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mercredi, 17 octobre 2012

TORTURE A L'ECHELLE INDUSTRIELLE A SAN PEDRO - L'AGENCE AMERICAINE ASSOCIATED PRESS CONFIRME UNE ENQUETE DU NOUVEAU COURRIER



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Jeunes pro-Gbagbo prisonniers des FRCI


Le 6 septembre dernier, soit il y a plus d’un mois, Le Nouveau Courrier publiait, à la suite d’autres témoignages accablants du même type, un document d’investigation rapportant les sévices, mauvais traitements et tortures infligées à des honnêtes citoyens par la soldatesque du régime Ouattara, notamment dans un camp situé dans la ville de San Pedro. Samedi dernier, l’agence de presse américaine Associated Press confirmait nos informations dans un article qui a été publié par un grand nombre de médias au pays de l’Oncle Sam (Washington Post, Fox News, Yahoo, Salon.com, etc…). Il est frappant, bien entendu, que cette enquête ne soit pas l’émanation des médias français, pourtant les plus représentés à Abidjan et qui sont ceux qui envoient le plus grand nombre d’envoyés spéciaux en Côte d’Ivoire. Nous publions ici de larges extraits de la dépêche d’Associated Press traduits par nos soins. 

"Les soldats alignaient les détenus sur l'herbe au milieu de la nuit et les frappaient avec des bâtons. A certaines occasions, ils frappaient les prisonniers avec des ceintures et des fusils avec une telle force que les traces de leurs coups ont été apparentes sur les corps des infortunés pendant des semaines. Cédric Bao, 33 ans, qui a été détenu pendant deux semaines en août parce qu’on le soupçonnait de cacher des armes, a affirmé que les soldats «connectaient» les détenus avec des fils et leur administraient des décharges électriques au point qu’ils se tordaient de douleur sur le sol.  «Quand cela se produisait, les fils faisaient grand bruit, et les lumières clignotaient, une odeur de brûlé planait. On pouvait entendre les gens crier», raconte Bao. «Je priais Dieu pour ne pas y passer.» 

«Un gardien m’a mis le pistolet dans la bouche et m’a dit de parler»

(…) L’Opération des Nations unies dans le pays a déclaré, à la mi-août, que cent arrestations de personnes soupçonnées d’être impliquées dans ces attaques avaient été documentées. Un responsable onusien, qui n’est pas autorisé à parler au nom de la mission, a déclaré cette semaine que ce nombre avait plus que doublé. Alors que les allégations de tortures ont été documentées au sujet de multiples installations militaires, les fonctionnaires de l’ONU ont déclaré que les pires témoignages provenaient de détenus du camp de San Pedro, faisant notamment état de chocs électriques. Peu de détenus dans la ville ont parlé de leurs expériences dans ce camp en raison des menaces qu’ils ont reçues avant d’être libérés, a déclaré Serge Dagbo, représentant à San Pedro de la Ligue ivoirienne des droits de l’Homme. Mais dans de récentes interviews avec Associated Press, quatre anciens détenus ont décrit des conditions difficiles marquées par des locaux exigus, de la nourriture minimale et l'utilisation fréquente de la violence pour extorquer des aveux. Comme les autres détenus, 40 ans, Plika Sokouli dit qu'il n'a jamais su exactement pourquoi il a été arrêté à la fin août sur le stand où il vendait des ananas et des liqueurs faites maison. Mais selon lui, les menaces de violente se sont manifestées dès son arrivée au camp. «Quand je suis arrivé, un gardien a pris un pistolet, l’a mis dans ma bouche et m’a dit d'en parler», a-t-il raconté. «J'ai dit que je ne savais rien.»

«Un policier devenu inconscient suite aux électrocutions»

Christian Hino, un ancien employé de station-service actuellement sans emploi, a déclaré que huit détenus ont été menottés avant d’être soumis à des séances de torture en tête-à-tête, qui ont duré jusqu’à 25 minutes. Quatre d’entre eux étaient maintenus sur le gazon devant le bâtiment principal du camp, et de longs fils étaient attachés à leurs pieds, aux sections médianes et à leur cou, et des chocs électriques leur étaient administrés. «Vers 4 heures, un policier qui a été arrêté est devenu inconscient suite aux électrocutions», a dit Hino. «J’avais vraiment peur. Il ne réagissait pas. Les gens se demandaient s’il était mort.»  Haut responsable du camp, le capitaine Sékou Ouattara Béma a nié les allégations de mauvais traitements physiques, et a affirmé que les prisonniers n’avaient jamais été détenus pendant plus d’une journée ou deux. Pourtant, il a justifié la campagne de l’armée pour extirper les ennemis de la population locale. «C’est à cause de notre détermination et de notre travail que San Pedro n’a pas été attaquée», a-t-il dit. 

Le lieutenant Aboubakar Traoré, commandant en second du camp, a également nié les violences physiques administrées au camp. Mais il dit que les soldats pouvaient avoir recours à la torture quand les commandants étaient absents. «Je ne veux pas dire que nous sommes parfaits», a-t-il dit. «Je ne dors pas ici. Je ne sais pas exactement ce que font les soldats quand je dors.» Mais selon un garde, qui s'exprimait sous couvert de l'anonymat, par crainte de représailles, ces prisonniers étaient régulièrement détenus pendant plusieurs jours d'enquête. Il a également déclaré que les coups étaient monnaie courante, prétendant qu'ils se sont produits en l’absence des commandants. Interrogé sur la sévérité des coups, il s’est mis à rire et a dit : «Il n'y a pas deux façons de frapper quelqu'un. Nous les avons battus sévèrement afin qu'ils se souviennent.»

La torture pourrait s’aggraver avec la nomination d’Ousmane Coulibaly

Les allégations de mauvais traitements à San Pedro doivent être immédiatement examinées, a déclaré Matt Wells, chercheur Afrique de l'Ouest à Human Rights Watch. «La nature et les caractéristiques de la maltraitance des détenus indiquent que, au minimum, les commandants du camp auraient dû avoir connaissance de tels abus et avoir pris des mesures pour les prévenir et de punir les soldats impliqués», a-t-il dit. «Les autorités ivoiriennes doivent enquêter immédiatement et veiller à ce que toute personne soit traduite en justice.» En attendant, la torture à San Pedro pourrait bientôt s'aggraver. Le gouvernement a confirmé cette semaine que Ousmane Coulibaly, un commandant de l'ancienne zone du groupe rebelle des Forces nouvelles, qui a contrôlé le nord de Côte d'Ivoire de 2002 à 2010, avait été nommé préfet de la région de San Pedro. Coulibaly a été mis en cause par Human Rights Watch dans des crimes graves durant la crise post-électorale, y compris la torture et les exécutions extrajudiciaires dans le quartier de Yopougon à Abidjan. Wells a déclaré que cette nomination «insulte les victimes de ces abus et la promesse du gouvernement d'offrir une justice impartiale.»

En attendant que Coulibaly soit installé à son nouveau poste, les anciens détenus de San Pedro se demandent si les mauvais traitements qu'eux ou d’autres ont enduré ont rendu la ville plus sûre. «Je ne crois pas aux aveux qu'ils ont obtenu», a dit Bao, «parce que ces aveux ont été obtenus sous la torture.»"

 

Source: Associated  Press

La titraille est de la rédaction du Nouveau Courrier

L'enquête du Nouveau Courrier à relire ICI.


Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 10 août 2012

CRISE POST-ELECTORALE: POLEMIQUE SUR LE RAPPORT D'ENQUETE DE LA CNE

 

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A peine est-il disponible que le Rapport de la Commission nationale d'enquête (CNE) fait déjà débat. Le document remis officiellement, le mercredi 8 août 2012, au chef de l'Etat, Alassane Ouattara, doit-il être publié en intégralité dans sa mouture initiale?

 

Telle est la polémique qui semble naître de ce Rapport ; polémique ouverte par un journal américain, le Washington Post. Faut-il le signaler, ce quotidien généraliste très influent aux États-Unis d'Amérique, a été fondé en 1877, et tire à  750.000 exemplaires par jour. Ce journal a notamment révélé le scandale du « Watergate », qui a valu la démission du président américain Richard Nixon, en 1972. Dans son édition en ligne du mercredi 8 août (avec Associated Press, AP), le Washington Post traduit les différentes opinions qui se sont exprimées concernant la mise de ce Rapport à la disposition du grand public.

Deux opinions s'affrontent. D'une part, il s'agit des organisations de défense des droits de l'Homme, dont Human Rights Watch se fait le porte-voix, qui réclament la publication intégrale du Rapport de la Commission nationale d'enquête sur les événements post-électoraux en Côte d'Ivoire (période de référence de la CNE : du 31 octobre 2010 au 15 mai 2011). « Pour garantir la transparence et contribuer à l'éclatement de la vérité au profit des victimes du conflit, le Rapport doit être publié dans son intégralité », a estimé Matts Wells, chercheur pour l'Afrique de l'Ouest pour Human Rights Watch.

En face, des voix officielles du Gouvernement ivoirien, notamment le ministre des Droits de l'Homme et des Libertés Publiques, s'opposent à la publication du rapport intégral. « Le Rapport ne sera pas publié en intégralité. Nous devons prendre en compte la sécurité des témoins. Ce ne sera pas une bonne chose de les exposer à d'éventuelles représailles », s'est justifié Coulibaly Gnénéma Mamadou. Le débat est donc ouvert. Et afin de permettre aux lecteurs de se faire leur propre opinion de cette controverse, nous publions ci-dessous, l'article en question du Washington Post (seulement les trois derniers paragraphes ont été amputés, car n'ayant pas un rapport direct avec le sujet).

 

Anassé Anassé

 

Ci-dessous, l'article publié sur le site Internet du Washington Post, daté du mercredi 08 août 2012 (avec Associated Press, AP) et traduit en français.


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Un rapport détaille les crimes commis par des forces pro-Ouattara durant la crise post-électorale en Côte d'Ivoire

 

ABIDJAN, Côte d'Ivoire (Washington Post, avec Associated Post) – Plusieurs centaines d'éléments des forces fidèles au président (ivoirien) Alassane Ouattara ont commis des crimes, dont des exécutions sommaires et des actes de torture durant les violences consécutives à la récente crise post-électorale (décembre 2010 – mai 2011) dans le pays, selon le Rapport final de la Commission nationale d'enquête (CNE) officiellement remis au président le mercredi (08 août 2012).

Malgré le fait que le rapport (de la CNE) n'a pas encore été publié, son contenu mérite d'être salué par les organisations de défense des droits de l'Homme, qui ont accusé l'administration du président Ouattara de pratiquer une justice à sens unique. Les crimes commis par les forces pro-Ouattara ont été bien documentés aussi bien par les ONG internationales de droits de l'Homme et par les journalistes qui se sont intéressé au conflit (post-électoral ivoirien). Mais en dépit de nombreux rapports détaillant ces violations, après un an de pouvoir du président Ouattara, seul les partisans du président déchu (Gbagbo) ont jusqu'à ce jour été arrêtés.

Mme Paulette Badjo, la présidente de la Commission, a déclaré mercredi que les enquêtes ont révélé que 545 éléments des Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI), l'armée créée et installée par Ouattara, ont commis des exécutions sommaires, dont 54 actes de torture. A l'opposé, le Commission a découvert que 1.009 éléments des forces pro-Gbagbo ont également commis des exécutions sommaires et 136 cas de torture. Le Rapport documente aussi plusieurs autres crimes, dont des viols et des destructions ou extorsions de biens.

En définitive, plus de 3.000 personnes ont été tuées suite aux violences qui ont éclaté après (...) l'élection présidentielle de novembre 2010 (2nd tour). Laurent Gbagbo (le président sortant, Ndlr) a été arrêté en avril 2011 et transféré à la Cour Pénale internationale à La Haye (en novembre 2011), où il attend l'audience de confirmation des charges de crimes contre l'humanité alléguées contre lui. Depuis lors, plus de 100 partisans de Gbagbo, dont le fils de l'ex-chef de l’État ivoirien et son épouse (Simone Gbagbo), sont détenus en Côte d'Ivoire (…). Pendant ce temps, aucun soldat pro-Ouattara n'a encore fait l'objet de procédure judiciaire, ce que dénoncent certains comme étant une « justice des vainqueurs ».

Des membres du Gouvernement (ivoirien) ont justifié l'absence de poursuites contre les forces pro-Ouattara, par la nécessité de laisser la Commission finir son travail. Mme Badjo a déclaré que la Commission (qu'elle préside) n'a pas de prérogatives judiciaires et n'a pas pour objectif de poursuivre qui que ce soit. « Notre rôle n'est pas d'engager des poursuites judiciaires contre les auteurs de crimes », a-t-elle affirmé. « Notre rôle est d'identifier les auteurs de ces crimes afin que la justice puisse faire son travail ».

Cependant, après la cérémonie de mercredi la ministre déléguée à la Justice, Matto Loma Cissé, a fait savoir que des poursuites pourraient être engagées très rapidement. « Maintenant que les enquêtes sont terminées, nous pouvons faire le lien entre les enquêtes et les poursuites », a-t-elle indiqué. Le président Ouattara s'est encore prononcé en faveur de poursuites contre des présumés criminels des deux camps. « C'est en laissant la justice faire son travail que nous pouvons combattre l'impunité », a-t-il réaffirmé.

L'intégralité du rapport n'a pas été rendu public mercredi, mais le président Ouattara a déclaré que cela sera fait sous peu. Toutefois, dans une récente interview, le ministre (ivoirien) des droits de l'Homme, Gnénéma Coulibaly a précisé que le Rapport ne sera pas mis à la disposition du grand public, sans y apporter de retouches significatives (nouvelle rédaction), en vue de protéger l'identité des personnes qui ont fait des témoignages à la Commission. « Le Rapport ne sera pas publié en intégralité », a-t-il déclaré. « Nous devons prendre en compte la sécurité des témoins. Ce ne sera pas une bonne chose de les exposer à d'éventuelles représailles ».

Matts Wells, Chercheur pour l'Afrique de l'Ouest pour Human Rights Watch, et auteur d'un rapport sur les violences post-électorales (en Côte d'Ivoire), a quant à lui déclaré que le Rapport devrait être mis à la disposition du grand public dans son entièreté, et que cela devrait déboucher sur les poursuites à l'encontre des forces pro-Ouattara. La crédibilité de la Commission sera déterminée par les suites judiciaires qui seront promptement accordées aux crimes commis par les pro-Ouattara, ce qui assurera une justice impartiale – et non une justice à sens unique », a-t-il indiqué. « Pour garantir la transparence et contribuer à l'éclatement de la vérité au profit des victimes du conflit, le Rapport doit être publié dans son intégralité » (…).

 

Traduction réalisée par Anassé Anassé


Source: L'INFODROME.COM