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mardi, 10 septembre 2013

SYRIE: LA MORALE PIETINEE

OBAMA ET HOLLANDE 4.jpg



Après avoir lu la " Synthèse nationale de renseignement déclassifié ", de la République Française, portant " Programme chimique syrien-Cas d'emploi passé d'agents chimiques par le régime-Attaque chimique conduite par le régime le 21 août 2013 " et visionné les vidéos jointes, un ami, Hafid de son prénom, a tenu à faire certaines remarques. D'ordinaire devant un document aussi solennel, émanant de la présidence de l'une des prétendues plus grandes puissances mondiales, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies, le quidam est figé dans un respect quasi religieux, mais la perspicacité a été plus forte. Se documentant sur le sujet à propos des " fumées blanches " signalées, il constate ceci: " un débutant en chimie affirmera sans l'ombre d'un doute que le SARIN, à température ambiante, est incolore, inodore et liquide " Il ajoute qu'à l'utilisation " Il s'évapore rapidement sous la forme d'un nuage incolore et inodore également ".

Mieux encore, dans son investigation, Hafid se rend très vite à l'évidence que les vidéos " déclassifiées " (un grand mot) sont en fait les mêmes qui figurent sur Youtube depuis un certain temps. Dans ces vidéos les corps d'enfants, supposés morts, sont propres et ne présentent aucune crispation des muscles, ni d'autres caractéristiques physiques, consécutives à une exposition au gaz Sarin. Là, notre ami, cite la réaction d'une pédopsychiatre étatsunienne qui considère que cela ressemble fort à " une mise en scène de cours d'école ", tout en jugeant du caractère " pédopornographique " des images exhibées.
 
Ainsi le pouvoir français n'a pas seulement abusé de son autorité morale pour tromper son peuple et le monde entier, mais a démontré le peu de cas qu'il fait de sa réputation. A telle enseigne que la prestation du secrétaire d'Etat étatsunien, Colin Powell devant le Conseil de sécurité, à propos des armes de destruction massive en Irak, peut paraître moins ridicule. Powell doit même en être soulagé de ne plus se trouver seul dans ce cas. Autre constat de Hafid, l'incapacité des " révolutionnaires ", à utiliser le gaz faute de moyens, est rapportée à l'affaire du métro de Tokyo où des illuminés ont pu réaliser l'opération, sans " fumées blanches " ironise-t-il.
 
Mais faut-il croire que le gouvernement français se préoccupe de la vérité ? Même si cela était, de quelle autorité morale dispose-t-il pour se porter en justicier ? Celle peut-être de la longue série de cadavres qui jalonnent l'histoire de la France coloniale où les " socialistes " avec leurs " pouvoirs spéciaux " ont su faire, il n'y a pas si longtemps ? Question crédibilité, le plus cynique reste quand même le prix Nobel de la paix, Barak Obama, qui nous sert un couplet pathétique: "Ce n'est pas ma crédibilité qui est en cause. La crédibilité de la communauté internationale est en cause, et la crédibilité des Etats-Unis et du Congrès est en cause". Lui qui devrait mériter aussi se voir plonger la tête dans les mares de sang versé partout dans le monde, presque exclusivement par son pays. Histoire qu'il use, peut-être, d'un peu plus de circonspection en matière d'humanisme outré et qu'il affiche franchement la barbarie qu'il représente. 
 
 
Ahmed Halfaoui


00:00 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Etats-Unis d'Amérique, Europe, France, Monde, Monde arabe, Syrie | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : monde, états-unis, france, syrie : la morale piétinée, ahmed halfaoui | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 30 août 2013

IRAK, LIBYE, SYRIE DES «PREUVES» ET DES AGRESSIONS

SYRIE - ETATS-UNIS. RECHERCHE DE PREUVES CONTRE LA SYRIE.jpg

Les services de renseignements américains cherchent des preuves


L’impérialisme a-t-il jamais eu besoin de preuves pour agresser un peuple, un pays? Et s’il en a invoquées étaient-elles réellement crédibles et justifiaient-elles son ingérence dans les affaires intérieures des Etats concernés? La seule histoire récente, des interventions militaires des Etats-Unis, est implacable plutôt de preuves sur l’arrogance et le cynisme de la Maison-Blanche et de sa suite de vassaux.

A chaque crime correspond une montagne de mensonges qui sont immédiatement « oubliés » pour en resservir d’autres, à l’occasion d’autres entreprises de prédation. Les « preuves » ont toujours trait aux atteintes aux « droits de l’homme », à la « démocratie », à la « sécurité des Etats-Unis ou à leur way of life (sic !) ».

En face et autour le monde assiste impuissant et passif à sa mise en coupe réglée. Une « communauté internationale » bienveillante sert de caution « morale » au jeu de massacre. Elle est chargée d’applaudir au discours dominant à la demande. Les Nations unies, quand elles ne sont pas « paralysées » par un veto, peuvent ne plus servir à assurer la légalité internationale comme en Yougoslavie et en Irak. La Syrie pourrait-être ainsi la prochaine victime d’une ignominieuse attaque, à laquelle se prépare l’alliance atlantiste forte du silence sidéral de l’écrasante majorité des gouvernements du monde.

Le scénario est en place, le « régime de Damas » a utilisé des gaz mortels contre la population de son pays, les principaux membres de l’OTAN l’ont affirmé et n’ont pas eu besoin d’attendre le résultat des expertises. Pourquoi faire ? Pourrions-nous nous demander. Ce type de décret a déjà servi et a pu autoriser que deux peuples soient précipités dans un cauchemar sans fin, les Irakiens et les Libyens qui ne sont pas appelés à la barre pour témoigner sur le résultat de leur « libération de la tyrannie » et sur la « démocratie » que les bombardiers atlantistes leur ont larguée.

Pourtant il serait bien de les interroger, chose qui ne semble pas être à l’ordre du jour des médias de la bête. Et pour cause, aujourd’hui, ils sont trop occupés à resservir la soupe sur la Syrie. Cette soupe qui justifiera, le cas échéant, des « frappes chirurgicales » contre Bachar Al Assad ou plus s’il en faut, jusqu’à la « victoire » des « révolutionnaires » de la CNS/ALS. Le gouvernement syrien lui-même se situe dans la rhétorique en vigueur. Son représentant à l’ONU endosse la robe du défenseur: « Beaucoup de données tendent à prouver l'innocence du gouvernement syrien qui fait l'objet d'une accusation fallacieuse ». Il feint de croire au bon sens et à l’utilité de cette organisation, au moment même où se confirme le peu de cas fait des données, puisque Washington a demandé à l'ONU de mettre fin à la mission de ses inspecteurs sur les sites où les attaques chimiques se seraient produites. A la suite de quoi les inspecteurs ont cessé leurs activités pour « raison de sécurité ».

Un seul doute persiste, si les Etats-Unis envoient leurs avions, sur la nature des assurances qu’ils auraient eu auprès des Russes et des Chinois et en échange de quelle contrepartie. Si, toutefois, Moscou ou Pékin ou les deux réunies ne réagissent pas à la hauteur de l’outrecuidance étatsunienne.   
 
 
Ahmed Halfaoui


vendredi, 23 août 2013

EGYPTE, TUNISIE: DERRIERE LE FACTUEL

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L’épisode agité des Frères musulmans au pouvoir en Egypte et en Tunisie est très riche en enseignements, même si le spectacle prend le pas sur la réalité de la dynamique en cours. De bonne guerre les propriétaires mondiaux de la parole et de l’image ne la traitent pas. A la une des médias, sur les plateaux de télévisions, dans les analyses, dominent le factuel, le formel et l’émotionnel. Rien sur les facteurs profonds qui ont fait que les Frères se soient retrouvés la cible de la furia populaire, en dehors du confortable cliché qui met au cœur de la problématique la confrontation entre religion et laïcité. Les Frères eux-mêmes crient au complot anti-islamiste et entretiennent au sein de leurs partisans le sentiment d’une « croisade » contre l’Islam. Une démarche très peu opérationnelle, si nous considérons l’attitude des protestataires qui ne se laissent pas prendre à ce type d’accusation, au point de ne plus même y répondre.
 
Car en arrière fond les déterminants de l’ascension des Frères n’ont jamais ressemblé à une revendication religieuse. L’arithmétique électorale aurait même pu être inversée au profit des tendances porteuses de projets économiques et sociaux alternatifs, puisque les victoires obtenues n’étaient pas aussi significatives que cela est revendiqué. Il faut dire que les Frères semblaient correspondre au « changement » attendu, qui mettrait fin à l’iniquité, à l’injustice et à l’exclusion. Dans leur discours qui porte la notion de justice immanente tout concordait avec la compréhension populaire. Les Frères à la « longue marche » de plusieurs dizaines d’années allaient bouleverser l’ordre des choses. C’est ce qu’ont cru les quelques dizaines de pour cent qui ont voté pour la confrérie, qui sortait d’une longue période de marginalisation comme en Egypte ou de clandestinité comme en Tunisie. Si la parole avait été donnée à ceux qui font le torrent, personne n’aurait entendu parler de ces concepts intellectualisés que sont la « démocratie », les « droits de l’homme », les « libertés publiques », mais de leur contenu réel avec des mots vrais et du sens qui disent la souffrance quotidienne de dizaines de millions d’enfants, de femmes et d’hommes. Mais ce ne fut pas le cas et ce n’est toujours pas le cas.
 
Puisque pendant que les masses populaires crient leur colère, contre la poursuite de l’oppression censée avoir été balayée, les Frères et leurs soutiens atlantistes, sourds comme jamais, revendiquent la « légalité » et le « respect de la démocratie des urnes ». Autant dire que l’affrontement n’est pas près de connaître une issue. En Egypte, l’armée qui « a répondu à l’appel du peuple », en disqualifiant le président des Frères, répond de même à cette « légalité » en interdisant les « comités populaires », en qualifiant leur existence d’ « illégale ». Alors qu’en Tunisie vient de se révéler une entrevue secrète, jeudi 15 juillet à Paris, entre Béji Caïd Essebsi, le représentant patenté du système, et Rached Ghanouchi le chef des Frères tunisiens. Dans les deux cas, il ne faut pas voir autre chose que la question de la gestion du grondement populaire. Même si en Egypte la situation semble plus avancée vers une confrontation post-Frères.       


Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

15:48 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Egypte, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : égypte, tunisie, www.lesdebats.com, egypte tunisie derrière le factuel, ahmed halfaoui | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 03 juillet 2013

EGYPTE: LA FIN DE L'HEGEMONIE ATLANTISTE?

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La Place Tahrir se lève contre le président Morsi



Le pouvoir étatsunien ne doit pas en mener large. Avec la Turquie c'était déjà assez coton, mais là! C'est l'Egypte, le cœur du dispositif péniblement mis en place depuis Anouar Essadate, qui est sérieusement menacé. Car il semble bien que cela soit la fin et du "printemps" des Arabes et assimilés et des Frères et du wahabisme et de l'hégémonie atlantiste dans la région. Le retour de manivelle est impressionnant. Jamais le peuple égyptien n'a été aussi mobilisé, même comparativement à l'ère du nationalisme nassérien.
 
Des marées humaines font la démonstration du refus de l'agenda dévastateur porté par Mohamed Morsi et sa Confrérie. La grande presse a beau faire croire à un clivage "laïcs" versus "islamistes", elle ne parvient pas à cacher la réalité que, bien au delà d'un courant politique, c'est le peuple  profond qui s'ébranle dans un extraordinaire mouvement contre la dictature de la "démocratie de marché", contre l'allégeance des Frères aux Etats-Unis, contre la mise à l'encan de la souveraineté du pays et contre l'engagement aux côtés de l'OTAN vis-à-vis de la Syrie. Uniques signes de ralliement, l'emblème national et, pour ceux qui ont pu en dénicher un exemplaire, le portrait de Gamal Abdenasser. Tout un symbole. La conscience égyptienne, que des dizaines d'années de bradage dans l'infitah, de compressions sociales, et de compromissions/trahisons dans la reconfiguration du Moyen-Orient, semblaient avoir anesthésié à jamais, a démasqué les Frères.
 
Dans une lamentable lecture, pleine de mépris des faits (ou plutôt de dépit) qui se veut analyse, le quotidien français Le Monde y voit "un vaste mouvement d'opposition, qui regroupe l'essentiel du camp laïc - plus quelques revanchards de l'ancien régime - et qui peut capitaliser sur le désespoir d'une bonne partie des Egyptiens". "Idéalement, les deux camps attachés au rejet de ce qu'a été l'ancien régime, devraient dialoguer", est la chute de l'article, l'expression du désarroi, devant l'effondrement des plans concoctés.
 
Reste le fol espoir d'un bain de sang qui n'aura certainement pas lieu, malgré quelques dérapages. Dans le réel, le monde entier suit en direct, la formidable communion de millions de femmes, d'hommes et d'enfants, animés de la certitude que rien ne doit plus et ne pourra plus se faire sans eux. En attendant le dénouement de cette épopée, nous ne pouvons ne pas nous remémorer la longue marche des Frères, à l'assaut du pouvoir, contre le communisme et le nationalisme. C'était du temps où une partie du monde dit arabe résistait vaille que vaille à l'offensive des puissances occidentales, où l'Arabie des Saoud ne trônait pas encore sur la scène internationale, où le Qatar ne figurait même pas dans les entrefilets de presse et où la "démocratie" rimait plutôt avec "édification nationale". Elle a duré cette marche, jusqu'à ce "printemps" qui devait être béni, mais qui s'est transformé en cauchemar. Il faut dire que ne pas tenir une année le pouvoir convoité, est une exception en la matière, surtout quand on se proposait de produire la société idéale et que l'on se trouve confronté, en quelques mois, à inspirer un dégoût et un rejet rarement observés dans l'Histoire.   
 
 
Par Ahmed Halfaoui


lundi, 21 janvier 2013

TINGUENTOURINE ET LES MYTHOLOGUES

ASSAUT FINAL A IN AMENAS.jpg

 

Jusqu'à plus informé, le groupe armé, qui s'est attaqué à la base de Tinguentourine, ne vient pas du Mali et n'est pas une projection du Mujao ou de Ançar Eddine, pour autant que ces deux formations soient capables de se déployer de la sorte. Ce groupe venu de Libye, selon les autorités algériennes, est composite dans la nationalité de ses membres, comme il est d'usage depuis l'internationalisation de la guérilla islamiste. L'attaque en elle-même n'est pas la première du genre et l'Algérie, elle, était probable et faisait partie des risques encourus par toutes les installations vitales ou stratégique du pays, encore en butte à une guérilla islamiste qui conserve un niveau de nuisance assez important. Il n'y a donc aucune raison particulière de conclure à une extension de la crise malienne, même si le commando a fait référence au survol du territoire algérien par l'armée de l'air française, certainement pour se poser en justicier. Mais, dans les médias français, beaucoup de couplets déclamés sur le sujet se félicitent de voir le pays rejoindre le champ de bataille.  

Pierre Vermeren, professeur d'histoire du Maghreb contemporain à La Sorbonne, du haut de ses connaissances et de son autorité intellectuelle, se risque à dire que «la prise d'otages d'In Amenas est un échec majeur pour Alger, qui voit la guerre au Mali s'implanter sur son territoire, et sa prudente politique avec les groupes armés du Sahel remise en question». Il résume de façon magistrale tout ce qu'on peut lire sur ce qui est appelé, sans hésitation, la «fin de l'isolement» de la France. «Maintenant qu'elle a du sang sur les mains, l'Algérie ne pourra plus jouer double jeu comme avant», écrit le Républicain lorrain.

L'Algérie va envoyer son armée rejoindre celles de la Françafrique à chasser les rebelles maliens. Quel retournement de l'histoire, ce serait ! Mais attention, il faut du temps pour cela, nous dit-on. En écho des voix bien de chez nous, dans des journaux connus pour leur cordiales relations avec la «communauté internationale», elles aussi convaincues que l'Algérie doit obéir à l'appel des «Grands», pensent que notre armée à besoin de se préparer à la «projection» de ses troupes hors du territoire. La chose étant entendue par ailleurs que le pays s'insère désormais dans le Sahel, cet ensemble chaotique qui a besoin d'une prise en main, en termes de sécurité, d'ordre et d'administration. Le seul problème reste que les faits sont loin d'être conformes à la mythologie que l'on  tente d'implémenter, fut-elle accréditée par le formidable arsenal médiatique. On sait que le pouvoir algérien a fait un certain nombre de concessions, mais il n'en est pas arrivé à se soumettre à ce qui correspondrait à l'abandon pur et simple du principe même d'indépendance nationale. Il faut retenir, quand même, qu'il y a une volonté affichée de lier la prise d'otages de Tinguentourine à la guerre menée par la France au Mali, l'objectif étant de convaincre les Algériens de sortir de la réserve qu'ils observent jusqu'ici et de les amener à inscrire le pays dans la liste normalisée des Etats africains et nord-africains, afin de finaliser la mise en coupe réglée de la région.


Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

mardi, 25 octobre 2011

LES AFRICAINS NE SAVENT PAS

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François Copé, Secrétaire général de l'UMP (Union pour la Majorité Présidentielle), parti politique du président français Nicolas Sarkozy.

 

Les Africains n'ont pas de bonnes chaînes-TV, de bons journaux, et ne savent pas trop où aller sur Internet, quand ils y ont accès. Leurs chaînes  sont archaïques, croient toujours que la bonne vieille langue de bois est encore efficace et que leurs programmes soporifiques sont regardés. Les journaux ne sont pas beaucoup lus et pour ceux qui les lisent ils n'offrent le plus souvent que le ton des dépêches d'agences. Alors, les Africains regardent les télévisions de là-bas, qui offrent plein de choses confortables pour les yeux. Des matchs de haut niveau, des films récents et bien faits et...des informations aux belles images, rapides, digérées, commentées et illustrées.

Donc ils ne peuvent pas savoir ce qui risque de les atteindre, en bien ou en mal. Pour deux raisons. La première est que la langue de bois ne les nourrit pas de la réalité et que l'information de là-bas est faite pour qu'ils ne sachent rien de ce qui puisse leur faire du mal. La seconde est qu'ils n'ont aucun moyen de pallier la chose, s'il leur arrive de penser à le faire, malgré tout. Par conséquent, ils ne sauront pas ce qu'a dit François Copé, s'il leur arrive de savoir qui c'est, sur la nouvelle politique africaine de la France. Sinon ils auraient risqué de réagir.

Le monsieur Copé a dit que «Cette nouvelle politique (...) c'est celle que le président français Nicolas Sarkozy a menée durant la crise ivoirienne, comme d'ailleurs, dans un registre très différent, il a pu le faire en Libye». En passant, on peut lui reconnaître qu'il sait qu'en Libye cela passe plus difficilement qu'en Côte d'Ivoire. Il y a une raison fondamentale, voire vitale, que les Africains sachent ce qui se passe. Le monsieur parle d'eux. Il dit qu'il y a «... en Côte d'Ivoire comme en Libye une mission d'abord au service des peuples concernés...» Les Africains doivent être informés de ça et être les premiers à savoir qu'il y a une  «mission» en leur direction.

Eh bien, ils ne le sauront pas, jusqu'à ce que la terre se dérobe sous leurs pieds et que des flots de haines séparent en ennemis mortels, les enfants d'un même pays. Des «bons» d'un côté, des «méchants» de l'autre. Ces catégories, ils pourront les identifier grâce à ces mêmes télévisions, à la belle cosmétique, où défileront des «opposants» et des  «spécialistes»  de leur pays et qui leur expliqueront ce qu'il faut faire et de quel bord il faut être. Des dizaines de milliers de morts plus tard, sur un pays en ruine, la Banque Mondiale, le Fonds monétaire International et d'autres institutions du même acabit viendront, comme en Libye, travailler avec «les nouvelles autorités à un plan de relance économique», un plan qui impliquera les «experts» des «grandes démocraties», toujours soucieuses du bien-être des Africains et des peuples qui leur ressemblent.

D'ailleurs, pour preuve, la visite en Algérie du secrétaire d'Etat-adjoint américain pour les Affaires du Proche-Orient et l'Afrique du Nord, qui a pour but avoué de savoir auprès de Bouteflika «quelle était la meilleure façon d'aider (la Libye) à avoir une bonne transition». Et là, c'est encore assez gentil de solliciter un Africain. Car d'habitude ils décident tous seuls de ce qu'il y a à faire. Les Africains ne savent pas ce qui se passe autour de leur avenir et cela durera tant qu'ils ne seront pas informés.


Par Ahmed Halfaoui


Source : LES DEBATS.COM

mercredi, 28 septembre 2011

AÏCHA KADHAFI N'Y EST POUR RIEN

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Aïcha Kadhafi a qualifié des membres du CNT de traîtres, Medelci : «Des propos inacceptables»

 

"Dans une récente sortie médiatique, la fille de Kadhafi, à qui les autorités algériennes ont accordé l'asile pour des raisons humanitaires, a déclaré que son père allait bien et s'en est prise aux nouvelles autorités libyennes". Le site Algérie 360.

 

Plus passent les mois plus s'estompe l'euphorie qui s'est emparée des colonialistes au début de l'entreprise coloniale en Libye. Les heures prévues pour la «victoire» se sont transformées en semaines, puis en mois, ensuite en «prolongation de trois mois» de l'opération «protecteur unifié». Si rien n'est fait, ces prolongations, il va certainement y en avoir indéfiniment. Pour le moment, la résistance arrive encore à les justifier. Plus tard, si par malheur elle venait à être réduite, les puissances engagées trouveront bien une explication à leur nécessaire maintien dans le pays. Le plan est déjà prêt, à n'en point douter, qui aidera à faire perdurer la fiction politique et militaire d'un pouvoir autochtone issu d'une révolution.

Pour le moment, il s'agit d'abord de faire place nette pour que les affaires reprennent et la mission n'est pas de tout repos. D'autant que les supplétifs à terre n'arrivent pas à avancer au gré des bourses financières qui jouent du yoyo. Et les choses traînent. Ce qui est proprement désastreux, dans un climat économique délétère qui a plus que jamais besoin de promesses claires à échéances rapprochées. Jusqu'ici, on utilise toujours la formule du début. Mais elle fait de plus en plus preuve d'inefficacité. Alors qu'il y a l'urgence qui se fait ressentir de se faire payer en retour. Récupérer l'industrie pétrolière, sécuriser le territoire, réimplanter les compagnies qui doivent exploiter les ressources, donner le pays à reconstruire aux entreprises qui s'impatientent, autant d'objectifs vitaux qui sont sans cesse repoussés. Cela ne pourra durer sans devenir insupportable à un système où tout investissement requiert des retombées.

Et nous sommes dans l'incertitude absolue, dans une «absence de visibilité» disent les spécialistes. Situation mortelle pour le «marché». Maigre compensation, un projet off-shore, à 100 km des côtes libyennes, hyper protégé, a pu reprendre et c'est vraiment un hasard si c'est celui de Total. Malgré tout, posons l'hypothèse que tout va se terminer pour le mieux pour la «révolution». Plus de résistants, ces «pro-Kadhafi» comme on les appelle, et établissement de l'autorité du «nouveau pouvoir» sur toute la Libye. On devra immédiatement se rappeler qu'on a dit aux jeunes, qui sont allés au casse-pipe, que les bombardiers sont juste là pour les aider et qu'ils repartiraient gentiment chez eux dès que le «danger kadhafiste» sera éliminé.

On devra se rappeler, surtout, qu'il faudra les convaincre que la «révolution» c'était pour qu'ils soient désormais libres de trouver du travail ou de goûter au chômage sans allocation, qu'ils doivent payer pour se loger, pour se soigner, pour étudier et pour bien d'autres choses. Ce sera le plus dur à faire passer et si on ne leur a pas dit ça au début, c'est qu'on savait qu'ils n'auraient pas marché. On leur a aussi caché que l'OTAN n'était pas là pour des prunes, on leur a juste dit qu'elle resterait dans le ciel quand beaucoup d'entre eux ont refusé qu'elle vienne les «protéger». Parions qu'ils déchanteront et que l'OTAN trouvera bien quelque chose à «protéger», le cas échéant. Ceci reste une hypothèse.

 

Par Ahmed Halfaoui

 

Source : LES DEBATS.COM

vendredi, 05 août 2011

LA LIBYE DEVALISEE

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Devant la crise qui frappe les Etats-Unis, quelqu'un vient de dire que la seule valeur de l'argent est la confiance qu'on lui accorde. Il traduit en peu de mots les appréhensions qui taraudent ceux dont les intérêts sont plus ou moins engagés avec ce pays, qui vit à crédit et au-dessus de ses moyens, depuis plus de vingt ans. Une autre appréhension devrait être à l'ordre du jour, elle concerne les avoirs placés dans les pays occidentaux. Ce qui est arrivé au peuple libyen est un précédent à méditer. Contre toutes les règles de droit, des pays l'arme à la main l'ont dépouillé de son argent. Un acte passible de sanction judiciaire, depuis que la propriété privée a été instituée.

Ces gangsters ont d'abord décidé que les comptes étaient gelés. Ils ont ensuite désigné des sous-traitants, selon on ne sait quel principe, comme ses " représentants légitimes ", sans le consulter et sans écouter sa colère qu'il exprime quotidiennement et que leurs médias ignorent. Tel que prévu, les sous-traitants viennent de recevoir une partie des fonds "débloqués ". On ne sait pas la procédure exacte qui permet à quelqu'un de donner un tel ordre sur quelque chose qui ne lui appartient pas. On ne comprend pas comment une banque peut obéir à quelqu'un d'autre qu'à son client, propriétaire légal et légitime du compte.

Le drame est que personne ne bouge. Aucun pays ne s'est insurgé contre un tel braquage. En fait les puissants savent qu'on n'osera pas toucher à leurs sous et les plus faibles n'osent pas. Le monde est pour la première fois sorti de son hypocrisie et la loi du plus fort n'a plus besoin de subterfuges pour s'exercer. Nicolas Sarkozy vient de donner 259 millions de dollars à la bande de Benghazi, qui ne donne pourtant pas entière satisfaction en matière d'image " démocratique ".

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Elle vient d'ailleurs de liquider le prétendant le plus plausible au trône. Dans le cas, bien sûr, où le peuple libyen se laisserait faire. Ce qui n'est pas du tout dans son programme, à court, moyen ou long terme, ni jamais. C'est pour cela que se posera un problème quand il demandera de lui restituer l'argent qu'on lui a volé. Et puis, il y a une question qui se pose d'elle-même, quand on se place dans la logique des gangsters. La bande de Benghazi, élue à la tête des Libyens dans un acte de banditisme, devrait faire valoir ses prérogatives directement et ne pas laisser faire quand il s'agit de gérer les comptes devenus siens. A moins que sa " légitimité "  inaugure un nouvel ordre mondial basé sur des " élections " de bandes affidées du même type, là où c'est possible et où il y a des richesses à prendre, chez les plus faibles.

On sait déjà que les pays africains de la zone franc sont dans l'obligation de déposer 50% de leurs réserves de change auprès du trésor français. Aller plus loin dans ce système et l'élargir est donc du domaine des éventualités qu'on ne peut écarter. Comme cette éventualité que la crise systémique n'a pas d'autres alternatives que l'effondrement ou la prédation. Tant que c'est encore possible, même virtuellement, nous allons assister à un regain de férocité des " grandes démocraties ". Le temps presse et les périls montent à l'intérieur de leurs frontières. Sauf si les Libyens refroidissent définitivement leurs ardeurs guerrières.

 

Par Ahmed Halfaoui

 

Source : LES DEBATS.COM

dimanche, 17 juillet 2011

LE TRIOMPHE DECALE

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Il est devenu courant, par ces temps hypermédiatisés, d'observer le comportement des dirigeants du monde, surtout ceux qui font la une de la presse et qui mènent des guerres. Il y a par exemple cette démarche altière, la tête relevée et le sourire triomphal, qui caractérisent, entre autres, Hillary Clinton. A la regarder, elle donne l'impression de celle qui est en train d'abattre des empires surarmés. Au point qu'elle se serait volontiers fait payer un arc de triomphe, à Washington, à la mode de ces généraux romains, de retour de campagnes victorieuses où ils ont courus des terres lointaines et hostiles. Plus près de nous, ce serait un commandant en chef qui aurait réussi à abattre l'Armée rouge.

En pareil cas, on aurait alors compris qu'elle plastronne, jubile et quémande des satisfécits. Mais, quand on sait qu'il ne s'agit que d'agressions aux risques nuls, contre des pays désarmés, le spectacle relèverait du ridicule s'il ne coûtait pas la vie à des populations déjà bien mal loties, quand elles ne souffrent pas du dénuement et du fléau du sous-développement. La dame et ceux qui lui ressemblent font donc dans la pire des lâchetés et dans l'abjection sur le plan moral. Triste époque. Plus bas dans la hiérarchie, tout au fond de la chaîne de commandement, des «dirigeants» n'ont aucun scrupule à se faire imposer à leurs peuples. Ils en tirent même une forme d'arrogance, celle de l'homme de main que le maître lâche sur plus faible que lui, grâce à la procuration de puissance dont il dispose, pour exprimer au mieux sa servilité.

Dernièrement, au Sommet de l'Union africaine, le président de la Côte d'Ivoire, certifié  et installé au pouvoir par la «communauté internationale», s'est agité on ne peut mieux contre la position de ses pairs qui refusaient de consentir à voir  la Libye subir le même sort que son pays. Quand celui-ci est livré aux exactions de son armée, celle des «Forces nouvelles», qui ont joué le même rôle que veut jouer, avec moins de succès, cet alibi de l'Alliance atlantique, le Conseil de Benghazi avec ses hordes sanguinaires. Alassane Ouattara, ce pur produit de la «démocratisation» du monde, fidèle supplétif, réagit au quart de tour tel que dicté par le programme qui l'a mis au devant de la scène.

Entre-temps, dès sa certification et après que le travail fut terminé, son pays n'est plus un élément essentiel des écrans qui appuyaient sa «démocratisation». Et pour cause, ce qui s'y passe ne doit pas apparaître. En guise de démocratie, ce sont des «commandants de zones» devenus commandants de groupements tactiques qui se sont partagés la Côte d'Ivoire, soumise à un racket généralisé.

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Seule geste d'autorité de Ouattara, le dédommagement empressé des entreprises françaises. Cela ne pouvait pas attendre, même si la situation économique impose des mesures plus urgentes. A commencer par rétablir l'administration civile, les services publics, les circuits légaux et l'autorité de l'Etat sur la fiscalité, le contrôle du commerce extérieur, la protection des citoyens contre les vainqueurs qui les terrorisent etc. Devant cet état de fait, il serait bien de dérouler le film depuis le début, depuis la cabale contre Laurent Gbagbo en passant par les déclarations tonitruantes des pontes occidentaux et leurs menaces «démocratiques».

 

Par Ahmed Halfaoui

 

Source : LES DEBATS.COM

mercredi, 25 mai 2011

REVOLUTIONS ARABES: L'HEROÏSME SE DEVALUE AU CHANGE

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La «révolution» tunisienne s'est  rapidement invitée dans le débat sur  les frontières intérieures de l'Union européenne (UE). Ils sont des milliers à affluer en Italie, ces Tunisiens plus ou moins  jeunes, à la rencontre du paradis que les polices déchues de Ben Ali et de Kadhafi protégeaient  jalousement. Dès les premiers craquements, ils se sont préparés. Ensuite, ils ont fendu les flots de  la Méditerranée. Mais, y avait-il que l'opportunité de le faire, de fuir la mal- vie et la misère ? Il semble que  non, parce que ceux qui ont eu accès aux médias ont interloqué plus d'un. La première à réagir a été Marine Le Pen qui, cyniquement, a rappelé que les «clandestins» n'avaient plus de raisons de fuir leur pays.

Et des réactions plus explicites ont commencé à fuser, comme celle-ci : «L'espoir est bien là chez eux alors quelles motivations réelles incitent ces personnes à rejoindre notre pays ?» Ou encore celle-ci : «Souci démocratique ? Mais la démocratie naissante en Tunisie n'est pas assez bonne à leurs yeux ?» Ou encore celle-là : «Trouver du travail? Mais la Tunisie va avoir besoin de tous leurs bras pour se construire   sur des schémas nouveaux !» La réponse, inattendue et apparemment incompréhensible, nous vient de l'un des harraga : «Je pensais que je serais accueilli en héros».  Rien que ça !

A Lampedusa, accueilli par la police des frontières, il est conduit tout droit dans un centre de rétention. Des jours et des semaines à attendre, sans égard, sans couverture ni matelas.  Ce qui doit lui traverser l'esprit doit être assez terrible. Il est venu en «héros» et il est traité comme un «moins que rien». Et puis, qu'est-ce qui a  fait qu'il ait cru à ce statut ? Ce sont ces journalistes des télévisions qui parlaient de lui et de tous ceux qui, comme lui, se sont insurgés. Les images étaient belles et les mots ronflants et colorés. Il n'y avait alors aucun doute, il était bien un «héros» puisqu'on le lui a dit. Et là, il est réduit  à un problème dont on ne veut pas. L'Italie d'abord, qu'il veut quitter de toutes façons, car c'est en France qu'il veut se rendre, et la France, ensuite, qui refuse de l'accueillir.

Au point qu'une crise assez intense est née entre ces deux pays. Le premier pour se débarrasser de «ses» Tunisiens leur a tout simplement délivré le sésame qu'il faut, un permis de séjour, la clé de l'Europe, sachant par avance la ruée qu'il allait observer  vers la frontière française. Le permis devant, légalement,  permettre la libre circulation dans l'espace Schengen. Notre harrag et ses amis ne sont pas au bout de leur calvaire. La France installe, immédiatement,  un dispositif  policier quasi hermétique et décrète qu'il faut  avoir un passeport valide et justifier de ressources suffisantes pour pouvoir séjourner dans un autre pays de l'espace Schengen.

«L'Europe ne va nulle part si on érige des murs», s'offusque les Italiens. Peine perdue, la Commission européenne approuve la décision française et rappelle  aux Italiens que les permis de séjour temporaires n'étaient en aucun cas une autorisation de voyager dans les autres pays de l'espace Schengen. Ailleurs, la Belgique prend des mesures similaires alors que l'Allemagne et l'Autriche projettent de faire de même.

Les «héros» doivent comprendre, tel que l'a dit Le Pen pour les «arabes», qu'on ne les aime que chez eux.



Par Ahmed Halfaoui


Source : LES DEBATS.COM

jeudi, 17 mars 2011

LA DEMOCRATIE ET LES PAUVRES (OU LA DEMOCRATIE DES PAUVRES)

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Au lieu de s'attarder sur l'insondable attitude de deux monarchies, pas démocratiques du tout, l'Arabie saoudite et les Emirats, avec leur soutien empressé aux insurgés libyens, agrémenté d'un soutien au roi du Bahreïn contre ses insurgés, il sera peut-être plus rentable de défricher le concept de démocratie qui fait débat concernant les «arabes».

En cherchant un peu, loin des philosophies et de leurs circonvolutions, on peut trouver un éclairage qui touche intimement les contours de la «démocratie» telle qu'elle peut être vécue dans des pays similaires à l'Algérie. Le principe fondateur est que «la participation de la population au processus de décision est aujourd'hui considérée comme une des conditions de réussite des programmes de développement». Partant de là, une étude, qui repose sur un postulat dont on n'entend pas beaucoup parler, a été menée dans des pays africains entre 2001 et 2003. Ce postulat veut que la  «démocratie», que l'étude associe à l'économie de marché, rencontre des difficultés d'instauration à cause des réticences des pauvres. Ceux-ci sont plus portés à considérer que l'État, malgré ses déficiences, est plus susceptible d'assurer l'objectif d'équité que le marché. Il en est de même pour ceux qui dénoncent les inégalités comme une forme d'injustice. Mais, en réalité, les pauvres sont plutôt contre  la libéralisation et non contre la démocratisation. Les pauvres apparaissent, ainsi, comme plus pragmatiques par le contenu qu'ils mettent dans la démocratie. Elle  signifie, pour eux, que l'Etat ne peut gagner la confiance des citoyens que s'il œuvre concrètement contre l'exclusion, les inégalités et la corruption. Ce pourquoi ils rejettent le libéralisme dans lequel ils ne perçoivent que l'appauvrissement des plus faibles.

Ils doivent savoir de quoi ils parlent, pour vivre dans des pays où la richesse n'est pas assez abondante pour que des miettes arrivent en bas et atténuent la misère. Donc, les pauvres nous apprennent que la «démocratie» n'est pas aussi simple à comprendre et que tout dépend du point de vue à partir duquel on l'aborde. Ils disent clairement qu'ils ne veulent pas de ce qui leur est proposé, c'est-à-dire, pour paraphraser Jacques Higelin, une société qui serait un supermarché, et dont l'Etat serait un service des réclamations. Dans le langage des «experts», on parle de libre-entreprise, de marché et d'Etat régulateur.

Finalement, rien n'est aussi absolu qu'il y paraît. C'est dire que tout doit être discuté sérieusement, que  les slogans les plus répandus ne sont pas forcément ceux de tout le monde, qu'ils ne sont pas compris de la même façon et la «démocratie» est une chose suffisamment sérieuse pour qu'elle soit bien expliquée et non enfermée dans deux ou trois slogans, aussi clinquants soient-ils. Chez les «arabes» cela va être assez difficile. Pas chez nous où nous avons tout expérimenté et, par-dessus tout, les recettes du Fonds Monétaire International (FMI) et celles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), avec le «retrait de l'Etat». Il suffit de donner la parole, sans oublier, surtout, ceux qui ont patiemment attendu que l'Etat soit remplacé par le marché et qui n'ont rien vu venir et qui ne connaissent que l'émeute pour s'inviter sur la scène, au contraire de ceux qui disposent, pour se faire, de grands canaux nationaux et internationaux.


Par Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM

lundi, 14 mars 2011

NICOLAS SARKOZY: CELUI QUI VEUT «VOIR VENIR»

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Nicolas Sarkozy sera bien le président le plus décrié que la France ait connu, ce sont les Français qui le disent et ils ne manquent pas de qualificatifs. Cela fait un certain temps qu'ils s'en sont aperçus. Ces dernières semaines, tout s'accélère et il ne dément pas, une seconde, ce qui se dit de lui. C'est comme si une frénésie irrépressible s'était emparé de lui. C'était à la suite d'avoir été doublé en Tunisie, parce qu'il n'a «rien vu venir». Il a tout de suite décidé qu'on ne la lui referait pas et s'est mis «à voir venir» en Algérie.

Il a tout fait pour. Il a mobilisé tout ce qu'il a pu comme médias pour soutenir les partisans du changement qui voulaient manifester et la couverture a été parfaite. Et il a même donné de la voix. Pendant que Jean-Pierre Raffarin essayait de conclure, à Alger, de juteux contrats, mais, cela ne s'est pas passé comme il «avait vu venir». Ce qui lui a fait rater d'envoyer, le premier, sa flotte de guerre, devant les côtes libyennes avant les Etats-Unis. Alors, il a cherché à se rattraper n'importe comment.

Il pense dur comme fer que l'Afrique du Nord lui appartient. Il commence par envoyer Bernard-Henri Lévy  à Benghazi, le pire choix qui soit et prend sur lui, sans en informer son ministre des Affaires étrangères, de reconnaître la représentation des insurgés et propose de procéder à des «frappes» sur la Libye. Il se fait rabrouer par ses collèges européens et se fait accuser par Alain Juppé «stupéfait» d'avoir agi «sur un coup de tête». La presse ne lui fait pas de cadeau. On ressort les appréciations des diplomates  étatsuniens : «relâché»,  «discourtois», «autoritaire», «impulsif».

Parallèlement, sur le plan de la politique intérieure, où il dégringole dans les sondages, il ouvre un nouveau front, dans une folle équipée contre  la montée de Marine Le Pen, la présidente du Front national. Il lance un débat, au sein de son parti, sur l'Islam. L'un de ses partisans,  Abdallah Zerki, réagit en découpant sa carte UMP aux ciseaux devant les caméras de télévision. Ce geste est suivi par une violente réaction d'Abderrahmane Dahmane, son  conseiller à l'intégration et relais précieux, par les réseaux qu'il animait. Sarkozy le limoge (et coupe sa ligne téléphonique). Ses rancœurs remontent à la surface : «Depuis 2007, il a été invité à de nombreux dîners-débats dans la communauté musulmane. Il n'est jamais venu. Moi je l'ai excusé en expliquant qu'il avait du travail, qu'il était très pris...». Et tout le monde me répondait : «Mais il trouve bien le temps d'aller au dîner du CRIF».

Le fameux débat est prévu le 5 avril prochain et suscite une opposition au sein même de la droite. Pire, le jour même, de grandes manifestations seront organisées partout en France contre les discriminations, sur fond de contestations sociales. La dernière enquête d'opinion donne Dominique Strauss-Kahn en tête du premier tour de la présidentielle, avec 30% des voix, suivi de Marine Le Pen avec 21%, n'accorde à Nicolas Sarkozy qu'à peine 19% des suffrages. Une cuisante défaite pour n'importe qui la subit, mais une insupportable humiliation pour un mégalomane qui «ne l'a pas vue venir».


Par Ahmed Halfaoui


Source: LES DEBATS.COM