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dimanche, 10 juillet 2011

RIEN NE VA PLUS CHEZ LES ARABES

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Le royaume saoudien, «ce pays (qui) n'a jamais connu un bureau de vote. Même pas un parti unique !» comme le décrit si bien Georges Stanechy. En tout cas  comme il se présente aux yeux de tous, sauf de toute évidence aux yeux de la «communauté internationale», ce royaume montre tous les signes de vouloir jouer son va-tout en Afrique du Nord. Et comble de l'époque, sous la bannière de la démocratisation et assuré de la puissance de feu de l'OTAN.

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A Riadh, la justice ne change pas ses méthodes. Le 18 juin 2011, Ruyati binti Saoubi, une indonésienne de 54 ans, est décapitée en public, au sabre. Son corps suspendu à un hélicoptère survole longtemps la ville à basse altitude pour être vu. Inutile de chercher l'information dans les lignes de la presse du «Monde libre» ou dans les journaux télévisés qui déroulent en boucle la «révolution» en Libye.

L'Arabie saoudite n'est pas un terrain pour les «printemps» en cours, elle en est un parrain, un acteur, un soutien, tout ce que vous voulez, mais pas un terrain pour une «révolution». La monarchie triomphante a même décidé de refaire le monde dit arabe. L'hebdomadaire britannique, The Guardian, s'est intéressé à ce nouveau cours suivi par les Saoud. D'après l'hebdo, les pétromonarchies ont d'abord récupéré les deux monarchies non pétrolières de ce monde, la hachémite et la chérifienne, dont les rois se réclament d'ascendance arabe, pour les inclure dans le Conseil de coopération du Golfe (CCG). Les autres pays qui ont accaparé l'arabité contre l'Histoire et contre la culture de leurs peuples, n'y auront pas droit, ils ont été mis de côté en tant que «peuples conquis». Le Maroc bénéficierait aussi du souci des Arabes de maintenir un lien avec «l'Occident arabe», c'est-à-dire avec «l'Andalousie perdue».

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Ce mouvement inédit des monarques de la péninsule serait dû à leurs appréhensions vis-à-vis de la fin du pétrole et de la montée en puissance de l'ennemi héréditaire, la Perse. Cette même peur est présente chez les Israéliens, qui auraient déterminé le processus euro-étasunien de recolonisation de la région, en s'appuyant sur les révoltes populaires et la déstabilisation des Etats. En Afrique du Nord, l'Algérie (toujours selon The Guardian) représente une menace en tant que puissance régionale à fort potentiel de développement, tant sur le plan des ressources naturelles que sur celui des ressources humaines.

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Des plans existeraient pour provoquer son effondrement, en «faisant croire aux Marocains qu'ils seront le noyau de l'empire Almohade reconstitué». D'où le soutien éhonté à la Constitution absolutiste et la mise sous l'éteignoir des manifestations massives qui agitent le royaume alaouite. Les syndromes libyen et soudanais apparaissent immédiatement comme des répétitions de ce qui va être étendu à l'Algérie. Le chaos, suivi du démembrement.

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Du coup, on comprend mieux pourquoi l'Arabie saoudite a préféré renforcer de ses recettes faramineuses les économies occidentales et éviter celles de ses «frères» d'adoption, comme l'Egypte, qui se font saigner à blanc par les prêteurs et dont les peuples dépérissent dans le sous-développement quand les centaines de milliards de dollars suivent les chemins détournés des intérêts bien compris.


Badis Guetaff, L'édito du jour (10 juillet 2011)


Source: LE JOUR D'ALGERIE

mardi, 22 mars 2011

PAYS ARABES: SAVOIR VERS QUOI «CHANGER»

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Ça bouge drôlement ces jours-ci, en Algérie, dans pas mal d'endroits. Je ne parle pas des marcheurs  qui animent la matinée du samedi, mais de ceux qui ne sont pas contents du changement qu'a subi le pays depuis 1988 et qui ne marchent pas. On ne les trouve pas sur Facebook, ils ne parlent pas de «démocratie» et ignorent tout de ce qui agite les partis politiques et les associations qui les accompagnent. Ils sont les étudiants qui n'aiment pas du tout les «réformes» qui ont affecté les performances de l'université, dont personne ne reconnaît le bien- fondé, sauf leurs concepteurs. Ils sont les chômeurs qui ne comprennent pas pourquoi il n'y a pas d'investissements, donc de création d'emplois, alors que le pays a de l'argent. Ils sont ceux que l'Etat a abandonnés, depuis qu'il a accepté que ce soit au marché de s'occuper du développement national. Ils sont ceux que le marché a laissés-pour-compte pour ne s'occuper que de ceux qui savent tirer leur épingle du jeu. Sans parler de changement, ils le proposent concrètement. Certains ne doivent pas les aimer en disant d'eux qu'ils sont des «tubes digestifs», mais des «opérateurs» du marché ont bien saisi le message et commencé à réfléchir aux réponses économiques qu'il faut donner.

Le seul problème est que le paysage politique n'exprime pas clairement «qui est pour quoi». On n'a droit qu'à des appels au «changement» sans que l'on nous précise ou que l'on sache vers où on déménage. Ce serait le minimum de voir vers où on veut nous emmener, car toutes les destinations ne sont pas verdoyantes pour tout le monde. Car le «changement» est bizarrement scandé par les puissants de ce monde. On le constate, en Libye, où les acteurs du «changement» ont trouvé grâce auprès des pires ennemis des peuples et ont opéré une jonction militaire avec eux. Ce n'est certainement pas pour les recettes du pétrole et du gaz de ce pays qui sont utilisées pour le bien-être du peuple dans son ensemble. Le peuple, lui, peut le savoir, mais personne ne lui a demandé son avis.

Comme il a toujours suivi les promesses, il s'est divisé entre fidèles de Kadhafi et pro-insurgés, alliés de l'Otan et parrainés par Sarkozy. Les deux pans sont à des lieux de distinguer le bout du chemin, tracé en dehors d'eux, sur lequel ils se sont engagés. Probablement celui de la destruction de l'Etat national symbole de résistance, au seul profit de la mondialisation libérale, sous les coups des F16 et des Rafale. En Tunisie et en Egypte, les peuples perçoivent déjà le sens du «changement Facebooké», ils n'en veulent pas et le disent tous les jours. Alors que ceux qui ont eu le «changement» escompté sont revenus à leurs affaires et s'indignent que le peuple continue de ne pas voir que le «changement» est réalisé.

En Tunisie, Hillary Clinton a dû sentir le vent de la contestation à son encontre. Les manifestants contre sa visite avaient envie de lui dire en face, ce qu'elle va lire dans la presse : «Nous avons fait la révolution tous seuls, sans que personne ne nous aide. Les Américains ont pendant longtemps soutenu le dictateur (Ben Ali) et ils veulent maintenant récolter les fruits de notre révolution». Un parler vrai sur ce qu'elle est venue faire. Un jour enverra-t-elle, peut-être, ses bombardiers à la place de sa souriante frimousse. Elle peut compter sur la «Ligue arabe», qui a tenu à réitérer  «son soutien à une zone d'exclusion aérienne en Libye», comme si la décision de l'ONU en avait encore besoin.


Par Badis Guettaf


Source : LE JOURNAL D'ALGERIE