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mercredi, 14 septembre 2016

UNE REVUE SCIENTIFIQUE ACCREDITE LA THESE D’UNE DEMOLITION CONTROLEE DU WORLD TRADE CENTER

 

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Quinze ans après les attentats du 11 septembre 2001, de nombreux spécialistes remettent toujours en cause le déroulement officiel des événements. Dans un article publié en septembre dans le très sérieux magazine de la Société européenne de physique, des scientifiques défendent la thèse controversée selon laquelle les gratte-ciels du World Trade Center auraient été détruits par démolition contrôlée, à l’aide d’explosifs, et non en raison de l’impact des avions de ligne. Ils demandent qu’une nouvelle enquête, indépendante et sérieuse, soit ouverte à ce sujet.

 

« Les faits convergent de façon accablante vers la conclusion que les trois gratte-ciels (qui se sont entièrement effondrés à New York le 11 septembre 2001, ndlr) ont été démolis de manière contrôlée [1] ». Tel est le constat dérangeant tiré début septembre dans un article de six pages du magazine Europhysics News, paru sous le titre « 15 years later : on the physics of high-rise building collapse » [2] .

L’hypothèse soutenant que l’effondrement des tours jumelles et du bâtiment 7 du Wall Trade Center (WTC7) – un gratte-ciel de 194,4 mètres qui était situé dans Lower Manhattan – n’a pas été causé par l’impact des deux avions de ligne détournés par les terroristes, mais par une technique de démolition contrôlée, n’est pas nouvelle. Elle est bien connue de ceux qui remettent en cause la version officielle du déroulement de cette journée. Rangée dans la catégorie « Théories du complot », cette hypothèse est d’ailleurs souvent tournée en ridicule dès l’instant où elle est proférée.

L’article d’Europhysics News doit-il donc pour autant, parce qu’il défend cette thèse, être considéré a priori comme faisant l’apologie d’idées « complotistes » ? Tel pourrait être le cas s’il s’agissait d’un banal récit publié dans un blog obscur sur la toile. Mais, il n’en est rien. Europhysics News est en effet le journal officiel de la Société européenne de physique (European Physical Society, EPS). Celle-ci regroupe en son sein des scientifiques issus de 42 sociétés de physiques actives en Europe au niveau national. On est donc bien loin d’une publication pseudo-scientifique répandant à tout va des idées farfelues.

« Jamais, avant ou après le 11 septembre, le feu n’a été responsable de l’effondrement total d’un gratte-ciel ayant une structure en acier »

En préambule à l’article en question, l’EPS clarifie cependant sa position à son sujet : « Cette contribution est quelque peu différente des articles purement scientifiques publiés habituellement dans cette revue, dans le sens où elle contient certaines spéculations. Cependant, étant donné le timing de la publication (parue peu de temps avant la commémoration des quinze ans de l’événement, ndlr) et l’importance du sujet, nous considérons que cet article est suffisamment technique et intéressant pour mériter une publication pour nos lecteurs. Il va de soi que son contenu est de la responsabilité de ses auteurs ». 

Ceux-ci sont aux nombre de quatre. Il s’agit de deux scientifiques spécialistes de la fusion et de l’ingénierie civile, d’un ingénieur ayant travaillé notamment dans l’aérospatial, et du directeur de la stratégie et du développement d’Architects & Engineers for 9/11 Truth, une association américaine regroupant plus de 2500 architectes et ingénieurs réfutant la théorie officielle de l’effondrement des trois tours du World Trade Center (WTC). Dans leur analyse publiée par Europhysics News, les auteurs s’emploient ainsi surtout à mettre en lumière ce qu’ils considèrent être les points faibles de l’enquête officielle menée entre 2002 et 2008 par l’U.S. National Institute of Standards and Technology (NIST).

Dans son rapport final, le NIST conclut que l’effondrement des trois gratte-ciels a été causé par des incendies s’étant déclenchés suite à l’impact des deux avions de ligne détournés par les terroristes. Et ce malgré le fait, comme le soulignent les auteurs de l’article, que l’étude du NIST est «basée ouvertement sur la prémisse selon laquelle « l’effondrement total des tours du World Trade Center est le seul exemple connu à ce jour, pour des structures de ce genre, dans lequel le feu a joué le rôle principal ». En effet, jamais, avant ou après le 11 septembre, le feu n’a été responsable de l’effondrement total d’un gratte-ciel ayant une structure en acier. A la seule exception du tremblement de terre de Mexico en 1985, lors duquel un immeuble de 21 étages a été totalement détruits, la seule force connue capable de détruire un gratte-ciel du gabarit de ceux du WTC est l’utilisation d’une procédure de démolition contrôlée, où des explosifs et d’autres dispositifs sont utilisés pour détruire la structure de façon intentionnelle ».

« Résister à toutes sortes de choses, même à l’impact d’un avion de ligne »

Les auteurs détaillent ensuite pour quelles raisons techniques les gratte-ciels à structure d’acier ont jusqu’à présent résisté aux incendies sans s’effondrer totalement. Ceux-ci seraient ainsi conçus pour résister au feu, mais aussi à des charges gravitationnelles constantes causées par des événements naturels tels que feux, tempêtes de vent ou tremblements de terre. « Le bâtiment 5 du World Trade Center est d’ailleurs un parfait exemple de la façon dont un gratte-ciel possédant des revêtements en acier se comporte lors de larges incendies. La journée du 11 septembre, l’immeuble a brulé durant sept heures sans s’effondrer totalement. »

A l’appui de ces arguments sont cités des propos édifiants de John Skilling, l’ingénieur responsable de la structure lors de la construction du WTC, recueillis lors d’une interview accordée au Seattle Times suite aux attentats à la bombe de 1993 (déjà contre le WTC). Dans l’interview en question, Skilling souligne que les tours du WTC ont été conçues « pour résister à toute sortes de choses, même à l’impact d’un avion de ligneNotre analyse indique que le plus gros problème viendrait du fait que toute l’essence (de l’avion) se répandrait dans le bâtiment. Cela causerait un immense incendie. Beaucoup de personnes seraient tuées », explique Skilling. Mais, pour autant, « la structure du bâtiment serait toujours intacte ». Il continue en précisant : « Je ne suis pas en train de dire que des explosifs utilisés de façon appropriée (…) ne pourraient pas causer d’énormes dégâts. J’imagine que si vous demandez au meilleur expert de réaliser ce travail, et lui donnez pour mission de détruire ces immeubles avec des explosifs, je parie qu’il pourrait le faire ».

L’article déroule ensuite ses arguments pour chacune des trois tours du WTC. Il commence par le WTC7, qui n’a, rappelons-le, pas subit l’impact d’un avion de ligne. Le bâtiment s’est effondré dans l’après-midi du 11 septembre, à 17h21. « L’effondrement est remarquable, car il exemplifie les signatures fonctionnelles d’une implosion : le bâtiment s’effondra en chute libre durant 2,25 seconde, sur une distance de 32 mètres… Il tomba tout droit et symétriquement. Son cadre d’acier fut complètement démembré, et se déposa pour la plus grande part à l’intérieur de son empreinte…. [3] », écrivent les auteurs. Avant d’ajouter : « Etant donné la nature de l’effondrement, toute enquête se prévalant de la méthode scientifique aurait dû sérieusement considérer l’hypothèse d’une démolition contrôlée, si ce n’est débuter avec celle-ci. Au lieu de cela, le NIST (ainsi que la Federal Emergency Management Agency (FEMA), qui réalisa une étude préliminaire avant l’enquête du NIST) commença son travail avec l’idée prédéterminée que l’effondrement était dû au feu. »

 

 

L’article détaille ensuite en quoi il aurait été difficile pour le NIST d’établir cette conclusion. Il souligne, de plus, que le NIST aurait également ignoré certains faits – comme l’écroulement du bâtiment en chute libre pendant 2,25 seconde – dans le but de faire cadrer les résultats de son enquête avec l’hypothèse de l’incendie. Cependant, défendent les auteurs, même malgré la non-prise en compte de certains faits, « la modélisation informatique du NIST échoue à répliquer l’effondrement observé. Elle présente de larges déformations de l’extérieur du bâtiment qui ne sont pas visibles lors de l’effondrement ». Et l’article de conclure à propos de l’enquête officielle sur la chute du WTC7 : « Malheureusement, la modélisation informatique du NIST ne peut pas être vérifiée de manière indépendante en raison du fait que l’Institut a refusé de rendre publique une grande partie des données modélisées, arguant que cela pourrait « compromettre la sécurité publique » ».

« Il est impératif, moralement parlant, qu’une enquête vraiment scientifique et impartiale soit menée par les différentes autorités responsables »

Concernant l’effondrement des tours jumelles (WTC1 et WTC2), l’article pointe du doigt le fait que l’enquête du NIST n’a pas, comme elle l’a fait dans le cas du WTC7, modélisé informatiquement leur chute. Dans le rapport officiel est en effet écrit (ces mots sont cités par l’article d’Europhysics News), que « l’enquête s’est concentrée sur les événements s’étant déroulés depuis l’instant où les avions se sont écrasés contre les tours jumelles jusqu’au début de leur effondrement ». Par conséquent, souligne l’article, « le rapport définitif ne contient aucune analyse permettant de comprendre pourquoi les sections basses (des deux tours, ndlr) ne permirent pas d’arrêter, ou même de freiner, les sections supérieures – dont le NIST reconnaît qu’elles « sont tombées principalement en chute libre » – ni ne permet d’expliquer les autres phénomènes observés durant la chute ». Les auteurs présentent alors une partie des raisons et des calculs qui tendent, selon eux, à montrer que sans l’utilisation d’explosifs, l’effondrement des parties supérieures des deux tours jumelles se serait arrêté après quelques étages.

Plusieurs autres faits troublants, comme la présence de résidus de nanothermites [4] dans des échantillons de cendres récoltés dans les débris du WTC, sont mentionnés rapidement en fin d’article. Sont mentionnés également des témoignages de plusieurs dizaines de personnes ayant vécu les événements en direct, et assurant avoir entendu, ressenti ou vu des explosions avant et pendant l’écroulement des gratte-ciel.

En conclusion, les auteurs soulignent donc qu’un faisceau de preuves solides laisse penser que l’hypothèse d’une destruction contrôlée des tours du WTC est aujourd’hui la plus plausible. « Etant donné les vastes implications de cette hypothèse », terminent-ils, « il est impératif, moralement parlant, qu’une enquête vraiment scientifique et impartiale soit menée par les différentes autorités responsables à ce sujet ».

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[1] « The evidence points overwhelmingly to the conclusion that all three buildings were destroyed by controlled demolition ».

[2]  «15 ans plus tard: à propos de la physique de l’effondrement des immeubles de grande hauteur »

[3] « The building dropped in absolute free fall for the first 2.25 seconds of its descent over a distance of 32 meters or eight stories [3]. Its transition from stasis to free fall was sudden, occurring in approximately one-half second. It fell symmetrically straight down. Its steel frame was almost entirely dismembered and deposited mostly inside the building’s footprint, while most of its concrete was pulverized into tiny particles. Finally, the collapse was rapid, occurring in less than seven seconds».

[4] Une nanothermite ou superthermite est un composite intermoléculaire métastable (metastable intermolecular composite, MIC en anglais). Les MIC sont des substances dangereuses qui peuvent être étudiées et mises au point dans un but militaire ou pour des applications pyrotechniques, comme ergols ou explosifs (source : wikipédia).

 

Martin BERNARD, Journaliste.

 

Source: MARTIN BERNARD.ORG

dimanche, 04 novembre 2012

LA GUERRE QUI VIENT - DE LA CONTRE-INSURRECTION RURALE A LA CONTRE-INSURRECTION URBAINE

 

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1 - Une nouvelle configuration géostratégique
 
«La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens» (Clausewitz). La technologie la plus sophistiquée constitue la modalité contemporaine de la guerre. Il n'y a pas une essence supra-temporelle de la guerre. Une essence qui échapperait à ses déterminations historiques. La guerre est un phénomène social total qui connaît de profondes métamorphoses. Aujourd'hui on parle même de guerres propres. De frappes chirurgicales. Orwell dirait la paix c'est la guerre et réciproquement.
 
La gauche radicale n'a pas l'habitude de s'intéresser à la politique militaire. Pourtant la guerre est partout. Non seulement sur les champs de bataille. Mais aussi sur les écrans et les consoles de jeux. A tel point qu'on pourrait parler d'un complexe militaro-industriel-ludique. La guerre est devenue un divertissement à part entière. Nos villes s'équipent insidieusement pour la guerre. Une guerre de classe. La mondialisation marchande est une mondialisation armée.
 
Ce que je voudrais montrer c'est qu'une nouvelle stratégie militaire se met en place à l'ombre des états impérialistes. Stratégie qui construit ses propres cibles et délimite un nouvel espace géographique et mental. Pour contrer la baisse  tendancielle du taux de profit, le capital investit massivement dans les  armes de haute technologie. Cette réorientation stratégique de l'impérialisme s'inscrit dans un contexte marqué par:
 
- La fin de la guerre froide.  L'effondrement de l'URSS semble dégager l'horizon pour une l'hégémonie américaine. Une hégémonie aujourd'hui fragilisée. Du même coup, l'ancien ennemi s'évapore (le péril rouge). Il faut reconstruire un  ennemi adaptée à la nouvelle donne géostratégique et incarnant le mal absolu.
 
- L'approfondissement de la crise provoquée par la financiarisation de l'économie. A noter qu'aux Etats-Unis le taux de profit décline dès septembre 2006. C'est à dire bien avant la crise. Il y a conjonction entre une crise économique mondiale et une crise de la domination américaine.
 
- Le développement exponentiel des nouvelles technologies qui permettent de classer, repérer, poursuivre et cibler. Ces nouvelles technologies constituent l'un des vecteurs de la mondialisation libérale.
 
- Le déplacement des conflits des zones rurales vers les zones urbanisées ou semi-urbanisées des grandes métropoles en voie d'expansion. Bref du Vietnam on passe à Bagdad, Kaboul, Gaza. Demain: Téhéran? J'y reviendrai.
 
Depuis 2001, La notion de «guerre illimitée au terrorisme» a pour horizon une guerre civile impitoyable et sans fin. La guerre est à elle-même son propre but. La guerre devient permanente et se fragmente en guerres régionales. Guerres régionales qui mettent en oeuvre des forces non-étatiques. La guerre recourt de plus en plus aux troupes mercenaires. Ces dernières représentaient en 2005, la deuxième force d'occupation en Irak.
 
Si la guerre devient illimitée dans l'espace et dans le temps, l'ennemi n'est plus qu'un monstre insaisissable. Un monstre qu'il faudra finir par exterminer. Aucune paix n'est possible. Le terroriste  échappe à tout statut juridique ou social. Il est un criminel pathologique. Rien ne s'oppose à sa liquidation. La notion de guerre au terrorisme permet d'évacuer toute dimension politique des conflits. La mondialisation libérale suscite d'ailleurs une crise sans précédent du politique. Non pas que l'intervention de l'Etat soit devenue inutile. Etat qui serait réduit à son rôle purement régalien. Au contraire. «La concurrence libre et non faussée» ne peut s'exercer qu'à partir de l'intervention de l'appareil d'Etat. Intervention législative, juridique, policière, militaire. L'économie de marché n'est pas une donnée naturelle mais une construction étatique. Dans le cadre du néolibéralisme, le capital financier s'associe à l'Etat afin d'élaborer de nouvelles règles de fonctionnement.
 
Dans un premier temps je montrerai comment on est passé du rural à l'urbain. Les cibles militaires de l'impérialisme ne sont plus directement situées dans les rizières, les forêts ou les terres arides mais plutôt dans les villes, les banlieues, les ghettos, bidonvilles et favelas. Puis dans un deuxième temps, je montrerai comment la capital financier a structuré un nouvel urbanisme placé en permanence sous contrôle. La guerre robotique met en oeuvre les nouvelles technologies permettant de cibler et de tuer ce nouvel ennemi abrité dans les profondeurs des nouvelles mégalopoles. Enfin, nous verrons justement comment «la stratégie du choc» parfaitement analysée par Naomi Klein permet d'éclairer la nouvelle politique militaire de l'impérialisme.
 
2 - Du rural à l'urbain
 
Les guerres coloniales se déroulent dans un environnement principalement rural (Indochine, Algérie, Vietnam). L'ennemi est un indigène-partisan (Viêt, guérilléro, fellagha) enraciné dans son milieu. Cet ennemi ne se distingue guère du civil. Il est caché au sein d'une population essentiellement rurale. Il se fait à la fois invisible et omniprésent. Durant la guerre d'Algérie, la DGR (Direction Générale du Renseignement) propose de quadriller le territoire algérien. Quadrillage qui consiste à répertorier l'ensemble des habitants, leurs lieux de vie et leurs mouvements pour les surveiller en permanence. L'objectif est de couper la population du maquis. Lors de la bataille d'Alger en 1957, le Dispositif de protection urbaine (DPU) a pour objectif de rationaliser l'emploi de l'armée en ville en mettant en oeuvre un quadrillage de la ville et, plus particulièrement, des quartiers musulmans. Ce dispositif devait éviter le retour en ville du FLN et favoriser la mobilisation en cas de crise. C'est d'ailleurs ce dispositif qui a constitué un des points d'appui du coup d'Etat du 13 mai 1958.
 
Face à la guerre froide, paniquée par la perte de l'Empire et la menace révolutionnaire, une partie de la classe dominante est convaincue de la nécessité du contrôle total de la population. La guerre coloniale devient le laboratoire de ce projet. Le général Allard déclarait en 1956 : «L'étude de la guerre révolutionnaire n'est pas, ne doit pas être l'apanage des seuls militaires, car la guerre révolutionnaire n'est pas dans son essence une guerre militaire de conquête territoriale, mais une lutte idéologique de conquête des esprits, des âmes.» La propagande devient une arme essentielle dans la contre-révolution.
 
Ce qui s'est passé à Paris le 17 octobre 1961 constitue un tournant. La manifestation de la  population musulmane a été gérée comme une véritable émeute armée. La police elle-même était armée. Il y eut planification systématique de la répression. La figure de l'indigène-partisan a été détruite  symboliquement et physiquement. A partir des années 1970, on reconstruit la figure de l'ennemi intérieur sur une base socio-ethnique. Désormais, l'espace urbain sera quadrillé par un dispositif militaro-policier qui va ouvrir la porte au modèle sécuritaire. A partir de 1990, à la suite des révoltes dans les quartiers populaires (Vaulx-en-Velin, Sartrouville, Mantes-la-Jolie et Meaux) les renseignements généraux se reconvertissent dans la surveillance «des subversions cachés dans les cités».
 
La défense opérationnelle du territoire (DOT) planifie la poursuite et l'élimination de l'ennemi intérieur depuis 1962. L'instauration du plan Vigipirate en 1978 accentue le quadrillage et la surveillance du territoire, intensifie les niveaux d'alerte, les patrouilles en armes et la psychose de peur. Il s'agit d'une politique délibérée de mise en condition de l'opinion publique.
 
Le colonel Jean-Louis Dufour, spécialiste de la guerre en milieu urbain écrit en 1992 dans la revue Défense nationale: «Terroriser et démoraliser l'adversaire et donc détruire ses cités sont deux exigences de la guerre totale... la ville est l'objectif majeur des guerres civiles.». Du 25 au 28 février 2008 se tient au Centre national d'entraînement des forces de gendarmerie  un exercice commun gendarmerie-police-pompiers permettant de tester plusieurs opérations de maintien de l'ordre en milieu périurbain sensible. Sont employés: tireurs d'élite et véhicules blindés. Désormais c'est la vie urbaine qui est progressivement placée sous surveillance et militarisée. Ce phénomène va se développer et s'amplifier dans toutes les grandes métropoles américaines et européennes. Il s'agit maintenant de contrôler et de criminaliser les populations des grandes métropoles. Les banlieues françaises sont désormais considérées comme des «colonies intérieures».
 
Les années 1990 constituent un tournant. De 1989 à 2000, 23 émeutes dans le monde ont été déclenchées par la mort d'un jeune. La responsabilité des forces de l'ordre a toujours été engagée. On peut citer la France, les Etats-Unis, la Chine. La mondialisation et la hausse des prix alimentaires sont au coeur des émeutes à Kinshasa en décembre 1990. Les grandes villes de la république du Congo en septembre 1991 et janvier 1993, du Venezuela de mars à juin 1992, du Brésil, etc. sont le théâtre,  d'émeutes de la faim. En novembre 1999, le mouvement altermondialiste affronte les forces de police à Seattle. En 2001, c'est la manifestation contre le G8 à Gênes. Manifestation contre laquelle les forces de l'ordre mettent en place une véritable stratégie militaire. En France, c'est l'embrasement des banlieues de novembre 2005, les émeutes de Cergy, Saint-Dizier, Vitry-le-François et le Champ-de-Mars de Juin  2008, d'Asnières le 14 juillet. Entre 2006 et 2008, l'Etat assiège la ville d'Oaxaca au Mexique. Le port marocain de Sidi Ifni a fait l'objet d'un raid militaire à la suite d'un banal conflit sur l'emploi. La ville de Redeyef dans le sud tunisien, à la merci du monopole des mines de phosphate, a connu des émeutes alternant avec des offensives militaires pendant six mois, de janvier à juin 2008. Silence total des médias. Une nouvelle configuration de la révolte  se met en place. L'intervention des forces de l'ordre se militarise.
 
«Guerre aux frontières, ennemis à l'intérieur. Ennemis aux frontières, guerre à l'intérieur. La confusion des genres qui ouvre à la militarisation de l'action publique et à la déqualification symbolique de pans entiers de la population peut alors se généraliser. C'est exactement la logique qui a été adoptée par la politique du gouvernement français vis-à-vis des banlieues.»  Alain Bertho.

3 - Le nouvel urbanisme
 
L'espace urbain devient progressivement un point de focalisation déterminant de la lutte politique et de la guerre de classes. La ville constitue le lieu de valorisation par excellence du capital financier et symbolique. La financiarisation libérale colonise l'espace urbain. Au centre ville, on cherche à se retrouver entre soi. C'est le phénomène de gentrification combiné au développement des banques, bureaux, commerce de luxe, musées et  quartiers réservés. La mégalopole se construit ainsi par l'exclusion. David Harvey montre comment aux Etats-Unis, en 2007, «quelques deux millions de personnes, principalement des mères célibataires et leur famille, des Afro-Américains vivant dans les grandes villes  et des populations blanches marginalisées,  de la semi-périphérie urbaine, se sont vus saisir leur maison et se sont retrouvés à la rue. C'est ainsi que de nombreux quartiers des centres-villes et que des communautés périurbaines entières ont été dévastées à cause des prêts consentis par les prédateurs des institutions financières». Dans les mégalopoles des pays pauvres et émergents, les agences de développement financées par la banque mondiale bâtissent et protègent des «îlots de cyber-modernité au milieu des besoins urbains non satisfaits et du sous-développement général.» (Mike Davis). La mégalopole monstrueuse devient un lieu de relégation sociale. Elle est perçue comme une obscure menace par les classes dominantes. Désormais, la doctrine de la guerre sans fin renforce la militarisation de la vie urbaine. Les grandes métropoles mondiales organisent les flux financiers, façonnent le territoire et le développement géographique. «Avec leurs marchés boursiers, leurs technopoles, leurs salons de l'armement et leurs laboratoires d'Etat dédiés à la recherche sur de nouvelles armes, ces villes sont les cerveaux du processus actuel de mondialisation dans lequel la militarisation joue un rôle majeur.» (Stephen Graham). Les nouvelles techniques militaires urbaines  favorisent un urbanisme de plus en plus prédateur et permettent de mettre en place des infrastructures hypermodernes dédiées à la financiarisation, à la consommation de luxe et au tourisme. Du même coup, «les forces ennemies» se dissimulent dans l'environnement urbain et les zones industrielles. Il faut domestiquer la ville. Cette domestication passe par la mise en place d'une technologie hypersophistiquée. Ces techniques élaborées dans les laboratoires militaires transforment les armées occidentales en forces contre-insurrectionnelles high-tech. Chaque citoyen est une cible potentielle pouvant être identifiée et surveillée en permanence. Les grandes agglomérations mondiales deviennent potentiellement les principaux champs de bataille.
 
A noter que dans de nombreux pays occidentaux, les zones rurales et périurbaines sont devenues le coeur du militarisme et du patriotisme le plus archaïque. Stephen Graham remarque que les ruraux sont majoritaires au sein de l'armée américaine. Entre 2003 et 2004, 44,3% des soldats morts au combat au cours des opérations en Irak étaient issus des agglomérations de moins de 20 000 habitants. La culture militaire américaine se caractérise par la haine des villes imaginées comme des lieux de décadence. Mutatis mutandis, on peut rapprocher ce phénomène de l'implantation rurale et périurbaine du vote Front National en France. L'isolement géographique, la fragmentation sociale, la dissolution des rapports de solidarité favorisent la construction des réflexes de peur et des crispations identitaires.
 
Le nouvel urbanisme libéral doit tout à la fois valoriser et consolider les grands pôles économiques et financiers tout en contenant dans d'étroites limites les populations considérées comme dangereuses, capables de mobilisation sociales ou de terrorisme infrastructurel. Il faut séparer les grandes villes du nord des multitudes menaçantes situées au-delà des barrières urbaines. Les manifestations, la désobéissance civile, le militantisme syndical sont criminalisés et considérés comme des actes de guerre urbaine nécessitant une réponse militaro-policière adaptée.  D'où la mise en place des projets de guerre high-tech. Une guerre propre et vertueuse!
 
4 - Les villes sous contrôle
 
La puissance militaire doit se déployer aussi dans l'espace urbain. Pour les experts du Pentagone, il faut pouvoir identifier et suivre les «cibles de guerre non conventionnelles», telles que «les individus et les groupes insurgés ou terroristes qui ont la particularité de se mêler à la société».
 
La surveillance et le renseignement se concentrent désormais sur des techniques d'extraction de données, de pistage et de surveillance. La vidéosurveillance se démultiplie. Par exemple, les anglais sont surveillés par près de 2 millions de caméras. En France, les drones surveillent les Cités depuis plusieurs années. La biométrie, l'iriscopie, l'ADN, la reconnaissance de la voix, du visage, de l'odeur et de la démarche permettent de coder et de pister toute personne suspecte ou tout individu qui passera les frontières. Une agence américaine liée à la défense (Darpa) envisage de mettre au point un programme de détecteurs censés rendre les édifices urbains transparents. D'autres branches de la recherche militaire développent de nouveaux radars intégrés à d'énormes dirigeables qui survoleraient en permanence les villes occupées afin de réaliser des collectes massives de données. Des essaims de micro et nano-capteurs pourraient être lâchés dans les villes pour fournir de l'information aux armes automatisées. Des robots tueurs son déjà à l'oeuvre sur les terrains d'opération. En 2006, les premiers robots armés de mitrailleuses et contrôlés à distance ont été utilisés à Bagdad. En 2007, l'armée israélienne annonce que la frontière entre  Israël et Gaza sera la «première frontière automatisée» au monde avec des snipers robotisés.
 
L'armée américaine se concentre désormais sur les techniques de ciblage et de  géo-localisation par satellite. Une guerre appuyée sur les réseaux est envisageable. Cette guerre devient une guerre propre et indolore pour la domination militaire américaine. Bref, on assiste à un tournant high-tech et urbain de la guerre. Les systèmes de surveillance doivent permettre de scruter tous les détails de la vie quotidienne dans les zones urbaines. La première étape est constituée par la surveillance permettant d'alimenter les bases de données. Une deuxième étape est caractérisée par «le développement d'armes terrestres et aériennes robotisées qui, une fois connectées aux systèmes de surveillance et d'identification (…) seront déployées pour (…) détruire sans relâche et de manière automatique.» (Stephen Graham). Les chercheurs de l'armée américaine développent déjà le concept d'insectes robotisés et armés qui reproduiraient le vol des insectes biologiques. On pourrait même envoyer des essaims de micro-robots volants qui pourraient s'attaquer à l'ADN d'un individu et lui injecter des armes biologiques dans le sang. Il est vrai que la mentalité  américaine est fascinée par la littérature science-fictionnelle. Cette fascination est largement exploitée par le complexe militaro-industriel et par l'industrie du divertissement. La guerre robotique est partout. Dans les jeux vidéo, les films et les  romans.
 
Cette préparation à la guerre construit également des simulacres urbains destinés à conditionner et entraîner les futures troupes de l'impérialisme dominant. Une centaine de villes en miniature sont en construction autour du globe. La majeure partie se trouve aux Etats-Unis. D'autres sont situées au Koweït, en Israël, en Angleterre, en Allemagne et à Singapour. Elles simulent les villes arabes et les villes du tiers monde.  Ces villes artificielles mobilisent tous les clichés racistes: orientalisme de pacotille, magma labyrinthique, absence de société civile. Les insurgés sont coiffés de keffiehs et armés de kalachnikovs AK47 et de lance-roquettes. Ces villes ne sont que des théâtres opérationnels aptes seulement à recevoir les marchandises produites par les multinationales. En quelque sorte, ce sont des villes poubelles dépourvues de toute humanité. Il existe un simulacre électronique de Jakarta. Une portion de la ville de vingt kilomètres carrés a été numérisée dans tous ses détails avec une reproduction en trois dimensions. Une ville palestinienne a été reconstituée par des ingénieurs américains dans le désert du Néguev. Des jeux vidéo proposent même une réplique virtuelle de Bagdad. «L'armée américaine considère que jouer aux jeux vidéo est une forme d'entraînement militaire préalable tout à fait efficace.». Les systèmes de contrôle des drones s'inspirent directement des consoles Playstation. D'une certaine façon, la robotisation rend la guerre acceptable et la violence propre. La mort, le sang, la souffrance et les cris s'évaporent au profit du divertissement.
 
L'armée américaine s'inspire directement des pratiques israéliennes. La bande de Gaza est devenue un véritable laboratoire. L'armée israélienne y a expérimenté des nouvelles techniques de contrôle et de guerre anti-insurrectionnelle. Cette guerre s'accompagne du déni total des droits accordés aux populations palestiniennes. Le mur de béton érigé en Cisjordanie sert de modèle aux troupes américaines afin de quadriller les quartiers de Bagdad. Israël se pose en exemple planétaire de l'urbanisme militaire contre-insurrectionnel et devient le quatrième plus gros exportateur d'armes et d'équipement de sécurité au monde. A la suite de la guerre au Liban en 2006, Israël a connu l'une de ses meilleures années au plan économique. La bourse de Tel-Aviv a gagné 30%.
 
Il faut noter que cette hyper-sophistication de la guerre se combine avec une accélération de la tendance à la privatisation. La guerre est sous-traitée. En Irak, les services de santé, les hébergements, l'approvisionnement et le soutien logistique  sont privatisés. Il y a convergence entre le gouvernement américain obsédé par les nouvelles technologies de l'information et les industries de la sécurité. Naomi Klein considère qu'il s'agit de «la définition même du corporatisme: la grande entreprise et le gouvernement tout puissant combinant leurs formidables puissances respectives pour mieux contrôler les citoyens.»
 
5 - Le capitalisme du désastre
 
Cette domination médiatico-sécuritaire relève à la fois d'une machine à commander et d'une machine à produire du spectacle. Machine à commander parce qu'elle exerce un pouvoir réel d'injonction et de contrôle sur les populations. Machine à spectacle parce qu'elle cherche à mettre en scène les menaces pour susciter peur et résignation. En France, les quartiers populaires sont soumis à une surveillance et à une répression expérimentales liées à la mise en place, à l'échelle mondiale, du capitalisme sécuritaire.
 
La guerre qui vient cherche à créer un enfer urbain. C'est à dire à démoderniser, en particulier, les villes et les sociétés du Moyen-Orient. C'est à dire à détruire leurs infrastructures vitales, à rejeter les habitants au-delà du centre ville et à leur dénier tout droit. L'US Air Force proclamait qu'elle bombarderait l'Afghanistan  jusqu'à ce qu'il «retourne à l'âge de pierre». A propos de l'Irak, le sous-secrétaire général des Nations-Unis Martti Ahtisaari, faisant état de sa visite en Irak en mars 1991, déclare: «Presque tous les moyens de subsistance de la vie moderne ont été détruits ou  fragilisés. L'Irak a été relégué, pour encore quelques temps, à l'ère préindustrielle, mais avec tous les handicaps liés à une dépendance postindustrielle reposant sur une utilisation intensive d'énergie et de technologie». La majorité des décès (111 000 personnes) sont attribués aux problèmes de santé de l'après-guerre. L'UNICEF a estimé qu'entre 1991 et 1998, il y avait eu plus de 500 000 morts excédentaires parmi les enfants irakiens de moins de cinq ans.
 
L'ultralibéralisme met à contribution crises et désastres naturels pour imposer partout la loi du marché et la barbarie spéculative. C'est ce que Naomi Klein appelle «le capitalisme du désastre». La guerre en Irak est exemplaire de ce point de vue. Elle accouche d'un «modèle de guerre et de reconstruction privatisée». Ce modèle est exportable dans le monde entier. Toute entreprise liée à la haute technologie (biotechnologie, informatique, télécom) peut facilement se présenter comme dédiée à la sécurité et justifier des mesures draconiennes en termes de ciblage et de surveillance. On peut penser que la guerre sans fin finisse par éradiquer la démocratie elle-même. Rien ne peut rester extérieur à la guerre totale. 
 
Mais la guerre robotisée se heurte à ses propres limites. La crise de l'hégémonie américaine est accentuée par les échecs en Irak et en Afghanistan. Les effets dramatiques de la crise économique amplifient la menace de déstabilisation intérieur. Un ancien officier de l'armée de terre notait en 2008: «L'extension massive de la violence à l'intérieur des Etats-Unis contraindrait l'appareil de défense à réorienter ses priorités en urgence afin de défendre l'ordre intérieur fondamental et la sécurité humaine». L'espace urbain virtuel,  numérisé par les laboratoires militaires, ignore la dimension humaine. Il  néglige l'homme dans sa dignité, dans sa capacité de résistance et de solidarité. Il ne prend pas en compte l'opinion publique internationale. De New-York à Athènes et de Madrid au Caire, la vieille Taupe poursuit son travail: Hic Rhodus, hic salta !...


Claude Luchetta, Septembre 2012.


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lundi, 13 décembre 2010

SAMUEL T. COHEN L'INVENTEUR DE LA BOMBE A NEUTRONS EST MORT


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L'inventeur de la bombe à neutrons, l'américain Samuel T. Cohen, est décédé à 89 ans après avoir défendu jusqu'à ses derniers jours cet engin qui avait la particularité de tuer les hommes sans endommager les bâtiments et le matériel, a rapporté jeudi la presse.

Contrairement aux bombes thermonucléaires qui pulvérisent les infrastructures, la bombe à neutrons projette des particules qui s'attaquent uniquement aux cellules vivantes et éliminent rapidement toute vie sans provoquer de dégats matériels. Les présidents John F. Kennedy, Lyndon Johnson et Jimmy Carter avaient rejeté l'emploi d'une telle bombe, ses détracteurs jugeant qu'elle augmentait les possibilités d'un conflit nucléaire.

Au début des années 80, le président Ronald Reagan avait, lui, donné son feu vert à sa construction en avançant qu'une telle arme permettrait de repousser une invasion de l'Europe par des blindés soviétiques sans détruire les villes.

Les bombes construites furent ensuite démantelées, ce qui n'empêcha pas son inventeur de continuer à présenter la bombe à neutrons comme "l'arme la plus saine et la plus morale jamais construite". "C'est la seule arme nucléaire de l'histoire qui a un sens dans une guerre. Quand la guerre est finie, le monde est toujours intact", avait-il encore dit au New York Times peu avant sa mort.

Selon le New York Times et le Los Angeles Times, Samuel T. Cohen est mort dimanche (5 décembre 2010) à son domicile à Los Angeles. Des membres de sa famille contactés par l'AFP se sont refusés dans l'immédiat à commenter son décès.


Source: JFORUM

mercredi, 24 mars 2010

LE GENIE EN MATHS RUSSE REFUSE UN PRIX D'UN MILLION DE DOLLARS

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Grigori Perelman, un Russe de 44 ans, a décliné la récompense de l'Institut Clay des Mathématiques pour avoir résolu la conjecture de Poincaré. Depuis quatre ans, il vit reclus dans son petit appartement vétuste de Saint-Pétersbourg.

 

Les chiffres, oui, mais pas sur des billets verts. Le russe Grigori Perelman, rendu célèbre pour avoir résolu l'un des problèmes mathématiques les plus difficiles posés au 20e siècle, a fait savoir lundi qu'il refusait d'aller chercher le «Prix du Millénaire» que lui a décerné la semaine dernière l'Institut Clay des Mathématiques un prix qui l'aurait pourtant récompensé d'un million de dollars (750.000 euros). C'est la seconde fois que ce brillant mathématicien, réputé pour être un homme discret, ne vient pas chercher un prix qui lui a été décerné.

Pour Grigori Perelman, tout démarre en 2002. Alors chercheur à l'Institut Steklov de Mathématiques de Saint-Pétersbourg, ce Russe de 44 ans décide de publier ses recherches sur la conjecture de Poincaré sur une plateforme gratuite Internet, destinée aux scientifiques. Cet exercice mathématique, de nombreux chercheurs s'y sont cassé les dents auparavant. Formulée pour la première fois par Henri Poincaré en 1904, il s'agit d'arriver à déterminer si une forme quelconque peut constituer une sphère de trois dimensions.

L'air de rien, Grigori Perelman explique avoir résolu le problème, pourtant considéré par l'Institut Clay comme l'un des «sept problèmes les plus recherchés du millénaire». Rapidement, la nouvelle se propage dans le milieu scientifique et la trouvaille est validée par les plus grands chercheurs. Après avoir travaillé des années dans l'anonymat le plus total, le mathématicien devient une référence dans le milieu.

Il a démissionné de son poste de chercheur

Mais Grigori Perelman n'est pas préparé à cette consécration. En 2005, quelque peu dépassé par la situation, il décide de quitter ses fonctions à l'Institut Steklov où il travaille depuis quinze ans. En 2006, l'Union mathématique internationale (IMU) lui décerne, sans surprise, la prestigieuse médaille Fields, sorte de Prix Nobel de mathématiques décerné tous les quatre ans. Une médaille qu'il n'ira jamais chercher, préférant expliquer aux journalistes - sans leur ouvrir la porte de son appartement - qu'il ne souhaite pas «être exposé comme un animal dans un zoo». «Je ne suis pas un héros de mathématiques, leur lance-t-il alors. Je ne suis même pas un génie, c'est pour cela que je ne veux pas que tout le monde me regarde».

Ainsi, depuis quatre ans, Grigori Perelman vit quasiment reclus dans un petit appartement de Saint-Pétersbourg, en compagnie de sa mère âgée. Selon l'une de ses voisines, qui s'est confiée au Daily Mail, l'homme vivrait dans des conditions plus que rudimentaires : «J'ai été une fois dans son appartement et j'ai été abasourdie. Il y a seulement une table, un tabouret et un lit avec un matelas crasseux cédé par les anciens locataires». D'après ses proches, l'homme aurait cessé toute recherche dans le domaine des mathématiques.

Par Flore Galaud

Source: Le Figaro