12.11.2008
L'AFRIQUE N'A PAS D'HISTOIRE
A maître Abel kassi, avocat international émérite. En hommage à ses idées lumineuses et tous les brillants cerveaux africains encore mal exploités.
L’instabilité chronique, les conflits incessants semblent être les marques déposées du continent africain. Un continent qui, des siècles auparavant, a connu des époques de lumière. Notamment sous l’Egypte antique. En ces périodes-là, l’Afrique fut la boussole du monde.
Aujourd’hui, c’est une tautologie de l’affirmer, l’Afrique va mal. Et ce malaise suscite des débats tranchés entre anthropologues de tout acabit, Afro-pessimistes et ceux qui croient encore en la capacité du véritable vieux continent, berceau de l’humanité, à renaître de ses cendres funestes héritées d’une histoire qui à notre sens n’est pas vraiment la sienne. De ce point de vue, ces passions ne devraient pas se poser. Car il est une vérité universelle qui trouve tout son sens dans la substance même de la dialectique hégélienne. Une Vérité magistralement exploitée par Karl Marx et qui ne laisse nulle place à la fatalité: La dialectique.
Loin de nous l’idée de faire de l’esprit, mais le principe même de la vie et partant de la dynamique de toute société humaine rend ce débat forclos.
En revanche, ce qui nous paraît fondamental se résume en un vrai diagnostic du mal être africain sans lequel tout débat sur l’avenir de notre continent se retrouve faussé à la base. L’Afrique telle qu’il nous l’a été démontré par Cheick Anta Diop et, avant lui, des savants arabes, grecs et romains a été l’épicentre de la civilisation humaine notamment sous l’Egypte pharaonique. Un continent où les peuples du monde venaient s’abreuver à la source du savoir. Elle a aussi connu de brillantes autres civilisations entre le VIII et le XVIè siècle. Les témoignages sont édifiants en la matière.
Celui de l’archéologue Mauny ne dit pas autre chose. Parlant de la ville de Koumi-Saleh, capitale de l'empire du Ghana (XIIIème siècle), il écrit ceci :
« Le centre de la ville est articulé autour d'une grande place d'où partent plusieurs rues ; dallages sur le sol, plaques sur le sol, plaques épigraphes, peintures en inscription sur les murs, escaliers de pierres [...]. Tout ceci nous permet de nous faire une idée de ce que fut une civilisation qui fleurit en ces lieux ».
Une description qui rompt d'avec les clichés caricaturaux dépréciatifs d'anthropomorphistes occidentaux tel le comte arthur de Gobineau, soutenu dans ses errements par des africains eux-mêmes dont le journaliste ivoirien Venance konan,auteur de ''Les prisonniers de la haine''.
A l’image de l’empire du Ghana, l’empire du mali – dont Tombouctou et Djéné, fondées entre les IXè et Xèmes siècles, étaient au XVIème siècle de grands centres d'échanges commerciaux- , l’empire Songhaï, le royaume du Congo, le royaume d’Ethiopie et bien d’autres encore ont connu de brillantes civilisations. Oeuvre des africains eux-mêmes.
L’Afrique influençait, tout en écrivant sa propre histoire, l’histoire de l’Humanité. Cependant, au cours de son évolution, deux faits marquants connus de tous, affectent grandement son histoire et signent par la même occasion sa descente en enfer. De ces deux moments - l’esclavage et la colonisation-, il nous semble crucial de nous attarder sur le deuxième pan qui, à nos yeux, apparaît comme le coup de grâce porté à l’histoire de notre continent.
Il convient, en tant qu’africains, de ne pas se voiler la face. L’Afrique s’est faite complice de l’esclavage. Ce que reconnaît explicitement l’écrivain journaliste ivoiro-antillais Serges Bilé, auteur de ’’noirs dans les camps nazi’’, dans son nouveau livre "Quand les Noirs avaient des esclaves blancs". Même si son intention, à travers ce livre, est d’ôter tout complexe d’infériorité aux Noirs vis-à-vis des occidentaux quant à leur passé d’esclaves ou de descendants d’esclaves.
On se faisait des guerres pour avoir le maximum de ‘’marchandises’’. Ce commerce de la honte a grandement contribué au rayonnement de certains empires comme ceux du Ghana, du mali et l’empire Songhaï pour ne citer que ces exemples.
La multiplication des conflits entre peuples, tribus, royaumes et empires africains, motivée par le juteux commerce des esclaves porté à l'échelle industrielle avec l'arrivée des européens, a eu pour effets l’affaiblissement de notre continent et de nous mettre à la merci d’une Europe hégémonique ainsi que des peuples arabes venus d’Asie.
Si en participant au pillage de ses ressources humaines et de ses propres richesses naturelles, en échange de babioles et autres pacotilles, les africains ont écrit avec l’apport de l’Europe une page sombre de leur histoire ; peut-on en dire de même au sujet de la colonisation ?
La colonisation, elle, revêt un tout autre sens. Car elle marque la fin de l’histoire de l’Afrique.
Contrairement à l’esclavage dont l’occident a contribué au développement, la colonisation consacre le moment où l’histoire de l’Afrique s’est arrêtée par la ruse et la force pour faire place à l’histoire de l’Europe à travers l’Afrique et les Africains. A compter de cette période jusqu’à ce jour, la dynamique de notre continent est rythmée par l’occident au gré de ses exigences. Il définit ses orientations selon les besoins de son histoire et impose à l’Afrique la cadence qu’elle lui exige. Si bien que les africains s’interrogent sur leur devenir, leur histoire présente et future. Une angoisse à laquelle l’ex ministre malienne et écrivain engagé Aminata Traoré donne tout son sens dans le résumé de son livre, ‘’L’Afrique humiliée’’:« Nous, peuples d’Afrique, autrefois colonisés et à présent recolonisés à la faveur du capitalisme mondialisé, ne cessons de nous demander : que sommes-nous devenus ? ».
Cette question identitaire démontre, si besoin l'est encore, l'absence d'une histoire propre aux peuples africains depuis la période de la colonisation.
De la colonisation à aujourd’hui, ce sont les occidentaux qui font une partie de leur histoire, en Afrique. Et les africains n’en sont que les instruments. Or tout instrument ou outil n’a pas d’histoire propre. Il n’a d' "histoire’’ que l’usage que le maître en fait.
C’est pourquoi, il ne nous semble pas opportun d’affirmer comme René Dumont-en mettant en avant les travers de nos sociétés et les fléaux qui minent le continent depuis la colonisation jusqu’à nos jours- que ''l’Afrique (noire) est mal partie''. Car depuis la période coloniale, elle s’est arrêtée. Et elle n’est pas encore (re) partie. On ne peut donc juger de la valeur de son départ. C’est une autre Afrique, l’instrument de l’Occident, qui est en marche.
L’histoire de l’Afrique, celle des africains, ne redémarrera que lorsque l’Afrique imprimera sa raison à son évolution, autrement dit, quand elle redeviendra l’actrice principale de son destin et se l’appropriera. Car un esclave, un colonisé (mental ou physique) n’est rien d’autre qu’un instrument et, en tant que tel, n’a pas d’histoire.
Aminata Traoré, à ce sujet, traduit bien une des voies à suivre pour redémarrer notre histoire : ‘’Le défi auquel nous faisons face aujourd’hui, c’est d’imaginer des perspectives d’avenir centrées sur les êtres humains. Une réappropriation de nos destins qui fait appel à nos langues, à nos repères, à des valeurs de société et de culture qui nous sont familières ».
Carell BOHUI-BACLAUD
Consultant en communication
et en stratégie politique et sociale
+226 78 32 31 71
Ouaga, le 09 Août 2008.
13:55 Publié dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique, pas d'histoire, égypte antique
20.10.2008
OBAMA, LES NOIRS, LES JUIFS ET L'AFRIQUE

Thierry TENE est fondateur et directeur d’A2D Conseil spécialisé dans le conseil et la formation sur le développement durable.
Octobre 13, 2008
Le 4 novembre, OBAMA sera « probablement » le prochain président des Etats-Unis d’Amérique, si on en croit les derniers sondages. Un autre indicateur est la crise économique qui frappe actuellement l’Amérique et le reste du monde. En effet, les américains font plus confiance aux démocrates, pour les questions économiques, et aux républicains, pour celles de la sécurité. Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, l’Obamania a pris une telle ampleur, notamment dans la communauté noire, qu’on peut légitimement s’interroger sur les marges de manœuvres du sénateur de l’Illinois pour répondre aux attentes du monde entier.
Quand on est noir, faut-il être prophète chez les blancs avant de le devenir chez les noirs ?
La mobilisation actuelle des noirs américains, de l’Afrique et sa diaspora pour Obama est si forte (une visite des sites et forums communautaires permet de mesurer cet engouement) qu’on oublierait presque qu’il y a à peine 9 mois, le sénateur métisse ne faisait pas l’unanimité surtout chez les afro-américains. Il existe chez la plupart des noirs, une idéologie assez incroyable qui voudrait qu’on ne soit reconnu pour son talent et ses compétences que lorsqu’on est apprécié par les autres communautés, particulièrement les blancs. L’examen de passage d’Obama a donc lieu le 3 janvier 2008, lorsque à la surprise générale, il remporte les caucus (première élection des primaires démocrates) dans l’Iowa. Cet état a la particularité d’être très conservateur et peuplé majoritairement de blancs. L’impact médiatique de cette victoire symbolique sur Hillary Clinton va pousser certains électeurs afro-américains à croire aux chances d’Obama. Les remarques subtiles et frôlant parfois le racisme de Bill Clinton vont contribuer à consolider le vote des noirs pour Obama. L’ancien président américain avait même été déclaré « président des noirs » par ces derniers. Paradoxalement, au début des primaires, Obama a eu du mal à mobiliser l’électorat noir. En effet, le débat a fait rage chez les afro-américains pour savoir si Obama, qui n’est pas descendant d’esclaves (du moins directement) et qui est métis, faisait réellement partie de leur communauté.
Obama, candidat des noirs ou des juifs ?
Il est toujours un peu risqué de s’autodéclarer ou de désigner quelqu’un comme le représentant d’une communauté, surtout lorsque celui-ci n’a rien demandé et s’en défend. L’humoriste Dieudonné peut être cité en exemple. Suite au sketch « controversé » de celui-ci et de l’impact médiatique que cela a eu, la majorité des membres de la diaspora africaine va prendre fait et cause pour ce dernier. Les critiques de la presse, de certaines associations communautaires et des hommes politiques français vont contribuer à l’élever en martyr et défenseur de la cause noire. Lorsque le comédien va prendre des positions plus polémiques et fréquenter des personnalités (comme Jean-Marie Le Pen) dont certains propos à l’encontre des noirs sont clairement racistes, ces derniers vont se retrouver face à un véritable dilemme. On peut aussi citer Harry Roselmack dont la promotion aux commandes du journal le plus regardé d’Europe était présentée comme une réelle avancée pour les noirs. Qui peut réellement évaluer cet impact ? Cette nomination a-t-elle modifié le contenu rédactionnel du journal ou le nombre d’articles positifs sur les noirs et l’Afrique ? Citons enfin la Secrétaire d’Etat Rama Yade dont l’ascension devrait être un évènement pour les noirs. Madame Yade influence-t-elle la politique africaine de la France ? Sous son impulsion, quelles sont les initiatives qui ont été prises pour améliorer le quotidien des français d’origine africaine ?
Ces exemples montrent bien qu’il est important que les noirs se posent la question suivante : Est-ce que la réussite personnelle de l’un d’eux, sans leur soutien, en fait une réussite collective et, par corollaire, un représentant de leur communauté?
Barack Obama est-il donc le candidat des noirs ? Pour répondre à cette question, suivons le parcours politique du candidat et l’origine de ses principaux collaborateurs. Après son diplôme à Columbia, Obama décide de s’investir dans le social à Chicago. Il y rencontre Gerald Kellman, un juif qui a besoin d’un afro-américain afin de faciliter la mise en place de projets sociaux auprès de cette communauté. Diplômé également de l’Université d’Harvard, il épouse Michelle Robinson, en 1992. Le rabbin Capers C. Funnye Jr, cousin de celle-ci, est le premier afro-américain membre du Conseil des rabbins de Chicago et a été ordonné rabbin, en 1985. Il œuvre activement pour le rapprochement entre les différentes communautés et particulièrement entre juifs et noirs.
Dans le premier et deuxième cercle du candidat démocrate, à l’exception de quelques personnalités afro-américaines comme Susan Rice (ancienne Secrétaire d’Etat aux Affaires Africaines, sous la présidence de Clinton), Valerie Jarrett (l’amie et confidente de la famille) et Cornell Belcher (l’un des rares noirs qui réalisent des sondages, aux Etats-Unis), les principaux stratèges et conseillers d’Obama sont issus de la communauté juive. Nous ne pouvons tous les citer mais une recherche sur Internet permet de se faire une idée. Evoquons tout de même David Axelrold, qui peut être considéré comme l’un des principaux artisans du succès d’Obama. Il a la particularité de s’être spécialisé dans l’émergence des élus afro-américains comme Harold Washington, le premier maire noir de Chicago, John Street de Philadelphie, Anthony Williams de Washington, Dennis Archer de Detroit, Michael White de Cleveland, Lee Brown de Houston et surtout Patrick Deval, le premier gouverneur noir du Massachusetts.
La milliardaire afro-américaine Oprah Winfrey, reine de la télé américaine peut également être citée comme l’une des actrices du succès d’Obama. Engagée à ses côtés depuis le début (participation à des meetings et organisation des collectes de fonds), une étude de l’université du Maryland démontre qu’elle aurait rapporté près d’un million de voix au sénateur de l’Illinois, au cours des primaires démocrates. Il faut dire qu’elle à une côte de popularité très forte auprès de ses téléspectateurs qui sont majoritairement blancs. Il suffit par exemple qu’elle parle d’un livre dans son émission et le résultat se traduit par une explosion des ventes.
Lors de la tournée internationale du candidat démocrate, on peut regretter qu’il n’ait pas choisi (comme le sénateur McCain) de visiter un pays africain. Par ailleurs, de sa visite en Israël à l’intervention devant l’ AIPAC « American Israel Public Affairs Committee » qui est un puissant groupe de pression sur le gouvernement américain pour la défense d’Israël, Obama a donné toutes les garanties pour la poursuite des relations particulières qu’entretiennent ces deux Etats. C’est également un passage obligé pour de nombreux dirigeants politiques du monde lors de leur séjour, aux Etats-Unis. On entend souvent tout et n’importe quoi sur la communauté juive. Ils ont le mérite de se compter et de le faire savoir. Ainsi dans chaque Etat, ils savent exactement leur nombre et n’hésitent pas brandir la menace d’un vote sanction si leurs doléances n’étaient pas écoutées. Les noirs ne peuvent ils pas seulement s’en inspirer ?
L’hebdomadaire Le Point du 18 septembre 2008 publie un article de Bernard-Henri Lévy (le philosophe français le plus médiatique) dont des extraits méritent réflexion « comment il (Obama) est le seul - parce qu’il représente une minorité visible mais n’en défend pas moins l’idéal citoyen - à pouvoir arracher l’Amérique au mauvais démon de la guerre des minorités, de l’enfermement dans les ghettos, des communautarismes en rivalité, voir en guerre… Pourquoi il est le seul, encore, à pouvoir résorber la fracture qui s’annonce et qui, si elle se creusait, serait une catastrophe culturelle, métaphysique, donc politique, pour l’Amérique : cette fracture entre juifs et noirs, cette rupture de la grande Alliance nouée, dans les années 60, entre les deux minorités et qui a été l’honneur, le moteur et l’aiguillon de la grande Amérique réformatrice et de ses batailles… » Alors, Obama : une réussite juive ou afro-américaine ? Obama est il le candidat afro-juif ? Peut-il concilier ces deux communautés ? A chacun de se faire une idée…
L’Obama français ou le syndrome NIMBY ?
Aux Etats-Unis, comme en France, à l’exception de quelques personnalités, les leaders politiques noirs sont peu nombreux, contrairement à d’autres communautés dont le pourcentage dans la population globale est parfois inférieur à celui des noirs.
L’ascension d’un politique noir est, dans ce contexte, un évènement et celui du sénateur Obama est d’autant plus symbolique qu’il est le premier noir à représenter l’un des grands partis à l’élection présidentielle et surtout, il pourrait être le premier président noir ou métis des Etats-Unis. Vu la côte de popularité dont il bénéficie dans plusieurs pays et notamment en France, on peut légitimement s’interroger sur les chances réelles d’un candidat noir d’accéder à l’Elysée. Le sénateur de l’Illinois est apprécié aussi bien à droite qu’à gauche de l’échiquier politique français.
L’opinion publique et les politiques de l’Hexagone se livrent au NIMBY (Not In My Back Yard) ou OMA (Oui Mais Ailleurs). Un candidat noir aux portes de la Présidence de la République, très bien, mais aux Etats-Unis. D’ailleurs, aussi bien au Parti Socialiste qu’à l’UMP, combien de ses politiques sont prêts à choisir un leader noir pour les représenter. Ils répondront avec hypocrisie et sans blague que l’opinion n’est pas prête. La personnalité préférée des français est un métis. C’est peut-être les politiques qui ne sont pas prêts. Il serait également facile de rejeter toute la faute sur les politiques sans balayer devant sa porte. Ils sont nombreux ces français d’origine africaine qui utilisent le succès d’Obama pour stigmatiser la France.
En 2002, lorsque la députée Guyanaise Christiane Taubira était candidate à la Présidence de la République, combien des 5 millions de noirs ont voté pour elle ?
Quelles leçons les noirs devraient tirer de l’ascension d’Obama :
1. Le travail et la croyance en ses rêves ;
2. L’histoire n’est jamais écrite d’avance ;
3. La vie n’est pas une fatalité ;
4. Même face à certains commentaires et/ou comportements racistes, ne pas s’enfermer dans ce débat et puiser dans le positivisme pour avancer ;
5. Eviter les réactions du « noir en colère » qui est toujours en train de renvoyer la faute aux autres.
Barack Obama a réussi a s’imposer face à l’une des familles les plus puissantes du parti démocrate. Même Martin Luther King, dans son « dream », n’avait pas imaginé un tel scénario. Le sénateur de l’Illinois sera peut-être dans un mois, le prochain président des Etats-Unis d’Amérique. En tout cas, nous le souhaitons vivement. Par ailleurs, Obama ne fera pas grand-chose pour l’Afrique et les africains ne devraient d’ailleurs rien attendre du candidat démocrate. Par contre, qu’à travers son exemple, les africains comprennent que tout est possible et qu’on peut partir de zéro et se retrouver au sommet du monde. Il y a là une source de motivation qui devrait habiter toute une génération d’africain, loin de l’image misérabiliste répandue et des clichés sur le continent noir. Il est, également, très important de se définir soi-même comme modèle, ce qui oblige inconsciemment à travailler dur pour réussir et se motiver.
Quelque soit votre domaine d’activité, votre niveau d’étude ou votre situation sociale, avec pour devise « travail, confiance en soi et positivisme », YES YOU CAN !
Lu pour vous sur www.20mai.net
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28.09.2008
AJUSTEMENT MENTAL : LE REMEDE AU DRAME AFRICAIN
A tous les peuples d’Afrique;
A Mamadou Koulibaly, Okili et Biwagou du Fucr, Agnès Krady des amis
miens;
En hommage aux braves populations africaines et à la mémoire des
illustres ancêtres.
Le continent africain est à la traîne des autres. Il souffre d’une
pauvreté chronique qui paraît d’autant plus incurable que toutes les
tentatives de solution ébauchées en vue de remédier à son mal se
soldent par des échecs.
Des indépendances jusqu’à ce jour, les montagnes de remèdes appliqués
par les institutions internationales de même que les velléités des
Etats africains eux-mêmes ont accouché d’une souris. Quand elles n’ont
pas tout simplement refusé d’accoucher.
Une incapacité qui témoigne de la mauvaise approche faite du drame
africain et démontre que, autant les premières citées que les
africains eux-mêmes font partie du problème. Pour parler comme le
reggaeman jamaïcain Buju Banton : ‘’ you’re not part of solution then
you’re part of problem’’. Autrement dit, si on ne fait pas partie de
la solution, on fait (d’une manière ou d’une autre) partie du
problème.
L’échec des programmes de redressement économiques mis en place
depuis les ‘’indépendances’’ de nos Etats puisent leurs sources non
seulement dans leurs caractères drastiques, mais surtout inappropriés
et inadaptés aux vraies réalités africaines. A dessein d’ailleurs…
Les institutions internationales, dont sont maîtresses les puissances
capitalistes de ce monde, n’ont jamais eu pour véritable mission de
permettre aux autres peuples d’émerger. De se hisser à leur rang,
mieux de les supplanter. Il suffit de se référer aux programmes
d’ajustement structurels des années 90 pour s’en convaincre.
Les PAS de ces années-là, n’ont eu pour principaux objectifs inavoués
que de renforcer et pérenniser (par l’entremise du FMI et de la Banque
Mondiale) la mainmise occidentale sur l’économie de nos Etats face à
la montée en puissance des contestations sociales et politiques des
masses africaines. Contestations nées des effets collatéraux du Vent
de l’Est marqué par la chute du mur de Berlin en 1989.
En effet, ce Vent de l’Est, comme son appellation l’indique, n’était
pas destiné au Sud.
Savamment planifié par les grandes nations capitalistes en vue de la
déstructuration du bloc soviétique et sa mise sous coupole, le Vent de
l’Est s’est malencontreusement déporté vers d’autres horizons.
C’est ainsi que, contre les prévisions de ses initiateurs et séduites
par les artifices de liberté et de démocratie dont il a été habillé,
les masses africaines sont intervenues dans ce vaste mouvement à
l’effet de porter haut, elles aussi, leur désir d’émancipation.
Il relève donc de l’accident que les Africains se soient invités à ce
‘’banquet démocratique’’ auquel ils étaient nullement conviés.
Une contingence de l’histoire.
Ce n’est pas un hasard si, en pleine période de contestations des
populations africaines, l’ex président français jacques Chirac –
prétextant des turbulences qui ont suivi ces mouvements et qui
n’étaient en rien différentes ceux de l’Est-, a jugé bon de
décréter : ‘’ Les Africains ne sont pas mûrs pour la démocratie.’’
Cependant, l’histoire se faisant ; ce désir de liberté, longtemps
étouffé, s’est présenté comme une grave menace pour le système de
prédation économique et politique occidental imposé à nos Etats. C’est
donc dans le but de contrer les besoins réels des Africains afin de
préserver les intérêts des nations dominantes que ces plans
conjoncturels de redressement ont été mis en œuvre.
D’ailleurs, les programmes dictés aux Etats sous domination depuis les
années 60 n’ont répondu qu’à cet unique objectif. Le cas de la
Jamaïque de Michael Manley, des années 70 à 80, nous édifie à ce
sujet. Pays émergent qui s’est retrouvé dans le gouffre sous le poids
du FMI.
Malheureusement, les différentes tentatives (?) des Etats africains à
travers les élites et les masses afin de solutionner le mal qui ronge
notre continent, ne connaissent pas meilleur sort. Car, à dessein ou
par ignorance, les Africains se refusent à reconnaître les véritables
raisons du drame qui les affecte et de s’assumer.
Il existe une vérité que nous devons constamment avoir à l’esprit.
S’il est indéniable que l’Afrique souffre de la pauvreté, celle-ci est
loin de représenter la source de ses malheurs présents. Mais la
conséquence. En ce sens que nous n’avons pas souvenance dans
l’histoire du continent d’un état de putréfaction aussi avancé et
généralisé avant la colonisation et, plus loin, l’esclavage.
En effet, en vue d’asseoir sa domination, le colonisateur s’est attelé
au démantèlement de nos sociétés et de ses valeurs pour faire de
l’homme Africain, autrefois libre, un parfait sujet.
Le système colonial, guidé par la négation de nos valeurs et partant
de l’africain lui-même, avec comme point d’encrage la fascination des
siennes, a eu pour conséquence de pervertir notre mode de pensée.
Ceci, de sorte à le réduire à un état de sauvage et de barbare dont
seule la civilisation occidentale demeure l’unique Salut.
Un cynisme poussé à un tel paroxysme que même le Roi de cette jungle
nôtre, à laquelle nous avons été cantonnés par l’imagerie hellène,
s’est trouvé encore être comme par enchantement… un certain Tarzan. Le
plus sauvage des occidentaux.
Si bien que l’Africain aujourd’hui n’a plus conscience de son
existence en tant qu’être humain doté d’une histoire, d’une culture,
d’un génie et de réalités qui lui sont propres. Ses repères étant
devenus occidentaux. A ce titre, toute chose ne suscite son intérêt
ou sa passion que lorsqu’elle porte le cachet de l’occident. Et pire
désormais, d’horizons autres que l’Afrique.
Le système d’éducation hérité de la colonisation a fait de lui, un
consommateur non un producteur, un as de la mimique non un créateur,
un éternel assisté non un partenaire. Enfin, un décor dans le monde
non un participant du monde. Une extraversion telle, que nous sommes
en total déphasage avec notre milieu et nos réels besoins.
Nos Etats forment des millions d’étudiants en espagnol alors que les
populations sont affamées en dépit de la fertilité et de la
disponibilité des terres arables.
On éduque autant de millions d’étudiants en allemand quand le chômage
et la maladie déciment nos populations.
On attend de l’Europe les remèdes aux maux qui nous affectent, alors
que leurs médications sont à portée de main, chez nous.
On enivre notre jeunesse de l’histoire des grandes conquêtes et
œuvres de Napoléon quand elle ignore celles de ses illustres ancêtres.
On se passionne, et s’entretue au besoin, pour l’islam et le
christianisme quand on rejette nos pratiques religieuses ancestrales.
Dans l’ignorance totale que la religion est l’âme culturelle d’un
peuple bien déterminé. Le ciment de sa civilisation. L’instrument de
sa conquête du monde.
Nous sommes frappés par la pauvreté, tandis que des secteurs entiers
de nos économies attendent d’être exploité et nos enfants sont livrés
à la rue.
Le tableau paradoxal de cette indicible extraversion, qui fait peine à
voir,
n’est pas exhaustif.
De surcroît, cette mentalité de colonisé, sans cesse contrariée par
les poches de résistance de nos valeurs propres qui ont vie dans ce
qui reste de nos sociétés traditionnelles, a contribué à produire un
profond déséquilibre en nous. Engendrant de ce fait, une autre espèce
d’individus.
Ni africain ni occidental, ni rien en définitive sauf un être humain,
l’Africain apparaît de nos jours comme un déséquilibré mental. Un être
hybride à l’image de la chauve- souris dans le règne animal. Ni
oiseau, ni mammifère.
C’est pourquoi, une refondation de nos mentalités s’avère plus que
jamais nécessaire afin de sortir les peuples Africains du fond de
l’abîme où ils végètent.
Ceci étant entendu que, quelques soient les pluies de milliards de
Francs ou autres richesses dont dispose un déséquilibré, il n’en fait
rien. Sinon rien que du gaspillage dans la mesure où il demeure sans
repères ni objectifs précis.
Cependant, il convient de faire remarquer qu’il ne s’agit nullement
ici d’un changement de mentalité. Car un changement de mentalité dans
le cas africain suppose, soit un reniement radical des valeurs
occidentales afin de s’arc-bouter autour de celles uniquement
africaines : signe de notre involution ; soit un accord total avec
elles : marque de notre perdition.
Il est établi que certaines valeurs occidentales font désormais partie
de nos réalités par la force des choses. Il nous appartient d’en faire
le tri et de ne retenir que ce qui est d’abord bon pour nous.
En ce qui nous concerne, le remède au mal africain réside de prime à
bord dans un ajustement mental. C’est-à-dire une prise en compte des
deux réalités marquée par la prédominance de nos valeurs propres.
Autrement dit, un rééquilibrage de notre mode de pensée qui appelle à
la réhabilitation sans complexe aucun de nos valeurs comme fondement
de notre évolution, de nos empreintes dans l’histoire de l’humanité et
à une appropriation des valeurs qui font la force des autres peuples
dans le monde.
Une condition incontournable qui scellera, à n’en point douter,
l’Unité et la Renaissance de l’Afrique.
Dans la mesure où, cet Ajustement fera ressortir, au delà des
particularismes, les traits fondamentaux communs aux peuples
africains. Traits de valeurs qui se résument au socialisme, la
solidarité, au partage vrai ; en un mot, un humanisme affirmé.
Dès lors, l’Africain ne concevra plus les problèmes d’un point de vue
sectaire et synchronique mais s’éveillera à une approche globale et
diachronique de son évolution dans le monde.
Toute chose qui conduira à une symbiose entre les élites et les
masses, fera l’unité et la stabilité de nos sociétés puis stimulera le
génie de nos peuples, particulièrement, dans les domaines où ils
excellent.
Une donne nécessaire qui constituera incontestablement la force et la
marque de l’Africain de demain dans le concert des peuples.
D’ailleurs, de toute l’histoire de l’humanité, aucun peuple ne s’est
imposé au monde en se reniant.
Pour ce faire, il nous appartient d’imaginer les voies et moyens qui
permettent d’atteindre ce but.
La logique impose, puisque c’est d’abord par la ruse puis la force que
nous, peuples africains, avons été réduits au statut d’instruments par
les puissances dominantes de ce monde, que nous empruntions la voie de
la ruse.
Pour trois raisons qui nous semblent essentielles.
Primo, l’esclavage, la colonisation et l’ère capitaliste avec leur
cortège de malheurs que nous subissons en ce moment ont assez vidé
notre continent de ses ressources humaines et de ses fils parmi les
plus valeureux.
L’Afrique est aujourd’hui sous peuplée contrairement à ce que l’on
voudrait nous faire croire. 875 millions d’habitants pour un
gigantesque territoire de 30 millions de km2 contre 375 millions
d’habitants pour seulement 3.231.000 km2 concernant l’Europe, et 2
milliards d’individus pour 9.630.960 Km2 s’agissant de la chine
uniquement.
Un dépeuplement qui constitue une de ses faiblesses majeures qu’il
nous appartient de combler.
Secundo, les rapports de force physique (militaire) entre l’occident
et l’Afrique revêtent une disproportion flagrante et indiscutable.
Tertio, le nouveau contexte de compétition mondiale de ce début de XXI
è siècle rend caduc tout usage de la force physique.
Pour preuve, l’usage abusif des opérations militaires des USA et de
l’Europe (de manière solitaire ou sous le couvert de l’ONU et l’Otan),
a grandement affecté leurs économies. Le revers de la médaille.
De plus en plus de nations au monde possèdent une capacité de nuisance
qui impose un équilibre la terreur.
Il n’est pas dans notre entendement de céder au défaitisme ni à la
résignation. Mais le bon sens recommande que tout usage de la force ou
de la ruse soit fonction du contexte. ‘’ Quand la musique change, la
danse change’’, nous apprend la sagesse africaine. C’est la marque de
tout homme et tout peuple intelligent.
Les Dragons d’Asie, le Japon et la chine en tête, de même que l’Inde
ont réussi ce pari en trouvant les ressorts de leur émergence dans la
richesse de leur valeur propre, l’intelligence de leurs peuples et la
maîtrise de ce qui fait la force du monde occidental. Ceci, sans avoir
eu recours à des conquêtes militaires.
Il appartient donc aux Africains d’en faire autant. Voire mieux, vu
l’immense potentiel dont ils disposent.
Si les solutions à nos maux résident en grande partie dans nos valeurs
fondamentales et nos réalités propres, l’éducation est la clé du
sésame de notre nouveau départ dans la marche de l’humanité. Une
Education qui ses fondements dans nos valeurs et qui concoure à
l’amélioration de notre vécu. Non une instruction telle qu’elle nous
été léguée par le colonisateur.
Il ne sert à rien de s’attaquer aux superstructures de prédation des
puissances dominantes qu’il suffit de mettre hors-jeu, si nous
imaginons les moyens de notre propre développement.
Il est aussi illusoire de se précipiter vers la constitution de grands
ensembles économiques ou politiques, si chaque Etat africain ne
procède pas à sa propre toilette, sa propre refondation. Ce serait
bâtir une maison en commençant par le toit.
Au demeurant, s’il est mathématiquement admis comme postulat que
1+1=2, donc l’union fait la force ; il n’est pas moins vrai que : 1
Pauvre+1 Pauvre= 2 Pauvres, 1 Déséquilibré + 1 Déséquilibré = 2
Déséquilibrés dont les unions font la force de désastres non seulement
pour eux-mêmes, mais pour l’humanité toute entière.
C’est dire qu’on ne sait par quelle magie un agrégat de maux incarné
par un assemblage d’Etats désintégrés (Hier l’OUA, aujourd’hui l’Union
Africaine, pâles copies de l’UE), pourrait indubitablement déboucher
sur le Salut de l’Afrique.
A l’heure où le monde occidental subit les revers d’un capitalisme
sauvage, les Etats-Unis d’Amérique et l’Europe semblent
intellectuellement ménopausées, il appartient à chacun des Etats,
chaque société africaine, chaque corporation, chaque famille, chaque
individu, de sonner l’heure du Réveil Africain afin de ne pas manquer
cet important rendez-vous de notre histoire et des Grands Peuples.
Les moyens sont là qui existent. Il suffit, ensemble, de réunir toutes
nos énergies afin de les imaginer.
Carell Bohoui-Baclaud
Consultant en Communication
Et en Stratégies politiques et sociales
+226 78 32 31 71
Ouaga, le 02 Septembre 2008.
21:07 Publié dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (9) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : carell bohoui-baclaud, pauvreté, afrique, indépendance, ajustement mental, drame africain

