topblog Ivoire blogs

mercredi, 29 août 2012

SYRIE: VLADIMIR POUTINE SONNE LE TOCSIN ET LA FIN DE LA RECREATION

 

POUTINE ET ASSAD.jpg

 

Derrière les plis de l’actualité, les non-dits, l’escroquerie intellectuelle et médiatique, la ruse et le mensonge, de cet impérialisme meurtrier, accompagné toujours d’un discours humanitaire, qui est en train de vouloir rééditer ses exploits passés, il faut dire non. Mais, derrière cette façade triturée du bien se cache en fait, le bruit et la fureur. Le refus permanent de tendre la main, le diktat, la violence et le perpétuel logos morbide et mortifère.

Il n’est pas utile de revenir ici sur les exploits de prêcheurs de haine qui s’habillent d’oripeaux élogieux pour semer la misère, la détresse et la mort. Comment un Américain peut-il, aujourd’hui, parler d’humanitaire avec les exploits de son pays à Hiroshima et Nagazaki (Japon), au Vietnam, en Irak ou en Afghanistan, pour ne citer que ceux-là ? Avec un tel parcours jonché de macchabées, il serait plus intelligent de se taire sur le dossier syrien et rechercher la paix au lieu d’attiser les tensions en mettant de l’huile sur le feu.

Dans son dernier démiurge, qu’il veut sain et moral, le président russe Vladimir Poutine dit, « stop ». Au mensonge, à la falsification, au diktat, à la haine. Pour ceux qui doutent encore du complot ourdi par de nombreux pays contre la Syrie, la Russie propose un plan de sortie de crise que ceux qui aiment véritablement la Syrie ne peuvent refuser. Le Gouvernement syrien lui-même se dit prêt à discuter “sans conditions”. Or dans le bruit et la fureur occidentale, on n’entend que le sempiternel refrain maladif « Assad doit partir ».

A défaut de se prendre pour Nostradamus pour savoir que ce départ de Bachar Al-Assad est la solution à tout, pour qui se prennent ceux qui l’exigent ? Dieu ? De quel droit, nous souhaitons le savoir, Barack Obama, François Hollande, David Cameron, les Turcs et les « démocraties » du Golfe disposent-ils pour exiger un changement dans un pays souverain tiers ? Faut-il changer le droit international pour les beaux yeux de ces hommes et ces femmes ? Ce serait inique, quoique, la Libye a été le laboratoire, la zone d’expérimentation, de la raison du plus fort qui échappe à tout contrôle.

Furieux et désabusés après cet épisode qui a vu des personnes, sous prétexte de protéger des civils, sont allés détruire un pays, la Chine et la Russie refusent désormais de se faire à nouveau entuber. La Libye qui était l’un des pays les plus sûrs d’Afrique et le plus riche, est aujourd’hui à la remorque. Plus dangereux et vivant désormais de l’aide internationale. Hier, le ministre de l’Intérieur a déposé le stylo, pour s’opposer à ceux qui refusent de déposer les armes. Ici, désormais, ce sont les bandes armées qui font la loi, d’où, les élections et l’instauration d’une démocratie d’exclusion en sont le résultat. Faut-il parler du Mali ? Visiblement, les Occidentaux préfèrent avoir la même situation en Syrie.

Poutine est conscient que la bête immonde rôde et ne laissera pas un seul espace, une seule erreur, pour passer à l’acte. Il réitère son soutien à la Syrie, expliquant le sens des 3 vétos russes, que semble ne pas vouloir admettre les ennemis de la Syrie. Une façon simple, et avec grande conviction, de dire à ceux qui sont en train de déstabiliser la Syrie que leurs actions unilatérales sont vouées à l’échec…

Dans le texte, s’adressant à ceux qui ne veulent pas entendre raison sur la situation et la position russe, il a dit ceci :

« Il faut que tout le monde prenne en considération sans sous-évaluer cette équation de la réaction russe qui peut aller plus loin que l’on n’imagine. L’utilisation du droit de veto à trois fois consécutives au Conseil de sécurité est, en définitive, un message clair pour tous.”

C’est dit !

 

Source: ALLAIN JULES

jeudi, 09 août 2012

GUERRE A LA TERREUR: VOUS NE L’AVEZ PAS REMARQUE, MAIS AL-QAIDA EST MAINTENANT NOTRE ALLIEE!

 

monde,états-unis,guerre à la terreur,vous ne l’avez pas remarqué mais al-qaïda est maintenant notre a,l'afghanistan,la somalie,la bosnie,le kosovo,la libye,otan,fbi,cia,19 septembre 2001,syrie,armée syrienne libre,l’eastasia,l’eurasia

 

S’il y a une chose que le conflit en cours en Syrie aura sans doute permis de révéler au grand public, c’est bien le côté parfaitement orwellien de la prétendue "Guerre à la terreur" menée depuis le 11-Septembre par les Etats-Unis et ses alliés de l’OTAN, France incluse. En effet, les médias ne parviennent plus à cacher ce fait incompréhensible à priori : des militants d’al-Qaïda sont aujourd’hui nos alliés en Syrie, et aident l’opposition dans sa tentative de renverser Bachar el-Assad. Mais alors, contre qui se bat-on ?

A y regarder de plus près, comme le fait cet article paru sur le Washington’s Blog – et c’est d’ailleurs le thème développé dans le film ONE – Enquête sur al-Qaïda -, la collaboration entre les USA et al-Qaïda n’a vraisemblablement jamais cessé depuis les années 1980 et la création de "la base" par la CIA pour aller combattre les Soviétiques en Afghanistan. Après la Somalie, la Bosniele Kosovo, mais aussi la Libye l’an dernier, des milices islamistes ont été formées par la CIA et d’autres services secrets occidentaux, puis utilisées pour renverser des régimes et occasionnellement les remplacer par des dirigeants "amis". Alors pourquoi cela s’arrêterait-il?

REOPEN911 - AL QAIDA EN SYRIE.jpg

Il est maintenant reconnu qu’al-Qaïda aide l’opposition syrienne

 

Par GeantVert



 

La “Guerre au terrorisme” a changé, et pas un Américain sur 1000 ne l’a remarqué : nous combattons désormais aux côtés d’al-Qaïda


Paru sur le Washington’s Blog, le 31 juillet 2012

Traduit de l’anglais par GV pour ReOpenNews

 

Ce que vous devez savoir sur ce revirement impensable…

Dans le roman de George Orwell, 1984, le pays dénommé Océania est en guerre contre l’Eurasia depuis des années.

Océania change soudain de camp, désigne l’Eastasia comme son ennemi mortel et fait de l’Eurasia son nouvel allié.

Le gouvernement utilise la propagande pour convaincre le peuple que « Nous avons toujours été en guerre contre l’Eastasia. » Le peuple abruti ne remarque même pas qu’ils ont changé de camp et se rallie aveuglément à l’Eurasia qu’il considère comme son allié historique.

La même chose se produit dans le monde réel avec "al-Qaïda".

Les gouvernements occidentaux et les médias "mainstream" ont admis le fait qu’al-Qaïda combattait contre le gouvernement syrien, et que l’Occident soutenait l’opposition en Syrie… quicollabore avec al-Qaïda.

De la même façon, l’opposition qui a renversé Kadhafi en Libye était essentiellement issue d’al-Qaïda… et elle semble maintenant avoir pris le contrôle du pays (et ses éléments sont essentiels dans les combats en cours en Syrie).

Les USA financent également des groupes terroristes sur le sol iranien.

monde,états-unis,guerre à la terreur,vous ne l’avez pas remarqué mais al-qaïda est maintenant notre a,l'afghanistan,la somalie,la bosnie,le kosovo,la libye,otan,fbi,cia,19 septembre 2001,syrie,armée syrienne libre,l’eastasia,l’eurasiaMais bien sûr, al-Qaïda a été accusée pour les attentats du 11-Septembre, et cette décennie de "guerre au terrorisme" a consisté à éradiquer al-Qaïda et ses groupes affiliés.

Par conséquent, le fait que nous considérions maintenant les combattants d’al-Qaïda comme nos alliés, quelle que soit la forme que cela prenne, est une chose tout à fait orwellienne.

Rappelez-vous, le conseiller à la Sécurité nationale de Jimmy Carter l’avait admis sur CNN, nous avons formé et soutenu Ben Laden et les autres chefs d’al-Qaïda dans les années 1970 afin d’aller combattre les Soviétiques. (Il a aussi déclaré devant le Sénat en 2007 que la guerre à la terreur était "un conte mythique historique").

Et, comme le professeur en stratégie au Collège naval, ex-analyste de la NSA et officier de contreterrorisme John Schindler l’a écrit, les USA ont soutenu Ben Laden et d’autres terroristes d’al-Qaïda en Bosnie. [Se référer aussi au livre ci-contre, en français - NdT]

Mais évidemment, nous avons perdu le contrôle et ils se sont retournés contre nous… et ensuite il nous a fallu des années pour chasser et finalement abattre Ben Laden. OK ?

Peut-être bien. Toutefois :

- L’officier en chef chargé de la capture de Ben Laden durant l’invasion de l’Afghanistan a affirmé que les USA avaient laissé celui-ci s’échapper d’Afghanistan.

monde,états-unis,guerre à la terreur,vous ne l’avez pas remarqué mais al-qaïda est maintenant notre a,l'afghanistan,la somalie,la bosnie,le kosovo,la libye,otan,fbi,cia,19 septembre 2001,syrie,armée syrienne libre,l’eastasia,l’eurasia- Un colonel à la retraite et les analystes militaires de Fox News ont déclaré : « Nous savons, avec 70% de certitude – ce qui est énorme en matière de Renseignement – qu’en août 2007, Ben Laden était dans un convoi se dirigeant le sud de Tora-Bora. Nous avions la cible dans nos caméras, à travers nos satellites. Nous écoutions ses conversations. Nous avions la meilleure équipe de chasseurs/tueurs au monde – la Seal Team 6 – dans les parages. Et nous avions le très efficace Commandement conjoint des armées (JSOC, pour Joint Special Operations Command) qui collaborait avec la CIA et d’autres agences. Nous avions des drones sans pilotes chargés de missiles sous leurs ailes ; nous avions les meilleures forces aériennes de toute la planète, n’attendant qu’une chose, envoyer une bombe sur la tête des terroristes. Nous l’avions dans notre viseur ; Nous l’aurions eu à tous les coups… Mais de façon incroyable, et à mon avis, criminelle, nous n’avons pas abattu Ben Laden. »

- Des soldats français insistent pour dire qu’ils auraient pu facilement capturer ou tuer Ben Laden, mais que le commandement américain les en a empêchés.

- Un membre du Congrès américain affirme que l’administration Bush a intentionnellement laissé s’échapper Ben Laden de manière à justifier la guerre en Irak.

Mais les magouilles avaient commencé bien avant le 11-septembre :

- L’enquête conjointe du Congrès sur le 11/9 a découvert qu’un informateur du FBI avait accueilli et loué un appartement à deux des pirates de l’air en 2000, et que, lorsque l’enquête a demandé à interroger cet informateur, le FBI a refusé tout net, et l’a caché dans un lieu secret, et qu’un haut-responsable du FBI a déclaré que ces manœuvres de dissimulation étaient menées suite à des ordres émanant directement de la Maison Blanche (ce qui est confirmé ici par le coprésident de l’enquête conjointe et ex-chef du Comité du Renseignement au Sénat, Bob Graham ; et lisez aussi cet article de Newsweek).

monde,états-unis,guerre à la terreur,vous ne l’avez pas remarqué mais al-qaïda est maintenant notre a,l'afghanistan,la somalie,la bosnie,le kosovo,la libye,otan,fbi,cia,19 septembre 2001,syrie,armée syrienne libre,l’eastasia,l’eurasia- Les attentats contre les Tours Jumelles à l’aide d’avion étaient prévus depuis des années, mais les USA n’ont rien fait pour les empêcher.

- Non seulement le gouvernement écoutait les conversations de Ben Laden, mais ils connaissaient les plans des pirates de l’air de leur bouche même.

- Un officier haut-gradé du renseignement militaire a déclaré que son unité – chargée de traquer Ben Laden avant le 11/9 – a été écartée de cette tâche, et que leurs avertissements comme quoi le World Trade Center et le Pentagone allaient être la cible d’attentats ont été ignorés.

- Plusieurs employés bien placés au département de la Défense ont affirmé que le gouvernement avait volontairement écarté leur témoignage sur la traque de Mohammed Atta avant le 11-Septembre.

- Un des formateurs d’al-Qaïda travaillait avec les Bérets verts et la CIA, et était un informateur du FBI.

- La CIA semble avoir aidé la plupart des pirates de l’air du 11/9 à obtenir un visa d’entrée aux USA.

Et aussi :

- D’après l’un des plus importants journaux français [Le Figaro - NdT], des agents de la CIAont rencontré Ben Laden deux mois avant le 11/9, alors que celui-ci était recherché pour l’attentat contre l’USS Cole.

- Sibel Edmonds – une ancienne traductrice du FBI, jugée extrêmement crédible par l’Inspecteur général du département de la Justice et plusieurs sénateurs – affirme qu’Oussama Ben Laden travaillait pour les USA pratiquement jusqu’au jour du 11 septembre 2001, et que ce fait est tenu caché, tout simplement parce que les USA sous-traitent les opérations de terrorisme à al-Qaïda et aux talibans depuis de nombreuses années.

Nous avons toujours été en guerre avec l’Eastasia…


 

Source: REOPEN911

mardi, 07 août 2012

SYRIE: DEMASQUE, LE PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES S'ENFUIT

 

RIAD HIJAB - EX PREMIER MINISTRE SYRIEN.jpg

 

Se sentant démasqué, le président du Conseil des ministres syriens, Riad Hijab, a été exfiltré par l’OTAN vers le Liban, dimanche 5 août 2012.

L’agence de presse nationale syrienne (SANA) n’a pas rendu compte de l’événement, se contentant de signaler qu’il avait été « démis de ses fonctions ».

La Syrie étant un régime présidentiel (comme les États-Unis), les ministres sont nommés directement par le président de la République et cette vacance n’a pas d’incidence sur le reste du gouvernement. Le président Bachar el-Assad a demandé à l’un des quatre vice-présidents du Conseil, Omar Ghalawanji, d’exercer les fonctions de président du Conseil des ministres.

Le chef de l’Armée syrienne libre a annoncé que M. Hijab avait fait défection avec d’autres ministres. La télévision syrienne a montré des images panoramiques de la réunion du Conseil des ministres sous la présidence d’Omar Ghalawanji afin que chacun puisse constater que nul ne manque à l’appel. En outre, le ministre des Biens cultuels –dont le nom avait été cité par une agence de presse- a fait une déclaration à la télévision sur un sujet secondaire afin de mettre un terme aux rumeurs de la presse occidentale le concernant.

La trahison de Riad Hijab est la première d’importance depuis le début de la crise. Selon son porte-parole, Mohamed Otri, qui s’est exprimé depuis la Jordanie, M. Hijab travaillait secrètement au renversement de Bachar el-Assad bien avant d’accepter les fonctions de président du Conseil des ministres, il y a six semaines, le 23 juin.

Le président du Conseil des ministres coordonne la mise en œuvre de la politique intérieure, mais n’a aucun pouvoir en matière de Politique étrangère et de Défense, « domaines réservés » du président de la République.

Comme dans le système constitutionnel états-unien, les principaux pouvoirs de nomination reviennent au président de la République. Le président du Conseil des ministres n’a donc pas pu placer des hommes à lui à des postes stratégiques de l’État.

À ce stade de l’enquête, il semble que l’opération « Volcan de Damas et séisme de la Syrie », qui a échoué, devait consister en un coup d’État militaire auquel Riad Hijab aurait donné une onction civile. Washington et ses alliés pensaient qu’après la décapitation du commandement militaire (attentat du 18 juillet), des généraux et leurs régiments s’empareraient du pouvoir avec l’aide des mercenaires entrant depuis la Jordanie, puis ils l’auraient remis dans les mains de M. Hijab. Le département d’État aurait alors applaudi à la victoire de la « démocratie ».

On ignore à quel moment les services de sécurité ont commencé à douter de la loyauté du président du Conseil des ministres. Celui-ci n’avait pas été inquiété et participait encore hier à une inauguration officielle, mais il avait évité de retourner à son bureau depuis deux jours.

Bien qu’ayant exercé des fonctions au sein du Baas, Riad Hijab était un technocrate, pas un leader politique. Ancien préfet de Lattaquié, jouissant d’une excellente réputation d’administrateur, il avait été nommé ministre de l’Agriculture, puis président du Conseil des ministres parce que n’étant pas lié à un courant politique, il semblait plus apte que d’autres à œuvrer à l’unité nationale. C’est le contraire qui s’est produit. N’étant lié à aucun groupe, il a pu changer de bord sans être retenu par un engagement.

Lors d’une conférence de presse, le ministre de l’Information, Omrane al-Zohbi, a souligné que -à la différence de l’Arabie saoudite- la Syrie est un État, et que la disparition d’un homme ne peut affecter la marche de l’État.

 

Source: RESEAU VOLTAIRE

vendredi, 10 février 2012

INTERVIEW AVEC AHMED MANAÏ, OBSERVATEUR DE LA LIGUE ARABE EN SYRIE


AHMED MANAI.jpg

Etant l'un des 166 observateurs envoyés par la Ligue arabe en Syrie, on a interviewé Ahmed Manaï, ancien expert international auprès de l'ONU, militant en faveur d'une démocratisation de la Tunisie et auteur de «Supplice Tunisien - Le jardin secret du général Ben Ali».


Nawaat: Quelle était votre réaction, en tant que membre tunisien des observateurs envoyés par la Ligue arabe, face au véto sino-russe au projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie ?

A.M: Une immense satisfaction pour le peuple syrien et la Syrie, leur présent et leur avenir. Le véto sino-russe a sauvé un pays, berceau de la civilisation humaine et arabe, de la destruction totale à laquelle le destinaient d'autres arabes et que les puissances de la guerre s'apprêtaient à lui faire subir. Avec ce véto la Syrie ne connaîtra pas, je l'espère, le sort de l'Irak si proche avec son million de morts, ses 3 millions d'orphelins, ses deux millions de veuves, ses quatre millions de réfugiés et sa société déstructurée. Il ne connaîtra pas non plus le sort incertain de la Libye déstructurée et désarticulée.

Nawaat: Vous avez écrit sur votre page facebook que la décision du "renvoi de l'ambassadeur syrien" de la Tunisie émane non pas du Président Marzouki mais de Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahdha et du Qatar, d'où est-ce que vous détenez cette information ?

A.M: Je rappelle d'abord qu'il n'y a pas d'ambassadeur de Syrie à Tunis depuis plus d'un an, mais juste un vice chargé d'affaires. On n'a pas besoin de puiser ce genre d'information à une autre source que celle de M.Ghannouchi lui-même. Il suffit de revenir à ses déclarations et rappeler, par exemple, celle qu'il a faite en novembre 2011, je crois, dans laquelle il a « décidé « que la Tunisie allait renvoyer l'ambassadeur syrien.. Il avait déclaré plus tard, « qu'il allait remettre les ambassades du Yémen et de la Syrie aux opposants des deux pays » ignorant sans doute la convention de Genève qui régit les relations diplomatiques et consulaires.

Il n'était alors que le chef d'un parti politique ayant gagné les élections.

Heureusement que le gouvernement de l'époque avait tempéré son zèle. Maintenant il est tout et décide de tout, toujours sans autre qualité que celle de président d'un parti chef de file de la majorité à l'assemblée nationale constituante. Pourquoi le Qatar ? Parce que ce pays, sous-traitant des basses besognes, qui pilote « l'initiative arabe » avait enjoint à tous les pays sous sa tutelle, d'accompagner la réunion du Conseil de sécurité du 04/ 02, par une action concertée de rupture avec la Syrie. Ils ont tout prévu sauf le double véto. Il a donné aussi des consignes à certains médias pour chauffer un peu plus l'ambiance. Le CNT syrien pour sa part a recommandé aux siens de procéder à l'occupation des ambassades syriennes partout dans le monde et à ses militants et ses groupes armés de se distinguer par des actions d'envergure. Cependant je ne vous cache que j'ai des amis à la ligue qui m'ont confirmé certaines choses, entre autres l'alignement inconditionnel de la délégation tunisienne à la ligue arabe sur le Qatar.

D'autre part, tout cela est en droite ligne de la stratégie concertée entre les « frères » et leurs alliés arabes, turcs et occidentaux.

Nawaat: Que pensez-vous, de la décision même de "renvoi d'un ambassadeur" ?

A.M: Je rappelle que la Tunisie a envoyé une délégation officielle qui a participé à la rédaction du rapport de la mission arabe en Syrie. Si les décideurs tunisiens avaient consulté les membres de cette délégation sur la situation en Syrie, ils leur auraient conseillé sûrement autre chose. Je ne sais pas d'ailleurs si ces décideurs avaient connaissance de cette mission qui comprend des ambassadeurs, de hauts fonctionnaires et des officiers supérieurs. Alors qu'est ce que j'en pense ? C'est une décision irréfléchie, prise par des amateurs de la diplomatie et des relations internationales, inconscients du tort qu'ils font aux intérêts et à l'image d'un pays qui s'est longtemps distingué par sa diplomatie sage et équilibrée, ou alors, une décision dictée par plus forts qu'eux !

Curieusement aucune des puissances qui s'apprêtaient il y a quelques semaines à lancer leur aviation sur la Syrie, n'a eu recours à la rupture des leurs relations avec la Syrie.

Nawaat : Quels sont les différents agents (On a parlé de l'Iran, de Hezb Allah, Irakiens ...) impliqués aux événements qui se déroulent en Syrie depuis mars 2011 ? Pouvez-vous nous éclaircir plus les acteurs svp ?

A.M: L'Iran et le Hezbollah sont des alliés stratégiques des syriens. Les irakiens par contre, étaient en mauvais termes avec eux, quoique actuellement on assiste à leur rapprochement. Seraient-ils impliqués dans les évènements en Syrie ? Je ne crois pas que les syriens auraient besoin de l'aide de quiconque pour gérer la situation intérieure de leur pays. De nombreux médias ont parlé de combattants du Hezbollah et des Pasdaran iraniens qui seraient engagés dans la répression des manifestants. C'est tout simplement de la propagande. Mais il est certain qu'ils coopèrent à plein au niveau du renseignement, par exemple. Il y a d'autres pays impliqués à fond dans la crise syrienne : ce sont les pays du golfe avec à leur tête le Qatar, puis la Turquie et l'ensemble des pays de l'OTAN. Certains d'entre eux accueillent les groupes armés sur leur sol, d'autres les financent, d'autres encore les entraînent et certains autres leur assurent la couverture médiatique.

Il y a d'autres acteurs de taille, tels que les Russes et les Chinois, mais comme on l'a vu lors du dernier vote du Conseil de Sécurité, leur rôle est surtout de soutien.

Mais il y a aussi, en plus de ces Etats, des mouvances politiques très influentes, telle que les frères musulmans et les Salafistes.

Nawaat: Que pensez-vous de la couverture médiatique en Syrie? Qu'en est-il de la censure?

A.M: Il y a une couverture médiatique étrangère sur la Syrie et une autre en Syrie.

L'une des questions inscrite dans le protocole et à laquelle devrait répondre la mission des observateurs concerne les médias et leurs conditions de travail. Le rapport final y a répondu ainsi :

« Vérification des agréments accordés par le gouvernement syrien aux médias arabes et internationaux, et enquête sur les possibilités offertes à ces médias de se déplacer librement dans toutes les régions de la Syrie..

41 - Le gouvernement syrien, par la voix de son ministre de l'information, a confirmé avoir accordé l'agrément à 147 divers médias arabes et étrangers depuis le début de décembre 2011 et jusqu'au 15/01/2012. 112 divers médias étrangers nouveaux ont visité le territoire syrien en plus des 90 médias déjà présents sur le territoire syrien qui disposent de correspondants permanents.

42 - La Mission a suivi cette question et a observé la présence de 36 médias arabes et étrangers et un certain nombre de journalistes dans un certain nombre de villes syriennes. Elle a reçu quelques plaintes qui indiquent que le gouvernement syrien a accordé des autorisations pour certains médias d'opérer en Syrie pour une durée n'excédant pas 4 jours considérés comme durée insuffisante de leur point de vue, en plus de ne pas permettre leur déplacement à l'intérieur du pays à moins d'indiquer au préalable leur destination et de demander une autre certification pour se rendre à certaines zones sensibles. Le gouvernement syrien se dit prêt à accorder aux médias des mandats de 10 jours renouvelables.

43 - Des rapports et des déclarations de certains secteurs de la Mission montrent l'existence de restrictions gouvernementales sur le déplacement des médias dans les secteurs de l'opposition, incitant ces journalistes à se déplacer, dans de nombreux cas, derrière le déplacement de la mission, pour exercer leurs fonctions.

44 - La ville de Homs a été le témoin de l'assassinat d'un journaliste français travaillant pour France 2, et de la blessure d'un journaliste de nationalité belge. Sur ces deux cas, le gouvernement et l'opposition ont échangé les accusations sur la responsabilité de chacun dans ces incidents et ils ont publié, chacun, des déclarations condamnant la partie adverse. Le gouvernement syrien a constitué une commission gouvernementale d'enquête sur l'incident pour déterminer ses causes. Il faudrait noter que les rapports de la Mission de la Ligue arabe à Homs indiquent que le journaliste français a été tué à la suite des tirs de mortier par l'opposition.

Quant au rôle des médias internationaux, il suffit pour y répondre, qu'il y a une soixantaine de chaînes télévisées, dans tous les pays, qui débitent en permanence et dans toutes les langues, un flot de mensonges et de propagande éhontée sur la situation en Syrie.

Nawaat: Revenons au "véto": Il y a de cela un an, La Russie et la Chine, avec l'Allemagne, le Brésil, et Inde se sont abstenus vis-à-vis de la résolution 1973 autorisant le recours à la force contre le régime de Kadhafi en Libye. Comment expliquez-vous l'usage de ce véto cette fois-ci pour le cas de la Syrie ?

A.M: La résolution 1973 sur la Libye, votée en principe pour assurer la protection des populations civiles a été détournée par les pays de l'OTAN. Le résultat de la guerre de l'OTAN contre la Libye, encore très peu connu du grand public, a été catastrophique. La Russie et la Chine, n'avaient pas fait usage de leur droit de Véto, estimant sans doute que la résolution serait exécutée à la lettre. Il y aussi que la Libye, même avec sa production pétrolière de près de 4% de la production mondiale, n'a pas le même poids stratégique que la Syrie dont la production pétrolière est presque négligeable. Le double Veto sino-russe, a empêché que le verrou syrien ne se brise, et que ces deux pays ne deviennent les prochaines cibles de l'occident. Il est donc avant tout l'affirmation de la fin d'un monde dominée par les USA et du retour à un monde binaire. Il y a une autre raison qu'a expliqué le chef de la diplomatie russe, c'est qu'il y avait une clause secrète dans cette résolution qui autorise le recours à l'intervention armée.

Nawaat: Les Russes et la Chine ont intérêt à maintenir Bashar Al Assad à la tête du régime syrien, notamment pour des raisons purement économiques qui serait entravées en cas d'embargo sur les armes: Selon le think tank russe Cast, la Syrie a acheté 700 millions de dollars d'armes à la Russie en 2010, soit 7% des ventes russes du secteur... Pourquoi la communauté internationale ainsi que les médias internationaux semblent offusqués par le véto sino-russe déjà annoncé par l'ambassadeur de Russie à l'Onu, Vitali Tchourkine le 4 octobre 2011 puis ce jeudi 2 février 2012 ?

A.M: Les Etats n'ont pas de sentiments mais des intérêts. Certes les Russes et les Chinois ont de nombreux intérêts économiques, commerciaux et stratégiques avec la Syrie. Les ventes d'armes n'en constituent qu'une partie infime.

Nawaat: Le massacre à Homs, tuant plus de 200 vies, le plus meurtrier depuis le début des événements vous semble-il suspect ? Ce massacre est signé et ses auteurs se moquent de notre intelligence. Est-il possible de croire un instant, qu'un gouvernement, quel qu'il soit, puisse commettre un tel massacre le jour même où son affaire est portée devant Conseil de sécurité ?

A.M: En fait, il s'agit d'un coup monté dans le cadre d'une stratégie globale et concertée où sont intervenus les « militants syriens » à l'étranger pour occuper les ambassades et les consulats syriens», l'appel au renvoi des ambassadeurs syriens dans les pays arabes et bien sûr ce massacre de Homs.

Alors ce massacre : tous ceux qui ont suivi les télévisions ce jour là ont vu des photos de très nombreuses victimes. La plupart de ces victimes avaient les mains liées derrière le dos et certaines avaient le visage au sol. Les metteurs en scène nous ont expliqué que c'étaient les victimes des bombardements des bâtiments et des habitations par les blindés et même par l'aviation syrienne. Curieusement ces victimes ne portaient pas de blessures ni même aucune trace de l'effondrement de leurs maisons et habitations. Chacun peut en tirer les conclusions qu'il veut. En tout cas tout au long de la journée du 4 février, de citoyens syriens ont témoigné qu'ils avaient reconnu parmi ces victimes, des proches et des voisins enlevés depuis une semaine et même des mois.

Chacun peut en tirer les conclusions qu'il veut.

Nawaat: En réaction à ce véto et suite au massacre à Homs qui a eu beaucoup d'échos sur la scène internationale, Susan Rice, l'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, a déclaré que les dirigeants russes et chinois auront sur les mains toute effusion de sang supplémentaire. Que pensez-vous de cette recrudescence de tension et les jeux d'intérêts entre la Chine et la Russie d'un côté face aux USA, à la France et au Royaume Uni de l'autre côté, tous membres permanents du conseil de sécurité ?

A.M: La meilleure réponse faite à Susan Rice, est venue de l'ambassadeur syrien aux Nations unies, qui lui a rappelé les 60 Vétos des USA pour faire avorter les résolutions condamnant Israël. Mais il y a dans la déclaration de Rice une menace à peine voilée, parce que le sang risque de couler en Syrie. La coalition anti-Syrienne va continuer dans son entreprise de déstabilisation de la Syrie et envisage de recourir prochainement à l'assemblée des Nations Unies pour s'offrir un droit d'intervenir militairement.

Globalement nous vivons un retour de la guerre froide avec cette fois-ci une Russie et une Chine plus puissantes, assurées du soutien d'un certain nombre de pays émergents, avec en face un occident en crise et même en déclin.

Nawaat: Le 8 janvier dernier, des navires de guerre russes ont accosté à la base navale russe située au port de Tartous en Syrie, chose déjà prévue depuis août 2010... Avec ce véto, serions-nous dans une phase catastrophe de préparation à une guerre dont les alliés semblent de plus en plus définis ?

A.M: Après la guerre d'occupation de l'Irak, puis le retrait honteux des troupes américaines, il est difficile de croire que les américains puissent s'engager de nouveau dans une guerre impliquant une présence de leurs troupes au sol. C'est ainsi qu'ils ont choisi, dans le cas libyen, de faire intervenir l'aviation de l'OTAN et de leur apporter un soutien au final. Ce scénario n'est pas valable dans le cas Syrien parce que la Syrie est une puissance relativement importante et qu'elle a des alliés très puissants. C'est pourquoi, la coalition anti syrienne a choisi de faire imploser le pays de l'intérieur en créant, finançant, entraînant et armant des foyers de rébellion.

Sommes-nous à la veille d'une guerre ? S'il y a une guerre, elle ne sera pas confinée aux frontières du Moyen-Orient, tout le monde en est convaincu même les plus fous et tous ceux qui en dressent les plans!

Nawaat: En continuant à collaborer et avec le régime syrien et avec l'opposition syrienne divisée, la ligue arabe semble croire à une possible 'solution politique' à la crise syrienne, afin le Président Bashar Al-Assad délègue ses prérogatives au Vice-président pour former, dans les deux mois, un gouvernement d'union nationale qui conduirait le pays vers des élections libres. Le véto sino-russe bloque cette résolution, quel genre de pression se préparerait à votre avis pour mettre à genoux Bashar Al Assad ?

A.M: La Ligue arabe est entièrement discréditée en enterrant le rapport de sa propre mission d'observateurs et par son recours au Conseil de sécurité. Elle a laissé échapper l'occasion unique de participer au règlement de l'affaire syrienne. Tout ce qu'elle peut proposer dans l'avenir sera sans valeur.

Maintenant c'est le tour de la Russie de jouer le rôle principal mais aussi à la direction syrienne appelée à accélérer et à concrétiser les réformes.

Nawaat: A votre avis, quel serait le véritable poids du CNS (pro intervention militaire) et du Comité national de coordination pour le changement démocratique (contre une intervention et dont on entend rarement parler dans les médias internationaux) ?

A.M: Le CNS n'a pas une bonne réputation en Syrie justement parce qu'il appelle à l'intervention armée. Les syriens ont une vieille tradition de patriotisme et une haute histoire de résistance à la domination étrangère. Par contre, à l'étranger, il est le chouchou des médias et le partenaire favori des hommes politiques, qui le soutiennent et le financent.

D'ailleurs le CNS n'a pas de représentants à l'intérieur du pays et une de ses composantes, les kurdes, vient de le quitter.

C'est différent dans le cas du Comité de Coordination, parce que ses représentants sont presque tous des militants de l'intérieur du pays, et n'ont qu'un porte parole à l'étranger, Haytham Manna. Il est tout à fait normal qu'on ne parle pas de ce Comité dans les médias de la propagande et de la désinformation qui soutiennent l'intervention.

Nawaat: Comment estimez-vous les actions entreprises par les déserteurs de l'armée régulière syrienne ? Disposez-vous de preuves qui prouvent que l'armée syrienne libre (ASL) commet des actes de barbarie ?

A.M: Le rapport de la mission des observateurs arabes signale l'existence de l'ASL et d'autres groupes armés qui attaquent les forces gouvernementales, procèdent aux enlèvements de civils qui ne sont libérés que contre paiement de rançon, de meurtres, de sabotage des installations pétrolières, de bâtiments civils, des trains et voies ferrées....

Nawaat: Dernière question : peut-on être pour ou contre le régime de Bashar Al Assad et du Président syrien en lui-même ?

A.M: Ceux qui croient que le départ d'un président résoudrait tous les problèmes du pays, sont tout simplement des idiots. Nous n'avons pas réussi à tirer les leçons des exemples tunisien, égyptien et yéménite et convenir que les lendemains de dictature sont souvent plus difficiles à gérer que la dictature elle-même, parce que les oppositions n'ont pas encore appris à gouverner !

 

Lu sur ABDALLAH KALLEL.COM

 

Source: NAWAAT.ORG

jeudi, 29 décembre 2011

THIERRY MEYSSAN: «LA DECISION D'ATTAQUER LA SYRIE A ETE PRISE LORS D'UNE REUNION A CAMP DAVID LE 15 SEPTEMBRE 2001»

 

THIERRY MEYSSAN 2.jpg

La Syrie est prise entre les feux de la désinformation des puissances occidentales prédatrices et une mouvance islamiste à leur service, avec la complicité plus ou moins inavouée d'une Ligue arabe aux mains des monarchies du Golfe. Un projet hégémonique qui, selon l'analyste Thierry Meyssan, a été planifié lors d'une réunion à Camp David en septembre 2001. Aventure qui ne serait pas sans conséquences dévastatrices pour la région et pouvant dégénérer en conflit mondial. Telles sont les grandes questions abordées avec Thierry Meyssan, journaliste et analyste politique, directeur du Réseau Voltaire.


La NR : Vous étiez en Syrie. Quel constat avez-vous fait? La réalité du terrain reflète-t-elle les propos avancés par les médias occidentaux concernant les manifestations massives, les tirs à balles réelles qui ont fait au moins 5.000 morts, la constitution d'une «armée syrienne libre» déjà forte de 1.500 hommes et ce début de «guerre civile» avec notamment 1,5 million de Syriens pris au piège qui souffriraient de la faim ?


Thierry Meyssan : Une expression française affirme que «lorsqu'on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage». En l'occurrence, lorsque les puissances occidentales veulent envahir un Etat, leurs médias disent que c'est une dictature barbare, que leurs armées peuvent protéger les civils et qu'elles doivent renverser le régime et apporter la démocratie. La vérité, nous l'avons vue en Irak et en Libye : les puissances coloniales ne se préoccupent aucunement du sort des populations, elles dévastent le pays et le pillent.

Il n'y a jamais eu de manifestations de masse contre le régime syrien, et par conséquent, il n'a pas été possible de les réprimer à balles réelles. Il y a eu au cours des derniers mois environ 1.500 morts, mais pas du tout dans les circonstances décrites. Il y a bien une «armée syrienne libre», mais elle est basée en Turquie et au Liban, et ne compte au grand maximum que quelques centaines de soldats que l'on exhibe devant les caméras. Enfin, la Syrie est autosuffisante au plan alimentaire et, malgré les difficultés de distribution, il n'y a aucun problème de pénurie.

La version des médias occidentaux est une pure fiction. La vérité sur place, c'est que les Occidentaux livrent une guerre non conventionnelle contre la Syrie.

Ils ont envoyé des combattants arabes et patchounes, recrutés par le prince saoudien Bandar bin Sultan et encadrés par les forces spéciales françaises et allemandes.

Ces combattants ont d'abord tenté de proclamer des émirats islamiques, puis ils ont organisé de vastes embuscades contre les convois militaires syriens.

Aujourd'hui, ils sont commandés par un émir d'Al Qaïda, le Libyen Abdelhakim Belhaj. Ils ont renoncé aux grandes opérations et mènent des actions commando au coeur des villes pour y semer la terreur en espérant provoquer une guerre civile confessionnelle. Leur dernier fait d'armes est ce double attentat à Damas.

Dans l'un de vos articles, vous vous posez la question sur les accusations avancées par l'Observatoire syrien des droits de l'homme, basé à Londres, que des institutions comme le Haut Commissariat des droits de l'homme de l'ONU reprennent sans les vérifier. D'après vous, à quel jeu se prêtent les instances onusiennes ?

L'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) a surgi soudainement sur la scène médiatique. Cette association n'a aucun passé dont elle puisse se prévaloir et seul un de ses membres est connu. C'est un cadre des Frères musulmans syriens, disposant de trois passeports, syrien, britannique et suédois.

Ce monsieur annonce chaque jour le nombre de «victimes de la répression», sans étayer ses dires. Ses affirmations sont invérifiables et donc sans valeur. Elles sont pourtant reprises par tous ceux que cela arrange.

La Haut commissaire aux droits de l'homme a désigné trois commissaires pour enquêter sur les événements en Syrie. Leur mission outrepasse les compétences de l'ONU, qui prévoient des inspections régulières que la Syrie reçoit conformément aux traités.

Comme dans l'affaire Hariri, les Nations unies partent du principe que les autorités locales (libanaises ou syriennes) sont incapables ou malhonnêtes et qu'il faut leur substituer des enquêteurs étrangers. Dans ces conditions, elles ne peuvent pas exiger raisonnablement la coopération des autorités locales. Elles ont donc travaillé depuis la Suisse et la Turquie.

La désignation des trois commissaires n'offre aucune garantie d'impartialité. Ils sont tous trois ressortissants d'Etat qui militent pour l'intervention militaire contre la Syrie. Leur méthode n'est pas plus acceptable : sous la pression de la commissaire turque, qui est une militante engagée dans la lutte contre les violences faites aux femmes, la commission a considéré que les témoignages à charge n'avaient pas besoin d'être recoupés et vérifiés : ce serait aux accusés de faire la preuve de leur innocence lorsqu'on les déférera devant un tribunal.

Cette procédure inquisitoriale permet d'accuser n'importe qui de n'importe quoi, mais ne démontre rien du tout. Les enquêteurs ont entendu plus de 200 personnes qui disent disposer d'informations et affirment parfois avoir été témoins, voire victimes d'exactions. Conformément à la procédure, le nom des témoins reste secret à ce stade de l'enquête. Mais contrairement à la procédure, les noms des victimes sont également secrets. La Haut commissaire affirme doctement qu'il y plus de 5.000 victimes de la répression, mais elle n'avance que deux noms.

Pas de chance, ces deux cas, qui ont été largement médiatisés par Al Jazeera, ont fait l'objet de multiples investigations. Le premier correspond à un enfant tué dans la rue par des tireurs inconnus en voiture ; le second est un adolescent qui a été recruté par une bande armée pour participer à l'attaque d'une résidence militaire et qui est mort la kalachnikov à la main. Cela n'a rien à voir avec une répression de manifestation pacifique. Nous attendons donc de la Haut commissaire qu'elle publie le nom des victimes pour que nous puissions vérifier le bien-fondé de ses accusations.

De nombreuses instances de l'ONU ont perdu leur crédibilité. En premier lieu, on ne devrait pas accepter de confier des responsabilités à des experts qui n'ont pas le statut de fonctionnaires internationaux, mais sont des fonctionnaires nationaux détachés par leurs Etats. On ne devrait pas pouvoir agir au nom de l'ONU si l'on reste tenu d'obéir à sa hiérarchie nationale.

En Syrie comme en Libye, certains observateurs avancent que les rebelles sont en fait des escadrons de la mort, des mercenaires étrangers. Quel constat avez-vous fait à ce propos ?

Dans les deux cas, il y a des nationaux qui participent à la lutte armée, mais ils sont minoritaires par rapport aux combattants étrangers. En Libye, des groupes issus de tribus précises se sont joints aux mercenaires étrangers pour la sécession de la Cyrénaïque. Mais ils ont refusé d'aller se battre en Tripolitaine pour renverser Kadhafi.

Il a fallu déployer les troupes d'Al Qaida, puis faire débarquer 5000 commandos incorporés dans l'armée régulière du Qatar pour mener les combats au sol. Dans les derniers jours de la Jamahiriya, la tribu des Misrata a rejoint l'Otan et elle est entrée dans Tripoli lorsque les bombardements et la bataille au sol ont cessé. Les seuls Libyens qui se sont battus de bout en bout contre le régime sont ceux d'Al Qaida et un groupe de soldats qui avaient fait défection avec le général Abdel Fatah Younes. Or, le général Younes avait été chargé dans le passé par le colonel Kadhafi de réprimer la rébellion d'Al-Qaida. C'est pourquoi ses alliés d'Al-Qaida l'ont assassiné pour se venger dès qu'ils ont pu se passer de lui.

En Syrie, il y a des insurgés, ce sont des Frères musulmans et des takfiristes. Il y a surtout des combattants étrangers qui recrutent des voyous et les payent grassement pour tuer leurs concitoyens. Le problème de l'Otan, c'est que, à la différence de la Libye, la Syrie est une nation historique. Il n'y a pas de fracture régionale comme entre la Cyrénaïque et la Tripolitaine.

La seule division possible est sur une base confessionnelle, mais elle ne fonctionne pas pour le moment, bien que l'on ait assisté à quelques affrontements de ce type à Banyias et à Homs.

L'arrivée officielle des Libyens pour installer un quartier général en Turquie et intégrer des déserteurs syriens dans le dispositif parachève le tout.

Le Conseil national syrien s'est formé sous l'égide de la France à Paris. Quelle lecture peut-on faire de cet événement ? La France va-t-elle prendre les devants de la scène comme en Libye avec notamment son «émissaire» BHL, ou opter pour une autre stratégie?

D'abord, chacun voit bien que les institutions françaises sont en partie pilotées par des personnalités illégitimes, comme BHL, qui exercent des responsabilités sans droit, ni titre.

Ensuite, certains élus, comme le président Sarkozy, ne servent pas les intérêts nationaux, mais ceux du système impérial US.

Sous leur autorité, la France s'est déjà engagée dans un conflit en Côte d'ivoire qui servait les intérêts de quelques multinationales françaises, puis elle s'est engagée en Libye de manière à étendre à l'Afrique du Nord le projet néo-conservateur de remodelage du «Moyen-Orient élargi».

La France n'a plus de contentieux avec la Syrie, ainsi que l'a montré la réception du président Al-Assad à Paris, lors du sommet de la Méditerranée.

A la rigueur, on pourrait considérer que le vieux conflit des années 80 (notamment l'assassinat de l'ambassadeur français à Beyrouth) est passé par pertes et profits sans avoir été soldé, et l'on pourrait le réactiver. Mais je ne suis pas sûr du tout que, dans cette affaire, les torts français ne soient pas plus importants que ceux des Syriens. Bref, Paris n'a aucune raison d'attaquer Damas.

Nous savons tous que la vraie question est ailleurs : la domination et l'exploitation de cette région dépendent de l'alliance des Etats-Unis et d'Israël d'une part, avec la Turquie et les monarchies pétrolières d'autre part. Cette alliance se heurte à un axe de résistance comprenant le Hamas, le Liban, la Syrie, l'Irak et l'Iran, appuyés par la Russie et la Chine. Au plan régional, deux pôles se sont formés, l'un est exclusivement sunnite, l'autre est multiconfessionnel (et non pas chiite comme le prétendent les néo-conservateurs pour imposer la fitna). La France est devenue le «proxy» des Etats-Unis. Elle peut à tout moment entrer en guerre contre la Syrie. Cependant, elle n'en a pas la capacité seule, ni même avec la Grande-Bretagne. Et le sommet du 2 décembre qui devait instituer une alliance à trois avec l'Allemagne a été annulé faute d'accord au plan financier. En pleine crise de l'euro, les Européens n'ont pas les moyens de leur impérialisme.


Lire la suite, cliquer : ICI

 

Source : LA NOUVELLE REPUBLIQUE