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jeudi, 09 mai 2013

AFFAIRE FIRMIN MAHE: INTERVIEW DE BASILE LEPOHE GNINION DU 24 AVRIL 2013

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Firmin Mahé, étouffé par l'armé française


Basile, qui es-tu par rapport à Firmin?

-       Je suis le neveu de Firmin MAHE qui était le « petit frère » de mon papa. Le père de Firmin était le frère même père même mère de mon grand-père côté papa.

Vous dites «MAHIE» au lieu de «MAHE»?

-       Oui, MAHE, c’est une abréviation. En Guéré, on parle d’ethnie Wê, MAHIE veut dire : «  tu vas voir les conséquences de ce que tu me fais ».

Pourquoi n’as-tu pas le même nom que lui ?

-       Chez nous, on prend le nom de la personne de la famille qui était cher. En fait nos aïeux le voient en rêve et nous l’attribuent. Quant au surnom, on nous le donne au baptême en même temps que le prénom. « Lépohé » pour moi, ça veut dire : « est-ce que tu as contribué à ma souffrance ? » En d’autres termes, qui es-tu pour prétendre venir t’asseoir là au milieu des autres alors que tu n’as pas sué pour avoir ta part ?

Que penses-tu du procès et du verdict ?

-       J’ai été peiné par notre absence, par le fait que nous soyons venus qu’à 5 jours de la fin du procès. Nous on pensait que comme on avait un avocat choisi par la France qui était inscrit au barreau de PARIS, nous serions bien défendus. Il nous avait dit que tout était prêt, que nous serions hébergés par la France, que l’hôtel était déjà réservé. Les personnes clefs, notamment les sœurs de Firmin, son fils et la mère de ce dernier n’étaient pas là…

Sais-tu que le 26 novembre 2012, soit la veille de l’ouverture du procès, NDOUMOU a dit que c’était à cause de l’Etat ivoirien qui ne voulait pas délivrer les passeports et de l’Etat français qui refusait de délivrer les visas que la famille n’était pas là ?

-       Oui je l’ai appris. Et je pense que c’est faux parce qu’il ne peut pas dire une chose et son contraire. Il avait dit que les billets d’avion et les frais d’hébergement étaient pris en charge par l’Etat français et qu’il ne fallait pas trop en demander à ce dernier.  Ce qui nous a mis en retard, c’est le fait qu’on nous demandait de payer les frais de passeport et que c’était trop cher pour nous.

Quand avez-vous su que vous étiez convoqué au procès ?

-       J’ai su cela à la mi-novembre.

Et les autres parties civiles ?

-       Au même moment… On savait que le procès allait avoir lieu mais on ne savait pas exactement quand.

Qui devait venir en France ?

-       Jacques, ses trois sœurs (même mère même père), Gaël le fils de Firmin et Sylvie sa mère et son tuteur légal. Si l’enfant avait été au procès, cela n’allait pas se passer comme cela. Au départ, ce que NDOUMOU disait nous rassurait tellement qu’on n’avait pas idée de mettre en cause sa parole. Nous on était éplorés. On ne pensait pas à l’argent, ni à ce que l’on pouvait obtenir. Nous on voyait la légalité. C’était la Justice qui allait triompher. Alors je viens en France et je tombe dans des épines.  Ce que je pensais, ce n’est pas ce que j’ai vu au procès. Pour des criminels qui ont tué mon oncle, on nous montre des photos que je ne reconnais même pas. On les condamne avec du sursis. Vous avez tué en Côte d’Ivoire  alors que vous êtes  venus là-bas pour rétablir la Justice.

Certains disent que vous êtes là justement pour l’argent et que vous en voulez à NDOUMOU…

-         …Ceux qui disent cela, c’est pour saper le moral des gens. Quand Jean HELENE a été assassiné en Côte d’Ivoire, l’Etat ivoirien a été condamné à verser 137 millions de francs CFA à sa famille (NDLR : soit un peu plus de 200 000€). Personne n’a trouvé ça anormal. Pourquoi est-ce que ça serait choquant que notre famille touche des dommages et intérêts pour le préjudice subi ?

Notre affaire avec Maître NDOUMOU, ça ne date pas des jugements, du procès et de tout ce qui en découle. Ca remonte au départ pour venir en France. Il savait que nous n’avions pas les moyens pour venir en France, notamment pour faire les passeports, mais il nous a laissés sans aide et sans solution pour les payer à quelques jours du procès. Il savait également que Jacques mon oncle était malade. Depuis 2009, on l’appelait pour lui dire que ça n’allait pas et qu’il devait nous aider à soigner Jacques, mais il nous disait qu’il n’avait pas les moyens, vous voyez.

Maître NDOUMOU est votre avocat. Pourquoi pensez-vous que c’était à lui de vous aider à prendre en charge les soins de Jacques ?

-       Parce quand il est arrivé en Côte d’Ivoire en février 2006, il nous a accordé une audition à la Tour A (NDLR : où se trouve le Tribunal militaire). Il n’a cessé de répéter qu’il était venu pour défendre notre frère MAHE, pour que les insanités qui ont été dites sur lui soient dénoncées et qu’il allait rétablir la vérité.

Vous ne répondez pas à ma question précise… Pourquoi vous attendiez-vous à ce que Maître NDOUMOU prenne en charge certains frais concernant le reste de la famille ?

-         Quand il est arrivé, on l’a invité à la maison. Là, il nous a dit qu’il pouvait prendre le dossier, mais qu’il fallait qu’on signe un papier, que s’il gagnait le procès, il allait prendre 20% de ce qui nous reviendrait. Quelques heures après, j’étais déjà parti et ils m’ont rappelé pour que je revienne aux 3 Rouges (NDLR : quartier de YOPOUGON). A mon retour, la famille était unanime pour signer la convention à 35%. En effet, NDOUMOU leur avait expliqué que si on signait à 35%, cela inclurait des aides éventuelles en cas de nécessité, de maladie pour tout le monde ainsi que de l’argent pour subvenir directement aux besoins de l’enfant de Firmin qui venait d’avoir 2 ans. Il était un peu malade et n’était pas encore déparasité.

Maître NDOUMOU a-t-il respecté ses engagements ?

-         Un centime, il n’a jamais envoyé pour quelqu’un jusqu’à présent.

Finalement, qui a signé ce document ?

-         Jacques, Madeleine, Pacôme,… Quelqu’un a même signé à la place des 3 sœurs de Jacques côté maman qui étaient au village (à DALOA et à BANGOLO). Il y avait environ 14 personnes qui ont signé.

Qui a ce document aujourd’hui ?

-         NDOUMOU a l’original.

Est-ce qu’il y a des copies ?

-         A ma connaissance seule une parente éloignée que NDOUMOU a érigée en représentante de la famille possède une copie du document.

Vous parlez d’un document très important  qui engage Maître NDOUMOU, mais pourquoi n’avez-vous  pas dénoncé son attitude avant le procès ?

-         En 2006 quand il venait, c’était au temps de Laurent GBAGBO. A cette époque, il nous rassurait.  Puis après quand il est rentré en France, nous partions à la Tour A et nous l’appelions, mais il raccrochait ou il ne donnait pas suite. J’ai commencé à perdre confiance parce qu’il n’est pas honnête. J’étais le porte-parole de la famille et nous avions peur que si on le dessaisissait depuis la Côte d’Ivoire, le procès allait avoir lieu sans nous. Il valait mieux être là au procès pour pouvoir dire ce qu’on pense et apporter la part de vérité de la famille.

En 7 ans, vous avez vu Maître NDOUMOU combien de fois ?

-         On l’a vu une fois seulement !

Avez-vous reçu des écrits de sa part ? Avant le procès, il y a eu la libération de RAUGEL et SCHNIER, le non lieu de PONCET, le renvoi aux Assises… Etiez-vous informés de tout cela ?

-         Pas par Maître NDOUMOU, mais par les journaux : Le Courrier d’Abidjan, L’Intelligent d’Abidjan, Jeune Afrique, Le Monde,…

Aujourd’hui, qu’attendez-vous de la Justice française ?

-         La Justice française a tendance à étouffer le dossier. Nous constatons une Justice vraiment « serpentine ». Je ne comprends pas comment des tueurs peuvent être condamnés à du sursis pendant que des rebelles qui ont éventré des femmes enceintes, tué des vieillards qui ne pouvaient pas se sauver eux sont nourris, blanchis, logés et occupent des postes administratifs. Ils nous font croire qu’il fallait tuer MAHE pour ramener la paix dans l’Ouest de la Côte d’Ivoire et aujourd’hui c’est le pire qui se passe en Côte d’Ivoire. Je suis venu du pays depuis à peine 5 mois, et bien avant que je n’arrive, j’ai pu constater que la liberté d’expression n’existe plus. Les droits de l’Homme ne sont plus respectés. L’impunité est partout. Les opposants sont arrêtés, torturés et parfois assassinés dans des camps de concentration.

Aujourd’hui le procès est fini et vous êtes toujours en FRANCE. Quelle est votre situation ?

-         Nous…

Nous ?

-         Jacques (NDLR : Jacques est le frère aîné de Firmin MAHE, même père, même mère) et moi sommes là en tant que parties civiles. Le procès est fini ? Non il est toujours en cours !

Quel est votre statut ?

C’est NDOUMOU qui voulait nous faire partir de force. Depuis le 10 décembre dernier, il ne nous a même pas fait savoir ce qui allait se passer après le procès et il a refusé de réagir au verdict. Il nie  que nos vies sont menacées suite à ce dernier. Il dit que d’autres parties civiles ont assisté au procès, qu’elles sont reparties en Côte d’Ivoire et que ça se passe bien pour elles. Sauf que ces autres parties civiles ne sont pas connues en Côte d’Ivoire, et quel lien ont-elles vraiment avec MAHE ? Il ne faut pas confondre la constipation et la grossesse. Ce n’est pas la même chose. Aujourd’hui, le problème que nous vivons est lié à la situation de BANGOLO et à l’affaire MAHE. Les personnes dont NDOUMOU parlent ont décidé d’enterrer le dossier alors que nous sommes en France pour exiger que la vérité soit faite sur la mort de Firmin MAHE. C’est ce combat qui nous met en danger et que beaucoup de personnes veulent faire taire. Et si justement il n’est rien arrivé à 2 des parties civiles qui sont rentrées au pays, c’est aussi parce que nous sommes ici à dénoncer les pressions que nos parents subissent au pays.

Mais au village à BANGOLO, personne ne vous attend ?

-         En Côte d’Ivoire, ce sont les enlèvements et les disparitions tous les jours. Les rebelles nous ont arrachés à nos terres et à nos plantations. Ils les occupent aujourd’hui. Des analphabètes dirigent le pays. C’est un problème foncier. On a des problèmes avec certains immigrés qui sont venus de la sous-région et qui ont profité de la crise postélectorale pour occuper nos terres.

Quel est votre statut aujourd’hui ?

-         Nous sommes demandeurs d’asile.

Pensez-vous que l’OFPRA va vous accorder l’asile ?

-         Malgré ce qu’ils ont fait à mon oncle ou plutôt à cause de ce qu’ils ont fait à mon oncle, la France nous doit réparation,  sans compter les massacres qui se poursuivent… Les autorités françaises doivent nous accorder l’asile en attendant que la paix revienne en Côte d’Ivoire et tant que nos vies sont menacées.

Un dernier mot pour conclure ?

-         « C’est de la manière dont tu t’arrêtes devant le tailleur qu’il prend ta mesure ». NDOUMOU prétend aujourd’hui avoir été mandaté par l’Etat français tout en continuant à affirmer que nous l’avons désigné comme avocat en 2005. Son attitude, sa façon de traiter notre dossier, sera déterminante de la façon dont il sera traité demain par ses confrères, ses clients, l’opinion publique… Il paraît même qu’il veut devenir bâtonnier et il n’est même pas capable de fournir les pièces nécessaires au Bâtonnier devant lequel  il nous a fait convoquer pour nous réclamer 20 000€ d’honoraires (rires) ! De la même façon, il a réclamé un préjudice économique en dommages et intérêts (sans suite puisque MAHE ne nous versait aucun revenu) alors qu’il n’a même pas demandé de préjudice moral. Mais vraiment ce qui nous a le plus choqué, c’est qu’il a réclamé des frais funéraires sans même apporter la moindre facture de la morgue de TREICHVILLE alors qu’il est le seul à être en possession du document original permettant de retirer le corps de notre parent pour que nous puissions enfin l’enterrer (en effet, il nous a fait croire pendant plus de 7 ans que l’on ne pourrait demander la restitution du corps qu’après le procès et la condamnation des assassins. Aujourd’hui, il dit que c’est compliqué et qu’il faudrait encore au moins 3 ans. Sauf que nous tenons de source judiciaire qu’il n’a même pas demandé la restitution du corps !)

Mais en attendant, c’est vous qui êtes déboutés de toutes vos demandes et qui devez supporter de voir les assassins de votre oncle en liberté qui continuent d’insulter sa mémoire ou bien ?

-         Nous n’avons rien à nous reprocher… C’est celui qui a le crédit de « qu’est-ce qu’il y a » qui prête oreille quand on parle de « qu’est-ce qu’il y a ». On voit NDOUMOU s’agiter, nous menacer et revendiquer d’avoir été mandaté par l’Etat français tout en maintenant  avoir été désigné la famille dès 2005. Il est même allé jusqu’à évoquer des documents classés secret défense pour justifier de n’être en mesure de produire aucun document sur l’origine de sa désignation ainsi que sur ses honoraires, hormis une cinquantaine de cartes téléphoniques dont il réclame le remboursement prétendant que c’est avec ces cartes qu’il nous appelait pendant toutes ces années où il a fait semblant d’être à nos côtés. Nous sommes sereins. La France est un pays des Droits de  l’Homme. Un jour, la vérité rattrapera le mensonge et Justice sera rendue à notre frère et à notre famille sur ce qui s’est réellement passé… Au-delà de l’affaire Firmin MAHE, c’est toute notre région qui réclame Justice car il n’y aura pas de paix tant que les actes de la rébellion qui ont abouti à la situation où nous sommes seront couverts par les autorités ivoiriennes, mais aussi par l’Etat français qui les soutient.

L’AFFAIRE MAHE(1), PAS ENCORE ASSEZ «ETOUFFE(E)»?

côte d'ivoire,affaire firmin mahé,christine colin tibala,l’affaire mahé(1) pas encore assez «étouffé(e)»?

Le général Poncet, qui a donné l'ordre d'étouffer Firmin Mahé


Madame La Garde des Sceaux, Madame la Bâtonnière de PARIS, Mesdames et Messieurs  les  magistrats, avocats et autres serviteurs de la loi,

A vous tous qui vous êtes engagés à servir la Justice, nous adressons la présente supplique…

Nous revenons vers vous (2) pour vous interpeller sur la situation de Jacques Koulaï DAHOU le frère aîné de Firmin MAHE (même mère, même père) et de Basile Lépohé GNINION, neveu de la victime (3). Pour  des raisons évidentes mais malheureusement contraires à l’éthique et à l’image de la France à long terme, le Parquet général a décidé de ne pas faire appel et nous le regrettons tant il est vrai que « Le véritable courage consiste à dénoncer les crimes commis par son propre camp et non ceux commis par l'adversaire!» Bertrand Russel.

Même si Firmin MAHE était réellement le coupeur de routes qui a été fabriqué a posteriori pour justifier son extermination sauvage, l’honneur de la Justice que vous servez a été sali par tout ce que nous dénonçons sans aucune réaction ni soutien depuis de longues années. Mais Firmin MAHE n’était en rien un criminel et la plupart d’entre vous le savent pertinemment. L’honneur d’une Armée, d’un pays ne saurait se laver en dissimulant une bavure et/ou des ordres illégaux sous le mensonge et l’apologie du crime que l’on prétend combattre !

Votre refus d’interjeter appel d’un verdict injuste nous a profondément choqués, sauf à admettre que la raison d’Etat l’emporte sur le devoir de Vérité ou encore que la loi du plus fort doive toujours primer (4). Ce permis de tuer accordé à la Licorne est en effet une véritable incitation à la récidive entre les mains de soldats dépositaires de l’autorité publique engagés dans de délicates et infructueuses missions de maintien de la paix alors qu’ils bafouent en permanence l’impartialité à laquelle ils sont pourtant tenus.

A Georges PEILLON qui a témoigné de la véritable nature des rebelles que la France a choisi d’installer au pouvoir en Côte d’Ivoire, nous témoignons tout notre respect pour son objectivité et son courage (5).

A ceux qui ont permis à cette affaire MAHE d’éclater, nous voudrions dire merci, notamment au soldat LEVASKY, même si nous savons aujourd’hui que la dénonciation de ses camarades n’a rien à voir avec la recherche de la vérité ou encore le soulagement de sa conscience, mais bien plus avec des rivalités  internes à l’Armée.

A ceux qui ont été témoins de cet assassinat sordide et ont essayé, sinon de l’empêcher, au moins de le dénoncer mais en ont été dissuadés par les « fausses preuves » des prétendues victimes de Firmin MAHE, nous disons qu’il n’est jamais trop tard pour réparer une injustice et se mettre en accord avec sa conscience. Si vous ne le faites pas pour MAHE et ses proches, faites le pour vous, pour l’Armée à laquelle vous appartenez et qui ne sort pas grandie de cette affaire.

Pour continuer notre propos, nous allons nous employer à présenter nos arguments sous le prisme de la situation dramatique de ce par quoi nous commençâmes : Jacques, le frère aîné de Firmin MAHE, risque de mourir en France dans un silence assourdissant si rien n’est fait pour lui trouver un hébergement correct en attendant l’instruction de sa demande d’asile par l’OFPRA. Il est aujourd’hui en convalescence après plusieurs mois d’hospitalisation. Notre demande d’hébergement en CADA (Centre d’Accueil pour Demandeurs d’Asile) se heurte maintenant à sa trop grande vulnérabilité après s’être au contraire confrontée à son insuffisante légitimité. Autrement dit, il y a quelques mois, il n’était pas assez vulnérable pour bénéficier d’un accueil en CADA et aujourd’hui, il le serait trop au point que les services sociaux préfèrent le renvoyer d’emblée à la rue et au SAMU social plutôt que  d’étudier une éventuelle admission en CADA sur présentation d’un certificat médical d’aptitude : administration kafkaïenne quand tu nous tiens ! Sauf qu’un des 4 pneumologues qui en a eu la charge nous a clairement indiqué que de nouvelles expositions au froid, à la pluie, à la précarité et sans possibilité de le mettre sous oxygène risquaient de lui être fatales à très court terme. A peine plus alarmiste que votre serviteure, il a poursuivi en s’excusant de son cynisme : « si on voulait le faire disparaître sans trace, on ne s’y prendrait pas autrement ». Jacques est donc gravement malade, demandeur d’asile non pris en charge au titre de l’ATA (Allocation Temporaire d’Attente) faute de pouvoir se présenter physiquement au RDV obligatoire de Pôle Emploi à qui a été confiée – assez bizarrement il est vrai – la gestion nationale des Demandeurs d’Asile français pourtant interdits de travail pendant l’instruction de leur dossier. Aucun droit ni à la CMU, ni à une quelconque aide ou indemnité ne lui a été ouvert jusqu’à présent en dépit de nos nombreuses démarches en ce sens. Quand il sortira dans quelques semaines de l’Hôpital où il est en rééducation, il est pour l’instant prévu qu’il retourne à la rue qui risque de lui être fatale à très brève échéance ! Les assistantes sociales en charge de son dossier n’envisagent aucune autre solution d’hébergement compatible avec son état de santé pour le moment, nous renvoyant aux pléthores de demandes d’hébergement non satisfaites. Des ordres supérieurs surprenants et contradictoires sont mêmes déjà tombés pour écourter une prise en charge dans un foyer d’hébergement d’urgence sur PARIS, preuve à l’appui (6).

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Firmin Mahé

Pourtant Jacques et Basile sont  arrivés en FRANCE dans le cadre du procès MAHE/LICORNE. Leur passeport et visa ont été délivrés pour leur permettre d’assister au procès, d’exiger la réhabilitation ainsi que la restitution du corps de leur proche. Ils sont arrivés tardivement le 30 novembre 2012 en tant que partie civile alors que le procès avait déjà commencé depuis le 27 novembre. A noter d’ailleurs qu’alors que Maître NDOUMOU-avocat autoproclamé de la famille- avait laissé entendre par presse interposée que l’absence des parties civiles à la première semaine du procès d’Assises  résultait des entraves posées par l’Etat français et l’Etat ivoirien, nous tenons de source sûre – proche de la Procureure Annie Grenier- que Maître NDOUMOU a attendu le dernier moment avant de réserver les billets pour 7 des 10 parties civiles retenues –billets aller/retour payés par l’Etat français- sachant que seules 3 d’entre elles sont finalement venues en sus d’une parente éloignée. Les parties civiles étaient en effet au nombre de 16 au départ ; elles ont été ramenées à 14, puis à 10, enfin à 7 en termes de billets d’avion pour finalement n’être que 3 à participer à la moitié seulement du procès d’Assises. Maître NDOUMOU n’a jamais réussi à justifier que les autres parties civiles n’aient pu venir (dont les deux sœurs et le  fils de Firmin MAHE, ainsi que la mère de ce dernier), prétendant ne pas avoir reçu les documents nécessaires pourtant transmis en même temps et par le même mode que ceux des 4 autres présents. Avec Edith et Madeleine, ils n’ont dès lors pas pu démentir les allégations de crimes supposés pesant sur Firmin. Maître NDOUMOU, qui s’était pourtant engagé à réhabiliter Firmin MAHE et à laver l’honneur de la famille (7), a d’ailleurs  brillé par son effacement pendant toute cette première semaine du procès. Ainsi des photos de prétendues victimes de Firmin MAHE prises par un soldat de la Licorne membre du Comité de soutien de RAUGEL ont été présentées dans l’irrespect le plus total de deux grands principes du droit français : la présomption d’innocence (celle de Firmin MAHE) et le droit à un procès équitable. Comment la Justice française peut-elle en effet accepter de produire des photos à charge contre la victime prises par un soldat ami et collègue de RAUGEL sachant que ces photos ont largement pesé sur les jurés pour atténuer la sanction (8)? La présomption d’innocence ne protégeant que les vivants, les « chiens de garde » du système françafricain (9) ont vite fait de coller un maximum de crimes sur le dos de la victime pour tenter de légitimer son assassinat. Au passage, les fameuses photos évoquées à de nombreuses reprises en 2005/2006 où on  verrait la victime à moitié nu subir les tortures des soldats de la LICORNE ont disparu du procès (10). Firmin MAHE a ainsi  été transformée en coupable post mortem selon  le procédé bien connu de l’inversion de la victime et du bourreau.

Mais pour que ce tour de passe-passe fonctionne, il fallait à tout prix minimiser la présence et l’intervention des parties civiles, ce qui a été habilement orchestré. L’avocat corrompu fait semblant de déplorer le retard des quelques parties civiles qu’il a consenti à faire venir pour donner le change. Quand aux quelques membres de la famille qui sont présents, ils n’ont droit qu’à un repas par jour, sont interdits de conférence de presse et devaient normalement repartir à peine le verdict prononcé (soit le lundi 10 décembre 2013 au matin) sans aucun accès ni au jugement ni à la suite des débats portant sur l’indemnisation des victimes. Tous ceux qui ont croisé Jacques se rendant à pied de métro Cité au Palais de Justice pour la durée restante du procès ont pu se rendre compte de son état de santé précaire pour ne pas dire plus ! Il respirait mal, se tenait à la rampe et devait faire des pauses de presque une minute à chaque marche. Quand vous demandiez ce qui n’allait pas et si on pouvait l’aider, ses compagnons répondaient qu’il fallait lui laisser le temps, qu’il sortait de convalescence et que ça allait aller. Sauf que l’avenir prouvera la gravité de sa maladie ! Il n’y a que Maître NDOUMOU pour continuer à prétendre qu’il fait du cinéma jusqu’à ce mardi 16 avril 2013 devant le représentant du Bâtonnier devant lequel il avait attrait Jacques et Basile (11).  A noter la troublante coïncidence qui veut que la convocation de Jacques et Basile en réclamations d’honoraires ait lieu quelques jours à peine après leur réclamation mettant en cause le non respect de ses obligations professionnelles par Maître NDOUMOU devant le même Bâtonnier qui a bien été enregistrée par leur service déontologie le 07 mars 2013 mais n’a donné lieu à aucune suite. A leur réclamation devant l’ordre des avocats en sa formation disciplinaire pour non respect de ses obligations professionnelles par Maître NDOUMOU (12)  a donc répondu une réclamation dilatoire de Maître NDOUMOU portant sur des honoraires indus puisque la question avait été tranchée par la signature d’une convention d’honoraires à 35% à l’occasion de la seule et unique rencontre avec Maître NDOUMOU en 2006, convention d’honoraires dont il se garde bien de parler… Et pour cause : cela reviendrait à le priver du droit de réclamer les sommes rédhibitoires, injustes et dilatoires dont il fait état en sus du forfait modique obligatoirement prévu par une convention de ce type sous peine de nullité. A noter enfin le retournement pour le moins circonspect de Maître NDOUMOU qui après s’être fait le chantre du panafricanisme pendant de nombreuses années revendiquant la condamnation de l’Etat français, la justesse du combat de Laurent GBAGBO et sa désignation par la famille, prétend aujourd’hui avoir été mandaté par l’Etat français et invoque le secret-défense lorsqu’on lui demande de fournir des preuves de sa désignation.

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Les proches et parents de Firmin Mahé, le 4 décembre 2012 au palais de justice

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mercredi, 19 décembre 2012

AFFAIRE FIRMIN MAHE: «PERMIS DE TUER» POUR L'ARMEE FRANÇAISE EN AFRIQUE

 

 

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Voici le communiqué que nous publions aujourd'hui sur le verdict de l'affaire Firmin Mahé et la décision du parquet de ne pas faire appel. Association Survie.


L’association Survie s’indigne de la décision du ministère public de ne pas faire appel du verdict rendu dans le procès de l’affaire du meurtre de Firmin Mahé. Les peines avec sursis prononcées contre les militaire français jugés coupables de ce crime de guerre commis en Côte d’Ivoire sont en effet insignifiantes. Mais surtout, les responsabilités au sommet, tant militaires que politiques, ont été honteusement escamotées. Signe que les interventions de l’armée française en Afrique demeurent au-dessus de tout contrôle.

Le 13 mai 2005 en Côte d’Ivoire, des soldats de l’opération française Licorne étouffaient un Ivoirien au moyen d’un sac poubelle. Firmin Mahé était le chef présumé d’une bande armée, accusée de crimes dans la zone de confiance qui séparait le sud du pays, contrôlé par le gouvernement, et le nord, occupé par la rébellion. Suite aux accords de Linas-Marcoussis et aux résolutions de l’ONU, les casques bleus, fortement épaulés par les militaires français, y étaient en charge de la sécurité.

C’est dans cette zone "de confiance" en fait zone de non-droit, où a explosé la criminalité [1] que nos militaires se sont affranchis des règles. Emploi d’indics ivoiriens sous uniforme français [2] ! Passages à tabac et traitements dégradants [3] !, Exhortation du colonel Burgaud pour « buter » un criminel pour l’exemple [4] ! Et donc exécution extra-judiciaire pour Firmin Mahé. Rappelons aussi que, dans la même région, des soldats de Licorne avaient braqué une banque [5] !

Vendredi 7 décembre 2012, la Cour d’assises a déclaré coupables trois des quatre militaires jugés dans cette affaire. Après deux semaines d’audiences, ces militaires ont été adroitement décrits comme les véritables victimes de cette affaire – victimes d’un mandat onusien irréaliste, victimes de casques bleus incompétents, victimes d’ordres illégaux, victimes d’une institution qui dresse des hommes à abandonner tout jugement – ces auteurs d’un crime de guerre caractérisé ont été condamnés à seulement un an à cinq ans de prison avec sursis. Dès le mardi 11 décembre, le Parquet a déclaré qu’il ne ferait pas appel de cette décision, avalisant ainsi une forme de "permis de tuer" pour les militaires français en Afrique : vous avez le droit à un assassinat, mais pas à deux. Si le jugement prononcé était juste, ce même jugement devrait en effet être prononcé de nouveau à l’avenir contre tout autre militaire qui, face à une situation complexe, se rendrait coupable d’exécution extra-judiciaire sur un prisonnier criminel. Le jugement actuel crée ainsi une jurisprudence dangereuse.

Par ailleurs, de bout en bout, la gestion de la crise ivoirienne est française. Les résolutions de l’ONU, qui donnent mandat à la force Licorne, ont toutes été écrites par la délégation française. Les accords de Linas-Marcoussis, qui ont instauré la zone de confiance et sur lesquels s’appuyait l’ONU, ont été imposés depuis Paris. Les missions sous casques bleus sont pilotées depuis New-York par les diplomates, immuablement français, qui dirigent le département des opérations de maintien de la paix.

On sait d’ailleurs que les méthodes expéditives de l’armée française en Afrique, particulièrement en Côte d’Ivoire, ne s’arrêtent pas à l’affaire Mahé. En d’autres circonstances, un chasseur alpin dira « des affaires Firmin Mahé, mettant en cause des officiers supérieurs, j’en ai vu plusieurs pendant que j’étais en Côte-d’Ivoire. » [6]

Si, au contraire d’affaires similaires, l’élimination de Firmin Mahé a eu des conséquences judiciaires, c’est très probablement à cause de l’épisode dramatique qui l’a précédé en novembre 2004 et qui oppose deux acteurs majeurs de l’époque : la ministre de la Défense Alliot-Marie et le commandant de la Force Licorne à l’époque, le général Henri Poncet. Il s’agit du bombardement de Bouaké, dans lequel neuf soldats français ont été tués et qui a précédé de sanglantes représailles de l’armée française sur les civils Ivoiriens. Après la plainte des familles des soldats français victimes de ce bombardement, les partitions jouées par le général Poncet et par Michèle Alliot-Marie ne s’accordent guère. Devant la juge du Tribunal aux Armées de Paris, le général évoque une « bavure manipulée » [7] destinée à justifier le renversement du président Gbagbo. Pour le contrer, l’ex-ministre exploite médiatiquement l’affaire Mahé. Tandis qu’en 2010, à l’issue de l’instruction, le Tribunal aux Armées de Paris renvoie aux assises les quatres militaires qui viennent d’être jugés, leur responsable hiérachique, le général Poncet, bénéficie d’un non-lieu. Les audiences du procès ont pourtant révélé l’existence de rapports internes à l’armée sur ce général au « style de commandement très violent, très pousse-au-crime » [8], qui aurait ordonné à l’un de ses colonels, après le bombardement de Bouaké, « je veux des morts ivoiriens » [9].

Exonération de la haute hiérarchie militaire de ses responsabilités, refus du ministère public de faire appel des peines de sursis prononcées : le précédent créé par cette première affaire en cour d’assises concernant des militaires coupables d’homicide est désastreux. L’association Survie s’indigne d’une telle indulgence pour les exécutants et leur chef, qui n’a pas été inquiété. Cela revient à blanchir officiellement les comportements criminels de l’armée française en Afrique.

[1] Lire « Les gens sont abandonnés à leur sort ». Témoignages recueillis en Côte d’Ivoire : 2003-2006, Médecins sans Frontières Belgique, 2007. Ce rapport n’est plus disponible sur internet mais peut être consulté sur le site de Survie. Parmi les témoignages recueillis, un membre du personnel médical de la ville de Man déclarait en août 2005 : « les victimes de violences, qui se font soigner ici, viennent pour la plupart de l’intérieur de la zone de confiance. Le danger y est omniprésent. Les habitants y sont abandonnés à leur sort. Ils ne peuvent compter sur personne pour assurer leur sécurité. Lorsqu’un vol est commis d’un côté ou de l’autre de la zone de confiance, on appelle la police et c’est fini. Mais qui garantit la sécurité dans cette zone ? Tout le monde peut y faire ce qu’il veut sans risque d’être inquiété car les crimes restent impunis. »

[2] Guy Raugel : « J’avais monté un réseau d’indics qui ne se connaissaient pas pour pouvoir recouper les informations. Ponctuellement, je mettais dans mes patrouilles un indic déguisé en militaire français. » Le Dauphiné Libéré, 27 novembre 2012. Guy Raugel a répété ses propos devant la cour d’assises.

[3] Lire L’armée parmi les accusés au procès des mosquées brûlées, Libération, 07/12/2006. Au sujet d’un ancien caporal chasseur alpin condamné au procès des mosquées brûlées d’Annecy : « À plusieurs reprises, il a participé à la force d’interposition entre rebelles et partisans du président Laurent Gbagbo en Côte-d’Ivoire. Il évoque l’affaire Firmin Mahé, ce jeune Ivoirien tué par des soldats français, et dit : « des affaires Firmin Mahé, mettant en cause des officiers supérieurs, j’en ai vu plusieurs pendant que j’étais en Côte-d’Ivoire. » Il raconte que lorsqu’ils attrapaient un rebelle, ils « le ligotaient et le sergent lui mettait un coup dans la gueule, puis c’était chacun son tour, et on le faisait sinon on était traités de pédés ». David Métaxas, avocat de la Licra, lui demande alors combien de fois c’est arrivé. Il soupire, ne sait pas, suggère qu’il a vu pire mais ne peut pas le dire. Puis rapporte cette anecdote : pour l’un de ses anniversaires, un lieutenant lui aurait dit : « joyeux anniversaire caporal. Comme cadeau, je t’offre trente Noirs pour construire un bunker. » La cour ne comprend pas, lui demande d’être plus clair. Il explique alors qu’il s’agissait d’un jeu fréquent. Des « esclaves » à qui l’on faisait construire des « postes de combat avancés » dont l’armée n’avait pas besoin. »

[4] Le colonel Burgaud a dit à ses hommes : « Il faut en buter un. Tant qu’on n’en aura pas tué un, le problème ne sera pas réglé. » À la barre, il a expliqué qu’il s’agissait en fait de « faire un flagrant délit ».

[5] C’est l’affaire de la BCEAO : 12 soldats de la force Licorne ont été condamné à de la prison ferme pour avoir pillé la banque qu’ils étaient censés garder.

[6] Cf. supra, L’armée parmi les accusés au procès des mosquées brûlées, Libération, 07/12/2006.

[7] Lire Le bombardement de Bouaké, une « bavure manipulée » ? Mediapart, 06/11/2011.

[8] Témoignage du général de Malaussène devant la cour d’assises, le 4 décembre 2012.

[9] Le colonel dont il s’agit, Luc de Revel, est aujourd’hui sous-directeur de l’Afrique subsaharienne pour la coopération militaire au Ministère des affaires étrangères. Son témoignage, qui figure dans le dossier Mahé (Mediapart, 06/11/2011), a été rappelé devant la cour d’assises par le général de Malaussène.

samedi, 08 décembre 2012

AFFAIRE FIRMIN MAHE - JUSTICE FRANÇAISE: RACISME ET RETROGRESSION

 

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Les proches et parents de Firmin Mahé, le 4 décembre au palais de justice de Paris. (Photo François Guillot. AFP)


Seuls trois des quatre militaires français accusés de l'assassinat en 2005 de l'Ivoirien Firmin Mahé, ont été reconnus coupables. Mais le jury ne les a pas condamnés à faire de la prison ferme.

Les principaux accusés, le colonel Burgaud qui avait donné l'ordre de tuer et l’adjudant-chef Raugel, qui l'avait exécuté en étouffant la victime, écopent respectivement de cinq et quatre ans de prison avec sursis. Le brigadier-chef Schneir, qui avait aidé Raugel en maintenant le corps de Mahé, est quant à lui condamné à un an avec sursis. Quant au brigadier Ben Youssouf, qui conduisait le véhicule blindé où se sont déroulés les faits, il est aquitté.

Que dire sur ce verdict sinon qu'il traduit fidèlement la perception de l'africain par la France raciste et rétrograde.

 

Steve Beko, sur sa page Facebook

 

NB: Le titre est de "Regards Croisés".