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lundi, 13 décembre 2010

LA MONNAIE COMME L'EMBOUCHURE DU DEVELOPPEMENT AFRICAIN


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Par Séraphin PRAO, Docteur en Economie

"Pour donner au développement un véritable dynamisme interne, il faut d'abord lui assurer un maximum de financement interne" (J.-M. ALBERTINI, 1967).


Aujourd'hui, il n'est plus nécessaire de souligner l'importance des phénomènes monétaires dans l'ensemble de la vie économique tant la monnaie occupe notre quotidien. Si la monnaie est familière elle n'en demeure pas moins mystérieuse.

En effet, d'une part elle est profondément présente dans la culture de chacun, d'autre part les lois qui fondent ses qualités et qui gouvernent son fonctionnement sont très mal connues.

La raison fondamentale est que la monnaie a toujours été source de difficultés et d'ambiguïtés pour les économistes puisque de nombreuses controverses ont lieu. C'est le cas du débat sur le bien-fondé de la Zone Franc, cinquante années après les indépendances des pays membres.

Le débat sur le franc CFA s'amplifie et s'organise autour de deux tendances : ceux qui préfèrent la tutelle française dans la gestion monétaire des Pays Africains de la Zone Franc (PAZF) et ceux qui demandent qu'on établisse sans délai le certificat de décès de cette humiliante tutelle française.

Nous nous situons dans cette dernière catégorie car la monnaie est trop sérieuse pour la laisser entre les mains des autres. En outre, notre intuition est que la monnaie peut être considérée comme l'embouchure du développement économique des pays africains.

Selon le dictionnaire "Le nouveau PETIT ROBERT", édition 1995, on entend par embouchure, l'ouverture par laquelle un cours d'eau se jette dans une mer ou un lac. Appelons cette ouverture "monnaie", le cours d'eau "pays africains" et la mer "le développement". De là se dessine l'objectif de notre présent article : il sera question de présenter la monnaie comme une porte ouvrant les possibilités de développement aux pays africains surtout ceux de la Zone Franc.

La littérature scientifique désormais abondante qui touche de près ou de loin le franc CFA, ne manque pas, prise dans son ensemble, d'être assez déroutante. Les travaux prolixes et solides sur la nécessité de sortir de la vassalisation monétaire côtoient de nombreux autres qui prônent le maintien de cette chaîne monétaire.

Il nous faut donc adopter une démarche méthodique afin que le texte soit clairement exposé.

Le plan de notre article sera organisé de façon suivante. On traitera dans un premier temps, la question de la nature de la monnaie. Il s'agira de présenter la nature véritable de la monnaie et non celle qui est véhiculée partout même dans certaines universités les plus prestigieuses.

Ce fait est important : non seulement il contrevient aux idées courantes selon lesquelles la monnaie est insignifiante et neutre.

Dans un deuxième temps, nous montrerons en quoi l'organisation du système bancaire de la Zone Franc conduit à un financement bancaire faible de l'investissement productif.

Enfin, dans un troisième temps, nous aborderons la nécessité de gagner notre indépendance monétaire pour lancer véritablement un développement.


I. LE CONCEPT DE MONNAIE

A. La conception insignifiante de la monnaie

Pour mieux réussir une attaque, il faut bien connaître sa cible. C'est la raison pour laquelle, dans nos différents articles, nous prenions la peine de donner une définition sérieuse de la monnaie sans méprendre les autres définitions mineures.

En effet, depuis Aristote, l'approche la plus traditionnelle du fait monétaire considère la monnaie comme un simple instrument ayant pour rôle de faciliter le fonctionnement de l'économie de marché :

-        en rendant plus simples les calculs comptables ;

-        en évitant les problèmes inhérents au troc ;

-        en permettant un transfert inter-temporel de pouvoir d'achat.

Dans ce cas, la monnaie est d'abord vue comme "un langage chiffré commun" qui va permettre de comparer la valeur de biens hétérogènes.

Elle a ainsi un rôle de simplification de l'information pour les agents économiques. Telle est la conception que certains ont de la monnaie, ce qui leur permet de considérer le franc CFA et ses mécanismes comme inoffensifs. La monnaie est donc neutre et passive.

Il importe ici de souligner que ceci implique l'acceptation de certaines conditions pratiques telle que l'exogénéité de la monnaie. Ce signifie qu'elle est indépendante de la demande de crédit (ou des dépôts) des agents économiques.

La question de l'offre de monnaie présente un enjeu important. Elle est liée non seulement à une représentation des mécanismes monétaires mais aussi à des théories explicatives du rôle de la monnaie dans l'activité économique. La politique monétaire restrictive que mène la BCEAO d'ailleurs impose l'exogénéité de la monnaie puisque l'offre de monnaie exogène est une condition nécessaire pour la théorie quantitative de la monnaie et pour la version contemporaine que représente le monétarisme.

A l'occasion de l'entrée en vigueur de la réforme institutionnelle de l'UMOA et de la BCEAO, M. Philippe-Henri DACOURY TABLEY, gouverneur de la BCEAO donnait dans une interview, l'objectif de cette réforme en ces termes : "la mise en œuvre de la réforme devrait, en assignant à la BCEAO un objectif prioritaire de stabilité des prix, permettre, de garantir le pouvoir d'achat de notre monnaie et apporter une réponse adéquate au défi du financement des économies".

La BCEAO, rebaptisée par nous, sous le nom de "Banque Centrale Européenne en Afrique de l'Ouest", ne pouvait qu'appliquer les directives de la BCE. Or cette institution qui a pour principal objectif de lutter contre l'inflation, c'est-à-dire maintenir la stabilité des prix et donc l'inflation annuelle dans la zone Euro au-dessous de 2% sur le moyen terme.

B. Une définition utile de la monnaie

En dépit de ces évolutions de fond, mal connues et mal mesurées par le public, un consensus général s'est formé pour reconnaître à la monnaie une sorte d'originalité. A côté de la vision mécaniste de la monnaie, on peut penser autrement la monnaie.

En effet, la monnaie est une créance de l'agent économique qui la détient sur l'organisme émetteur, créateur de monnaie. L'existence de la monnaie repose sur la confiance et celle-ci est liée à la garantie officielle qui est apposée sur toute monnaie sous forme d'une marque, image, emblème... La garantie donnée par une autorité représentant la collectivité permet l'usage par le plus grand nombre. Dès lors la monnaie devient un signe et on retrouve là, la nature fondamentalement abstraite et représentative de la monnaie.

Ainsi la monnaie est un fait social et n'est pas déterminée par ses qualités physiques et naturelles, ce qui d'ailleurs lui permet de remplir sa fonction. Selon cette conception de la monnaie, elle devient l'élément tangible de la communauté de destin. On peut donc considérer que la monnaie est une représentation du lien social, de la société.

Nous venons de voir que ce qu'on s'accorde, par commodité plus que par rigueur, à nommer monnaie, est en réalité un fait social total. Dès lors, sa force vient du corps social et non de l'extérieur.

Sans qu'il soit ici nécessaire d'entrer dans les détails tant la question ne sera pas épuisée, il suffira à ce stade de préciser que la définition de la nature de la monnaie ne dit pas que la monnaie n'est pas fondamentale.

Dans les PAZF, on a considéré la monnaie comme un voile, un simple lubrifiant dans la machine économique. On entend même dire, sans rire, que le franc CFA est salutaire pour les économies africaines. C'est juste un présupposé parascientifique relevant plus d'une postulation.


II. LA MONNAIE ET LE FINANCEMENT BANCAIRE EN ZONE FRANC

La méthode scientifique, telle que les modernes l'entendent, comprend trois procédés : l'observation, l'hypothèse et l'expérimentation. Dans cette partie de notre texte, nous allons indiquer l'importance des banques et faisant suite à cette démonstration, la présentation du système bancaire des PAZF permettra de comprendre la faiblesse du financement bancaire de l'investissement productif.

A. Le rôle d'une banque dans une économie

Le public reconnaît plus à la banque son activité d'intermédiation financière. Certes une banque exerce une activité d'intermédiation financière mais ce qui fait sa spécificité c'est qu'elle a un pouvoir de création monétaire. Et l'octroi de crédit par une banque ne se fait pas sur la base de ressources préexistantes. Elle crée par le crédit un dépôt bancaire au bénéfice de l'emprunteur.

Dans la tradition keynésienne, l'économie peut être représentée sous la forme de circuit économique qui repose sur une division de l'économie en trois fonctions de base : la fonction de dépense, la fonction d'entreprise et la fonction de crédit.

Dans une économie de marché, l'activité économique naît de la décision de produire des entrepreneurs. En fonction des opinions qu'ils ont sur l'état présent et futur des affaires, et du degré de risque qu'ils sont prêts à assumer, les entrepreneurs décident d'un certain niveau de production.

Cependant, ces projets doivent être validés par les banques, qui, au début du cycle de production, réalisent par le jeu du crédit l'avance monétaire dont les entrepreneurs ont besoin pour acheter les moyens de production, les biens de consommation intermédiaire et payer les salaires.

Au niveau macroéconomique, le pouvoir de création monétaire du système bancaire lève une contrainte majeure sur l'accumulation du capital : le financement des projets nouveaux d'investissement n'est plus assujetti à l'épargne formée au cours de la période.

B. Le système bancaire des PAZF et le financement bancaire

Il s'agit de présenter le "tableau de bord" du système financier et bancaire des pays de l'UEMOA en général.

Il est généralement admis que le système financier tient sa raison d'être, en grande partie, des besoins des firmes, des ménages et du gouvernement.

Du fonctionnement du système bancaire dépendra de la considération accordée à la dimension monétaire dans le financement de l'économie. En général, les pays de l'UEMOA comme de la Zone Franc d'ailleurs, ont des systèmes financiers peu profonds et un système bancaire oligopolistique.

Au sein de l'UEMOA, le système bancaire sénégalais et celui de la Côte d'Ivoire comptent environ 38% du total des banques de l'Union. Les systèmes financiers africains en général et ceux de l'UEMOA en particulier, sont étroits, peu diversifiés et n'assument pas leur rôle dans le financement du développement.

Suivant les conclusions de la mission pour la réforme des systèmes et moyens de paiement, sur une population totale de soixante-dix millions d'habitants comprenant une population active d'environ trente millions de personnes, la part des titulaires de comptes bancaires se situe à moins de 10% dans l'UEMOA. Ce faible taux de bancarisation entraîne une forte utilisation de la monnaie fiduciaire.

En Côte d'Ivoire, selon PRAO Séraphin, l'indice de l'approfondissement financier, c'est-à-dire ici la masse monétaire M2 rapportée au PIB, montre une amélioration du développement financier jusqu'en 1990 avec une très courte période de rétrécissement de 1978 à 1983. Sur la période 1962-2004, le ratio mesurant l'approfondissement financier atteint son maximum en 1977 (0,32) et son minimum en 1963 (0,18). Sa moyenne qui est de l'ordre de 0,26 est à peu près le niveau atteint en 1971, légèrement en dessous de celui de 1994 (0,28).

Du fait de la faiblesse du taux d'autofinancement et des fonds propres des entreprises comme de l'étroitesse du marché financier, le crédit bancaire est la condition non seulement d'un accroissement de l'activité économique mais du maintien d'un niveau suffisant du taux d'investissement et du taux de croissance.

En effet, dans ce genre d'économie, le partage de la valeur ajoutée des entreprises ne permet pas de dégager assez de profit et donc d'épargne de la part des entreprises, ce qui explique l'insuffisance de l'autofinancement. Dès lors, le financement bancaire peut ou doit assurer à la fois un partage social acceptable du revenu national entre entreprises et salariés et favorise la croissance avec la progression du niveau de chacune des parts. Il s'ensuit que le développement et la stabilité du secteur bancaire deviennent essentiels à une croissance économique stable.

Malheureusement, depuis l'époque coloniale, les banques peinent à financer le développement des économies africaines.

Or, le sous-développement bancaire et financier des économies de la Zone Franc a eu pour conséquence la faiblesse du financement bancaire de l'investissement.

Dans les pays de la Zone Franc en général, le crédit bancaire reste de courte période et extrêmement coûteux. Seules les opérations menées par des grandes entreprises modernes ayant une rentabilité assurée à un horizon de 1 à 2 ans sont financées, les opérations d'investissement de long terme étant quasiment exclues de leur portefeuille.

En ce qui concerne l'UEMOA, le montant des crédits alloués à l'économie équivalait à 16% du PIB en 2006, soit un niveau relativement proche de la moyenne du sous-continent mais assez loin de pays comme l'Afrique du Sud ou Maurice pour lesquels ce ratio avoisinait les 80% du PIB.

Selon toujours PRAO Séraphin, pour la Côte d'Ivoire, en faisant une étude beaucoup plus en profondeur, année par année sur la période 1962-2004, il ressort que le taux de crédit bancaire et le taux d'épargne n'ont pas connu un emballement après les années quatre-vingt-dix. Sur cette période, le taux de crédit (crédit domestique rapporté au PIB) atteint son maximum en 1983 (0.51), son minimum en 1963 (0.15) et sa moyenne en 1975 (0,31). En 1994, ce taux était de l'ordre de 0,32. Le taux d'investissement (investissement brut rapporté au PIB) atteint son maximum en 1978 (0,29), son minimum en 1992 (0,07) et sa moyenne en 1964 (0,16). Ce niveau moyen est de même supérieur à celui de 1994 (0,11).

Pour OUEDRAOGO Ousmane, "l'essentiel des crédits octroyés va toujours au commerce et surtout à la commercialisation des produits agricoles exportés (crédits du reste refinancés presque automatiquement par la banque centrale) tandis que les dossiers de crédits importants sont suivis par les maisons mères et que, sur place, des directeurs généraux adjoints expatriés, à l'ombre des directeurs généraux locaux, font la décision".

Le financement de l'investissement dans les PAZF souffre d'un manque de capitaux.

En tout cas, après les indépendances, pour la première décennie, pour ainsi dire, le poids des capitaux étrangers est resté dominant. Dans les pays francophones, en 1970, 70% du capital social cumulé des industries de transformation appartenaient à des étrangers. Le financement des investissements a été assuré de manière croissante par l'extérieur (43,4% en moyenne et 60,5% pour les pays à bas revenus).

Les systèmes financiers et bancaires des PAZF ont été libéralisés depuis les années 1990 mais le crédit bancaire n'a pas financé le développement économique comme l'avait promis la théorie de la libéralisation financière.

Mc KINNON constatait que : "Le financement des banques commerciales a principalement concerné le financement des cultures d'exportation, le coton, des crédits à court terme à des grands propriétaires terriens, des marchands et les exportateurs".

Le système financier n'a pas joué le rôle attendu dans le financement de l'investissement productif dans les pays en développement (PED) et en particulier en Afrique subsaharienne. En général, la dette extérieure a répondu aux besoins de financement des PED dès qu'au niveau macroéconomique, le volume de l'épargne s'est trouvé inférieur aux investissements.

Finalement la frilosité des banques a conduit à une surliquidité bancaire dans la Zone Franc en général, toute chose qui semble paradoxale au regard des besoins de financement. KEMPF Hubert et Marc LANTERI donnent ici quelques traits saillants de la politique monétaire en présence de la surliquidité bancaire :

"En présence d'une abondante surliquidité, la politique monétaire est confrontée à plusieurs défis qui pénalisent son efficacité. La présence d'une liquidité non ou faiblement rémunérée pèse sur la rentabilité du système bancaire, le rend plus vulnérable et contribue à renchérir le coût des emprunts. Le recours aux réserves obligatoires, déjà élevées en AS, s'avère inefficace lorsque la surliquidité involontaire est particulièrement abondante : dans ce contexte, les banques sont à même de satisfaire leur besoin de liquidité en échangeant leurs excédents sur un marché interbancaire généralement peu animé. La banque centrale n'exerce alors pas de véritable contrôle sur les taux et pourra difficilement durcir sa politique monétaire ce qui, dans l'hypothèse d'une augmentation rapide de la demande de crédit, accroît le risque inflationniste".


III. SORTIR DE LA TUTELLE FRANCAISE ET CONSTRUIRE UNE ZONE MONETAIRE UTILE A NOTRE DEVELOPPEMENT

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16:44 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, franc cfa, séraphin yao prao, développement africain, bceao, bce | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 29 avril 2010

ENTRE LA BCE ET LA BCEAO : LE "COPIER-COLLER" MONETAIRE QUI TUE NOTRE DEVELOPPEMENT

 

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« Le seul moyen dont dispose le gouvernement pour lutter contre l’inflation consiste à dépenser moins et à fabriquer moins de monnaie. Le seul remède est de réduire l’accroissement de la quantité de monnaie. Il n’ya pas d’autres solutions ».  Cette citation est du lauréat du « prix Nobel » d’économie en 1976, Milton FRIEDMAN. Il aura été sans doute le penseur qui a le plus inspiré la révolution néolibérale.  Selon lui,  les priorités économiques étaient la lutte contre l’inflation et celle contre les déficits publics. Combattre la hausse des prix imposait, selon lui, de ramener le rythme de création monétaire à un niveau si bas qu’il rendrait l’argent plus cher (taux d’intérêts), interdisant ainsi à l’Etat de financer trop commodément ses déficits.

A l’occasion de l’entrée en vigueur de la reforme institutionnelle de l’UMOA et de la BCEAO , M. Philippe-Henri Dacoury Tabley, gouverneur de la BCEAO donnait dans une interview, l’objectif de cette reforme en ces termes : « la mise en œuvre de la réforme devrait, en assignant à la BCEAO un objectif prioritaire de stabilité des prix, permettre, de garantir le pouvoir d’achat de notre monnaie et apporter une réponse adéquate au défi du financement des économies ».

La BCEAO prend de la sorte un virage néolibéral, monétariste, qui sera lourd de conséquence pour les économies de la zone. Déjà très absent dans la promotion du secteur privé dans la zone UEMOA, le « tout sauf l’inflation » de cette reforme risque de contrarier la distribution des crédits bancaires par les banques.

Cet article se propose donc de revenir encore une fois sur le rôle de la monnaie au sein d’une économie et le danger de son musèlement. Au terme de cet article, nous espérons que le lecteur aura discerné le mimétisme monétaire de la BCEAO et surtout ses actions anti-développement des pays membres.

Pour ce faire, il serait utile de procéder à une lecture chronologique. Il faudra présenter sommairement l’avènement du monétarisme. Cela nous aidera à bien illustrer le mimétisme monétaire de la BCEAO. Avec de tels acquis, il sera possible d’affirmer que la BCEAO est contre le développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

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L’AVENEMENT DU MONETARISME

Essayons ici de lever une incompréhension qui trouve son origine dans l’amalgame des concepts en économie. Le théoricien de la monnaie n’est forcement un monétariste. John Maynard Keynes est bel et bien l’un des brillants théoriciens de la monnaie que je connaisse et pourtant, il n’est pas monétariste. Le monétarisme est un courant de pensée économique initié par les travaux de Milton Friedman, qui fait de la lutte contre l’inflation son objectif principal. Milton Friedman est le père de l'indépendance des banques centrales : l'argent est trop précieux pour être laissé aux mains du gouvernement. Les autorités monétaires raisonnent avec ses concepts, comme le « taux de chômage naturel ».

Il est bien, pour notre compréhension de localiser historiquement l’avènement du monétarisme. Dans la deuxième moitié des années 30, la politique conjoncturelle de relance se substitue à la politique conjoncturelle de stabilisation. Le budget est appelé à stimuler l’activité économique et à corriger les inégalités sociales. L’Etat a comme leviers, les dépenses publiques et l’injection de monnaie dans le circuit économique.

Au sortir de la seconde guerre mondiale et jusqu’au début des années 1970 (les trente glorieuses), la politique budgétaire keynésienne connait un succès. Mais l’apparition de la stagflation (inflation élevée et croissance faible) conduit à la remise en cause de la politique budgétaire de relance. Au cours des années 1970, dans les pays de l’OCDE, l’inflation dépassait les 10%. Début des années 1980, tous les pays ont fait de la lutte contre l’inflation leur priorité. Désormais les pays développés préfèrent mettre en place des politiques de règle plutôt que des politiques conjoncturelles. La lutte contre l’inflation réduit l’incertitude pour les agents économiques et crée un climat de stabilité économique propice à l’investissement. La cible d’inflation est désormais comprise entre 1% et 3%. ! La théorie quantitative de la monnaie revient en majesté. L’histoire économique montre que le rythme de dégradation de la monnaie peut atteindre une très grande diversité, ainsi, on parle d’inflation rampante modérée (3% de hausse par an), d’inflation ouverte (40%), d’inflation galopante (plus de 20%). L’inflation rampante ou de prospérité semble associée à l’expansion économique comme si elle en était une des conditions indispensables. Et les gouvernants comme les économistes craignent constamment de voir la lutte contre l’inflation entraîner l’arrêt de l’expansion.

Pour les partisans de l’orthodoxie monétaire, la stabilité des prix crée un environnement favorable aux échanges car les agents économiques peuvent fonder leurs décisions d'achats et de production sur des repères fiables. Cela les incite à acheter et à produire davantage, donc cela favorise la croissance. Et comme conséquence directe, Cela améliore aussi la compétitivité des produits du pays (politique des revenus, politique budgétaire française) ou de la zone (politique monétaire européenne) par rapport aux concurrents internationaux dont les prix augmentent plus vite. C'est la stratégie dite de "désinflation compétitive": des prix moins élevés permettent d'exporter davantage et limitent les achats de produits étrangers. Cela tend à faire augmenter la production, donc en théorie l'emploi à long terme.

C’est cette orthodoxie monétaire que la BCEAO sublime en tout cas, au regard de son mimétisme monétaire aveugle.

 

LE MIMETISME MONETAIRE DEGRADANT DE LA BCEAO

Pour saisir aisément le mimétisme monétaire dont il est question ici, il serait sans doute utile de définir la politique monétaire. On peut la définir comme l'ensemble des mesures qui sont destinées à  agir sur les conditions du financement de l'économie. Il s’agit en fait, de se demander comment les agents à  besoin de financement, ceux qui dépensent, pour l'investissement, par exemple, trouvent les ressources financières nécessaires. Elle est mise en œuvre par la Banque centrale du pays. Pendant longtemps en France, la Banque de France a été sous l'autorité directe du gouvernement.

Cette définition de la politique monétaire est aujourd’hui délaissée au profit d’une autre beaucoup plus restrictive : la politique monétaire est l'action par laquelle l'autorité monétaire, en général la banque centrale, agit sur l'offre de monnaie dans le but de remplir son objectif de stabilité des prix. Elle tâche également d'atteindre les autres objectifs de la politique économique, qualifié de triangle keynésien : la croissance, le plein emploi, l’équilibre extérieur.

Chaque pays a son histoire monétaire, ce qui influence d’ailleurs sa politique monétaire. Aujourd’hui, il est indiscutable que  le Président de la Banque Centrale Européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a placé l'inflation en tête des préoccupations de l'autorité financière. Cette peur viscérale de l’inflation de la BCE vient du fait que le pays leader de cette communauté, l’Allemagne a une aversion pour l’inflation. En tout cas, la BCE traque l’inflation jusque dans ses derniers retranchements comme le stipule le traité de Maastricht : « l'objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté , en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la Communauté » (article 105 du Traité).

La BCE est chargée de mener la politique monétaire de la zone euro en collaboration avec les banques centrales nationales des Etats membres.  Cette institution qui a pour principal objectif de lutter contre l’inflation, c’est-à-dire maintenir la stabilité des prix et donc l’inflation annuelle dans la zone Euro au dessous de 2% sur le moyen terme.

La BCEAO, rebaptisée par nous, sous le nom de « Banque Centrale Européenne en Afrique de l’Ouest », ne pouvait qu’appliquer les directives de la BCE. Le constat est frappant, sans aucun doute humiliant.

Depuis le 1er Avril 2010, selon le gouverneur de la BCEAO , la reforme de cette institution s’explique par les modifications intervenues dans les conditions d’exercice de l’activité des banques centrales dans le monde et les mutations de l’environnement régional et international. Plus précisément, cette réforme vise à adapter l’architecture institutionnelle de la BCEAO et de l’UMOA aux évolutions intervenues dans les missions des banques centrales. Elle a également pour objectif de renforcer l’efficacité de la politique monétaire, créant ainsi les conditions d’un meilleur financement des économies de l’Union. Enfin, elle consolide la stabilité du système bancaire et financier dans notre zone. La BCEAO se trouve ainsi dotée de moyens d’action et d’instruments adéquats pour la conduite d’une politique monétaire crédible et efficace.

 

Mais la vérité est tout autre, c’est la BCE qui demande à la BCEAO de se mettre à son niveau puisque cette reforme clarifie l’objectif de la politique monétaire menée par la Banque centrale. Désormais, tout comme la BCE , la BCEAO poursuit prioritairement un objectif de stabilité des prix au sein de l’Union monétaire ouest africaine.

Selon le gouverneur de la BCEAO , l’objectif est de faire comprendre aux agents économiques, la cohérence des décisions prises, afin de leur permettre de former leurs propres anticipations et prévisions, de la façon la plus rationnelle possible. Et pourtant la théorie monétaire ne dit pas que c’est de cette façon que les agents économiques forment leurs anticipations. La stabilité politique et macroéconomique, l’environnement des affaires, l’indépendance de la justice, le fonctionnement correct du système bancaire sont des facteurs déterminants dans la formation des anticipations.

Pour revenir à notre sujet, la BCEAO poursuit prioritairement un objectif de stabilité des prix au sein de l'Union Monétaire Ouest Africaine au détriment de notre développement économique. Cette banque est contre les africains.

LA BCEAO EST CONTRE LE DEVELOPPEMENT DES PAYS MEMBRES

A la fin de l’automne 2009, une brise d’optimisme a balayé la planète économie après le déluge de la crise financière. Si les indicateurs sont repassés au vert, c’est parce que les banques centrales du monde, qui pilotent les taux d’intérêt à très court terme, ont passé la vitesse supérieure. Tandis que le Reserve Fédérale américaine (FED) et la banque du Japon ont maintenu leur taux directeur respectivement à 0,25% et 0,1%, la Banque d’Angleterre(BoE) a fait passer le sien de 2% à 0,5%, et la BCE , de manière un peu tardive, l’a amené à 1% contre 2,5 en début d’année 2009.

Ce qui est certain, c’est que les banques centrales ont surtout utilisé des outils exceptionnels pour soutenir le système financier en l’abreuvant de liquidités. En Europe, l’année 2008 a été celle où s’est concentré l’essentiel du soutien financier des gouvernements aux établissements bancaires. L’Irlande, le Royaume-Uni et l’Allemagne se situent en tête du palmarès, avec des montants respectivement de 355,76 milliards d’euros (subventions, prises de participation, prêts à taux réduits ou garanties publiques), 201,28 milliards d’euros et 180,94 milliards d’euros. Suivent l’Espagne avec 99,13 milliards d’euros, la Belgique avec 46,80 milliards d’euros et la France avec 42,90 milliards d’euros. Les différentes puissances économiques ont injecté dans le circuit économique, cette manne financière pour éviter de répéter les erreurs de 1929 car la déroute des banquiers s’était alors accompagnée d’un « credit crunch », c’est-à-dire, un assèchement et un renchérissement du crédit, pilier des économies modernes.

Une banque centrale ne doit pas œuvrer contre le développement économique surtout lorsqu’il s’agit du sous-continent noir, où la lutte contre la pauvreté doit être le seul objectif de toutes les institutions régionales ou sous-régionales.

La FED par exemple n’agit pas comme la BCE et  sa fille BCEAO car l’institution américaine décide de la politique monétaire des Etats-Unis, avec un double objectif de la stabilité des prix et de plein emploi avec l’obligation de faciliter la croissance économique. A titre d’exemple,  la Fed intervient très régulièrement pour corriger sa politique monétaire, en actionnant des leviers, avec un impact sur les marchés financiers, sur le coût du crédit et sur l’activité économique réelle.

La lutte contre l’inflation ne doit pas être l’objectif principal de la BCEAO , ni avoir une cible d’inflation de 2% comme la BCE car les populations ouest-africaines ne vivent pas les mêmes conditions économiques que les européens.

Partisan d’un taux d’inflation socialement acceptable, nous pensons que  l’inflation peut être tolérée, voire favorisée, pour que l’économie puisse être relancée. D’ailleurs, l’histoire monétaire ne condamne pas formellement l’inflation quand elle reste dans des bornes acceptables. En tout cas pas plus que la déflation. Le souvenir des trente glorieuses est suffisamment présent dans les mémoires pour que l’orthodoxie monétaire ne soit pas considérée comme une fin en soi.

Pour lutter contre l’inflation, les mesures de politique économique les plus fréquentes sont : le maintien de taux d'intérêt élevés (politique monétaire restrictive de la banque centrale), le freinage des salaires dans la fonction publique et, par l'intermédiaire du niveau du SMIC, dans le privé (politique des revenus dite "de rigueur" menée par le gouvernement) et le freinage des dépenses publiques en général (politique budgétaire restrictive).

Cependant toutes ces mesures ont comme point commun de freiner la demande, afin d'éviter les hausses de prix que celle-ci entraîne lorsque son rythme est trop rapide par rapport aux possibilités d'augmentation de l'offre. La hausse des taux d'intérêt diminue l'incitation à emprunter, donc les dépenses de consommation des ménages et l'investissement des entreprises. Le freinage des salaires limite la consommation. Quant à la réduction des dépenses publiques, soit elle diminue la demande adressée aux entreprises lorsqu'il s'agit d'investissements publics, soit elle freine la consommation des salariés du secteur public en pénalisant leur pouvoir d'achat.

Pour terminer cette modeste réflexion, rappelons-nous que Joseph TCHUNDJANG POUEMI, digne fils de l’Afrique, a écrit que la monnaie peut nous asservir comme nous libérer. C’est pourquoi, Nicolas AGBOHOU affirme que le franc CFA et l’Euro sont contre les africains et que votre serviteur demande ardemment la décolonisation du franc CFA.

Dieu bénisse l’Afrique et ses enfants!

Dr Séraphin PRAO

 

Enseignant-chercheur à l’Université de Bouaké (Côte d’Ivoire)

Président de l’Association des Théoriciens Africains de la Monnaie (ATAM)

Président du Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN)

Spécialiste de la zone franc

 

contact@mlan.fr

atamsou@yahoo.fr

www.mlan.fr

 

Contact: (225) 01 11 87 60.

 

22:36 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : afrique, bce, bceao, copier-coller monétaire, séraphin yao prao | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |