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jeudi, 10 mars 2011

ADDIS-ABEBA: LA QUESTION DE PRINCIPE D'AFFI N'GUESSAN QUI COULE LE PANEL


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Il est 14 heures à Addis-Abeba lorsque le panel des 5 Chefs d'Etats reçoit le candidat perdant aux élections en Côte d'Ivoire, Alassane Dramane Ouattara (ADO).
Après une heure d'échanges à huis clos, ADO sort et laisse la place à la délégation du Chef de l'Etat réélu, Laurent Gbagbo, conduite par l'ex-premier Ministre Pascal AFFI N'Guessan, Président du Front Populaire Ivoirien.

Pendant une heure 15 minutes, la délégation de la majorité présidentielle va discuter avec les Chefs d'Etats sur la décision finale qu'ils ont cru bon de leur communiquer. Pêle-mêle, le panel suggère que c'est ADO qui a gagné les élections en Côte d'Ivoire et qu'il doit prêter serment devant le Conseil Constitutionnel ivoirien présidé par Paul Yao N'DRE. Ensuite, le panel et le Président Ouattara nommeront un Premier Ministre de consensus à la tête du gouvernement ivoirien. Des séries d'amnisties seront prises pour les forces de défense et de sécurité et les membres du gouvernement. En retour, l'UA et la Communauté Internationale accompagneront la Côte d'Ivoire dans le processus de reconstruction.

Face à ces inepties débitées avec gêne par le panel, le Chef de la délégation du Président Laurent Gbagbo a fait part sur un ton ferme et en des mots très durs, de l'irresponsabilité et le manque de courage du panel et, juger que les experts de l'Union Africaine n'ont pas fait leur travail lors de leur mission en Côte d'Ivoire puisqu'ils ont refusé de voir les résultats des élections : « Choï a induit en erreur le monde entier et vous en êtes tous conscients. Il n'y a pas de honte à reconnaître cette erreur et à délivrer le peuple ivoirien ».

Après avoir exprimé le risque que prend le panel en suggérant une victoire hypothétique d'ADO, le Chef de la délégation du Président élu, AFFI a posé une question de principe qui a dérouté les membres du panel : « Sur quelles bases et quelles sont les motivations qui, selon vous, justifieraient la victoire d'Alassane Dramane Ouattara? ».

Silence de mort autour de la table. C'est alors que Jacob Zuma, Président d'Afrique du Sud prend la parole pour enfoncer le clou en trouvant que la question du Président AFFI N'Guessan mérite une réponse du panel.

Après plusieurs hésitations, le Président Mauritanien et Président du panel, dit en balbutiant qu'ils ne donneront les motivations de la victoire d'ADO que devant le Conseil de paix et de Sécurité qui devrait normalement se réunir dans les heures qui suivent.
La délégation du Président Laurent Gbagbo a donc quitté la salle, dans l'attente de la réunion du CPS à laquelle elle a d'ailleurs été conviée.

Au micro de l'AFP, AFFI a fait cette déclaration qui traduit l'ambiance lourde de la rencontre avec le panel : « Nous avons estimé que cette proposition du panel est inacceptable. Malheureusement, nous avons constaté que le panel de haut niveau s'est contenté de reprendre ce que nous savons déjà. Le panel est dans l'incapacité de nous donner les arguments qui fondent cette décision. Ils continuent la fuite en avant. Tout le monde s'appuie sur l'annonce du haut-représentant de l'ONU (en Côte d'Ivoire, Young-Jin Choï). Si cette initiative ne débouche pas sur des propositions pertinentes et irréfutables, suffisamment convaincantes, nous craignons que l'UA contribue en quelque sorte à parachever le coup d'Etat entamé en 2002, et qui s'est mué en tentative de coup d'Etat électoral à travers les dernières élections présidentielles ».

En fait de résolution de la crise ivoirienne par l'UA, c'est à une copie conforme de l'accord de Linas-Marcoussis que l'UA veut s'adonner.


Source: Coordination des Communicateurs Bénévoles

mercredi, 15 décembre 2010

ALCIDE DJEDJE: LES DESSOUS D'UNE MANIPULATION MEDIATIQUE MONDIALE

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C'est le premier entretien que vient d'accorder Son Excellence Alcide Djédjé, ministre des Affaires étrangères de la République de Côte d'Ivoire, à un média français après les récentes élections présidentielles en Côte d'Ivoire. Il dénonce l'ingérence des Nations Unies, pilotées par la France et les Etats-Unis, dans la gestion d'un Etat souverain. Cet entretien exclusif a été diffusé lundi 13 décembre sur la radio Kernews. Nous en publions ci-dessous le texte avec quelques modifications liées à la retranscription d'un entretien oral en langage écrit. Compte tenu du caractère sensible de cette affaire, nous insistons sur le fait que seul l'enregistrement sonore reflète précisément les propos et le ton de Son Excellence Alcide Djédjé. Ce diplomate de formation qui a fait ses études en France, à Sciences Po, a notamment été représentant permanent de la Cote d'Ivoire à l'ONU. Homme de confiance du président Laurent Gbagbo, il a été nommé ministre des Affaires étrangères.


Télécharger l'interview en format audio Mp3:

http://dl.free.fr/mnn64cQxA

 

Kernews : Que se passe-t-il en Côte d'Ivoire ? Pourquoi pensez-vous que Paris et Washington ont pris parti à ce point sur cette question de politique intérieure ivoirienne ? Pour vous, est-ce une ingérence dans les affaires intérieures d'un pays souverain ?

Alcide Djédjé : Oui, il s'agit d'une ingérence grave dans les affaires intérieures de la Côte d'Ivoire de la part de la France et des États-Unis. Cette ingérence s'est faite d'abord au Conseil de sécurité à New York, puisque le représentant des services extérieurs des Nations Unies a reçu des fortes pressions pour que le président de la Commission électorale indépendante, qui normalement siège de façon collégiale et par consensus, soit amené dans les locaux de l'ONUCI à Abidjan pour proclamer les résultats. Monsieur Choi a refusé et il m'a appelé à cet effet. C'est ainsi que le président de la Commission électorale indépendante, Monsieur Youssouf Bakayoko, a été amené à l'Hôtel du Golf, le QG de campagne de Monsieur Ouattara, devant la presse étrangère, dont France 24, pour proclamer de faux résultats. Au vu de ces résultats, on constate que le taux de participation passe de 70% à 81% : nous avons donc constaté que plus de 630 000 voix on été rajouté après la fermeture des bureaux de vote. Voilà ce qui se passe en Côte d'Ivoire et cela a été fait par la France et les États-Unis... L'ambassadeur de France et l'ambassadeur des États-Unis en Côte d'Ivoire sont très actifs et, la veille, le président Sarkozy avait envoyé un courrier au président de la Commission électorale indépendante pour lui demander de proclamer les résultats sur le champ. J'étais moi-même en face de militaires Français qui, à 22h40 le soir, tentaient de remettre le courrier au président de la Commission électorale indépendante. Cela nous a été signalé par les militaires ivoiriens. Je me suis rendu sur les lieux moi-même et j'ai appelé l'ambassadeur de France qui a demandé aux militaires de retourner au camp Licorne, ils semblaient très embarrassés. Ce sont ces instructions du président Sarkozy qui ont été exécutées le lendemain. Ensuite, le président Sarkozy, et aujourd'hui le président Wade, ont appelé le président Jonathan Goodluck pour orienter la décision de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest). Plus grave encore, l'ambassadeur américain à Abidjan, que j'ai reçu en mon bureau, connaissait la veille la position que l'Union africaine allait prendre. Donc, il s'agit non seulement d'une ingérence dans les affaires intérieures, mais d'une manipulation des institutions telles que la CEDEAO et l'Union Africaine pour que Alassane Ouattara soit déclaré président. Malheureusement pour eux, Monsieur Ouattara n'a aucune prise sur la réalité du terrain ici en Côte d'Ivoire. Donc, nous avons formé notre gouvernement parce que le président Gbagbo a été élu président de la République comme suite aux réclamations faites et aux décisions du Conseil Constitutionnel qui l'a proclamé vainqueur. Voilà comment les choses se présentent aujourd'hui à Abidjan.

Excellence, vous nous avez rappelé cet état de fait : c'est-à-dire cette différence de voix, l'écart entre la participation et le nombre de voix proclamé au moment de l'élection, avec près de 630 000 bulletins de vote en plus. En France, on disait ironiquement il y a quelques décennies, à l'époque où il y avait des bourrages d'urnes dans certaines banlieues, que l'on faisait voter les morts... Nous n'en sommes pas très loin, finalement...

Oui, bien sûr, on voit bien que tout a été orchestré parce qu'ils voulaient absolument qu'il y ait cette proclamation illégale, hors délai, de la Commission électorale indépendante. Pendant que les trente autres membres de la Commission centrale attendaient au siège de la CEI, Monsieur Bakayoko a été kidnappé par l'ambassadeur de France et des États-Unis, encadré par des gendarmes des Forces nouvelles et l'ONU, pour aller proclamer des résultats et, plus grave, au QG de campagne de l'un des candidats. Ceci, sur une télévision française... Je ne comprends pas cet empressement et nous voyons aujourd'hui que c'était vraiment grossier. Cela apparaît comme quelque chose de surréaliste et une ingérence trop grossière, trop flagrante... J'ai dit à l'ambassadeur des États-Unis qu'il n'était pas subtil dans sa manière de faire. On peut avoir des préférences, mais il faut agir de façon subtile et responsable. On ne peut pas montrer de cette façon, faire comprendre que nos institutions sont inutiles, cinquante ans après notre indépendance, montrer que le Conseil Constitutionnel est inutile. Pourtant, toutes nos institutions sont calquées sur des institutions similaires en France et aux États-Unis. La validation par la Cour suprême des États-Unis de la première élection du président Bush participe à cette réalité. Personne d'autre, aucun autre Etat, n'a contesté la validation par la Cour suprême des États-Unis de l'élection de Monsieur Bush. En France, il y a eu des invalidations qui concernent Madame Ségolène Royal, je n'ai pas d'éléments précis là-dessus, mais le Conseil Constitutionnel joue ce rôle en France. Pourquoi, en Côte d'Ivoire, ce serait un représentant du secrétaire général des Nations Unies qui jouerait ce rôle ? Simplement, on pense qu'il faut toujours flouer notre souveraineté, on pense qu'il faut toujours nous écraser et cela, nous ne pouvons pas l'accepter. Nous avons formé notre gouvernement. Peut-être que l'on viendra nous écraser, nous chasser tous de Côte d'Ivoire, faire de la purification, pour qu'il y ait une Côte d'Ivoire conforme à la façon de penser de Monsieur Sarkozy et des autorités américaines. Nous restons sur notre position, nous sommes dans le droit, et nous ne pouvons pas accepter qu'un pays souverain membre des Nations Unies soit traité de la sorte par un fonctionnaire des États-Unis sur injonction de deux capitales, Paris et Washington.


Les médias occidentaux nous expliquent qu'il y a une pression de la communauté internationale contre Laurent Gbagbo et son équipe. Que signifie la communauté internationale ? On a vu que la Russie a une position légèrement divergente, que la Chine ne partage pas cette position, ainsi que beaucoup d'autres pays. Cela signifie-t-il qu'il y aurait une communauté internationale médiatique, celle qui donne le la dans les médias internationaux, celle qui forge l'opinion publique mondiale et que seule cette communauté internationale médiatique compterait ?


Vous avez raison. Dans cette affaire, la Russie a pris position très clairement. D'abord, il n'y a pas eu à New York de déclaration présidentielle, comme le souhaitait Susan Rice qui préside en ce moment le Conseil de sécurité pour les États-Unis. Il y a eu un communiqué de presse, qui n'a pas la même valeur... Et même le contenu de ce communiqué de presse a été discuté pendant plusieurs jours, ce qui est très rare, pour que finalement, suite à la manipulation qui a été faite par le président français à la réunion de la CEDEAO, la Russie, par principe, tout en n'étant pas d'accord sur le fond et en maintenant sa position sur la souveraineté de la Côte d'Ivoire - en disant que ce n'était pas le mandat des Nations Unies de scinder des comptes et de proclamer des résultats dans une élection présidentielle dans un Etat souverain - la Russie a laissé publier ce communiqué. Nous avons rencontré le représentant russe après et cela ne veut pas dire qu'elle était d'accord sur le fond. La Chine, également, a eu une attitude très claire. Le gouvernement chinois a fait un communiqué pour dire qu'il fallait laisser prévaloir le droit, respecter les institutions et aller au dialogue politique. C'est la teneur du communiqué de la Chine. Vous avez raison de dire que la Chine, la Russie, et même l'Afrique du Sud, car il y a une position qui n'était pas similaire à celle de la CEDEAO, ni à celle de l'Union Africaine... et également l'Angola, la Libye et la Communauté des Etats Sahélo-Sahariens (CEN-SAD) sont très clairs là-dessus. Simplement, ce qui fait la différence, comme vous le dites, c'est le battage médiatique : c'est-à-dire, par médias interposés, faire croire que le président Gbagbo est isolé. Le « coup » a été fait, mais ils ne sont pas allés jusqu'au bout parce qu'ils s'attendaient à ce qu'à la proclamation des résultats provisoires, de façon illégale et rocambolesque, sur le terrain, la population sorte, dise que Laurent Gbagbo a perdu et demande son départ. Tout est resté calme parce que le président de la République a la Côte d'Ivoire pour lui et la Côte d'Ivoire avec lui. Il a l'armée, il a la police, il a la gendarmerie et la population de Côte d'Ivoire. C'est la réalité du terrain. Malgré les médias, il n'est pas facile de prendre un pays, sinon par la force. Tout ce qui leur reste à faire, c'est venir envahir la Côte d'Ivoire et installer Ouattara. Même après l'avoir fait, ils ne seront même pas sûrs que Monsieur Ouattara puisse gouverner. Donc, vous avez raison d'affirmer qu'il y a une espèce de campagne médiatique très forte orchestrée par deux capitales principalement, Paris et Washington, certains autres faisant du suivisme opportuniste.

Vous avez évoqué certains Etats, j'ajoute que le nonce apostolique a rencontré le président Gbagbo en l'appelant ainsi : cela signifie-t-il que le Vatican reconnaisse aussi le président Gbagbo ?


Oui. Bien qu'il n'ait pas encore fait de déclaration, le Vatican est très réservé sur ce qui se passe. Il y a des pays qui sont réservés et qui jouent leur rôle habituel de neutralité, tels que la Suisse. Ce que je veux vous dire - faites la différence entre le président Gbagbo et les puissances qui veulent imposer Monsieur Ouattara - c'est que nous voulons construire la paix en Côte d'Ivoire et eux veulent imposer quelqu'un au pouvoir en vue d'en profiter, étant donné qu'ils font partie de certains réseaux, des réseaux d'intérêts. Ils veulent intervenir dans les affaires de la Côte d'Ivoire, ils veulent mettre sous tutelle la Côte d'Ivoire pour pouvoir mieux saisir et exploiter nos richesses. C'est la différence entre eux et nous. Pour eux, peu importe le nombre de morts qui pourraient sortir d'un conflit tel qu'ils l'attisent actuellement. Ils sont devenus des déstabilisateurs et ils ne sont plus des faiseurs de paix. Ils utilisent les Nations Unies pour déstabiliser la Côte d'Ivoire. Ce qui se passe est très grave. Les Nations Unies sont en train de déstabiliser un pays alors que le rôle des Nations Unies, sa charte, c'est d'être un faiseur de paix. C'est très, très grave.

Cela pose le problème de la gouvernance mondiale. Voilà des pays membres permanents du Conseil de sécurité à qui incombe une très lourde responsabilité pour ramener la paix dans le monde et, au contraire, ces pays utilisent les Nations Unies à leur profit pour des raisons d'intérêts. Peu importe pour eux ce qui peut se passer après. On voit bien que l'on nous a forcés à aller à des élections sans désarmement du Nord ! Pouvez-vous imaginer que l'on puisse organiser des élections dans une partie de la Côte d'Ivoire avec des rebelles armes au poing ? C'est ce qui s'est passé. En mars dernier, dans mon discours aux Nations Unies, j'étais ambassadeur à New York, moi-même et Monsieur Choi à l'époque avions demandé qu'il y ait réunification avant les élections. La France et les États-Unis nous ont dit non et nous ont demandé d'aller aux élections dans ces conditions. Je leur ai dit que pour eux les élections constituaient un dogme, alors que nous recherchons la paix et non pas des élections pour des élections. Aujourd'hui, nous avons le résultat : il y a eu élection et le pays est bloqué. C'est un échec pour la France et les États-Unis. Et la France et les États-Unis sont responsables de la situation actuelle en Côte d'Ivoire et du blocage actuel en Côte d'Ivoire. Ils n'ont pas la capacité de gérer correctement le monde. Il y a un problème de gouvernance qui se pose pour les puissances membres du Conseil de sécurité, notamment la France et les États-Unis, et qui entraîne des parties du monde dans l'impasse actuellement. Il est bien beau de parler de bonne gouvernance, mais la gouvernance mondiale est ingérable aujourd'hui. La France n'a pas de politique africaine actuellement. Elle procède par petits coups comme en Côte d'Ivoire, en utilisant certains réseaux, c'est bien dommage.

Deux réflexions s'imposent de la conversation que nous venons d'avoir. D'abord, on a tenté d'organiser des élections dans un Etat souverain, alors qu'une partie du territoire de cet État souverain était encore contrôlée par des milices armées...

Oui.

Deuxième point, celui de la gouvernance mondiale, ce qui m'amène à une question plus personnelle : ce problème avait été soulevé au moment de la guerre en Irak, or finalement rien n'a été fait depuis sept ans...


Vous avez raison, rien n'a été fait depuis sept ans. Cela coïncide même avec le début de la crise ivoirienne qui a commencé en 2002. Vous vous souviendrez qu'au départ, les Nations Unies étaient chargées de régler le problème en Côte d'Ivoire et, au lieu de chercher à ramener la paix en Côte d'Ivoire, la France, après l'accord de Marcoussis, a fait endosser cet accord de Marcoussis par les Nations Unies et a toujours tenté de faire partir le président Gbagbo, au lieu de régler le problème de la paix et de la réconciliation en Côte d'Ivoire. Après, nous avons eu la signature de l'accord de Ouagadougou (APO). Nous avions espéré avoir, avec cette prise en main par les ivoiriens eux-mêmes et avec l'aide du président Compaoré, des élections après la réunification. C'est ce qui était prévu dans l'accord politique de Ouagadougou : les élections devaient avoir lieu deux mois après le désarmement et la réunification. Mais les Nations Unies, par l'intermédiaire de la France et des États-Unis, ont fait des pressions en disant que le président Gbagbo ne veut pas aller aux élections et qu'il est possible de faire les élections maintenant, etc... Comme à New York, c'est la France qui a l'initiative du projet de résolution sur la Côte d'Ivoire. Bien que récusés par le président Gbagbo, ils ont continué et imposé que les élections aient lieu même avant le désarmement au nord et avant la réunification. Voilà, en manipulant les Nations Unies, la CEDAO et l'Union africaine ont abouti à un échec total sur le cas de la Côte d'Ivoire et cela pose le problème de la gouvernance mondiale. Il n'y a pas d'objectif, il n'y a pas d'idéal de paix, mais il n'y a que les réseaux d'intérêts qui comptent et cela aboutit à ce que l'on voit aujourd'hui en Côte d'Ivoire, c'est-à-dire un pays bloqué par la faute des États-Unis et de la France. Ils méprisent les institutions dont la Côte d'Ivoire s'est dotée et qu'elle a calquées sur des institutions similaires en France et aux États-Unis, et qui ont déjà statué dans des cas précis, comme l'élection de Monsieur Bush face à Monsieur Al Gore, pour laquelle personne n'a rien eu à redire dans le monde puisqu'il s'agissait d'une question de souveraineté. Mais lorsqu'il s'agit de la Côte d'Ivoire, puisque c'est un petit pays, peut-être pensent-ils que le président Gbagbo n'est pas de leur réseau ? Peut-être pensent-ils qu'il faut le faire partir et bafouer d'une façon grossière les grands principes qui régissent le monde, c'est-à-dire la souveraineté des Etats et les grands principes qui disent que les peuples doivent disposer d'eux-mêmes ? Il est complètement scandaleux que le président Sarkozy, les ambassadeurs de France et des États-Unis, interviennent d'une façon aussi peu subtile, aussi peu fine, dans les institutions d'un pays souverain. À l'heure où je vous parle, l'ambassadeur des États-Unis cherche directement à rencontrer le directeur général de la télévision (RTI) et d'autres directeurs généraux. Il ne passe plus par les canaux traditionnels diplomatiques, c'est-à-dire les ministres concernés ou le ministre des Affaires étrangères. Il agit comme sur un territoire qui n'a pas de maître et nous sommes en pleine recolonisation, cinquante ans après l'indépendance.

Dans un territoire qui a un maître, en d'autres temps, on appellerait cela un acte de guerre...


Oui, c'est un acte de guerre. Étant donné que nous n'avons pas d'outrage, il y a certaines choses qui sont tolérées... pour l'instant.

Pour avoir des clefs de compréhension sur ce qui pourrait, peut-être, se passer dans quelques jours : on lit sur Internet certains messages expliquant que vos opposants pourraient envoyer des bataillons d'enfants au premier rang avec, derrière, les forces rebelles armées, pour éventuellement créer la pagaille dans Abidjan et forcer l'armée à réagir devant les caméras de télévision pour montrer à l'opinion publique mondiale que l'armée du président Gbagbo s'attaque à des enfants... Que pensez-vous de cela ?

Nous sommes sur le terrain, je ne crois pas qu'ils puissent en arriver là. S'ils en arrivaient là, vous êtes là pour juger, cette affaire fait déjà le tour du monde. Vouloir mettre les enfants en tête pour ensuite accuser l'armée ivoirienne, qu'ils en prennent la responsabilité. De notre côté, nous ferons tout pour qu'ils n'en arrivent pas là. Ce ne sont pas des méthodes classiques de lutte pour le pouvoir.

Enfin, Paul Collier, professeur à l'université d'Oxford, souligne que l'Occident estime que son modèle de démocratie peut être dupliqué dans d'autres territoires qui n'ont pas toujours la même culture ou la même problématique de population. Or, il considère que l'on continue de se tromper. Cette crise ne révèle-t-elle pas ce problème ?

Oui, on aurait même pu l'accepter et nous l'acceptons en tant que tel. Mais quand on fonctionne au gré de ses intérêts, on bafoue ce modèle occidental. L'exemple de la Côte d'Ivoire est clair et net. Il y a des institutions, la Commission électorale siège de façon collégiale et par consensus, mais ceux qui prônent le modèle démocratique se mettent hors la loi quand le fonctionnement des institutions ne les arrange plus. Ils emmènent le président de la Commission électorale indépendante dans le QG de campagne d'un des candidats. C'est incroyable ! C'est la première fois au monde que cela arrive ! Ensuite, on conteste l'arbitrage du Conseil Constitutionnel, alors que dans leur propre démocratie c'est ce qui s'est fait. Même en acceptant leur modèle, ils agissent au gré de leurs intérêts. Finalement, ils n'ont pas d'idéal et de modèle. L'opinion publique est très forte dans leur pays et ils sont donc obligés de respecter le modèle démocratique dans leur pays. Mais dans les pays les plus faibles, je crois que leur modèle est finalement la dictature. C'est pourquoi je pose le problème de la gouvernance mondiale qui est complètement à la dérive aujourd'hui, par la faute des États-Unis et de la France, dans le cas de la Côte d'Ivoire.



Propos recueillis par Yannick Urrien.

 

Source: KERNEWS.FR

lundi, 08 novembre 2010

PRESIDENTIELLE IVOIRIENNE : ABIDJAN CONTRE DAKAR

 

WADE-SARKOZY.jpg

 

Accusant Dakar de conspiration, Abidjan a rappelé, hier (vendredi 5 novembre), son ambassadeur au Sénégal. Les enjeux d'un esclandre.


«La Côte d'Ivoire a rappelé son ambassadeur au Sénégal. L'ambassadeur du Sénégal en Côte d'Ivoire a été convoqué au ministère des Affaires étrangères et a reçu une lettre de protestation des autorités ivoiriennes», a déclaré hier le conseiller diplomatique du président de la République de Côte d'Ivoire, monsieur Alcide Djédjé. Que s'est-il passé ?

Quelques heures après l'annonce des résultats du 1er tour de l'élection présidentielle ivoirienne, Abdoulaye Wade, chef de l'Etat sénégalais, a dépêché un avion à Abidjan pour venir chercher Alassane Dramane Ouattara et Henri Konan Bédié, respectivement en deuxième et troisième position à l'issue du scrutin, et par ailleurs alliés contre le président Gbagbo au sein du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix.

Ce comportement, considéré comme une ingérence intolérable du Sénégal dans les affaires intérieures ivoiriennes, intervient en pleine préparation du 2nd tour de l'élection présidentielle, prévu le 21 novembre 2010. Ne s'y trompant d'ailleurs pas, Henri Konan Bédié, grand perdant du scrutin au profit de Dramane Ouattara, a refusé d'obtempérer aux desiderata d'Abdoulaye Wade et de prendre part à une conspiration en vue de déstabiliser la Côte d'Ivoire.

Le Sénégal est l'un des pays les plus pauvres d'Afrique en ressources naturelles. Ses devises proviennent principalement de la pêche, du tourisme, de la culture de l'arachide et du soutien financier de la diaspora. En effet, confrontés à la misère ambiante, des milliers de Sénégalais choisissent chaque année la voie de l'exil, constituant une des plus fortes populations immigrées au monde. La gestion népotiste et approximative du pays par le géronte Wade, âgé de 84 ans et dont la dernière lubie consiste à vouloir imposer son fils pour lui succéder à la tête de l'Etat, a aggravé la situation économique déjà peu reluisante du pays de la Teranga.

Depuis quelques années, Abdoulaye Wade entretient des relations difficiles avec Laurent Gbagbo, difficultés décuplées par le refus du chef de l'Etat ivoirien de donner son accord à la requête insistante du patriarche sénégalais de puiser dans les réserves de la BCEAO à des fins autres que celles prévues. Il est donc impératif pour Wade d'avoir un homme à sa solde aux manettes à Abidjan. D'où son soutien peu discret à Ouattara, bien connu pour être très sensible aux intérêts géostratégiques, financiers et économiques français, burkinabés et sénégalais.

Faut-il rappeler que grâce à la guerre en Côte d'Ivoire et pour avoir accepté de servir de base arrière aux rebelles, le Burkina Faso, pays d'origine de Ouattara, est devenu un important exportateur de cacao sans que cette matière première ne soit cultivée sur son territoire ?!

Bien qu'il n'ait aucune intention de remettre en cause la politique étrangère néocolonialiste de la France en Afrique, Nicolas Sarkozy ne peut, à l'heure actuelle, se permettre d'avancer à visage découvert comme son prédécesseur Jacques Chirac l'a fait, en envoyant l'armée française bombarder les populations ivoiriennes à Abidjan et Bouake il y a exactement 6 ans, en novembre 2004. Empêtré dans des scandales politico-financiers et ratatiné sur le plan intérieur, Sarkozy, au vu de l'engagement grandissant des Etats Unis et de la Chine en Afrique, ne voit d'autre solution, pour financer la croissance française, que de maintenir les états africains de son «pré carré» loin de la mondialisation. En dehors des innombrables ressources naturelles dont dispose la Côte d'Ivoire, les immenses gisements de pétrole découverts au large des côtes ivoiriennes et ghanéennes suscitent d'autant plus sa convoitise que les entreprises françaises du secteur voient leurs concurrents russes, américains, brésiliens et chinois rafler la mise.

Blaise Compaoré, à qui Laurent Gbagbo avait habilement décidé de confier le rôle de médiateur pour l'empêcher de nuire, sur les conseils avisés de l'ancien président sud africain Thabo Mbeki, n'étant plus disponible, et Omar Bongo ayant passé l'arme à gauche, Sarkozy a trouvé son sous-traitant pour mener à bien son entreprise de déstabilisation d'un régime jugé récalcitrant en la personne d'Abdoulaye Wade, qui a certainement obtenu une contrepartie intéressante pour accepter d'être la face visible du complot visant à faire main basse sur la Côte d'Ivoire.

En se rendant toutes affaires cessantes à Dakar pour prendre les instructions de son mentor, Alassane Dramane Ouattara semble, quant à lui, décidé à tomber le masque, donnant ainsi raison au président Gbagbo qui l'a désigné tout au long de la campagne électorale comme «le candidat de l'étranger». Stratégie payante ? La Côte d'Ivoire au service de Wade, Compaoré  et Sarkozy: pas sûr que les Ivoiriens acceptent de confier les rênes du pouvoir à un homme qui ne se cache plus d'être la marionnette de la France, du Burkina Faso et du Sénégal.


Mahalia Nteby

 

Source: SAOTI, le blog de Mahalia Nteby

vendredi, 19 mars 2010

DESARMEMENT ET REUNIFICATION DU PAYS AVANT LES ELECTIONS

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Un conseil de sécurité sur la situation en Côte d’Ivoire s’est tenu ce mercredi 17 Mars 2010 au siège de l’organisation mondiale à New York de 10h à 11h. Dirigé par le diplomate Gabonais S.E.M. Emanuel NGONDET dont le pays en assure la présidence tournante ce mois de Mars, ce conseil a entendu deux exposés importants :

D’abord celui du représentant du secrétaire général en Côte D’ivoire puis celui de S.E.M Alcide DJEDJE le représentant ivoirien auprès de l’illustre institution.

Dans sa déclaration, Mr CHOI JIN que le conseil avait chargé de lui faire un point de l’évolution du processus électoral après sa dernière réunion de Janvier 2010, a exprimé devant ses paires sa déception et ses regrets quant à l’impasse politique qu’a connue le pays ces derniers jours du fait de la fraude dont s’est rendue coupable l’ex Président de la commission électorale Indépendante alors que tout semblait sur une bonne voie.

Lorsque le Représentant ivoirien lui, prend la parole, c’est pour d’abord présenter la situation qui a occasionné la double dissolution du gouvernement et de la CEI avant d’insister sur le fait que, « le temps est venu de désarmer et de réunifier la Côte d’Ivoire ». Pour ce faire, S.E.M Alcide Djédjé plaidera pour que l’ONU apporte un appui au facilitateur M. Blaise COMPAORE afin de lever ces derniers obstacles, ce qui qui contribuera fortement à la restauration de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue du territoire, une étape incontournable dans l’organisation des élections libres et transparentes.

Aussi le diplomate a-t-il rappelé à ses collègues que, « l’ONU qui consacre dans sa charte le concept de la souveraineté, ne peut pas faire la promotion d’une souveraineté morcelée au gré de tel ou tel intérêt » car, a-t-il insisté, « les Nations Unies ne peuvent pas valider un scrutin dit national sur un territoire coupé en deux avec interdiction d’accès aux partisans d’un des candidats sur une partie du même territoire et avec une télévision privée qui fait la propagande d’un des 14 candidats déclarés ».


Aussitôt cette réunion terminée que les 15 membres permanents se sont retrouvés en consultations à huit clos ; une rencontre d’où sortira un communiqué lu à la Presse et dans lequel « Les membres du Conseil ont exprimé leur profonde préoccupation devant l’absence de progrès du processus électoral depuis janvier 2010. Ils ont appelé instamment les parties prenantes ivoiriennes à relancer ce processus sans délai et à rester dans le cadre de l’accord politique de Ouagadougou et des accords de paix antérieurs que le Conseil de sécurité a approuvés. Ils ont salué et soutenu le rôle joué par le Facilitateur, le Président Blaise COMPAORE du Burkina Faso, et l’ont encouragé à poursuivre ses efforts pour soutenir le processus de paix en Côte d’Ivoire.

Les membres du Conseil ont en particulier appelé instamment les parties prenantes ivoiriennes à apporter leur plein soutien à la commission électorale indépendante afin d’aboutir à la liste électorale définitive dans les prochaines semaines. Ils ont souligné que la liste électorale provisoire de 5.3 millions d’électeurs a été approuvée par les membres du Cadre permanent de concertation, certifiée par le Représentant spécial du Secrétaire général et saluée par le Conseil de sécurité. Ils ont aussi souligné que toute tentative destinée à remettre en cause les acquis du processus électoral ou à ajouter des conditions préalables pour retarder la finalisation de la liste électorale définitive serait incompatible avec les engagements pris par les parties.

Les membres du Conseil ont appelé tous les Ivoiriens à ne pas recourir à la violence et à respecter pleinement les droits de leurs compatriotes, y compris durant le processus électoral. Les membres suivront de près la situation, y compris les conditions de sécurité sur le terrain et les progrès du processus électoral »

Mathieu BOUABRE
Service de communication
Mission CI/ONU

Source: ABIDJAN.NET

 

20:04 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : onu, conseil de sécurité, alcide djédjé, choi jin, mathieu bouabré, mission ci-onu | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 31 juillet 2009

DE QUOI JE ME MELE?

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Photo: SEM Jean-Marc SIMON, Ambassadeur de la République de France en Côte d'Ivoire. Par Prisca, Abidjan.net.

L'attitude provocatrice de la France, ces derniers jours, vis-à-vis de la Côte d'Ivoire est suspecte: Elle n'en finit pas de se cristalliser sur le report des élections du 29 novembre 2009. Pour l'heure, il n'en est absolument pas question, en Côte d'Ivoire. Aurait-elle le projet d'occasionner un report pour demander, ensuite, la tête des acteurs politiques ivoiriens et singulièrement, celle du Président GBAGBO? L'avenir proche nous le dira. Au demeurant, il n'appartient pas à la France, fût-elle la puissance colonisatrice de décider à la place des ivoiriens, ce qu'ils veulent pour leur pays. S'ils veulent un report, ils le décideront eux-mêmes et s'ils n'en veulent pas, c'est à eux seuls d'en juger. De quoi donc je me mêle?

 

Le Conseil de sécurité a prorogé hier, jusqu`au 31 janvier 2010 le mandat de l`Opération des Nations Unies en Côte d`Ivoire. La France en a profité pour mettre en garde contre tout report des élections.


La France a encore brandi le bâton face aux risques de report de l`élection présidentielle en Côte d`Ivoire. Cette fois, c`est la tribune du Conseil de sécurité, réuni hier, sur la situation ivoirienne que l`ancienne puissance coloniale a choisie pour exprimer son peu de confiance en la volonté des dirigeants ivoiriens de tenir effectivement les joutes présidentielles au 29 novembre. Intervenant après l`adoption de la résolution du Conseil portant prolongation du mandat de la mission onusienne à Abidjan, le représentant permanent de la France, M. Jean Maurice Ripert, a prévenu que toute tentative de reporter les élections sera inacceptable. Selon lui, le Conseil de sécurité ne se laissera pas abuser «par des faux-semblants techniques». «Si les élections du 29 novembre devaient être reportées, les responsabilités des uns et des autres seraient clairement établies et le Conseil de sécurité en tirerait les conséquences», a-t-il chargé. «Qu`ils sachent, a-t-il ajouté en parlant des acteurs politiques ivoiriens, qu`ils sont pris au mot par le Conseil de sécurité et qu`ils seront jugés sur leurs actes et que c`est dans cet esprit que le Conseil suivra de près dans les semaines à venir, notamment la publication de la liste électorale provisoire, puis de la liste électorale définitive, avec l`appui de la facilitation et du représentant du secrétaire général». Quant au Conseil de sécurité il affirme pour sa part que tout report de l`élection présidentielle serait incompatible avec «un processus crédible» et avec l`Accord politique de Ouagadougou. Les 15 membres du Conseil ont exigé certains résultats précis à court terme. «Il (Ndlr : le Conseil) rappelle que la publication de la liste électorale est une étape cruciale du processus électoral, attend avec intérêt la publication de la liste électorale provisoire d`ici la fin du mois d`août 2009 et demande instamment aux acteurs politiques ivoiriens de tenir leurs engagements pleinement et sans délai», indique le communiqué qui a sanctionné la réunion. L`organe principal de l`ONU a encouragé le facilitateur (le président Blaise Compaoré) et le représentant spécial du secrétaire général (M. Choi) «à l`informer sans délai de toute difficulté qui pourrait mettre en péril le calendrier électoral». Il a également «réaffirmé son plein appui à (M. Choi) dans son rôle de certification. Il souligne qu`il fondera son évaluation du processus électoral sur la certification qui sera préparée par (lui)».

Djama Stanislas (Quotidien Nord-Sud)

Source: Abidjan.net

14:40 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans France, Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : onu, france, report élections ivoiriennes, alcide djédjé | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |