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mercredi, 18 novembre 2015

ATTENTATS EN FRANCE - L'ELYSEE DOIT REVOIR SA POLITIQUE EXTERIEURE

 

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François Hollande à Versailles le 16 novembre 2015.

AFP Photo / Pool / Michel Euler



Douloureux moment que celui que traverse en ce moment le peuple français. Un peuple endeuillé par six (6) attentats simultanés le vendredi 13 novembre 2015 faisant au moins 129 morts et plus de 350 blessés dont plus de 80 cas critiques. Même si cette horreur a été revendiquée par l’Etat islamique (Daech), l’actualité note qu’il y a parmi les assaillants, djihadistes, trois français. Et selon des témoins, un des assaillants aurait crié que « c’est la faute à Hollande, il n’avait pas à intervenir en Syrie). Allusion faite aux bombardements de l’aviation française des positions et sites de l’Etat islamique en Syrie. Et il a été établi que plus d’un suspect dans ces attentats est entré en Europe à la faveur de la crise des migrants qui préoccupe actuellement l’ensemble des pays d’Europe, tellement le flot est ingérable pour un seul pays. Mais au-delà de l’émotion, faisons appel à la raison pour savoir pourquoi un tel drame peut arriver à la grande France. Ce qui arrive à la France, devrait lui arriver tôt ou tard, bien que cela soit regrettable. Le pouvoir français applique la démocratie dans sa politique intérieure. Mais à l’international, il exporte la violence et sème la terreur. Or, qui sème les bombes ne peut pas recevoir continuellement que la paix et les butins de guerre. Il y a également les représailles qui se manifestent d’une manière ou d’une autre et au moment où l’on s’y attend pas.

L’esprit de domination planétaire

On peut dire que la France se trouve en tête des nations se croyant investie d’une mission divine de jouer les gendarmes du monde. Donc autant Louis XIV, ce pouvoir absolu, disait : « la France, c’est moi », autant un chef de l’Etat de la Ve République française, comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande, peut déclarer en ce qui concerne la politique étrangère de la France : « la France, c’est moi». Parce que le Parlement lui laisse les coudés franches, même s’il massacre d’autres peuples, disloque leur pouvoir, leur administration et crée la désolation à travers le monde. On a l’exemple de la Côte d’Ivoire, la Libye, la Syrie, etc. Mais l’histoire retiendra aussi que Louis XIV aimait tellement la guerre qui l’a considérablement enrichi, que la guerre a fini par provoquer la ruine de la royauté française. C’est à cause de cet esprit va-t-en guerre et du règne absolu de ce tyran, que les philosophes repensant les pouvoirs, ont commencé à établir la nécessité d’une distinction et d’une séparation des pouvoirs et des théories du gouvernement. Le sentiment qui se dégage en voyant les parlementaires français silencieux ou d’accord avec cette politique extérieure de prédation de l’Elysée, c’est que le peuple français aime les présidents qui ont des vertus viriles, des vertus de conquête, de domination et de force. Cela ferait sa fierté de voir que son pays bombarder dans tel endroit du monde, que dans tel autre, il joue les redresseurs de torts, alors qu’au fond, c’est pour régler un compte et soigner ses intérêts impérialistes. Le France aime la guerre hors de ses frontières. Mais la guerre n’est pas toujours du goût de l’ensemble de ses soldats, ses fils, qui vont périr sur le terrain. C’est dans cet esprit qu’après mai 1968, l’armée française dans sa majorité a refusé un conflit avec l’Union soviétique, disant : « Plutôt rouge, que mort ». En clair, les généraux étaient prêts à livrer la France à l’armée soviétique plutôt de se battre et de retomber dans une guerre. On avait alors compris que les valeurs de l’honneur qui animaient les combattants de 1914 étaient dépassées, laissant la place à celles de la liberté, des discussions et du plaisir. Le plaisir de vivre en paix chez soi et chez les autres. Or, le pouvoir français poussé par l’impérialisme (son gagne-pain), pouvoir qui n’a pas l’expérience d’un soldat côtoyant tous les jours la mort sur le théâtre des opérations, multiplie les occasions de guerre.

Des concepts-prétextes pour faire la guerre

C’est ainsi que dans les années 2000, Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères français, développe le concept « devoir d’assistance à peuple en danger » dans le cadre du droit des gens. Un concept où il y a à boire et à manger où l’Elysée peut glisser de projets de conquêtes ou reconquêtes territoriales. Mais si cette politique s’est montrée plus discrète en Yougoslavie sur la question serbe, elle a fait et continue de faire d’énormes dégâts en Libye. Un pays où, en 2010, pour régler leurs comptes à Kadhafi, le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre anglais David Cameron, décident une défense du peuple de la ville de Bengazi. C’est sur ce principe de l’assistance à personne en danger, de l’assistance humanitaire, que les Occidentaux bombardent la Libye et tue Mouammar Kadhafi. Voilà donc ce pays disloqué, devenu un port prisé pour de milliers de migrants clandestins pour l’Europe. Migrants dont des milliers, pourtant espoirs de leurs familles, meurent dans la mer. A travers le monde donc, la France a créé des situations de révolte. De même, des milliers de jeune français, les propres fils de l’Hexagone, partis en djihad en Syrie, en Irak, en Afghanistan, etc. qui y ont vécu ou vu l’horreur ont été retournés par l’adversaire ou par leur propre conscience, contre la France, leur patrie. Ceux-là, comme l’enquête vient de le prouver et les autres ressortissants des autres pays où la Franc a mis le feu, peuvent un jour où l’autre, poser un acte comme ceux que vivent en ce moment les Français. Et quand le président syrien Bachar El Assad à l’Elysée : « La France vit ce que le peuple syrien vit depuis 5 ans », cela peut signifier pour les terroristes « voici un exemple de ce que les autres peuples souffrent à cause de notre politique extérieure ». Car les milliers de migrants qui déferlent en Europe ne sont pas des nécessiteux. Il y a parmi eux des médecins, des avocats, des ingénieurs, etc. Mais des gens qui n’ont plus de paix chez eux où la France et ses alliés attisent le feu pour le pétrole ou autres intérêts. La France est donc touché dans sa fragilité, elle si puissante. C’est l’équilibre de la terreur, à telle point que même un coup de pétard met le peuple en émoi. Malheureusement, des Français sont en tête des assaillants. C’est cela, l’ironie du sort.

 

Germain Séhoué
gs05895444@yahoo.fr

FRANCE - DAVID VAN REYBROUCK: «MONSIEUR LE PRESIDENT, VOUS ETES TOMBE DANS LE PIEGE!»

 

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David Van Reybrouck, d’expression néerlandaise, est l’auteur de nombreux ouvrages dont Congo, une histoire (Ed. Actes sud), pour lequel il a notamment reçu en 2012 le prix Médicis dans la catégorie « essai ». L’écrivain et historien interpelle le président français sur le champ lexical guerrier de son discours, samedi 14 novembre, lendemain des attentats qui ont endeuillé Paris. Et sur la surenchère que cela pourrait entraîner.
 

Monsieur le Président,

Le choix extraordinairement irréfléchi de la terminologie que vous avez utilisée dans votre discours de samedi après-midi [14 novembre 2015], où vous répétiez qu’il s’agissait d’un « crime de guerre » perpétré par « une armée terroriste » m’a interpellé. Vous avez dit littéralement :

« Ce qui s’est produit hier à Paris et à Saint-Denis, près du Stade de France, est un acte de guerre et, face à la guerre, le pays doit prendre les décisions appropriées. C’est un acte de guerre qui a été commis par une armée terroriste, Daech [l’acronyme arabe de l’Etat islamique], une armée de terroristes, contre la France, contre les valeurs que nous défendons partout dans le monde, contre ce que nous sommes, un pays libre qui parle à l’ensemble de la planète. C’est un acte de guerre qui a été préparé, organisé, planifié de l’extérieur et avec des complicités intérieures que l’enquête fera découvrir. C’est un acte de barbarie absolue. »

Si je souscris pleinement à la dernière phrase, force est de constater que le reste de votre discours est la répétition angoissante et presque mot à mot de celui que George W. Bush a tenu devant le Congrès américain peu après les attentats du 11-Septembre : « Des ennemis de la liberté ont commis un acte de guerre contre notre pays. »

Déstabilisation de la région

Les conséquences de ces paroles historiques sont connues. Un chef d’Etat qui qualifie un événement d’« acte de guerre » se doit d’y réagir, et de rendre coup pour coup. Cela a conduit M. Bush à l’invasion de l’Afghanistan, ce qui était encore admissible parce que le régime avait offert asile à Al-Qaida. Même l’ONU avait approuvé. S’en est suivi alors l’invasion totalement démente de l’Irak, sans mandat de l’ONU, pour la seule raison que les Etats-Unis soupçonnaient que ce pays détenait des armes de destruction massive. A tort, s’est-il avéré, mais cette invasion a conduit à l’entière déstabilisation de la région, qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui.

Le départ des troupes américaines en 2011 a laissé le pays dans une vacance du pouvoir. Et c’est peu après, lorsque, dans le sillage du « printemps arabe », une guerre civile a éclaté dans le pays voisin, que l’on a pu constater à quel point l’invasion militaire américaine avait été pernicieuse. Dans le nord-ouest de l’Irak déraciné et l’est de la Syrie déchirée, entre l’armée gouvernementale et l’Armée syrienne libre, assez d’espace s’était manifestement créé pour que se lève un troisième grand acteur : l’Etat islamique, ou Daech.

Bref, sans l’invasion idiote de Bush en Irak, il n’aurait jamais été question de Daech. C’est par millions que nous avons manifesté contre cette guerre en 2003, moi aussi, et la désapprobation était universelle. Et nous avions raison. Cela, non pas parce que nous étions capables de prédire l’avenir, nous n’étions pas clairvoyants à ce point. Mais nous en sommes pleinement conscients aujourd’hui : ce qui s’est passé dans la nuit de vendredi à Paris est une conséquence indirecte de la rhétorique de guerre que votre collègue Bush a employée en septembre 2001.

Et pourtant, que faites-vous ? Comment réagissez-vous moins de vingt-quatre heures après les attentats ? En employant la même terminologie que votre homologue américain de l’époque ! Et sur le même ton, bonté divine !

Risque monstrueux

Vous êtes tombé dans le panneau, et vous l’avez fait les yeux grands ouverts. Vous êtes tombé dans le panneau, Monsieur le Président, parce que vous sentez l’haleine chaude de faucons tels que Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen vous brûler la nuque. Et vous avez depuis si longtemps la réputation d’être un faible. Vous êtes tombé dans le panneau. Des élections se préparent en France, elles auront lieu les 6 et 13 décembre, ce ne sont que des élections régionales, mais, après ces attentats, elles seront placées sous le signe de la sécurité nationale, à n’en point douter. Vous êtes tombé dans le panneau tête baissée, parce que vous avez fait mot pour mot ce que les terroristes espéraient de vous : une déclaration de guerre. Vous avez accepté leur invitation au djihad avec enthousiasme. Mais cette réponse, que vous avez voulue ferme, fait courir le risque monstrueux d’accélérer encore la spirale de la violence. Je ne la trouve pas judicieuse.

Vous parlez d’une « armée terroriste ». Pour commencer, rien de tel n’existe. C’est une contradictio in terminis. Une « armée terroriste », c’est un peu comme pratiquer un régime boulimique. Des pays et des groupes peuvent avoir des armées ; s’ils ne parviennent pas à en former, ils peuvent opter pour le terrorisme, c’est-à-dire pour des actions ponctuelles dont l’impact psychologique est maximal, au lieu d’un déploiement structurel de forces militaires avec des ambitions géopolitiques.

Mais une armée, dites-vous ? Soyons clairs : jusqu’ici, nous ignorons si les auteurs des faits sont des combattants syriens revenus ou envoyés. Nous ne savons pas si les attentats ont été tramés au sein du « califat » ou dans les banlieues et « quartiers ». Et bien que certains indices laissent supposer qu’il s’agit d’un plan global émanant de la Syrie (la quasi-simultanéité de l’attentat-suicide au Liban et de l’attaque éventuelle d’un avion russe), force est de constater que le communiqué de Daech est venu bien tard, et qu’il ne contient pas d’autres éléments que ceux qui circulaient déjà sur Internet. Ne serait-il pas question de coordination ou de récupération ?

Rhétorique belliqueuse

Pour autant que l’on sache, il pourrait s’agir d’individus incontrôlés, sans doute pour la plupart des citoyens français revenus de Syrie : ils y ont appris à manier des armes et des explosifs, s’y sont immergés dans une idéologie totalitaire, cryptothéologique, et s’y sont familiarisés aux opérations militaires. Ils sont devenus des monstres, tous autant qu’ils sont. Mais ils ne sont pas une « armée ».

Le communiqué de Daech glorifait les « lieux soigneusement choisis » des attentats, vos propres services soulignaient le professionnalisme de leurs auteurs : sur ce point, remarquons que vous parlez la même langue. Mais qu’en est-il, en réalité ? Les trois hommes qui se sont rendus au Stade de France où vous assistiez à un match amical de football de la France contre l’Allemagne semblent plutôt être des amateurs. Ils voulaient sans doute pénétrer dans l’enceinte pour commettre un attentat contre vous, c’est fort possible. Mais celui qui se fait sauter à proximité d’un McDonald’s et n’entraîne « qu’une » victime dans sa mort est un bien piètre terroriste. Qui ne fait « que » quatre morts avec trois attentats-suicides, alors qu’un peu plus tard une masse humaine de 80 000 personnes sort de l’enceinte, est un bon à rien. Qui veut décimer le public d’une salle avec quatre complices sans bloquer les issues de secours n’est pas un génie de la stratégie. Qui s’embarque dans une voiture et mitraille des citoyens innocents et sans armes attablés aux terrasses n’est pas un militaire formé à la tactique, mais un lâche, un enfoiré, un individu totalement dévoyé qui a lié son sort à d’autres individus du même acabit. Une meute de loups solitaires, ça existe aussi.

Votre analyse d’une « armée terroriste » n’est pas probante. Le terme que vous avez employé, « acte de guerre » est extraordinairement tendancieux, même si cette rhétorique belliqueuse a été reprise sans honte aucune par Mark Rutte [premier ministre] aux Pays-Bas et par Jan Jambon [ministre de l’intérieur] en Belgique. Vos tentatives de calmer la nation menacent la sécurité du monde. Votre recours à un vocabulaire énergique ne signale que la faiblesse.

Il existe d’autres formes de fermeté que le langage de la guerre. Immédiatement après les attentats en Norvège, le premier ministre Jens Stoltenberg a plaidé dans détours pour « plus de démocratie, plus d’ouverture, plus de participation ». Votre discours fait référence à la liberté. Il aurait aussi pu parler des deux autres valeurs de la République française : l’égalité et la fraternité. Il me semble que nous en avons plus besoin en ce moment que de votre douteuse rhétorique de guerre.

Traduit du néerlandais par Monique Nagielkopf

 

Source: LE MONDE - AFRIQUE