topblog Ivoire blogs

mardi, 07 février 2012

COTE D'IVOIRE: LE TEMPS DE L'AUSTERITE

ALASSANE OUATTARA ET BERNARD ACCOYER.jpg

La semaine qui vient de s'achever a été «riche» en informations inquiétantes dans la rubrique «social» en Côte d'Ivoire. Après un long et éprouvant jeu du chat et de la souris, les actuels dirigeants de la Société des transports abidjanais (SOTRA) ont annoncé la mise au chômage technique de 1200 agents, soit près du tiers du personnel de l'entreprise. Une nouvelle qui intervient après l'annonce du licenciement de 120 personnes au Port autonome d'Abidjan, et la mise à l'écart de 322 employés à la Radio télévision ivoirienne (RTI), une autre structure parapublique.

Dans une interview accordée à Onuci FM, le ministre de la Fonction publique Gnamien Konan a annoncé la possibilité d'un plan de départs volontaires et un ralentissement dans l'organisation des concours de recrutement des serviteurs de l'Etat. En ce début de mois de février, les salariés du privé ont pu constater la baisse de leur salaire net, liée à l'augmentation du taux des cotisations retraite, qui a été couplée avec un allongement de l'âge de départ à la retraite - une forme de double peine, en somme. La relance annoncée d'Air Côte d'Ivoire n'est toujours pas à l'ordre du jour, et les employés de la compagnie aérienne sont sur le carreau. L'annonce par Alassane Ouattara de la privatisation et de la liquidation des banques publiques suscite les inquiétudes parmi les employés de ces institutions, qui craignent plans sociaux et démantèlements ravageurs. Alors que l'Université est toujours fermée et que les travaux n'avancent pas à un rythme rassurant pour une reprise des cours d'ici septembre, à tel point que le ministre Cissé Bacongo fait appel à des «étudiants volontaires» dans le cadre d'un marché pourtant gagné par une  entreprise privée, qui ne fait pas dans le bénévolat. Dans les semaines ou les mois qui viennent, les prix de l'électricité et du carburant pourraient prendre l'ascenseur, les bailleurs de fonds faisant pression sur un gouvernement qui brûle d'arriver au point d'achèvement de l'initiative Pays pauvres très endettés (PPTE).

Pourquoi se voiler la face ? Pourquoi céder au messianisme anachronique des zélateurs du régime qui répètent comme un mantra «le pays est au travail» et nous font miroiter des «lendemains qui chantent» sur la seule foi des relations à l'étranger du «super économiste» ? La Côte d'Ivoire est entrée, de plain-pied, dans le temps de l'austérité. Après avoir conquis dans le feu et dans le sang un pays privé de paix et de stabilité pendant douze ans au nom de ses ambitions politiques, Alassane Ouattara fait face à la crise économique qui résulte de toutes ces années perdues en utilisant les méthodes sans originalité expérimentées sous sa houlette il y a vingt ans, alors qu'il était Premier ministre. A la hache, il se lance dans une coupe claire des dépenses publiques à travers une augmentation des prélèvements, une politique de licenciements et de gel des embauches. Et engage des privatisations des entreprises publiques dont on est en droit de penser qu'elles seront opaques, au regard des opérations de ce type menées quand il était à la Primature, et au vu de l'indécence avec laquelle ses ministres se distribuent les marchés publics.

L'austérité, donc. Dans l'état où la Côte d'Ivoire se trouve actuellement, était-elle inévitable ? Peut-être. Mais elle sera forcément mal vécue, et très mal acceptée. Pour plusieurs raisons.

Premièrement, parce que la campagne incroyablement populiste et démagogique d'Alassane Ouattara à l'occasion de l'élection présidentielle, ainsi que la mythologie sur le triptyque Argent-Diamant-Or (ADO), a inconsciemment préparé les esprits faibles à une «pluie de milliards» qui n'arrivera pas de sitôt. Quand il promettait cinq universités en cinq ans, un million d'emplois en cinq ans, quand il disait que son métier était de trouver l'argent, quand il refusait tout argument expliquant les difficultés économiques par la guerre, savait-il que sa forfanterie se retournerait contre lui s'il arrivait au pouvoir ? Etre un homme d'Etat, c'est aussi faire campagne comme un homme d'Etat, même quand il se trouve qu'on est dans l'opposition.

Deuxièmement, parce qu'il est visiblement incapable de créer l'union sacrée autour du redressement national, enfermé avec ses partisans dans un récit national subverti où ils représentent le bien absolu tandis que le camp Gbagbo représente le mal absolu, la cause unique de l'état pitoyable dans lequel se trouve la Côte d'Ivoire aujourd'hui. Mais à qui peut-on faire croire que la stratégie coûteuse de prise du pouvoir de l'actuel chef de l'Etat n'a rien à voir avec le fait que la Côte d'Ivoire soit le dernier pays africain, avec le Soudan, à n'avoir pas bouclé son programme PPTE ? Que les dizaines de bus calcinés par les activistes «républicains», notamment lors de la guerre postélectorale, n'expliquent pas en partie les problèmes apparents de la SOTRA ? Que le fait que les zones CNO ne paient pas leurs factures d'électricité pendant près de dix ans n'a pas aggravé les déséquilibres du secteur ? Que les pillages hystériques des FRCI et associés qui n'ont pas épargné les campus ne justifient pas, plus que toute autre considération, les deux années blanches qui désespèrent les étudiants ?

Troisièmement, comment peut-on accepter les sacrifices et privations alors qu'à peine installés, les copains et les coquins de la «nouvelle» Côte d'Ivoire se signalent par leur passion du «business», instrumentalisant l'Etat pour s'enrichir personnellement sans scrupules excessifs ? Alors que la RTI, par exemple, met des professionnels expérimentés à la porte pour recruter des activistes de TCI, ancienne télé pirate du RDR ? Alors que l'idéologie antirépublicaine du «rattrapage ethnique», assumée au sommet de l'Etat, se déploie sans vergogne ?

Quatrièmement, le refus quasi-structurel de ce pouvoir d'engager le dialogue social avec les syndicats et l'opposition sur les réformes qu'il juge nécessaires et de communiquer clairement avec le peuple sur les sacrifices qui lui sont et lui seront demandés n'arrange rien.

L'austérité qui vient sera difficilement acceptée. Et il est fort probable que le régime Ouattara utilise la stratégie de la tension qui lui a tant «réussi» dans l'opposition et lors de son installation au pouvoir pour empêcher, par la menace latente, la contrainte explicite ou la violence de rue, toute montée du mercure social.


Théophile Kouamouo


Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 20 janvier 2012

UN NOIR VENDREDI 13: LA FRANCE ET NICOLAS SARKOZY «DEGRADES»


STANDARD & POOR'S.jpg

Le vendredi 13 janvier 2012 est venu en rajouter à toutes les superstitions fantaisistes sur cette date « singulière ». Un authentique vendredi noir qui a vu la dégradation en cascade de plus de la moitié des pays européens membres de la zone euro (9 sur 17), victimes d'une gouvernance européenne non concluante qui plonge une bonne partie de l'Europe dans l'incertitude et les lendemains improbables. Oui, le couperet, après plusieurs mois de tergiversations et de circonlocutions, est tombé, dru : La France a perdu son triple A, avec une perspective négative, et bien d'autres pays ont été dégradés. Mais pas l'Allemagne qui conserve une perspective stable. « Une double claque pour le gouvernement français », comme dit le journal français Le Figaro.

L'agence de notation américaine Standard & Poor's (S&P) qui a infligé cette sanction à l'Europe portait ainsi un regard des plus sévères sur les institutions et les dirigeants européens qui, au terme de multiples sommets de dernière chance, ne sont finalement pas parvenus à apporter des solutions suffisantes à la crise de la dette qui frappe de plein fouet la zone euro.


Le plus grand grief de l'agence de notation contre les européens, c'est le fait de fonder leurs réformes et mesures de sortie de crise financière sur la seule et unique austérité budgétaire, contre productive et non compétitive. L'Europe, en ne donnant pas ainsi de garantie de croissance et de compétitivité aux marchés financiers, devient peu sûre et tombe tout logiquement sous le coup d'une décision implacable qui dégrade sa compétitivité.


Elle épingle, en outre, l'insuffisance des ressources constituant les fonds de secours de la zone euro, et - pour bien faire les choses -, dégrade aussi d'un cran le Fonds Européen de Stabilité Financière (FESF), véritable fonds de soutien - si ce n'est de salut - européen, trois jours seulement après avoir dégradé les pays européens (le lundi 16 janvier 2012) et après que l'Allemagne ait marqué sa volonté de ne pas le renflouer, rendant inévitable la nouvelle sanction de Standard & Poor's.


Cette notation de l'agence américaine est un véritable camouflet, un revers cinglant, pour Nicolas Sarkozy qui avait toujours présenté ce triple A comme un « trésor national » et qui confiait en coulisse : « Si on perd le triple A, je suis mort », « il faut qu'on garde, coûte que coûte, le triple A ». François Fillon, le Premier ministre français, était même péremptoire : « La perte du triple A, c'est la ruine de la France ». Eh bien, c'est fait ! Le socialiste François Hollande ne fait pas la fine bouche : « C'est une politique qui a été dégradée, pas la France ». Pour Dominique de Villepin, c'est « l'échec d'un quinquennat, l'échec d'un choix, le choix d'ouvrir les vannes de la dépense ». Le parti de Nicolas Sarkozy, l'UMP, relativise l'information qu'elle affirme ne pas être une catastrophe et rebondit sur le maintien du triple A de la France par les agences de notation Moody's et Fitch Ratings qui constituent avec S&P (la plus ancienne et la plus influente sur les marchés financiers de la planète), une oligopole devenue incontournable, depuis une vingtaine d'années, pour les investisseurs du monde entier. Moody's et Fitch maintiennent, certes, le triple A de la France mais, à la vérité, elles la tiennent (la France) à l'œil pour les prochains mois et il ne faut pas se faire d'illusions, elles dégraderont bel et bien la dette souveraine française, tout comme S&P. C'est juste une question de temps. Tout simplement parce que la France ne dispose d'aucun mécanisme pour rebondir avant plusieurs années. Elle n'offre aucune garantie de croissance, en ce moment. Sa seule matière première : l'austérité, la rigueur, la cure d'amaigrissement drastique. Pas précisément faites pour relancer l'économie. Vous parlez d'un cercle vicieux !


En réalité, la France et singulièrement Nicolas Sarkozy, sont victimes d'une longue tradition de gouvernance nationale chaotique et de gestion internationale apocalyptique. D'une part, depuis 32 ans, tous les budgets de la France sont en déficit. Le dernier en équilibre se trouvait être sous Valéry Giscard d'Estaing. En clair, cela remonte à une petite éternité. D'autre part, l'on se souvient encore des récentes croisées de ce pays, en Afrique, qui ont fait des milliers de morts en Côte d'Ivoire et en Libye, ainsi que des destructions immenses, innommables qui, au final, n'ont fait tomber aucune véritable dividende dans l'escarcelle d'un Hexagone en faillite, qui s'agrippe avec le désespoir d'un damné pour ne pas descendre dans les profondeurs abyssales, quitte à déglinguer au passage des Etats tranquilles, souverains et qui ne demandent qu'à décider, sans intrusion ni ingérence, de leur propre histoire. Elle fait, actuellement, la cour à la Prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi, avec la visite remarquée du ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé. Il faut d'ores et déjà craindre pour la Birmanie, dans les mois à venir. Car la « communauté internationale » a choisi son candidat.

TRIPLE A PERDU.jpg

La France doit redevenir humble, réaliste et conséquente envers elle-même : on ne mène pas grand train de vie quand on est paumé. Pour parler trivialement. C'est le bon sens même ! Nous le disons une fois de plus : la France doit revoir ses prétentions à la baisse, seule voie de sortie. Et de salut. Et transformer son modèle économique, non compétitif, ainsi que son modèle de société, trop coûteux, en socle de stabilité et de croissance.  Pourquoi un Etat qui est loin d'avoir les performances d'une Allemagne bonne élève, première puissance économique d'Europe, possédant une armée modeste, sans base militaire à l'extérieur et résolument au travail, prétendrait-il entretenir plus de 10 bases militaires en dehors de son territoire et se payer le rythme de vie qui est le sien, en ce moment ? Avec quelles ressources les ferait-il fonctionner et avec quoi maintiendrait-il son modèle de société actuel quand l'économie nationale part en vrille ?

La France ne peut continuer à vivre au-dessus de ses moyens au point d'arrimer le simple fonctionnement de l'Etat à un endettement excessif. Point des comptes : 1700 milliards d'euro de dette à la fin du troisième trimestre 2011. Plus de 85% du PIB. Phénoménal. Déprimant. Pour autant, elle dispose encore de trois voies possibles pour éponger cette lourde créance : une forte inflation (spoliation des épargnants ; ce qui n'est pas souhaitable), une forte croissance, ou une hausse significative des recettes publiques. La France ne peut envisager aucune d'elle. A tout le moins, pour l'heure. Elle n'en a pas les moyens.

Pour ne pas avoir voulu se soumettre à cette règle élémentaire d'économie, le pays de Nicolas Sarkozy s'est offert, avec sa bénédiction, « poings et pieds liés aux marchés financiers », comme le dit si bien Monsieur Jean-Luc Mélenchon, du Front de gauche. Cette dégradation d'un cran de la dette souveraine française, avec perspective négative, n'est en réalité que le premier maillon d'une chaîne déclinante qui verra la descente aux enfers de la deuxième économie d'Europe. Une déchéance bien amorcée pour la décennie. Pour la simple et bonne raison que Nicolas Sarkozy et ses prédécesseurs ont pris toutes les décisions et instauré toutes les réformes sauf la seule qui vaille : cesser de vivre de l'économie de prédation et des guerres démocratico-humanitaires - qui ne sont rien d'autre en réalité qu'impérialistes et ne représentent pas la vraie richesse du pays - et se mettre résolument au travail comme l'Allemagne. Mais pour y arriver, il faut une bonne dose d'humilité que n'a pas la France.

L'Allemagne pour rappel, dans l'optique d'atteindre une industrialisation et une force de production suffisantes pour booster son économie, ainsi que son développement, et se mettre au large, avait adopté une réforme baptisée en allemand « Feuille de patate » : c'est-à-dire serrer la ceinture, vivre selon ses moyens, quitte à manger de la patate et des feuilles de patates. Or, Pierre Lellouche, Secrétaire d'Etat français chargé du Commerce extérieur, sur le plateau de l'émission « Mots Croisés » de France 2, ce lundi 16 janvier 2012, l'a dit sans détours, bien qu'étant membre du gouvernement d'un pays au bord du précipice : « La France n'ira tout de même pas jusqu'à manger des feuilles de patates ! ». Très révélateur de l'état d'esprit d'un peuple imbu et suffisant (tous les français ne le sont pas, heureusement), peu disposé au sacrifice. Surtout quand ce sont les plus faibles qui doivent payer, pendant que le CAC 40 distribue des milliards d'euro de dividendes, profits dont le montant s'élève à 12 fois ses charges fiscales réelles payées à l'Etat français, selon Monsieur Jérôme Cahuzac, Président de la Commission des finances de l'Assemblée nationale, Chargé du pôle budget et fiscalité dans l'équipe de campagne de François Hollande.

Espérons que « la grande France » trouve les solutions idoines à son mal, un mal profond qui risque de l'emporter, irrémédiablement. « ADO Solutions », qui a juré la main sur le cœur avoir une réponse à chacun de nos problèmes, pourrait même lui prêter main forte s'il parvient à se sortir des sables mouvants ivoiriens dans lesquels il est lui-même empêtré, depuis bientôt dix mois, nous donnant le net sentiment de naviguer à vue et de conduire le navire Ivoire dans les rochers, à l'image du commandant Francesco Schettino du bateau de croisière Costa Concordia, échoué vendredi dernier (13 janvier !), aux larges de l'île de Giglio (Ouest de l'Italie).

Compétitivité et mise en ordre des finances publiques - et nous ajouterions volontiers « mise à plat de l'ego surdimensionné de la France » - paraissent être les seules issues objectives qui s'offrent à un Nicolas Sarkozy, groggy, qui ne peut pas plus mal commencer sa campagne présidentielle 2012. Au-delà des euphémismes de rigueur pour ne pas perdre son aplomb. En attendant, les Ivoiriens pleurent, dans la plus grande indifférence du gouvernement ivoirien, le décès du ministre d'Etat Paul-Antoine Bohoun Bouabré, le père du « budget sécurisé » et du « budget de sauvegarde » qui nous ont donné de grandes fiertés, nous épargnant de nous inscrire dans la mendicité internationale, option résolument affichée du nouveau régime d'Abidjan. Le jour se lève toujours.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !



In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 420 du jeudi 19 janvier 2012.