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vendredi, 23 août 2013

EGYPTE, TUNISIE: DERRIERE LE FACTUEL

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L’épisode agité des Frères musulmans au pouvoir en Egypte et en Tunisie est très riche en enseignements, même si le spectacle prend le pas sur la réalité de la dynamique en cours. De bonne guerre les propriétaires mondiaux de la parole et de l’image ne la traitent pas. A la une des médias, sur les plateaux de télévisions, dans les analyses, dominent le factuel, le formel et l’émotionnel. Rien sur les facteurs profonds qui ont fait que les Frères se soient retrouvés la cible de la furia populaire, en dehors du confortable cliché qui met au cœur de la problématique la confrontation entre religion et laïcité. Les Frères eux-mêmes crient au complot anti-islamiste et entretiennent au sein de leurs partisans le sentiment d’une « croisade » contre l’Islam. Une démarche très peu opérationnelle, si nous considérons l’attitude des protestataires qui ne se laissent pas prendre à ce type d’accusation, au point de ne plus même y répondre.
 
Car en arrière fond les déterminants de l’ascension des Frères n’ont jamais ressemblé à une revendication religieuse. L’arithmétique électorale aurait même pu être inversée au profit des tendances porteuses de projets économiques et sociaux alternatifs, puisque les victoires obtenues n’étaient pas aussi significatives que cela est revendiqué. Il faut dire que les Frères semblaient correspondre au « changement » attendu, qui mettrait fin à l’iniquité, à l’injustice et à l’exclusion. Dans leur discours qui porte la notion de justice immanente tout concordait avec la compréhension populaire. Les Frères à la « longue marche » de plusieurs dizaines d’années allaient bouleverser l’ordre des choses. C’est ce qu’ont cru les quelques dizaines de pour cent qui ont voté pour la confrérie, qui sortait d’une longue période de marginalisation comme en Egypte ou de clandestinité comme en Tunisie. Si la parole avait été donnée à ceux qui font le torrent, personne n’aurait entendu parler de ces concepts intellectualisés que sont la « démocratie », les « droits de l’homme », les « libertés publiques », mais de leur contenu réel avec des mots vrais et du sens qui disent la souffrance quotidienne de dizaines de millions d’enfants, de femmes et d’hommes. Mais ce ne fut pas le cas et ce n’est toujours pas le cas.
 
Puisque pendant que les masses populaires crient leur colère, contre la poursuite de l’oppression censée avoir été balayée, les Frères et leurs soutiens atlantistes, sourds comme jamais, revendiquent la « légalité » et le « respect de la démocratie des urnes ». Autant dire que l’affrontement n’est pas près de connaître une issue. En Egypte, l’armée qui « a répondu à l’appel du peuple », en disqualifiant le président des Frères, répond de même à cette « légalité » en interdisant les « comités populaires », en qualifiant leur existence d’ « illégale ». Alors qu’en Tunisie vient de se révéler une entrevue secrète, jeudi 15 juillet à Paris, entre Béji Caïd Essebsi, le représentant patenté du système, et Rached Ghanouchi le chef des Frères tunisiens. Dans les deux cas, il ne faut pas voir autre chose que la question de la gestion du grondement populaire. Même si en Egypte la situation semble plus avancée vers une confrontation post-Frères.       


Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

15:48 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : égypte, tunisie, www.lesdebats.com, egypte tunisie derrière le factuel, ahmed halfaoui | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 22 août 2013

«L'OCCIDENT JOUE AVEC LE FEU EN SYRIE»

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Photo: Veronica Canino

Raimundo Kabchi est avocat et un bon connaisseur des questions internationales. Libanais de par sa naissance, depuis 52 ans sa patrie est le Venezuela, comme il le fait remarquer. Durant de nombreuses années, Kabchi a exercé en tant que conseiller du président Hugo Chavez pour les sujets liés au Proche Orient, ce qui fait de lui une référence pour se renseigner sur cette région du monde qui demeure agitée depuis assez longtemps.


Au cours de cette conversation avec Resumen Latinoamericano, Kabchi met en évidence la complexité des problèmes liés au Proche Orient. Mais il a le mérite d’analyser le monde arabe suivant une approche de gauche et anti-impérialiste, et en même temps d’expliquer ce qui se passe de façon simple et toujours en pointant du doigt le pays qui génère les conflits dans cette partie du monde : les Etats-Unis.

La crise interne qui dure depuis plus de deux ans en Syrie sera l’une des questions principales durant cette interview. Kabchi parlera aussi de la situation au Liban, pays dans lequel il existe un réel danger de contagion du conflit syrien, provoqué notamment par des groupes terroristes financés par Washington et ses alliés afin de renverser le gouvernement du président Bachar Al Assad. L’attitude de l’organisation politico-militaire Hezbollah, la réalité de l’Egypte, et les différences entre la Lybie et la Syrie seront aussi présentes dans ce dialogue éclairant.

 Quelle analyse peut-on faire sur la situation en Syrie, après plus de deux années d’agressions contre ce pays ?

La Syrie est aujourd’hui l’objet d’une conjuration internationale. Premièrement : face aux plans impérial-sionistes et de la droite arabe, la Syrie fait partie d’un système que nous, au Moyen Orient, appelons un système de résistance. C'est-à-dire, elle résiste aux plans impérialistes, sionistes et de la droite arabe dans la région. Comment détruire ce pays pour ensuite s’occuper d’un autre maillon de la chaîne, formée par l’Iran, l’Irak après le départ des américains, le Liban, la Palestine, etc.

Deuxièmement, il y a un objectif constant pour l’Occident au Moyen Orient : l’existence, la sécurité et l’expansion de l’Etat d’Israël. La Syrie, comme l’Iran, s’avère être un obstacle pour atteindre ce but.

Troisièmement, il y a l’exploitation des richesses nationales dans le monde arabe, et la Syrie est également un obstacle sur le chemin. Le pétrole, le gaz, les pétrodollars qui sont recyclés pour les sociétés occidentales, accablées par une crise économique structurelle et internationale. La Syrie représente aussi un chaînon manquant dans la chaîne que les Etats-Unis et l’Otan veulent construire face à la Russie et la Chine. Si l’on jette un coup d’œil à la carte du monde, on trouvera une chaîne de bases militaires qui s’étendent depuis la mer de Barent jusqu’à la Turquie, et ensuite elle atteint le Golfe Persique. Si l’on regarde vers l’Orient, on voit les Philippines, la Corée du Sud, Taïwan, Guam, et même le Japon. L’ensemble de la chaîne se trouve brisée, en quelque sorte, par la Syrie, le Liban, l’Iran et l’Irak. En détruisant la Syrie, on crée pratiquement un système complet de bases militaires autour de la Russie et de la Chine. Ce n’est pas la peine d’expliquer pourquoi les Etats-Unis veulent encercler la Russie et la Chine, des pays considérés émergents dans le monde. Emergents dans un moment où l’impérialisme occidental, néolibéral et capitaliste se trouve en déclin. Ce sont quelques-unes des raisons fondamentales expliquant comment cette Syrie courageuse, avec l’unité de ses dirigeants, de l’armée et du peuple, a réussi à tenir tête à une conjuration internationale de presque trente pays du monde, et à un terrorisme international que l’Occident dit combattre, mais qu’en réalité il encourage, arme, en lui offrant une couverture et une légitimité en Syrie.

Comment peut-on expliquer cette unité du gouvernement, du peuple et de l’armée en Syrie ?

J’accuse l’opposition vénézuélienne d’être toujours prête à extrapoler des circonstances d’autres pays, d’autres situations spécifiques et d’autres réalités, au Venezuela et de les encourager, bien que les conditions ne soient pas les mêmes. C’est l’une des erreurs de l’Occident par rapport à la Syrie. Ils ont pensé que la Syrie et la Libye représentaient la même chose, et que la Russie et la Chine auraient une attitude faible, comme cela fut le cas en Libye. Or, Mouammar Al Kadhafi n’est pas Bachar Al Assad, la Libye n’est pas la Syrie, et la situation internationale de la Syrie est différente aussi. Kadhafi fut la victime de ses propres erreurs, provoquées par ses fils. Les dernières années de sa vie, Kadhafi suivit une orientation politique conduite par ses fils, notamment par Saif Al Islam. Il ouvrit les portes à l’Occident, augmenta ses échanges avec les Etats -Unis de 300 millions de dollars à presque 7 milliards de dollars, il ouvrit ses portes aux pays de l’Otan en Europe. Pas seulement en fournissant du pétrole mais également en offrant de l’argent aux candidats présidentiels et premiers ministres européens, ce que tout le monde sait aujourd’hui.

Si cela ne suffisait pas, le pétrole que Kadhafi avait nationalisé dans les années soixante, fut mis à nouveau à la disposition des grands consortiums internationaux. Il y eut une double rupture en ce qui concerne la réalité dans ce pays. D’abord, il y eut une rupture entre le Kadhafi du vingt-et-unième siècle et celui du vingtième. Ensuite, une rupture par rapport à son parcours politique : le Kadhafi nationaliste, progressiste et rassembleur fit place à un pragmatisme en politique internationale. Et l’impérialisme ne pardonne pas, n’a pas d’amis, l’impérialisme a des vassaux ou des ennemis. Il utilise son vassal comme un objet jetable et il fait tout pour détruire son ennemi. En Syrie, la situation est différente, en raison de sa position historique, par le parcours du parti au gouvernement, du président, de l’armée et du peuple. Vingt-huit mois de résistance à une offensive internationale des pays les plus dangereux - ainsi que des groupes terroristes - que l’histoire et le genre humain aient jamais connus, c’est la meilleure preuve qu’en Syrie il y a quelque chose de différent que l’on ne retrouve pas ailleurs.

Comment expliquer la position des Etats-Unis et de leurs alliés européens face à ce qui se déroule au Moyen Orient ?

Comment comprendre le fait que l’Occident partage quelque chose avec des pays qui n’ont jamais eu de Constitution fixant leurs réalités, qui n’ont pas de partis politiques d’opposition et non plus au gouvernement, n’ont pas de syndicats, où les droits de l’homme ne sont pas respectés ? Ce sont ces pays qui sont les alliés de l’Occident, du même Occident qui dit vouloir apporter la démocratie au Moyen Orient. Comment comprendre cela et comment l’expliquer ?

Parlez-vous des monarchies du Golfe Persique ?

Je parle d’une série de monarchies ou dictatures imposées par les Etats-Unis et l’Otan au Moyen Orient durant les dernières cinquante années. Comment considérer Israël comme un modèle et un exemple de démocratie et de civilisation tandis que c’est un pays complètement agresseur, belliqueux, raciste, exclusiviste et excluant ? Pourtant, le Palestinien qui essaie de retourner dans sa patrie et qui voudrait avoir droit à la même résolution des Nations Unies qui accorda un permis de vivre à Israël, et qui aurait dû être accordé aussi aux Palestiniens, est persécuté, traité en tant que terroriste et assassiné par Israël. Et l’Occident soutient cela.

C’est difficile à admettre, mais ces valeurs et ces principes sont complètement disparus, pas seulement dans les territoires du Moyen Orient, mais aussi dans les médias internationaux. Comment est-il possible que des gouvernements occidentaux, comme celui d’Obama, de Sarkozy à l’époque, de Cameron, de Merkel, puissent dire à un pays que son chef d’Etat, élu par le peuple, est illégitime et qu’il doit partir ?

La Syrie est aujourd’hui l’objet d’une conjuration internationale où l’on fait appel à tout, sauf à la démocratie, aux libertés publiques et aux droits de l’homme, parce que, au cours des derniers vingt-huit mois qui se sont écoulés depuis le début de l’agression à la Syrie, l’on ne trouve pas un pays au Moyen Orient qui ait avancé autant de réformes constitutionnelles, autant de transformations en faveur du respect des droits de l’homme et des libertés publiques, comme le gouvernement syrien. Qui a eu accès à ces informations ? Qui a dit au gouvernement syrien : « C’est bien fait, c’est un geste fort pour une meilleure démocratie », celle qu’ils prétendent apporter ? Personne.

Les combats en Syrie peuvent-ils se déplacer au Liban ?

Depuis les premiers jours de l’agression internationale en Syrie tout le monde a prévenu l’Occident : jouer avec le feu en Syrie pourrait enflammer les pays voisins, surtout la Turquie, qui s’est embourbée dans le terrain marécageux de l’agression contre la Syrie. On nous avait prévenus : ce qu’ils essaient de mettre en place en Syrie, c’est le gouvernement des Frères Musulmans, ces islamistes récalcitrants qui ne connaissent de l’Islam que le nom, pour s’en servir dans leurs tentatives de prendre le pouvoir.

Est-ce le fruit du hasard ? Ceux qui avaient dit que le président Assad allait durer deux ou trois semaines et qu’il partirait, sont partis les premiers ? Comme Madame Clinton ? Ou comme Monsieur Sarkozy, rejeté par le peuple français ? L’Europe et la Turquie, et le problème qui existe dans ce pays, qui menace d’augmenter en proportion, dû à son importance par la proximité des centres de décision européens, peuvent également être atteints par les flammes de la guerre et de la confrontation. L’un des objectifs de la conjuration en Syrie c’est d’affaiblir l’organisation nationaliste de résistance au Liban, le Hezbollah. Une organisation qui ne commit jamais un seul acte terroriste, qui a seulement résisté à un Israël agresseur.

Pourtant, ces grands civilisateurs et démocrates de l’Occident considèrent le Hezbollah comme une organisation terroriste. Quelle est sa faute ? Repousser l’agression israélienne. L’agresseur devient un civilisateur démocrate et l’agressé passe pour le méchant terroriste. Voici le regard de l’Occident sur les peuples du Moyen Orient. La vérité c’est que les gouvernements qu’ils avaient imposés au Moyen Orient, comme en Egypte, sont tombés en moins d’un an. En Libye, il y a une angoisse totale, les pays du Golfe ont leurs propres problèmes, des changements structurels.

Pensez-vous que le Hezbollah aura un rôle décisif pour contenir l’arrivée des terroristes au Liban ?

Les problèmes au Moyen Orient sont très complexes et il faut être très familiarisé avec les sujets. Je suis Libanais chrétien et en même temps je suis du côté du Hezbollah, non pas parce qu’ils l’accusent de terrorisme, mais pour sa lutte de libération au Liban. Après avoir libéré notre territoire, nous les Libanais pouvons continuer à vivre comme nous vivons depuis des milliers d’années.

Mais il y a un danger imminent pour le Liban, venant de ceux qui disent qu’ils veulent l’apaisement et le calme au Moyen Orient. Mon pays d’origine était un exemple de démocratie au Moyen Orient et ils y apportèrent le chaos. Comment est-il possible qu’un terroriste aux Etats Unis soit un terroriste, de même que dans le Sud de la France c’est un terroriste, et au Nord du Mali c’est un terroriste, et qu’il faille le combattre en tant que tel ? Mais, dès que ces terroristes se trouvent au Liban et qu’ils sont en train de menacer, pas le Hezbollah, mais notre pays, la Syrie et d’autres nations…pourquoi les aide-t-on ?

Au nom de quels principes moraux, de quels droits, de quel humanisme les aider ? Alors, l’impérialisme nous traite comme il l’a toujours fait, pas seulement en tant que ses vassaux, mais comme des eunuques intellectuels. Alors, par l’intermédiaire de sa presse et de ses cinquièmes colonnes dans nos sociétés, l’on nous vend le noir et le blanc, ou le blanc et le noir. Au Liban, il y a un danger imminent de la part des terroristes, ces mêmes terroristes qui agissent aujourd’hui en Egypte, en Syrie, en Irak. Ils vont tenter de détruire le Liban, la Turquie, la Jordanie, ou encore beaucoup d’autres pays si l’Occident ne change pas sa stratégie et son agenda au Moyen Orient. Ces terroristes ne travaillent pas seuls. Depuis l’Afghanistan, à l’époque de l’Union soviétique, jusqu’à aujourd’hui, ces terroristes sont protégés, aidés, armés, financés et assistés médiatiquement, avec pour but de massacrer et de faire tomber des gouvernements qui ne sont pas fidèles aux intérêts de l’Occident, que ce soit au Moyen Orient, en Amérique latine, ou dans le monde entier.

Les Etats Unis et leurs alliés ont-ils une notion du danger réel de cette situation ? 

L’Occident, qui est dans l’erreur dans sa politique au Moyen Orient, se rend compte qu’il est en train de jouer avec le feu dans une région qui regorge de pétrole inflammable et du pétrole qui est la garantie pour résoudre les problèmes économiques de l’Occident. Aujourd’hui, plus personne ne parle du départ de Bachar Al Assad, plus personne ne parle d’une victoire de ces terroristes internationaux protégés par l’Occident. Que disent-ils, Obama et Kerry, Cameron et les autres ? Qu’est-ce ce qu’ils demandent à présent pour la Syrie ? Continuer à armer et envoyer de l’aide aux terroristes afin d’obtenir un équilibre sur le terrain, pour que ces représentants du terrorisme international aient une carte afin de peser sur la table de négociations… Revenir à ce qu’a proposé le gouvernement syrien au début du conflit. L’on ne peut faire face au problème syrien avec des armes, de la destruction et du sang. La Syrie doit trouver une solution, d’abord entre les Syriens, et ensuite, à caractère politique et pacifique.

Comment pourrait-on expliquer les facteurs qui interviennent aujourd’hui en Egypte ?

Aujourd’hui en Egypte, on ne retrouve pas ces facteurs. Si l’on veut une analyse sincère, profonde et objective, on doit dire qu’en Egypte il existe deux courants, comme on les retrouve dans n’importe quel pays du Proche Orient. Il existe un courant qui souhaite servir les intérêts de l’Occident, des gens qui sont présentés comme libérateurs et démocrates, ce qui est loin d’être vrai.

Et puis, il y a les forces nationalistes qui prônent la souveraineté, l’indépendance, la liberté, la revendication des richesses nationales au profit du peuple. Combien de fois a-t-on appris que ce gouvernement acquis à l’Occident, celui de Moubarak, qui dura trente années, avait laissé le pays avec plus de 50% de la population en dessous du seuil de la pauvreté ? Qui permit aux Frères Musulmans de prendre le pouvoir ? Cette organisation fut créée en Egypte en 1928. Après quatre-vingt-cinq ans d’une très mauvaise opposition partout dans le monde arabe, ils arrivent au pouvoir. Ce qu’ils avaient réussi à faire échouer durant quatre-vingt-cinq ans d’opposition, ils l’ont mis en place en douze mois : ils ont augmenté la pauvreté, l’analphabétisme, l’économie est tombée, ils se sont occupés d’éliminer l’un des revenus les plus importants de l’Egypte qui est le tourisme…Quand on lit les déclarations de Kerry, on se pose des questions. Kerry a dit que l’armée a dû intervenir afin de redresser la démocratie en Egypte.

Ils auraient pu empêcher leur laquais, Monsieur Morsi, de mettre en œuvre une politique complètement biaisée, avec une Constitution complètement opposée à la sensibilité de l’écrasante majorité des Egyptiens. N’oublions pas que Morsi obtint, lors du premier tour électoral cinq millions et demi de voix, sur un total de cinquante-cinq. Lors du deuxième tour, il obtint onze millions, c'est-à-dire qu’il ne représentait pas la majorité pour faire cette Constitution taillée sur mesure et au service de son parti qui est excluant, à caractère islamique, mais d’un Islam qui n’a rien à voir avec le Coran. C’est un Islam rétrograde qui ne sert qu’aux intérêts politiques d’un secteur de la population.

Kerry et son gouvernement auraient pu empêcher ces manifestations massives qui ont rempli les rues, demander à Monsieur Morsi de mettre en place un gouvernement plus large, car les autres aussi ont des droits, que ce soient les nasséristes, les socialistes, les unionistes, des autres partis. En Egypte,l ? il existe deux façons de voir la politique interne et internationale. Une façon de voir la politique comme une soumission aux intérêts de l’Occident et un autre point de vue, celui de la plupart de la population, qui veut une Egypte souveraine, indépendante, qui puisse mettre au profit ses richesses nationales et surtout, revenir à son rôle historique de leadership au Moyen Orient, et d’équilibre dans une région pleine de contradictions et de conflits locaux.


Leandro ALBANI, Raimundo KABCHI, 19 août 2013.


Traduction: Collectif Investig’Action

In Contrainjerencia


Source: MICHEL COLLON.INFO

mercredi, 21 août 2013

EGYPTE, REVOLUTION ET CONTRE-REVOLUTION, SUITE

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Une foule compacte de civils est rassemblée et proteste contre un coup d’État militaire qui a destitué un gouvernement élu selon les critères de la démocratie représentative occidentale. Elle se fait encercler par l’armée. Quelques grenades lacrymogènes sont lancées puis le massacre commence.

 

Plusieurs centaines de morts et des milliers de blessés civils contre une poignée de soldats lynchés, d’aucuns ont tôt fait moyennant quelques vidéos sur internet publiés par un organe de presse hostile aux Frères Musulmans (1) ou par l’armée elle-même (2) de qualifier la tuerie programmée par les hauts gradés égyptiens de ‘guerre civile’.

L’Égypte va revenir à la situation du statu quo ante, un état d’exception avec à la clé des couvre-feux, une interdiction de manifester et pas même un semblant de truc avec les falbalas coûteux de députés impuissants et de Parlement qui ne légifère pas.

L’armée, du moins ses dignitaires, abondamment perfusés par les aides étasuniennes et irrigués par des biens publics privatisés, c’est 40% du PIB, dans les secteurs du tourisme, de la promotion immobilière et du textile en particulier, au point qu’elle est créancière de l’État égyptien.

Le mouvement Tamarrod (Rébellion) s’est nourri durant les mois qui ont précédé la grande manifestation du 30 juin des frustrations d’un peuple qui attendait du changement de régime bien plus que les maigres aménagements des Frères. La confrérie structurée comme une société de bienfaisance n’a rien entrepris ni annoncé en terme de politique sociale et économique qui eût été à la hauteur de l’insurrection populaire pour réparer le délabrement social et économique. Elle était limitée dans ses ambitions de réformes économiques. La composition des deux gouvernements formés en un an par Hicham Qandil, ingénieur agronome hydraulicien de 50 ans a fait appel essentiellement à des technocrates, même si la deuxième équipe nommée en janvier 2013 comportait 8 affiliés au Parti de la Liberté et de la Justice que la précédente. (3)

Elle était cantonnée dans un cadre institutionnel où l’Armée concédait au Président sorti des urnes juste une petite place au-devant de la scène.

Les événements de janvier 2011, ces millions de personnes qui convergeaient quotidiennement sur la place Tahrir, avaient sidéré les capacités de réaction du gendarme du monde.

L’armée avait perçu son absence de réactivité à une situation inédite et non prévue par les multiples agences de renseignements et de conseils en manipulations géostratégiques.

Elle avait le contrôle des affaires placées entre ses mains par le dictateur éconduit. Pendant plus d’un an, elle a traîné des bottes, retardant autant que faire se pouvait des élections et la passation du pouvoir à un gouvernement mené par des civils.

Le 30 juin 2013 a été l’occasion pour les larrons de se débarrasser d’acteurs encombrants qui ne maîtrisaient pas un processus d’insurrection permanente. Les FM se sont comportés comme de vrais bleus, incapables d’intégrer l’expérience politique subie par le Hamas lui aussi élu à la ‘régulière’ et très vite marginalisés par des procédés d’étouffement insidieux. La mise à l’écart polie du Maréchal Tantaoui ne réduisait pas la capacité de nuisance de l’oligarchie rompue aux coups à quintuple détente par la fréquentation assidue du Mossad.

Le commerce (l’hôtellerie surtout) en pâtissait. Un processus révolutionnaire réussi de plus risquait d’être contagieux dans la région et au-delà. Un sentiment très fort d’anti-américanisme et surtout d’anti-sionisme soude le peuple égyptien. (4)

L’armée a adroitement dévoilé un plan qui aurait été élaboré par Morsi, probablement négocié entre le Qatar de l’émir père destitué au nom du fils et l’amie de toujours Tzipi Livni pour céder 40% du Sinaï à l’ennemi voisin pour y placer les Palestiniens en quête de pays. Le régime sioniste ne prend plus aucune précaution pour afficher son intention de judaïser toute la Palestine. Toutes les conjectures sont permises pour attribuer à cette information le statut d’un faux vrai, d’un vrai faux ou d’un faux vrai faux jusqu’à épuisement des signes plus et moins. Il se trouve qu’il a mobilisé les consciences dans le sens voulu par les généraux.

Barack Obama a sans doute raison quand il déclare que ce massacre-ci n’est pas imputable aux US(a). Lors de la récente visite de William Burns au Caire à la mi-juillet, Abd Elfattah Sissi s’est permis de lui affirmer que l’aide militaire américaine menace la relation entre les deux pays et a un effet néfaste sur la partie récipiendaire. Les généraux font sans doute bien leurs comptes, la Fed imprime du dollar à usage interne désormais pour racheter la dette publique.

Sissi et sa bande ne se sont pas concertés avec l’exécutif étasunien pour se garantir les coudées franches. Si les aides étasuniennes représentaient au lendemain de Camp David, la plus grande défaite arabe, plus de 70% des ressources de l’armée égyptienne, à ce jour, le 1,5 milliard de dollar US alloué annuellement ne sont plus que les 20% du budget militaire égyptien. Cette relative autonomie financière est l’un des facteurs qui a conforté les généraux dans leur choix de pratiquer d’abord un coup d’État puis de le prolonger par un massacre et la déclaration de l’état d’exception. Parmi les autres éléments qui ont pesé dans l’élimination des FM mais surtout de l’écrasement de la tension du peuple vers un idéal démocratique, l’appui des Saoud versus un Qatar mis hors jeu compte pour beaucoup, quelques milliards d’aide directe et de salaires des expatriés.

1 000 ou 2 000 morts de civils supplémentaires vont-elles terroriser un peuple qui n’a pas encore trouvé d’issue à sa révolution inachevée ? 1 000 morts, c’est le résultat de la moisson du mois de Ramadan en Irak sans que nul démocrate et nul média du système ne s’en émeuve.

En revanche, les milliers de morts syriens devenus au fil des mois plusieurs centaines de mille ont rapidement été pris en charge et recyclés comme arme de propagande contre le gouvernement de Assad. Le reliquat du mouvement socialiste et laïc Baath syrien est disqualifié dès 2003 et remonté en tête de liste du prochain à abattre par les likudniks bushistes. Il soutient de plus le Hezbollah lui-même coupable de « terrorisme » pour vouloir faire respecter la frontière du Sud Liban des intrusions sionistes.

L’équation égyptienne et arabe n’est pas de celles qui puissent se transformer en quelques formes reconnaissables et aisées à résoudre.

La Libye se ressent déjà de l’instabilité telle qu’elle se présente au Caire et bientôt à Alexandrie. Le gouvernement installé par l’OTAN à Tripoli se révèle incapable de désarmer les milices et les tribus. La guérilla couve toujours, un attentat à la voiture piégée a failli coûter la vie au colonel de la ville de Benghazi ce 14 août. Les postes de police et les représentations étrangères sont la cible d’attaques régulières.

L’exploitation des ressources pétrolières est entravée. En un mois la Libye aurait perdu plus d’un milliard de dollars en raison d’actes de sabotage.

Les ondes de turbulence n’épargnent pas la Tunisie. Elles ont affecté les relations avec la Turquie, elle-aussi désormais dans une politique pleine d'ambiguïtés à l’égard de Tel Aviv, rompant un certain arc qui enserrait Israël et favorisait la réunification entre la terre palestinienne sise sur la rive occidentale du Jourdain et la prison de Gaza.

Les US(a), c’est-à-dire la pléthore de congressistes élus grâce à l’activisme ou simplement au laisser-faire non malveillant de l’AIPAC, est constitué par la sécurité de l’entité sioniste et donc par la situation au Sinaï.

De manière presque ostentatoire, le Conseil Militaire Suprême a autorisé l’armée d’occupation sioniste à frapper en territoire égyptien des citoyens égyptiens dans le Sinaï. Un drone israélien a tué vendredi 9 août cinq « terroristes » que les renseignements ont identifié à la forme de leur ombre en plein midi et un lance-roquette qui aurait menacé la sécurité des estivants qui parfont leur hâle sur la plage d’Eilat.

La coopération militaire renforcée avec Israël avait été annoncée à Hagel et constitue le gage suffisant pour que vaquent à leur mise en ordre les généraux égyptiens.

Aucune preuve consistante n’a été trouvée pour étayer l’existence d’une coordination militaire entre le Hamas et des Frères basée à Gaza. Des allégations fantaisistes citées par Debka en situent même le QG dans un hôtel Gaza Beach Hotel, sa direction serait assurée par Izzat Ibrahim n°4 dans la hiérarchie des FM et surnommé l’homme de fer. Une insurrection armée serait conduite depuis le Sinaï et viendrait jusqu’au Caire renverser le gouvernement transitoire. (5)

Un acte d’accusation est en train d’être dressé par le régime des militaires, de quoi permettre l’application de la mode étasunienne elle-même copiée et collée des techniques d’intimation du peuple palestinien par Israël, une détention illimitée sans jugement des ‘suspectés de vouloir accomplir des actes de terrorisme’.

Il semble que s’amorce un mouvement de protestation d’officiers au sein de l’armée égyptienne qui contestent la destitution du président élu. (6) Ils considèrent que le devoir de l’armée est de défendre la patrie, la religion et les valeurs de la nation et non de disperser par des armes létales des rassemblements de civils.

Parmi les 500 000 soldats et la dizaine de divisions (7), il doit exister assez d’éléments formés techniquement et éduqués politiquement pour constituer une force antagoniste à l’oligarchie militaire qui s’appuie sur les intérêts des Saoud pour mettre 85 millions d’Égyptiens au pas.

L’équation arabe est complexe, mais en aucun cas, au Yémen, au Bahrein, en Arabie, en Syrie, en Libye, en Tunisie la motivation du soulèvement ne peut être lue comme d’essence religieuse.

Pas plus que le problème de la Palestine ne peut se réduire à un conflit religieux entre Musulmans et Juifs alors qu’il s’agit d’un pur problème colonial.

La lutte contre l’oppression et pour la dignité est un devoir sacré, il incombe à chacun. Il ne peut aboutir que s’il prend une forme collective. Les Arabes s’efforcent de reconquérir leurs droits, leur victoire sera un gain pour toute l’humanité.


Badia Benjelloun

 

Source: Investig'Action - michelcollon.info

 

(1)http://www.youtube.com/watch?v=OkXd...;;feature=player_embedded

(2)http://www.youtube.com/watch?v=q-JR...

(3)http://www.egyptindependent.com/new...

(4)http://www.egyptindependent.com/new...

(5)http://www.debka.com/article/23189/...;;s-Muslim-Brotherhood-goes-underground-hides-command-structure-in-Gaza-

(6)http://www.israelnationalnews.com/N...

(7) http://www.israelvalley.com/news/20...

jeudi, 15 août 2013

L'EGYPTE AU-DELA DES PERILS

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AP. Photo/Khalil Hamra. Les violences ont fait 525 morts et 3717 blessés, mais ces chiffres risquent d'être revus à la hausse.

 
L’Egypte occupera encore le devant de la scène et pas seulement pour les défis politiques immédiats qu’affrontent les forces en présence. Elle l’occupe aussi pour mettre au défi les concepts utilisés soit pour habiller la réalité soit pour la traduire. La destitution de Morsi, son retour ou non dépendent beaucoup de facteurs externes à l’Egypte. De toutes les façons, ces facteurs externes pèsent directement sur ce pays depuis son détachement lointain et soft de la Sublime Porte. Soft, mais reposant sur un rapport de forces qui ne laissait aucune illusion au pouvoir central ottoman. Facteurs économiques, militaires, politiques ont contrarié depuis cette époque le libre choix des Egyptiens de leur destin. L’agression anglo-franco-israélienne de 1956 reste le souvenir le plus spectaculaire de cette suite d’ingérences.

Mais d’autres, invisibles pour le grand public, mais tout aussi maléfiques, ont contrecarré tous les projets d’indépendance économique ou simplement d’autonomie.  Bien sûr, des forces internes ont trouvé dans ces pressions extérieures le soutien le plus efficace pour imposer leur dictature de minorité économique et sociale, de secte politico-culturelle, à l’écrasante majorité du peuple égyptien, dans toutes ses composantes et à travers tous les courants qui le traversaient. Au demeurant, connaissez-vous aujourd’hui un seul pays qui ne subirait pas directement et lourdement la pression de facteurs externes qui déterminent sa vie politique, économique et sociale ? De Cuba, pourtant totalement indépendante, mais puissamment étouffée par le blocus US illégal et immoral, aux pays européens encadrés dans le moindre aspect de leurs réglementations financières, en passant par le Grèce ou le Zimbabwe, ou tous ces pays passés par les fourches caudines du FMI. Ajoutez à cela les menées des ONG dont les membres usurpent - de quel droit divin ? - la représentation des organisations sociales et politiques pour imposer à tout le monde les normes édictées par les puissances dominantes. L’action de ces facteurs externes s’est aggravée ces dernières années dans le monde arabe, mais l’Egypte reste, avec le Liban, le pays le plus affecté par ces facteurs externes démultipliés par Camp David. Finissons par rappeler que le mouvement des Frères musulmans naissait sous le signe d’une alliance avec les Anglais, puis avec les USA, et que depuis, leur agenda est supra national, du rêve du khalifat à l’intention d’envoyer des guerriers en Syrie.

En un mot comme en cent, le monde arabe ne s’appartient pas, et dans cet espace, l’Egypte encore moins. Dans ces conditions, il est difficile de parler de démocratie. Quand l’essentiel des décisions de souveraineté vous échappe, que vaut la souveraineté du peuple, postulat primordial de l’exercice de la démocratie qui traduirait en actes et en réalité cette souveraineté ? Parler d’un président démocratiquement élu, comme si les élections pouvaient résumer et fonder la démocratie, est une grande erreur ou un leurre. C’est bien en refusant que les élections soient le seul critère de l’exercice démocratique que les USA et l’Europe ont récusé le gouvernement du Hamas en Palestine occupée et que leurs gouvernements, largement appuyés par les médias dominants, ont traité de dictateur Chavez, l’homme le mieux élu du monde, avec référendum confirmatif, système électronique de vote doublé d’un témoignage par bulletin, en la présence de médias d’opposition à la fois plus nombreux et plus puissants et sous le contrôle international, en présence de l’organisation de Jimmy Carter. Bien sûr, ceux qui font appel à cette notion de démocratie, de vote et de légalité savent très bien que la démocratie est un système dont les élections périodiques ne sont que le calendrier de confirmation de l’ensemble des droits et des libertés de toutes les minorités et dans le respect de toutes les diversités.  

Toute l’action de Morsi a consisté à aggraver le rôle des facteurs externes et des pressions étrangères pour imposer les agendas des puissances étrangères, dont le djihad en Syrie. Négation des droits des minorités et de la diversité religieuse, concentration de pouvoirs pharaoniques, intelligence avec des puissances étrangères sur le sort du canal de Suez et du Sinaï, silence face au lynchage de chefs religieux chiites, incendies d’églises coptes, déclaration d’amitié et de fidélité à Shimon Pérès constituent quelques repères clés.  

Et quelques critères pour juger si le gouvernement des Frères a renforcé ou attaqué ces droits et ces libertés, ou si les élections ont été une méthode de prise du pouvoir pour imposer le règne de l’uniformité frériste.  En réalité, et pour une des rares fois où il le fait, le seul acteur non lié aux facteurs externes ni aux puissances étrangères, le peuple égyptien est entré en scène et a tracé la ligne rouge qu’aucune combinaison politique ne doit transgresser : celle de la démolition de l’Etat national et de l’identité nationale égyptienne, fut-ce au profit d’une nouvelle orthodoxie islamique bien en peine de lui ravir sa foi et son histoire.

Il ne reste face au défi théorique que de rejeter la croyance magique d’une révolution par génération spontanée et reprendre la méthode historique pour comprendre en quoi ce présent égyptien est une des formes développées de son passé et que c’est bien et seulement là que nous pouvons retrouver la logique de ce présent.


Mohamed Bouhamidi

Alger, le 15 août 2013.


Source: REPORTERS.DZ

19:43 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Monde, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : égypte, monde, afrique, l’egypte au-delà des périls, mohamed bouhamidi | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 11 août 2013

LA RUE ARABE DE L'EMOTION A LA REVOLUTION

 

PLACE TAHRIR 6.jpg


Contenir l’entrée en scène des peuples  arabes, contenir cette fameuse « rue arabe »  que révélaient, déjà, les émeutes du pain du  Caire en 1977, celles de Casablanca en juin  1981, puis celles de Tunis fin décembre 1983/  début janvier 1984 : voilà ce qui fait courir  Europe et USA. Cette rue arabe sismique et  incendiaire, émotive et amnésique, en peine  de transformer ses émeutes en révoltes, à  défaut de les traduire en révolutions, à cause  des diff érenciations sociales inachevées en  leur sein et de leur attachement romantique  à l’extraordinaire utopie de fraternité qui leur  permit de s’unir dans la lutte anticoloniale.  Epouvantail commode et masse de  manoeuvre facile pour les provocations  dans le style des caricatures racistes et  islamophobes, elle a longtemps épuisé son  énergie dans ses impuissances historiques.  Il faut bien constater qu’en Tunisie et en  Egypte, depuis ces émeutes du pain, cette  rue s’est structurée et a su transformer  ses émeutes en révolution. Nous sommes  déjà au-delà de la révolte et les débats  politiques mobilisent non les seules élites,  mais les peuples égyptien et tunisien tout  entiers.

Du côté populaire, les masses, à  Tunis comme au Caire, démontrent par  leur impressionnante mobilisation qu’elles  ne veulent plus être gouvernées comme  avant. Du côté des gouvernants, UE et USA  font tout pour faire croire qu’ils peuvent  encore gouverner en multipliant les conseils  publics de « bonne conduite » dans cette  phase de crise, mais ni l’hyperpuissance  américaine ni sa vassale européenne  n’arrivent à encadrer les choix politiques  comme avant. Les émeutes égyptiennes  du pain de 1977 constituèrent la première  grande révolte populaire contre les mesures  de libéralisation qui suivirent Camp David et  connues sous le nom d’Infi tah ou ouverture.  Depuis lors, les régimes égyptiens de  Sadate comme de Moubarak devinrent  des interfaces -empruntons l’image à  l’électronique - entre le système impérialiste  et le peuple égyptien, dont il fallait maîtriser  les révoltes et les utopies nassériennes.  Les services de renseignements - et non  l’armée égyptienne - et la police étaient  en charge des révoltes, les Frères étaient  en charge des utopies.

Mais tout le reste  des décisions vitales appartenait, depuis  Camp David, au système impérialiste à  travers le FMI et les autres institutions. Le  plan d’ajustement structurel, en 1991, en  orientant, entre autres, la production agricole  vers l’exportation, a réduit la production de  blé, ruiné la sécurité alimentaire et livré le  pain des Egyptiens aux exportateurs de blé  américains. Réellement, le peuple égyptien  fait face à une gouvernance mondialisée  euro-israélo-US de son économie, de son  territoire, notamment le Sinaï, de sa sécurité.  Les véritables gouvernants de l’Egypte - les  puissances extérieures - ne peuvent donc  plus gérer comme avant. La solution US  résidait dans des arrangements entre les Frères et les Moukhabarates représentées  par le Général Omar Souleimane, mort  opportunément.  Nous sommes alors dans une crise de type  révolutionnaire qui aboutira ou échouera  selon l’intelligence de ses acteurs, la  réunion des conditions nécessaires et  la mobilisation des forces populaires. La puissante mobilisation du peuple égyptien  avait à l’époque fait capoter la combinaison  Frères-Moukhabarates, dont Tantaoui  semblait être une couverture. L’intrusion de  l’armée, en tant qu’armée, avec les premières  manifestations de ralliement d’offi ciers et  de soldats à la révolte n’était souhaitée par  aucune puissance étrangère. L’urgence américaine était de bloquer le développement inattendu et indésirable  de la révolte des couches moyennes  mondialisée et face-bookées vers les  couches proprement populaires et vers  le mouvement ouvrier égyptien aguerri  par près de quarante ans de luttes contre  l’eff royable misère sociale engendrée par la  soumission de l’Egypte aux compradores et  ses interfaces avec le système impérialiste  mondial.

L’alliance du peuple et de « son  armée », celle qui porte dans la tête de ses  milliers et milliers d’offi ciers et dizaines de milliers de sous-officiers et soldats l’héritage contrarié de ses luttes antisionistes et antiimpérialistes,  est évidemment l’alternative  insupportable à la vieille combinaison des  Frères et des Moukhabarates.  L’impératif pour les puissances impérialistes  est de calmer la rue en acceptant des  solutions d’attente et de sauver les Frères  musulmans du naufrage, puis de les recadrer  avant de les remettre à la besogne.  C’est la tâche de C. Ashton, de Hagel, de  Kerry, de Hague et de l’inénarrable Fabius.  L’urgence est de discréditer l’esquisse  de cette alliance « peuple-armée dans sa  composante populaire » et de la bloquer, en  coupant la séquence historique actuelle de  sa chaîne de déterminations et de causalités,  et en traitant la déposition de Morsi de coup  d’Etat. La « rue arabe » sortie du mythe pour  fabriquer l’histoire réelle saura-t-elle dégager  sa route de ces traquenards impérialistes?

 

Mohamed Bouhamidi

 

Source: REPORTERS.DZ

mercredi, 10 juillet 2013

REVOLUTION EGYPTIENNE, SUITE OU FIN?

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Pour qu’il y ait contre-révolution, il faudrait qu’il y ait eu une révolution.
 
Le processus vers le changement qui a abouti au renversement de Moubarak il y a deux ans et à la chute de Morsi ces derniers jours a commencé depuis longtemps. Il a laissé des traces pour qui veut bien les relever sur les pages de l’histoire de la dernière décennie.
 
Le nombre de grèves et de protestations n’a cessé de s’amplifier depuis 2005. Il a culminé en 2008 lorsque le prix des denrées alimentaires, sous l’effet des opérations spéculatives d’un capital financier qui a fui les produits dérivés adossés aux crédits hypothécaires pour les matières premières et l’agro-alimentaire, ont flambé alors que les salaires minima étaient bloqués depuis 1984 à 25 $ mensuels. En avril 2008, les grèves dans le textile à Mahalla al Koubra avaient créé un précédent inouï, la rue demandait déjà la chute du régime. À cette occasion, les travailleurs s’étaient affranchis de la tutelle des syndicats officiels liés au parti de Moubarak.
 
En résonance avec cet événement qui a servi de matrice au soulèvement de janvier 2011, 23 000 ouvriers se sont mis en grève dans ce même secteur du textile en juillet 2012. Ils exigeaient l’amélioration de leurs conditions de travail, la revalorisation de leurs salaires et le licenciement des cadres corrompus.
 
Du point de vue social, qu’a donc fait le gouvernement Morsi et surtout quel espoir a-t-il donné à une jeunesse affectée par un taux de chômage estimé à largement plus de 25%?
 
La consultation référendaire de décembre 2012 pour l’adoption de la nouvelle Constitution a été précédée par de nombreuses manifestations qui ont donné lieu à des heurts avec la police. Peu d’électeurs se sont déplacées, environ 30% de participation, et moyennant quelques manipulations semble-t-il dans les urnes, elle a été adoptée avec 60% des voix exprimées.
 
Trente ans d’absolutisme, d’humiliations, d’un État fondé sur une police pléthorique avec 1,5 millions de policiers très qualifiés en corruption et en torture, un an d’insurrections, d’émeutes, de rassemblements, de grèves, des milliers de blessés et de morts pour “ça”.
 
Le texte précise que la source principale de la législation serait la loi coranique sans que ne soit explicitée la liberté de culte pour les minorités religieuses.
 
Mais surtout il ne garantit pas la liberté d’expression, il confie à la police sans restrictions explicites la tâche de veiller à la moralité publique.
 
Il prévoit que sera fixé un salaire maximum, lequel pourra souffrir des exceptions que prévoira la loi (article 14), mais en aucun cas la Constitution n’établit le principe d’un salaire minimum. L’article 15 proclame le principe de la justice pour les travailleurs agricoles mais ne se prononce pas sur le plafonnement de l’étendue de la propriété agraire latifundiaire.
 
L’article 26 relatif à l’impôt est très évasif, il n’établit pas de connexion entre le niveau de revenus et les contributions fiscales.
 
Les libertés syndicales sont très restreintes, un seul syndicat par catégorie professionnelle est autorisé (article 53).
 
Nulle part n’apparaît la responsabilité du gouvernement devant la Chambre des Représentants.
 
Dans nombre d’articles, la Constitution laisse la part belle aux militaires. En particulier, le 197 réserve au Conseil de Défense Nationale la discussion du budget militaire. Il est constitué de sept civils et de huit militaires.
 
Ce type de dispositif annonce clairement qu’il ne prend pas la peine pas de faire des promesses qui ne seront pas tenues, comme c’est le cas des démocraties représentatives à l’occidentale. Les prêches dans les mosquées assimilaient l’acquiescement au texte constituant à un devoir religieux. Pourtant le texte élaboré en trois mois par un conseil dominé numériquement par les Frères et d’où se sont rapidement retirées les personnalités de gauche et les laïcs n’a été validé que par 20% des électeurs. Ce piètre score annonçait la poursuite des protestations.
 
Morsi, son gouvernement et sa Constitution n’ont de musulman que le nom et rien de démocrate. L’un des principes économiques et donc politiques les plus cités dans les versets coraniques concerne l’interdiction absolue du prêt avec intérêts. L’autre concerne les jeux de hasard et spéculatifs.
 
La Bourse du Caire n’a pas été menacée dans les activités spéculatives.
 
Quémander des rallonges de prêt au Qatar, au FMI, à l’UE et aux Usa ne peut que conduire à des réformes qui privatisent des pans résiduels dans le service public pour obéir aux injonctions des prêteurs.
 
Le gouvernement précédent oeuvrait de même : Élargir et approfondir une dette impossible à rembourser vis-à-vis de puissances qui imposent leur politique économique (et dictent les alliances internationales), anémier jusqu’à leur disparition toutes les structures qui organisent une solidarité nationale.
 
Il avait fallu des semaines de protestation après la chute de Moubarak pour que soient tenues les élections législatives. Jusqu’au bout, le Conseil Suprême des Forces Armées menaçait implicitement de ne pas valider l’élection présidentielle.
 
On a cru un instant que le premier Président élu de l’Égypte s’était affranchi de la tutelle de l’armée quand il avait remercié le Maréchal Tantaoui, ministre de la Défense pendant 20 ans et chef du CSFA en août 2012. Mais les plaintes déposées auprès de la justice militaire contre l’armée pour sa répression dans la très lourde répression des manifestations n’aboutissent pas. La Constitution lui assure un pouvoir législatif et une grande autonomie financière et politique.
 
On a également espéré une ouverture permanente du terminal de Rafah qui permettrait aux emprisonnés de Gaza de se sentir des humains comme les autres. Le passage par le poste frontière a été aléatoire et le gouvernement craignant des actes ‘terroristes’ a noyé de nombreux tunnels qui demeurent la seule voie à peu près assurée pour les marchandises et les humains.
 
Il était attendu que le traité de paix avec Israël soit dénoncé.
 
Il n’en a rien été. Dès le 1,3 milliard de dollars accordés par les Usa à l’armée, véritable arbitre du pouvoir et détentrice d’une part considérable de l’économie nationale, on apprenait que le gouvernement Morsi rompait les relations diplomatiques de l’Égypte avec la Syrie.
 
6 millions d’Égyptiens, selon une estimation basse, sont sortis dans la rue le dimanche 30 juin, jour travaillé.
 
Après deux années de lutte, ils n’ont obtenu ni dignité, ni liberté, ni pain.
 
Les raisons de la colère se sont même amplifiées car la révolution tant espérée n’a pas abouti.
Le travail d’accouchement de l’histoire se poursuit.
 
Il est urgent de ne pas y voir la main invisible ou apparente d’un Deus ex machina qui manipulerait 22 millions de Tamarridoune (1) pleins de fureur et bouillonnant d’impatience pour une vie plus digne.
 
D’abord et avant tout, la solution à venir devra éviter de réemprunter le chemin du capitalisme libéral qui ne profite qu’à ceux qui captent pour leur compte la dette contractée à l’extérieur. Pour l’extrême majorité, elle signifie absence de services publics, pauvreté et chômage.
 
L’Égypte devrait développer une économie productive intégrée régionalement et renoncer à vivre exclusivement de la rente pétrolière indirecte. Les revenus du canal de Suez par lequel transitent 40% du pétrole aux mains des Séoud et 20% de l’or noir iranien restent très inférieurs aux flux financiers générés par les travailleurs égyptiens émigrés dans les pays arabes gros producteurs.
 
Quand ce qui est à parcourir est si difficile, un chef charismatique explique le projet qu’il formule pour son peuple, il le soulève d’enthousiasme et obtient son adhésion.
 
Les Frères n’ont pas élaboré une vision d’avenir pour l’Égypte, et Morsi n’a pas la compétence ni le talent d’un rassembleur.
 
Désormais, les peuples ne se contentent pas de ce TINA (2) qui leur a été servi ces dernières décennies, au Brésil comme en Turquie comme en Grèce et au Portugal.
 
La fin de ce Système englobant la moindre activité humaine et l’incorporant dans le circuit marchand mondial, est sifflée.
 
 
Badia Benjelloun

 

Notes:

(1) Le substantif Tamarroud veut dire rébellion, Tamarridoune, les rebelles.
(2) There Is No Alternative de Margaret Thatcher

lundi, 08 juillet 2013

EGYPTE: MOHAMED EL BARADEI, UN PION DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE, EN APPROCHE

 

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Egypte: El Baradei, Premier ministre pressenti


Mohamed El Baradeï, l'homme de la "communauté internationale" en Egypte, tout doucement en approche pour la fonction présidentielle. Autre chose serait grandement étonnant. Qui vivra, verra! Fernand Dindé.

 

Le porte-parole de l'opposition égyptienne, Mohamed El Baradei, pressenti pour être Premier ministre de l'Egypte. Présenté samedi 6 juillet par plusieurs sources comme le nouveau chef du gouvernement, l'homme de 71 ans ne semblait pas officiellement nommé ce dimanche.

Le "choix le plus logique"

"Le président intérimaire Adli Mansour a rencontré aujourd'hui M. El Baradei mais il n'y a pas eu jusqu'ici de nomination officielle", a déclaré à la presse Ahmad al-Mouslimani, conseiller d'Adli Mansour. Il a néanmoins ajouté qu'il était le "choix le plus logique" pour former un gouvernement.

Mohamed El Baradei, un libéral ayant peu vécu en Egypte, fut directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) de 1997 à 2009, poste qui lui valut en 2005 d'être co-lauréat du prix Nobel de la paix avec son institution.

Son nom circulait avec insistance au Caire depuis que l'armée a renversé le président islamiste Mohamed Morsi.

Le nouveau Premier ministre aura comme priorités de relever une économie en lambeaux et de rétablir la paix civile et la sécurité.

Dans le même temps, les islamistes égyptiens, soutiens du président déchu Mohamed Morsi, ont appelé à de nouvelles manifestations. La veille, les heurts entre partisans et opposants à l'ancien chef d'Etat ont fait au moins 25 morts, dont 19 en marge des rassemblements dans les villes du Caire et d'Alexandrie. Les Frères musulmans avaient demandé à leurs militants de manifester massivement vendredi pour protester contre le "coup d'Etat militaire" et pour la défense de la "légitimité démocratique".

Cinq policiers et un soldat tués

Dans la péninsule du Sinaï, cinq policiers et un soldat ont été tués dans des attaques de militants islamistes qui n'ont pas été revendiquées. Quelque 70 personnes ont été blessées aux abords de la place Tahrir. A Alexandrie, l'agence officielle Mena a indiqué que 12 personnes avaient trouvé la mort et 460 autres avaient été blessées dans des affrontements. A Assiout, plus au sud du pays, une personne a été tuée et 19 ont été blessées lors d'affrontements entre pro-Morsi et forces de l'ordre.

Plus tôt dans la soirée, des centaines de partisans du président destitué Mohamed Morsi se sont rassemblés devant le siège de la télévision publique, sur les rives du Nil, dans le centre du Caire. Des soldats et des véhicules blindés ont été déployés à proximité.

Dissolution de la Chambre Haute

Le président égyptien par intérim, Adli Mansour, a signé vendredi 5 juillet le décret de dissolution du Conseil de la Choura, la Chambre haute du Parlement, rapporte la télévision publique. Des deux Chambres du Parlement, seul le Conseil de la Choura était encore en activité.

La Chambre basse, l'Assemblée du peuple, avait été dissoute peu avant l'arrivée à la présidence de l'islamiste Mohamed Morsi, il y a un an.

La télévision rapporte également la nomination de Mohamed Ahmed Farid à la tête des services de renseignement en remplacement de Mohamed Raafat Chehata, qui avait été choisi par Morsi.

Les islamistes ne désarment pas

Des partisans de Mohamed Morsi ont affronté vendredi 5 juillet l'armée égyptienne à Suez, Ismaïlia et El Arich, au surlendemain de l'éviction du président islamiste par les militaires. Les manifestants ont tenté de pénétrer dans des bâtiments administratifs dans ces trois villes. Certains ont lancé des pierres. Au moins trois partisans islamistes de Mohamed Morsi auraient été tués vendredi 5 juillet au Caire par des tirs des forces de sécurité. Ces manifestants essayaient d'approcher de l'endroit où est détenu le président égyptien déchu.

L'armée égyptienne n'aurait pas ouvert le feu sur ces manifestants, selon le porte-parole militaire. Seules des balles à blanc et des grenades lacrymogènes auraient été tirés.

Mohamed Badie arrêté

Le guide des Frères musulmans, Mohamed Badie a été arrêté dans le nord de l'Egypte, jeudi 4 juillet, au lendemain de l'éviction de Mohamed Morsi.

Par ailleurs, les Frères musulmans ont assuré qu'ils ne prendront pas les armes en Egypte après le renversement par l'armée du président Mohamed Morsi, issu de leurs rangs. "C'est un coup d'Etat militaire. Nous resterons actifs et le (le coup d'Etat) priverons de légitimité jusqu'à ce que ce soit rectifié", a dit Mohamed el Beltagui, l'un de leurs principaux dirigeants des Frères musulmans. (...)


Source: MSN NEWS

jeudi, 04 juillet 2013

EGYPTE: ADLY MANSOUR A PRETE SERMENT, IL ASSURE L'INTERIM


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Le juge Adly Mansour désigné par l'armée pour diriger le pays le temps de la transition, a prêté serment, ce jeudi 4 juillet, à la mi-journée. "Je m'engage à préserver le système de la République, à respecter la Constitution et la loi et à protéger les intérêts du peuple" a-t-il déclaré.

La veille, mercredi 3 juillet, l'armée égyptienne a destitué le président Mohamed Morsi et suspendu à titre provisoire la Constitution afin de trouver une solution à la crise que traverse le pays, reprenant la place qu'elle a longtemps occupée au centre du jeu politique en Egypte.

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Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu, investi il y a un an à peine, a été arrêté et conduit dans la nuit au ministère de la Défense. D'autres cadres dirigeants de la confrérie des Frères musulmans ont également été arrêtés.

Les Etats-Unis, les Nations unies et d'autres pays n'ont pas qualifié le renversement de Mohamed Morsi de "coup d'Etat militaire" mais ont exprimé leur inquiétude et appelé l'armée égyptienne à restituer aussi vite que possible le pouvoir à un gouvernement civil.

A l'annonce de la destitution de Mohamed Morsi, après l'expiration de son ultimatum, la foule en liesse a salué cette décision.

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De nouvelles élections

Le chef d'état-major a appelé de ses voeux l'organisation d'une élection présidentielle et d'élections parlementaires ainsi qu'à la création d'un comité de réconciliation nationale incluant les mouvements de la jeunesse.

Il a également prévenu que l'armée et la police répondraient à toutes les violences. Ses déclarations ont été accueillies par des cris de joie et des scènes de liesse sur la place Tahrir où sont rassemblés les opposants à Mohamed Morsi.

Aucun incident majeur n'a été déploré dans la nuit dans la capitale égyptienne. De violents affrontement ont fait en revanche 14 morts et des centaines de blessés à Alexandrie, la deuxième ville du pays, Marsa Matrouh, également sur la côte méditerranéenne, et à Minya, à 250 km environ au sud du Caire. (...).

 

Source: MSN NEWS

14:27 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Etats-Unis d'Amérique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, égypte, égypte adly mansour a prêté serment, il assure l'intérim | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

EGYPTE: COUP D'ETAT CONTRE MOHAMED MORSI

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Les autorités religieuses de la mosquée Al Azhar et le chef de la communauté copte ont annoncé mercredi soir qu'elles soutenaient la feuille de route dévoilée par l'état-major de l'armée.

Nouvelles élections à venir

La Constitution égyptienne a été provisoirement suspendue et le président Mohamed Morsi va être remplacé à la tête de l'État par le président de la Cour constitutionnelle, a annoncé mercredi 3 juillet, le chef de l'état-major de l'armée égyptienne.

Dans une déclaration à la télévision, il a annoncé que l'Égypte allait être dirigée par un gouvernement d'experts et qu'une commission serait chargée de réviser la Constitution.

Le chef d'état-major a appelé de ses voeux l'organisation d'une élection présidentielle et d'élections parlementaires ainsi qu'à la création d'un comité de réconciliation nationale incluant les mouvements de la jeunesse.

Il a également prévenu que l'armée et la police répondraient à toutes les violences. Ses déclarations ont été accueillies par des cris de joie et des scènes de liesse sur la place Tahrir où sont rassemblés les opposants à Mohamed Morsi.

L'armée quadrille la zone

L'armée égyptienne a déroulé des fils de fer barbelés autour de la caserne où se trouve le président Mohamed Morsi.

Des blindés et des véhicules de transport de troupes ont par ailleurs été déployés autour du site où se tient le principal rassemblement des partisans du chef de l'Etat pour les empêcher de marcher vers le palais présidentiel.

Dans un communiqué, l'armée nie vouloir s'en prendre à eux et assure qu'elle ne fait que sécuriser la zone.

afrique,égypte,éGYPTE COUP D'éTAT CONTRE MOHAMED MORSI

Interdiction de quitter le territoire

Le président égyptien Mohamed Morsi et d'autres responsables des Frères musulmans se sont vus interdire, mercredi 3 juillet en fin de journée, tout déplacement hors d'Egypte.

Une liste de 40 noms qui a été remise aux services de sécurité des aéroports comprend ceux de Khaïrat al Chater et d'Essam el Erian, membres de la direction de la confrérie.

Plusieurs centaines de militaires égyptiens ont par ailleurs défilé près du palais présidentiel. Un conseiller de Mohamed Morsi avait auparavant annoncé qu'un coup d'État militaire était en cours.

Morsi ne cède pas à la pression des militaires

Un peu plus tôt à 17h, heure d'expiration de l'ultimatum posé par l'armée, Mohamed Morsi a fait savoir que la création d'un gouvernement de consensus devrait faire partie d'un plan général de sortie de crise en Egypte.

L'armée avait demandé au président Mohamed Morsi, de répondre aux revendications des manifestants.

Plus tôt dans la journée du mercredi 3 juillet, l'opposant Mohamed El Baradeï a rencontré le chef d'état-major des forces armées, le général Abdel Fatah al Sisi, ce mercredi 3 juillet.

Dans la nuit de mardi à mercredi 3 juillet, les affrontements ont fait une vingtaine de victimes.

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Morsi s'accroche à sa légitimité

"Le président Mohamed Morsi affirme qu'il détient la légitimité constitutionnelle et rejette toute tentative de s'en éloigner, il appelle les forces armées à retirer leur mise en garde et refuse de se faire dicter sa conduite, que ce soit dans le pays ou à l'étranger", affirme un tweet de la présidence égyptienne.

L'opposition condamne les propos du président. "Cela conduit à la confrontation de n'offrir aucun compromis et de ne pas écouter le peuple dans la rue. Nous sommes très inquiets devant les risques d'escalade de la violence", a déclaré Khaled Dawoud, porte-parole du Front de salut national (FSN), principale coalition de l'opposition.

Morsi rejette l'ultimatum de l'armée

Mohamed Morsi a adressé un fin de non-recevoir à l'ultimatum de l'armée, qui donnait 48 heures au président égyptien pour "satisfaire les demandes du peuple" et parvenir à un accord.

La présidence se dit déterminée "à poursuivre dans la voie qu'elle a choisi pour mener une réconciliation nationale globale".

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L'armée veut jouer un rôle crucial

Les militaires se posent ainsi en arbitre et proposent de jouer un rôle de premier plan, comme ce fut déjà le cas il y a deux ans et demi, lors de la chute d'Hosni Moubarak. Si le gouvernement ne parvenait pas à un accord avec les manifestants, l'armée proposerait sa "propre feuille de route".

Lundi 1er juillet, le chef de l'armée égyptienne a lancé un ultimatum à Mohamed Morsi, lui laissant 48 heures pour trouver une sortie de crise. "Le peuple a exprimé sa volonté" "sans précédent" a précisé Abdel Fattah Al-Sissi, le chef de l'armée.

Plusieurs morts et des centaines de blessés

Alors que le ministère de la Santé a fait état de 16 personnes tuées, et 781 blessés depuis dimanche 30 juin dans les heurts entre opposants et partisans de Mohamed Morsi, 4 ministres ont démissionné ce lundi 1er juillet.

Huit personnes sont décédées durant les affrontements entre partisans et adversaires du président Mohamed Morsi au Caire. Un autre manifestant est mort asphyxié devant le palais présidentiel, au Caire, et un autre à Alexandre, à la suite de ses blessures. Six autres ont été tués dans les provinces de Beni Suef, Assiout, Kafr al-Cheikh et Fayoum.

Le siège des Frères musulmans attaqué

Des manifestants ont pillé et occupé le siège des Frères musulmans, lundi 1er juillet, au Caire. Le bâtiment avait déjà été attaqué et en partie incendié dans la nuit, après des heurts violents entre partisans et opposants à Mohamed Morsi, le président égyptien.

Les manifestants du mouvement Tamarrod, à l'origine de la contestation, ont eux donné au pouvoir jusqu'à mardi 17h pour quitter le pouvoir.

afrique,égypte,éGYPTE COUP D'éTAT CONTRE MOHAMED MORSI

Une manifestation énorme

L'armée égyptienne assure qu'il s'agit des plus grandes manifestations de l'histoire de l'Egypte. Les milliers de manifestants regroupés notamment sur la célèbre place Tahrir sont encore plus nombreux qu'au moment du printemps arabe.

La présidence de la République a affirmé de son côté que le dialogue était la seule issue possible.

Place Tahrir, épicentre de la contestation

Comme au plus fort du soulèvement contre Hosni Moubarak en 2011, la place Tahrir s'est transformée en mer de drapeaux rouge-blanc-noir, et les slogans n'ont pas changé: "Le peuple veut la chute du régime", ont scandé les manifestants, un an jour pour jour après la prise de fonction de Mohamed Morsi.

Une dérive autoritaire

Les opposants, notamment libéraux, dénoncent une dérive autoritaire du chef de l'Etat et accusent les Frères musulmans de vouloir accaparer tous les pouvoirs et d'avoir trahi les objectifs de la révolution, dont la justice sociale et le respect des libertés individuelles.

D'autres manifestants entendent plus prosaïquement protester contre la dégradation de leurs conditions de vie alors que la situation économique et sécuritaire s'est détériorée depuis la"révolution du Nil".

Vers une deuxième révolution ?

Sur la place Tahrir au centre du Caire, où les opposants prônent une "deuxième révolution" contre un président accusé de vouloir monopoliser le pouvoir et restaurer un régime autoritaire au profit des islamistes, des dizaines de tentes ont été dressées et des centaines de personnes sont rassemblées depuis samedi 29 juin.

8 personnes, dont un Américain, sont mortes depuis le mercredi 26 juin dans les troubles ayant agité le pays à l'approche de ces manifestations, qui coïncident avec le premier anniversaire de l'investiture de Mohamed Morsi.

Par ailleurs, en quelques semaines, une pétition qui réclame une élection présidentielle anticipée en Egypte a récolté plus de 22 millions de signatures, selon le collectif à l'origine de l'initiative.


Source: MSN NEWS

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mercredi, 03 juillet 2013

EGYPTE: LA FIN DE L'HEGEMONIE ATLANTISTE?

PLACE TAHRIR 4.jpg

La Place Tahrir se lève contre le président Morsi



Le pouvoir étatsunien ne doit pas en mener large. Avec la Turquie c'était déjà assez coton, mais là! C'est l'Egypte, le cœur du dispositif péniblement mis en place depuis Anouar Essadate, qui est sérieusement menacé. Car il semble bien que cela soit la fin et du "printemps" des Arabes et assimilés et des Frères et du wahabisme et de l'hégémonie atlantiste dans la région. Le retour de manivelle est impressionnant. Jamais le peuple égyptien n'a été aussi mobilisé, même comparativement à l'ère du nationalisme nassérien.
 
Des marées humaines font la démonstration du refus de l'agenda dévastateur porté par Mohamed Morsi et sa Confrérie. La grande presse a beau faire croire à un clivage "laïcs" versus "islamistes", elle ne parvient pas à cacher la réalité que, bien au delà d'un courant politique, c'est le peuple  profond qui s'ébranle dans un extraordinaire mouvement contre la dictature de la "démocratie de marché", contre l'allégeance des Frères aux Etats-Unis, contre la mise à l'encan de la souveraineté du pays et contre l'engagement aux côtés de l'OTAN vis-à-vis de la Syrie. Uniques signes de ralliement, l'emblème national et, pour ceux qui ont pu en dénicher un exemplaire, le portrait de Gamal Abdenasser. Tout un symbole. La conscience égyptienne, que des dizaines d'années de bradage dans l'infitah, de compressions sociales, et de compromissions/trahisons dans la reconfiguration du Moyen-Orient, semblaient avoir anesthésié à jamais, a démasqué les Frères.
 
Dans une lamentable lecture, pleine de mépris des faits (ou plutôt de dépit) qui se veut analyse, le quotidien français Le Monde y voit "un vaste mouvement d'opposition, qui regroupe l'essentiel du camp laïc - plus quelques revanchards de l'ancien régime - et qui peut capitaliser sur le désespoir d'une bonne partie des Egyptiens". "Idéalement, les deux camps attachés au rejet de ce qu'a été l'ancien régime, devraient dialoguer", est la chute de l'article, l'expression du désarroi, devant l'effondrement des plans concoctés.
 
Reste le fol espoir d'un bain de sang qui n'aura certainement pas lieu, malgré quelques dérapages. Dans le réel, le monde entier suit en direct, la formidable communion de millions de femmes, d'hommes et d'enfants, animés de la certitude que rien ne doit plus et ne pourra plus se faire sans eux. En attendant le dénouement de cette épopée, nous ne pouvons ne pas nous remémorer la longue marche des Frères, à l'assaut du pouvoir, contre le communisme et le nationalisme. C'était du temps où une partie du monde dit arabe résistait vaille que vaille à l'offensive des puissances occidentales, où l'Arabie des Saoud ne trônait pas encore sur la scène internationale, où le Qatar ne figurait même pas dans les entrefilets de presse et où la "démocratie" rimait plutôt avec "édification nationale". Elle a duré cette marche, jusqu'à ce "printemps" qui devait être béni, mais qui s'est transformé en cauchemar. Il faut dire que ne pas tenir une année le pouvoir convoité, est une exception en la matière, surtout quand on se proposait de produire la société idéale et que l'on se trouve confronté, en quelques mois, à inspirer un dégoût et un rejet rarement observés dans l'Histoire.   
 
 
Par Ahmed Halfaoui


mardi, 02 juillet 2013

EGYPTE: DE LA DEMYSTIFICATION DES FRERES MUSULMANS

 

LES ANTI MORSI SUR LA PLACE TARHIR.jpg


Les Frères musulmans égyptiens auront-ils autant de mal à percevoir leur défaite que les Américains à reconnaître la fin de leur leadership solitaire sur le monde?


Le discernement théorique est, en temps politique normal, rarement une qualité des acteurs politiques, pour des raisons de formation et d’alignements idéologiques, mais surtout pour les raisons connues d’opacité des ressorts réels, mais inconscients, de nos choix et de nos actes. En période de mutation historique aussi profonde que traverse l’Egypte, ce discernement devient quasi impossible. Pour cette raison, les Frères, au lieu de comprendre la réalité des énergies qui pousse sur le champ de la confrontation politique des masses longtemps tenues à tort comme fatalistes et accommodantes, vont alimenter en carburants divers le feu qui a pris sous Moubarak, mais n’a pas encore tout à fait incendié le pays.

Quelles que soient les évolutions à court terme du rapport des forces et des arrangements entre Morsi et l’armée, ou entre la direction du mouvement et les puissances de l’argent indigène ou du Golfe, les Frères ont perdu la guerre sur le terrain choisi par eux : la rédemption d’un monde anomique et l’instauration d’un ordre prescrit pour l’ordonnance de notre monde. Avant d’être élus par les citoyens et de porter leurs voix et leurs vœux, ils avaient déjà averti qu’ils portaient  la voix et les vœux de cet ordre religieux et que les élections ne servaient pas à les choisir, mais à s’inscrire dans la voie de Dieu. Ce type de démarche ne peut réussir que s’il tétanise la grande masse des populations concernées devant l’immensité de l’enjeu d’obéir ou de désobéir à Dieu, ou s’il les oblige à l’obéissance par le moyen de l’épée. Hors ces deux moyens, l’entreprise est vouée à l’échec immédiat, et l’épée ne peut subjuguer les peuples très longtemps, l’hypnose non plus. L’opposition résolue, déterminée, du peuple égyptien fait ressortir au moins un élément essentiel parmi d’autres enseignements passionnants.

égypte,de la démystification des frères musulmans,mohamed bouamidi

L’impression d’une hégémonie des Frères sur la société égyptienne relevait largement du mythe. Il apparaît, au contraire, qu’ils sont loin d’être dominants, en dépit de l’élection sur le fil de leurs députés et de Morsi. Pis, à aucun moment ils n’ont réussi à « activer » cette rue réputée être à leur dévotion pour peser sur ses « choix » quand ils ont rejoint, contraints et forcés, le mouvement de protestation pour ne pas se retrouver à la marge d’un phénomène dont toutes les apparences et le caractère identifiaient comme une révolution. Les réunions secrètes et répétées des responsables des Frères avec les Américains laissent penser à un marchandage pour un soutien U.S. (auprès de l’armée) à leur prise de pouvoir, en contrepartie d’un alignement sans réserve sur des Frères sur les positions américaines. Très vite, l’exfiltration d’activistes américains condamnés par un tribunal égyptien, le maintien de Ghaza sous blocus (allégé, mais blocus quand même), la destruction ou la lutte contre les tunnels autour de Rafah, le respect religieux de Camp David, l’alignement sur le camp des agresseurs de la Syrie, confirment cette hypothèse d’un accord américano-frèriste : les Frères avaient bien pour mission d’ancrer l'Egypte dans le camp du capitalisme, en rajoutant au travail antérieur de Moubarak la « persuasion religieuse » qui ferait aux yeux des masses égyptiennes la similitude de l’ordre divin avec l’ordre du capitalisme. L’intimité du nouveau pouvoir égyptien avec les monarchies du Golfe ne laisse plus aucun doute sur les mutations profondes qui ont mené les interprétations wahhabite, salafiste et frèriste de l’islam à une rupture d’avec l’islam de la compassion, de la solidarité, de la justice, de l’échange et de la recherche de Dieu dans la diversité de ses créations et de ceux qui le quêtent.

Si l’ordre capitaliste occidental n’a pu s’imposer dans la tête des masses arabes à partir de ses catégories mentales particulières bombardées « universelles », il restait cette chance de nous faire entrer dans l’uniformité du capitalisme en mobilisant nos catégories religieuses particulières présentées comme « solution universelle » : « L’Islam est la solution. » Il faut noter que les interprétations wahhabites ou péri-wahhabites ont mis plus de deux siècles pour s’imposer, grâce aux pétrodollars, comme idéologies de masse compatibles avec le capitalisme. Cela fait autant de siècles que le peuple égyptien cherche des élites, des représentations et des voies pour combattre la domination franco-anglaise puis américano-sioniste. Quand les paysans égyptiens menaient la guérilla dans le Delta du Nil contre les troupes de Napoléon, les wahhabites s’alliaient avec les Anglais pour se tailler un empire sectaire dans le corps malade de l’Empire ottoman, et quand les officiers libres se préparaient en Egypte, les Saoudiens se livraient aux Américains par l’Accord dit du « Quincy ». C’est cela que joue en Egypte ce peuple admirable, et les Frères comprendront bientôt qu’ils ont déjà perdu la bataille idéologique. Le reste suivra.


Alger, le 29 juin, publié le 1er juillet 2013.


Mohamed Bouhamidi, in Reporters.DZ

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dimanche, 03 février 2013

DEMASQUER LES FRERES MUSULMANS: SYRIE, EGYPTE ET AU-DELA


EGYPTE. LES FRERES MUSULMANS A L'EPREUVE DE LA REVOLUTION.jpg


La complexité du Printemps Arabe et le combat pour la liberté politique …

…à travers le monde arabe ne doit pas obscurcir ce qui est desormais devenu évident pour tout anti impérialiste : les Frères Musulmans sont l’une des plus puissantes armes de la classe dirigeante occidentale dans le Monde Musulman. C’est peut être une pillule difficile à avaler pour des raisons émotionnelles ou psychologiques, mais il suffit de regarder le rôle insidieux joué par cette organisation en Syrie et les abus de pouvoir et des droits de l’homme du gouvernement en Egypte. Dans la guerre soutenue par les US/OTAN contre le gouvernement Assad, les Frères Musulmans apparaissent comme la force bénéficiant du soutien de l’Occident, l’avant garde de l’assaut impérialiste. alors qu’en Egypte le président Morsi et le gouvernement des Frères Musulmans cherchent à détruire ce qui a été il y a un peu plus d’un an la promesse d’une révolution.

Les Frères Musulmans en Syrie

La création cette semaine d’un commandement suprême militaire en charge de toute l’aide militaire et la coordination des rebelles prouve sans équivoque le rôle de dirigeants des Frères Musulmans dans l’objectif de changement de régime en Syrie. Comme l’a rapporté Reuters :

 » Le commandement unifié comprend beaucoup d’individus ayant des liens avec les Frères Musulmans et les Salafistes… il exclut les plus hauts officiers qui ont fait défection de l’armée d’Assad(1). »

Cette structure de commandement formée à la demande et avec le soutien des US, de la GB, de la France de l’Arabie Saoudite du Qatar et de la Turquie entre autres, n’inclue pas seulement des membres des Frères Musulmans elle est en fait dominée par eux.Est ce possible que les puissances impérialistes occidentales n’aient pas noté que le groupe qu’il formait comprenait ces éléments ? Suggérer cela serait accuser les « hommes d’état » dirigeant le monde (Hillary Clinton, William Hague, Laurent Fabius, Ahmet Davutoglu, ect…) d’être stupides. Hélas ce n’est pas le cas. En fait ces individus ont collaboré pour recréer une force de proxies des Frères Musulmans en Syrie, une force qui peut être contrôlée et dépendre d’eux pour faire ce que veut l’Occident.

Cependant ce n’est pas suffisant de dire que les Frères Musulmans dirigent la nouvelle structure militaire car cela voudrait dire qu’il n’ont pas joué de rôle principal jusqu’à présent. En fait l’Organisation a été au centre de la déstabilisation de la Syrie depuis le début du conflit armé. Le Conseil National Syrien ce qui tenait lieu au début « d’opposition » soutenue par l’Occident était lui-même dominé en coulisses par les Frères Musulmans. Comme la déclaré l’ancien dirigeant des Frères Musulmans Ali Sadreddine concernant le CNS :

 » nous choisissons le visage acceptable par l’Occident…Nous avons nommé (l’ancien chef du CNS Burhan) Ghalioun à la tête du front d’action nationale. Nous n’agissons pas actuellement en tant que Frères Musulmans mais comme faisant partie d’un front qui inclus tous les courants. »(2)

Nous voyons donc là que l’organisation a depuis le tout début maintenu une grande partie du contrôle sur l’opposition basée à l’étranger distinctement différent de l’opposition interne des Conseils de Coordination Nationale et d’autres groupes. Les Frères Musulmans une machine politique internationale et para militaire a été amenée à diriger la bataille contre le gouvernement d’ Assad.

En fait, les Frères Musulmans ont fourni un certain nombre de cadres de direction et d’assistance à l’opposition basée à l’étranger et soutenue par l’étranger bien au delà de la simple direction. Allant de la couverture diplomatique et politique au soutien tactique sur le terrain tels la fourniture clandestine d’armes, le recrutement de combattants, et d’autres responsabilités nécessaires, cela couvre tout ce que nous en Occident appelons parce que cela nous arrange les « rebelles ».

Dés Mai 2012 les Frères Musulmans en Egypte le centre d’organisation fournissait déjà le soutien diplomatique et politique dont les rebelles avaient besoin pour renverser le régime d’Assad. Alors qu’ils étaient sur le point de remporter les élections égyptiennes les Frères Musulmans étaient occupés à faire des déclarations publiques sur la nécessité d’une intervention militaire occidentale en Syrie. Le porte parole de l’Organisation, Mahmoud Ghozlan a déclaré :

 » les Frères Musulmans appellent les gouvernements arabes islamiques et internationaux à intervenir… pour renverser le régime(d’Assad) » (3).

Cette déclaration publique enflammée est une coup asséné à tous ceux qui affirment que les Frères Musulmans sont d’une certaine façon anti-impérialistes qu’ils s’opposent à la domination par l’Occident du Monde Arabe. Au contraire bien qu’ils puissent se poser comme opposants à l’Occident ils sont en fait des outils des puissances impérialistes utilisés pour détruire des nations indépendantes qui s’opposent à la domination hégémonique des US au Moyen Orient.

Ce soutien politique et diplomatique est l’un des aspects de l’implication des Frères Musulmans dans la destruction de la Syrie. Comme l’a rapporté le New York Times en Juin 2012:

  « des officiers de la CIA agissent secrètement dans le Sud de la Turquie aidant les alliés à choisir quels combattants de l’opposition syrienne recevront des armes de l’autre côte de la frontière… par le biais d’un réseau clandestin d’intermédiaires incluant les Frères Musulmans syriens (4)»

L’utilisation des Frères Musulmans pour fournir clandestinement des armes aux rebelles en Syrie ne devrait pas être une surprise étant donné que ce sont les monarchies sunnites de la région ( Arabie Saoudite et Qatar principalement) qui ont été les voix les plus vociférantes pour un changement de régime en Syrie par tous les moyens nécessaires. La relation entre ces monarchies et les Frères Musulmans est évidente. Elles partagent les mêmes convictions religieuses et sont des ennemis farouches de toute forme de Shi’isme. De plus elles ont été partie prenante du système d »hégémonie US qui a maintenu toute la région sous son emprise vicieuse depuis des décennies.

Beaucoup ont affirmé par le passé que bien qu’ils partagent la même idéologie et « marque » les Frères Musulmans de Syrie étaient d’une certaine façon indépendants de la « Maison Mère ». Cette affirmation hasardeuse ne résiste pas au simple fait que chaque position publique prise par les Frères Musulmans syriens s’aligne directement sur les déclarations publiques du Caire.

Comme le montre l’article du Carnegie Middle East Center « The Muslim Brotherhood in Syria » :

« depuis le début de la révolution les Frères Musulmans ont maintenu qu’une intervention étrangère est la seule solution possible à la crise en Syrie. En Octobre 2011 ilsont également appelé la Turquie à intervenir et à établir des zones humanitaires protégées en territoire turc. »(5).

Quand deux entités portent le même nom ont les même sponsors et adoptent les mêmes positions c’est un exercice d’ignorance voulue que d’affirmer qu’elles ne sont pas tout à faire pareilles; plus précisément qu’elles prennent leurs ordres des mêmes maîtres mais qui sont ces maîtres ?

Les Puissances derrière les Frères Musulmans.

En examinant le rôle extrêmement insidieux que les Frères Musulmans jouent en Syrie on doit commencer par comprendre la relation historique entre les Frères Musulmans et l’impérialisme occidental. L’organisation a été fondée en 1928 par Hassan al Banna dans le but de rétablir une forme pure d’Islam comme il a existé il y a des siècles. Cependant ce n’était simplement que le vernis religieux crée pour dissimuler les intentions politiques de l’organisation. Comme cela a été expliqué dans un article de Mother Jones  » What is the Muslim Brotherhood and will it take over Egypt ? » l’auteur explique que:

 « Les Frères Musulmans servent à combattre les nationalistes et communistes malgré l’anti impérialisme de base des Frères Musulmans le groupe finit souvent par faire cause commune avec le colonialisme britannique. Elle fonctionne comme une agence de renseignement y compris à ses tout débuts de facto comme une arme des renseignements occidentaux et ceci est primordial pour comprendre son développement et son pouvoir politique actuel. »

Cependant il y a ceux qui affirment que malgré cette « coïncidence » d’objectifs et d’agendas les Frères Musulmans ne pourraient jamais être directement liés à la communauté du renseignement. Cependant comme Robert Dreyfuss auteur de l’article de Mother Jones l’a fait clairement remarquer il y a de nombreuses preuves liant la direction des Frères Musulmans directement avec la CIA :

« A ce moment là (1954) le chef de l’organisation du groupe à l’international un responsable bien connu était Said Ramadan gendre d’Hassan al banna. Ramadan avait attiré l’attention à la fois de la CIA et du MI-6 les services de renseignements britanniques. En faisant des recherche pour mon livre… je suis tombé sur une photo inhabituelle montrant Ramadan avec le Président Eisenhower dans le bureau oval. A ce moment là ou juste après Ramadan avait probablement été recruté comme agent de la CIA. Le reporter du Wall Street Journal Ian Johnson a fourni depuis les preuves des liens étroits entre Ramadan et différentes agences de renseignements occidentaux… Johnson écrit :  » à la fin de la décennie la CIA soutenait ouvertement Ramadan. »(7).

Le fait que le personnage central dans l’organisation internationale était un agent connu de la CIA corrobore les affirmations faites par de nombreux analystes et enquêteurs que les Frères Musulmans ont été utilisés comme arme contre Nasser et en fait contre tous les dirigeants socialistes arabes qui à cette époque faisaient partie du nationalisme arabe montant qui visait comme but ultime l’indépendance de la domination impérialiste occidentale.

Afin de comprendre pleinement comment les Frères Musulmans se sont développés pour être ce qu’ils sont actuellement on doit comprendre la relation entre eux et la maison royale d’Arabie Saoudite. En fait les Saoudiens ont été depuis des décennies les principaux financiers des Frères Musulmans pour les mêmes raisons que les US et les puissances occidentales avaient besoin d’eux : s’opposer au nationalisme arabe et à ‘l’insolence » accrue des états shi’ites. Dreyfuss écrit :

« Dés le début les Frères Musulmans ont été généreusement financés par le Royaume d’Arabie Saoudite qui appréciait sa politique ultra conservatrice et sa haine virulente des communistes arabes. »(8)

C’est principalement alors que les US commençaient à exercer leur pouvoir partout dans la région après la seconde guerre mondiale que les Frères Musulmans se sont trouvés là comme bénéficiaires volontaires et humbles servants semant la haine entre les Sunnites et les Shi’ites adoptant une idéologie haineuse salafiste qui incitait au conflit et à la guerre inexorable entre les différentes branches de l’Islam. Bien sûr tout ceci bénéficie aux puissances occidentales qui non cure de l’idéologie l’essentiel étant leur argent et les ressources.

Actuellement un outil des puissances occidentales ?

On dit souvent que bien que l’histoire des Frères Musulmans les lient intimement aux services secrets occidentaux néanmoins l’organisation a changé et s’est transformée en force pacifique pour le progrés politique du Monde Arabe. Comme l’ont montré les évènemernts récents en Egypte rien n’est plus éloigné de la vérité. Avec la tentative anti -démocratique de s’accaparer le pouvoir du président égyptien Morsi la régression en matière de droits civils de droits des femmes et des minorités ethniques et religieuses, les Frères Musulmans ont montré qu’ils n’étaient qu’une force politique réactionnaire faisant semblant d’être une force de « progrés ».

S’il reste à quelqu’un un doute sur les vraies intentions et motivations des Frères Musulmans une fois arrivés au pouvoir en Egypte il suffit d’observer leur position sur les institutions de la finance mondiale capitaliste, le FMI. Au Caire l’une des premières décisions prises par Morsi et le gouvernement des Frères Musulmans cela a été de dire qu’en fait ils accepteraient volontiers les prêts sous conditions du FMI (9) pour se sauver de la perspective d’une crise économique continuelle. Néanmoins comme faisant partie des conditions du prêt le gouvernement Morsi devrait réduire drastiquement les subventions, régulations et autres  » restrictions commerciales » tout en augmentant les taxes de la classe moyenne. Cela veut dire principalement que les frères Musulmans ont accepté le cocktail habituel d’austérité administré par les agents de la finance capitaliste de si nombreuses fois partout dans le monde. Ceci naturellement nous amène à poser la question : est ce que c’est la fin de la révolution ? Effectivement beaucoup dans les rues du Caire se posent cette question. Ou plus précisément ils connaissent la réponse.

En Egypte comme en Syrie les Frères Musulmans se sont transformés en serviteurs de la classe dirigeante impérialiste occidentale. Ils ont scrupuleusement servi ses intérêts pendant des décennies même si les noms, les visages et la propagande ont changé pendant ces années. Alors que nous regardons les photos tragiques provenant de Syrie ou les dizaines de milliers de personnes dans les rues du Caire nous devons nous demander pourquoi il a fallu si longtemps à cette organisation perfide pour être exposée ou même comprise. La réponse c’est comme d’habitude car ils servent les intérêts du capitalisme mondial pour maintenir le reste du monde dans la confusion pour reconnaître qui sont les vrais ennemis du progrés. En révélant leur vraie nature (des FM ndlt) les vraies forces de paix et de progrés partout dans le monde peuvent rejeter les Frères Musulmans et le système impérialiste sous toutes ses formes visibles et invisibles.


Eric Draitser

Le 12 décembre 2012

StopImperialism.com

Article original en anglais :

 

The U.S. and the Privatization of El Salvador, le 12 décembre 2012

Traduction : Mireille Delamarre, http://french.irib.ir/

Eric Draitser a créé le site StopImperialism.com. Il est analyste indépendant en géopolitique, basé à New York City.  Il contribue régulièrement à Russia Today, Press TV, GlobalResearch.ca, et d’autres médias.

 

[1] http://news.yahoo.com/rebels-circle-damascus-airport-russia-u-downbeat-013515100.html

[2] http://www.reuters.com/article/2012/05/06/us-syria-brotherhood-idUSBRE84504R20120506

[3] http://english.al-akhbar.com/content/egypts-brotherhood-calls-intervention-syria

[4] http://www.nytimes.com/2012/06/21/world/middleeast/cia-said-to-aid-in-steering-arms-to-syrian-rebels.html?pagewanted=all&_r=0

[5] http://carnegie-mec.org/publications/?fa=48370

[6] http://www.motherjones.com/politics/2011/02/what-is-the-muslim-brotherhood

[7] Ibid.

[8] Ibid.

[9] http://www.albawaba.com/business/morsi-egypt-imf-loan-432065

 

Traduction Mireille Delamarre


SourceMONDIALISATION.CA

lundi, 20 février 2012

CES MONSTRES QUI DIRIGENT NOTRE MONDE

OBAMA, SARKOZY ET CAMERON.jpg

Sous des prétextes totalement fallacieux (démocratie et protection des civils) et des intrigues qui nous ont laissés sans voix, ces derniers mois, le Nouvel Ordre Mondial et les maîtres du monde ont installé leur "frère de lumière" à la tête de la Côte d'Ivoire, désarticulé et détruit la paisible Libye et fomenté de prétendues révolutions dans le monde arabe pour reconfigurer la géopolitique internationale.

Comme le dit John Laughland, administrateur du British Helsinki Human Rights Group, dans son remarquable article "Face cachée: la technique du coup d'état coloré": "Le mythe de la révolution populaire spontanée perd de sa prégnance en raison de l'ample littérature sur les coups d'État et les principales tactiques utilisées pour les provoquer. C'est bien entendu Lénine qui a développé la structure organisationnelle vouée au renversement d'un régime que nous connaissons maintenant sous le nom de parti politique. Il différait de Marx en ce qu'il ne pensait pas que le changement historique était le résultat de forces anonymes inéluctables. Il pensait qu'il fallait le provoquer".

Après avoir fait croire aux Tunisiens, aux Egyptiens, aux Libyens, aux Yéménites et aux Bareïnites que les quelques agitations populaires qui ont bouleversé leurs pays sont leurs propres oeuvres et l'expression de leur volonté de s'approprier leurs destinées, ils ont installé à la tête de certains de ces états, des rénégats incontrôlables et des islamistes avec lesquels on a une lecture plus que floue de l'avenir. C'est avec la même réthorique qu'ils ont détruit l'Irak et l'Afghanistan, et sont en train d'en sortir la queue entre les jambes.

Ces hommes sans morale ont, aujourd'hui, jeté leur dévolu sur la Syrie, qui pourrait bientôt passer à la trappe, avant que le cap soit mis sur l'Algérie et l'Iran, avec une menace très explicite de guerre nucléaire mondialisée, depuis la (re)bipolarisation de notre planète, cristallisée par le double veto sino-russe au Conseil de sécurité contre une résolution à l'encontre la Syrie de Bachar Al-Assad.

Les médias "meanstream" sont mis à rude contribution qui nous débitent, à longueur de journée, incongruités et énormités, et des mensonges odieux du genre de celui qu'il nous a été donné d'entendre, ce samedi 18 février, sur France 24: "Syrie: des funérailles finissent dans un bain de sang. L'armée de Bachar Al-Assad tire sur des milliers de manifestants, le bilan SERAIT de 1 mort et 4 blessés". Entre nous soit dit: si une armée comme celle de Bachar Al-Assad avait ouvert le feu sur une foule de plusieurs milliers de personnes comme on nous l'a montré, ne serait-ce que par la débandade générale due aux tirs, on aurait enregistré au moins une centaine de morts. De qui se moque-t-on?

Cette presse indigne se délecte journellement, depuis de longs mois, de ce décompte macabre, comme une agence de croque-morts, pour justifier une action militaire contre la Syrie, heureusement bloquée par le veto sino-russe, mais qu'ils s'emploient à contourner. Quelles diableries!

Qui nous délivrera de cette race impie et de cette engeance qui dirige nos pays, avec à leur tête Barack Obama, Nicolas Sarkozy et David Cameron?


Que DIEU ait pitié de notre monde!


DINDE Fernand AGBO

mercredi, 16 mars 2011

APRES LE MAGHREB, L'AFRIQUE NOIRE VA-T-ELLE S'EMBRASER?


IMMOLATION PAR LE FEU AU SENEGAL.jpg

Immolation par le feu au Sénégal

 

Au Congo, au Cameroun et au Sénégal, les pouvoirs ont de bonnes raisons de craindre la « contamination » des révoltes qui secouent l'Afrique du Nord. La vie y est chère et le chômage endémique. Des tentatives y sont menées pour pousser les populations dans les rues. Les pouvoirs camerounais et sénégalais ont déjà réagi en baissant ou en régulant les prix des denrées de première nécessité. Par René Dassié.

 

Après le Maghreb, l'Afrique noire ? Les révoltes entamées en Tunisie, qui ont eu raison du régime de l'ex-président Ben Ali et qui font tanguer celui de l'Egyptien Hosni Moubarak pourraient bien s'étendre plus au sud du continent. De nombreux pays y rassemblent les conditions d'une explosion sociale majeure, similaire à celle qui secouent les pays arabes d'Afrique du Nord. De sorte qu'une certaine frilosité s'est emparée de quelques gouvernements qui, tout en épiant la rue, multiplient des mesures contre la cherté de la vie, principal ferment des soulèvements.


SIT-IN CONTRE DENIS SASSOU NGUESSO A PARIS

Samedi, « place Victor Hugo » dans le 16e arrondissement à Paris, une trentaine de Congolais ont bravé la météo peu clémente de l'hiver pour tenir sit-in contre le président Denis Sassou Nguesso. Si les manifestants emmenés par Bienvenu Mabilemono, secrétaire général du « Mouvement pour l'unité et le développement du Congo (MUDC) », qui ont affronté le froid pendant trois heures, sont conscients que leur action n'aurait que peu d'effet sur la conduite des affaires à Brazzaville, ils n'espèrent pas moins attirer l'attention du public français sur « l'oppression, la spoliation, la faim, la misère, le chômage et l'absence de perspectives dans des proportions bien plus effrayantes qu'en Tunisie, en Egypte ou en Algérie », tel qu'ils l'ont écrit dans le communiqué de presse annonçant leur projet.

« Nous avons expressément choisi la date du 5 février 2011 pour manifester. C'est le jour où Denis Sassou Nguesso est revenu au pouvoir par un coup d'Etat. Les gens au pays suivent de près ce qui se passe ici, et nous connaissons la capacité de nos compatriotes à se mobiliser. Ils l'ont déjà montré par le passé et nous travaillons à mettre en place des relais dans le pays », a expliqué Maurille Louzala, un des organisateurs de la démonstration. Conscient du rôle joué par les médias sociaux dans le déclenchement de la révolte tunisienne, Bienvenu Mabilemono a signé un document intitulé « Le Congo peut-il suivre l'exemple tunisien ? Si oui, le temps est-il notre ennemi ou notre allié ? » qu'il fait circuler par internet. Véritable concentré de charges contre le président du Congo-Brazzaville, le texte invite à suivre l'exemple tunisien pour chasser Denis Sassou Nguesso du pouvoir.

Une démarche qu'André Mba Obame, qui s'est proclamé président de la République du Gabon le 25 janvier 2011 dernier, appelle ses concitoyens à suivre pour renverser Ali Bongo Ondimba. « Comme en Tunisie, comme en Egypte, les Gabonais se battent pour que leurs droits fondamentaux soient respectés », nous déclarait-il dans une récente interview. Retranché au siège du « PNUD », à Libreville, il défie encore le président reconnu en 2009 par le « Conseil constitutionnel ». Depuis son appel, plusieurs manifestations, dispersées par les forces de l'ordre, ont eu lieu au Gabon.


TRACTS APPELANT A LA REVOLTE AU CAMEROUN

Au Cameroun, les tentatives visant à provoquer un soulèvement des populations se multiplient également. A Bafoussam et à Bamenda, respectivement chef-lieu de la région de l'Ouest et du Nord-ouest, les policiers, dont on sait qu'ils n'ont pas pour habitude de se montrer tendres envers les populations, ont reçu depuis quelques jours une mission bien particulière, nous apprend le quotidien Le jour. Ils doivent surveiller la rue, les photocopieuses du centre urbain et les personnes à l'allure suspecte, pour ramasser, empêcher de dupliquer ou confisquer des tracts qui ont récemment été déversés dans les deux villes.

Apparu dimanche dans les deux citadelles qui à chaque période de troubles au Cameroun se mettent en première ligne de la fronde sociale, le tract invite le « gouvernement néocolonial » de Paul Biya à démissionner au plus tard mercredi à minuit. Il demande aux Camerounais meurtris par la vie chère et victimes de la spoliation à grande échelle de leurs richesses, « d'arracher leur indépendance économique ». Il est signé du « Conseil national de la révolution », un mouvement inconnu de la rue camerounaise. Le discours est musclé et irréaliste. Cependant il ne manque pas de séduire. Le quotidien Le Jour rapporte ainsi qu'en dépit du travail de veille des policiers, le document, photocopié loin des centres-villes, continue de circuler, sous cape.


UN DEPUTE DE L'OPPOSITION APPELLE A MANIFESTER

Cependant, il n'y a pas que ce tract pour entamer la sérénité de Paul Biya. Dans une tribune reprise par des médias dont « Camer.be », Jean Michel Nitcheu, député du « Front social démocratique », le principal parti de l'opposition, invite ouvertement ses compatriotes à se soulever contre la précarité dans laquelle ils sont contraints de vivre. « La chute de M. Ben Ali devrait servir de leçon à son homologue siamois camerounais qui veut s'éterniser au pouvoir », écrit le député, qui poursuit : « Les Camerounais doivent aussi savoir que pour faire tomber les derniers vestiges de la dictature régnante qui sévit à la tête du pays, ils doivent organiser un front de mobilisation populaire et créer un rapport de force conséquent sur le terrain qui contraindra la clique gouvernante à renoncer ». Analysant la situation sociale dans son pays, Jean-Michel Nitcheu constate : « La dictature de M. Biya (...) est obscurantiste sur tous les plans : corruption institutionnalisée, détournements massifs des deniers publics, enrichissement illicite de M. Biya et de ses proches, gaspillage des ressources de l'Etat, interdiction de tenue de meetings, répressions permanentes des manifestations publiques, étouffement des libertés individuelles ». « Tout est donc réuni pour que le Cameroun sombre dans une déflagration de forte amplitude. Si rien n'est fait le plus tôt possible cette année, notre pays plongera dans une crise politique intense qui débouchera sur des tensions sociales indescriptibles », conclut-il.


INTERDICTION DE MANIFESTER AU SENEGAL

Au Sénégal règne la même frilosité. Fin janvier 2011, le pouvoir a interdit une marche nationale que la Coordination des centrales syndicales, un regroupement de 12 syndicats sur les 18 du pays, projetait de faire contre la vie chère. Pour le gouvernement Wade, la manifestation était « sans objet ». La Ligue sénégalaise des droits humains, organisation de défense des droits de l'homme, a vivement dénoncé cette mesure. Dans un communiqué, l'association a condamné « de la façon la plus ferme le gel des libertés publiques au Sénégal avec l'interdiction systématique des marches pacifiques envisagées par divers segments de la société ».


MESURES SOCIALES PREVENTIVES

En 2008, le Cameroun comme le Sénégal n'avaient pas échappé aux émeutes de la faim qui avaient secoué plusieurs pays du sud. Au Cameroun, la répression des manifestations avait fait plusieurs victimes, quarante morts selon le gouvernement, jusqu'à deux cents selon certains observateurs. Cette fois, les deux pays veulent pouvoir anticiper la réaction de la rue, en prenant des mesures contre l'inflation. Fin janvier 2011, Dakar a annoncé des baisses de 8 à 15% des prix de denrées de première nécessité comme le sucre, le riz, l'huile et le lait qui devenaient de plus en plus chères.

De son côté, Paul Biya a décidé de créer un organisme public chargé d'importer massivement les denrées alimentaires, de procéder à la régularisation des prix et de déclencher l'alerte en cas de pénurie ou d'inflation. La mesure n'arrange cependant pas les affaires de tout le monde. Certains milieux syndicaux et politiques l'ont en effet vivement critiqué, en pointant le risque d'asphyxier le système agricole local. Les mesures qu'il avait prises en 2008 pour endiguer la flambée des prix et calmer le mécontentement populaire au Cameroun n'avaient produit que peu d'effets.


NOTE:

La dernière tentative de soulèvement populaire s'est opérée au Burkina-Faso où à Koudougou, dans le centre-ouest, le décès d'un jeune dans les locaux de la police a mis le feu aux poudres. Depuis lundi 21 février 2011, la jeunesse est dans un état de révolte électrique dans la ville, où confrontée à la violence de la répression policière qui a fait de nombreux tués par balles dans ses rangs, elle a saccagé et mis le feu au siège du gouvernorat de la province. Sur place, les autorités locales s'employaient toujours à calmer l'inacceptable, par des mensonges et des omissions de responsabilités quant aux brutalités du régime Compaoré. Le bilan s'est alourdi : à ce jour, il est de 5 morts, en plus d'au moins, une centaine de blessés dont certains dans un état grave.


Source : NERRATI.NET

dimanche, 13 mars 2011

NON AU RETOUR DU COLONIALISME AU MAGHREB!

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Par Mohamed Bouhamidi

Le président français et le Premier ministre anglais veulent intervenir en Libye. Le prétexte sans cesse ressassé est le même que celui invoqué pour la Yougoslavie, la Serbie ou l'Irak : l'exécution de massacres. Toutes les raisons invoquées à ce jour furent mensongères : des armes de destruction massive en Irak aux massacres des Albanais au Kosovo en passant par le charnier de Timisoara en Roumanie ou le meurtre de bébés dans la maternité du Koweït. Toutes jouèrent sur deux facteurs-clés : l'émotion soulevée par l'horreur des images cyniquement fabriquées et l'accusation infamante et paralysante portée aux consciences libres  de soutenir des «dictatures» que par ailleurs ces mêmes puissances - singulièrement la France et l'Angleterre pour le cas de la Libye - ont soutenues, cajolées, flattées pour leurs ressources et leur argent. Nous, patriotes algériens, n'échappons pas à cette pression morale et hésitons à exprimer clairement et fermement notre réprobation de ces appels à l'intervention militaire et à l'ingérence tous azimuts. Nous sommes grandement paralysés par l'acceptation à la base de ces notions de démocratie et de dictature comme si elles désignaient naturellement une supériorité civilisationnelle, morale et politique des puissances, hier coloniales et aujourd'hui néocoloniales.

Nous devons récuser la base même de leurs concepts et rappeler à Sarkozy que c'est bien la grande démocratie qu'était la France coloniale qui nous a mené une sale guerre de sept ans. Nous devons rejeter ces pressions morales qui entravent notre riposte déterminée à ces menaces d'ingérence sous le couvert fallacieux de la démocratie et de la liberté des peuples qui a montré, en Irak  - un million de morts après et qui attendent toujours le TPI - en Afghanistan et en Amérique latine  qu'elles ne sont que plus de corruption, plus de morts, plus de soumission et toujours moins de dignité. Nous subissons ces pressions d'autant plus fort que les relais internes de ces puissances impérialistes ont marqué des points essentiels, voire décisifs, dans les médias et la vie politique.

Ces relais affichent fièrement leurs rôles et leurs missions, convaincus d'une victoire proche et certaine. L'ingérence européenne en Libye, française en particulier, est une menace directe et immédiate sur l'Algérie. Elle a pour but de mener une campagne de reconquête néocoloniale. Des alliés et des relais internes leur ont grandement facilité les conquêtes coloniales. Des relais et des alliés leur faciliteront la reconquête. Plus que jamais, les patriotes doivent se mobiliser comme ils le peuvent et où ils le peuvent pour afficher leur opposition à l'ingérence impérialiste en Libye. L'intervention en Libye est une menace directe contre notre souveraineté nationale. Elle est une tentative d'annulation des changements en Tunisie et en Egypte. Elle sera en revanche une menace sur la lutte anticoloniale et sur nos indépendances.

C'est au peuple libyen de résoudre ses conflits en fonction de ses intérêts nationaux et sans interférences étrangères. Il faut secouer l'hégémonie conceptuelle et politique acquise sur les consciences  par la vision impérialiste.  Il est temps pour nous de ne plus subir les termes du débat imposé par les dynamiques ultralibérales et de trouver les voies et les moyens de réhabiliter la défense de l'indépendance des peuples et des Etats nationaux face à l'ingérence permanente des puissances coloniales. Il est temps de penser à (re)construire  un  front (mouvement) patriotique et démocratique (le front  anti-impérialiste) disloqué par les offensives réformatrices dans la forme et contre-révolutionnaires dans le fond.  Non à l'ingérence politique et à l'agression militaire en Libye ! Non au retour du colonialisme au Maghreb ! Non au retour des canonnières ! Pour un rassemblement des patriotes autour de la défense de l'indépendance et d'un Etat véritablement national et démocratique.


Mohamed Bouhamidi


Source: LA TRIBUNE ONLINE