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jeudi, 17 mai 2012

RESIDENCES UNIVERSITAIRES: VOICI CEUX QUI ONT PILLE LES CITES U DE PORT-BOUET

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Un ancien résident de la cité universitaire de Port-Bouët I baptisé Jakarta, raconte dans les moindres détails les événements qui ont marqué la période post-électorale dans la commune du maire Hortense Aka Angui où les étudiants, taxés de pro-Gbagbo, ont été la cible des combattants FRCI et des militants du RDR-RHDP en furie. Ce sont eux, affirme-t-il,  les auteurs des pillages et destruction des cités ‘’U’’ de la commune. Un témoignage intéressant qui laisse apparaître une sorte de "racisme anti-étudiants", qui n'est pas sans lien avec la fermeture des campus pendant deux années scolaires, décrétée par le régime Ouattara dans l'indifférence internationale.

J’ai été interpellé par une question posée par le quotidien pro gouvernemental Fraternité Matin. Ce quotidien posait la question de savoir qui a volé dans les cités universitaires de Port Bouët ? Cette question qui ne pouvait trouver sa réponse qu’auprès des cadres du pouvoir actuel m’est apparue comme une injure à l’endroit des étudiants et de leurs familles. Je suis surpris que ce journal ne sache pas qui est l’auteur de la destruction des cités universitaires de Port Bouët. Comme il feint ne pas le savoir, je me permets de lui donner la juste information. 
 
Pour commencer, je précise que les cités universitaires ont été totalement pillées à la chute du Président Laurent Gbagbo. Mais déjà, elles étaient la cible de combattants déposés dans la commune ceux-ci aidés et appuyés par certains militants du RHDP. Ils avaient dressé la liste des personnes à assassiner et avaient quelques photos de certains d’entre eux. Il faut dire que tout a été bien cordonné avec les représentants locaux du RHDP qui ne peuvent pas dire qu’ils n’étaient pas informés. Il est bon d’indiquer que les étudiants des cités universitaires de Port Bouët n’ont jamais été en odeur de sainteté avec le maire de la commune Mme Hortense Aka Angui. Déjà en 2001, lors de «la bataille de Kirina», conflit ayant opposé les étudiants aux riverains, le Maire de la commune avait attisé la colère des riverains contre les étudiants. Son objectif était de voir les étudiants quitter Port Bouët parce que ceux-ci ne partageaient pas les choix politiques du PDCI, son parti.
 
Dans le même moment, les étudiants avaient pour ennemis jurés, les habitants du quartier Abattoir. Ce quartier est un quartier précaire constitué en majorité de partisans d’Alassane Ouattara et des ressortissants de la sous-région (Maliens, Guinéens, Burkinabè.) Ce quartier est aidé par un autre appelé Toviatho, un quartier précaire. En 2000, les étudiants avaient été très actifs dans la victoire de Gbagbo sur le Général Guéi Robert. Ils ont été les initiateurs des manifestations contre la tentative de confiscation du pouvoir par Guéi. Leur activisme a été par la suite observé lors des élections législatives qui ont vu la victoire des candidats du FPI, Touré Massani et Vé Emile.  
 
Lorsque la guerre éclate en 2002, les étudiants des résidences universitaires de Port Bouët font le choix de soutenir la République.  Ce choix accentue la haine que les militants du RDR logés à l’Abattoir et autres quartiers précaires leur vouent. En avant-garde de toutes les manifestations pro Gbagbo à Port Bouët, ils étaient régulièrement menacés d’attaques en provenance du quartier Abattoir. Les conflits entre Abattoir et les résidences universitaires de Port Bouët, précisément les cités de Port Bouët I (cité mère et cité des mariés), Port Bouët II et Port Bouët III (base navale), étaient devenus monnaie courante. C’est dans un tel contexte qu’éclate la crise post-électorale.
 
Au point fort de cette crise, précisément à partir du mois de mars, les étudiants avaient été exhortés à quitter les cités suites aux menaces régulières des partisans d’Alassane Ouattara. A partir de cette période, les résidents avaient commencé à abandonner la cité.
 
A la fin du mois de mars, suite à l’entrée des rebelles à Abidjan, l’ONUCI et la Force Licorne ont engagé des opérations de dépôt de combattants de Ouattara dans le quartier Abattoir, précisément au Nouveau quartier (non loin de l’église Déhima) et d’autres endroits. Il faut dire qu’ils étaient servis en armes et certains habitants militants du RDR étaient les tuteurs de ces combattants. Mais déjà avant cette date, précisément en novembre 2010, des jeunes de ce quartier avaient été déversés armés de machettes, de couteaux au QG du PDCI au quartier Ewing, situé non loin de la cité policière. Suite à l’affrontement qu’il y a eu à Cocody entre les étudiants de la cité Mermoz et les militants du RHDP, ces badauds s’étaient attaqués à des partisans de Gbagbo revenant d’un meeting au stade de l’Aspa à Vridi. 
 
Le pillage des résidences universitaires a débuté quelques jours avant la chute du président Laurent Gbagbo. A Port Bouet centre, les résidents des cités de Port Bouët I, Cité des mariés et la cité Port Bouët II et celle de Vridi, avaient été délogés par les partisans d’Alassane Ouattara venus avec l’appui des forces de l’Onuci et de la Licorne. A Port Bouet II, la cité située non loin de l’hôpital général de Port Bouet, les combattants pro-Ouattara ont été déposés à la station Total, juste derrière cette cité. Un autre groupe avait été déposé par la Licone et l’ONUCI à l’entrée de Port Bouët, précisément face à la Silove située à quelques mètres du monument «Akwaba». Ce sont ces combattants appuyés par des résidents du quartier précaire Moussakro (quartier peuplé majoritairement de Maliens, Guinéens et Burkinabé situé en face du monument Akwaba) et Abattoir qui ont délogé ceux qui sont restés en résidence universitaire. A la cité des mariés, l’Onuci a opéré de la même manière. Elle a nuitamment déposé les combattants dans cette cité. 
 
La troisième cité universitaire, la cité III située non loin du phare de Port Bouët, a été évacuée le 11 avril. C’est à cette date que les pillages et destructions généralisés ont débuté. Les cités de Port Bouët I et II, ainsi que la cité des mariés ont été pillés par les militants du RHDP venus des quartiers Abattoir, Moussakro Toviatho et certains militants vivants dans les quartiers riverains. La cité universitaire de Port Bouët III a été pillée par les partisans d’Alassane Ouattara venus de derrière Wharf, Adjouffou et Gonzagueville, avec l’aide de certains militants du RHDP vivant à Port Bouët centre. Ces pillards étaient conduits par des jeunes armés. Il faut mentionner que ces pillages se sont faits sous le contrôle de la Force Licorne qui avait, à Port Bouët III, positionné deux cargos face à la cité. Bien entendu, la cité de Vridi avait déjà été mise à sac par les militants du RHDP. Toutes les cités ont donc été pillées par des militants et sympathisants du RHDP. Cela est incontestable puisque les militants pro-Gbagbo cherchaient à fuir la furie des forces d’Alassane Ouattara. Ils n’avaient donc pas le temps d’aller piller une cité.
 
A partir du 12 avril, les pillards ont cassé les murailles des maisons basses de la cité III, ces murailles en Siporex ont été commercialisées car elles servent à faire le feu. Aujourd’hui ces cités n’existent que de nom, murs, câbles électriques, sanitaires, chevrons, toiture, lits, fenêtres, portes, fers, ont été tous emportés par les pillards du RHDP. Ces cités sont actuellement habitées par des éléments des FRCI. La cité III est devenue une base militaire comme l’indique une pancarte accrochée à l’entrée de cette résidence, il en est de même pour la cité II. Là-bas, les chambres sont mises en location par les FRCI au prix de 5000 F/mois. La cité des mariés et celle de Vridi connaissent le même sort, elles sont toutes occupées par des FRCI ou par des locataires qui versent le loyer aux hommes d’Alassane Ouattara. 
 
Je tiens à souligner que le Maire de Port-Bouët, Mme Aka Angui, avait annoncé sur RFI que son souhait était de voir sa commune débarrassée des cités universitaires. Son discours a été repris par les éléments des FRCI qui ont sillonné les quartiers de la commune pour sensibiliser les parents à parler à leurs enfants étudiants. Pour eux, il ne devrait plus exister de résidence universitaire à Port Bouët parce que, selon eux, tous les étudiants sont miliciens. Mme le Maire a offert gracieusement une partie du centre pilote des jeunes aux éléments des FRCI pour les féliciter. Ce centre est devenu un camp militaire.
 
(…) Tous les habitants de la commune de Port Bouët savent ce qui s’est passé. Aucun habitant ne peut dire que ces cités ont été pillées et détruites par des personnes autres que les militants du RHDP. Ils l’ont fait sur instruction de leur état-major. Aujourd’hui encore, des éléments des FRCI logeant dans ces cités affirment qu’il est prévu que ces résidences leur reviennent. Et rien ne prouve qu’ils sont dans le faux, à en juger par l’attitude du gouvernement qui installe à la place des campus et cités universitaires – qui ont disparu – des camps de supplétifs FRCI plus nombreux que la population estudiantine ivoirienne. Donc bientôt on ne parlera plus de cités universitaires à Port Bouët. Voici le témoignage que j’ai voulu faire pour dire réellement ce qui s’est passé. Je vous saurais gré de le diffuser.
 
 

*Ancien résident de la cité Jakarta (Port-Bouët I)