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samedi, 05 mai 2012

VENU EN FRANCE POUR DES RAISONS DE SANTE - VOICI L'HOPITAL OU A SEJOURNE OUATTARA

 

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Alassane Ouattara, actuel numéro un ivoirien, est-il brutalement allé en France alors que les cérémonies de la fête du Travail devaient se tenir parce qu’il voulait fuir les travailleurs ? Ou alors parce qu’il voulait apporter son soutien à son «ami de vingt ans» Nicolas Sarkozy en mauvaise posture face à son rival François Hollande ? Peut-être. Mais une chose est sûre : s’il s’est rendu en France il y a quelques jours, c’est essentiellement pour des raisons de santé. Selon nos sources, Alassane Ouattara est venu en France contre l’avis de ses amis de l’équipe de Nicolas Sarkozy.

Visiblement, ils ne souhaitaient pas qu’un soutien trop voyant puisse susciter interprétations et commentaires, alors même que les révélations du journal en ligne Mediapart sur le financement de la campagne de 2007 du président sortant par le Guide libyen Muammar Kadhafi produisent un buzz ravageur. Malgré ce feu «orange» de ses parrains français, Ouattara est venu parce qu’il lui fallait absolument rencontrer ses médecins. De nombreux indices indiquent ainsi qu’il a séjourné à l’hôtel américain de Neuilly pour des soins cardiaques. 

En tout cas, sur la place parisienne, le tabou médiatique sur l’état de santé d’Alassane Ouattara et sur les conséquences politiques de sa «fragilité» pourrait bientôt être déverrouillé. Déjà, sur les réseaux sociaux, des journalistes de la presse française commencent à évoquer la question de la façon la plus directe. Alassane Ouattara est-il malade ? De quoi souffre-t-il ? Ce dont il souffre a-t-il des conséquences sur son exercice du pouvoir et sur les stratégies de positionnement de ses héritiers putatifs ? Ce débat ne saurait être longtemps évité.

 
Benjamin Silué


lundi, 23 avril 2012

QUAND IL PLEUT A PARIS, ABIDJAN EST MOUILLE - SARKO MENACE, OUATTARA TREMBLE

 

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Ce n’est pas encore la grosse peur, mais un vent de panique souffle sur le clan Ouattara et ses divers alliés. Le premier tour de la présidentielle française vient de livrer ses résultats, et il paraît évident que Nicolas Sarkozy est en ballottage défavorable dans la perspective de la «lutte finale». La gauche est à son plus haut niveau depuis longtemps, et selon les sondages le président sortant bénéficiera d’un report de voix globalement assez médiocre de la part des électeurs du Front national (extrême-droite) et du MODEM (centre). La perspective la plus probable est donc la défaite électorale de Nicolas Sarkozy, même si les jeux ne sont pas faits. 

Ces dernières semaines, les observateurs de la vie politique ivoirienne ont tous pris acte de la nervosité qui s’est emparée des dignitaires du Rassemblement des républicains (RDR) et du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP). Ne se sentant pas satisfaits de l’étrange accord de partenariat signé avec l’UMP, ils ont demandé solennellement à leurs sympathisants ayant la nationalité française de voter pour Nicolas Sarkozy. Un Sarkozy qui devait se demander pourquoi il n’y avait pas de réaction en France à l’activisme des Africain-Français hostiles à sa double épopée ivoirienne et libyenne. Certes, le RDR et l’UMP sont des formations politiques de droite, avec tout ce que cela comporte. Mais l’on ne sent pas la même fièvre dans les autres pays du «pré carré» dirigés par des alliés objectifs de l’UMP. De quoi a donc peur le régime Ouattara ?
 
Un système de gouvernance autoritaire qui repose sur des complaisances parisiennes

Une chose est à noter : si Nicolas Sarkozy perd le pouvoir, ce sera la première fois, depuis l’éclatement de la crise ivoirienne, que les alliés traditionnels du PDCI et du RDR quitteront les lambris dorés de l’Elysée et des cabinets ministériels pour s’installer sur les sièges réservés à l’opposition parlementaire. Ce sera donc un grand saut dans le vide. Déjà, avant la crise, les liens entre la nomenklatura ivoirienne et la droite française étaient patents. Malgré une prévenance de tous les instants des socialistes, Félix Houphouët¬-Boigny soupçonnait François Mitterrand d’instrumentaliser son opposition pour l’affaiblir. Quand Jacques Chirac a été élu en 1995 en battant Lionel Jospin, les journaux progouvernementaux d’alors ont exulté. Pendant longtemps, l’affrontement entre bédiéistes et ouattaristes se déroulait selon la grille chiraquiens contre balladuriens. C’est pour cette raison que l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir sera un sujet de grande joie pour Ouattara, heureux d’avoir «noyé» les réseaux parisiens de Bédié, et de faire savoir à Gbagbo qu’il était le seul opposant d’Afrique subsaharienne à avoir été reçu à plusieurs reprises à l’Elysée dans un contexte de guerre froide franco-ivoirienne où Gbagbo n’avait «droit» qu’à des échanges non formalisés avec des seconds couteaux ou à une photo à la volée à New York, à l’occasion d’une Assemblée générale des Nations Unies. Dans une logique similaire, la victoire électorale de Jacques Chirac en mai 2002 devait sonner l’heure de la reconquête dans l’arrière-cour ivoirienne, où la «normalisation» et la «prise de distance» voulues par le gouvernement de Lionel Jospin avaient permis aux rapports de force internes de s’accomplir à travers l’élection de Laurent Gbagbo en octobre 2000. Le coup d’Etat du 19 septembre 2002, s’il avait abouti à la capitulation d’un Laurent Gbagbo acceptant un exil doré en France, aurait parachevé la «reprise en main» des lobbies droitiers français pour qui la Côte d’Ivoire doit être la continuité géostratégique de la France…
 
C’est bel et bien Nicolas Sarkozy qui a instrumentalisé l’ONU, l’Union européenne et l’Union africaine pour faire prévaloir le récit médiatique douteux accréditant la victoire électorale d’Alassane Ouattara. Il a même appelé à onze reprises en une seule journée un chef d’Etat ouest-africain pour le rallier à la guerre de Ouattara. Contre un grand nombre d’officiers supérieurs de son pays, il a engagé l’armée française dans la bataille d’Abidjan, ordonné l’omerta sur les crimes commis par les supplétifs FRCI qui avançaient grâce aux missiles de la force Licorne, fermé les yeux sur l’assassinat du Français Philippe Rémond à Yamoussoukro et sur le martyre de son compatriote Michel Gbagbo, vidé les fonds de caisse de l’Agence française de développement (AFD) pour payer les salaires du régime Ouattara, intrigué pour envoyer Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale, applaudi la justice des vainqueurs et les dérives tribales du régime ivoirien…
 
Un départ de Sarkozy viendrait au pire moment pour Ouattara…

Nicolas Sarkozy est allé tellement loin avec Alassane Ouattara que ce dernier sait pertinemment  qu’un changement de pouvoir à l’Elysée baissera forcément le niveau des complicités crapuleuses dont il bénéficie à Paris. Il a pourtant construit tout son système autoritaire de gouvernance sur le «droit d’humilier» dont il dispose et sur la muraille d’impunité qui est bâtie autour de lui par la France et au-delà de la France – à l’ONU, dans les institutions de Bretton Woods. Alassane Ouattara est allé tellement loin dans les démonstrations d’amitié avec Sarkozy qu’il pourrait à juste titre craindre un «retour de bâton» des futurs maîtres de la France, qu’il a toujours cajolés grâce à ses relations au Parti socialiste. Des relations – son avocat Jean-Pierre Mignard par exemple – désormais en porte-à-faux avec leur famille politique, «grâce» à la stratégie caricaturale du «tout-Sarkozy» adoptée par l’homme fort d’Abidjan. S’il est élu, François Hollande devra normaliser la relation franco-ivoirienne, désormais regardée même en France comme un signe du renouveau de la Françafrique. Et cette normalisation, Alassane Ouattara, qui supplie la France de maintenir ses bases militaires et de truffer son Palais de coopérants de tous genres, n’en veut absolument pas. Comment gouverner sans béquille ? Là est la question.

Un éventuel départ de l’Elysée de Nicolas Sarkozy interviendrait au pire moment pour Ouattara. Après un an de «grâce internationale» et plus de dix ans d’accompagnement médiatique complaisant, la «bulle explicative internationale», notamment représentée par les différentes ONG financées par les Etats et les grandes entreprises occidentales et qui «notent» la gouvernance des pays africains, commence à se montrer plus exigeante. Tandis que les analystes de la presse parisienne considèrent désormais qu’une dérive autoritaire guette le régime d’Abidjan.

C’est pour anticiper les nouvelles exigences de l’étranger qu’Alassane Ouattara, qui répugne à négocier avec les corps intermédiaires comme les syndicats ou avec son opposition, communique sur le thème d’une main tendue à son opposition qui n’a aucune consistance puisque la logique des inculpations à caractère politique et de la «justice des vainqueurs» se poursuit, voire se renforce avec les dérives de la Direction de la surveillance du territoire (DST). D’une certaine manière, cet ersatz de dialogue inter-ivoirien pourrait même viser à donner de la consistance à Nicolas Sarkozy qui veut visiblement «capitaliser» sur sa prétendue «crédibilité internationale», se fondant notamment sur ses sanglantes épopées libyenne et ivoirienne, «vendues» comme des «victoires de la démocratie» là où elles ont semé la mort et la désolation. Des informations sur un processus de «réconciliation» en Côte d’Ivoire avant le second tour seraient une aubaine pour lui. C’est pour cette raison que l’opposition ivoirienne ferait une belle passe à l’adversaire en se soumettait à l’agenda et au «storytelling» de Ouattarakozy.
 
 
Théophile Kouamouo


vendredi, 11 mars 2011

SEULE SEGOLENE PEUT BATTRE MARINE !

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Dr Pierre Franklin Tavares

« La où naît le danger, croît aussi ce qui sauve. »

Hölderlin

 

En mars 2001, juste après les Municipales, nous déclarions - par anticipation - la « défaite » de Lionel Jospin aux présidentielles d'avril 2002. Plus d'un n'y crurent pas et nous reprochèrent même ces « sordides » prédictions. Certains y virent un pessimisme historique, là où il ne s'agissait que d'un regard lucide porté sur le « réel », à partir du bilan social d'une gauche satisfaite d'elle-même, parce que dans l'incapacité de voir et de lire l'effondrement social qui était en cours. Avec la débâcle du 21 avril 2002[1], l'étonnement fut grand, le désarroi immense. Mais en réalité, cette projection n'était pas qu'une simple vue de l'esprit. Elle se fondait sur trois faits essentiels. Le premier, un décryptage de la faillite du socialisme municipal à Épinay-sur-Seine, comme préfiguration de la déroute socialiste au niveau national. Le deuxième, l'analyse objective des contradictions internes à la gauche locale[2], qui annonçait celle de la « gauche plurielle » au plan national. Le troisième, notre triple expérience personnelle. D'abord, comme vieil habitant d'un des quartiers les plus sensibles de France[3] et comme cadre dans le groupe SCIC, filiale immobilière de la Caisse des Dépôts et Consignations, premier organisme de logements sociaux de France, nous pouvions mesurer, par ce vécu quotidien et les outils professionnels, la grande détresse et l'abandon des banlieusards (insécurité, malpropreté urbaine, perte de pouvoir d'achat, pauvreté, etc.). Ensuite, comme acteur politique qui, au contact direct et permanent des Français, pouvait évaluer les impacts des politiques locales. Enfin, comme philosophe, nous pouvions mettre en forme théorique toute cette expérience[4].

Aujourd'hui, le danger croît ! La rapide extinction de l'État-providence, l'affaiblissement progressif de la nation au profit de l'Union Européenne et des communautarismes, la crise continue des banlieues, la dépréciation du système scolaire, la défiance profonde des citoyens vis-à-vis du politique, le très net recul du Savoir-Vivre français[5], la crise internationale du capitalisme financier, le siphonnage ininterrompu du pouvoir d'achat, la crise du logement social, le déclassement des couches moyennes, l'inexorable montée de la précarité, l'immigration et l'intégration africaines, orientales et asiatiques, les conséquences perverses de la discrimination positive, sont autant de facteurs qui ont fini, d'une part, par modifier le vieux « portrait social » de la France, dont l'ethnogenèse[6] datait d'antiques combinaisons démographiques, et, d'autre part, à rompre le grand compromis social des années 1945  fixé dans la Constitution de 1958. Mais, ce sont surtout les effets cumulés et conjugués de ces facteurs qui, ayant atteint leur point nodal, préparent et annoncent un très probable nouvel « avril 2002 ». Qui donc sera exclue, la gauche ou la droite ?

Depuis juin 2010, nous ne cessons de dire que, candidate, Marine Le Pen serait présente au second tour et que Nicolas Sarkozy serait éliminé, dès le premier tour des présidentielles, à moins d'un événement exceptionnel. Nous ajoutons même que nous ne devons plus, d'un revers de main, écarter l'hypothèse d'une victoire de Marine Le Pen au deuxième tour ou alors, en cas de courte défaite, qu'elle obtienne un score significatif lors des législatives qui suivront, ce qui aurait pour conséquence directe de la rendre quasi incontournable, dans la formation d'un gouvernement de droite vigoureuse, et donc « premier ministrable ». En effet, si le candidat de gauche était éliminé au premier tour, il n'est pas si sûr que les électeurs de gauche se reportent en masse sur le candidat UMP. Le scénario d'avril 2002 n'est pas donné d'avance. De même, en cas d'éviction du candidat UMP au premier tour, une forte proportion d'électeurs de droite ne se reportera pas sur le candidat de gauche au second tour. Tout devient possible, affichait un slogan. Jamais cette formule n'aura été aussi vraie, n'en déplaise à Roselyne Bachelot, à l'humeur égale, à Xavier Bertrand, aux certitudes sereines, à Benoît Hamon, jeunesse aux paroles rassurantes, etc.

En tous les cas, depuis la récente publication des deux derniers sondages Harris interactive[7], maints Français nous appellent et s'étonnent que nous ayons pu faire de telles prédictions auxquelles ces enquêtes d'opinion semblent apporter un début de consolidation. C'est que, en politologie, il faut - autant que faire se peut - se départir de ses propres choix idéologiques et politiques, si l'on veut observer le « réel » en toute indépendance et objectivité. C'est même la condition sine qua non, pour écouter les Français. Au reste, toute observation pensante est d'abord celle des oreilles. Heidegger dit fort justement que penser, c'est d'abord admettre d'écouter. En effet, la pensée, affirme-t-il, est avant tout une écoute, c'est-à-dire un laisser-se-dire, et non pas [d'abord et uniquement] une interrogation[8]. Il faut prêter l'oreille, ne cesse de répéter la Bible. Or, en France, depuis une vingtaine d'années, la classe politique ne pense plus, parce qu'elle n'écoute plus rien, ni le corps social qui est le socle du corps électoral, ni les phénomènes politiques et historiques dans le monde, comme le montre son déphasage d'avec les révolutions du monde arabe amorcées avec la Révolution du Jasmin, ou encore les tensions avec le Mexique et la Côte d'Ivoire. En France, la classe politique interroge les citoyens, plutôt que les écouter. C'est ce qui explique l'importance prise par les Instituts de sondage. La classe politique ne pense plus. Plus grave encore, la France traverse une immense crise du langage politique, que ni la gauche ni la droite ne parvient à surmonter. Par exemple, les paroles du Président de la République ne sont plus audibles, depuis le Discours de Dakar qui, bon en intention, n'a pas su être traduit en un langage clair et perceptible. Il en est résulté une formidable incompréhension. Ainsi, inécoutable, la grande rupture diplomatique annoncée s'est-elle abîmée en son contraire, pour redevenir pratique banale de la FrançAfrique. Sous ce rapport, le Discours de Dakar, qui est crise du langage, marque l'entrée et l'enracinement effectif dans la crise du langage politique. Toutefois, Nicolas Sarkozy n'est pas le seul qui ne soit plus audible. Martine Aubry, Dominique Strauss-Kahn, Arnaud Montebourg, Emmanuel Valls, François Fillon, Dominique de Villepin, François Bayrou, Rachida Dati, Rama Yade, François Copé, etc., tous les responsables politiques ne sont plus audibles. Par exemple, le porte-parole du Parti Socialiste, Benoît Hamon, affirme des paroles qui ne sont pas immédiatement perceptibles. Même de Jean-Luc Mélenchon, pourtant très cultivé, on n'attend plus que la dernière insulte, l'ultime « coup de gueule » à l'adresse des journalistes. Force est de constater, la classe politique ne sait plus du tout parler avec et aux Français. Parce qu'elle ne sait plus ce que « écouter » veut dire et signifie. Cette crise de langage, d'in-audibilité, est la résonance, le reflet, d'une profonde erreur d'appréciation politique. Comment ne pas remarquer ici que la classe politique ne parle plus que de République et plus jamais de la France ? La République a complètement effacé la France. Au fond, l'histoire a été éliminée au bénéfice du politique, qui de ce fait même n'est plus audible. Comme si c'est la République qui avait fait ou faisait la France et non pas l'inverse. Ainsi, symptôme révélateur, la classe politique en est venue à oublier un fait somme toute banal : c'est la France seule qui fabrique des Français, comme la République fait des républicains. Au total, nous avons une République sans la France, ce dont Max Gallo[9] eut le pressentiment.

En somme, la crise du langage politique marquée par le surgissement du pépiement politique et l'effacement de la nation à laquelle s'est substituée une République vide, cette crise du langage et cette République formelle, disons-nous, constituent le terreau sur lequel croissent la notoriété et la popularité de Marine Le Pen. Elle s'adresse aux Français et ne leur parle que de la France, tant en matière de monnaie (retour au Franc et sortie de l'Euro), que d'identité (ethnogenèse chrétienne contre islamisme) et de solidarité (préférence nationale). Et ce triptyque idéologique fonctionne, parce qu'il répond à la perception du « réel » d'un nombre croissant de Français. D'où sa crédibilité croissante, quand bien même ses  choix et propositions programmatiques sont désuètes, absurdes voire anachroniques.

Le danger croît ! Si à droite, sauf événement exceptionnel, il apparaît difficile, même en cas d'unité de l'UMP avec les centres[10], de reléguer et de battre aisément Marine Le Pen, qu'en est-il à gauche ? En d'autres termes, qui à gauche, parmi les Éléphants[11], pourrait battre Marine Le Pen, au second tour des présidentielles ? François Hollande ? Non, parce que trop rivé au discours fiscaliste qui ne peut pas produire un effet de large adhésion. Il ne devrait pas faire mieux que Lionel Jospin en avril 2002, au premier tour. Dominique Strauss-Kahn ? Sa faiblesse principale sera de ne pas pouvoir rassembler à la gauche du Parti Socialiste (Front de Gauche, NPA, etc.). Le FMI aura été pour lui comme un doux piège politique. Dès l'annonce de sa candidature, sa popularité et sa cote de confiance devraient baisser, en raison des attaques qui viendront de l'UMP, de l'extrême gauche et du Front National. Martine Aubry ? Sa candidature, utile et porteuse, semble être minée par une sorte de retenue, sans doute due aux conditions contestées de son élection au poste de Premier Secrétaire. Si jamais elle parvenait à se débarrasser de cette inhibition, à se livrer entière dans cette bataille et, dans le même temps, à peaufiner son langage et élaborer un projet de société, elle constituerait un indéniable atout pour la victoire de la gauche. Mais si, du point de vue interne au Parti Socialiste, elle est la mieux placée, il lui sera fort difficile de convaincre une majorité de Français, en raison des « 35 heures » et de sa difficulté à composer avec toutes les forces de gauche.

Seule Ségolène Royal peut battre Marine Le Pen, au second tour des présidentielles 2012. À cette affirmation, on pourrait nous objecter le dernier sondage de l'IFOP (France Soir, 10 mars 2011), qui classe Ségolène Royal en troisième position après Marine Le Pen et Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry ou François Hollande. Mais il y a ici un fait tout de même curieux. Comment, par exemple, expliquer qu'après avoir fait 46,94% au second tour des présidentielles du 6 mai 2007 face à Nicolas Sarkozy (53,06%), elle se retrouve aujourd'hui créditée, selon l'IFOP, de 19% d'intention de vote au premier tour de 2012 ? Au reste, rappelons qu'au premier tour du 20 avril 2007, Ségolène Royal fit 21,36%, ce qui n'est pas très éloigné des 19% d'intention de vote dont l'IFOP la crédite actuellement. Dans ce cas, Ségolène Royal aurait conservé, quasi intact, tout son potentiel électoral du premier tour 2007. Par ailleurs, si nous tenons pour vrais les 19% d'intention de vote pour 2012, nous devons signaler que ce résultat non seulement ne concerne que le premier tour et pas le second tour, mais relève aussi d'une erreur de perspective des sondeurs qui  ne l'ont présentée que comme candidate du Parti Socialiste, ce qu'elle n'était déjà plus en 2007 ; étant entendu que son audience excède ce Parti. Comment ne pas rappeler qu'elle ne fut élue candidate du Parti Socialiste que par l'apport du vote massif des « sympathisants » socialistes, les fameuses « adhésions 20 € » ? La force de Ségolène Royal ne réside pas uniquement dans le Parti Socialiste, ne se limite pas à son parti d'origine, mais aussi et surtout à l'extérieur, dans la société civile.

En outre, faut-il le rappeler, les présidentielles françaises sont la rencontre d'un homme ou d'une femme avec le peuple. Or, de tous les candidats de gauche, elle est bien la seule qui puisse maximiser les effets du « paradoxe de Condorcet »[12], en cas de report de voix de la droite et de l'extrême-droite vers la gauche, parce qu'elle sait cristalliser le vote populaire (ouvriers et employés). À cet égard, elle bénéficie de quatre autres atouts majeurs. Premièrement, en matière de sécurité, la fermeté de son Discours de Villepinte du 11 février 2007 et ses propositions sur la résorption de la délinquance par l'encadrement militaire, uniques à gauche, correspondent bien à l'attente d'une partie de l'électorat de gauche, de droite voire de la fraction « molle »[13] de l'extrême-droite. Elle devrait donc pourvoir rassurer et fortement « siphonner » une partie de cet électorat bigarré et composite qui, excédé par l'insécurité, entend accorder des suffrages à Marine Le Pen. Au fond, Ségolène Royal, contrairement aux autres candidats socialistes, peut juguler et enrayer la fuite des classes populaires vers le Front National et leur désertion des partis traditionnels (UMP, PS, PCF, etc.). Au demeurant, ne négligeons pas un fait : pour les présidentielles 2012, les grandes batailles auront lieu autour d'enjeux réputés de droite, tels que l'insécurité et/ou l'immigration. Deuxièmement, à la différence de tous les autres candidats socialistes, elle parle aux Français de la France, en ranimant la flamme des symboles de fierté (agitation des petits drapeaux, éloge de la Fraternité, hymne national, etc.), qui ne font sourire que ceux qui précisément ne parlent plus aux Français. Et troisièmement, elle paraît à même d'établir une solide alliance de gouvernement avec Europe Écologie Les Verts et Daniel Cohn-Bendit, le Front de gauche et Jean-Luc Mélenchon, sur le modèle de la gouvernance de la Région Poitou-Charentes qu'elle préside, et elle pourrait négocier la neutralité active du Nouveau Parti Anticapitaliste d'Olivier Besancenot. Quatrièmement, son discours sur le « non cumul des mandats » reçoit un réel écho, parce qu'il correspond  à sa pratique politique. Elle n'exerce qu'un mandat, celui de Présidente du Conseil Régional.

Au total, le champ électoral que Ségolène Royal est capable de couvrir apparaît beaucoup plus large que celui de tous les autres candidats socialistes. Mais, pour être la candidate de la gauche, sa difficulté n'en reste pas moins grande. Car elle peut ne pas être au premier tour, parce que l'appareil de son Parti lui échappe (contrôle des Fédérations et des votes « organisés »), alors qu'elle peut remporter le second. C'est la difficulté majeure qu'elle devra résoudre.

En tous les cas, elle a le caractère pour la « fonction » présidentielle, la trempe pour tenir la barre de l'État, qui tangue fortement, l'énergie pour apaiser le pays désemparé (cohésion sociale) et la force pour orienter la nation dans le monde (relations internationales). Et puis, c'est le temps des femmes ! Elles sont l'avenir de l'homme, comme disaient le poète et le chanteur, Aragon et Ferrat.

C'est que, après l'échec des hommes, la France est en quête d'une figure féminine, pour prendre en main sa destinée. Elle oscille, entre une Jehanne Domremy (Jeanne d'Arc) et une Marianne. Peut-être le peuple veut-il l'une et l'autre, la France et la République. Il nous faut aider l'histoire à accomplir ce tournant. C'est l'un des enjeux des prochaines présidentielles. Aussi, reprenons le mot de Heine : il faut revêtir nos femmes de chemises neuves et de sentiments neufs, et passer toutes nos pensées à la fumée des parfums, comme après les ravages d'une peste[14]. Les femmes sauront, mieux que les hommes, porter l'honneur civique, rassurer le pays et redresser la France.

En tous les cas, il est arrivé que l'extrême-droite parvienne au pouvoir par les urnes. Mais, le salut croît où naît le danger !



Épinay, le 10 mars 2011


Dr Pierre Franklin Tavares

+33 (0)6-06-87-34-21-22



[1] Jacques Chirac : 19,88%, Jean-Marie Le Pen : 16,86% et Lionel Jospin : 16,18%.

[2] P. F. Tavares, Comment les socialistes ont perdu Épinay, manuscrit non publié.

[3] Orgemont, à Épinay sur Seine (Seine Saint-Denis).

[4] P. F. Tavares, Science de la Ban-Lieue, essai sur l'insociable sociabilité des banlieues françaises, Manuscrit Université, Paris, 2005.

[5] Olivier Cechman, Le guide du Nouveau Savoir-Vivre, Le bon usage, Hachette, Paris, 2004.

[6] Patrick J. Geary, Quand les nations refont l'histoire, l'invention des origines médiévales de l'Europe, Champs, Flammarion, Paris, 2004.

[7] Les 5 et 8 mars 2011.

[8] Heidegger, Le déploiement de la parole, in Acheminement vers la parole, Gallimard, Paris, 1976, p. 164.

[9] Max Gallo, Fier d'être français, Fayard, Paris, 2004.

[10] François Bayrou (Modem), Hervé Morin (Nouveau Centre), Jean-Louis Borloo (Parti Radical Valoisien), Dominique de Villepin (République Solidaire), etc.

[11] Il s'agit des ténors du Parti Socialiste.

[12] Nicolas de Condorcet, Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix, Imprimerie royale, Paris, 1775.

[13] Il s'agit de cette partie du corps électoral qui, sans partager l'idéologie du Front National, est excédée par l'insécurité urbaine.

[14] Henri Heine, De l'Allemagne, édition Grappin, Gallimard, Paris, 1998, p. 92.