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dimanche, 28 avril 2013

APRES LE DESERT ELECTORAL - ABOU CISSE A SON NEVEU ALASSANE OUATTARA: «LA PRIORITE AUJOURD’HUI, C’EST LA LIBERATION DE TOUS LES PRISONNIERS»

 

 

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Quels commentaires pouvez-vous faire sur le «désert électoral» constaté pendant les municipales et régionales du 21 avril 2013?

Ce désert électoral était prévisible. Et le régime actuel doit tirer les conséquences. Nous sommes très heureux. Le mot d’ordre du Fpi a été respecté. On a constaté, partout en Côte d’Ivoire, un «désert électoral  dans tous les centres de vote. C’est un signal fort à la communauté internationale et nationale. En d’autres termes, à tous ceux qui disaient que le Président  Laurent Gbagbo était minoritaire dans ce pays. Les populations ivoiriennes viennent de démontrer que le Président Laurent Gbagbo compte beaucoup pour eux. Il ne peut avoir de réconciliation dans ce pays sans lui et le Fpi. C’est un autre coup dur pour le régime qui se vante pourtant tous les jours, d’être le choix des Ivoiriens depuis le 11 avril 2012. Le dimanche 21 avril 2013, il vient en effet, de subir un cinglant désaveu venant des Ivoiriens. Les élections municipales et régionales qu’il a tenu à organiser envers et contre tout, en balayant du revers de la main les propositions du Fpi, ont été massivement boycottées par l’ensemble des Ivoiriens. La Côte d’Ivoire a préféré s’occuper à autre chose, que de se rendre dans des urnes pour accompagner un régime qui a un gros problème de légitimité. Le régime actuel est vomi par la population ivoirienne.

Pourquoi?

Toutes leurs promesses n’ont jamais été traduites dans les faits. La priorité aujourd’hui, c’est la libération de tous les prisonniers. Et le retour du Président Laurent Gbagbo. Tout thème de campagne qui n’associe pas la libération de ce dernier et des autres prisonniers politiques est voué à l’échec.

Nous pensons que le mot d’ordre de boycott de ces élections du Front populaire ivoirien est à salué. Nous ne pouvons que remercier les Ivoiriens pas seulement pour avoir traduit dans les faits l’appel du Fpi, mais pour avoir entendu les cris de la mère patrie meurtrie depuis le 11 avril 2011. En effet, ce second désert électoral confirme l’illégitimité du régime Ouattara.

Le taux de participation varie selon les sources. La Commission électorale indépendante avance 30%, les chaînes étrangères évoquent 13 à 15 %, le Fpi parle de 12 à 13%...

Nous avons des informateurs au sein de la Commission électorale qui nous disent le contraire. Le taux de 30% avancé est une manière d’arranger le régime actuel. Parce que ce désert est un échec patent d’Alassane Ouattara. Même si on s’en tient à ce chiffre de la Commission, c’est toujours le désert. En d’autres mots, il montre que le pays est gouverné par une minorité. Nous avons des éléments d’appréciation venant de la Commission qui nous indique que le taux de participation réel est de 14,57%. Le régime doit reconnaître sa défaite au lieu de vouloir à tout prix gonfler les chiffres. On ne peut cacher le soleil avec la main. Le mensonge a beau se lever tôt le matin, il est vite rattrapé par la vérité. La Commission électorale et le régime soutiennent que les élections en Côte d’Ivoire n’attirent pas le monde… C’est du mensonge. Les élections locales intéressent tous les citoyens. Parce que les élus sont plus proches d’eux. La population est fatiguée de l’incompétence des gouvernants. Le régime doit reconnaitre sa défaite. Et avoir le profil bas.

Quelles leçons peut-on tirer de ce désert électoral?

Il faut que le régime démissionne. Parce que ce second désert électoral vient démystifier Alassane Ouattara. C’est fini pour lui. La base de la société ivoirienne, dans sa majorité, le  rejette. Ce qui est très grave. Il ne connaît pas bien la population ivoirienne. Qu’il arrête de faire le boucan. Tout le monde se rend compte que le Président Laurent Gbagbo détient la majorité dans ce pays. Donc la question "qui a gagné l’élection présidentielle?" demeure. Il faut que cette question soit élucidée. C’est le nœud de la crise qui secoue notre pays. Tant que l’on n’a pas répondu à cette question, il serait difficile d’aller à la paix.

Après les élections, on constate un regain de violence en Côte d’Ivoire…

Cela ne pouvait être autrement. Le Rdr est devenu un parti de violence. Il s’attaque à son allié d’hier. C’est-à-dire le Pdci. Et pourtant, ils ont accusé le Fpi d’être un parti de violents. Or ce parti n’a pas participé à ces élections. Face à ces violences partout, nous disons que c’est une victoire pour le Président Laurent Gbagbo et le Fpi.

Comment imaginer un seul instant si cette formation politique avait participé à ces élections. On allait les accuser d’être à la base de cette violence. C’est la victoire du Président Gbagbo et du Fpi. Ce serait dommage si cette formation politique avait participé à ces élections. Nous saluons les responsables du Fpi pour avoir eu le nez creux en appelant les Ivoiriens à rester à la maison. La Côte d’Ivoire a besoin d’un changement.

On comprend difficilement que les deux alliés se battent…

Leur alliance est basée sur du faux. C’est une alliance contre nature. Il faut comprendre que cette alliance a été voulue par Jacques Chirac pour combattre le Président Laurent Gbagbo.

Alors que l’ancien Président français ne connaît pas la Côte d’Ivoire. Où est passée la communauté internationale qui était prompte à condamner le régime de Gbagbo? C’est bien fait également pour le Pdci. Cette formation politique doit assumer son accointance avec le Rdr. Il est temps que le plus vieux parti du pays revienne à la raison en répondant à l’appel du président du Fpi, Miaka Ouretto.

Quel message aux Ivoiriens?

Les mots nous manquent pour qualifier ce qui s’est passé dimanche. Nous ne pouvons qu’être heureux. Les Ivoiriens sont formidables. Ils ont démontré une fois de plus qu’ils sont derrière le Président Laurent Gbagbo. Il n’y a vraiment rien en face. Ce n’est que le début de la victoire. Nous invitons les Ivoiriens à rester mobilisés. Ceux qui ont soutenu le régime actuel doivent être petits dans leurs souliers. Félicitations à tous les Ivoiriens qui ont décidé de rester à la maison. Le gouvernement a échoué sur tous les plans. Non seulement les élections ont été émaillées de graves violences opposant les alliés, mais le mot d’ordre de boycott du Fpi est largement suivi dans toute la Côte d’Ivoire. Et c’est Youssouf Bakayoko, le président de la Commission électorale indépendante (Cei) qui est le premier à parler de «désert électoral ». Il ne savait peut-être pas qu’il avait très vite parlé. Face à cet autre échec, le régime doit saisir la perche du dialogue à lui tendue le 19 septembre 2011 par le Front populaire ivoirien. En d’autres termes, il faut donc aller à la table du dialogue pour s’asseoir et discuter franchement pour une sortie heureuse de la crise, pour le bonheur des Ivoiriens.

 

Interview réalisée par Yacouba Gbané.


Source: Le quotidien ivoirien «LG Infos» N° 421 du 24 avril 2013.

vendredi, 07 octobre 2011

ABOU CISSE A SON NEVEU ALASSANE OUATTARA: «TU ES MAL PLACE POUR JUGER GBAGBO»


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Je veux, à travers ce courrier, rafraîchir ta mémoire. Tu es mal placé pour juger le Président Laurent Gbagbo. Après le décès du Président Félix Houphouët-Boigny, sa succession est assurée par Henri Konan Bédié. Son échec patent avec l'ivoirité, sa gestion calamiteuse de l'après dévaluation du francs Cfa, son goût à la facilité, son sectarisme tribal sont parmi tant d'autres les vraies causes de la crise actuelle. L'aperçu financier de cet homme de succession est plus explosif. Et l'imagination tourne en dérision lorsqu'on se rend compte qu'au moment de la période difficile, cet homme politique fêtait ses milliards qui, convertis aujourd'hui, s'évaluent en centaines de milliards. Cet homme et d'autres avec lui n'ont pas été inquiétés d'aucune mesure disciplinaire. Mais récompensés par le système.

À preuve, le plus grand des milliardaires d'entre eux est devenu Président de la république, puis éjecté du pouvoir plus tard sans que quelqu'un ne prouve un sentiment de désolation. Il est parti par la justice du temps. Il vit en pacha comme si rien ne s'était passé. Pourtant celui qui traitait de journaleux, nos valeureux journalistes, de burkinabé, toute personne qui désirait discuter le pouvoir avec lui, comme vous, (à l'époque pourtant, votre désir du pouvoir n'était pas évident), de Malien, lorsque je lui discutais son identité face à son affirmation, que vous êtes burkinabé. Il diligenta même des policiers, pour effrayer une pauvre femme qu'il voulait contraindre à dire que tu n'étais pas son fils, en vue de vous inculper et vous expulser de la Côte d'Ivoire.

De non éligibilité au poste de Président de l'assemblée nationale : lorsque au lendemain du décès de Charles Bauza Donwahi, le Secrétaire général du Pdci de l'époque Laurent Dona Fologo, homme du nord qui devait être logiquement proposé à la tête du perchoir. On lui a préféré un autre homme. Les diatribes de sa presse traduisaient bien sa tragédie intérieure, faite de haine pour tous ceux qui s'opposaient à sa politique destructrice du tissu national. Pourtant le Pdci-Rda est le produit des gens du nord, qui par civilité, ont accepté le Président Félix Houphouët-Boigny, comme leur leader. Sans les gens du nord comme le mystique Gon Coulibaly, Yaya Cissé, Guibo Soukalo, le Pdci ne serait pas devenu ce qu'il est. Le fait que les tenants actuels veulent identifier le Pdci au seul V baoulé est ingrat et peut à court terme, disloquer le parti et le pays avec, et ce n'est pas un Bédié qui pourra colmater les brèches.

Et c'est pourquoi tous ces faits et méfaits ont amené à la création des partis dont le Rdr et l'Udpci. Pour le Rdr, nous avons choisi votre personne, sur suggestion de Phillipe Yacé déchu de son perchoir pour des questions tribales. Ce dernier d'une intégrité exemplaire, ne s'associait pas à notre initiative. Mais partageait l'idéal qu'animait notre démarche.

Cher neveu, ce rappel s'adresse à vous, à votre conscience d'homme, qui se transforme peu à peu en un roc, qui s'identifie à une vengeance répétitive qui n'a de comparaison que le coeur d'un Français sans âme et d'un Américain sans identité. Ceux qui vous ont précédé, ont dirigé ce pays en considérant notre culture, notre identité. Sinon comment comprendre que des hommes d'Etat qui ont fêté leurs milliards alors que le peuple mourait de faim n'ont pas été inquiétés, ni jugés ? Et comment comprendre, venu à la rescousse d'une Côte d'Ivoire moribonde, Premier ministre à l'époque, vous avez bradé l'essentiel du tissu économique, qui, à court terme, devait aboutir à la fameuse dévaluation, mettant en péril l'âme de la Côte d'Ivoire. Faut-il vous soustraire de cette comédie de gestion qui ne pouvait qu'aboutir à l'avènement du Président Laurent Gbagbo, à qui on veut faire porter tout un chapelet de crimes? Faut-il laisser écrire l'histoire des vainqueurs sur le papier du mensonge alors que le Président Laurent Gbagbo n'est pas le produit qui a modelé l'actuelle situation ?

Non, monsieur Alassane Ouattara ! Vous êtes dans le même bateau avec ceux qui vous ont précédé. Vous êtes en attente du temps pour écrire l'histoire vraie que seule la génération future appréciera. Alors monsieur Alassane Ouattara, vous qui êtes le petit fils de l'empereur Ouattara dont le règne était fait d'équité et de justice vous ne pouvez, petit fils de Mangan Cissé, le roi des rois de l'empire du Ghana, vous autorisez à commettre de l'injustice face à une situation qui ne demande que la mesure.

Monsieur Alassane Ouattara, une justice sans le savoir n'est pas une justice, un savoir sans justice n'est pas un savoir. La faute du Président Laurent Gbagbo, n'a rien de criminel. Et les faits qui lui sont reprochés semblent être le fait de notre désir de nuisance. Ce qui indique bien qu'il n'a fait que terminer l'oeuvre de ses prédécesseurs. Et si le hasard a fait de vous le nouvel homme fort, faites attention à vous-mêmes. Car autant responsable que vos prédécesseurs, les actes que vous posez aujourd'hui ne se différencient pas du passé. Et l'histoire, mon fils, est têtue. Alors, évite à la Côte d'Ivoire, à ses enfants, ces procès qui n'ont ni tête ni queue, qui à long terme ou à court terme, vous balanceront dans les geôles de l'histoire et nos compatriotes Dioulas en souffriront. Parce qu'ils ne savent pas que le pouvoir temporel ne s'identifie pas à un homme, à une race. Vous êtes un économiste, je vous demande de faire l'économie d'un procès pour que vous puissiez appliquer votre savoir pour des bonnes causes. Faites l'économie d'un procès, pour ne pas être victime de vos alliés. Notamment les Forces nouvelles qui n'attendent qu'une petite erreur pour s'accaparer le pouvoir. Et j'ose croire que ce premier faux pas sera l'ouverture d'un procès contre nature.

La Côte d'Ivoire a besoin d'une démocratie humaine. Et non une démocratie tribale, et si vous ne le savez pas, vous êtes dans le collimateur du temps. Savez-vous ce que c'est que le temps ? Et bien, c'est l'affirmation de Dieu. Il vous dit, par ma voix, que l'homme Laurent Gbagbo est innocent. Il vous dit aussi de vous réconcilier avec lui et de l'amener dans le jeu démocratique, pour qu'il s'exprime, qu'il se désavoue dans le jeu démocratique. Les Ivoiriens n'ont pas d'animosité entre eux. Ils vaquent à leur occupation, seulement, ils ont faim. Ce qu'ils veulent, c'est du travail, la paix et la liberté. Et non des procès dont tout le monde est fautif.

Mais sachez, aux dires des uns et des autres, un procès transformera la Côte d'Ivoire en un pays ingouvernable, cela malgré vos talents. Ce ne sont pas vos armées qui empêcheront le peuple de se défaire de ce nouveau joug colonial. Je suis Dioula, musulman et fils d'Iman. Je dis et je le répète, ne laissez pas rentrer seul dans l'histoire le Président Laurent Gbagbo. Et sachez que sans le Président Laurent Gbagbo et sa suite, il n'y a pas de développement apaisé. Et sans le Président Laurent Gbagbo, il n'y a pas de sécurité pour vous. Parce que vous êtes seul parmi les soixante ethnies, si jamais la raison ne vous revient pas.

Enfin, monsieur Alassane Ouattara, je ne suis d'un parti que lorsque ce parti incarne la liberté, la tolérance. La création du Rdr devait, dans la conquête comme dans l'exercice du pouvoir, nous inscrire dans des grands partis et vous devez vous installer dans l'histoire des grands hommes comme les Nelson Mandela. Mais aujourd'hui, je me pose la question de savoir qui de vous et le Président Laurent Gbagbo est démocrate ? N'est-ce pas aux ex-rebelles qu'il appartenait de l'incarcérer? Parce que vous êtes censé ne pas être de connivence avec l'insurrection. Votre devoir devait être de défendre un Président pour que vous ne subissiez pas, les mêmes vexations que votre prédécesseur. N'est ce pas grâce à lui que vos différentes pièces administratives vous ont été livrées, notamment : le certificat de nationalité, votre carte d'identité, votre passeport ivoirien, votre éligibilité et votre dignité d'homme Ivoirien. Comment pouvez-vous accepter de pourfendre cet homme de cœur qui a trahi ses proches. Parce qu'il vous a donné tous vos papiers. Alors que pour ces mêmes papiers, les autres vous pourchassaient par Interpol, dans le monde entier.

A la lumière de ce que je vois, je crains de savoir que les grands vainqueurs de ces élections ne sont pas les partis et leurs leaders. Mais bien les combattants rebelles. Et si je ne m'abuse, ce sont eux qui devaient être au pouvoir pour juger les trois (03) Présidents que sont : Bédié, Gbagbo et vous-même. Peut-être, avec ceux-là et avec l'âme d'Africains lucides qu'ils ont, ils auraient évité à la Côte d'Ivoire sa dislocation et son érection en département français.

Pourquoi au Mali n'a-t'on pas fait un grand procès à Moussa Traoré? Et pourtant, le Mali se porte mieux ! Pourquoi Nelson Mandela, le grand Mandela, n'a t-il pas emprisonné tous les blancs qui l'ont incarcéré pendant 27 ans ?

Monsieur Alassane Ouattara, vous êtes devant l'histoire, mais sachez que la vraie victoire, celle qui vaut d'être vécue, est celle que l'on a sur soi-même.

 

A quoi sert la victoire ?

A quoi sert ta victoire ?

Des morts et des morts élus après ta victoire

Et des prisonniers qui aux larmes sèches te regardent, regardent ta victoire

Sans âme, plus que tu es victoire sans être né comme les autres

De multiples cimetières, qui à perte de vue, gisent des hommes

Des femmes, des enfants qui ne voulaient que vivre

A quoi sert ta victoire, seigneur, toi qui est venu de loin de très loin ?

Et conquérir le cœur des peuples des cimetières

Qui aujourd'hui sombrent dans l'épée et pour l'épée sur l'existant qui n'est plus

A quoi sert ta victoire, toi qui viens de loin dans ce lointain pays qui n'est pas le mien ?

A quoi sert ta victoire, sinon remplir à nouveau tes cimetières avec ses hommes et ses femmes prisonniers ?

Dont tes protecteurs veulent qu'ils soient pendus, fusillés par les cordes d'esclaves

Par les armes qui ont fait leur preuve en tuant notre peuple sans arme

A quoi sert ta victoire, juvénile victoire?

A te pendre dans le temps, dans le bref temps de l'histoire.

 

Abou Cissé,

Membre fondateur du Rdr et combattant de la liberté

 

In le quotidien ivoirien « Le Temps » du 06 octobre 2011.

 

Source : COTE D'IVOIRE LA VRAIE

lundi, 22 août 2011

ABOU CISSE A SON NEVEU ALASSANE OUATTARA: «TANT QUE GBAGBO SERA EN PRISON, TU NE POURRAS PAS REUSSIR»



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Abou Cissé, l’oncle maternel d’Alassane Ouattara (frère de feue Nabintou Cissé, mère d’Alassane) n’est pas du tout tendre avec son neveu. Dans cet entretien, il lui «crache» ses vérités.

 

La Côte d’Ivoire a un nouveau pouvoir depuis le 11 avril dernier, suite à l’arrestation du Président Gbagbo par l’armée française…

Nous avons assisté à l’avènement d’un nouveau pouvoir. Nous subissons, en ce moment, ce pouvoir. Nous savons comment ce pouvoir a été installé. Nous constatons, avec beaucoup d’inquiétudes, la mise en place d’un système de jugement qui ne fait qu’éterniser la crise.

Quelles sont vos inquiétudes?

C’est l’arrestation de certains Ivoiriens, qui à un moment donné, ont eu à diriger ce pays. Notamment le Président Laurent Gbagbo, son épouse, les autres cadres et les militants de la majorité présidentielle. En assignant Gbagbo en résidence surveillée, on ne fait qu’emprisonner celui qui est au pouvoir actuellement. Parce que Laurent Gbagbo en prison pose plus d’inquiétudes que d’apaisement.

Soyez plus explicite…

Le Président Laurent Gbagbo est une personnalité. Cette personnalité a régné pendant dix ans. Plus longtemps, il sera en prison, plus son aura va s’affirmer contre les erreurs du pouvoir actuel. Ce pouvoir n’a pas la dimension de résoudre tous les problèmes des Ivoiriens. Vous allez voir que les gens, sans distinction politique, religieuse, ethnique et régionale, vont se retrouver de plus en plus dans les idées du Président Laurent Gbagbo. A travers cette situation, il a de fortes chances de devenir une icône, un symbole. Il va atteindre une telle dimension que le pouvoir en place ne pourra pas diriger ce pays.

Comment ?

Bon nombre d’Ivoiriens vont se sentir, compte tenu du fait qu’il a mis pratiquement tout le monde en prison, dans l’idéal du Président Laurent Gbagbo. Prenons l’exemple de Mandela lorsqu’ il était en prison. Ce n’était pas lui qui faisait, la révolte en Afrique du Sud. C’est le fait qu’on l’ait mis en prison. Cela a donné une autre valeur à Mandela. Aujourd’hui, Gbagbo va atteindre une dimension telle que la Côte d’Ivoire ne pourra pas être gérée par ceux qui sont là. Il ne va pas utiliser, comme les autres l’ont fait, les armes ou la rébellion. Sa présence en prison va susciter, plutôt, une chaîne de mouvements au niveau de la classe sociale. On n’aura pas besoin des armes ou d’une révolution par la guérilla. C’est le peuple lui-même qui va se soulever. Parce que le pouvoir actuel ne pourra pas répondre à l’attente des préoccupations des Ivoiriens. Ce n’est pas en faisant de grands coups de peinture sur certaines places, qu’on peut dire que ça va, le pays est en train de partir, tout va bien… Le pouvoir actuel doit se dire que les grandes puissances sont en crise. Ce ne sont pas ces pays qui pourront apporter de l’aide à la Côte d’Ivoire.

On parle de plus en plus de réconciliation nationale avec la mise en place d’une commission…

Tout ce qu’on décide, il faut croire. Si c’est une croyance à Dieu, nous pouvons dire oui. Ce sont des gestes et des volontés humaines. Nous ne croyons pas à ce processus tant que le pouvoir ne prend pas sur lui-même de libérer tous les prisonniers politiques. Il faut libérer le Président Gbagbo et ses camarades. Tant que ceux-ci seront en prison, tant qu’on ne fera pas une politique de réconciliation en acceptant les conditions, il n’y aura pas de paix. Tout le monde a été fautif de cette situation. On ne peut pas juger un côté et laisser l’autre.

Alassane Ouattara, dans son discours à la Nation, tend la main aux cadres de la majorité présidentielle…

Nous avons souri de cette main tendue. Au même moment, il continue de mettre les cadres et militants de la majorité présidentielle en prison. Certains viennent d’être inculpés. La réconciliation ne pourra jamais se faire tant que le Président Gbagbo sera en prison. Il faut le libérer. C’est à partir de ce moment que nous pourrons parler de réconciliation. Afin que la Côte d’Ivoire puisse se retrouver. En clair, la réconciliation ne sera possible, si nous ne trouvons pas une solution sur la réconciliation elle-même.

Quelle est cette solution ?

Dans cette situation, il appartient à Alassane lui-même de trouver la solution. Pour qu’il y ait réconciliation, il faut qu’il se libère de la tutelle des Français. Il est emprisonné par les liens qui le lient à la France. C’est l’armée française qui assure, en ce moment, sa sécurité. En plus, il est emprisonné par le fait que le Président Laurent Gbagbo soit en prison. Il est également en prison par rapport à l’ex-rébellion qui l’a aidé. Il arrive que ceux qui vous ont aidé à prendre le pouvoir, trouvent les voies et moyens pour se débarrasser de vous. Parce qu’ils vont trouver que vous êtes gênant. On le voit, aujourd’hui, les dernières sorties des Nations unies. Elles sont en train de se rebiffer en parlant d’injustice. Alassane doit chercher à avoir une victoire intérieure. Cette victoire, c’est libérer tous les dirigeants de la majorité présidentielle.

Quelles explications donnez-vous à ce revirement des Nations unies qui ont aidé Alassane à prendre le pouvoir ?

Lorsqu’ on convoite une belle femme, on utilise tous les mots doux. Lorsque vous l’avez, les conditions dans lesquelles vous mettez la femme finissent par montrer votre vrai visage. Tant qu’Alassane ne prouvera pas aux Ivoiriens qu’il n’est pas attaché à la France, qu’il n’est pas gardé par des troupes françaises, l’Ivoirien dans sa dimension actuelle ne croira pas à tout ce qu’il va faire.

A-t-il vraiment le choix ?

C’est lui qui doit choisir. Avoir l’aval de la population ou être prisonnier de la France. Avec la présence des militaires partout dans les rues, l’Ivoirien va finir par s’habituer. Il ne va plus les respecter. C’est ce qui entraîne les guérillas. Il faut qu’Alassane se ressaisisse. La Côte d’Ivoire n’a pas besoin de prisonniers politiques.

Depuis l’arrivée d’Alassane au pouvoir, rien n’a changé. La situation ne fait qu’empirer…

Il y a des parasites dans l’entourage d’Alassane pour satisfaire leurs poches. Et non pour l’intérêt de la population. Il ne pourra jamais travailler tant qu’il ne permettra pas à l’opposition réelle d’exister. Nous disons que la réconciliation ne sera possible tant qu’il y aura des prisonniers politiques. Dans ce mois de jeûne, un mois de pardon et de réconciliation avec soi même, il faut que les Imams lui disent que la pérennisation de la Côte d’Ivoire ne se trouve pas dans les crises. Encore moins avec l’emprisonnement du Président Gbagbo, son épouse et les autres membres de la majorité présidentielle. Ainsi que les inculpations qu’on voit ici et là.

Que dites-vous du panier de la ménagère ?

Nous vivons une situation dramatique. La vie est devenue très chère. Il y a aussi le marché de l’emploi qui est devenu catastrophique. Parce que la confiance n’est pas encore là. La peur de l’Ivoirien pour faire quelque chose est devenue plus frappante. Alassane a promis beaucoup d’argent en tenant compte de ses relations. On ne dirige pas un pays à coups de dollars ou d’argent. On dirige un pays avec un certain humanisme. Cet humanisme manque, aujourd’hui, à Alassane. La Côte d’Ivoire n’est pas seulement l’économie. C’est une histoire d’humanisme. Ceux qui s’asseyent dans leur bureau pour compter sur l’aide de l’extérieur en auront pour leur compte. Parce que ces pays qui devraient donner de l’argent à la Côte d’Ivoire sont en pleine crise. Ce ne sont pas eux qui vont nous donner de l’argent. Lorsque la population aura faim, elle se soulevera. La destruction des emplois n’arrange pas les choses.

Un commentaire sur les démolitions en cours…

On se rappelle que ceux qui sont au pouvoir actuellement avaient accusé l’ancien pouvoir de tous les maux. Lorsqu’il avait décidé de le faire. Il faut dire que c’était la haine contre le pouvoir de Gbagbo. Nous comprenons mal qu’on aille détruire la Rue princesse. Cette rue n’a pas été créée par un pouvoir. Elle a été créée par des jeunes. Nous ne comprenons pas. Et l’Ivoirien moyen ne comprendra jamais. C’est comme si on allait casser Pigalle en France.

Le pouvoir soutient que c’est un lieu de dépravation…

Il y a des lieux de dépravation dans toutes les villes. La Rue princesse avait sa dimension. Nous pensons que dans chaque ville du monde entier, il y a des zones qui se fabriquent d’elles-mêmes. Ce n’est pas un gouvernement ou un homme politique qui les crée. C’est une situation voulue, fabriquée et acceptée par les populations. C’est ça aussi la liberté. La Rue princesse existait avant l’arrivée de Gbagbo au pouvoir. La Rue princesse est symbole de Yopougon, voire de la ville d’Abidjan. C’est une erreur d’avoir donné l’ordre de casser cette rue. Ce sont des cultures de la jeunesse. L’homme doit se débarrasser de la haine pour embrasser l’amour pour la patrie. Qu’il arrive à aimer les Ivoiriens. S’ils sont venus pour détruire ce qui est construit, on ne finira pas de reconstruire la Côte d’Ivoire.

Et l’insécurité ?

C’est inquiétant. Alassane lui-même n’est pas en sécurité. Raison pour laquelle il est surveillé par l’armée française et les Forces onusiennes. Il se met en sécurité et met les Ivoiriens dans l’insécurité. Il faut donner la sécurité aux Ivoiriens. Notamment aux policiers et gendarmes. Nous ne pouvons pas comprendre qu’on puisse les désarmer. Nous devons apprendre à faire confiance à nos Forces de l’ordre. Il faut débarrasser les rues de tous ceux qui n’ont pas droit aux armes. Aujourd’hui, partout, les gens soutiennent que le temps du Président Gbagbo était le meilleur. Ça veut dire qu’il y a quelque chose qui ne va pas. L’insécurité, la cherté de la vie, la débâcle de nos institutions sont très graves. Diriger un peuple, ce n’est pas seulement avec le talent d’un économiste. Pour diriger un pays, il faut être investi d’un humanisme. Nous prenons l’exemple du Président Gbagbo.

Il est d’un humanisme incroyable. La politique du Président Laurent Gbagbo prenait en compte tout le monde sans distinction d’ethnie, de religion et de région. Contrairement à Alassane dont l’entourage est composé uniquement de gens de leur ethnie et leur région. Ce n’est pas construire une Nation. C’est en tenant compte de ces facteurs que Gbagbo a mené une politique de rassemblement des Ivoiriens. Pour lui, il ne faut pas juger les gens sur la base ethnique ou religieuse. Mais sur la base des valeurs et de la compétence. C’est un humain. Et il est reconnaissant. Il n’oublie jamais ses amis. Lorsque j’étais en prison, il est le seul qui m’a rendu visite. Alors que celui pour qui j’ai été en prison n’est même pas venu me voir. Sans oublier que j’ai vendu deux de mes villas pour le défendre. Afin qu’il soit candidat. Laurent Gbagbo m’adressait régulièrement des courriers pour me demander de ne pas me suicider. Puisqu’on doit continuer la lutte. Au sortir de la prison, il m’a rendu visite à Treichville. La dimension de Gbagbo a dépassé les frontières. Il n’appartient pas à la seule Côte d’Ivoire. Encore moins au Fpi. C’est l’arc-en-ciel. Dieu ne dort pas. Il ne permet pas l’injustice. Laurent Gbagbo a fait beaucoup pour les musulmans. Il a envoyé des milliers de musulmans à la Mecque pour accomplir le cinquième pilier de l’Islam. Et pourtant, il y a des gens qui se targuent d’être musulmans. Alors que leur front ne touche pas le sol. En leur temps, ils n’ont pas pu obtenir une Ambassade en Arabie Saoudite. Laurent Gbagbo n’a jamais mis un journaliste en prison. Malgré tout ce que les journaux racontaient sur lui. Il y avait une liberté totale de la presse. Il était ouvert à toutes les critiques.

Des personnes ne comprendront pas que l’oncle maternel d’Alassane soit du côté de Gbagbo au détriment de son neveu…

Nous sommes libres de nos idées. La politique, ce n’est pas du tribalisme, du régionalisme. Ce sont des idées. Nous disons haut et fort que Laurent Gbagbo ne mérite pas ce qu’on lui fait, aujourd’hui. Alassane lui doit beaucoup. Notamment son retour d’exil et sa candidature. Il a fait beaucoup pour la communauté musulmane. A savoir la facilitation du pèlerinage, l’ouverture d’Ambassade en Arabie saoudite. Lorsqu’ il était au pouvoir, il était à leurs petits soins… La réconciliation ne bute pas sur les mots. Mais sur les conditions dans lesquelles, l’on veut organiser cette réconciliation. On risque de dépenser des milliards pour rien. Nous persistons et signons, il n’y aura pas de paix dans ce pays, tant qu’il y aura des prisonniers politiques. Le pouvoir d’Alassane est composé de personnes venues pour se venger. Nous pensons que l’on doit apprendre à faire la distinction entre les valeurs familiales et les valeurs républicaines. Personne ne peut nous empêcher d’avoir une opinion contraire à notre neveu. Nous ne sommes pas des béni-oui-oui. C’est une grave erreur qu’il commet en décidant de vouloir juger son bienfaiteur d’hier.

Le pouvoir soutient que la réconciliation ne doit pas se faire sans justice…

Les gens le poussent à la faute. Il lui appartient de dire aux puissances qui l’ont aidé à prendre le pouvoir qu’en Côte d’Ivoire, nous n’avons besoin de jugement, mais d’une réconciliation. Il faut qu’il arrête de mettre des peintures blanches partout. Ce n’est pas du développement. Ne semons pas les graines de la haine. Libérons tous les prisonniers politiques. Tant que le Président Gbagbo ne sera pas libre, Alassane ne pourra pas dormir sur la surveillance d’un Ivoirien. A la condition que les soldats français et les forces onusiennes restent en permanence. Tant qu’il ne libérera pas les prisonniers, les Ivoiriens à l’extérieur seront un danger. Non pas parce qu’ils ont des armes. Mais par leur aura sur la Côte d’Ivoire, ils auront une emprise sur l’ensemble des Ivoiriens. Au moindre faux pas, on risque de tomber dans une guerre civile. Pour qu’il puisse avoir la paix intérieure et dormir tranquille, Alassane doit chercher les voies et moyens pour libérer le Président Gbagbo et les autres avant d’entamer le processus de réconciliation. Comme ce qui s’est passé en Afrique du Sud et en Zambie. On a libéré tout le monde. Envoyer l’affaire devant le Tpi, c’est détruire la Côte d’Ivoire à petit feu. Alassane ne pourra pas construire la Côte d’Ivoire. C’est dans la paix des coeurs que l’économie marche. S’il refuse, il ne dirigera pas la Côte d’Ivoire.

Que répondez-vous à ceux qui soutiennent que le tour des gens du Nord est arrivé?

La Côte d’Ivoire n’est pas faite de Dioula. Cette communauté représente 11% de la population. Lorsque nous entendons nos frères dire qu’ils sont au pouvoir, et qu’ils n’ont pas besoin de travailler, cela m’écoeure. Ces propos entraînent des brimades des autres ethnies. Que l’on arrête les exactions à l’encontre de certains de nos compatriotes. Il y a 60 ethnies en Côte d’Ivoire. Elles vivaient en harmonie. On voit des nominations à base ethnique. Ce n’est pas bon.

Quelles explications donnez-vous aux différents drames que vit la Côte d’Ivoire ? Notamment des accidents sur les routes, le bus qui a plongé dans la lagune ? Sans oublier plusieurs collisions de véhicules qui ont entraîné de nombreux morts ?

C’est un message que Dieu lance au pouvoir. Selon les devins, Dieu est en train de parler à Alassane qui a le coeur endurci. Que si le pouvoir n’y prend garde, la Côte d’Ivoire va connaître des lendemains plus atroces. Ce n’est pas de bon augure. Ce sont des signes que les nouveaux tenants du pouvoir doivent prendre au sérieux. Raison pour laquelle, nous lui demandons de libérer le Président Gbagbo et ses camarades.


Une interview de Yacouba Gbané.

 

Source: LA COTE D'IVOIRE VRAIE