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vendredi, 20 septembre 2013

MORT DE MAHAN GAHE - JUSQU'AU BOUT DE LA HAINE

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La nouvelle de la disparation du syndicaliste, fervent défenseur des travailleurs et de la légalité, continue de nous secouer. Nul ne pouvait s’imaginer que le Secrétaire Général de la Centrale Syndicale Dignité quitterait en ce jour du 16 Septembre 2013, la terre des hommes. On le savait combattif, déterminé à aller jusqu’au bout de l’espoir de voir une Côte d’Ivoire nouvelle. Mais, à l’opposé le régime était déterminé à aller jusqu’au bout de la haine. Une haine que ce régime imposé manifesta dès sa prise controversée du pouvoir d’Etat. Parmi, ceux qu’il fallait éteindre, se trouvait Mahan Gahé Basile. Et lorsque ceux qui règnent chez nous fixent leur haine sur ceux qu’ils considèrent comme les damnés de la république, ils vont jusqu’au bout.

Mahan Gahé tomba entre les mains vengeresses et brulantes du pouvoir qui, maitrisant habilement tous les rouages de la torture,  mania celle-ci avec une indicible froideur. Mahan Gahé y laissa des côtes brisées et des vertèbres cervicales cassées. Bien que physiquement diminué, le régime lui imposa un long séjour dans l’une de ses nombreuses geôles du nord. Lentement, comme un vieillard qui marche à pas pesant,  Basile s’approcha de la mort et lorsqu’il fut libéré le 22 Décembre 2012, c’est une coquille vide que le régime brandit comme un haut fait à vénérer. Mahan était déjà fini. Il essayait de s’accrocher à la vie. Mais la haine du régime était tellement forte que la maigre force qui restait au martyr, ne tint point. Le régime poussa la haine jusqu’au bout et Mahan se coucha. La cible est atteinte. Le « Général » est parti.

Pour avoir dit « Non », il a été invité à rejoindre les autres victimes du régime. Il a dit «  Non » à l’imposture, « Non » à la destruction d’un pays hospitalier attaqué par des rebelles sanguinaires une nuit de Septembre 2002. Le « Général » resta au chevet de la mère patrie, pria et se battit pacifiquement pour elle. Il s’offrit en sacrifice pour les oubliés du système abonnés aux Smig insignifiants qu’il invita à travailler lorsque vers nous, courrait le complot international. Lorsque les comploteurs fermèrent les banques pour nous affamer, posèrent un embargo sur nos médicaments pour nous voir mourir, il se trouva dans les rangs des hommes dignes, le « Général » Mahan Gahé. Pour cet engagement, le régime alla jusqu’au bout de la haine. Mahan Gahé devait être torturé, diminué physiquement et en conséquence mourir comme une flamme qui s’éteint lentement.

Parti, Mahan Gahé Basile laisse au régime d’autres morts en sursis. Et Dieu seul sait combien sont-ils à souffrir entre quatre murs. Il part, confiant à nos souvenirs ce qui est désormais une tradition: la torture, la persécution de ceux qui refusent d’accompagner, soutenir et encenser le régime. Il part avec le sentiment que les damnés de la république, tous abandonnés à la méchanceté du régime, ne devront compter que sur leurs propres forces pour faire fleurir une nation nouvelle.

Pour le conduire aux portes de l’éternité, nous ne porteront  pas son corps. La vérité est là, toute nue comme le sont les tortionnaires. Il serait inutile de forcer une porte déjà ouverte. Nous l’accompagneront avec des langues de rameaux parce qu’il fut un homme de paix. Il ira se reposer comme tous ceux qui ont combattu le bon combat.  Et nous, sur terre, notre mission sera de briser la haine que développe le régime. Toujours la tête haute et le regard fixé vers l’objectif. Nous mourrons débout !

 

Alain BOUIKALO, Juriste

vendredi, 30 août 2013

«NOUS SOMMES INFRANGIBLES»

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Notre histoire ne marche pas avec une canne, elle n’a aucun poil blanc, elle est encore fraîche. Elle respire la jeunesse. Cependant, elle est l’habitacle de mille années de maltraitance et de persécution. Nous n’avons que 23 ans. 23 ans ai-je dis. Notre malheur est d’avoir été précoce car du fond de notre mère, nous fûmes interpellés par l’ardent désir de notre peuple à respirer un vent nouveau. Nous avions le choix entre voir ce peuple vivre dans la servitude et lui offrir un brin de liberté. La bonne décision fut prise : libérer notre peuple. Mais la liberté a un prix surtout dans un régime dictatorial. Vous savez, le dictateur est avant tout attaché à ses privilèges et au sentiment qu’il est Dieu sur terre. L’affronter n’est rien d’autre que faire l’apologie de Golgotha. Et notre histoire fut ensanglantée un jour de Février 1992. Nous n’avions que 2 ans. 2 ans ai-je dit. Le Primus inter pares, vit dans nos innocentes et généreuses mains, des haches, des gourdins, des pointes etc. Dans ces mains qui ne voulaient qu’apporter justice, liberté, démocratie à un peuple longtemps embrigadé dans les fers du « père de la nation, père fondateur », ce Primus surprit des actes délictuels. Et ce qui devait arriver, arriva. Notre histoire prit le chemin des geôles. Il était simplement question de nous « briser » et partant, « briser » le beau rêve du peuple. Fort heureusement que ce qui ne nous tue pas, nous rend fort. Depuis les geôles, nos forces prirent l’ascenseur et un matin, nous recouvrîmes la liberté. Ce fut la joie dans nos rangs, les larmes dans les couloirs des dictateurs. Les plus méchants découvrirent qu’ils n’avaient pas immolé assez de bœufs pour nous voir mourir. Mais ils oublièrent que nous, fils du peuple, nous sommes infrangibles.

Les dictateurs se remirent à l’œuvre. Il n’était point question de nous voir exercer la parcelle de pouvoir à nous offerte par le peuple. Au prix de mille sacrifices. Non, pas question. Il fallait qu’ils se retrouvent au sommet. Ils prirent le pouvoir, ils le déposèrent « dans la rue ». Ils coururent dans tous les sens pour le récupérer. Après de vaines tentatives, ils brandirent l’intelligente idée d’amonceler des humains derrière une prison. Mais que Dieu est merveilleux. Certains de ces « martyrs » avaient de l’eau dans les poumons. Vraisemblablement, ils s’étaient noyés dans un désert dépourvu d’eau. Mais tout ce songe était fait pour nous « briser ». Ils nous en voulaient parce qu’ils pensent être nés pour être au sommet. Le jour vint où, las de vivre de rêves, les dictateurs prirent des armes pour nous « briser ». Au jeu démocratique, ils n’ont aucune chance comme ils le savent bien. Ils manièrent les armes dans tous les sens. Des femmes, des enfants, des vieillards qui n’avaient aucun rapport avec le pouvoir firent exécutés. Des éléments des forces de l’ordre furent égorgés comme des moutons de sacrifice. Le sang gicla dans la bouche de certains tueurs. Des maisons, des plantations furent consumées. D’autres furent illicitement occupées. Il fallait nous « briser » par tous les moyens. Nous n’étions que des mineurs. Nous n’avions que 12 ans. Malgré ce frêle âge, ils refusèrent les débats d’idées, ils s’invitèrent sur le terrain de la manipulation de la violence physique. Tout cela, se fit en complicité avec la séduisante complicité des pays dits «défenseurs des droits humains ». Lorsqu’un jour d’Avril 2011, ils réussirent leur rébellion armée, ils pétèrent le champagne depuis leur principauté. On les voyait s’embrasser, s’entremêler, s’entrelacer. Le doyen d’âge dont on chante les penchants démocratiques et qui refuse de céder son fauteuil malgré son vieil âge, souleva en trophée, les bras de ses amis. De leur citadelle on les entendait bruire comme des ustensiles usagés : « Nous sommes forts. Ils sont finis. Nous les avons cassés…» Les pauvres ! Ils ne savent pas que nous sommes infrangibles. Leur mode d’accession au pouvoir aurait pu les aider à le comprendre.

Ils se saisirent de notre leader, le mirent dans un cachot, lui infligèrent des maltraitances inimaginables. Ils voulaient le « briser» avant, certainement, de le tuer. Mais il est un roseau. Ils se résolurent avec leurs alliés les gaulois, de l’éloigner de ses terres. Ils le déposèrent dans les geôles occidentales faites pour les nègres qui résistent aux impérialistes. Ils prirent également certains d’entre nous, les déportèrent dans leur ghetto tribal pour aussi les « briser ». Ils obligèrent un autre groupe à prendre le chemin de l’exil. Là-bas, sans doute, livrés à la disette, ils s’éteindront tranquillement. Ceux d’entre nous qui ne connurent ni les geôles, ni l’exil, connurent la terreur des bandes armées. Un fois ce programme savamment exécuté, ils pouvaient régner comme tout bon autocrate. Se hisser sur la tête du peuple, étendre ses ailes, se bomber le torse, balader ses regards dans tous les sens et s’abattre brutalement sur la fine voix qui osera rouspéter. C’est ainsi que règne le dictateur dont le seul rêve est de « briser » les voix dissonantes. Quel âge avions-nous ? Nous n’avions que 21 ans. Nouvellement majeur. Notre vie de forçat nous permit de faire une introspection, de puiser au tréfonds de nos intelligences, la substance qui devait nous permettre de tenir de coup. Nous nous sommes inventés et réinventés. Comme en 1992, ce qui pénétra en nous, ne nous tua pas. Il nous rendit forts. Et lentement, nos énergies se sont soudées et nous revoilà debout. Ah oui, nous sommes infrangibles. Plus forts qu’hier, nous voilà aujourd’hui en face de nos geôliers. Ils nous regardent avec des yeux hésitants drapés de honte. Ils regrettent de n’avoir pas réussi à nous expédier de l’autre côté. Mais le peuple, lui, se rejoint de revoir son bouclier. Un bouclier certes amputé de certains éléments, mais qui protège comme s’il n’avait jamais perdu des constituants. Voici notre jeune histoire passionnante et exaltante, soumise aux sarcasmes des dictateurs qui tardent à se rendre compte que nous sommes infrangibles.

A tantôt!

 

Les pamphlets d’Alain Bouikalo.


Source: Le blog de Steve Beko

mercredi, 21 août 2013

COMMENT GUILLAUME SORO A TRAHI LE PRESIDENT LAURENT GBAGBO

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Soro Guillaume, Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire a séjourné les 15, 16 et 17 Août 2013, dans le Gôh. Il était l’invité spécial de la chefferie traditionnelle de Gagnoa. Il s’y est officiellement rendu pour inaugurer le siège central de la chefferie. Mais en homme politique à la ruse affinée, il étendit son champ de visite à d’autres localités de la région dont les plus symboliques sont Gnagbodougnoa ,Gnaliépa, Mama, et Kpogrobé. Il avait, de toute évidence, un autre calendrier. Durant son séjour, en dehors de la parade éhontée de ses ex chefs de guerre, il marqua l’opinion par son discours sur ses rapports avec le Président Laurent Gbagbo. L’on a pu l’entendre dire  ceci : “On entend souvent j’ai trahi Gbagbo. Est ce que j’ai été nommé PM pour être Directeur de campagne de Gbagbo ? Non, Ce n’était pas mon rôle. D’où vient donc la trahison ?". Sa « vérité » ne pouvait rester sans réponse tant elle pue à mille lieues la falsification. Une falsification délivrée avec toute l’assurance que Gbagbo en détention à la Haye, ne pouvait entendre ses monstruosités. Oui, Soro parle. Soro est le seul à parler. Ses contradicteurs potentiels  sont soit morts (Tagro Désiré), soit  en prison (Gbagbo Laurent, Blé Goudé Charles, Jean yves Dibopieu)  en exil (tous les leaders de jeunes dont Damana Pickas, Moussa Touré Zeguen), soit tétanisés par la peur de la dictature de son nouveau mentor Ouattara. Mais fort heureusement que les faits, comme l’a dit Lénine, sont têtus.

Au cours de sa jeune histoire politique l’actuel Président de l’Assemblée nationale a capitalisé des actes de trahison qui méritent d’être rappelés. En 1990, après la réinstauration du multipartisme, la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) fut créée. Elle affirma être un mouvement de gauche qui devait non seulement, arracher au pouvoir PDCI (droite) les conditions meilleures de vie pour ses syndiqués, mais en plus s’opposer aux idées impérialistes semées dans le milieu estudiantin. Son statut de syndicat de gauche, tout comme les autres syndicats progressistes nés au cours de cette période, fait des mouvements de gauches ses principaux alliés. L’on sait que les partis politiques entretiennent des relations avec les syndicats selon leur orientation idéologique. C’est pourquoi, il existe une intimité entre le MEECI, l’UGTCI et le PDCI, la CGT et le parti communiste Français D’ailleurs, le 18 Février 1992, le président Laurent Gbagbo et les forces démocratiques furent arrêtés par Ouattara parce qu’ils s’offusquaient du traitement inhumain réservé aux étudiants dont le responsable syndical était en jugement au tribunal du Plateau. Soro Guillaume fut projeté au devant de la scène par la FESCI, mouvement de gauche allié naturel du FPI. Pourchassé, activement cherché par le pouvoir PDCI, Soro ne trouva ni refuge chez des militants du PDCI ni chez ceux du RDR. Il fut protégé et caché pendant plusieurs mois par des cadres du FPI dont Mme Tapé Adèle Dédi ancien maire d’Issia. Cela est tout à fait logique car le FPI et la FESCI luttaient pour la conquête des libertés démocratiques. Il n’était donc pas question de livrer aux griffes du pouvoir, le fer de lance de la lutte anti-impérialiste en milieu scolaire et estudiantin. Mme Dédi Adèle, la bienfaitrice, a été, sous les yeux embués d’ingratitude de Soro déportée du Golf Hotel d’Abidjan au pénitencier de Boundiali. Si donc Laurent Gbagbo est considéré, à raison, comme son père spirituel, c’est bien dans le cadre de cette alliance naturelle qu’il eu des échanges entre ces deux « alliés ». Le père spirituel de Soro Guillaume ne pouvait pas communiquer à son filleul, des valeurs aux antipodes de la démocratie c'est-à-dire, la lutte armée. Dans le Gôh, Soro a eu le courage de soutenir « Je n’ai pas suivi Laurent Gbagbo quand il était président de la République, bien au contraire je l’ai fui quand il est arrivé au pouvoir. » Mais qu’a-t-il fait lorsqu’il a fui Laurent Gbagbo ? Il a abandonné la solidarité militante. Il a abandonné les valeurs de la gauche  pour devenir le glaive des libéraux et attaquer son père spirituel. Il se trouva à la tête d’une rébellion armée tribaliste de Ouattara, sponsorisée par des dignitaires de la Françafrique (Blaise Compaoré, Omar Bongo). Ce fut la première grande trahison.

Le chemin de la traitrise ne s’est pas arrêté à ce niveau

En sa qualité de signataire des accords politiques de Ouagadougou, Soro avait l’obligation de jouer sa partition: le désarmement de ses troupes rebelles. Pendant que le Président Laurent Gbagbo ne se lassait pas d’appliquer ce qui relevait de sa compétence, Soro avait un autre agenda: ruser avec le désarmement jusqu’aux élections. Avec ses partenaires de l’Onuci, il enferma le désarmement dans un «long processus». Soro ne désarma donc pas ses hommes et ce qui devait arriver, arriva aux élections de Novembre 2010. Ses hommes s’adonnèrent à une fraude démentielle au nord. C’était cela son agenda secret. Une fois le jeu réussi Soro, pouvait dire « Si c’est parce que j’ai dit en mon âme et conscience que Gbagbo a perdu qu’on dit que je suis un traitre, alors c’est que moi-même je suis un bon traitre ». Mais il oublie que l’âme et la conscience ne sont pas les organes habilités à proclamer les résultats définitifs d’une élection. L’âme, aussi forte soit-elle, devra se soumettre à la voix des institutions et cela, Soro l’a rejeté du revers de la main. Ce fut la deuxième trahison.

Soro Guillaume continua à parcourir inlassablement le chemin de la traitrise

Par quelle opération du saint esprit Soro Guillaume s’est-il retrouvé au Golf Hôtel, quartier général du candidat Alassane Ouattara ? Sans attendre que s’éteigne le feu de la crise post-électorale, Guillaume Soro était-il légitimé à soutenir Ouattara au point de donner des ordres aux éléments des Forces nouvelles agglutinés au quartier général de Ouattara ? Soro Guillaume, premier Ministre de Laurent Gbagbo et organisateur des élections présidentielles, avait un devoir de neutralité absolu. Il n’avait pas à prendre partie pour un camp. Pourtant, on a pu constater que Soro s’est retrouvé à mener des attaques contre les institutions depuis le Golf Hôtel. Il a sacrifié son statut de personnage neutre sur l’autel de la trahison avec un arrière goût de vengeance. En effet , et c’est connu, lors des accords de Ouaga, le président de l’assemblée nationale actuelle avait introduit auprès du Président Compaoré, médiateur, une clause qui prévoyait qu’à l’issue des élections présidentielles, le vainqueur devait garder Soro à la Primature. Mais Laurent Gbagbo rejeta cette clause et depuis, la question de l’avenir politique de Soro devint en marge des CPC (cadre permanent de concertation), une préoccupation pour les conciliabules Gbagbo, Compaoré et Soro. Avant, entre les deux tours et après le second tour des élections présidentielles, la hantise de demeurer à la Primature l’amena maintes fois à solliciter les services du Ministre Désiré Tagro et de bien d’autres personnalités encore en vie, pour convaincre le Président Gbagbo à adhérer aux supplications de son 1er Ministre. Mais le Président Gbagbo tenait à rompre avec le cycle de la rébellion. Que comprendre à travers cette attitude intéressée du premier Ministre. On voit bien qu’il était plus préoccupé à préparer son avenir politique qu’a à appliquer consciencieusement la feuille de route attachée à sa fonction. Laurent Gbagbo fut donc abusé par Soro. Il s’attendait à voir Soro jouer un rôle neutre dans le processus électoral. Mais non, il avait son agenda personnel qu’il a pu dérouler en allant s’installer au Golf Hôtel avec Ouattara qui a accepté le deal que Gbagbo a refusé. On comprendra ainsi un peu plus pourquoi Desiré Tagro, assurément le témoin gênant a été le premier exécuté à bout portant en ce jour fatidique du 11 avril 2011. Ce fut la troisième trahison.

Au lieu de connaitre un fin de règne à l’étape trois, la traitrise continua jusqu’à Korhogo

En effet, la présence de Laurent Gbagbo au Golf Hôtel, à Korhogo puis à la Haye a, à sa base, l’acte de trahison de Soro Guillaume. Le braquage des élections au nord n’a été possible qu’après que Soro ait rusé avec le désarmement. Il en est de même pour le bombardement des institutions qui n’aurait jamais eu lieu si Soro et son chef Ouattara avaient accepté le recomptage des voix. Soro ne devrait donc pas se féliciter d’avoir « sauvé » Gbagbo en donnant des instructions pour que sa vie soit épargnée. Est-ce à dire qu’il y avait un plan d’assassinat du Président Laurent Gbagbo ? Si oui, le parricide auquel se serait donné Soro constituerait le summum de l’acte de trahison. Dans le même temps, on constate que le rapport médical dressé par les experts de la CPI, dévoile des cas de maltraitance dont a été victime le Président Gbagbo lors de sa détention à Korhogo. Or Soro avoue « C’est moi qui l’ait envoyé à Korhogo (…) il était à Korhogo, il dormait dans ma maison, sur mon lit ». C’est dire que Soro qui, visiblement, était informé des mauvais traitements subis par Gbagbo, a cautionné toutes les inhumanités infligées à son père spirituel. Il envoyait donc Gbagbo à Korhogo, dans sa maison, sur son lit, pour que celui-ci frôle la mort. Dans la même veine sa déportation à la CPI a été faite, Soro l’avoue désormais, avec sa complicité. Ce fut le quatrième acte de trahison.

En somme, s’est muni du fil de la trahison que Soro Guillaume a cousu son histoire avec le Président Gbagbo. Chaque étape de cette histoire est couronnée par la traitrise de celui qui tente de se positionner en sauveur. On aura beau tourner l’histoire dans tous les sens, elle affichera toujours, en dernier ressort, la bonne face : celle de la vérité infalsifiable de la Côte d’Ivoire éternelle.

 

Alain Bouikalo, Juriste.

 

Source: AFRIK53.COM

dimanche, 28 juillet 2013

COTE D’IVOIRE: DEBAT SUR LA NATIONALITE - DEUXIEME ZERO AU MINISTRE CISSE BACONGO

 

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«La force des muscles n’est pas un critère d’attribution de la nationalité ivoirienne»

 

Allons-nous céder à l’autocensure au motif qu’émettre des réserves sur la naturalisation en masse voulue par le pouvoir et ses thuriféraires, ou la refuser totalement, ferait de nous des xénophobes de la pire espèce ? Non, il n’est pas question de se comporter comme dans une mafia car, ce dont il est question n’est pas l’affaire d’un groupuscule ou de quelques chargés de cours aux arguments souvent en déphasage avec leurs immenses parchemins

Nous avons lu récemment dans la presse, une contribution du Ministre de l’Enseignement Supérieur, M. Cissé Bacongo. Cette contribution selon lui, était une réponse au riche travail fourni par le Professeur Hubert Oulaye. Nous n’allons pas parler au nom du Professeur, qui, nous le pensons,  au moment voulu, rangera dans les placards son étudiant. Nous irons tout simplement chercher dans les débris des injures et  tournures ronflantes, des paragraphes qui ôtent notre éminent Bacongo du chemin du bon sens. Nous irons de questionnement en questionnement pour tenter de cerner la profonde pensée du Ministre, pensées masquées dans des confusions inacceptables.

L’effectivité de la nationalité française selon Bacongo

Selon le Ministre, avant 1960, seule prévalait la nationalité française dans les ex-colonies françaises. Selon lui, la nationalité française était effective. Pour séduire ses suiveurs, il prend en exemple le cas, Houphouët Boigny devenu Député à l’Assemblée Nationale française. Cela est, à ses yeux, suffisant pour parler de l’effectivité de la nationalité française. Nous estimons que l’argument est léger. En effet, Bacongo ne démontre pas que le plus petit paysan de l’époque coloniale avait effectivement la nationalité française. Ce paysan se reconnaissait-il français dans l’âme ? C’est à ce niveau que se situe le caractère purement formel de la nationalité française. Cela est d’autant plus vrai que lors des recrutements organisés dans les ex-colonies françaises pour constituer ce qu’on appelle « les tirailleurs sénégalais », il y a eu de fortes résistances notamment chez les bambaras (Mali). On ne peut logiquement se considérer comme un citoyen Français et s’opposer à l’idée d’aller combattre pour libérer « sa patrie ». On ne peut pas non plus comprendre que les colons tuent des noirs qu’ils disent être français de droit (révolte des bambaras contre l’enrôlement 1915-1916),  les enrôlent de force, alors que les « français blancs » se portent volontaires pour la libération de leur pays. On ne devient pas français parce qu’un édit royal a proclamé que tout les petits nègres « esclavagisés » (!!!) sont des citoyens français, pour que ces derniers sentent vibrer en eux la fibre française. Si le Ministre Bacongo avait bien lu l’arrêt Nottebohm, CIJ 1955, il aurait compris que les noirs cohabitaient certes avec les colons sur le même territoire, mais que les autochtones n’avaient aucun lien socio-affectif avec ces colons. Il y avait une différence de traitement entre les français nègres et les français blancs. Les premiers étant les sujets des seconds. D’où les différentes résistances observées durant la période coloniale.

En définitive, le Ministre à tort de penser que le statut d’«évolué » du Président Houphouët avait contaminé l’ensemble des noirs de l’AOF. Il s’agissait bien d’une nationalité purement formelle pour ne pas parler de présomption de nationalité française.

Qu’est-ce que l’origine selon Bacongo?

Le  Ministre nous offre une définition tirée du Petit Robert, édition 2013. Le petit Robert étale plusieurs acceptions du terme « origine ». On citera par exemple, la souche, la racine, le point de départ etc. Après s’être référé à cette définition, le Ministre nous informe que les groupes ethniques qui peuplent actuellement notre pays, sont venus d’ailleurs. Ils ne sont donc pas originaires de l’actuelle Côte d’Ivoire. Bien.

Cependant, au nombre des groupes ethniques cités, il n’a nullement mentionné les Wolof, les morés, les bambaras, les soussous, les djalonkés. On note à ce niveau qu’il reconnait que, bien qu’originaires d’autres contrées, ces groupes ethniques ne se sont pas installés sur le territoire ivoirien. Pourquoi, alors que la Côte d’Ivoire était un vaste territoire qui recevait des étrangers, ces groupes ont-ils fait le choix de s’installer sur d’autres territoires? Est-ce la délimitation frontalière qui a détruit les liens culturels et linguistiques entre Soussous et bétés ? Wê et Bambaras ? Et pourquoi, les abourés, les abrons, les agnis, les bétés, les gouros, les koyakas, les krous, les lobis, les tangbana et les wê (cités par le Ministre) ne se sont-ils pas sédentarisés dans l’actuelle Guinée ou en Haute Volta ? Pourquoi, alors qu’ils sont venus d’horizons divers, les Sénoufos, les gouros et les Koyakas se retrouvent dans une alliance interethnique ? Bref, Si l’on doit parler d’origine on prendra non seulement en compte la source du peuplement de notre pays, mais aussi et surtout la volonté sans équivoque de ces peuples à vivre ensemble sur un territoire trouvé et qui était selon Bacongo un res nullius. Jusqu’à preuve du contraire, les ressortissants des territoires voisins, qui eux-mêmes ont une autre origine, n’ont pas prouvé leur désir de vivre sur le territoire ivoirien. Nous n’avons pas encore vu un Sérère prendre des armes pour « proclamer son ivoirité et bondir sur sa proie». D’ailleurs qui est-ce qui à autorisé Bacongo à parler d’origine dans un pays où le premier responsable interdit de parler de « nos origines » ? Indiscipline !

En conclusion pour notre Ministre, nous sommes tous venus d’ailleurs et si nous devons donner la nationalité, il faut tenir compte de cette donne, aller chercher au Mali, au Burkina, au Ghana, en Inde, ou au pole nord, des hommes à naturaliser. C’est Dieu qui a créé la terre, a dit Joël N’guessan. On lui répondra sûrement.

Qu’est ce que la nationalité d’origine?

Notre Ministre qui veut offrir des tablettes à chaque étudiant ivoirien, nous apprend que la nationalité d’origine est attribuée souverainement par un Etat selon deux critères pris séparément ou cumulativement. Il s’agit du critère du lieu de naissance ou droit du sol et de celui de la filiation ou droit du sang. Dans son argumentaire, il note que l’Etat ne tient pas compte de l’ethnie pour attribuer la nationalité. Ce qui selon lui, aurait été insinué par le Professeur Oulaye. En fait, le Ministre ne prête pas des mots au professeur Oulaye, mais plutôt fait ressortir ce que lui et ses amis du RDR pensent à tort. En effet, il laisse croire que les ethnies non citées dans sa démonstration sur l’origine, sont exclues par les législateurs, en raison de leur appartenance à un groupe sédentarisé ailleurs qu’en Côte d’Ivoire. Or lui-même cite plus haut, les conditions d’attribution de la nationalité ivoirienne. Dans aucune disposition de code de la nationalité il est fait référence à l’ethnie. A-t-il oublié que la loi est générale et impersonnelle. Quel législateur sérieux écrirait-il qu’il faut être Koyaka ou Mahouka pour bénéficier de la nationalité d’origine ? Quand même M. le Ministre !

 Le Ministre continue pour dire que « l’enfant né de deux étrangers, nationaux guatémaltèques, hongrois, chinois, indiens, italiens, sénégalais ou d’autres pays étrangers qui ont obtenu la nationalité ivoirienne notamment par naturalisation, est ivoirien d’origine. » Mais ici encore, le Ministre fait fausse route. Le Titre II du code de la nationalité est libellé comme suit : De l’attribution de la nationalité à titre de nationalité d’origine. Ce titre met l’accent sur la filiation. Il fait ressortir que pour être un ivoirien d’origine, il faut obligatoirement que la filiation de l’individu concerné, quel que soit son lieu de naissance, soit établie au moins à l’égard d’un parent ivoirien. Le Titre III est libellé comme suit : De l’acquisition de la Nationalité ivoirienne et le grand (I) s’intéresse à la naturalisation. Déjà du point de vue de la présentation des titres, le code distingue les ivoiriens dits d’origine et ceux dits naturalisés. Dans ces deux cas, les conditions d’acquisition de la nationalité diffèrent. Il s’ensuit qu’un individu qui devient ivoirien par naturalisation ne peut être ivoirien d’origine encore moins ses descendants. On ne peut, sans paraitre incohérent, dire qu’on a un père naturalisé et soutenir que son enfant est ivoirien d’origine. Dans ce cas, quel serait l’intérêt de la présentation faite par le législateur ?

 Néanmoins, la classification ne signifie pas une distinction à faire en ce qui concerne les droits et obligations de l’ivoirien, qu’il soit d’origine ou naturalisé. Tous, sont élus aux mêmes avantages. Supposons même que l’interprétation extensive à laquelle s’adonne le Ministre soit retenue, est-ce pour autant que l’imagerie populaire abandonnera le terme « français d’origine ivoirienne, ou américain d’origine Kenyane ? » En effet, le Ministre veut inventer le monde. Quelle est donc cette générosité politicienne qu’il tarde à codifier ? Le jeune Ahizi qui épouse une Bamiléké en France et donne naissance à un bébé, ce bébé est-il français d’origine ? On dira toujours, et le Ministre le sait, qu’il est français d’origine ivoirienne ou Gabonaise. Et puis, si les descendants d’un étranger naturalisé deviennent, selon Bacongo, des ivoiriens d’origine, pourquoi ne laissent-ils pas ceux qu’ils veulent naturaliser automatiquement  demander formellement la naturalisation ? N’est-ce pas une voie royale ? Quand même cher Ministre !

La naturalisation automatique comme une récompense selon Bacongo

Le Ministre qui prétendait faire une démonstration juridique, jette son diplôme de Docteur en Droit, pour verser dans le sentimentalisme, la ruse politique et la démagogie. Lisons-le : « Combien sont-ils, les membres des ethnies et tribus susvisés qui ont donné de leur vie lors des grands travaux structurants de notre pays (chemin de fer, ponts, port, routes, etc.) par rapport aux ressortissants des territoires coloniaux de l’AOF? Combien sont-ils, les membres des ethnies et tribus susvisés qui ont contribué à donner à notre pays l’essor économique qu’il a connu dans l’agriculture, le commerce, le transport, la pêche, l’industrie, la construction, etc. par rapport aux ressortissants des territoires coloniaux de l’AOF ? »

Selon le Ministre, les abourés, les abrons, les agnis, les bétés, les gouros, les koyakas, les krous, les lobis, les tangbana et les wê n’ont pas donné leur vie pour que la Côte d’Ivoire soit l’un des pays phares de l’Afrique de l’Ouest. Dans son entendement la Côte d’Ivoire doit son développement au sacrifice des ressortissants des territoires de l’AOF. Et la rétribution de ce sacrifice demeure « l’ivoirisation » de ces personnes nées pour uniquement développer la Côte d’Ivoire. Laissons de côté le fait qu’il se considère lui-même comme n’ayant servi à rien ou ne servant à rien dans ce pays. Ne devons-nous pas notre vie aux autres ? Attaquons-nous plutôt à l’hérésie selon laquelle il nous faut, ici et maintenant, donner la nationalité à des personnes pour services rendus à la Côte d’Ivoire.

Quel est le texte de la République qui organise un tel acte de générosité ? Le code de nationalité fait-il de la force des muscles, un critère d’attribution de la nationalité ? Pour ce que nous savons la force des muscles ne constitue pas une condition d’attribution de la  nationalité ivoirienne à moins que le Ministre nous fournisse des preuves contraires.

Par ailleurs, il nous est difficile de comprendre que ces personnes dont parle le Ministre aient pu travailler sans qu’ils n’aient perçu un centime. Ils n’ont pas travaillé sur le territoire ivoirien parce que Félix Houphouet Boigny ou Yacé Philippe le voulaient, ils l’ont fait parce qu’ils ont été considérés par les colons comme « une réserve de main-d’œuvre». Ce sont donc les colons français qui les ont engagés sur les chantiers de l’AOF et non l’Etat de Côte d’ivoire qui n’était pas encore juridiquement né. En outre, Les travaux forcés n’étaient pas pilotés par baoulés, les Bétés ou les Wobè. Ils étaient eux-mêmes sous le joug colonial. On ne peut donc pas reprocher aux autorités d’alors d’avoir été ingrates en ne considérant pas les étrangers comme des ivoiriens. Et d’ailleurs comme le dit si bien Bacongo, tout le monde était effectivement français. Donc quel est le problème si le pouvoir central français réquisitionne ses  nationaux ?

De plus, après 1960, la Côte d’Ivoire et la Haute Volta ont signé des conventions organisant les conditions d’engagement et d’emploi des travailleurs voltaïques en Côte d’Ivoire. Par exemple, la convention du 9 Mars 1960 précisait : «  Tout employeur ivoirien désireux de s'assurer les services des travailleurs voltaïques devra adresser une demande écrite à l'Office de Main-d’œuvre de la Côte d'Ivoire indiquant le nombre et la qualification professionnelle des travailleurs qu'il entend engager conformément aux stipulations de la présente convention (...).». Selon l’article 6 : « Les travailleurs pourront être accompagnés de leur famille ou rejoints par elle sous réserve de n'emmener que deux épouses au maximum et que leurs enfants n'aient pas dépassé l'âge de 16 ans » L’article 9 indique : « Les travailleurs voltaïques bénéficieront des mêmes libertés garanties, droits et avantages que les travailleurs nationaux de la République de Côte d'Ivoire... ». En contrepartie, selon l’article 23, le gouvernement voltaïque perçoit la somme de 1500 F par travailleur engagé et 1000 F par femme de travailleur qui l’accompagnera sans contrat de travail. Toutefois, la convention a pris le soin de mentionner à son article 7 que la convention autorise le travailleur à rejoindre son pays d'origine dès la fin de son contrat. Voilà qui est clair.

Reconnaissons néanmoins que certains ont travaillé en dehors du cadre légal tracé par les deux Etats indépendants. Même dans ce cas, ils étaient liés par un contrat écrit ou verbal avec leurs employeurs, notamment dans les plantations. Monsieur le Ministre peut-il nous dire que les tribus dont il est l’avocat, ont travaillé sans contrepartie financière ? Veut-il nous dire que les villages qui ont accueilli à bras ouverts ces tribus ont fait d’elles des esclaves ? Veut-il faire admettre que les ivoiriens sont ingrats ? M. le Ministre, quand même !

Pour terminer, Le Ministre Bacongo a souligné notre volonté à chercher chicane au RDR. Mais pourquoi irions-nous voler au RDR ce qu’il maitrise mieux, l’art des querelles et de la guerre ? Le RDR n’aimerait-il pas la contradiction ? Le PDCI chercherait-il aussi chicane au RDR ? Le citoyen lambda qui dénonce le projet de naturalisation cherche-t-il chicane au RDR. Bref, il s’agit d’un débat qui engage la vie de la nation et n’est l’apanage d’aucun groupe. Nous allons le mener au nom de la Côte d’Ivoire en exposant les arguments qui nous semblent pertinents.

 

Alain Bouikalo, Juriste.

vendredi, 12 juillet 2013

ALASSANE OUATTARA: LE MANTEAU DE DEMOCRATE SUR UNE PEAU DE DICTATEUR

 

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Sous les allures d’un super VRP, Alassane Ouattara sillonne les capitales du monde pour vendre son statut de démocrate. Bien de ses interlocuteurs mordent à l’hameçon. Ils sont tous séduits par ce démocrate à la voix fluette, à la générosité affinée, à l’humanisme insoupçonnable, incapable de faire du mal à une méchante mouche.


 Souvent, Ouattara n’a pas besoin de faire des démonstrations pour convaincre. Avant même qu’il n’ouvre la bouche, ses grands amis éparpillés au sommet des pouvoirs du monde applaudissent le démocrate. D’ailleurs ces messieurs ont bien participé à la confection de cette image de démocrate que promène Ouattara. Qui ne se souvient pas des envolées lyriques d’un certain Gauthier Rybinski, grand affabulateur ? Ce super spécialiste qualifiait Laurent Gbagbo de « dictateur tortionnaire » par opposition à un Ouattara enivré de valeurs démocratiques. Qui a oublié les grands spécialistes des questions africaines dont l’unique mission était de polir l’image d’Alassane Ouattara ? Bien entendu, ces messieurs travaillaient pour le pouvoir politique français. Même en Afrique, nous avons entendu le célèbre écrivain Henry Lopez (Ambassadeur du Congo en France) vanter les mérites démocratiques de Ouattara. Alassane Ouattara est « un grand démocrate qui pense à l’Afrique » disait en substance l’auteur de Tribaliques. Ces discours élogieux qui nous rappellent les chants des griots du manding,  ne pouvaient que renforcer Ouattara dans sa posture. C’est pourquoi, lors de sa récente visite au nord, il n’a pas hésité à avouer : « …Alassane Ouattara est un vrai démocrate».

Mais tous ces éloges demeurent de viles incantations tant qu’on se trouve au niveau de la théorie. La logique voudrait que le statut de démocrate soit conféré à un sujet par les actes que pose ce dernier. C’est en tentant de confronter la théorie à la pratique que surgit le duel entre Ouattara le démocrate et Ouattara le dictateur. On quitte ainsi le jardin des proclamations hypocrites pour se plonger dans une réalité plus effroyable. Ouattara le démocrate se trouve curieusement malmené par Ouattara le dictateur. Face à Ouattara le dictateur, le statut de démocrate prend des soufflets inimaginables. Figurez-vous que ce Ouattara dont on dit qu’il s’abreuve à la source de la démocratie, a dans ses geôles, plus de 700 prisonniers politiques. Plus de deux cent mille exilés et réfugiés politiques. Le nombre donne froid dans le dos. Toutes les victimes de Ouattara ne sont pas dans des lieux de détention conventionnelle et leur arrestations n’obéissent pas aux règles requises en la matière. Elles sont le plus souvent enlevées, torturées, séquestrées, enfermées dans des conteneurs. Mais cela ne pétrifie pas les flagorneurs du pouvoir Ouattara. On note qu’au moment où Ouattara faisait bruire ses compétences démocratiques au nord, à quelques petits kilomètres, des centaines de prisonniers politiques ployaient sous le poids de la maltraitance. Toutefois, pour tenter de vaincre Ouattara le dictateur, le démocrate affirme qu’il n’existe pas en Côte d’Ivoire des prisonniers politiques. Mais curieusement, tous les prisonniers sont accusés d’être des pro-Gbagbo. Or un pro-Gbagbo est lui-même une opinion politique. Le démocrate ne connait pas l’étiage des arguments. Ces prisonniers, selon lui, ont commis le crime de « non reconnaissance de sa victoire ». Vous avez dit nouveau crime du démocrate législateur-juge !

Sous le regard de ces encenseurs, le démocrate Ouattara est obligé de lire le tableau que lui présente le dictateur Ouattara. On peut y lire : assassin des libertés individuelles et collectives, chef absolu des médias publics, protecteurs des criminels du pouvoir, détenteur exclusif des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, promotion d’un Etat tribal, exclusion etc. On cherche en vain sur ce tableau, un seul haut fait susceptible de faire remonter le démocrate. On tente de l’aider en s’essayant à accorder du crédit à sa volonté de dialoguer avec l’opposition significative. Mais hélas, on ne trouve rien d’encourageant. Il a déjà tout plié parce qu’étant blanc comme neige, il considère que seul le pardon du FPI peut réconcilier la Côte d’Ivoire.  Même dans ce cas, il faut que le FPI soit en vie. Or il invite le parti de Laurent Gbagbo à prendre place dans son « train de la paix qui va à vive allure ». Autant dire qu’il veut tuer ce parti car le train étant déjà dans sa folle course, comment le FPI peut-il approcher les rails sans se faire broyer ?

On comprend à ce stade du duel, que Ouattara le démocrate, est bien une peinture qui coule dès la première goutte de pluie. Lorsqu’elle tombe, le vrai Ouattara s’affiche, c’est-à-dire Ouattara le dictateur. Il est serein, stable comme un vieux chêne. On dira même qu’il est un roseau en matière de dictature. Mille fois plié, il se redresse mille et une fois. C’est donc ce Ouattara qui est au pouvoir en Côte d’Ivoire. Les nombreuses campagnes de ponçage de son image sont incapables de produire, à la lumière des actes, un démocrate. Croire en définitive qu’Alassane Ouattara est un démocrate, c’est imposer à notre esprit qu’un manguier peut produire des raisins.

 

Alain Bouikalo, Juriste

jeudi, 04 juillet 2013

VISITE DE OUATTARA AU NORD - QUAND LES BOURREAUX SE PRENNENT POUR DES «SAUVEURS»

 

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Après 26 mois de pouvoir, Ouattara a enfin décidé de poser les pieds au nord. Cette partie septentrionale de la Côte d’Ivoire, on le sait, a connu ces dix dernières années, une horrible histoire. 10 années de prise d’otage, de braquage des terres et des libertés, dix années de destruction et de pillage au profit d’illuminés abusivement appelés «sauveurs». Ces «sauveurs», ce sont ceux qui foulent aujourd’hui les terres du nord.  Ont-ils réellement lutté pour le nord qu’ils disent être exclu? Ne sont-ils pas en réalité les bourreaux du nord?


De la charte du nord au MPCI, une lutte pour la destruction du nord

Pour que le nord tombe en ruine, il a fallu que dans l’antichambre, naisse un pacte dangereux pour la cohésion sociale. La charte du nord (diffusée sous forme de tracts dès 1991) fut la vaste cour censée rassembler les filles et fils du nord. Le rassemblement annoncé devait logiquement se faire autour d’une personne : Alassane Dramane Ouattara. Il est même précisé : « la défense d’Alassane figure en bonne place parmi nos objectifs ». Les promoteurs de cette charte avaient déjà leur petite compréhension du terme « défense ». Il ne s’agissait pas en effet, d’une défense pacifique, mais plutôt guerrière. Et pour le faire, ils avaient un espace géographique, des ressources humaines, logistiques. Feu Lamine Diabaté, membre fondateur du RDR, avait vendu le secret en 1995 lors d’un meeting à Odienné : « Mais ils ne nous connaissent pas… c’est avec des fusils et des balles que nos parents ont conquis cette terre (le nord)... nous avons aussi nos hommes dans l’armée ». Ce message qui annonçait officiellement la destruction du nord, donna jour au Mouvement Patriotique de Côte d’Ivoire (MPCI), conduit par Soro Kigbafori Guillaume, fils du Nord. Le MPCI était en majorité composé de nordistes et d’un gros contingent de combattants burkinabè. La composition de ce mouvement rebelle répondait à l’esprit et à la lettre de la charte du nord. Le mouvement rebelle fonctionnait comme l’aile armée du parti de Ouattara. Donc c’est tout naturellement qu’il n’existait pas de visa pour passer du RDR au MPCI et vice-versa.

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D’ailleurs, les « cadres » du MPCI ont été « déversés » dans leur organisation d’origine qu’est le Rassemblement des Républicains d’Alassane Ouattara. Au delà des revendications fantaisistes, le mouvement rebelle avait deux objectifs : Installer Ouattara au palais du plateau et restaurer la dignité bafouée du nord. En effet, le rassemblement dont parlait la charte du nord signifiait œuvrer à donner le pouvoir politique à Ouattara et par ricochet à l’ensemble des ressortissants du nord. En outre, selon les promoteurs de la charte, le pouvoir central avait exclu cette partie du territoire national. Il fallait donc réparer l’injustice. Mais qu’ont-ils fait à la naissance de leur mouvement rebelle ? Lorsque le mouvement rebelle pro-Ouattara s’installe au nord, il allie exécutions sommaires, chasse au non-nordistes, vols (1308 milliards constituent le fruit des casses des agences de la BCEAO en 2003), expropriation et pillage systématique des ressources minières de la région. Ceux des nordistes réfractaires aux hérésies des rebelles pro-Ouattara sont traités comme les « Kafri » non ressortissants du grand nord. Tous les programmes de développement au profit du grand nord, sont mis en berne. Les fonds alloués aux Conseils Généraux (délocalisés au sud), ne servent en réalité plus à l’investissement mais plutôt au fonctionnement de ces entités décentralisées.

Le taux d’analphabétisme prend l’ascenseur bien que quelques enseignants volontaires firent l’effort de sauver les meubles. L’administration étant absente sur le territoire occupé par les hommes de Ouattara, c’est tout naturellement que les impôts et taxes échouèrent dans le patrimoine des rebelles. En lieu et place de la restauration de la dignité du nord, ce fut l’instauration de la destruction du nord et la course à l’enrichissement des rebelles. En 10 ans, l’administration rebelle n’initia aucun projet de développement fiable au nord. Toutefois, quelques ONG s’essayèrent, avec l’appui de partenaires extérieurs, à réhabiliter des pompes hydrauliques villageoises, des dispensaires etc. Mais cela ne pouvait nullement combler les énormes attentes des populations séquestrées. Le cynisme du bloc rebelle les poussa à exploiter cette paupérisation lors des campagnes présidentielles de 2010.

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Du rattrapage ethnique à la déportation des pro-Gbagbo, une stratégie de destruction du nord

Après le refus de Ouattara d’accepter les résultats des élections présidentielles définitivement proclamés par le Conseil Constitutionnel, Ouattara déclencha une crise postélectorale. Une fois installé par la coalition Onuci-Licorne, il s’exerça à inventer et mettre en œuvre une idéologie ségrégationniste : le rattrapage ethnique. Selon lui, il s’agit de faire la place à 40% de nordistes exclus sous la gouvernance Gbagbo. En clair, Ouattara a décidé de créer le mythe de la supériorité ethnique de son clan. Mais ce qu’il oublie c’est qu’il développe une thèse qui, à la longue, se retournera contre les nordistes qu’il prétend tant aimer. La thèse du tribalisme ou de la supériorité ethnique est dangereuse pour ses bénéficiaires pour deux raisons. Premièrement, elle impose aux exclus, le sentiment d’être des victimes. Par exemple, de nombreux travailleurs ont soit perdu leurs emplois, soit été rétrogradés au profil de nordistes. Il n’y a qu’à prendre le seul exemple de la RTI pour s’en convaincre. En second lieu, en cas de changement de régime, les 40% (chiffre de Ouattara) peuvent se retrouver sur le chemin du vagabondage dans la mesure où Ouattara a déjà montré la voix aux générations à venir. Dans ce cas quelle couleur aura l’administration ivoirienne ? Sera-t-elle exclusivement nordiste au sudiste ? Pour l’heure, notons que Ouattara a « nordisé » l’administration ivoirienne. Du bas de l’échelle au sommet, les nordistes se taillent la part du lion. Est-ce le grand rassemblement des nordistes annoncé par la charte du nord qui continue?

De toute évidence, l’esprit de cette charte se voit au travers des différentes nominations. Tout cela contribue à détruire le grand nord car, on ne se sert pas d’une région pour asservir les autres mais au contraire on agrège les régions pour former et fortifier la nation. Cela, Ouattara semble l’ignorer, lui qui fait du nord la prison à ciel ouvert de ceux qui ne sont pas de son clan. Quelle est la perception qu’une grande partie de la population a aujourd’hui du nord ? En plus du fait qu’on croit en la « dioulatisation » de l’Etat, la population exclue estime que le nord a été transformé en un enfer pour les pro-Gbagbo. Tous les grands leaders de l’opposition, amis et camarades du Président Laurent Gbagbo, arrêtés ou enlevés, ont été déportés au nord. Pourquoi le nord ? N’existe-t-il pas un endroit autre que cette région pour accueillir les damnés du régime ? Que comprendre à travers le choix de Ouattara ? On pourrait apporter plusieurs explications. Mais l'explication qui demeure plausible est celle consistant à dire qu’il s’agit de donner au nord, des personnes qui ont longtemps tenté d’exterminer le nord. En effet, Ouattara, ses suiveurs et autres soutiens ont, durant des années, expliqué aux populations du nord que Laurent Gbagbo et le FPI sont leurs ennemis.

Or la grande fierté pour un ennemi est de voir à ses pieds, celui qu’il a affronté lors de combats. Ouattara a donc bien choisi l’itinéraire des prisonniers, au golf Hôtel à ses pieds, puis au nord dans son fief. C’est donc un motif de fierté pour les fondateurs de la charte du nord, le MPCI, le RDR, tous des ressortissants du nord. Mais quel dividende recueille le pouvoir en agissant ainsi ? Aucun, à part aiguiser les récriminations des victimes, la haine gratuite et le désir de vengeance. Ouattara expose donc dangereusement le nord qui ne lui est pourtant pas totalement acquis. Il a pris cette zone en otage par le biais de la charte du nord et ses rebelles du MPCI-FN.

Ceux qui se présentent comme les sauveurs des nordistes sont en réalité les bourreaux de ce peuple. Ils le furent durant leur carrière à l’opposition civilo-armée, ils le sont depuis qu’ils ont été imposés au peuple de Côte d’Ivoire. Leurs gestes au nord ressemblent à ceux de Mobutu Sese Seko qui, après avoir été le bourreau de Patrice Lumumba, fut celui qui l’éleva à la dignité d’héros national.

 

Alain Bouikalo, Juriste.

mardi, 30 avril 2013

FETE DU 1er MAI: LE CAPITALISTE NEGRE ET LA PLEBE

 

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Du haut de sa gloire, le capitaliste nègre orthodoxe n’a jamais  cessé de célébrer le fossé dressé entre lui et la plèbe. Entre les deux, c’est le jour et la nuit. Ses enfants sont tenus à mille lieues de ceux de la plèbe. Il est interdit un mélange ou une fusion entre ces deux classes. L’une a les moyens de prolonger sa vie en renouvelant de façon incessante son sang, l’autre très chétive, ne cherche qu’un menu morceau pour s’accrocher à la vie. Les deux classes n’ont pas la même morale. Ce qui est anathème chez l’une est bénédiction chez l’autre. Elles n’ont pas non plus les mêmes valeurs. Le capitaliste nègre, comme ses collègues blancs, a les moyens de commandement. Il est l’impérium. Il engage la plèbe. Lui impose des contrats léonins. Lui impose des heures de travail et des tâches à cheval entre l’inacceptable et l’indécent. Lorsque la plèbe se révolte et au bout de mille morts obtient une fête, le capitaliste ne décolère pas. Il ne peut décolérer car le profil qu’il cherche par l’exploitation de la plèbe se trouve réduit. Humaniser la plèbe ! Abomination, dit le capitaliste.

Une fois la force de la plèbe imposée, le capitaliste éternellement porté sur son nombril, change de fusil d’épaule. Il a plusieurs tours dans son sac. Comment maintenir la plèbe dans la précarité sans qu’elle ne le sache? Il a un argument : la crise économique. Qu’elle a le dos large cette crise ! Dans la crise, on trouve un peu de tout. Critères de convergence de l’Uemoa, immobilisme du Smig, conditions de travail difficiles, inadéquation entre le salaire et la dictature des prix des produits, flambée des prix etc. Il suffit donc qu’il arbore cet argument pour que la plèbe  sache que le bonheur n’est pas pour demain. Clochardisée, la plèbe ne se rassasie que du mystère qui entoure le salaire du capitaliste ainsi que celui de ses collaborateurs. Elle ne voit que l’infâme jeu mêlant affairisme et spoliation avec en toile de fond, l’odeur du cacao et du pétrole.

A  la crise économique s’ajoute le mépris. Le capitaliste a toujours méprisé les plus petits. Pourtant c’est d’eux qu’il tire sa richesse, sa sève nourricière. Autant il est formellement interdit aux enfants du capitaliste de fréquenter ceux de la plèbe, autant le capitaliste s’interdit toute rencontre avec la plèbe. Ce schisme social révoltant est flagrant depuis deux ans. Il y a d’un côté la société des riches, incarnée par le capitaliste nègre et de l’autre, celle des pauvres représentée ici par le syndicat de la plèbe. Certains capitalistes nègres, par delà nos frontières, font l’effort de rapprocher les deux pôles. Mais chez nous, l’idée n’est point à l’ordre du jour. Le capitaliste nègre maintien sa posture de dominant. Il plastronne dans les lambris dorés sans jamais recevoir un seul représentant de la plèbe.

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A l’occasion de la fête arrachée de haute lutte par la plèbe aux capitalistes, ceux qui sont les plus orthodoxes gardent la ligne. Il n’est pas question de se tenir en face de ces moins que rien pour écouter leurs jérémiades. On pourrait même dire qu’ils ont la rancune tenace. Ils ne tolèrent pas l’affranchissement de la plèbe. Ils ne peuvent en conséquence tolérer leurs revendications. Cela correspond bien à la vérité historique qui entoure la fête du travail : un combat entre le bourgeois et le pauvre, l’employeur et le salarié, le capitaliste et la plèbe. Nous sommes dans l’un des épisodes de cette lutte salvatrice. Ici, le capitaliste nègre a, par délégation de pouvoirs, confié au Primus inter pares, le soin d’écouter la plèbe sans pour autant répondre favorablement à ses revendications. Il n‘a aucun pouvoir de décision. Il n’est qu’un simple agent d’exécution. Une sorte de factotum juste là pour faire de la figuration. Hier un Primus avait reçu les revendications. Aujourd’hui un autre Primus les recevra mais cette fois-ci, la réception se fera sous l’empire d’une onction décrétale. Nonobstant ce passage de témoin entre Primus, on note que les livres blancs sont toujours restés blancs. Cette année ils seront bonifiés. L’année prochaine la bonification sera portée au grade supérieur. Le mauvais traitement de ces livres blancs trouve sa justification dans le statut du destinataire desdits livres. Il est en effet un capitaliste qui penche plus pour ses intérêts que pour ceux de la plèbe. Il n’existe aucune intimité entre lui et la plèbe. Or pour mieux comprendre la basse classe il faut être plongé au cœur de ses réalités. Il faut pleurer avec elle, rire avec elle. Mission impossible pour un capitaliste qui exècre les plus petits. Pour ne pas avoir à les affronter et s’inventer un petit sentiment de pitié, le capitaliste préfère ne pas les recevoir. Il ne fera que lire les livres blancs. Or entre lire passivement et entendre la plèbe, la voix crue, exprimer ses souffrances, il y a une nette différence. La voix de la plèbe crée le sentiment humain. La lecture passive engendre un cœur  glacial, impénétrable. Le capitaliste nègre préfère le cœur glacial parce que là ou est le malheur de la plèbe, là se trouve son bonheur. Comme toujours d’ailleurs !

Dieu nous garde.

 

Alain Bouikalo, Juriste

bouikhalaud10@gmail.com


Source: Le blog d'Alain Bouikalo

jeudi, 25 avril 2013

LA BEREZINA DU SUPER PARTI MAJORITAIRE

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Ils clamaient partout qu’ils étaient majoritaires. Tellement majoritaires que pour faire d’eux des peaux de chagrin, Laurent Gbagbo avait planifié leur extermination.  Le  nord qu’ils disent être leur propriété privée avait été bassiné par les manipulations du maître absolu. Le charnier, la chasse aux nordistes, l’escadron de la mort et tutti quanti. Tout cela avait bien rassuré le nord –pris en otage- au point où tous les départements de la région devinrent la chasse gardée du super parti majoritaire. Dans l’une de leur principauté, il avait été question de faire voter des singes et des moutons pour montrer à Laurent Gbagbo, qu’il valait mieux devenir des bêtes que de participer à des élections qui ne répondaient pas à leurs rêves. La majorité s’était exprimée de fort belle manière : la violence.

Nos amis les majoritaires avaient également magnifié leur supériorité par des coups de canon et de petits bruits de calibres 12 de nos bienfaiteurs les dozos. Ils firent ce que font tous les majoritaires qui tirent leur statut du ventre du mensonge. Dans le ventre du mensonge, la logique est fortement inversée. Là bas, les majoritaires s’expriment par les biceps, les armes. Les minoritaires tétanisés se plient comme des chiots qui se mettent la queue entre les pattes.

Et un jour, les majoritaires vinrent au trône, après le travail de leurs ancêtres les gaulois. Mais bien avant qu’ils ne viennent, ils avaient expérimenté leur super majorité par une héroïque révolution orange. Les rues furent envahies aussi bien par eux que par les minoritaires devenus leurs adjuvants.

Ils furent, depuis leur micro Etat, des maîtres absolus du terrain. Depuis leur Etat, ils donnaient des ordres aux fonctionnaires, travailleurs, chômeurs, désœuvrés etc. Chaque couche socio-professionnelle s’exécutait parfaitement. Une fois au pouvoir, ils accaparèrent tout. Les fœtus devinrent des membres de leur majorité, le carré des martyrs devint leur majorité, les votants clonés devinrent leur majorité et vlan, le parlement devint leur affaire comme si nous étions dans une mutuelle de développement du Nord. Le désert électoral du 11 Décembre 2011 fut leur majorité absolue. Les morts et les disparus visitèrent les isoloirs. Ils bourrèrent les urnes. Ils lancèrent de menus coups de biceps. L’allié au cœur meurtrit, versa un océan de larmes. En vain. Alors que tous riaient du faible taux de participation, par une formidable opération du saint esprit, le taux pris l’ascenseur. Le désert électoral devint une steppe avant de finalement se transformer en une forêt ! Il fallait prouver qu’on est majoritaire. Par tous les moyens. Chacun connait les moyens. Mais taisons-nous!

Nos majoritaires voulaient une fois encore expérimenter leur suprématie. A l’occasion, ils refusèrent de dissoudre l’organe chargé des élections, ils rejetèrent brutalement toute idée de reforme. Ils imposèrent leurs vues aux minoritaires et partirent organiser, avec quelques ricanements traitres, .une mascarade électorale. Et vlan, la souricière se referma sur eux. Ils devinrent une peau de chagrin. Ce fut la bérézina. Les majoritaires sont dévoilés. Ils sont exposés. Le gôpô marcha parfaitement. Les esprits d’Eburnie les désignèrent comme des minoritaires achevés. Et les revoilà s’adonnant à leur jeu favori. Ils enflèrent leurs biceps partout où ils furent battus à plate couture. Ils renouèrent avec l’ère des loubards et des calibres 12. L’heure de la chasse à l’homme sur un fond tribal. L’heure des cars bourrés de barbares assoiffés de sang. Les pauvres ! Ils perdirent là où ils croyaient tout plié.

De grosses têtes furent conduites au cimetière des loques politiques. Des circonscriptions qui avaient été braquées et copieusement asséchées jetèrent à leur face : « Nous ne voulons plus de vous ».Très affectés, les bulldozers ne furent pas de trop pour casser les adversaires et brûler les hommes de « Il n’est pas encore minuit ». Pendant qu’ils s’adonnent fièrement à leur art, Laurent Gbagbo est à la Haye. Son parti est dans les chaînes. Ses militants sont dans les geôles ou muselés chez eux. Pourtant, la violence prospère sur le terrain politique. Et oui, ma mère m’a conçu dans la violence. C’est donc dans la violence que se trouve mon salut.

A la vérité, le super parti majoritaire a toujours été minoritaire. Il s’impose par la force du canon, du tripatouillage et de la mascarade. C’est l’arme des faibles. Derrière l’attrayante couleur orange qu’il arbore, se masque une réalité pétrifiante : la bérézina. Une bérézina à tous égards. Les recettes sont indigestes et les méthodes totalement désincarnées. Un véritable décalage entre la réalité du pouvoir et les réalités du bas peuple. Toute sa grandeur est enrobée dans du faux. Lorsque vous levez le drap, vous vous rendez compte qu’il ne s’agit que d’un super parti complexé, versé dans l’art de la manipulation de la masse crétinisée.  La mascarade électorale a définitivement ôté le drap. Plus nous avancerons, vite la minorité se recroquevillera pour offrir au monde un tombeau blanchi bon pour l’oubli. C’est ainsi que lentement, se ferme la page des acteurs politiques jouissant d’une réputation surfaite.


Alain Bouikalo, Juriste

dimanche, 14 avril 2013

ALASSANE OUATTARA, MAITRE ABSOLU DE LA COTE D’IVOIRE

 

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«Le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu rend absolument fou»

Montesquieu


 
Les parlementaires ivoiriens viennent d’accorder –sans surprise- à Ouattara, le droit de gouverner par ordonnance. Ce droit couvre l’année 2013. La compétence déléguée portera essentiellement sur les domaines économique et sociale. En clair pendant pratiquement une année, Ouattara exercera des prérogatives législatives. Les députés –payés à dormir-  n’auront plus à plancher sur la loi de Finances, ni sur des mesures que seul Ouattara jugera « sociales ». L’instrument de cette délégation de pouvoirs, est l’article 75 de la constitution.  A nos yeux,  recourir à cet article  parait inopportune et contrairement aux idées propagées par ses hommes, ce recours est exclusivement destiné à faire de Ouattara le maître absolu de notre pays.

Une initiative inopportune visant à…

Le recours à l’article 75 de notre constitution n’est pas subordonné à la survenance d’un évènement précis. Il annonce simplement que « Le président peut, pour l’exercice de son programme, demander à l’assemblée nationale, l’autorisation de prendre par ordonnance, pendant un délai limité, des mesures qui sont normalement du domaine de la loi… » A tout moment donc, le chef de l’exécutif peut solliciter le parlement sur la question. Au delà du caractère dangereux d’une telle disposition manifestement « trop ouverte »,  notons que la volonté du chef de l’exécutif ne peut être – avec la législature actuelle- arrêtée par la représentation nationale. Il s’agit donc d’une légitimation des dérives de l’exécutif. Mais cette dérive est-elle aujourd’hui opportune ? La réponse d’Adama Bictogo donne froid dans le dos. En effet, il avoue : « face aux nombreuses attentes de la population sur de nombreux projets et vu le temps que pourrait mettre le parlement pour légiférer, le Président a sollicité la représentation nationale.» Voici -sans regarder l’exposé des motifs- l’argument qui fonde le recours à l’article 75. Si l’on s’en tient aux dires de Bictogo, nous seront amenés à conclure que les effets des mesures que prendra Ouattara seront immédiats. En outre, ils contribueront incontestablement à améliorer le quotidien des ivoiriens. Or, il n’a pas encore été démontré qu’une mesure du gouvernement Ouattara a impacté positivement la vie des ivoiriens. Si par un coup de chance, ces mesures devaient impacter positivement les vies, il faudra compter sur le long terme. Pas maintenant. L’on ne connait pas non plus le contenu des mesures à venir. Elles peuvent être soit une diminution de la Tva -ce qui serait un miracle car Ouattara fétichise les normes de l’Uemoa- soit une augmentation des impôts –chose plus plausible- ou encore des privatisations démentielles comme Ouattara sait le faire. En tout Etat de cause, les « attentes des populations » - l’on ne sait sur la base de quel sondage- ne peuvent servir d’arguments. Ouattara devant « légiférer » jusqu’en 2013, n’apporte rien dans la mesure où la deuxième session parlementaire –session budgétaire- ferme le 31 Décembre 2013. Il est clair que c’est à tort que le Député-candidat aux municipales, parle d’ «avancée démocratique ».

Voyons du côté de la représentation nationale. Ouattara avait-il de fortes chances de voir ses réformes subir le refus des députés ? Aucunement. La législature actuelle, contrairement aux incantations de son Président, est « servile et soumise ». Elle ne peut être soupçonnée d’être un contre pouvoir. Bien au contraire, elle accompagne le pouvoir. Même dans ses dérives. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à considérer le ridicule jeu de l’âne du Buridan auquel se sont adonnés les députés lors de l’examen du projet de loi relatif au mariage. Ils ont oscillé entre l’exercice du droit à l’amendement et l’exécution d’un mandat impératif. En définitive, le mandat impératif l’emporta, emportant en conséquence, la maigre crédibilité de l’institution. Et puis, la constitution reconnait au chef de l’exécutif, le droit de mettre en vigueur par ordonnance, la loi de finances « si l’Assemblée Nationale ne s’est pas prononcée dans un délai de soixante-dix jours »(art 80). Voici une autre brèche favorable à Ouattara, si par extraordinaire les députés « accompagnateurs du pouvoir » venaient à avoir un sursaut d’orgueil. Mais pourquoi a-t-il tenu à devenir un « législateur délégué » ?

…transformer Ouattara en maître absolu

Ce nouveau « coup » fait du chef de l’exécutif un maître absolu d’autant que déjà, il avait réussi à caporaliser la justice, la transformant en une institution dépendante de sa théorie de « la justice des vainqueurs ». Dans son application, elle consiste à épargner minutieusement les criminels du camp Ouattara. Pour les adeptes de cette théorie, l’on devrait laisser la justice travailler à son rythme. Quel est donc ce rythme ? Emprisonner les partisans de Gbagbo. On nous objectera que ce n’est qu’une vue de l’esprit et que l’exécutif ne serait pas le « donneur d’ordre ». On pourrait le croire si des exemples et non des moindres, ne crevaient pas les yeux. Saisissons au vol le nombre de prisonniers politiques en Côte d’Ivoire. 505 prisonniers pro-Gbagbo contre 0 prisonnier pro-Ouattara. Plus de 1000 exilés et réfugiés pro-Gbagbo constamment menacés par la justice ivoirienne. Leur sort est bien résumé par Kandia Camara, Ministre de l’Education nationale. En effet, s’adressant récemment aux enseignants grévistes, la Ministre a lâché : « Tous ceux qui seront arrêtés seront jugés et condamnés ». Ce membre de l’exécutif, loin de vouloir intimider, annonçait clairement l’Etat d’esprit du pouvoir pour qui la présomption d’innocence ou la chance d’être innocenté n’existe guère. Quant il s’agit de réprimer ceux qui refusent de rentrer dans les rangs. Même si cette phrase tombe en retard, elle confirme la théorie au nom de laquelle seul un camp se trouve en prison et l’autre, qui n’est pas pauvre en criminels de guerre, régulièrement indexés par les rapports d’organisation de défense des droits de l’homme, mène une vie paisible dans les salons du pouvoir.

Mais bien avant la mise sous coupole de la justice, Ouattara le chef de l’exécutif, se comportait comme un véritable empereur. Il jouit des pouvoirs exorbitants que lui accorde la constitution: Chef de l’administration, chef de l’armée. Au nom de ces pouvoirs il nomme seul, démet seul. Il parvient même à « voler » certaines compétences, à faire un abus de pouvoir. Il a démis la quasi-totalité des élus du FPI. Les maires ont été remplacés par d’autres acquis à la cause du pouvoir. Les députés ont été démis et privés de salaires, les conseils généraux ont été dissous par décret. Ouattara a même jugé, à un moment, que ses députés n’avaient pas le droit de ramer à contre courant. Son gouvernement fut dissous pour réprimer les députés récalcitrants. Il est le chef du conseil supérieur de la magistrature. Il est « le père » de la justice à double vitesse connue sous le nom de justice des vainqueurs.

Le fait pour lui, de « légiférer », s’annonce comme l’achèvement d’un processus d’accaparement de pouvoirs longtemps goupillé dans le secret. On peut désormais être certain, Ouattara est bel et bien le maître absolu de la Côte d’Ivoire. Il a l’exécutif. Il bénéficie des largesses des députés dans les autres matières et dans les matières économiques et sociales, pioche « légalement » dans le domaine de la loi. Il a la justice sous ses ordres. Il est le maître absolu.


Alain Bouikalo, Juriste