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mercredi, 30 juin 2010

LE PROBLEME DES AFRICAINS, C'EST L'ELITE CORROMPUE AU POUVOIR

CARTE DE L'AFRIQUE.jpg

Pour mieux comprendre de quoi il s'agit dans ce document, il nous faut avoir le cœur net sur ce que signifie « le problème des africains » et l' « élite corrompue ».

Un problème est une question à résoudre, d'après un ensemble de données, dans une science. Le problème peut également signifier une difficulté, une situation compliquée. C'est donc cette dernière définition qui colle à notre sujet : la situation difficile  dans laquelle se trouve le continent africain. Quelle est donc cette situation ?  Pour être précis, il s'agit de la difficulté qu'ont les africains de transformer l'énormité de leurs ressources naturelles en bien-être social. En Afrique, le sous-sol est extrêmement riche pourtant les populations sont très pauvres : c'est ce que nous nommons le «  problème des africains ».

Reste encore un terme à élucider : l'élite corrompue.  Une élite est un ensemble formé par les meilleurs éléments d'une communauté. Les meilleurs en quoi ?  Là réside la véritable question. Il faut donc un détour pour y voir clair.

Élite est un substantif de genre féminin, dérivé de l'ancien français eslite (du latin eligere qui donnera élu). Étymologiquement, le terme se rattache donc à l'idée d'élection,  non au sens du suffrage mais à celui de l'approbation par autrui de la place détenue par quelqu'un dans la société. À l'origine, le statut d'élite n'est pas accordé par la détention du pouvoir,  mais par l'autorité morale, c'est d'ailleurs pourquoi le terme est employé au singulier. Aujourd'hui il est plus courant d'évoquer les élites. Le pluriel donne une connotation négative : ce n'est plus la qualité de l'être qui est concernée, mais la domination d'une catégorie sociale sur les autres. L'élite peut vouloir signifier dans ce cas, les membres des catégories jouissant d'une position particulièrement élevée.

Dans les pays en développement, ces catégories de privilégiés sont constituées d'hommes politiques, ceux qui gravitent autour du pouvoir, de brillants intellectuels etc.

Nous abordons ici trois points : le problème des africains, la responsabilité des élites, et le cas pratique de la Côte d'Ivoire.

Le problème de l'Afrique : un continent potentiellement riche mais dont les populations végètent

Le continent africain est riche au regard de son potentiel. L'Afrique détient 30% des réserves minérales de la planète. 80 % des ressources de la planète en coltan, qui sert à la fabrication des portables, 90% du platine, 50% du diamant, 40% de l'or. C'est la raison pour laquelle, certains observateurs traitent à propos de notre continent de « scandale géologique ». Entre 1990 et 2004, la production du continent africain a augmenté de 40%, passant de 7 à 10 millions de barils/jours et elle doit atteindre cette année 50%. Le continent assure 11% de la production pétrolière mondiale. Avec la Guinée, qui représente 30% des réserves mondiales de bauxite, tout juste derrière l'Australie, le continent ne manque pas d'aluminium. Après l'Amazonie, la forêt africaine est la seconde plus grande forêt tropicale du monde. Précisément, 20% de la surface de forêt tropicale encore intacts se situent dans le "Bassin du Congo" (au sud-est du Cameroun). Une biodiversité unique au monde. Plus de 200 espèces ligneuses poussent sur 1000 mètres carrés, soit une fois et demi plus d'espèces que sur l'ensemble du territoire français.  Ces chiffres parlent d'eux-mêmes, et traduisent la richesse du continent africain. Quel est au monde le continent qui n'aimerait pas avoir de telles ressources pour son développement ?

Pourtant, le continent africain peine à donner le bien-être à ses populations. Il est courant d'avoir recours à  une batterie d'indicateurs donnés pour illustrer un fait économique mais dans le cas du continent africain, les signes sont évidents.

Il n'est pas difficile de tenter de dresser un bilan politique et économique du continent depuis les indépendances. Les faits sont sacrés et parlants : le développement de l'Afrique est embryonnaire en dépit de ses ressources.

En 1960, l'écart entre les revenus des plus riches et des plus pauvres, pour 20 pour cent de la population mondiale, était de 30 contre 1. En 1999, il est passé à 74 contre 1.

Sur les 50 pays les plus pauvres du monde, classés selon l'indicateur de développement humain (IDH) du PNUD, 33 sont situés en Afrique subsaharienne. Malnutrition, pauvreté, illettrisme, situation sanitaire désastreuse... le continent est la première victime du creusement des inégalités dans le monde.  L'Afrique Subsaharienne semble être le siège choisit par la pauvreté pour régner et s'inventer une religion. 80% de la population pauvre du globe y réside, en exclusion la Chine.

Jusqu'à un certain point, cette situation me parait étrange mais à y regarder sérieusement, on finit par comprendre les causes de notre retard.

La France qui, durant la colonisation, avait abondamment pillé les ressources continue encore aujourd'hui mais de façon diffuse dans des réseaux mafieux, comme la « françafrique », le « cfafrique » etc.  Mais doit-on accuser l'adversaire qui donne des coups de poing si nous ne faisons rien pour nous défendre. L'élite africaine est responsable de tous les malheurs des populations africaines.

L'élite africaine est responsable de la  souffrance des populations africaines

Pour savoir pourquoi l'Afrique Subsaharienne abrite les pauvres du globe, diverses réponses sont données : les séquelles de l'esclavage et de la colonisation, les guerres à répétition, la spécialisation des économies africaines, le refus de se développer, l'incapacité congénitale des africains etc.

Il est vrai et tel est notre sentiment que les africains ne sont pas congénitalement des incapables. Pour autant, il est vain de rendre l'esclavage et la colonisation, responsables de notre retard, signe de notre incapacité à nous projeter dans l'avenir. Qui peut nier les conséquences psychologiques et économiques de la colonisation sur la trajectoire des pays africains. De temps en temps, il faut que les africains tournent le regard vers leurs vrais bourreaux : cette élite corrompue qui retarde le développement du continent.

Si certains auteurs ont pu dire que l'Afrique refuse le développement, c'est parce que les pays africains ont tout pour se développer mais n'y arrivent pas. Les africains ne sont pas des masochistes mais plutôt l'élite africaine est fondamentalement sadique. Elle pille les richesses de l'Afrique avec la complicité des multinationales occidentales.  Elle détourne les fonds publics, fait de la surfacturation. Elle crée également des rebellions dans le but de posséder une partie du pouvoir car en Afrique, être au pouvoir signifie  s'enrichir illicitement.

Le problème de l'Afrique, ce n'est pas le déficit de ressources, mais le manque de sérieux de ceux qui sont censés organiser et transformer les ressources naturelles pour développer le continent. L'élite africaine est corrompue, elle est la véritable cause du retard de l'Afrique, en matière de développement et de lutte contre la pauvreté.

L'organisation non-gouvernementale « Gblobal Financial Integrity », dont le siège est aux Etats-Unis, estime entre 37 et 53 milliards de dollars, l'ensemble des « transferts d'argent » d'origine douteuse, de l'Afrique vers les autres continents, et cela, rien que pour l'année 2008. Toujours, selon cette ONG, depuis 1970, ces sommes sont trois fois plus importantes que l'ensemble des dons et aides que le continent a reçu des pays développés dans la même période. Pour cette ONG, ces milliers de milliards de dollars, proviennent des détournements de fonds, de la fraude fiscale ou encore du blanchiment d'argent.

Tous les spécialistes sont unanimes pour dire que la croissance doit être forte pour réduire la pauvreté en Afrique, mais la relation entre la croissance et la réduction de la pauvreté n'est pas automatique. Il faut redistribuer équitablement les dividendes de la croissance pour combattre efficacement la pauvreté. D'ailleurs, la corruption, le népotisme, les détournements de fonds, les fraudes fiscales amenuisent les chances d'une croissance forte.

L'Afrique Subsaharienne croule sous le poids de la dette extérieure, dont les intérêts exorbitants obligent les Etats à emprunter davantage pour faire face à leurs obligations à des Taux très élevés entre 25 et 30 %, alors que ces mêmes Banques financières pour les mêmes raisons n'exigent que 3 à 7% aux investisseurs dans les pays riches. C'est la mauvaise gouvernance et la corruption qui conduisent les Etats à s'endetter indéfiniment. Une fois que ces gouvernants endettent leurs pays, ils espèrent faire partie de la honteuse liste des pays pauvres très endettés.

Si on s'accorde à reconnaitre conformément au  jargon marxiste,  que « chaque relation avec le capitalisme constitue en soi un lien néo-colonialiste », il est clair que l'élite africaine corrompue est néo-colonialiste. C'est l'égoïsme de l'élite ivoirienne qui met à mal le développement de ce pays.

Un cas d'école : celui de la Côte d'Ivoire

Depuis la mort du premier président Félix Houphouët Boigny, la Côte d'Ivoire n'a pas encore tourné la page du « bélier de Yamoussoukro ». La guerre de succession  a fini par plonger cette vitrine de l'Afrique de l'ouest, dans une crise dont seul Dieu sait la fin.  Pour leur gloire personnelle, la classe politique a tourné le dos aux préoccupations des populations, optant pour  le partage du pouvoir et des richesses du pays puisque les deux vont de paire sous les tropiques.  Du coup, le secteur privé et le secteur public sont dans une sorte de collusion.

En tout cas, sous le règne de Félix Houphouët Boigny, le secteur privé et les affaires ont été encouragés dans la seule ombre et sous la férule de l'Etat et de ses dirigeants, dans le cadre d'un clientélisme politique et sur la base d'une allocation néopatrimoniale des ressources publiques.

Avec le changement de régime, rien de substantiel n'a changé : la Refondation a fait l'objet d'une curiosité intellectuelle mais rien de plus. La crise militaro-politique qui dure depuis septembre 2002 a accentué le goût de l'enrichissement illicite mais surtout révélé une certaine animosité de l'élite ivoirienne (affaire des déchets toxiques) et confirmé l'appétit démesuré de cette élite (détournement des 100 milliards de franc CFA). Cette logique de partage du pouvoir et de richesses reste la règle de distribution de richesses en Côte d'Ivoire. Les élections qui devraient ouvrir la voie pour un processus de pacification du pays tardent.  Quand donc aura lieu l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire ? En tout cas, personne n'est en mesure aujourd'hui de donner la date exacte de ce scrutin qui aurait dû se tenir depuis 2005, à la fin du mandat de Laurent Gbagbo, l'actuel président. Ce qui est certain, c'est que les populations souffrent pendant que la classe politique se partage quelques postes ministériels, les deux ex-belligérants, eux les richesses du pays.

Les ex-rebelles sont devenus riches, très riches même. Les  dix commandants de zone se sont enrichis en tirant profit de l'exploitation et du trafic des ressources naturelles (cacao, coton, bois, noix de cajou, or et diamants), et en  percevant  des taxes sur le trafic routier et sur les services publics comme l'électricité. Le tableau suivant indique bien le pillage systématique des ressources du pays.

Zone

lieu

Commandant de zone

alias

Unité militaire

activité

1

Bouna

Morou Ouattara

Atchengué

Atchengué

agrobusiness

2

Katiola

Hervé Pelikan Touré

Vetcho

Bataillon mystique

Coton, distribution

3

Bouaké

Cherif Ousmane

Guépard

Les guépards

Négoce (matières premières)

4

Mankono

Zoumana Ouattara

Zoua

diverses

Agriculture, distribution

5

Séguéla

Issiaka Ouattara

Wattao

Anaconda

Café, diamant, cacao, vente de voitures,

6

Man

Losseni Fofana

Loss

Cobra

Bois, café, cacao

7

Touba

Dramane Traoré

Dramane Touba

diverses

Café, distribution

8

Odienné

Ousmane Coulibaly

Ben Laden

diverses

agriculture

9

Boundiali

Gaoussou Koné

Jah Gao

diverses

Coton, or

10

Korhogo

Kouakou Fofié

Fofié

Fansara 110

Or, coton, anacarde

Source : Rapport final du groupe d'experts de l'ONU sur la Côte d'Ivoire, Octobre 2009 et Jeune Afrique

 

Ils ont également investi dans l'immobilier et se sont approprié ou ont donné en gérance à des proches de nombreux hôtels, boîtes de nuit, commerces, stations-service... Selon le ministère de l'Économie et des Finances, ce business pourrait leur rapporter quelque 60 milliards de F CFA par an (environ 90 millions d'euros).

Du côté gouvernemental, la corruption est devenue une religion. Elle gangrène toutes les structures de l'Etat.  Même la société SAGEM Security chargé de mettre à jour la liste électorale datant de l'élection présidentielle de 2000, enregistrer les nouveaux électeurs, confectionner de nouvelles cartes d'électeur et de nouvelles cartes d'identité, à partir de la liste révisée, est accusée de corruption.  En effet, le premier ministre SORO Guillaume est suspecté, de recevoir de la société SAGEM Security, la bagatelle de dix milliards de nos francs en termes de commission. Rappelons que le contrat de l'entreprise française Sagem-Sécurité, signé le 19 mars 2008 s'élève à 66,7 milliards de Fcfa (101 millions d'euros).

Le 2 Juin 2010, le professeur Mamadou Koulibaly, accusait le ministre Désiré Tagro d'avoir favorisé sa "tribu" pour l'entrée à l'école de police et marchandé les places au concours. Suite à cette dénonciation, le chef de l'Etat a demandé une enquête administrative relativement aux accusations de népotisme portées sur le ministre de l'Intérieur par le président de l'Assemblée nationale.

Selon le quotidien « Notre voie » du 29 Juin 2010, l'équipe du procureur de la République était la veille à l'Ecole nationale de police pour entendre les responsables de cet établissement et procéder au décompte des élèves-policiers. Selon les informations de ce quotidien, les élèves concernés par l'enquête sont au nombre de 1717. Et les enquêteurs ont découvert que, sur ce chiffre, 66 sont issus des sous-préfectures de Nahio et Saïoua (département d'Issia) village et tribu du ministre Tagro pour le compte des recrutements des années 2007, 2008 et 2009.

Les ivoiriens attendent que cette affaire aboutisse afin que la Côte d'Ivoire dont rêve Mamadou Koulibaly, c'est-à-dire, une Côte d'Ivoire où règne l'égalité des chances, puisse accompagner le bien-être des populations. Il faut donc que la société civile soutienne et apporte toutes sortes d'informations capables d'aider à la manifestation de la vérité. Tous les ivoiriens sont appelés à apporter des preuves au procureur de la république pour l'aider dans  cette tâche historique que lui a confié le président Laurent Gbagbo. Il s'agit de construire ensemble un Etat de droit, une nation.

"Chaque génération a le choix entre trahir ou accomplir sa mission"
Celui qui lutte peut tout gagner ! Celui qui ne lutte pas a déjà tout perdu !

 

Dr Séraphin PRAO

Enseignant-chercheur à la faculté des sciences économiques et de développement à l'Université de Bouaké (Côte d'Ivoire).

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

Tel : (225) 01 11 87 60