchés financiers

Les titres associés aux «primes à risque» offrent des rendements élevés dus au paiement par l’emprunteur d’un taux d’intérêt plus élevé. Les investisseurs ont donc exercé une forte demande de ce type de produits. Ces fonds d’investissement appartenant ou ayant été financés par les banques classiques, celles-ci reprennent donc, par ce biais, les risques qu’elles avaient dans un premier temps confiés aux marchés. Par ailleurs, la plupart des banques se refinancent et réduisent leurs risques grâce à la revente des créances à risque groupées avec d’autres valeurs.


L’ensemble du système bancaire s’est donc mis à supporter des risques de crédits dans les fonds que les banques finançaient ou qu’elles géraient. Les incertitudes sur les engagements directs et indirects des établissements financiers en matière de crédit à risque, mais aussi la crainte d’un ralentissement général des activités des banques de financement et d’investissement, très rentables et qui ont été les moteurs de la croissance au cours des années précédentes, ont fini par entraîner une véritable crise de confiance entre banques et un effondrement des marchés financiers.


Dans ce contexte, l’American international group représente une victime «collatérale» de la présente crise. En effet, cette société, classée troisième assureur mondial, a un réseau qui s’étend à plus de 130 pays et des activités touchant les particuliers, les entreprises et les institutions. L’AIG a subi de très fortes pertes liées aux garanties qu’il accordait sur des dérivés de créances immobilières. Les agences de notation (Standard & Poor’s, Moody’s, Fitch) ont été ainsi accusées d’avoir mal évalué le risque de ces produits et, partant, la notation associée à ces produits.


Et la dégringolade des marchés financiers semble avoir été aggravée par les ventes à découvert. En bourse, habituellement, les actions sont achetées en espérant que leur valeur va augmenter. La vente à découvert, c’est exactement l’inverse. Dans une opération de vente à découvert, l’investisseur mise sur la baisse d’un titre: il va vendre des titres qu’il ne détient pas et s’engage à les acheter plus tard, en espérant que leur valeur aura baissé. Spéculer sur la baisse des valeurs, comme la vente à découvert le permet, peut donc contribuer à entraîner les marchés vers le bas, notamment dans un contexte tendu. C’est la raison pour laquelle les autorités financières britannique et américaine ont décidé, cette semaine, de suspendre cette pratique.

Quelles solutions ont été apportées à cette crise?

“A big package because it’s a big problem…” - George W. Bush
Depuis le début de la crise, les autorités bancaires nord-américaines, européennes et asiatiques font preuve d’un activisme qui fait dire à certains décideurs économiques et politiques que cette semaine a sonné le glas du libéralisme économisme et du laisser-faire sur les marchés financiers. D’importants fonds ont été mis à la disposition du système bancaire afin de juguler sa crise de liquidité. De plus, des entreprises ont été nationalisées aux États-Unis et en Grande Bretagne.
Et, last but not least, les autorités américaines ont annoncé la création d’un fonds de 700 milliards de dollars afin de racheter et de gérer les «actifs toxiques». Ce fonds, financé par le contribuable américain, devrait contribuer à creuser le déficit budgétaire déjà abyssal des Etats-Unis. En plus de ces interventions financières directes, de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer une mise à jour de la réglementation encadrant les activités des marchés financiers.

Quelles sont les conséquences de la crise pour les économies africaines?

Pour l’essentiel, les économies africaines ont été à l’abri des effets directs de la présente crise des marchés financiers, en raison de la faible taille de leur économie et du fait que leurs économies reposent essentiellement sur les matières premières. Cependant, avec des économies chaque jour un peu plus ouvertes, les pays africains subiront sans aucun doutes les contrecoups de cette crise financière.


La crise de liquidité bancaire et le resserrement des conditions de crédit…

Bien qu’encore jugés insuffisants, les investissements privés représentent des portions de plus en plus importantes des fonds mobilisés pour l’atteinte des objectifs de croissance et de développement en Afrique. Ces fonds proviennent d’entreprises localisées dans des pays ayant subi de plein fouet la présente crise financière. Un resserrement des conditions d’acquisition du crédit d’investissement pourrait affecter les pays qui connaissaient une croissance régulière des investissements directs étrangers.
Plusieurs études ont montré que les pays ayant un indice de développement moyen, et riches en matières premières (Côte d’Ivoire, Cameroun, Ghana, Nigeria,…) sont ceux qui attirent le plus les investissements directs étrangers. Ces pays pourraient donc subir un contrecoup du resserrement des conditions de crédit et de taux d’intérêt plus élevés. De plus, le «bradage» actuel de certaines des entreprises américaines auquel nous assistons pourrait détourner certains investisseurs, notamment chinois, des marchés africains.
Plus que jamais, il sera donc important pour les pays africains, d’offrir aux investisseurs un milieu d’affaires incitatif; l’objectif étant de mobiliser l’épargne intérieure disponible et d’être suffisamment attractif pour maintenir la croissance des investissements directs étrangers.

… Les conséquences sur les marchés internationaux

Cette crise a, par ailleurs, des effets sur d’autres marchés, et notamment sur celui des matières premières. L’assèchement des liquidités sur les marchés de capitaux, oblige plusieurs fonds d’investissement à quitter certains marchés de matières premières afin de disposer de ressources financières. Les cours de ces matières connaîtront donc une dégringolade. C’est l’une des explications à la baisse des cours du pétrole observée cette semaine, plusieurs investisseurs ayant liquidé leurs positions.
Certaines matières premières, comme l’or ou même les produits agricoles transigés sur les marchés internationaux, restent des valeurs refuges. Leurs cours pourraient donc s’envoler. Le mécanisme de spéculation sur les marchés à terme de produits agricoles observés depuis quelques mois pourrait donc se poursuivre et maintenir les prix des produits agricoles à un niveau élevé. De fait, les pays africains producteurs de matières premières disposeront là d’opportunités à saisir, ces hausses de prix pouvant partiellement ou totalement compenser les effets des conditions de resserrement du crédit.

… Conséquences sur les économies du continent

Les craintes que la crise financière n’affecte l’économie réelle des pays développés est bien présente et cela par le biais notamment de la baisse du moral des ménages et des chefs d’entreprises, des difficultés rencontrées par les banques, du resserrement des conditions de crédits. La consommation des ménages, l’investissement des entreprises et donc la croissance du produit intérieur brut pourraient être affectés. Le Fonds monétaire international (FMI) a ainsi réduit ses prévisions de croissance économique pour les prochains mois. Cette baisse de la croissance en Amérique, en Europe ou en Asie se traduirait ainsi par une baisse de la demande pour certains produits en provenance des pays africains.


De plus, le plan concocté par le gouvernement américain implique une augmentation du déficit budgétaire américain. À court ou moyen terme, il n’est pas insensé de penser que des politiques de réduction des dépenses de l’Etat devront être mises en œuvre. Et les expériences passées ont montré qu’en période difficile, les premiers postes de coupes budgétaires portent sur les programmes d’aide au développement (aux Etats ou par le biais des institutions multilatérales). La crise financière actuelle, avec les risques de ralentissement économique, pourrait donc avoir des conséquences sur le niveau de l’aide au développement.


LOTA DABIO TAMINI

18.09.2008

LA PROBLEMATIQUE IDEOLOGIQUE COMME AXE DE JUSTIFICATION DES CRIMES (2)

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A propos de l'auteur Shanda TONME

Jean Claude SHANDA TONME est docteur en droit international formé en France et aux Etats-Unis, diplomate de carrière, professeur de relations internationales et conseiller juridique de nombreuses organisations humanitaires de premier plan dans le monde.




II- TRIBUNAUX NATIONAUX CONTRE TRIBUNAUX INTERNATIONAUX

L’étalage argumentaire de nos premières interpellations, prouvent à suffire, que la construction des relations internationales depuis 1945, s’est faite dans un presque mouchoir de poche machiavélique et pour la consécration des normes juridiques entièrement ou partiellement biaisées. Les puissances dominantes avaient certes imaginé par exemple le Tribunal de Nuremberg ou encore la Cour permanente d’Arbitrage et la Cour internationale de justice, mais il est essentiel de rappeler que toutes ces instances n’ont reçu que des compétences relatives. Il demeure non seulement écrit, mais défendu ardûment en doctrine, que les Etats restent libres de reconnaître ou de ne pas reconnaître la compétence de ces Tribunaux.

En fait, derrière les expressions de moralisation du monde, se cache en permanence, le défi des puissants et des nantis qui ne reconnaissent de règle que pour autant que leurs intérêts vitaux ne sont pas menacés.

La Cour internationale de Justice n’est donc ni le prétoire universel attendu, ni le moule judiciaire universel espéré. Les Etats Unis ont si bien démontré et réaffirmé cette réalité élémentaire, qu’ils ont simplement dénié à la Cour pénale internationale, toute validité dès lors qu’un citoyen américain pouvait être mis en cause.

Il faut maintenant tirer les conséquences de ce qui ressemble à une tromperie permanente, voire un abus de confiance aggravé organisé par des pays qui clament leur très grande avance morale et la supériorité de leur civilisation. Les pays de la périphérie doivent faire preuve d’audace et pousser la logique d’une indépendance d’esprit jusqu’au bout. Cela suppose que le concept de la compétence universelle fasse l’objet d’une large appropriation par ces pays et une intégration conséquente dans leur système judiciaire.

Si la Belgique ou la France peut arrêter un dirigeant d’Afrique et le traduire devant les tribunaux français au nom de la compétence universelle, pourquoi le Sénégal ne feraient-ils pas autant pour un dirigeant français ?

Les auteurs des plus grands crimes commis dans les pays de la périphérie sont encore vivants et ils méritent d’être poursuivis devant des tribunaux spéciaux ou ordinaires constitués dans ces pays. La Cour pénale internationale ne lancera jamais des enquêtes et des poursuites contre les assassins de Ruben Um Nyobè et des génocides au Cameroun. C’est au peuple camerounais, agissant dans le cadre d’institutions politiques nationales, indépendantes, et souveraines, qu’il reviendra tôt ou tard de conduire cette action.

L’évolution du monde épouse dorénavant une somme de complexités qui rendent plutôt possibles, la rupture avec des dogmes de faiblesse et de subordination. Si hier les Etats Unis pouvaient encore aller arrêter un Chef d’Etat au Panama et le traduire devant leurs tribunaux, ils ne peuvent plus le faire avec une égale facilité aujourd’hui, sans redouter des implications insurmontables. Certes, il a été possible d’envahir l’Irak et de renverser son président sous de fallacieux prétextes plus tard dévoyés, mais la jurisprudence qui est construite à travers ce hold up moderne, est de nature comme nous en la preuve chaque jour depuis cinq ans, de donner plus d’arguments aux ennemis de Washington.

L’autre aspect de la question réside dans la nature des régimes locaux qui ne sont pas assez forts ou nationalistes pour créer des dynamiques internes d’attaque envers les grands pays regorgeant d’auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. L’on n’imagine pas le régime de Paul Biya au Cameroun engageant des poursuites contre les auteurs de l’assassinat de Ruben Um Nyobè, ni même le régime du sanguinaire Comaporé mettant en place une commission d’enquête pour élucider l’assassinat de Thomas Sankara.

En l’absence de cadres institutionnels et politiques viables ou appropriés, les peuples représentés par leurs sociétés civiles, devraient constituer les tribunaux pour traquer et juger les criminels des pays Occidentaux. L’avenir des peuples africains passe absolument par ce sursaut de révolte et de contestation qui permettrait de combler momentanément l’inaction ou l’incapacité des régimes corrompus du continent.

Notre propos tends à soutenir que les burkinabés devraient constituer un tribunal pour juger les auteurs de l’assassinat de Thomas Sankara. Ce tribunal ne devrait pas forcément statuer publiquement ou absolument sur le territoire national. Les camerounais devraient faire autant pour tous leurs martyrs.