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vendredi, 25 novembre 2011

CELPAID, UN SCANDALE AU CŒUR DE LA REPUBLIQUE

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« La Direction informe les parents d'élèves que dans le cadre d'une bonne gestion du processus des examens 2011-2012 et de l'actualisation de tous les élèves de Côte d'Ivoire par le Ministère de l'Education Nationale, il est demandé à chaque parent d'élève de procéder à l'inscription de son enfant au CELPAID avec la somme de 6.000 F (six mille francs), accompagné de la photocopie de l'extrait de naissance, la photocopie du dernier bulletin de l'année précédente et du relevé des notes du concours de l'entrée en 6ème pour les élèves de 6ème. Les documents ci-mentionnés et la somme indiquée sont à déposer auprès des éducateurs. Délai de rigueur, le vendredi 25 novembre 2011 à 13 heures. »

Tel est l'avis ramené de l'école, il y a quelques jours, par Emmanuel Virgile à son père, Arthur Gadji. Cette petite note, presque tous les élèves du secondaire public et privé de Côte d'Ivoire l'ont reçue et ont été priés de l'acheminer à leurs géniteurs qui ne s'y attendaient nullement, pas plus qu'ils n'y comprennent grand-chose. C'est la surprise du grand chef en cette rentrée scolaire 2011-2012 en Côte d'Ivoire. Les nouveaux gouvernants, à leur arrivée au pouvoir, le 11 avril dernier, avaient promis tout changer, tout révolutionner dans la conduite des affaires de l'Etat pour faire oublier au plus vite le passage de l'ex locataire du palais à la tête du pays. L'école étant un domaine hautement stratégique, il fallait donc donner un signal fort de cette volonté politique nettement exprimée et à nous bassinée à l'excès. La trouvaille, dans le milieu Education et Formation, se nomme « inscription en ligne » obligatoire pour tous les élèves de l'enseignement secondaire public, dans un premier temps avant d'être élargie par la suite au privé.

A l'origine, cette innovation technologique est une idée de Nicolas Effimbra, alors Directeur régional de l'Education Nationale Abidjan 1 (DREN Abidjan 1). Féru de monétique et au fait de bien d'expériences similaires sur le continent africain, ce dernier s'ouvre à MTN, le géant Sud-Africain de la téléphonie mobile à Abidjan. Il propose au groupe, un projet d'inscription en ligne pour les élèves du secondaire de la DREN Abidjan 1. Le projet est en phase pilote et est prévu pour s'étendre progressivement aux autres DREN du pays. L'affaire est juteuse pour l'opérateur de téléphonie mobile, qui n'hésite pas à s'engager aux côtés de la DREN 1. Pour être à la hauteur de la tâche, MTN décaisse pour assurer de nouveaux travaux techniques.

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L'opération pilote se déroule jusque-là à merveille. Mais dans les allées du ministère de l'Education nationale, l'on fait des gorges chaudes et le dossier finit par atterrir sur le bureau de Mme Kandia Camara qui en saisit toute l'ampleur et toutes les implications possibles. Vu les gains financiers en jeu, la ministre décide de s'impliquer. Il en découlera deux décisions majeures. La première, l'inscription en ligne est désormais étendue à tous les établissements secondaires du pays, et la seconde, c'est désormais CELPAID, le petit poucet des maisons de transfert d'argent de la place, qui pilote l'inscription en ligne. Quant à Nicolas Effimbra, en guise de récompense, il est promu Directeur de l'extra-scolaire et des activités coopératives (DESAC). Dans le milieu des opérateurs de téléphonie mobile, l'affaire prend rapidement des allures de scandale vu qu'il n'y a eu aucun appel d'offres pour un marché aussi gigantesque.

Partant de la base de données de 2 millions d'élèves concernés par l'opération (à raison de 6.000 F par élève), les spécialistes soutiennent qu'il s'agit au bas mot de la somme de 12 (douze) milliards de Fcfa qui va circuler entre les différentes parties concernées par ce deal. Notons que selon les textes de l'Union monétaire ouest-africaine (UEMOA), pour tout marché de plus de 30.000.000 (trente millions) de Fcfa, il est requis de procéder par un appel d'offres, le gré à gré intervenant pour des marchés en dessous de cette barre. Les grognons ont donc saisi l'Agence de télécommunication de Côte d'Ivoire (ATCI) qui régule le secteur de la téléphonie mobile. Bien que partageant les observations des plaignants, l'ATCI affiche son impuissance devant les ramifications politiques du dossier. Visiblement, le patron des lieux ne veut pas se mettre à dos le grand manitou de CELPAID qui n'est autre que Mamadou Sanogo, ministre de la construction, de l'assainissement et de l'urbanisme et par ailleurs homme de confiance du chef de l'Etat. Les mauvaises langues soutiennent que le marché lui a été offert pour alimenter les caisses du RDR, le parti au pouvoir au moment où Alassane Ouattara asphyxie les autres partis politiques avec la mesure de suspension du financement des formations politiques sur fonds publics.

Récemment le Front populaire ivoirien (FPI) a ouvertement dénoncé cette « duplicité » des gouvernants. Et dans les différents états majors politiques, la polémique enfle. Malgré cela, ni la ministre Kandia Camara, ni le chef du gouvernement n'ont consenti jusque-là, à s'expliquer sur le sujet pour éclairer les Ivoiriens et mettre ainsi fin à toutes les supputations qui continuent de courir sur le scandale CELPAID. Surtout que dans la foulée, l'on annonce de nouveaux contrats juteux pour cette entreprise qui entend faire désormais de l'ombre à ses illustres devancières.


Par Géraldine Diomandé, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 103 du jeudi 24 novembre 2011.


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C'EST INDECENT!

Est-ce que c'est à eux que nous nous adressons ? Nous commençons à croire réellement qu'il n'y a rien en face ! Parce que depuis que nous dénonçons cette pratique  qui consiste à dire une chose et faire son contraire, les autorités ivoiriennes se sentent justifiées. Elles ne réagissent pas ou si elles réagissent, elles persistent dans le réprouvable. Et pourtant l'équation est simple. C'est même une préoccupation d'ordre moral. Alassane Ouattara n'est pas obligé de faire l'école gratuite. Dans ce pays, seul Laurent Gbagbo a porté ce projet de l'école gratuite et s'en est donné les moyens. Il a même été jusqu' à rendre facultatives les tenues scolaires pour soulager les parents d'élèves et favoriser une forte scolarisation dans les zones économiquement défavorisées. C'était une ambition humaniste portée par un humaniste. Malgré tous les obstacles liés à la gestion d'une rébellion sauvage, il était parvenu à atteindre son but. Aujourd'hui, dans les écoles, les livres qu'on distribue pour faire croire que l'école est  gratuite, proviennent des stocks des éditions de Laurent Gbagbo.

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Il faut le répéter ! Alassane Ouattara n'est pas obligé de faire comme Laurent Gbagbo parce qu'il n'est pas Laurent Gbagbo. Même si pour des raisons électoralistes, il avait crié qu'il pouvait faire l'école gratuite, maintenant qu'il est au pouvoir, il n'est pas obligé de s' y accrocher. Nous savons  qu'il est de culture capitaliste, ce n'est pas son fort de donner dans la gratuité. On a encore en mémoire la perte de toutes les prérogatives scolaires et estudiantines dès qu'il a mis pied en Côte d'ivoire au début des années 90. Alors nous recommandons au gouvernement Ouattara de faire preuve d'honnêteté envers le peuple ivoirien parce que tout ce que Kandia Camara fait avec Celpaid dans le cadre de l'école, est loin de servir le slogan de la gratuité. C'est même indécent, parce que s'accompagnant de menaces voilées aux parents d'élèves, en violation des règles élémentaires de la bonne gouvernance.


Joseph Marat, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 103 du jeudi 24 novembre 2011.

mardi, 31 août 2010

REPRESSION DES CYBERCRIMINELS: LE SYNDICAT DES CYBERCAFES DE COTE D'IVOIRE S'ORGANISE

 

EDITH BROU 2.jpg

Samedi 28 août 2010. 16h30. Koumassi Remblais. EPP BAD.

C'était une rencontre qui vue de loin aurait pu paraître assez banale avec une vingtaine de personnes. Mais malgré la modestie du lieu de ce ''meeting'', il était primordiale pour moi d'y participer car il revêt un caractère presque Historique. C'était la réunion extraordinaire du Syndicat National des Exploitants de Cybercafés de Côte d'Ivoire (SYNECCI). Session auquel j'ai pris part avec M. Frédéric Tapé, également membre et administrateur de l'Organisation Akendewa. En effet, Akendewa faisait parti des invités spéciaux au cours de cette rencontre. Des décisions importantes concernant le développement de l'Internet en Côte d'Ivoire et les directives territoriales pour la lutte contre la cybercriminalité y ont été annoncées.

Pour rappel, le SYNECCI existe depuis juillet 2009 avec 750 cybercafés affiliés. En Côte d'Ivoire, c'est en général à partir des cybercafés qu'on s'initie à l'Internet et c'est aussi grâce à ces ''access point'' que s'effectue la plupart des actes de cyberescroquerie.

Les points adoptés furent les suivants:

1. Le SYNECCI en sa réunion extraordinaire du 04 juin 2010 a adopté dans le cadre de l'assainissement des mœurs au sein des cybercafés, un code de bonne conduite pour le client de cybercafé et un code de déontologie de l'exploitant de cybercafé. Par exemple, il est mentionné à l'Article 5 que le client ne devra entreprendre aucun acte d'arnaque de tout genre, de contrefaçon, de pédophilie et de pornographie dans le cybercafé. En ce qui concerne, les exploitants de cybercafés, ils s'engagent à n'autoriser aucune pratique violant la loi de Côte d'Ivoire en matière de NTIC (piraterie, arnaque, contrefaçon, espionnage, etc...). C'est en substance quelques extraits des différents articles des codes de déontologie. Chers clients et clientes de cybercafés, attendez vous donc à voir les présentes déclarations être affichées de manière visible dans tous la plupart des cybercafés, avec l'appui de l'ATCI. La police scientifique prendra part également au déploiement et au respect de ces codes.

2. Adoption de l'utilisation de Cybercafé pro 5 comme logiciel d'exploitation dans les cybercafés en raison de la possibilité d'identification et de la traçabilité des activités des clients. Chaque client aura donc un compte individuel ouvert, dans chaque cybercafé qu'il fréquentera. (et personnellement, j'applaudis cette mesure que je trouve excellente!!)

3. La police scientifique de Côte d'Ivoire et le CI-CERT (Côte d'Ivoire Computer Emergency Response Team ), cellule technique de lutte contre la cybercriminalité sont les partenaires stratégiques du SYNECCI.

4. M.Camara Laciné, représentant de l'ATCI à cette rencontre, a présenté le CI-CERT, plateforme de lutte contre la cybercriminalité composée d'experts en sécurité informatique. C'est une Équipe de réponses aux urgences informatiques. Le siège de ce détachement de l'ATCI se trouve au plateau,, immeuble postel 2001, Abidjan. Le CI-CERT a déjà eu à contribuer à des arrestations. Il a aussi rendu son rapport annuel d'activités, disponible sur son site web: www.cicert.ci.

5- Le CI-CERT a pour objectif principal de sécuriser le cyber-espace national. Par ailleurs, M. Laciné, nous a fait savoir, que le CI-CERT, après avoir effectué un audit de plusieurs sites web ivoiriens, a constaté que la majeure partie était très vulnérable. On compte d'ailleurs les sites web de certaines banques, celui de la présidence de Côte d'Ivoire et des opérateurs de téléphonie mobile.Le CI-CERT a libéré un programme informatique qui se propage, dans le cyber-espace ivoirien, ce qui lui permet, entre autres,  d'identifier à distance tous les cybercafés, disséminés sur le territoire ivoirien. Grâce à cela, les experts de cette cellule ont découvert des cybercafés ''fantômes'' où on leur a tout simplement interdit l'accès lorsqu'ils s'y sont rendus.

6- Le CI-CERT se bat au quotidien, pour enrayer définitivement les actes de cybercriminalités sur le territoire national. Malheureusement, ils sont confrontés au quotidien à la réalité du système, c'est-à-dire le manque de volonté politique et même la passivité de certaines hautes autorités qui protègent certains cyberescrocs. Dernier exemple en date: l'affaire ''Kourouma''. Ce cybercriminel a escroqué plus de 740 millions à un homme d'origine française. Aujourd'hui, ce cyberescroc porte le pseudonyme de ''Momo de Paris'' et est devenu un Opérateur économique ivoirien car il circule en toute liberté, vu qu'il a été relaxé avec l'appui de certaines autorités, juste après été arrêté par la police scientifique. C'est pour dire.....!!!

7- Sachez également que le CI-CERT fait parti des projets de l'IGICI (Initiatives pour la Gouvernance de l'Internet en Côte d'Ivoire). l'IGICI a réalisé le forum sur la Gouvernance de l'Internet,qui s'est tenu en Côte d'Ivoire du 07 au 09 Juillet 2010 à l'espace CRRAE - UMOA en présence de plus de 500 participants et de plusieurs experts . L'IGICI a également en projet, la création d'une monnaie électronique en Côte d'Ivoire. Le CI-CERT qui est parrainé par la Malaysie, devrait bientôt être membre de l'OIC-CERT, la représentation de tous les CERT à l'échelle mondiale. Définition d'un CERT via ce lien.

8- Une campagne Grand Public de lutte contre la cybercriminalité  sera initiée dans les jours à venir sur tout le territoire national (affichage, radio, TV, Site Internet)

9- Un atelier de formation et de mise à niveau des gérants de cybercafés sera supervisé par Aviso, un des fournisseurs d'accès Internet.

10- La police scientifique sera donc l'unité de répression des cybercriminels dans les cybercafés.

Gare à vous donc, les escrocs digitaux!! La lutte a déjà commencé et le ''rouleau compresseur'' va continuer son chemin avec tous les acteurs de l'informatique et du web de Côte d'Ivoire.

Les mots de la fin furent prononcés par la direction du SYNECCI, le chargé de communication, M. Frédéric Lela, le Secrétaire Général et le Secrétaire Général Adjoint, M. Bamba Inza. Ils ont tenu à remercier les représentants de l'organisation Akendewa pour leur participation à cette réunion extraordinaire. Selon eux, c'est grâce à cette organisation web que le Syndicat des Cybercafés (SYNECCI) a pu enfin sortir de l'ombre et mieux se faire connaître des populations. Akendewa, par la voix de ses représentants que nous étions s'est donc engagée à soutenir toutes les actions de lutte contre la cybercriminalité qui seront incessamment initiées par le SYNECCI, le CI-CERT et l'ATCI.

Internautes de Côte d'Ivoire et de la diaspora, lecteurs et lectrices du blog ''l'Actu Web d'Edith'', restez donc à l'écoute pour suivre dans les jours à venir, le déploiement de toutes ces actions.

 

Source: L'ACTU WEB D'EDITH

dimanche, 22 mars 2009

L'INACCEPTABLE ARROGANCE DES DIRIGEANTS D'ENTREPRISES ETRANGERES EN AFRIQUE NOIRE FRANCOPHONE

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Image Histoire de l'esclavage en Martinique. Photos esclaves Antilles.

Lu sur SAOTI.OVER-BLOG.COM: "Les colonialistes ne veulent pas admettre qu'un Noir soit l'égal d'un Blanc. Cette conception se manifeste dans le domaine social, dans l'échelle des salaires, dans le traitement médical, dans le logement, dans la justice et hélas, à l'Église. Quelle est alors l'âme éprise de liberté qui resterait insensible devant ce fait révoltant d'un étranger qui traite les enfants de la terre comme des hommes de seconde zone ? La doctrine coloniale n'a jamais cessé de proclamer que le Blanc est un être supérieur et que le Noir, spécialement, ne possède que des capacités limitées... Une telle façon de ne rien faire pour modérer, sauf cas exceptionnel, la discrimination raciale fait beaucoup pour renforcer notre méfiance et notre combativité" (Ruben Um Nyobé).


L’information a été publiée avant-hier dans les colonnes du quotidien Notre Voie. L’opérateur de téléphonie mobile Orange Côte d’Ivoire a reçu, en date du 16 janvier 2009, un courrier de protestation de la part du directeur général de l’Agence des Télécommunications de Côte d’Ivoire (ATCI), en charge de la régulation du secteur des télécoms, pour «comportements et propos irrévérencieux envers les institutions ivoiriennes, y compris la Présidence de la République». L’individu incriminé est le français Charles Guéret, directeur commercial d’Orange Côte d’Ivoire, qui représente le directeur général Jean-Jacques de Pins lors des réunions de l’ATCI.

Cet avertissement n’est qu’un épisode de la situation sans précédent que traverse actuellement l’opérateur de téléphonie mobile hexagonal en Côte d’Ivoire. En effet, par courrier adressé au président du conseil d’administration de l’entreprise, les délégués du personnel d’Orange Côte d’Ivoire ont fait part de leur révolte contre les méthodes de gestion et attitudes arrogantes, irrespectueuses et malhonnêtes des français Jean-Jacques de Pins, Charles Guéret et François Couturier (directeur financier). Le point de non retour a été atteint lorsque les représentants du personnel ont décidé d’interdire l’accès à tous les sites d’Orange auxdits dirigeants et ont exigé de leur conseil d’administration leur départ de Côte d’Ivoire. Petite anecdote qui reflète bien l’état d’esprit colonialiste de sieurs concernés : face à l’impossibilité d’accéder à leurs bureaux, le trio, du haut de sa bulle impérialiste, a tout naturellement requis l’aide de l’armée française pour opérer un passage en force, ce que les éléments de la force d’occupation Licorne, qui ont remplacé les bidasses du 43ème BIMA démobilisés depuis plusieurs mois, ont décliné, pas fous et peu enclins à rallumer une insurrection qui dépasserait celle de novembre 2004.

Parallèlement, le vice-président pour la région Afrique du Centre et de l’Ouest de MTN, le dénommé Christian de Faria, lui aussi ressortissant français, se permettait, suite à l’arrêté d’expulsion pris par les autorités ivoiriennes à l’encontre du directeur général de MTN Côte d’Ivoire, le Canadien Aimable Mpore, de qualifier notre pays de «république bananière», avant d’aller signer une pétition contre la décision de l’Etat de Côte d’Ivoire, devant des membres du personnel estomaqués.

Que ce soit par racisme historique, comme dans le cas des sociétés occidentales en général et françaises en particulier, ou par ignorance de l’accablant traumatisme colonial imposé par la France et la Belgique aux pays d’Afrique francophone depuis l'époque de l’esclavage jusqu’à nos jours, pourtant si similaire à celui vécu par les Sud-Africains pendant l’oppressif régime de l’apartheid, il est indéniable que les opérateurs économiques étrangers ne font aucun effort pour promouvoir les talents nationaux au plus haut niveau au sein de leurs filiales africaines. Cela pourrait encore être acceptable, si les dirigeants étrangers nommés disposaient des compétences requises et nécessaires. Hélas ! Les critères de recrutement semblent plus être leur adhésion au colonial système françafricain ou leur racisme génétique que leurs qualifications professionnelles, leurs aptitudes techniques ou leur leadership. Et lorsque, une fois tous les trente-six du mois, il leur arrive de nommer un Noir à un poste de direction, ils sont suffisamment pernicieux, dans la plupart des cas, pour s’assurer qu’il ait soit fait allégeance à leurs objectifs de prédation économique, soit une tendance accrue à l’escroquerie, afin de disposer de moyens de pression sur lui, le cas échéant.

Si cet état de choses est à déplorer, il n’en demeure pas moins qu’il est facilité et encouragé par l’apathie de certains gouvernements africains, dans la plupart des cas des anciennes colonies françaises. Et cet attentisme complice et criminel contribue non seulement à annihiler les perspectives de développement des pays concernés, mais surtout l’émergence d’une classe moyenne et d’un capitalisme national solides. Comment un pays comme le Cameroun, qui dispose des textes relatifs à la nationalisation des cadres, peut-il autoriser des multinationales à employer des expatriés aux mêmes postes pendant cinq, six, voire dix ans, sans s’assurer qu’un transfert de savoir ou de compétences soit effectué au plus tard dans les trois années suivant l’arrivée de l’expatrié ? Comment les Etats concernés peuvent-ils permettre qu’une entreprise sud-africaine, elle-même créée grâce à la politique du Black Economic Empowerment (BEE) mise en place pour corriger les ravages et discriminations causées par l’apartheid, puisse, dans dix pays où elle est présente en Afrique centrale et de l’Ouest, n’avoir qu’un seul directeur général issu du terroir ? Est-il admissible que la législation ivoirienne ne dispose pas d’une obligation, pour tout investisseur étranger, d’ouvrir son actionnariat à des nationaux ? Est-il acceptable, compte tenu du nombre d’Ivoiriens et d’Africains hautement qualifiés qui exercent en Afrique et de par le monde, qu’une position comme celle de directeur financier d’une multinationale soit, en 2009 en Côte d'Ivoire, occupée par un Gaulois aux diplômes douteux et au parcours hasardeux? Les exemples du Nigeria et du Ghana, les deux meilleures références de réussite économique et de développement dans la sous-région, qui disposent tous deux d’une législation très protectionniste envers le savoir-faire local et la promotion des talents nationaux et qui veillent particulièrement à sa très stricte application, devraient suffire à faire taire tous ceux qui craignent que ce genre de réflexion ait pour finalité de faire fuir les investisseurs étrangers et inspirer les gouvernants hésitants de l’ex pré carré impérialiste français.

Une chose est sûre : si les entreprises étrangères n’arrivent pas à adapter rapidement leur politique managériale à l’évolution de la situation politique et socio-économique des pays d’Afrique francophone, elles devront faire face à une riposte de plus en plus radicale des autorités et populations locales: l’expulsion du fort indélicat directeur général de MTN Aimable Mporé par l’Etat de Côte d’Ivoire, la rébellion des employés d’Orange Côte d’Ivoire contre le triumvirat colonial commis par Paris pour les diriger, les protestations de l’ATCI contre les «frasques verbales» de Charles Guéret sont des signes annonciateurs d’un changement profond et irréversible. Un proverbe occidental dit que «tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle se casse». Il semblerait bien que les colons dirigeants d’entreprise et leurs lamentables laquais locaux, dont l’arrogant et abject comportement de gouverneurs de plantations a trop longtemps été toléré, courent de plus en plus le risque de se voir renvoyés à leurs expéditeurs. Et que là où l’Etat a abdiqué ou tarde à réagir, les citoyens et salariés apparaissent bien décidés à prendre eux-mêmes les choses en main.

«Les républiques bananières» vous saluent!

Mahalia Nteby, le 18 mars 2009