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vendredi, 18 novembre 2016

OU EST L'OR DE LA BCEAO ? L'INCROYABLE ET IMPENSABLE HISTOIRE DU «METAL ETERNEL» DES AFRICAINS DE LA ZONE CFA

 

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« Il n’y a rien de si extravagant que de faire périr un nombre innombrable d’hommes pour tirer du fond de la terre l’or et l’argent ; ces métaux d’eux-mêmes absolument inutiles, et qui ne sont des richesses que parce qu’on les a choisis pour en être les signes. »

Montesquieu

 

Au 31 décembre 2015, le volume du stock d’or détenu par la BCEAO est de 1 174 234,76 onces, soit environ 36,5 tonnes. Avec un cours de l’once d’or à 664 330 de FCFA, la contrevaleur de ces actifs est de 780 milliards de FCFA. Seul 10 % des avoirs en or de la BCEAO est détenu sur le territoire de  l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). L’essentiel (90 %) est en dépôt dans les coffres de la Banque de France pour une valeur estimée à 700 milliards de FCFA à fin décembre 2015.


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D’après les états financiers 2015 de l’institution communautaire, « les avoirs en or sont comptabilisés, au bilan, au cours du jour de la transaction, sur la base de leur poids. Le stock d’or détenu est évalué sur la base de la moyenne trimestrielle du fixing journalier le plus bas de l’once d’or à la Bourse de Londres, convertie en FCFA au cours indicatif du dollar US du dernier jour du trimestre. »

Hormis le rachat effectué par la Banque Centrale auprès des États membres de l’UEMOA et de la Mauritanie du stock d’or monétaire de l’ex-AOF (38,7 kg), aucune transaction d’or n’a été enregistrée depuis plusieurs années. La variation du montant du stock d’or s’explique par l’appréciation et la dépréciation du cours moyen de l’once d’or sur la période revue.


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D’après le site AcheterOr.org, les réserves d’orofficielles’ détenues par les banques centrales et publiées par le Conseil Mondial de l’Or (World Gold Council, WGC) sont exactement de 32 702 tonnes au 1er janvier 2016 ![1] » Selon les données d’août 2016 de International Financial Statistic[2], les plus gros détenteurs d’or dans le monde bancaire sont : les Etats-Unis (1er, 8 133 tonnes), l’Allemagne (2e, 3 378 tonnes), le Fond Monétaire International (3e, 2 814 tonnes), l’Italie (4e, 2 451 tonnes), la France (5e, 2 435 tonnes), la Chine (6e, 1 823 tonnes), la Russie (7e, 1 499 tonnes) et la Suisse (8e, 1 040 tonnes). Ils représentent 78,6 % des réserves d’or mondiales détenues par les banques centrales. Dans ce classement, les pays africains les mieux placés sont : l’Algérie (25e, 173 tonnes), l’Afrique du Sud (29e, 125 tonnes), la Libye (31e, 116 tonnes), l’Egypte (41e, 75 tonnes), Maroc (59e, 22 tonnes). L’UMOA (huit pays réunis), avec 36,5 tonnes d’or, est classée à la 50e place mondiale.

Selon la Banque de France, « l’or représente un peu plus de 70 % de ses réserves de change, le reste est constitué de devises étrangères (dollar, yen, …). Ces réserves sont utilisées pour les interventions sur le marché des changes. L’or constitue aussi une réserve ultime en cas de circonstances exceptionnelles. A ce jour, la Banque de France possède 2 435 tonnes d’or [100 tonnes de pièces et 2 335 tonnes de lingots d’une valeur d’à peu près 110 milliards d’euros], soit près d’une année de production mondiale. La valeur de ces réserves représentait 96,1 milliards au 31 janvier 2013. L’or est principalement conservé sous forme de barres d’or presque pur (99,5 % minimum) au standard international de 12,4 kilos et d’une longueur de 26,5 cm. La Banque de France est le 4e détenteur d’or mondial derrière les banques centrales des États-Unis, d’Allemagne et d’Italie.[3] »

La totalité du stock d’or de la France est détenue sur le territoire national, au siège de la Banque de France, « dans le premier arrondissement de Paris[4] », plus précisément dans la « Souterraine »[5], selon le site officiel de la Banque de France[6]. En 2013, les autorités allemandes ont décidé de rapatrier toutes leurs réserves d’or stockées jusqu’alors en France. « Cela représente une valeur de 16 milliards d’euros, soit 374 tonnes ou 11 % du total des réserves allemandes d’or qui vont traverser le Rhin d’ici 2020, a communiqué la Bundesbank.[7] »

Interrogé sur les raisons de la détention de cet important stock d’or, le directeur général honoraire de la Banque de France, Didier Bruneel, s’explique : « Comme pour beaucoup d’autres pays, cela tient à la survivance d’un passé. Celui où se pratiquait l’étalon-or, où l’or était la monnaie internationale. Même si certains pays se sont débarrassés de leur or ou le vendent encore, parce qu’ils n’en voient pas l’utilité, d’autres pays cherchent à augmenter leur stock d’or ou, comme nous-mêmes, souhaitent le conserver. L’or reste en effet le seul moyen de paiement que tout le monde acceptera quoi qu’il arrive.[8] »

C’est tout de même curieux que toutes les banques centrales du monde puissent aimer l’or, ce “métal éternel”, et que sous nos tropiques, l’institut d’émission puisse presque s’en passer et même s’en lasser. D’abord, en ne conservant qu’une partie très modeste (0,1 %) des réserves mondiales d’or des banques centrales. Ensuite, que ce quantum puisse être pratiquement stable durant des décennies, alors que plusieurs Etats membres de l’UMOA sont des gros producteurs d’or. Ceux-ci ont produit 104,2 tonnes d’or (Mali 46,5 T, Burkina Faso 36,4 T, Côte d’Ivoire 20,1 T, Niger 1,2 T) en 2015 pour une valeur totale de 2 615 milliards de FCFA. Enfin, plus surprenant, de confier la garde de la presque totalité (90 %) des avoirs en or de l’UEMOA à la France.

Pourquoi stocker de l’or si les réserves de change assurent une couverture plus que correcte de l’émission monétaire (81% à fin 2015 contre 20 % requis) ? Pourquoi garder 90 % du stock d’or de la BCEAO en France ? Pourquoi ne pas utiliser (et non vendre) tout ou partie de ces avoirs en or pour lever des fonds nécessaires au financement de l’économie des pays de l’UEMOA qui en sont les vrais propriétaires ?

L’histoire révèle bien souvent des curiosités. Combien de gens savent que la France, apeurée et tétanisée par l’envahisseur allemand, est venue en grande pompe et à toute pompe, confier à l’Afrique subsaharienne, à une ville modeste de l’ex-Soudan (actuel Mali), la garde de 1 100 tonnes d’or, presque la moitié de son stock d’or, et environ 10 % des réserves d’or des banques centrales du monde à l’époque et, aujourd’hui, près de 10 ans la production aurifère agrégée des huit pays de l’UEMOA ? Ironie du sort : 76 ans après avoir hébergé et sécurisé la moitié du stock d’or de la France [soit l’équivalent de 22 ans de production d’or au Mali ou 30 fois le niveau actuel des réserves d’or des huit pays de l’UMOA réunis], cette ville malienne (…) n’abrite même pas une agence auxiliaire de de la banque centrale ?

Le 26 août 1944 quand le général de Gaulle descendait, fièrement et triomphalement, l’avenue des Champs-Élysées, les caves de la « Souterraine » à la Banque de France étaient désespérément vides. La France était libre mais elle était essorée par quatre ans de conflit meurtrier (541 000 morts dont 330 000 pertes civiles), avec des dégâts matériels et financiers estimés à plusieurs centaines de milliards de francs. Selon les historiens, plus d’un million de ménages français (sur 12,5 millions) étaient sans abri, des villes entières avaient été rasées (dont Brest le port d’embarquement de l’or en direction du continent africain). C’est dire combien la situation économique et financière du pays était difficile, presque désespérée.

Qu’aurait été la France, sa reconstruction post-guerre et pré-plan Marshall (intervenu 3 longues années après la fin des hostilités), sans la disponibilité de ces 1 100 tonnes d’or ? Que serait devenu, aujourd’hui, le système bancaire français sans l’aide inestimable des « indigènes » africains, ces valeureux et téméraires « tirailleurs sénégalais », extrêmement « attachés à la consigne », pour protéger et sécuriser le patrimoine aurifère du peuple français si convoité par l’Allemagne nazie ?

Pour le directeur général honoraire de la Banque de France, Didier Bruneel, conseiller auprès du gouverneur de cette institution pour les questions historiques, l’or rapatrié a été vital pour l’économie française. Il a été utilisé pour la reconstruction du pays, et a servi à la soudure jusqu’à la mise en place en 1948 du plan Marshall.

Comment comprendre, aujourd’hui, que les dirigeants de l’UMOA puissent faire le chemin inverse en confiant la garde de leurs réserves d’or à la France ? Sommes-nous, à notre tour, sous la menace d’une « armée d’occupation » ?

La suite de ces réflexions, les pistes de solution et ainsi que l’extraordinaire odyssée de l’or français en Afrique sont à découvrir et à lire dans l’ouvrage « Construire l’émergence, Un pari pour l’avenir : 12 axes d’action, 100 propositions pour booster le financement de l’économie », Edition BoD, 736 pages.

 

Cheickna Bounajim Cissé

 

(1) [1] Réserves d’or au niveau mondial en 2016: le grand secret ! En ligne : acheteror.org/reserves-or-niveau-mondial-2016/

[2] www.gold.fr/informations-sur-l-or/guides/reserves-dor-des-banques-centrales

[3] www.banque-france.fr/la-banque-de-france/histoire/1940-lor-de-la-france-a-disparu.html

[4] Les Echos, La France reste l’un des coffres-forts de l’or mondial, 16 janvier 2013, en ligne : www.lesechos.fr/16/01/2013/lesechos.fr/0202504131056_la-france-reste-l-un-des-coffres-forts-de-l-or-mondial.htm

[5] La « Souterraine » est le plus grand coffre au monde à environ 20 mètres sous l’hôtel de Toulouse, dans le Ier arrondissement, en plein cœur de Paris. Une salle « archi-sécurisée » de 11 000 mètres carrés, une fois et demi la superficie d’un terrain de football, située au huitième sous-sol de la Banque de France, ce qui lui vaut le surnom de « la Souterraine ». Ce bunker a été construit entre 1924 et 1927 par 1 200 ouvriers. Il abrite 658 colonnes, derrière lesquelles se trouvent les chambres fortes et les armoires métalliques. Aux États-Unis, depuis 1937, une partie de l’or du Trésor américain est stockée dans le très célèbre camp militaire de Fort Knox, qui a la réputation d’être imprenable. Le métal précieux est entreposé dans une chambre forte en acier et béton située sous l’édifice, fermée par une porte de 20 tonnes. Cette pièce souterraine est bâtie sur le roc et possède des murs de 61 cm d’épaisseur. Ayant contenu jusqu’à 20 205 tonnes d’or pendant la Seconde Guerre mondiale, le dépôt est désormais de moindre importance. Plus de la moitié de l’or américain est en effet conservé dans les sous-sols ultrasécurisés de la Réserve fédérale de New York (en ligne : http://www.lefigaro.fr/societes/2012/08/17/20005-20120817ARTFIG00409-l-immense-tresor-cache-des-banques-centrales.php)

[6] www.banque-france.fr/la-banque-de-france/histoire/1940-lor-de-la-france-a-disparu.html

[7] Les Echos, op. cit.

[8] www.tresordupatrimoine.fr/content/101-interview-didier-bruneel

 

Source: FINANCIAL AFRIK

vendredi, 12 juin 2015

FRANC CFA: UN MINISTRE TOGOLAIS SUR LA SELLETTE

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L’affaire fait grand bruit dans les sphères économiques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : un ministre togolais est en pleine tourmente pour avoir mis en cause la conduite de la politique monétaire dans la zone CFA.

Le ministre togolais chargé de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques conservera-t-il son poste dans le nouveau gouvernement que doit former Komi Sélom Klassou, après la polémique suscitée par sa critique de la politique monétaire de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ?

Agrégé en économie formé à l’université Lyon-II, Kako Nubukpo a été macroéconomiste et chef de service au siège de la BCEAO à Dakar (Sénégal) entre 2000 et 2003, il a été nommé en octobre 2013 au sein du gouvernement togolais pour suivre et évaluer l’ensemble des politiques publiques du pays. Au cours de conférences publiques sur l’économie tenues à Lomé (Togo) en février et mars 2015, le ministre a suggéré que de nouvelles mesures soient prises pour favoriser la croissance dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Dans son viseur : les réserves de change que déposent les deux banques centrales BCEAO et BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) auprès du Trésor public français pour assurer la parité du franc CFA avec l’euro.

La règle voudrait que ces réserves de change puissent couvrir au moins 20 % de l’émission monétaire effectuée par les deux banques centrales. Mais, souligne le ministre, « dans les faits, le taux de couverture avoisine 100 % depuis des années ». D’où la nécessité, selon lui, de puiser dans cette marge de 80 % pour accorder des crédits aux petites et moyennes entreprises.  Si une telle solution était adoptée, estime Kako Nubukpo, les pays de la région pourraient connaître une croissance économique annuelle supérieure à 10 %.

Réactions 

Des documents internes à la BCEAO, qui ont fuité dans les médias, révèlent les remous suscités au sein de l’institution par les sorties du ministre togolais. Une note rédigée par Kossi Tenou,  directeur national pour le Togo de la BCEAO a ainsi porté à la connaissance du gouverneur de cette institution, l’Ivoirien Tiémoko Meyliet Koné, « les critiques formulées par Kako Nubukpo à l’encontre de la BCEAO ».

Des observations inscrites en annexes par des chefs de services indiquent qu’il « s’agit d’un acharnement sur la politique monétaire plutôt que de contributions pour l’amélioration des politiques publiques de l’État ». L’un d’eux a souhaité que le ministre soit rappelé « à l’ordre pour éviter à l’avenir qu’il continue de formuler des critiques qui n’ont aucun lien avec les objectifs poursuivis lors des colloques au cours desquels il intervient ».

Positions

Les propositions du ministre togolais rejoignent pourtant des positions adoptées par plusieurs acteurs de la finance africaine, à l’instar de Jean-Louis Ekra, président de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), qui a émis le souhait qu’une partie des réserves des banques centrales africaines soit mobilisée pour accompagner les économies du continent.

L’économiste bissau-guinéen Paulo Gomes a lui aussi plaidé en faveur d’un changement de politique monétaire au sein de la zone Uemoa. Le « Fonds Afrique 50 » de la Banque africaine de développement (BAD), qui a démarré en 2014, recommande également la mobilisation d’une partie des réserves de change des banques centrales pour financer les infrastructures sur le continent.

Le président Faure Gnassingbé cèdera-t-il aux pressions en limogeant son ministre de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques ? Réponse dans quelques jours avec la publication de la nouvelle équipe gouvernementale au Togo.

 

Source: JEUNE AFRIQUE

jeudi, 27 juin 2013

CASSE DES AGENCES DE LA BCEAO DE BOUAKE, MAN ET KORHOGO: TOUTES LES COMPLICITES DANS LE VOL DE 1.038 MILLIARDS

 

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La vérité finit toujours par triompher, dit l’adage. Dix ans après les casses des agences de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) dans la zone Centre-nord-ouest (Cno) contrôlée par la rébellion armée ivoirienne en 2003, les langues se délient sur le montant exact de l’argent volé.

 

Selon un journal en ligne sénégalais, derniereminute.sn, repris par plusieurs journaux de la place, l’évaluation complète des dommages causés à la Bceao par les casses des agences de Bouaké, Man et Korhogo, est de 1.038 milliards de FCFA. Le confrère révèle par ailleurs que cette importante somme d’argent volée a d’abord été stockée au Burkina Faso qui servait alors de base-arrière à la rébellion armée ivoirienne. Avant d’être convoyée par avion au Sénégal pour y être blanchie.

«L’affaire des pillages des banques de la Bceao de Korhogo et Man commence à révéler ses secrets. En effet, les chiffres avancés pour la première fois et qui sont estimés à 1.038 milliards, comme l’avait écrit un journaliste qui a fini par la suite en prison, serait bel et bien blanchi au Sénégal. Les détails d’une mafia économique au cœur de laquelle se trouvent de grands bandits au sommet des Etats africains», rapporte notamment derniereminute.sn à la faveur de la récente visite au Sénégal du président de l’assemblée nationale ivoirienne.

Au moment des faits, en 2003, Guillaume Kigbafori Soro était le secrétaire général des Forces nouvelles. La rébellion armée qui a défiguré la Côte d’Ivoire pour s’installer dans sa partie septentrionale, à l’occasion du coup d’Etat manqué dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002 contre les institutions de la République. Les hommes de Guillaume Soro régnaient alors en maîtres absolus sur la zone Cno. C’est ainsi qu’en 2003, ils ont braqué les agences Bceao de Bouaké, Man et Korhogo.

De hautes autorités impliquées

En toute quiétude, les Forces nouvelles, qui composent aujourd’hui l’essentiel des forces pro-Ouattara dites Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci), ont tranquillement éventré tous les coffres-forts des agences Bceao avant d’emporter tout leur contenu pour une destination inconnue. «Cet argent a d’abord été placé au Burkina Faso, base arrière de l’ex-rébellion, avant d’être convoyé au Sénégal en avion», indique le confrère sénégalais. Il rapporte, en effet, que le blanchissement des 1.038 milliards a été possible grâce à des complicités à la direction de la Banque centrale et au plus sommet de l’Etat sénégalais. Allusion faite à Me Abdoulaye Wade, alors président de la République du Sénégal. «Des dizaines de milliards provenant de ce blanchiment ont été investis dans l’immobilier, dans la restauration, dans l’hôtellerie, au Burkina Faso. D’autres ont été investis un peu partout en Afrique et même au Brésil, où des Ranchs ont été achetés», précise également derniereminute.sn.

Il affirme aussi que l’ancienne direction de la Bceao a les noms de toutes les personnes qui auraient profité de cet argent. « Mais rien n’a été fait, personne n’a été poursuivi en dehors d’un pauvre Béninois qui s’était fait avoir à Bouaké par un ex-rebelle et qui a été brièvement interpellé à Bamako en possession de plusieurs millions provenant des agences braquées », déplore le confrère sénégalais. Et de révéler qu’à l’époque, la France qui fait partie des actionnaires de la Banque centrale, a voulu faire arrêter tous les cerveaux des attaques contre ces agences, mais des chefs d’Etat dont les pays ont massivement profité de ce vol, n’ont pas voulu s’associer à l’opération, parce qu’elle les mettait en difficulté eux-mêmes. Et les choses en sont restées là, indique-t-il par ailleurs.

En son temps, un journaliste sénégalais en avait payé le prix fort. El Malick Seck, alors directeur de publication du journal 24 heures, avait été jeté en prison pour 3 ans fermes pour avoir cité le président sénégalais dans un article intitulé « Pillage des banques de Korhogo et Man, Wade et son fils Karim mouillés » dans l’affaire de l’argent sale provenant des casses des agences de la Bceao dans la zone Cno en Côte d’Ivoire.


Un ministre d’Etat sénégalais accuse.


vendredi, 07 décembre 2012

LES DINDES DE NOEL DU PDCI ET DE L'UDPCI

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Après une crise stratégico-artificielle en vue de procéder au nettoyage de son gouvernement, Alassane Ouattara a nommé en la personne de son vieil et fidèle ami Daniel Kablan Duncan, un nouveau Premier Ministre. En remplacement de Jeannot Ahoussou-Kouadio, appelé à aucune nouvelle fonction.

Jeannot Ahoussou-Kouadio rattrapé par l'opportunisme

Les choix d'Alassane Ouattara, ces deux dernières semaines, sont riches en enseignements car pleins de renseignements sur le cap de ses prochaines relations avec l'Opposition qu'il n'a toujours pas réussi à dompter. (Mal)Heureusement…

Nommé le 13 mars 2012, Jeannot Ahoussou-Kouadio aura passé 8 mois à la Primature sans que l'on puisse dire s'il était à la tête de la Primature, encore moins chef du Gouvernement. Dans son cas, nul n'est même en mesure de certifier qu'il était le premier des ministres (comme les Ivoiriens aiment à railler tout premier ministre sans grand pouvoir), tant les conseillers et d'autres centres de décision avaient plus d'influence sur le fonctionnement de l'état.

On retiendra de l'ex-Premier Ministre qu'il a joué très à fond la carte Alassane Ouattara, préférant l'accompagner à Dakar, solliciter et officialiser le soutien de Wade, alors qu'il lui incombait, entre les deux tours, d'acheminer les réclamations de Bédié, au Conseil Constitutionnel. Nul doute que l'issue de ces réclamations, si elles avaient été transmises au Conseil Constitutionnel comme le prévoit le code électoral ivoirien, aurait donné le cours de l'histoire du pays.

Ministre de la Justice dès la formation du premier gouvernement, puis Premier Ministre cumulant le portefeuille de la Justice après avoir rongé ses freins dans l'attente d'un point de chute à Guillaume Soro, Jeannot Ahoussou-Kouadio a aussi appuyé à fond sur l'accélérateur de la justice des vainqueurs. Cet avocat pour lequel "le premier des droits est le droit de la force" n'a pas fait dans la dentelle dans l'instrumentalisation de la justice contre tout ce qui pouvait rappeler Laurent Gbagbo.

La mise en congé du Gouvernement de Loma Cissé, sa ministre déléguée à la Justice, en même temps que lui, situe sur le niveau des dégâts de la justice des vainqueurs sur l'image d'Alassane Ouattara dans l'opinion occidentale. Toutefois, fidèle à sa politique ségrégationniste appelée de son propre terme "rattrapage", Ouattara a quand même vite fait de nommer Loma Cissé au poste de Conseillère Spéciale aux Affaires Judiciaires.

Mis en mission par Alassane Ouattara, celui qui a justifié l'emprisonnement de Michel Gbagbo par sa seule filiation, n'a pas su s'envoyer. Cela se paie cash dans un régime qui prend de l'eau de toutes parts au point de nommer Coulibaly Gnenema, ex-chargé des droits de l'homme de l'ex-rébellion des Forces Nouvelles au Ministère de la Justice en signe de gages à Soro Guillaume, qui pourrait difficilement échapper à la CPI, son cauchemar du moment.

Enfin de la flexibilité politique…

De 38, le nombre des membres du Gouvernement passe à 30. Alassane Ouattara se sent plus à l'aise avec des équipes restreintes. Ce Gouvernement porte donc enfin sa marque mais en même temps il lui laisse de la flexibilité. Notamment de la flexibilité politique avec la possibilité d'y faire entrer 3 à 5 ministres supplémentaires, surtout que des personnalités maintenues dans le dernier Gouvernement sont assises dans des fauteuils rendus éjectables par leur corruption. En sortir 2 ou 3 pour une nouvelle équipe de 32 membres, en scindant de gros ministères lui laisse donc une marge de 5 à 6 portefeuilles, au cas où il convaincrait l'opposition à participer à une "aventure ambigüe". Les "Patriotes" l'auraient-ils compris ainsi, eux qui mènent déjà la vie dure à Sylvain Miaka Ouretto, président intérimaire du FPI en «mission de repositionnement du FPI» en Europe?

Le prix du zèle

Le Gouvernement enregistre 4 entrants et 11 partants. Au nombre des partants, l'Ouest perd 3 ministres dont Banzio, Albert Flindé et Konaté Sidiki auxquels on pourrait ajouter Charles Legré (l'homme à la révérence renversante lors de la dernière CAN) et Clément Nabo.

Les 5 personnalités ont en commun d'avoir renié les leurs.

Ainsi, pressenti pour représenter le MFA au Gouvernement dans les premières heures de l'ère Ouattara, Philippe Legré s'est vite débarrassé de son téléphone portable, confié à un assistant, avec pour consigne de ne lui passer aucune communication de tout pro-Gbagbo, de loin ou de près. La mystification du chef et le reniement ne lui ont pas suffi pour rester au Gouvernement.

Quant à Banzio, approché en mai 2011, par les doyens des cadres du Cavally en vue de discuter des souffrances des populations et des exilés de cette région, il aurait opposé une arrogance stupéfiante, avant de "livrer" ensuite, Mao Glofiehi, pieds et mains joints aux FRCI. Il s'agissait pourtant d'un projet de simples échanges avec un collectif informel de ministres de l'ancienne région du Moyen-Cavally, à savoir Adama Toungara (Duékoué!), Anne Ouloto (Toulepleu), Mamadou Sanogo (Guiglo), Banzio (Bloléquin). La suite, on la connaît… On pourrait multiplier les exemples sur chacun de ces partants, histoire de rappeler qu'une fonction politique appelle d'abord le soutien des siens.

Le PDCI et l'UDPCI, les dindons de la farce?

Au 1er tour de l'élection présidentielle, l'UDPCI est arrivée en 4ème position, derrière la LMP, le RDR et le PDCI avec environ 3% des suffrages. 3ème force politique du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix, l'UDPCI passe de deux à un seul portefeuille ministériel. Mais à l'UDPCI, tant que le seigneur Albert Mabri Toakeusse est servi, l'essentiel est sauf.

Quant au MFA, il n'en fait plus partie et c'est sans doute tant mieux pour son président Anaky dont chaque représentant au Gouvernement finit toujours par se retourner contre lui, depuis que lui-même a été éjecté des Gouvernements "Marcoussistes" par Banny en 2006, à la suite de la crise des déchets toxiques. Alassane Ouattara ayant confié, lors de sa visite dans le ZANZAN s'être réconcilié avec Anaky, attendons les retombées pour le dernier nommé, car au RHDP seul compte le partage du gâteau, fut-il de plus en plus cramé au four de la haine.

Daniel Kablan Duncan, ami de longue date de Ouattara depuis la BCEAO et dont il fut le ministre de l'Economie et des Finances à l'époque d'un Félix Houphouët-Boigny (FHB) au soir de sa vie et diminué par la maladie, aura une grande marge de manœuvre. Au contraire de Jeannot Ahoussou-Kouadio.

Seulement vêtu du maillot PDCI sans obligation de dépendance, Daniel Kablan Duncan qui doit tout à Alassane Ouattara et presque rien au PDCI de Bédié, inspire confiance pour n'avoir pas été de la galerie des faucons tout au long de la honteuse période que nous vivons depuis avril 2011. Ni pendant celle de la conquête du pouvoir depuis le Golf. Duncan est donc pour Ouattara un espoir. Encore que (…)

Même registre politique pour Jean-Claude Brou, proche parmi les proches d'Alassane Ouattara dont il était membre du cabinet à la Primature. Actuel Ministre de l'Industrie, Jean-Claude Brou qui a été, comme Alassane Ouattara, fonctionnaire du FMI a raté de justesse la primature. Ce cadre d'Aboisso, de la même région que l'épouse du président du PDCI, sera moins société civile que compté sur le quota du PDCI sans devoir vraiment lui rendre des comptes.

Le richissime Charles Koffi Diby transféré des Finances aux Affaires Etrangères, le PDCI perd la "Caisse du Gouvernement". La Primature qui lui revient par alliance électorale et cette caisse, sont désormais dans l'escarcelle directe d'Alassane Ouattara à travers son ami de longue date, Daniel Kablan Duncan qui cumule à la fois la Primature et le Ministère de l'Economie et des Finances.

Aux Infrastructures économiques, Achi Patrick s'est vu retirer les juteuses tutelles. Accrédité d'une longue participation au Gouvernement qui dure depuis octobre 2000, Achi Patrick semble pourtant affaibli, suspecté de peu de fidélité quand ses intérêts sont en jeu. Intelligent, technocrate doté d'une capacité d'argumentation, il traîne hélas l'image d'un homme calculateur. Ce qui le fragilise vis-à-vis du RDR qui n'oublie pas qu'il faisait valider ses décrets dans la chambre de Laurent Gbagbo, avant de se retourner contre lui dès après septembre 2002.

En plus des analyses sur les fourberies du PDCI qui s'est déculotté à l'Assemblée Nationale dès la petite "lame de Ouattara" sous la forme de la menace de la dissolution du Gouvernement, ce parti demeure le grand perdant de ce remaniement. Le PDCI qui a cogéré à la fois avec le président Laurent Gbagbo et maintenant avec le RDR a désormais sur la tête plus qu'une lame, mais une véritable épée de Damoclès avec toutes les casseroles de ses cadres. Avec en prime un Bédié humilié! A défaut d'être les dindons de la farce, le PDCI et l'UDPCI seraient-ils les dindes de Noël du RDR?

Face à un RHDP divisé et un RDR sonné par les tortures, les exécutions sommaires et le boulet nauséabond du génocide WE, les démocrates ivoiriens ont de la marge pour garder le cap de la dignité.


Nelson Degol, le 3 Décembre 2012.

lundi, 29 octobre 2012

ALASSANE OUATTARA UNE NOUVELLE FOIS EN FRANCE SANS JUSTIFICATIONS OFFICIELLES

 

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Alassane Ouattara "Magellan" en France pour un séjour privé de plus d'une semaine.

 

KOACI.COM apprend d'un communiqué de la Présidence de la république ivoirienne qu'Alassane Ouattara a subitement quitté Abidjan, ce samedi 27 octobre 2012, pour un séjour privé de plus d'une semaine en France. 

Vacance, voyage privé, problèmes de santé, rencontres politiques, une fois de plus aucune précision sur la raison de ce nouveau séjour français du président ivoirien, black out total dans son entourage, laissant une nouvelle fois place à toutes sortes de commentaires et d'inquiétudes, ce dimanche matin.

Par ailleurs, nous apprenons que le numéro un ivoirien se rendra ensuite à Dakar pour assister, neuf jours après, les 5 et 6 novembre prochains, à la commémoration du 50ème anniversaire de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), puis à Banjul (Gambie), pour une visite d’amitié et de travail, à l’invitation de son homologue, son Excellence Monsieur Yahya Jammeh.

Bref, malgré le climat d'insécurité qui pèse sur le pays, on ne reverra pas l'également ministre de la défense, Alassane Ouattara, en Côte d'Ivoire avant le 6 ou le 7 novembre prochain.

Notons pour finir, que tout indique à cette heure, que ce nouveau voyage en France n'était pas "prévu" au programme.

En attendant de connaitre la véritable raison de ce nouveau séjour, reste désormais à savoir si nous recevrons des nouvelles du président Ouattara en France, président d'une République trop souvent inquiète pour des raisons de manque d'informations notamment sur les voyages "privés" de ce dernier, président de tous les ivoiriens.


Amy

Source: KOACI.COM

samedi, 06 octobre 2012

40ème ANNIVERSAIRE DES ACCORDS DE COOPERATION MONETAIRE DE LA ZONE FRANC: ALASSANE DRAMANE OUATTARA, SEUL CHEF D'ETAT PRESENT




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Alassane Dramane Ouattara et Pierre Moscovici, hier à la tribune de l'ouverture 40ème anniversaire des accords de coopération monétaire de la zone franc.



Aussi bizarre que cela puisse paraître, Alassane Dramane Ouattara, chef de l’Etat ivoirien, était le seul chef d’Etat présent à la célébration du 40ème anniversaire des accords de coopération monétaire de la zone franc. Il partageait la tribune officielle avec Pierre Moscovici, ministre français de l’Economie et Finances, et hôte du colloque.
 
Etaient également présents, les gouverneurs des banques centrales africaines BCEAO et BEAC et même d’anciens gouverneurs.
 
On notait ainsi la présence de Casimir Oyé Mba, gouverneur de la BEAC (1978-1990), de Charles Konan Banny gouverneur de la BCEAO (1990, comme intérimaire d’abord, à 2005) et ancien premier ministre de Côte d’Ivoire, d’Abdoulaye Bio Tchané ancien ministre de l’Economie et des Finances de Mathieu Kérékou, ex-président de la BOAD (2008-2011), du Camerounais Jean Nkuete, secrétaire exécutif de la CEMAC (1999-2006) économètre particulièrement brillant et proche de Paul Biya qui en a fait un ministre d’Etat, de Michel Camdessus gouverneur de la Banque de France (1984-1987) directeur général du FMI (1987-2000) et ami de Ouattara, de Sylviane Guillaumont-Jeanneney professeure émérite de l’Université d’Auvergne et spécialiste de la zone franc, de Jean-Claude Trichet gouverneur de la Banque de France (1993-2003), président de la Banque centrale européenne (2003-2011), de Christian Noyer gouverneur de la Banque de France, de Saïd Mohamed Mshangama, directeur général de l’Institut des Comores (1977-1981), pour ne citer que ceux-là.
 
L’absence des treize autres chefs d’Etat africains ayant en partage le Franc CFA comme monnaie hier à ce colloque de Bercy, dont le thème est « Regards croisés sur 40 ans de zone franc », est la preuve selon plusieurs analystes, du peu d’intérêt accordé par les africains à ce colloque, et d’une célébration au rabais des 40 ans du F CFA.
 
Par ailleurs, de plus en plus de voix s’élèvent en Afrique sur ce arrimage du FCFA à l’Euro, arrimage aujourd’hui totalement dépassé, car condamnant l’Afrique à la stagnation sans croissance sur l’autel de la lutte contre l'inflation menée par la banque de France, alors que des pays comme le Ghana, le Nigeria, qui ont leur propre monnaie, attirent beaucoup plus de capitaux que les pays membres de la zone franc.
 
Deux tables rondes seront néanmoins organisées à ce colloque : une première consacrée à « la zone franc et le tournant des accords de coopération monétaire des années 1970 », et une seconde intitulée « De l’intégration monétaire à l’intégration économique ».
 
Hier lors de la cérémonie d’ouverture, Alassane Dramane Ouattara a fait une déclaration fleuve dont nous vous livrons la teneur. ICI.
 
 
Christian Vabé


lundi, 01 octobre 2012

PRETENDU VOL DE 300 MILLIARDS DE LA BCEAO PAR KATINAN, ET SI ON EN PARLAIT!

 

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Ouattara en a fait son chou gras. Il s’agit l’accusation selon laquelle Justin Koné Katinan, porte-parole du président Laurent Gbagbo et ex-ministre du budget dans le gouvernement Gilbert Aké N’Gbo, aurait subtilisé 300 milliards de Fcfa au cours d’un prétendu braquage de l’agence de la Bceao d’Abidjan, le 26 janvier 2011. A la vérité, ce jour-là, celui qui était le ministre du budget s’est rendu à la Bceao-Abidjan après que le président Gbagbo alors chef de l’Etat de Côte d’Ivoire eut signé un décret de nationalisation de cette agence de la Bceao. Car, la banque-mère basée à Dakar (Sénégal) avait pris la décision de fermer le robinet à la Côte d’Ivoire pour contraindre, selon elle, (ce qui n’est pas dans son mandat) son président à quitter le pouvoir pour le céder à Alassane Dramane Ouattara. 

Ainsi, Justin Koné Katinan est allé, le 26 janvier 2011, à l’agence Bceao-Abidjan pour constater l’application effective de la mesure de nationalisation. Et il y est allé avec tout un monde dont des huissiers de justice et des policiers ainsi que le personnel sur place de l’agence de Bceao d’Abidjan. Ainsi, selon la presse proche d’Alassane Ouattara, Koné Katinan aurait, au cours de ce qu’elle appelle «braquage» de la Bceao, soutiré la faramineuse somme de 300 milliards de fcfa. La presse pro-Ouattara ne dit pas le mode opératoire de ce prétendu braquage. 

Comment un individu peut-il sortir de la Bceao avec la somme de 300 milliards Fcfa ? Mettons de côté les règles de sécurité pour faire sortir de l’argent de la Bceao. Car elles ne permettent pas à un Président de la république encore moins à un ministre de sortir de l’argent de la Bceao. Allons donc, dans l’hypothèse que Koné Katinan ait emporté 300 milliards Fcfa. Pour cela, il a deux possibilités: soit emporté l’argent physiquement, soit par virement bancaire. 

Emporter l’argent physiquement 

Pour la première possibilité où Katinan emporte l’argent physiquement, comment peut-il s’y prendre? Car selon un banquier que nous avons rencontré, l’argent vient dans les banques soit dans des sacs ou des cantines. Et dans un sac ou une cantine, les coupures de billet de 10.000 Fcfa sont rangées jusqu’à 100 millions de Fcfa. Supposons que l’ex-ministre du budget ait choisi des coupures de 10.000 Fcfa, il lui faudra dans ce cas, 300 cantines pour pouvoir sortir les 300 milliards fcfa du territoire ivoirien. C’est énorme. A quel moment a-t-il pu faire sortir cette masse d’argent ? Avant le 11 avril 2011 ou après? 

Le régime Ouattara et sa presse n’en disent pas mot. Koné katinan, selon des sources bien informées, est parti d’Abidjan, après qu’Alassane Ouattara soit parvenu au pouvoir. Et il est parti en catimini et de façon précipité. De ce point de vue, il est impossible qu’une voiture puisse traverser tout le sud jusqu’à la frontière ivoiro-ghanéenne avec 300 cantines de billets de banque, sans que les Frci ne l’arrêtent. Et même si c’était le cas, la voiture serait interceptée par la douane ghanéenne à cause de l’énormité de la somme transportée. Donc, l’hypothèse que Koné Katinan ait emporté physiquement les 300 milliards Fcfa est inopérante. 

Faire un transfert d’argent 

Explorons maintenant la seconde hypothèse. Celle où Koné Katinan transfert l’argent. Dans ce cas, il aura fait ce transfert vers une autre banque (soit au Ghana, soit dans un autre pays) avant les évènements. C'est-à-dire au moment où c’était possible encore de le faire. Si le porte-parole du président Gbagbo avait opté pour cette possibilité, alors il laisserait forcément des traces. Traces que le régime Ouattara aurait immanquablement brandies depuis longtemps. Mais si depuis 2011, le régime Ouattara est dans la littérature concernant cette accusation. C’est qu’il ne dispose d’aucune preuve fiable. 

Des deux choses l’une: soit la presse proche du régime Ouattara fait preuve, dans cette affaire, d’une inculture gravissime, soit elle fait preuve d’une mauvaise foi manifeste. Pour rappel, les agences de la Bceao de Bouaké, Korhogo et Man ont été braquées alors que ces villes de la Côte d’Ivoire étaient illégalement occupées par la rébellion armée pro-Ouattara. Pourquoi, les ex-chefs rebelles ne sont-ils pas encore poursuivis? Puisque Ouattara a été porté au pouvoir par les bombes, disent-ils, pour qu’il y ait la justice. 

 
Coulibaly Zié Oumar, in le quotidien ivoirien "Notre Voie" du 1er octobre 2012.

 

lundi, 17 septembre 2012

COTE D'IVOIRE - PPTE, BCEAO: LA FACE ECONOMIQUE DE LA GUERRE


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Un document d'une importance majeure, à lire absolument et à conserver!

 

Le 11 avril 2011, Laurent GBAGBO, dont les performances économiques ont permis d’avoir le point de décision du processus PPTE est arrêté avec Mr DACOURY TABLEY, l’ancien Patron de la BCEAO, emprisonnés entre autre pour crimes économiques. Tous les membres du gouvernement dirigé par l’un des plus grands économistes d’Afrique, le professeur Gilbert Marie AKE NGBO, Président élu de l’université d’Abidjan, sont poursuivis et d’autres arrêtés pour crimes économiques. La dernière arrestation à ACCRA par Interpol pour crime économique est celle du Ministre délégué au BUDGET, Justin KONE KATINAN, maitre d’œuvre de la réquisition de la BCEAO et de la remise en route des banques fermées par SARKOZY pendant la période de crise.

De quels crimes économiques s’agit-il?

Washington, le 26 juin 2012, le Fonds Monétaire International (FMI) et l’Association Internationale de Développement (IDA) de la Banque Mondiale ont activé l’ardoise magique de l’initiative PPTE en vue d’un super cadeau par un allègement de la dette.

L'application intégrale de l'allègement de la dette permettra de passer d'environ 6000 milliards de FCFA de dette à un stock résiduel de 2 500 milliards de FCFA environ.

Toutefois, il est à remarquer que ce stock résiduel de 2 500 milliards de FCFA aurait été de 1 100 milliards de FCFA si l’accord avait été obtenu en 2010 sous la Présidence GBAGBO. En l’absence de données sur la situation actuelle des finances publiques, l’hypothèse la plus probable est qu’en moins d’un an, près de 1 400 milliards de FCFA de dettes nouvelles se sont ajoutés au stock résiduel.

L’emprunt obligataire, lancé trois mois après le point d’achèvement, démontre le peu d’influence du PPTE sur l’état de santé financière du pays et prouve que la pluie de milliards n’a été qu’une tornade ayant emporté tout sur son passage. La Côte d’Ivoire doit donc continuer de tendre la main pour survivre. Le récent voyage au pays de la Mecque avec tam-tam et bol en main, faisant suite aux nombreux autres voyages, démontre le retour de la politique de la main tendue. À ce rythme, la dette de la Côte d'Ivoire atteindra très rapidement  le même niveau qu’avant l’allègement sans effet sur la réduction de la pauvreté.

En considérant cette ardoise magique comme ayant permis un « super cadeau », comme de coutume, commençons d’abord par dire merci à ceux qui ont œuvré pour l'avoir : les bailleurs de fonds, BEDIE l’initiateur, GBAGBO le maître d’œuvre, OUATTARA le finaliste; mais comme nous évoluons dans une économie de marché et non dans une économie de pitié, nous savons tous que les  cadeaux n’existent pas !  Combien ce « cadeau » a-t-il véritablement coûté aux ivoiriens? Et quel est le véritable crime économique commis par le régime du Président GBAGBO jugé pourtant indigent par la Cour Pénale Internationale?

Pour répondre à ces questions, nous allons examiner l’origine des sommes prêtées à la Côte d’Ivoire, les principaux bénéficiaires des investissements effectués avec cet argent, les conséquences et  aussi les perspectives.

DE L’ORIGINE DE LA DETTE

Le 19 septembre 1946, le député HOUPHOUET BOIGNY, affirmait, lors des premières discussions sur la constitution de la communauté Franco-africaine au palais BOURBON en France :

« La France n’a aucun intérêt à nous laisser dans les bras de la misère et de la pauvreté »

Le 28 septembre 1958, Félix HOUPHOUET BOIGNY, ministre d’Etat de la République Française, vote la constitution de la Communauté Franco-africaine instituant une fédération entre la France et ses colonies.

En 1959, les pays d’Afrique de l’Ouest s’associent au sein de la BCEAO (Banque Centrale des États d’Afrique de l’Ouest). Les quatre (4) principes de la coopération monétaire entre la France et les États membres de la zone Franc ont  épousé l’esprit de la fédération, à savoir la mise en commun des ressources financières depuis cette date jusqu’à ce jour:

  • la garantie du Trésor français à la convertibilité en euros des monnaies émises par les trois instituts d´émission de la zone ;

  • la fixité des parités entre l’euro et le franc CFA;

  • la liberté des transferts au sein de chaque sous-ensemble ;

  • la centralisation des réserves de change

Les indépendances de 1960 ont conservé l’esprit et la lettre de la communauté Franco-africaine avec la ferme conviction que « La France n’a aucun intérêt à nous laisser dans les bras de la misère et de la pauvreté ». Toutefois, la foie du Père de la nation avait un prix. Car, en contrepartie de ces principes et de cette profession de foi, les  banques centrales de la zone Franc sont tenues de déposer une partie de leurs réserves de change (65%, révisée à 50% en 1999) auprès du Trésor français sur un compte d’opérations.

Le fonctionnement du compte d’opérations a été formalisé par des conventions successives entre les autorités françaises et les représentants des banques centrales de la Zone franc. Le compte reçoit des dépôts à vue ou à terme en provenance des pays de la zone. La France place ces ressources qui rapportent des intérêts par des opérations de crédit (en partie à l’Afrique). Une partie des intérêts sert à rémunérer le compte d’opérations et l’autre partie est à la discrétion du pouvoir français que l’on retrouvera sous forme d’aides diverses (Ministère de la coopération, assistance militaire au pouvoir ou aux rebelles, Banque Mondiale, FMI, AFD, UE-ACP, UA, BAD, CEDEAO etc.). Par rapport au compte d’opérations ; le trésor français, fonctionne donc comme une banque d’investissement et de commerce pour l’Afrique. Il aurait été plus simple de créer une telle banque dans la zone UEMOA pour disposer de ces énormes ressources en toute indépendance. Mais la France a su sans aucun doute user des arguments tels que les bases militaires pour protéger les États, l’aide, le déficit de cadre au moment des indépendances. Une telle banque aurait eu l’avantage d’être présente partout où le besoin de commercer se ferait sentir notamment dans les pays émergeants.

La confiscation systématique de 50% des avoirs extérieurs de la Côte d’Ivoire par le Trésor français et le libre transfert des avoirs des opérateurs économiques de la Côte d’Ivoire vers la France favorisé par le code d’investissement qui exonère d'impôts les bénéfices des multinationales, réduisent  de manière drastique l’épargne publique et privée. Cette confiscation institutionnelle et systématique de l’épargne oblige la Côte d’Ivoire à emprunter ses propres ressources ainsi confisquées.

A titre d’exemple, le rapport annuel de la Banque de France sur les comptes de la BCEAO indique pour l’année 2010 (en milliards de FCFA) :

- Compte d’opérations: 3 048. 978  FCFA

- Créances sur les banques: 335. 184FCFA

- Créances sur les trésors: 887. 886 FCFA

Ces chiffres démontrent avec éloquence, que depuis toujours, l'apport fait par la zone Franc au trésor français par l’intermédiaire du compte d’opérations est trois fois plus important que le concours fait aux banques et aux trésors de la zone UEMOA. Il faut ajouter à cela la balance au titre des revenus transférés qui est de 735,6 milliards de FCFA favorisée par les codes d’investissements. Pour la France et les françafricains, remettre en cause cette manne tombée du ciel des anciennes colonies, c’est être un criminel.

Par contre, le financement extérieur net de l’économie de la zone UEMOA pour la même année  s’élève à868.6 milliards de FCFA selon la même source. Le montant total des dons est de 870.5 milliards de FCFAsoit au total (financement + aide) 1738 milliards de FCFA. Cela constitue à peine 50% des sommes séquestrées au titre des accords de l’UEMOA.

Il apparaît clairement que, par la BCEAO et le code d’investissement, le FCFA est exporté  en France et nous revient en euro ou en dollar sous forme de dettes et d’aide.

A l’heure de cette mondialisation où tous les pays cherchent à améliorer leurs leviers économiques pour éviter à leurs peuples de subir la crise, continuer à entretenir un pacte qui coûte si cher n’a plus de sens. En tout état de cause, les peuples souverains de la zone UEMOA n’ont jamais donné leur avis sur ces accords qui engagent leur destin après les indépendances, à l’instar des Européens qui se sont prononcés par référendum sur l’adhésion à l’Euro. Ses montagnes de fonds séquestrés par la France depuis les indépendances sont donc frappées d’illégitimité. Cela s’apparente à un bien mal acquis par la France sur ses anciennes colonies dans le cadre d’une fédération qui a disparu depuis 1960 et dont les fondements sont devenus obsolètes.

La dette contractée par la Côte d’Ivoire auprès de la France, est donc une partie de l’argent pris dans les caisses de la Côte d’Ivoire dans l’obscurité des accords signés dans le cadre de la fédération Franco-africaine pour lui faire crédit sous le « soleil des indépendances ». Il en est de même des aides directes et indirectes aux travers des institutions communautaires (Banque mondiale, FMI, UE-ACP, UA, BAD, CEDEAO, etc.). Chaque année, la Côte d’Ivoire indépendante consacre, pour le remboursement de cette « dette » prise dans ses poches, près de la moitié de ses recettes budgétaires faisant progressivement obstacle à toute possibilité d’investissements publics. L’augmentation des charges de l’État due au service de la dette,  combinée à la baisse des recettes d’exportation du cacao, ont fini par rendre l’état insolvable. L’impossibilité de l’état à faire face au service de la dette a engendré, depuis 1982 jusqu’en 2002, neuf (9) plans d’ajustement structurel pour trouver une solution au fardeau de la dette. Le caractère drastique des mesures prises a engendré des crises sociales et une crise politique en 1990. La Côte d’Ivoire est donc mise sous tutelle directe des bailleurs de fonds qui dépêchent en1990 M. Alassane Dramane OUATTARA auprès du Président HOUPHOUET dont l'état de santé ne lui permettait pas le suivi de la gestion quotidienne du pays.

La tornade des mesures prises par les bailleurs de fonds sous la houlette de M. OUATTARA Dramane a eu des conséquences dramatiques dans tous les secteurs économiques et a abouti à l’expropriation économique de l’Etat.

Examinons dans un premier temps le contenu de la solution OUATTARA et ensuite, à travers l’examen de certains secteurs clés de l’économie nous allons mettre en évidence les faiblesses et les conséquences de cette solution.

LA SOLUTION OUATTARA: LE VERITABLE CRIME ECONOMIQUE

Modifier la structure de l’économie ivoirienne était l’objectif affiché des plans d’ajustement structurel. Les années 90 ont accéléré la modification de la structure de l’économie pour faire du secteur privé, entendez des investissements étrangers, le moteur de la croissance là où la Chine et plus généralement des pays d’Asie et d’Amérique du Sud, faisaient le choix de la stratégie combinée « un pays deux systèmes ».

Le programme de privatisation a été la solution OUATTARA.

Le diagnostic effectué à l'époque par  M. Alassane OUATTARA pour proposer ce remède miracle qui a été exposé le 28 novembre 1990 au journaliste du quotidien gouvernemental fraternité-matin suite à un conseil des ministres est le suivant :

« Actuellement, le secteur parapublic compte 140 entreprises et établissements dans lesquels l'État a investi plus de 1.300 milliards de FCFA dans les années 80. Ce chiffre représente aujourd'hui près de 50% du Produit Intérieur Brut, c'est-à-dire la moitié de la production nationale.

Les résultats d'exploitation de certaines de ces entreprises n'ont pas été à la mesure de l'effort d'investissement exceptionnel qui a été consenti par le Gouvernement pour constituer cet important patrimoine.

Les entreprises dans lesquelles l'État détient au moins 51% du capital, ont dégagé des pertes nettes cumulées de 10 milliards de FCFA au cours de la même période.

Par contre, les entreprises du secteur parapublic dans lesquelles l'État est minoritaire, ont globalement dégagé un bénéfice net cumulé de 144 milliards entre 1982 et 1988, soit plus de 20 milliards en moyenne par an. »

L’erreur de diagnostic réside dans  la non-prise en compte de la réalité des rapports non mercantiles entre les sociétés d’État et l’État central à cette époque. En se contentant des données purement comptables sans rentrer dans les mécanismes de gouvernance des entreprises, l’erreur devenait alors inévitable pour un fonctionnaire international non au fait des réalités nationales. Prenons cet exemple simple, pour illustrer l’erreur, tiré de mon expérience de Directeur Général du BNETD (Société d’État au capital de 2 milliards de FCFA) et de membre du comité de privatisation de 2000 à 2010. Le BNETD, en charge de l’étude et du contrôle des grands travaux de l’État, réalisait pour le compte de l’État des études et contrôles pour 7 milliards de FCFA environ et l’État décidait, en fonction de ses ressources financières, de ne payer que 2 milliards de FCFA sous forme de subvention, ce qui avait un impact sur les résultats financiers de l’entreprise qui affichait un déficit cumulé de plus de 9 milliards de FCFA en 2000 et un découvert bancaire de 9 milliards de FCFA cette même année. Au lieu de liquider le BNETD ou de réduire de moitié l’effectif comme le recommandait les bailleurs de fonds, l’État sous le régime du Président GBAGBO, ayant pris la décision d’éviter la privatisation des secteurs stratégiques, a opté pour une restructuration en contractualisant les prestations du BNETD avec l’État et en accroissant son autonomie sur le marché privé et à l’international. En 10 ans, le BNETD est passé d’un déficit cumulé de plus de 9 milliards de FCFA et d’un chiffre d’affaires de 5 milliards, à un chiffre d’affaires de 39 milliards de FCFA, un report à nouveau positif et a augmenté son effectif tout en doublant les salaires pour freiner l’exode de  l’expertise. La situation du BNETD est pratiquement la même que toutes les sociétés d’État.

Cette décision courageuse de restructurer les entités de l'État que de les privatiser a permis de sauver plusieurs entreprises d’État (44 environ). Celles qui attendent d’être restructurées (34), ne le seront certainement jamais compte tenu de la nouvelle orientation de la politique économique  actuelle qui a opté pour le bradage ou la liquidation des entreprises publiques. Le constat de la réussite de cette restructuration a été fait incidemment par l’actuel gouvernement de M. Alassane OUATTARA à travers le communiqué du conseil des ministres du 29 juin 2011 relatif à ce sujet. En effet, un rapport établi par les soins du ministère de l’Économie et des Finances, sur la base des états financiers de fin décembre 2009, révèle que l’État de Côte d’Ivoire détient dans son portefeuille 82 sociétés, dont 30 sociétés d’État et 52 entreprises à participation financière publique. Selon ce rapport, «44 sociétés ont réalisé des résultats nets bénéficiaires d’un montant global de 153,57 milliards de FCFA, 4 sociétés présentent un résultat nul, 14 sociétés ont réalisé un résultat net déficitaire de 113,21 milliards de FCFA, et 20 sociétés n’ont pas produit d’états financiers pour diverses raisons (redressement judiciaire, administration provisoire, arrêt des activités, restructuration, problèmes de gouvernance, etc.)».

Au lieu de continuer dans la logique de la restructuration, hélas, Monsieur Alassane OUATTARA fidèle à sa mission de fonctionnaire international malgré ses habits de Chef de l’Etat fait remarquer, lors de ce même conseil des ministres, « le nombre élevé de sociétés à participation financière publique » et demande  que le nombre de sociétés d’État ou à participation financière publique, soit baissé de 25% au cours des 12 prochains mois»

L’erreur sincère ou intentionnelle (c’est selon) de M. OUATTARA n’a pas permis de guérir le mal contrairement à la Chine ou aux pays d’Asie et à certains pays d’Amérique du Sud mais,  a permis non seulement de dépouiller  le pays de son économie ainsi que de sa souveraineté mais aussi elle a contribué à son immersion dans un océan de pauvreté et de dette.

La politique de privatisation avait donc un objectif idéologique, économique et politique. Poussée par le vent libéral des années 1980, la françafrique a caché son visage sous le masque de la bonne gouvernance et de la lutte contre la pauvreté pour faire main basse sur les économies naissantes par un contrôle direct des entreprises et des États et un dépouillement économique, politique et militaire des pays ciblés. Le secteur privé érigé en panacée et moteur de la croissance s’est révélé le moteur des inégalités, de la dette et du chômage qui minent les États. Les solutions classiques de pillages économiques telles que pratiquées à l’époque de l’esclavage et de la colonisation et qui reviennent avec de nouveaux prétextes avec les guerres de conquête économique (Afghanistan, Irak, Libye, Côte d’Ivoire, Syrie bientôt, etc.) ne donnent aucun résultat face à la concurrence des pays émergeants. Elles enrichissent les multinationales et appauvrissent les États et les peuples occidentaux qui votent périodiquement le changement pour se donner l’espoir d’un lendemain meilleur.

C’est cette politique, dont on connaît tous les méfaits et limites, que M. Ouattara nous sert encore aujourd’hui. Comme hier, il va s’employer à son crime préféré : le bradage du patrimoine de la Côte d’Ivoire. Comme hier on sait qui vend mais sait-on vraiment qui achète ou rachète ?

LES CONSEQUENCES DANS LE SECTEUR ELECTRIQUE

Le secteur électrique était géré de 1952 à 1990 par une société d’État, l’EECI (Énergie, Électrique de Côte d’Ivoire). La Côte d’Ivoire s’est dotée, sous l’impulsion de l’EECI, d’un parc impressionnant de 6 barrages hydroélectriques fournissant en 90, une puissance installée de 600 mégawatts avec un réseau interconnecté.

En 1990, le secteur est en crise avec une dette qui s’élève à 120 milliards de FCFA et des arriérés de consommation de 37 milliards de FCFA soit trois ans de consommations d’électricité par l’État de Côte d’Ivoire, qui, soit dit en passant, consommait presque gratuitement l’électricité.

En 1990, l’État de Côte d’Ivoire confie par concession sur 15 ans la gestion de l’électricité à une société privée  française : la CIE. Le contrat de concession oblige la CIE à verser des redevances à l’État de Côte d’Ivoire et à prendre en charge les entretiens courants, tandis que la dette revenait à l’État ainsi que les investissements lourds. La CIE met fin à la gratuité avec l’État de Côte d’Ivoire et équilibre les finances. L’opérateur français, actionnaire principal et bénéficiaire de la CIE investit dans la production de gaz et des centrales thermiques selon des contrats de type BOT. Aujourd’hui, la CIE fait un chiffre d’affaires de 300 milliards de FCFA avec les 2/3 affectés au payement du gaz dont la production est contrôlée à plus de 50% par l’operateur privé français selon un contrat de type « take or pay » indexant le prix du gaz tiré du sol ivoirien sur le cours mondial  du pétrole. Par conséquent, le prix du gaz payé à l’opérateur augmente de pair avec  la hausse du prix du pétrole sur le marché international. Tout se passe comme si le gaz tiré gratuitement du sol ivoirien était payé sur le marché international et revendu à la Côte d’Ivoire. Ainsi le gaz qui constituait 12% du coût de l’électricité en 1996 coûte aujourd’hui presque 70% soit les 2/3 du revenu du secteur, ce qui assure une montagne de bénéfices aux opérateurs gaziers au détriment de l’ensemble du secteur. Le paiement de la redevance et des taxes est devenu impossibleet le secteur est encore déficitaire à la fin des 15 ans de contrat de concession. En 2005, le secteur enregistrait un endettement de 112 milliards de FCFA soit exactement 112 540 254 795 FCFA non loin de la situation de 1990. Le mode de paiement du secteur privilégie d’abord les opérateurs gaziers, les producteurs indépendants, ensuite la CIE et en dernier ressort l’État. La crise touche donc directement la CIE et l’État tout en protégeant les gaziers et les producteurs indépendants. En 2005, alors que le pays est sous occupation de l’armée française et de l’ONUCI et que les cabinets ministériels sont repartis entre les loyalistes et les rebelles à Linas Marcoussis et Kléber, le contrat est par la force des choses renouvelé pour 15 ans et l’opérateur français allège sa présence à la CIE pour se mettre à l’abri du déficit du secteur en se concentrant sur le secteur gazier et la production indépendante d’électricité.

« Le Fonds Monétaire International a appelé le vendredi 11 mai 2012, à des réformes dans le secteur de l'énergie en Côte d'Ivoire, à l'occasion du versement des 100 millions de dollars d'un prêt au pays, soit environ 50 milliards de FCFA. Le FMI a appelé à assurer l'avenir de la Compagnie Ivoirienne d`Electricité (CIE) par "de nouvelles mesures, y compris des hausses des tarifs" ». Rapporte le quotidien Notre Voie dans sa livraison du 14 Mai 2012.

Sans faire le constat amer de l’échec de la reforme, la population est sollicitée pour plus de sacrifices en vue de continuer à enrichir les gaziers.

La solution à court terme ne consiste pas à augmenter le prix de l’électricité, ce qui constitue un vrai crime, mais à réduire la part gaz dans le secteur de l’électricité comme le voulait le dernier gouvernement AKE NGBO (emprisonné pour crime économique) en déconnectant le prix du gaz du prix international du pétrole et en optant pour un contrat de type « cost plus » qui prend en compte uniquement le coût de production du gaz et une marge bénéficiaire acceptable. A long terme, pour faire face à la dette du secteur, au vieillissement du réseau et des transformateurs électriques, il sera nécessaire de déclarer le secteur électricité comme secteur stratégique et opérer les reformes correspondantes. L’accroissement de la production de gaz et de l’électricité ne servira à rien si le réseau de transport et de distribution s’effondre.

LES CONSEQUENCES DANS LE SECTEUR AGRO INDUSTRIEL ET CHIMIQUE

Les sociétés expropriées à la Côte d’Ivoire, du fait de Monsieur OUATTARA, sont légion. Plusieurs entreprises du secteur agro industriel sont passées à la casserole de la privatisation(nouveau nom du crime économique) malgré les performances de ces entreprises partiellement ou totalement gérées par l’État qui, pour certaines étaient dans des difficultés conjoncturelles réversibles. Ce sont, entre autres :

COSMIVOIRE, NOVALIM/NESTLE, CAPRAL/NESTLE, FILTISAC, SAPH, SICOR, SODESUCRE, SOGB, PFCI (conserve de thon), SACO, SODERIZ, CHOCODI, COCOTERAIE (Fresco, Grand-Lahou, Jacqueville, Assinie), TRITURAF, CIDT, RANCH (Marahoué, Sipilou, Badikaha) etc.

Le calcul des valeurs nettes des entreprises à privatiser prenait en compte la dette, ce qui permettait de sous évaluer ces entreprises. À la vente de ces entreprises, la dette revenait à l’État et les actifs au Privé (socialiser la dette et privatiser le profit) généralement à une multinationale avec divers prétextes. Souvent le paiement de la valeur nette est directement puisé dans la trésorerie de l’entreprise et l’opération est ainsi bouclée. Le chiffre d’affaires moyen de ces entreprises depuis 1990 oscille autour de 20 milliards de FCFA pour la plupart. Pour la trentaine d’entreprises du secteur agro industriel, c’est donc pas moins de 10 000 milliards de chiffres d’affaires cumulés pendant plus de 20 ans ! Comparés au « cadeau du PPTE » c’est la mer qui se débarrasse de quelques gouttes d’eau par évaporation, formant des nuages et revenant sous forme de… pluie de milliards.

Il apparaît clairement que la Côte d’Ivoire gagne moins en espérant une pluie de milliards qu’en réalisant son indépendance économique.

LES CONSEQUENCES DANS LE SECTEUR CACAO

Le secteur cacao  a été un grand bénéficiaire de la dette et est resté le dernier refuge du peuple ivoirien dans son segment primaire. Poumon de l’économie ivoirienne, il a permis de diversifier l’économie ivoirienne, de moderniser le pays et d’opérer une redistribution plus ou moins juste de la richesse nationale à travers la Caistab, société d’Etat en charge du secteur jusqu’en 1999.

Imaginer un seul instant qu'à l'époque, les revenus captés par la Caistab, au lieu de servir au financement de la Côte d’Ivoire moderne, allaient à un opérateur privé externe ! La Côte d’Ivoire ne se serait pas modernisée et serait à l’image d’un grand campement, propriété de cet opérateur immensément riche dans son pays.

La guerre du cacao et l’aveuglement idéologico-politique qui a présidé à la liquidation de la caistab nous conduisent tout droit vers ce que la Côte d’Ivoire a su éviter pendant 30 ans. La guerre du cacao avait pour objectif de faire main basse sur la manne qui arrosait la Côte d’Ivoire.

Cette guerre du cacao commencée en 1932 par le Président Félix HOUPHOUET-BOIGNY et remportée par lui en 1960 apermis au peuple de Côte d’Ivoire de se doter des moyens de son développement. Cela a aussi permis, à travers les bourses, à des élèves et étudiants de milieu modeste de poursuivre par le mérite leurs études et enfin à la Côte d'Ivoire de former des cadres sans distinction d'ethnie ni de milieu social. La crise qui a frappé la Côte d’Ivoire en1990 a été l’occasion rêvée pour les multinationales de reprendre l’offensive. À la faveur de la libéralisation du secteur en 1990, les grands négociants mondiaux du cacao sont autorisés à s’impliquer dans la commercialisation interne du cacao. En 1999, la Caistab est dissoute, les négociants remplacent la Caistab et s’emparent de la commercialisation interne et externe du cacao. Sur une production annuelle de 1 200 000 tonnes et sur un cours mondial variant entre 1000 et 2000 FCFA, la commercialisation du cacao produit 1000 à 2000 milliards de FCFA par an dont plus de la moitié est empochée par les négociants (ce qui revenait à la Caistab et permettait la modernisation du pays) et le reste distribué entre les paysans, les pisteurs et petits commerçants et l’État de Côte d’Ivoire. La Côte d’Ivoire est ainsi dépouillée au profit des négociants. Leur dernier combat reste la main mise sur l’autre moitié de la manne financière en liquidant l’État (ce qui est fait) et en chassant les paysans de leur terre par un génocide programmé (en cours d’exécution) et en votant un nouveau code foncier rural pour faire main basse sur les plantations de cacao comme cela s’est déjà produit dans le secteur palmier, hévéa, banane et ananas. Le contrôle vertical total de la filière par les négociants reste l’objectif principal de la guerre du cacao.

En 20 ans de libéralisation, ce n’est pas moins de 20 000 milliards de FCFA qui se sont envolés des plantations au profit des négociants. Comparé au « cadeau du PPTE » c’est la mer qui se débarrasse de quelques gouttes d’eau par évaporation, formant des nuages et revenant sous forme de… pluie de milliards.

Il apparait clairement que la Côte d’Ivoire gagne moins en espérant une pluie de milliards qu’en réalisant son indépendance économique. L’ambition du Gouvernement AKE NGBO, était justement d’assurer le contrôle interne et externe de la commercialisation du cacao. Il est en prison pour crime économique.

LES CONSEQUENCES DANS LE SECTEUR FINANCIER

Grand bénéficiaire des dettes, le secteur financier a obtenu un volume important de financement pour  les crédits à tous les secteurs de production dont l’agriculture et les infrastructures. M. Ouattara a annoncé la privatisation et /ou la liquidation des banques publiques dès son installation par les bombes françaises. Cette mesure était exigée de la Côte d’Ivoire depuis le programme d’ajustement du secteur financier (PASFI), lancé au début des années 1990 par le même Ouattara. Ce programme se traduira par une réduction de la présence des opérateurs nationaux dans le secteur, laissant la place largement aux banques françaises. La mesure a été reprise par les programmes de réforme des bailleurs de fonds qui se sont succédés. Le Président Gbagbo a toujours refusé de s’y soumettre. C’est cette obsession de la liquidation des banques nationales qui habite encore M. Ouattara, surtout après l’admirable résistance dont elles ont fait preuve en devenant le fer de lance d'une alternative au système françafricain face à la fermeture des banques pendant la crise postélectorale.

La privatisation ou la liquidation des banques publiques en côte d’Ivoire est plus qu’une erreur, c’est une faute grave. Le bradage des fruits des efforts déployés depuis plus de 10 ans pour sauver des banques publiques (BNI et BHCI) et privées qui étaient en difficulté (Versus Bank et BFA). Les banques françafricaines qui dominent le marché financier ont une double vocation : collecter et rapatrier des fonds en France et encourager la consommation des produits importés. Le crédit à la consommation domine le portefeuille de ces banques. Pour ces banques françafricaines, l’agriculture est considérée comme un secteur à risque tout comme les PME/PMI. Seul l’Etat peut prendre ce risque en innovant. C’est la raison fondamentale du choix de restructuration des banques par le pouvoir GBAGBO et le sauvetage des banques fermées pendant la période de crise par le Gouvernement AKE NGBO (emprisonné pour crime économique) pour asseoir une véritable indépendance financière en vue de relancer la machine économique à travers le financement de l’agriculture et des PME/PMI.

Il est étonnant que l’on puisse assister à un tel aveuglement idéologique aujourd’hui encore après que les Etats soient intervenus massivement et directement dans les banques aux USA et en Europe en 2008 dans le cadre de plans de sauvetage élaborés pour faire face à la crise financière sans précédent qui a éclaté du fait des comportements à risques et des excès des banques privées. Aujourd’hui même, il est proposé de créer en France une banque publique d’investissements pour soutenir les PME/PMI nécessaires à une dynamique de croissance. On ne peut pas comprendre la solution Ouattara, qu’en la replaçant dans le cadre de la récompense à ses parrains qui est sa mission première.

 

CONCLUSION

La dette apparaît donc, en dernière analyse, comme le fruit de la magie des accords de coopération entre la Côte d’Ivoire et la France dans le cadre de la communauté franco-africaine. La France a prêté un bien mal acquis pris dans les poches de ses obligés. Les fruits des investissements de cette dette dans les secteurs clés de l’économie à savoir: l’énergie, les mines, les télécommunications, le cacao, l’agro industrie, les banques, etc. sont retournés par le jeu de la privatisation vers le prêteur principal et ses alliés. Le coût du cadeau se résume donc en une tornade ayant emporté tout sur son passage en expropriant économiquement et financièrement l’Etat de Côte d’Ivoire avec le retour de la politique de la main tendue. Le désir de souveraineté politique, économique, monétaire et financière incarné par Laurent GBAGBO et devant être mise en œuvre par le gouvernement AKE NGBO était donc jugé criminel pour les françafricains. La guerre contre la Côte d’ivoire avait pour but de mettre fin à ce désir et à dépouiller la Côte d’Ivoire de son moyen de résistance : sa souveraineté politique. L’expropriation de l’armée régulière au profit de « tirailleurs françafricains » par la France et l’ONUCI, la destruction des archives de l’Etat et de l’université pour faire oublier les années d’indépendance et réécrire une autre histoire et éditer d’autres documents, le mépris des prescriptions constitutionnelles, ont pour objectif la restauration de la françafrique et  la fin de cette souveraineté. Il ne faut donc pas chercher loin, le vrai « crime »  économique dont on accuse le Président GBAGBO et son gouvernement est donc le désir de mettre fin à 50 ans de biens mal acquis.

Il ne reste au peuple que la vie, la parole et la terre comme moyens de résistance mais aussi, les cibles actuelles de la barbarie des démocrates et républicains de l’âge de la pierre taillée qui dialoguent avec des amulettes, des gourdins et des armes pour faire taire les journaux et les libertés publiques, ôter la vie et exproprier des terres.

Tant que le système françafricain restera en l'état, la reconstitution de la dette sera pour bientôt, car dans les conditions actuelles, l’épargne est impossible à constituer et la mendicité financière est l’unique solution. Or une croissance dont les facteurs  sont essentiellement étrangers n’engendre des revenus que pour l’extérieur. Dans ce cas, la lutte contre la pauvreté se transformera en guerre contre les pauvres pour leur arracher la vie, la parole et la terre, seuls biens restants.

A la lumière de l’expérience ivoirienne, il apparaît clairement que l’aide coûte toujours plus cher que sa valeur monétaire. La quête de l’indépendance économique, financière et monétaire est criminalisée. Or, l’Afrique n’a  pas besoin d’aide mais plutôt de justice économique et, surtout, d’indépendance économique, financière et monétaire.

La question que nous sommes en droit de nous poser aujourd'hui, est de savoir s'il n'y a pas d'autres formes de partenariat avec la France qui puisse permettre une sortie de crise mutuelle puisqu’un seul pauvre en Afrique ou ailleurs est une opportunité de croissance en moins donc un emploi en moins en occident. La pauvreté de l’Afrique restreint donc la consommation et a un impact certain sur la croissance de l’occident.

Si le déficit de cadres dans les années 60 a justifié la dépendance économique, financière et monétaire formalisée par les accords qui fondent la françafrique, ces accords sont devenus une chaîne avec l’excès de cadres. L’étape actuelle et future de l’histoire de l’Afrique exige leur annulation pure et simple  pour libérer l’énergie créatrice du continent afin de stimuler la croissance mondiale et cela sans difficulté si, comme le pensait HOUPHOUET-BOIGNY « La France n’a aucun intérêt à nous laisser dans les bras de la misère et de la pauvreté ». La minorité franco-africaine, regroupée en partie au sein du CAC 40, bénéficiaire de la Françafrique a donc choisi la guerre pour s’imposer à la majorité et sans résultat effectif pour cette majorité qui souffre encore du chômage et de la dette malgré les multiples guerres de pillage en Afrique et ailleurs.

Telle est la face économique hideuse de la guerre contre la Côte d’Ivoire et partant de la guerre de la minorité multinationale  contre le reste du monde.

Œuvrons ensemble pour construire l’unité  par la réconciliation inclusive et bâtir un espace de liberté, de sécurité et de justice consensuelles où la force des idées guide le choix du peuple et non la force des armes pour réaliser l’idéal promis à l’humanité : « tous les hommes naissent et demeurent libres et égaux en dignité et en droit » (art. 1 de la déclaration universelle des droits de l’homme).

            

DON MELLO Ahoua


Docteur Ingénieur, Ponts et Chaussées

DG DU Bureau National d’Etudes Techniques et de Développement (BNETD) 2000-2010

Administrateur de la Banque Nationale d’Investissement (BNI) 2000-2010

Administrateur de la CAPEC (Cellule d’Analyse des Politiques Economiques) 2000-2010

Membre du Comité de Privatisation 2000-2010

Ministre de l’Equipement et d’assainissement du Gouvernement AKE NGBO

Membre de la Coordination FPI en exil.


SourceABIDJAN DIRECT.NET

lundi, 14 mai 2012

LES COMPTES D'OPERATIONS DU FCFA: UNE ESCROQUERIE MONETAIRE A LA FRANÇAISE

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De tous les traités, accords, conventions ou contrats existant entre la France et ses anciennes colonies, il en est un que je souhaiterais vous exposer aujourd'hui. Pendant longtemps caché derrières des relations qui ne « prennent pas leur temps », dissimulé par un silence imposé et accepté, la Côte d'Ivoire et d'autres nations amies subissent depuis une trentaine d'années le joug d'une servitude financière qui, à l'aune d'une Afrique qui ne veut plus tout accorder, est de plus en plus contestée. Je nomme les comptes d'opérations et le franc CFA.

Les principes de coopération monétaire entre le France et les pays de la zone CFA ont été énoncés dans l'accord de coopération entre la république française et les pays membres de l'Union monétaire Ouest Africaine à la fin de l'anné 1973. Cette accord prévoit, comme le définit elle même la Banque de France:

La convertibilité garantie par le Trésor français: pour résumer, toute personne détentrice du franc CFA doit être en mesure de l'échanger librement contre d'autres devises.
La fixité des parités: Les monnaies de la Zone CFA sont convertibles entre elles, à des parités fixes, sans limitations.

La libre transférabilité: transferts libres à l'intérieur de la zone CFA (transactions courantes ou mouvements de capitaux).

Pour l'instant, rien de particulièrement dérangeant. Là où tout commence à changer c'est avec le quatrième et dernier principe fort de cet accord.

La centralisation des réserves de change: en contre partie de la convertibilité illimitée garantie par la France, les banques centrales africaines s'engagent à déposer au moins 65% de leurs réserves de change auprès du Trésor français, sur des comptes portant le doux nom de de « Comptes d'opérations ».

Imaginez-vous! 65% des avoirs extérieurs de nos pays déposés chaque année dans un compte logé à l'étranger... Notons que le pourcentage initial était de 100%, il a été revu à la baisse...les 35% restant étant prévus pour le remboursement de la dette.

A la fin des années 80, alors que le cours des matières premières connait sa « descente aux enfers », la zone CFA continue à verser avec discipline 65% de ses avoirs au Trésor français. Résultat: les africains s'appauvrissent et demandent de l'aide. Une aide que leur prête volontiers la France qui puise dans...les comptes d'opérations. Le comble de l'Afrique mendiante et riche en milliards.

L'accord prévoit en outre que la France peut décider un ajustement de la valeur du franc, lorsque les avoirs extérieurs ne suffisent pas à alimenter les comptes d'opérations. C'est ce que nous, jeune génération, avons connu dans les années 90, sous le fameux nom de « dévaluation ». Du simple au double: 1 franc qui valait 50 francs en valait désormais 100. Rappelez vous le début de cette note, nous parlions de « coopération monétaire ». Belle forme de coopération. La France achète pour deux fois moins cher, la Côte d'Ivoire elle doit s'arranger pour exporter deux fois plus pour garantir le même chiffre d'affaire. N'oublions pas que les salaires eux n'ont pas doublé en 1994, avec pour conséquence une chute du pouvoir d'achat.

Une autre effet pervers de cette monnaie est que le franc CFA n'a pas autant de valeur en réalité. Il est surévalué, notamment par rapport aux autres devises d'Afrique. Dès lors -et nous assistons à une situation similaire aujourd'hui avec la zone Euro, après la chute du dollar- nos produits sont peu compétitifs (entendez trop coûteux) pour ces pays. Nous n'exportons donc rien en Afrique! Notre principal marché est l'Europe. Belle coopération en effet...

Nous pourrions passer des heures à mettre en cause la nature des comptes d'opérations et à critiquer les mécanismes de spoliation cacique mais « légale » d'une Afrique qui porte encore les cyniques falbalas d'un accord signant d'entrée de jeu son asservissement financier. Nous ne pouvons pas construire d'écoles, d'autoroutes, d'hôpitaux, mais nous pouvons déposer 65% d'un argent gagné à la sueur de notre front dans un compte de la rue Croix des petits Champs, dans le 1er arrondissement de Paris.

Pour combien de temps encore? C'est à nous de faire le choix. Évidemment nous courrons le risque d'une monnaie moins stable, mais forts de cette liberté nous saurons faire face à l'épreuve. La contrainte est créatrice.

Source: http://poukoi.ivoire-blog.com/

PS: Le président équato-guinéen Theodoro Obiang Nguema s'est récemment prononcé contre l'existence de ces fameux comptes d'opération http://t.co/Ag4enPlO

 

Source: Le blog de Benoît Boéhi


vendredi, 25 novembre 2011

FRANÇAFRIQUE – NOUVELLE DEVALUATION DU FRANC CFA OU L’ASSASSINAT DE L’AFRIQUE

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Alors qu'on a appris que Nicolas Sarkozy doit en partie sa victoire présidentielle grâce à l'argent (le franc CFA) des Africains qu'il méprise, il veut la dévaluation dudit franc CFA selon des rumeurs persistantes. Avec la nouvelle révélation sur le financement de sa campagne présidentielle par Omar Bongo dans un livre à paraître demain, jeudi 24 novembre : « Le scandale des biens mal acquis », on comprend pourquoi le dossier judiciaire sur les biens mal acquis n'aboutissent pas en France.

C'est Mike Jocktane, ancien conseiller de feu Omar Bongo qui accuse Nicolas Sarkozy d'avoir bénéficié des mallettes et des fonds occultes de la Françafrique. Du coup, les salmigondis de Robert Bourgi ressemblent étrangement au nuage de Tchernobyl qui s'était arrêté aux frontières de la France de même que les mallettes avec l'avènement du président Sarkozy. De l'esbroufe. Tous corrompus ! Mais, au détriment de l'Afrique qu'ils aiment tant détester.


Donc, avec la complicité des dirigeants africains-ont-ils vraiment le choix ?-, le franc CFA sera dévalué le 1er janvier 2012 pour le grand malheur de l'Afrique subsaharienne francophone. Considérant que son baromètre et/ou arrimage se mesure à l'euro, ça veut dire que, demain, 1 euro correspondra à 1000 francs CFA au lieu de 655,59 FCFA. Si l'information est confirmée, alors que la dévaluation du franc CFA, en 1994, a fait naître l'espoir de voir les principales filières commerciales boostées, c'est le contraire qui s'est produit. Et par conséquent, ce sont les populations, en premier, qui pâtiront de cet effet. La dialectique selon laquelle la parité fixe entre le franc cfa et l'euro est avantageuse pour les États de la zone CFA, avec notamment la maîtrise de l'inflation et la stabilité macroéconomique est mensongère.


La plupart des pays du continent n'ont pas encore réussi à tirer un avantage significatif des débouchés commerciaux découlant de l'expansion des marchés et des régimes préférentiels. Ne pas pouvoir transformer sa propre production en produit manufacturier implique l'importation plus que l'exportation et par conséquent, l'Afrique est obligée d'acheter les produits de l'extérieur. Avec une dévaluation, les milliards de francs CFA qui viendront en Europe, permettront à la zone euro, très chahutée en ce moment, de pouvoir s'en sortir.


C'est pour ces faits qu'il faut préciser, que dis-je, re-préciser que, les pays africains ne sont pas indépendants, nonobstant bien évidemment certaines tentatives de dirigeants, qui, par peur de perdre leur pouvoir se découvrent comme par enchantement panafricanistes, qui, pour contenter sa population annoncent qu'il faut battre sa propre monnaie. Autant d'exemples ridicules sans véritable volonté politique qui ne sont que des effets d'annonce sans réelle signification.


Donc, pour éviter le naufrage de la France, il faut organiser celui de l'Afrique ? Alors que les Africains ne sont pas à l'origine de la chute probable de la France avec notamment la perte annoncée de son « triple A » résultant de la mauvaise gestion de ses autorités, ce sont les plus faibles, en l'occurrence les Africains, qui doivent trinquer. Il est plus que jamais urgent pour les pays africains sous le joug français, de s'unir et de quitter la zone CFA. C'est une évidence et une urgence.


Comment expliquer la non-interchangeabilité du franc CFA de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) et celui de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) ? Or, d'un pays à l'autre, l'euro circule, à part en Angleterre qui a conservé sa Livre sterling (£). Autrement dit : il est impossible de partir d'Abidjan, en Côte d'Ivoire, à Yaoundé, au Cameroun, avec ses francs CFA émis par la Banque centrale des États d'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Une incongruité.


Source: Le blog d'Allain Jules

MALGRE LE DEMENTI DU CAMP OUATTARA, LE CFA SERA BEL ET BIEN DEVALUE: LA PREUVE


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Comme il fallait s'y attendre, le scoop livré par Notre Voie, dans son édition N° 3988 du lundi 21 novembre 2011 relativement à la dévaluation du franc Cfa, annoncée pour janvier 2012, suscite des réactions divergentes. Pendant que des économistes africains trouvent cette triste réalité inévitable au regard de la rude crise économique qui frappe l'Europe, les gouverneurs des banques centrales africaines concernées (Bceao et Beac) tentent de nier l'éventualité. Et pourtant, le franc Cfa se situe à un micron de sa deuxième profonde dévaluation.

 

«Si rien ne vient entre temps changer la donne, dès le 1er janvier 2012, c'est-à-dire dans moins de 40 jours, le Fcfa sera dévalué à nouveau. La parité fixe qui jusque-là était de 1 euro = 655,59 Fcfa passera à 1 euro = 1000 Fcfa. Selon une source diplomatique occidentale, c'est pour apporter cette information aux chefs d'Etat de l'Uemoa qu'Alassane Dramane Ouattara a fait le tour de la sous-région, la semaine dernière. Il a été mandaté, selon la source, par le Président français, Nicolas Sarkozy. En Afrique centrale, c'est à Denis Sassou N'Guesso que la mission a été confiée par Paris d'informer ses homologues de la Cemac mais aussi des Comores. Le diplomate assure que Sarkozy, compte tenu des problèmes que le Président sénégalais rencontre actuellement et surtout à cause de sa grande susceptibilité, a tenu à parler personnellement à Abdoulaye Wade lequel devrait informer son petit voisin bissau-guinéen».

Cette exclusivité publiée par le quotidien Notre Voie n°3988 du lundi 21 novembre 2011 a visiblement créé un séisme à la rencontre annuelle de concertation entre la Bceao et la Beac qui se tient à Abidjan, depuis mardi 22 pour prendre fin aujourd'hui 24 novembre 2011. Au point où, au sortir d'une audience avec Alassane Dramane Ouattara, le mardi 22 novembre, lendemain de la publication de l'article de Notre Voie, le gouverneur de la Beac, Lucas Abaga, a déclaré : «La dévaluation n'est pas d'actualité. La croissance reste rigoureuse en 2011 ; le taux de couverture monétaire est presque de 100% alors qu'il faut un minimum de 20%, tous les indicateurs sont dans le bon sens». Le nouveau gouverneur de la Bceao, Tiémoko Meyliet Koné, qui se tenait à ses côtés, a partagé la même vision que son homologue.

Le prêteur en difficultés financières

Ces propos du gouverneur de la Beac sont plus du registre de la politique, qui vise à amadouer les populations afin de prévenir toute manifestation de rue, que celui de l'économie, où la démagogie ne prospère pas face aux clignotants rouges. Si une timide croissance est constatée en Afrique depuis quelques années, ce n'est pas le cas en Europe où sévit une crise économique rude qui menace même les fondements de l'euro, la monnaie commune à 27 pays européens. Dont la France, ex-pays colonisateur de la majorité des pays, membres de la Bceao et de la Beac. Mais surtout «parrain» du Fcfa et principal pourvoyeur de «l'aide» au développement des Etats de la zone monétaire. Frappée par la crise économique qui touche l'Europe, la France se trouve profondément dans l'incapacité de jouer son rôle comme par le passé.

De son côté, l'Allemagne, la première puissance économique européenne, se refuse à servir de «parapluie» à la France en Afrique au risque de mettre en péril tout l'édifice européen. D'autant qu'en Europe, les conséquences de la crise se font durement ressentir. L'exemple de la Grèce est bien récent. «Le prêteur est en difficulté, c'est cela la réalité. Pour prêter de l'argent aux pays de la zone Cfa dans le cadre de l'aide au développement, la France empruntait, avant la crise, sur le marché européen à un taux de 2%. Elle prêtait ensuite aux pays africains à un taux de 4%. Avec la crise, le taux d'emprunt de la France sur le marché européen s'est accru. La France ne peut plus continuer puisqu'elle est frappée de plein fouet par la crise. Elle a donc décidé de dévaluer le Fcfa pour ne pas porter les pays de la zone Bceao et Beac comme un boulet au pied», soutient une source informée.

Ancien gouverneur de la Bceao, Alassane Dramane Ouattara que la France a activement contribué à installer au pouvoir a été chargé par Paris d'expliquer la pilule amère de la dévaluation du Fcfa aux autres chefs d'Etat de la zone. Quant aux gouverneurs de la Bceao et de Beac réunis à Abidjan avec les autres partenaires dont la France, il s'agit de réfléchir sur comment appliquer cette mesure sans faire sombrer les économies sous-régionales.

Comme avant le 11 janvier 1994

La tâche est ardue comme ce fut le cas en 1993, quelques mois avant la dévaluation du Fcfa survenue en janvier 1994. En effet, à partir de septembre 1993, le soutien financier de la France était conditionné à l'adoption par les pays de la zone Cfa de programmes économiques et financiers crédibles soutenus par le Fmi. Ce changement d'attitude préfigurait de la dévaluation du franc Cfa. Aujourd'hui encore, le schéma est identique.

Pendant que le Fmi est sollicité par l'Europe pour appuyer les économies de certains pays de la zone euro en grande difficulté, il soumet les pays africains à des conditionnalités socio économiques qui ne seront pas sans conséquences pour la stabilité de certains Etats. Des sources parlent, par exemple, de réduction du personnel de la Fonction publique et d'une privatisation totale de tous les secteurs des économies des pays africains.

La dévaluation va renchérir le coût de la vie déjà intenable dans certains pays comme la Côte d'Ivoire. C'est à juste titre que Houphouët s'opposait vigoureusement à la dévaluation. Quelques semaines après sa mort, le 7 décembre 1993, la France et le Fmi ont décidé, le 11 janvier 1994, la dévaluation de 50% du franc Cfa pour les 13 pays africains du continent et 33% pour les îles Comores. Pour janvier 2012, des sources parlent d'une dévaluation de plus de 60% du franc Cfa. C'est dire que la catastrophe est à nos portes. Et les pluies de milliards de Fcfa dévalués n'y pourront rien. Comme en 1994...


Didier Depry, in le quotien ivoirien "Notre Voie" N° 3991 du jeudi 24 novembre 2011.

didierdepri@yahoo.fr

 

Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

00:05 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Europe, France, Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : côte d'ivoire, france, afrique, dévaluation du franc cfa, nicolas sarkozy, uemoa, bceao, beac, cemac, euro | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 08 mars 2011

IMPACTS DE LA CRISE IVOIRIENNE SUR L'ESPACE UEMOA - LES SIGNAUX AU ROUGE


FRANC CFA. 1000.jpg

Les nouvelles ne sont pas bonnes à l'Union économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Uemoa) suite à la crise que vit la Côte d'Ivoire, depuis décembre dernier.


Le comité de politique monétaire a procédé dernièrement à l'examen de la situation économique, financière et monétaire récente de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), à la lumière des impacts de la crise politique en Côte d'Ivoire. Tous les participants à cette rencontre se sont préoccupés de la résurgence des pressions inflationnistes, consécutive au renchérissement des denrées alimentaires importées et à la progression des prix des carburants dans la plupart des pays. Le taux d'inflation, en glissement annuel, s'est, en effet, accru de 2,6 % entre fin septembre 2010 et fin décembre 2010 où il s'est établi à 3,9%. A cette date précise, les Etats membres de l'Union économique et monétaire de l'Afrique de l'Ouest (Uemoa) ont poussé l'outrecuidance, de pousser la Côte d'Ivoire et le Gouverneur de la Banque centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Bceao), l'Ivoirien Philippe Dacoury-Tabley, vers la porte de cette union. Conséquence directe de cette décision. L'Institution n'arrive plus à fonctionner correctement. La preuve, lors de cette rencontre du Comité de politique monétaire de Dakar au début de ce mois de mars, les experts ont relevé une évolution mitigée de l'activité économique, marquée par les effets de la crise énergétique dans la plupart des pays, les contre-performances du secteur industriel et la bonne orientation des secteurs tertiaire et agricole.

En effet, pour le troisième trimestre consécutif, l'indice de la production industrielle s'est inscrit en baisse de 5,4%, en glissement annuel, au quatrième trimestre 2010, le secteur industriel ayant été affecté par le recul de la production des industries extractives et manufacturières. En revanche, l'activité commerciale s'est bien tenue, l'indice du chiffre d'affaires dans le commerce de détail ayant augmenté de 3,3%, en rythme annuel. Les dernières données des statistiques agricoles indiquent une progression de 15,1% de la production vivrière de la campagne 2010-2011. Le Comité de politique monétaire a noté que l'impact de la crise en Côte d'Ivoire sur les perspectives économiques de l'Union et sur le système financier régional pourrait être significatif en 2011. A cet égard, le Comité a demandé à la Bceao de poursuivre ses actions en faveur de la préservation de la stabilité financière dans la sous-région. Il a également recommandé aux Etats membres, la mise en œuvre de mesures structurelles de soutien à l'offre. Parce que, des pressions inflationnistes resteront fortes au cours du premier semestre 2011.

S'agissant des perspectives, elles sont empreintes d'incertitudes, au regard de la situation que vit la Côte d'Ivoire. Le Comité de politique ne veut donc pas prendre de risques au niveau des taux directeurs de la banque centrale. Il a préféré ceux-ci en vigueur depuis le 16 décembre 2010. Ces taux des opérations sur le guichet prêt, il faut le rappeler sont à 3,25% et 4,25%. Par ailleurs, le comité a décidé de maintenir le coefficient des réserves obligatoires, à son niveau de 7,0% en vigueur depuis le 16 décembre 2010. C'est pourquoi, il conseille aux Etats une vigilance accrue dans le suivi de l'inflation afin de prendre, en temps opportun, les mesures appropriées. Comme on le voit, les effets néfastes de la crise que la Côte d'Ivoire vit, ne touchent pas les Ivoiriens seuls. C'est toute la sous-région qui est concernée. Et si, dans les quelques mois, le pays décidait de battre sa propre monnaie. C'est toute la région qui sera enrhumée. Car, la Côte d'Ivoire est un solide levier économique de cette partie du continent qui a tous les atouts pour se prendre en charge.


Joseph Atoumgbré

attjoseph@yahoo.fr


Source: ABIDJAN 360

 

jeudi, 17 février 2011

LA MIR (MONNAIE IVOIRIENNE DE LA RESISTANCE) EST-ELLE INFAISABLE ?

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En ces temps de « guerre », il est de plus en plus question d'une « Monnaie ivoirienne de la résistance » soit la « MIR » dont vous apercevez le spécimen ci-contre. Les économistes sont plutôt divisés sur la question à savoir si la Côte d'Ivoire peut battre monnaie dans les circonstances actuelles, avec une Côte d'Ivoire coupée en deux entre Alassane Ouattara et Laurent Gbagbo. On dit souvent que « l'argent est le nerf de la guerre » et cela s'avère vrai.

Cependant, l'idée d'une nouvelle monnaie nationale en Côte d'Ivoire taraude l'esprit des économistes ivoiriens depuis près de 5 ans déjà. En 2007, Mamadou Koulibaly, docteur en économie et président de l'Assemblée nationale se plaignait du fonctionnement du « compte d'opérations » déposé au Trésor français et où se trouve la majorité des avoirs extérieurs des pays de la zone franc : « Pour être libres, nous allons créer notre monnaie » avait t-il lancé. «  Ce serait une catastrophe pour la zone UEMOA et toute l'Afrique. Car la Côte d'Ivoire représente, à elle seule, la locomotive de l'Union. Et le Sénégal qui l'épaule, ne pourra pas seul tenir debout. Ce sera alors l'éclatement de l'union », lui avait répondu le Sénégalais Doudou N"Doye, président l'UPR.

Certains économistes posent des préalables à la question de faisabilité du projet, tel que : l'unification des caisses entre le nord et le sud, la réunification militaire du pays et la stabilité économique et sociale de la Côte d'Ivoire. Au delà des préalables, d'autres mettent en garde contre la probable non reconnaissance de la devise ivoirienne à l'extérieur des frontières ivoiriennes et même à l'intérieur du pays, notamment les zones centre, nord et ouest (communément appelé zone CNO). De sorte que certains économistes parlent d'une monnaie mort née.

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Néanmoins, le projet est-il réellement infaisable ?

On pourrait dire non, il est empiriquement démontré que des situations graves révèlent de grandes créations. Déjà au 19ème siècle, précisément en 1862, Clément Juglar, le spécialiste des crises que l'on retrouve dans tout cours d'économie, disait ceci à propos des crises: « Tout s'arrête pour un temps, le corps social paraît paralysé ; mais ce n'est qu'une torpeur passagère, prélude de plus belles destinées. En un mot, c'est une liquidation générale. Il ne faut donc jamais désespérer ni trop espérer de son pays, se rappelant sans cesse que la plus grande prospérité et la plus grande misère sont sœurs, et se succèdent toujours ». Il est bien dit que la crise est le prélude de belles destinées. Au 20ème siècle, les régulationnistes tels que Michel Aglietta, Bernard Billaudot, Robert Boyer, Benjamin Coriat démontraient théoriquement et empiriquement (sur une étude allant de la fin du 19ème siècle au début des années 1970) que la crise est l'occasion du changement du mode de regulation et des régimes d'accumulations. Parmi ces changements figurent le changement des formes de la monnaie incluses parmi les 4 autres formes institutionnelles.

Au-delà du volet théorique, l'histoire nous montre bien que les grandes crises révèlent les grands changements, Notons que bien souvent d'importantes décisions monétaires ont été prise en temps de crise : la crise de 1929, la fin de la Seconde Guerre Mondiale en 1947 avec le Plan Marshall puis la Guerre du Kippour et les chocs pétroliers en 1979. Il est donc possible, voire souhaitable, pour un pays en mal de souveraineté nationale de poser le problème de son autonomie monétaire.

Au niveau technique, les économistes pessimistes invoquent un supposé problème d'inconvertibilité d'une nouvelle monnaie ivoirienne à l'extérieur ce qui poserait le problème de l'exportation de nos biens à l'étranger. Ce qui n'est en réalité pas un problème ou du moins un problème déjà présent. Rappelons que le franc CFA étant une monnaie divisionnaire, elle n'est point convertible internationalement, pourtant nous commerçons bien avec les Etats-Unis dont la devise est le dollar. En d'autres termes, il nous suffira d'établir une intra-conversion administrée par le Trésor public ivoirien ou la future Banque Centrale Ivoirienne (BCI), qui elles pré-détiendront des stocks de devises internationales.

L'autre problème que pourrait poser la MIR relève du domaine psycho-politique. Car une nouvelle monnaie ivoirienne devra compter sur la confiance totale de l'ensemble des ivoiriens en elle. Or, les partisans de Ouattara ne reconnaitrons pas cette monnaie. En sus, nul ne doute que l'économiste Alassane Ouattara n'hésitera pas à faire circuler du Franc CFA sur la territoire ivoirien tout en émettant des faux « MIR » afin de pousser à l'hyperinflation comme en Zimbabwe en 2009, ce qui pourrait conduire au désordre monétaire.

En somme le projet du « MIR » n'est pas infaisable. Mais face aux possibles difficultés exogènes et endogènes que cette monnaie devra affronter, il nous faudra de la volonté et du professionnalisme afin d'assurer nos échanges de manière efficace.

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Extrait du rapport : Introduction à l'Etude de faisabilité objective de la MIR (Décembre 2010 -Janvier 2011)


Jean-Philippe OBO et le cercle d'économistes ivoiriens à Paris


Source: IVOIRENEWS

L'ETAT MET LE CAP SUR LA SOUVERAINETE MONETAIRE

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Lentement mais sûrement, la Côte d'Ivoire est en train de conquérir sa souveraineté monétaire. La rupture brutale provoquée par la Bceao- Siège depuis Dakar y est pour quelque chose. Après avoir essayé vainement les armes diplomatique, militaire et politique, Sarkozy et sa Françafrique, ont décidé de désorganiser voire tuer le secteur bancaire de l'espace de l'Union économique et monétaire ouest-africain, (Uemoa).

Certainement, selon leurs propres termes, «étouffer financièrement et économiquement le camp Gbagbo». Dans l'espace, Uemoa, la France est membre très influent dans le Conseil d'administration. La Banque centrale des Etat de l'Afrique de l'Ouest (Bceao). Mieux, c'est elle qui contrôle et manipule à volonté plus de la moitié des avoirs extérieurs des pays ayant en commun, l'usage du Franc Cfa à travers le compte d'opération logé au Trésor français.

Ainsi, après le dernier sommet des chefs d'Etat et gouvernement de l'Uemoa tenu à Bamako au Mali, le gouverneur en fonction Dakoury-Tabley Henri Philippe a été contraint à la démission et depuis, le vice-gouverneur, le Burkinabé Jean Baptiste Compaoré, a pris l'intérim pour trois mois. Comme il n'attendait que ça, le premier acte qu'il a posé, c'est de déconnecter l'agence nationale de la Bceao pour la Côte d'Ivoire, du système informatique de la Banque d'émission.

Le gouvernement Aké N'Gbo ne se fera pas pier pour réquisitionner les agents nationaux de la Bceao travaillant en Côte d'Ivoire. Dès cet instant, Abidjan a mis le cap sur son autonomie. Ce qui fait mal à Bceao- Siège surtout que la Côte d'Ivoire, c'est le pays phare de l'Uemoa avec environ 40%. Face à cette nouvelle donne qui laisse entrevoir non seulement la désagrégation de l'Uemoa, avec à la clé une dévaluation du Fcfa, un nouveau conseil des ministres des Finances de l'Uemoa, a été tenu à Dakar ; le 5e en moins de deux mois. C'est à l'issue de cette rencontre que Jean-Baptiste Compaoré va brandir le bâton des sanctions contre les banques qui vont collaborer avec le gouvernement du Premier Aké N'Gbo.

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Comme il fallait s'y attendre, l'un des satellites en Côte d'Ivoire, la Banque internationale pour le commerce et l'industrie en Côte d'Ivoire (Bicici), filiale de la Banque nationale de Paris (Groupe Bnp Paribas), qui boycottait la transaction manuelle, mise en place par le gouvernement, a sauvagement et de façon inélégante, fermé nuitamment ses agences en Côte d'Ivoire. En attendant, le départ des autres épargnants, il convient de préciser que la Bicici perd avec le non virement des salaires des fonctionnaires et agents de l'Etat, un dépôt mensuel d'environ 7 milliards de Fcfa sur lesquels, elle ne percevra plus des agios.

Par ailleurs, la Citibank qui a également fermé son agence a pris soin d'ouvrir ses guichets automatiques dit-on à l'hôtel Sebroko. En clair, nous sommes passés à une autre phase de la crise ivoirienne et qui porte à croire, que tout est mis en œuvre, pour pousser la Côte d'Ivoire, non seulement à bout, mais l'obliger à sortir de l'Uemoa. En le faisant, ceux qui poussent la Côte d'Ivoire confortent le ministre délégué au Budget Koné Katinan Justin quand il dit :

«Nous n'avons pas l'intention de sortir de l'espace communautaire, mais si on y oblige, nous aviserons». Pour montrer la bonne foi et faisant la posture de la mentalité de l'orphelin avec une vision de souveraineté affichée par le gouvernement Aké N'Gbo, le budget d'Etat 2011, est essentiellement bâti sur la mobilisation des ressources internes. Cap sur la souveraineté monétaire Le budget d'Etat 2011 s'équilibre en recettes et en dépenses à 2907,320 milliards de Fcfa dont 924,7 milliards de Fcfa seront mobilisés par la Direction générale des impôts (Dgi) contre 938 milliards de Fcfa des douanes ivoiriennes qui promettent mobiliser 1000 milliards de Fcfa.

S'agissant de la mobilisation des ressources, il convient de rappeler cette déclaration en substance du ministre Koné Katinan : « Nous n'attendons rien en terme de mobilisation des ressources extérieures, mais sur l'honneur nous prenons l'engagement d'honorer nos obligations envers nos créanciers extérieurs». Aux grands maux, un traitement de choc approprié. Pourrait-on dire. C'est ce que vient de faire le gouvernement à travers sa déclaration du 14 février 2011, avec la série de mesures prises pour sécuriser le paiement régulier des salaires des fonctionnaires et agents de l'Etat.

Mais aussi et surtout ceux des travailleurs du secteur privé. Pour les salaires du mois de février et des mois à venir, la Direction générale du trésor et de la comptabilité publique est instruite à l'effet de procéder à l'ouverture d'office, de comptes dans les autres banques afin d'y effectuer les virements des salaires des fonctionnaires et agents de l'Etat.

Par ailleurs, le gouvernement qui ne veut plus se laisser distraire et se faire surprendre, a décidé de la fermeture immédiate dans ces deux banques, des comptes de sociétés d'Etat et ceux des sociétés à participation financière publique, afin de procéder à leur ouverture dans les autres banques. Pendant que le Garde des Sceaux est instruit d'engager sans délai, des poursuites judiciaires contre ces deux banques. En outre, un secrétariat est créé au sein du Trésor afin d'informer et d'orienter les usagers des secteurs privés et publics de ces deux banques.


Bamba Mafoumgbé


Source : GBAGBO.CI

lundi, 13 décembre 2010

LA MONNAIE COMME L'EMBOUCHURE DU DEVELOPPEMENT AFRICAIN


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Par Séraphin PRAO, Docteur en Economie

"Pour donner au développement un véritable dynamisme interne, il faut d'abord lui assurer un maximum de financement interne" (J.-M. ALBERTINI, 1967).


Aujourd'hui, il n'est plus nécessaire de souligner l'importance des phénomènes monétaires dans l'ensemble de la vie économique tant la monnaie occupe notre quotidien. Si la monnaie est familière elle n'en demeure pas moins mystérieuse.

En effet, d'une part elle est profondément présente dans la culture de chacun, d'autre part les lois qui fondent ses qualités et qui gouvernent son fonctionnement sont très mal connues.

La raison fondamentale est que la monnaie a toujours été source de difficultés et d'ambiguïtés pour les économistes puisque de nombreuses controverses ont lieu. C'est le cas du débat sur le bien-fondé de la Zone Franc, cinquante années après les indépendances des pays membres.

Le débat sur le franc CFA s'amplifie et s'organise autour de deux tendances : ceux qui préfèrent la tutelle française dans la gestion monétaire des Pays Africains de la Zone Franc (PAZF) et ceux qui demandent qu'on établisse sans délai le certificat de décès de cette humiliante tutelle française.

Nous nous situons dans cette dernière catégorie car la monnaie est trop sérieuse pour la laisser entre les mains des autres. En outre, notre intuition est que la monnaie peut être considérée comme l'embouchure du développement économique des pays africains.

Selon le dictionnaire "Le nouveau PETIT ROBERT", édition 1995, on entend par embouchure, l'ouverture par laquelle un cours d'eau se jette dans une mer ou un lac. Appelons cette ouverture "monnaie", le cours d'eau "pays africains" et la mer "le développement". De là se dessine l'objectif de notre présent article : il sera question de présenter la monnaie comme une porte ouvrant les possibilités de développement aux pays africains surtout ceux de la Zone Franc.

La littérature scientifique désormais abondante qui touche de près ou de loin le franc CFA, ne manque pas, prise dans son ensemble, d'être assez déroutante. Les travaux prolixes et solides sur la nécessité de sortir de la vassalisation monétaire côtoient de nombreux autres qui prônent le maintien de cette chaîne monétaire.

Il nous faut donc adopter une démarche méthodique afin que le texte soit clairement exposé.

Le plan de notre article sera organisé de façon suivante. On traitera dans un premier temps, la question de la nature de la monnaie. Il s'agira de présenter la nature véritable de la monnaie et non celle qui est véhiculée partout même dans certaines universités les plus prestigieuses.

Ce fait est important : non seulement il contrevient aux idées courantes selon lesquelles la monnaie est insignifiante et neutre.

Dans un deuxième temps, nous montrerons en quoi l'organisation du système bancaire de la Zone Franc conduit à un financement bancaire faible de l'investissement productif.

Enfin, dans un troisième temps, nous aborderons la nécessité de gagner notre indépendance monétaire pour lancer véritablement un développement.


I. LE CONCEPT DE MONNAIE

A. La conception insignifiante de la monnaie

Pour mieux réussir une attaque, il faut bien connaître sa cible. C'est la raison pour laquelle, dans nos différents articles, nous prenions la peine de donner une définition sérieuse de la monnaie sans méprendre les autres définitions mineures.

En effet, depuis Aristote, l'approche la plus traditionnelle du fait monétaire considère la monnaie comme un simple instrument ayant pour rôle de faciliter le fonctionnement de l'économie de marché :

-        en rendant plus simples les calculs comptables ;

-        en évitant les problèmes inhérents au troc ;

-        en permettant un transfert inter-temporel de pouvoir d'achat.

Dans ce cas, la monnaie est d'abord vue comme "un langage chiffré commun" qui va permettre de comparer la valeur de biens hétérogènes.

Elle a ainsi un rôle de simplification de l'information pour les agents économiques. Telle est la conception que certains ont de la monnaie, ce qui leur permet de considérer le franc CFA et ses mécanismes comme inoffensifs. La monnaie est donc neutre et passive.

Il importe ici de souligner que ceci implique l'acceptation de certaines conditions pratiques telle que l'exogénéité de la monnaie. Ce signifie qu'elle est indépendante de la demande de crédit (ou des dépôts) des agents économiques.

La question de l'offre de monnaie présente un enjeu important. Elle est liée non seulement à une représentation des mécanismes monétaires mais aussi à des théories explicatives du rôle de la monnaie dans l'activité économique. La politique monétaire restrictive que mène la BCEAO d'ailleurs impose l'exogénéité de la monnaie puisque l'offre de monnaie exogène est une condition nécessaire pour la théorie quantitative de la monnaie et pour la version contemporaine que représente le monétarisme.

A l'occasion de l'entrée en vigueur de la réforme institutionnelle de l'UMOA et de la BCEAO, M. Philippe-Henri DACOURY TABLEY, gouverneur de la BCEAO donnait dans une interview, l'objectif de cette réforme en ces termes : "la mise en œuvre de la réforme devrait, en assignant à la BCEAO un objectif prioritaire de stabilité des prix, permettre, de garantir le pouvoir d'achat de notre monnaie et apporter une réponse adéquate au défi du financement des économies".

La BCEAO, rebaptisée par nous, sous le nom de "Banque Centrale Européenne en Afrique de l'Ouest", ne pouvait qu'appliquer les directives de la BCE. Or cette institution qui a pour principal objectif de lutter contre l'inflation, c'est-à-dire maintenir la stabilité des prix et donc l'inflation annuelle dans la zone Euro au-dessous de 2% sur le moyen terme.

B. Une définition utile de la monnaie

En dépit de ces évolutions de fond, mal connues et mal mesurées par le public, un consensus général s'est formé pour reconnaître à la monnaie une sorte d'originalité. A côté de la vision mécaniste de la monnaie, on peut penser autrement la monnaie.

En effet, la monnaie est une créance de l'agent économique qui la détient sur l'organisme émetteur, créateur de monnaie. L'existence de la monnaie repose sur la confiance et celle-ci est liée à la garantie officielle qui est apposée sur toute monnaie sous forme d'une marque, image, emblème... La garantie donnée par une autorité représentant la collectivité permet l'usage par le plus grand nombre. Dès lors la monnaie devient un signe et on retrouve là, la nature fondamentalement abstraite et représentative de la monnaie.

Ainsi la monnaie est un fait social et n'est pas déterminée par ses qualités physiques et naturelles, ce qui d'ailleurs lui permet de remplir sa fonction. Selon cette conception de la monnaie, elle devient l'élément tangible de la communauté de destin. On peut donc considérer que la monnaie est une représentation du lien social, de la société.

Nous venons de voir que ce qu'on s'accorde, par commodité plus que par rigueur, à nommer monnaie, est en réalité un fait social total. Dès lors, sa force vient du corps social et non de l'extérieur.

Sans qu'il soit ici nécessaire d'entrer dans les détails tant la question ne sera pas épuisée, il suffira à ce stade de préciser que la définition de la nature de la monnaie ne dit pas que la monnaie n'est pas fondamentale.

Dans les PAZF, on a considéré la monnaie comme un voile, un simple lubrifiant dans la machine économique. On entend même dire, sans rire, que le franc CFA est salutaire pour les économies africaines. C'est juste un présupposé parascientifique relevant plus d'une postulation.


II. LA MONNAIE ET LE FINANCEMENT BANCAIRE EN ZONE FRANC

La méthode scientifique, telle que les modernes l'entendent, comprend trois procédés : l'observation, l'hypothèse et l'expérimentation. Dans cette partie de notre texte, nous allons indiquer l'importance des banques et faisant suite à cette démonstration, la présentation du système bancaire des PAZF permettra de comprendre la faiblesse du financement bancaire de l'investissement productif.

A. Le rôle d'une banque dans une économie

Le public reconnaît plus à la banque son activité d'intermédiation financière. Certes une banque exerce une activité d'intermédiation financière mais ce qui fait sa spécificité c'est qu'elle a un pouvoir de création monétaire. Et l'octroi de crédit par une banque ne se fait pas sur la base de ressources préexistantes. Elle crée par le crédit un dépôt bancaire au bénéfice de l'emprunteur.

Dans la tradition keynésienne, l'économie peut être représentée sous la forme de circuit économique qui repose sur une division de l'économie en trois fonctions de base : la fonction de dépense, la fonction d'entreprise et la fonction de crédit.

Dans une économie de marché, l'activité économique naît de la décision de produire des entrepreneurs. En fonction des opinions qu'ils ont sur l'état présent et futur des affaires, et du degré de risque qu'ils sont prêts à assumer, les entrepreneurs décident d'un certain niveau de production.

Cependant, ces projets doivent être validés par les banques, qui, au début du cycle de production, réalisent par le jeu du crédit l'avance monétaire dont les entrepreneurs ont besoin pour acheter les moyens de production, les biens de consommation intermédiaire et payer les salaires.

Au niveau macroéconomique, le pouvoir de création monétaire du système bancaire lève une contrainte majeure sur l'accumulation du capital : le financement des projets nouveaux d'investissement n'est plus assujetti à l'épargne formée au cours de la période.

B. Le système bancaire des PAZF et le financement bancaire

Il s'agit de présenter le "tableau de bord" du système financier et bancaire des pays de l'UEMOA en général.

Il est généralement admis que le système financier tient sa raison d'être, en grande partie, des besoins des firmes, des ménages et du gouvernement.

Du fonctionnement du système bancaire dépendra de la considération accordée à la dimension monétaire dans le financement de l'économie. En général, les pays de l'UEMOA comme de la Zone Franc d'ailleurs, ont des systèmes financiers peu profonds et un système bancaire oligopolistique.

Au sein de l'UEMOA, le système bancaire sénégalais et celui de la Côte d'Ivoire comptent environ 38% du total des banques de l'Union. Les systèmes financiers africains en général et ceux de l'UEMOA en particulier, sont étroits, peu diversifiés et n'assument pas leur rôle dans le financement du développement.

Suivant les conclusions de la mission pour la réforme des systèmes et moyens de paiement, sur une population totale de soixante-dix millions d'habitants comprenant une population active d'environ trente millions de personnes, la part des titulaires de comptes bancaires se situe à moins de 10% dans l'UEMOA. Ce faible taux de bancarisation entraîne une forte utilisation de la monnaie fiduciaire.

En Côte d'Ivoire, selon PRAO Séraphin, l'indice de l'approfondissement financier, c'est-à-dire ici la masse monétaire M2 rapportée au PIB, montre une amélioration du développement financier jusqu'en 1990 avec une très courte période de rétrécissement de 1978 à 1983. Sur la période 1962-2004, le ratio mesurant l'approfondissement financier atteint son maximum en 1977 (0,32) et son minimum en 1963 (0,18). Sa moyenne qui est de l'ordre de 0,26 est à peu près le niveau atteint en 1971, légèrement en dessous de celui de 1994 (0,28).

Du fait de la faiblesse du taux d'autofinancement et des fonds propres des entreprises comme de l'étroitesse du marché financier, le crédit bancaire est la condition non seulement d'un accroissement de l'activité économique mais du maintien d'un niveau suffisant du taux d'investissement et du taux de croissance.

En effet, dans ce genre d'économie, le partage de la valeur ajoutée des entreprises ne permet pas de dégager assez de profit et donc d'épargne de la part des entreprises, ce qui explique l'insuffisance de l'autofinancement. Dès lors, le financement bancaire peut ou doit assurer à la fois un partage social acceptable du revenu national entre entreprises et salariés et favorise la croissance avec la progression du niveau de chacune des parts. Il s'ensuit que le développement et la stabilité du secteur bancaire deviennent essentiels à une croissance économique stable.

Malheureusement, depuis l'époque coloniale, les banques peinent à financer le développement des économies africaines.

Or, le sous-développement bancaire et financier des économies de la Zone Franc a eu pour conséquence la faiblesse du financement bancaire de l'investissement.

Dans les pays de la Zone Franc en général, le crédit bancaire reste de courte période et extrêmement coûteux. Seules les opérations menées par des grandes entreprises modernes ayant une rentabilité assurée à un horizon de 1 à 2 ans sont financées, les opérations d'investissement de long terme étant quasiment exclues de leur portefeuille.

En ce qui concerne l'UEMOA, le montant des crédits alloués à l'économie équivalait à 16% du PIB en 2006, soit un niveau relativement proche de la moyenne du sous-continent mais assez loin de pays comme l'Afrique du Sud ou Maurice pour lesquels ce ratio avoisinait les 80% du PIB.

Selon toujours PRAO Séraphin, pour la Côte d'Ivoire, en faisant une étude beaucoup plus en profondeur, année par année sur la période 1962-2004, il ressort que le taux de crédit bancaire et le taux d'épargne n'ont pas connu un emballement après les années quatre-vingt-dix. Sur cette période, le taux de crédit (crédit domestique rapporté au PIB) atteint son maximum en 1983 (0.51), son minimum en 1963 (0.15) et sa moyenne en 1975 (0,31). En 1994, ce taux était de l'ordre de 0,32. Le taux d'investissement (investissement brut rapporté au PIB) atteint son maximum en 1978 (0,29), son minimum en 1992 (0,07) et sa moyenne en 1964 (0,16). Ce niveau moyen est de même supérieur à celui de 1994 (0,11).

Pour OUEDRAOGO Ousmane, "l'essentiel des crédits octroyés va toujours au commerce et surtout à la commercialisation des produits agricoles exportés (crédits du reste refinancés presque automatiquement par la banque centrale) tandis que les dossiers de crédits importants sont suivis par les maisons mères et que, sur place, des directeurs généraux adjoints expatriés, à l'ombre des directeurs généraux locaux, font la décision".

Le financement de l'investissement dans les PAZF souffre d'un manque de capitaux.

En tout cas, après les indépendances, pour la première décennie, pour ainsi dire, le poids des capitaux étrangers est resté dominant. Dans les pays francophones, en 1970, 70% du capital social cumulé des industries de transformation appartenaient à des étrangers. Le financement des investissements a été assuré de manière croissante par l'extérieur (43,4% en moyenne et 60,5% pour les pays à bas revenus).

Les systèmes financiers et bancaires des PAZF ont été libéralisés depuis les années 1990 mais le crédit bancaire n'a pas financé le développement économique comme l'avait promis la théorie de la libéralisation financière.

Mc KINNON constatait que : "Le financement des banques commerciales a principalement concerné le financement des cultures d'exportation, le coton, des crédits à court terme à des grands propriétaires terriens, des marchands et les exportateurs".

Le système financier n'a pas joué le rôle attendu dans le financement de l'investissement productif dans les pays en développement (PED) et en particulier en Afrique subsaharienne. En général, la dette extérieure a répondu aux besoins de financement des PED dès qu'au niveau macroéconomique, le volume de l'épargne s'est trouvé inférieur aux investissements.

Finalement la frilosité des banques a conduit à une surliquidité bancaire dans la Zone Franc en général, toute chose qui semble paradoxale au regard des besoins de financement. KEMPF Hubert et Marc LANTERI donnent ici quelques traits saillants de la politique monétaire en présence de la surliquidité bancaire :

"En présence d'une abondante surliquidité, la politique monétaire est confrontée à plusieurs défis qui pénalisent son efficacité. La présence d'une liquidité non ou faiblement rémunérée pèse sur la rentabilité du système bancaire, le rend plus vulnérable et contribue à renchérir le coût des emprunts. Le recours aux réserves obligatoires, déjà élevées en AS, s'avère inefficace lorsque la surliquidité involontaire est particulièrement abondante : dans ce contexte, les banques sont à même de satisfaire leur besoin de liquidité en échangeant leurs excédents sur un marché interbancaire généralement peu animé. La banque centrale n'exerce alors pas de véritable contrôle sur les taux et pourra difficilement durcir sa politique monétaire ce qui, dans l'hypothèse d'une augmentation rapide de la demande de crédit, accroît le risque inflationniste".


III. SORTIR DE LA TUTELLE FRANCAISE ET CONSTRUIRE UNE ZONE MONETAIRE UTILE A NOTRE DEVELOPPEMENT

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16:44 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, franc cfa, séraphin yao prao, développement africain, bceao, bce | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

dimanche, 10 octobre 2010

EXIGER LE RETOUR EN AFRIQUE DES QUELQUES 3.000 MILLIARDS FCFA DE LA BCEAO LOGES AU TRESOR FRANÇAIS



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Exiger le retour en Afrique des quelques 3.000 milliards FCFA de la BCEAO logés au trésor français et qui peuvent servir au développement des pays de la sous-région ouest africaine.


Le Professeur Kako Nubukpo est un économiste togolais, agrégé des Universités en économie et ex-fonctionnaire de la Banque Centrale des Etats de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO).

Aujourd'hui consultant auprès de l'Union économique et monétaire ouest africaine (UEMOA), il dresse un bilan de cette institution sous-régionale qui, selon lui, a réalisé très peu en quinze ans, parce qu'elle se contente surtout de gérer de grands équilibres macroéconomiques, au détriment de l'amélioration des conditions de vie des citoyens. De plus, le Pr Kako Nubukpo, revenant sur une question dont la BCEAO parle peu, réclame le retour en Afrique de plus de trois mille milliards FCFA de la Banque centrale, logés au trésor français et qui pourraient servir au développement des pays de la sous-région ouest africaine, membres de l'UEMOA. Interview.


Ouestafnews - En tant qu'économiste, quel est votre regard sur les progrès réalisés, après 15 ans, en matière d'intégration économique sous régionale, dans la zone UEMOA ?

Pr Nubukpo - C'est comme la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide (...). Au plan formel, il est indéniable qu'il y a eu des progrès, notamment du point de vue des institutions sous régionales, du point de vue même de la cohésion au niveau des décideurs. Le mécanisme de surveillance multilatérale, le mécanisme de surveillance par les pairs, entre autres, constituent des progrès indéniables.

Mais, concrètement, par rapport à ce que vit le citoyen de l'Uemoa, force est de reconnaître que nous n'avons pas avancé. La pauvreté continue d'augmenter. Comme on voit bien, le coût de la vie augmente dans l'Union ; on ne peut pas circuler librement en dépit des textes qui disent qu'il y a une liberté de circulation etau plan de ce que moi j'appellerai la gouvernance macro économique de la zone. Il y a de sérieux problèmes. Nous avons une monnaie qui est extrêmement forte parce qu'elle est rattachée à l'Euro, et l'Euro fait à peu près 1,40 dollar. Mais, nous ne pouvons pas exporter, parce que nous exportons en dollar et nos intrants sont importés en Euro. Donc, nos hommes d'affaires, nos agriculteurs, nos commerçants ont beaucoup de mal à être compétitifs à l'export... En quelque sorte, les gens en parlent, les institutions progressent mais le citoyen lambda de l'Union ne voit pas encore le fruit de l'intégration. [...]

Ouestafnews - Lors d'un débat à l'occasion de ce 15ème anniversaire, vous avez mentionné la Banque Centrale et vous avez évoqué la question de ses réserves à l'extérieur, notamment en France. Pouvez-vous nous expliquer davantage ce mécanisme et en quoi il plombe la relance de nos économies que vous défendez ?

Pr Nubukpo - Oui ! Ce qu'il faut savoir, c'est il y'a ce qu'on appelle les « conventions du compte d'opération » qui organisent la gestion du franc CFA. Pour être simple, lorsque la Banque centrale émet du franc CFA, il faut qu'elle ait des devises, qui sont logées auprès du trésor français et la convention dit : lorsque vous émettez 1 franc CFA, vous devez avoir 0,2 franc CFA sous forme de devise auprès du trésor français, soit 20% de taux couverture de l'émission monétaire. Aujourd'hui, nous sommes à plus de 110 % de couverture de cette émission monétaire! C'est-à-dire que quand nous émettons un franc CFA nous avons plus de 1 franc CFA sous forme de devises logés au trésor français à Paris. La question est de savoir si entre les 20% de couverture qui sont exigés pour que la France garantisse la parité fixe entre le CFA et l'euro et les 110 % de couverture qui sont effectifs à l'heure actuelle, s'il n'y a pas moyen de mobiliser une partie de ces ressources pour financer la croissance de nos économies qui en manque cruellement.

Ouestafnews - De quels montants parle-t-on ? De milliards, de dizaines ou de centaines de milliards?

Nubukpo - Il y a plus de 3.000 milliards de francs CFA à l'heure actuelle, provenant de la zone UEMOA et la zone CEMAC (Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale). Je crois savoir qu'on n'est pas loin d'en avoir le double, parce que c'est une zone productrice et exportatrice de pétrole. Donc, si on accumule les réserves de change des deux Banques centrales de la zone Franc, on n'est pas loin de 8.000 milliards de francs CFA qui ne servent finalement qu'à garantir la parité fixe. La question qu'on est en droit de se poser est de savoir si nous privilégions une croissance, quitte à avoir un peu d'inflation dans nos zones, ou si nous voulons simplement défendre le taux de change et nous glorifier d'être une zone de faible inflation ? Tout ceci en sachant, en plus, que cette inflation n'est pas d'origine monétaire, c'est une inflation importée. Ce sont les chocs pétroliers, les aléas climatiques, donc la question c'est : à quoi servent les banques centrales de la zone Franc ?

Ouestafnews - Vous remettez en cause le modèle ou, en tout cas, le choix de la régulation, alors qu'on sait que pendant les quinze dernières années, ça a été l'ossature de la politique, le coeur, voire l'âme de la politique de l'UEMOA : baisse de l'inflation et contrôle des déficits budgétaires.... Est-ce qu'un économiste raisonnable peut remettre en cause ces modèles sans remettre en question les équilibres ? Jusque-là, on nous a convaincus que l'équilibre de nos économies repose sur ces deux paramètres, ou encore que ces deux paramètres font partie des fondements auxquels il ne faut pas toucher...

Pr Nubukpo - Tout à fait. Je voudrais être clair. Je ne fais l'apologie de la mauvaise gestion, ni du laxisme en matière de gestion économique. Mais, je dis simplement que nous devons être pragmatiques. La variable aujourd'hui qui manque le plus dans nos économies, c'est le crédit. Et, toutes les études sur le financement de notre zone montrent qu'il y a rationnement du crédit. Donc, la Banque centrale doit jouer son rôle pour alimenter nos économies en liquidité et c'est très important. Elle doit également jouer son rôle pour une bonne fluidité des impulsions monétaires, voir comment le secteur bancaire se comporte et elle est d'autant plus obligée de jouer ce rôle qu'elle a promu la libéralisation financière, en 1989. Ce que je dis simplement, c'est que nous devons avoir du crédit pour obtenir la croissance et la croissance va générer les recettes d'exportation des devises qui vont nous promettre de garantir notre parité. Il n'est pas normal que les économies les plus faibles du monde aient la monnaie la plus forte du monde. La monnaie doit refléter un tant soit peu la qualité de la production d'une économie, la monnaie ne peut pas être déconnectée du secteur réel de nos économies. C'est comme si on voulait vivre au-dessus de nos moyens, sans accepter d'en payer le prix.


LE FILAMENT No.8 du 15 Septembre 2010

 

Source : Ouestafnews

01:52 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, france, professeur kako nubukpo, franc cfa, bceao, uemoa | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 29 avril 2010

ENTRE LA BCE ET LA BCEAO : LE "COPIER-COLLER" MONETAIRE QUI TUE NOTRE DEVELOPPEMENT

 

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« Le seul moyen dont dispose le gouvernement pour lutter contre l’inflation consiste à dépenser moins et à fabriquer moins de monnaie. Le seul remède est de réduire l’accroissement de la quantité de monnaie. Il n’ya pas d’autres solutions ».  Cette citation est du lauréat du « prix Nobel » d’économie en 1976, Milton FRIEDMAN. Il aura été sans doute le penseur qui a le plus inspiré la révolution néolibérale.  Selon lui,  les priorités économiques étaient la lutte contre l’inflation et celle contre les déficits publics. Combattre la hausse des prix imposait, selon lui, de ramener le rythme de création monétaire à un niveau si bas qu’il rendrait l’argent plus cher (taux d’intérêts), interdisant ainsi à l’Etat de financer trop commodément ses déficits.

A l’occasion de l’entrée en vigueur de la reforme institutionnelle de l’UMOA et de la BCEAO , M. Philippe-Henri Dacoury Tabley, gouverneur de la BCEAO donnait dans une interview, l’objectif de cette reforme en ces termes : « la mise en œuvre de la réforme devrait, en assignant à la BCEAO un objectif prioritaire de stabilité des prix, permettre, de garantir le pouvoir d’achat de notre monnaie et apporter une réponse adéquate au défi du financement des économies ».

La BCEAO prend de la sorte un virage néolibéral, monétariste, qui sera lourd de conséquence pour les économies de la zone. Déjà très absent dans la promotion du secteur privé dans la zone UEMOA, le « tout sauf l’inflation » de cette reforme risque de contrarier la distribution des crédits bancaires par les banques.

Cet article se propose donc de revenir encore une fois sur le rôle de la monnaie au sein d’une économie et le danger de son musèlement. Au terme de cet article, nous espérons que le lecteur aura discerné le mimétisme monétaire de la BCEAO et surtout ses actions anti-développement des pays membres.

Pour ce faire, il serait utile de procéder à une lecture chronologique. Il faudra présenter sommairement l’avènement du monétarisme. Cela nous aidera à bien illustrer le mimétisme monétaire de la BCEAO. Avec de tels acquis, il sera possible d’affirmer que la BCEAO est contre le développement des Etats de l’Afrique de l’Ouest.

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L’AVENEMENT DU MONETARISME

Essayons ici de lever une incompréhension qui trouve son origine dans l’amalgame des concepts en économie. Le théoricien de la monnaie n’est forcement un monétariste. John Maynard Keynes est bel et bien l’un des brillants théoriciens de la monnaie que je connaisse et pourtant, il n’est pas monétariste. Le monétarisme est un courant de pensée économique initié par les travaux de Milton Friedman, qui fait de la lutte contre l’inflation son objectif principal. Milton Friedman est le père de l'indépendance des banques centrales : l'argent est trop précieux pour être laissé aux mains du gouvernement. Les autorités monétaires raisonnent avec ses concepts, comme le « taux de chômage naturel ».

Il est bien, pour notre compréhension de localiser historiquement l’avènement du monétarisme. Dans la deuxième moitié des années 30, la politique conjoncturelle de relance se substitue à la politique conjoncturelle de stabilisation. Le budget est appelé à stimuler l’activité économique et à corriger les inégalités sociales. L’Etat a comme leviers, les dépenses publiques et l’injection de monnaie dans le circuit économique.

Au sortir de la seconde guerre mondiale et jusqu’au début des années 1970 (les trente glorieuses), la politique budgétaire keynésienne connait un succès. Mais l’apparition de la stagflation (inflation élevée et croissance faible) conduit à la remise en cause de la politique budgétaire de relance. Au cours des années 1970, dans les pays de l’OCDE, l’inflation dépassait les 10%. Début des années 1980, tous les pays ont fait de la lutte contre l’inflation leur priorité. Désormais les pays développés préfèrent mettre en place des politiques de règle plutôt que des politiques conjoncturelles. La lutte contre l’inflation réduit l’incertitude pour les agents économiques et crée un climat de stabilité économique propice à l’investissement. La cible d’inflation est désormais comprise entre 1% et 3%. ! La théorie quantitative de la monnaie revient en majesté. L’histoire économique montre que le rythme de dégradation de la monnaie peut atteindre une très grande diversité, ainsi, on parle d’inflation rampante modérée (3% de hausse par an), d’inflation ouverte (40%), d’inflation galopante (plus de 20%). L’inflation rampante ou de prospérité semble associée à l’expansion économique comme si elle en était une des conditions indispensables. Et les gouvernants comme les économistes craignent constamment de voir la lutte contre l’inflation entraîner l’arrêt de l’expansion.

Pour les partisans de l’orthodoxie monétaire, la stabilité des prix crée un environnement favorable aux échanges car les agents économiques peuvent fonder leurs décisions d'achats et de production sur des repères fiables. Cela les incite à acheter et à produire davantage, donc cela favorise la croissance. Et comme conséquence directe, Cela améliore aussi la compétitivité des produits du pays (politique des revenus, politique budgétaire française) ou de la zone (politique monétaire européenne) par rapport aux concurrents internationaux dont les prix augmentent plus vite. C'est la stratégie dite de "désinflation compétitive": des prix moins élevés permettent d'exporter davantage et limitent les achats de produits étrangers. Cela tend à faire augmenter la production, donc en théorie l'emploi à long terme.

C’est cette orthodoxie monétaire que la BCEAO sublime en tout cas, au regard de son mimétisme monétaire aveugle.

 

LE MIMETISME MONETAIRE DEGRADANT DE LA BCEAO

Pour saisir aisément le mimétisme monétaire dont il est question ici, il serait sans doute utile de définir la politique monétaire. On peut la définir comme l'ensemble des mesures qui sont destinées à  agir sur les conditions du financement de l'économie. Il s’agit en fait, de se demander comment les agents à  besoin de financement, ceux qui dépensent, pour l'investissement, par exemple, trouvent les ressources financières nécessaires. Elle est mise en œuvre par la Banque centrale du pays. Pendant longtemps en France, la Banque de France a été sous l'autorité directe du gouvernement.

Cette définition de la politique monétaire est aujourd’hui délaissée au profit d’une autre beaucoup plus restrictive : la politique monétaire est l'action par laquelle l'autorité monétaire, en général la banque centrale, agit sur l'offre de monnaie dans le but de remplir son objectif de stabilité des prix. Elle tâche également d'atteindre les autres objectifs de la politique économique, qualifié de triangle keynésien : la croissance, le plein emploi, l’équilibre extérieur.

Chaque pays a son histoire monétaire, ce qui influence d’ailleurs sa politique monétaire. Aujourd’hui, il est indiscutable que  le Président de la Banque Centrale Européenne (BCE) Jean-Claude Trichet a placé l'inflation en tête des préoccupations de l'autorité financière. Cette peur viscérale de l’inflation de la BCE vient du fait que le pays leader de cette communauté, l’Allemagne a une aversion pour l’inflation. En tout cas, la BCE traque l’inflation jusque dans ses derniers retranchements comme le stipule le traité de Maastricht : « l'objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix. Sans préjudice de l'objectif de stabilité des prix, le SEBC apporte son soutien aux politiques économiques générales dans la Communauté , en vue de contribuer à la réalisation des objectifs de la Communauté » (article 105 du Traité).

La BCE est chargée de mener la politique monétaire de la zone euro en collaboration avec les banques centrales nationales des Etats membres.  Cette institution qui a pour principal objectif de lutter contre l’inflation, c’est-à-dire maintenir la stabilité des prix et donc l’inflation annuelle dans la zone Euro au dessous de 2% sur le moyen terme.

La BCEAO, rebaptisée par nous, sous le nom de « Banque Centrale Européenne en Afrique de l’Ouest », ne pouvait qu’appliquer les directives de la BCE. Le constat est frappant, sans aucun doute humiliant.

Depuis le 1er Avril 2010, selon le gouverneur de la BCEAO , la reforme de cette institution s’explique par les modifications intervenues dans les conditions d’exercice de l’activité des banques centrales dans le monde et les mutations de l’environnement régional et international. Plus précisément, cette réforme vise à adapter l’architecture institutionnelle de la BCEAO et de l’UMOA aux évolutions intervenues dans les missions des banques centrales. Elle a également pour objectif de renforcer l’efficacité de la politique monétaire, créant ainsi les conditions d’un meilleur financement des économies de l’Union. Enfin, elle consolide la stabilité du système bancaire et financier dans notre zone. La BCEAO se trouve ainsi dotée de moyens d’action et d’instruments adéquats pour la conduite d’une politique monétaire crédible et efficace.

 

Mais la vérité est tout autre, c’est la BCE qui demande à la BCEAO de se mettre à son niveau puisque cette reforme clarifie l’objectif de la politique monétaire menée par la Banque centrale. Désormais, tout comme la BCE , la BCEAO poursuit prioritairement un objectif de stabilité des prix au sein de l’Union monétaire ouest africaine.

Selon le gouverneur de la BCEAO , l’objectif est de faire comprendre aux agents économiques, la cohérence des décisions prises, afin de leur permettre de former leurs propres anticipations et prévisions, de la façon la plus rationnelle possible. Et pourtant la théorie monétaire ne dit pas que c’est de cette façon que les agents économiques forment leurs anticipations. La stabilité politique et macroéconomique, l’environnement des affaires, l’indépendance de la justice, le fonctionnement correct du système bancaire sont des facteurs déterminants dans la formation des anticipations.

Pour revenir à notre sujet, la BCEAO poursuit prioritairement un objectif de stabilité des prix au sein de l'Union Monétaire Ouest Africaine au détriment de notre développement économique. Cette banque est contre les africains.

LA BCEAO EST CONTRE LE DEVELOPPEMENT DES PAYS MEMBRES

A la fin de l’automne 2009, une brise d’optimisme a balayé la planète économie après le déluge de la crise financière. Si les indicateurs sont repassés au vert, c’est parce que les banques centrales du monde, qui pilotent les taux d’intérêt à très court terme, ont passé la vitesse supérieure. Tandis que le Reserve Fédérale américaine (FED) et la banque du Japon ont maintenu leur taux directeur respectivement à 0,25% et 0,1%, la Banque d’Angleterre(BoE) a fait passer le sien de 2% à 0,5%, et la BCE , de manière un peu tardive, l’a amené à 1% contre 2,5 en début d’année 2009.

Ce qui est certain, c’est que les banques centrales ont surtout utilisé des outils exceptionnels pour soutenir le système financier en l’abreuvant de liquidités. En Europe, l’année 2008 a été celle où s’est concentré l’essentiel du soutien financier des gouvernements aux établissements bancaires. L’Irlande, le Royaume-Uni et l’Allemagne se situent en tête du palmarès, avec des montants respectivement de 355,76 milliards d’euros (subventions, prises de participation, prêts à taux réduits ou garanties publiques), 201,28 milliards d’euros et 180,94 milliards d’euros. Suivent l’Espagne avec 99,13 milliards d’euros, la Belgique avec 46,80 milliards d’euros et la France avec 42,90 milliards d’euros. Les différentes puissances économiques ont injecté dans le circuit économique, cette manne financière pour éviter de répéter les erreurs de 1929 car la déroute des banquiers s’était alors accompagnée d’un « credit crunch », c’est-à-dire, un assèchement et un renchérissement du crédit, pilier des économies modernes.

Une banque centrale ne doit pas œuvrer contre le développement économique surtout lorsqu’il s’agit du sous-continent noir, où la lutte contre la pauvreté doit être le seul objectif de toutes les institutions régionales ou sous-régionales.

La FED par exemple n’agit pas comme la BCE et  sa fille BCEAO car l’institution américaine décide de la politique monétaire des Etats-Unis, avec un double objectif de la stabilité des prix et de plein emploi avec l’obligation de faciliter la croissance économique. A titre d’exemple,  la Fed intervient très régulièrement pour corriger sa politique monétaire, en actionnant des leviers, avec un impact sur les marchés financiers, sur le coût du crédit et sur l’activité économique réelle.

La lutte contre l’inflation ne doit pas être l’objectif principal de la BCEAO , ni avoir une cible d’inflation de 2% comme la BCE car les populations ouest-africaines ne vivent pas les mêmes conditions économiques que les européens.

Partisan d’un taux d’inflation socialement acceptable, nous pensons que  l’inflation peut être tolérée, voire favorisée, pour que l’économie puisse être relancée. D’ailleurs, l’histoire monétaire ne condamne pas formellement l’inflation quand elle reste dans des bornes acceptables. En tout cas pas plus que la déflation. Le souvenir des trente glorieuses est suffisamment présent dans les mémoires pour que l’orthodoxie monétaire ne soit pas considérée comme une fin en soi.

Pour lutter contre l’inflation, les mesures de politique économique les plus fréquentes sont : le maintien de taux d'intérêt élevés (politique monétaire restrictive de la banque centrale), le freinage des salaires dans la fonction publique et, par l'intermédiaire du niveau du SMIC, dans le privé (politique des revenus dite "de rigueur" menée par le gouvernement) et le freinage des dépenses publiques en général (politique budgétaire restrictive).

Cependant toutes ces mesures ont comme point commun de freiner la demande, afin d'éviter les hausses de prix que celle-ci entraîne lorsque son rythme est trop rapide par rapport aux possibilités d'augmentation de l'offre. La hausse des taux d'intérêt diminue l'incitation à emprunter, donc les dépenses de consommation des ménages et l'investissement des entreprises. Le freinage des salaires limite la consommation. Quant à la réduction des dépenses publiques, soit elle diminue la demande adressée aux entreprises lorsqu'il s'agit d'investissements publics, soit elle freine la consommation des salariés du secteur public en pénalisant leur pouvoir d'achat.

Pour terminer cette modeste réflexion, rappelons-nous que Joseph TCHUNDJANG POUEMI, digne fils de l’Afrique, a écrit que la monnaie peut nous asservir comme nous libérer. C’est pourquoi, Nicolas AGBOHOU affirme que le franc CFA et l’Euro sont contre les africains et que votre serviteur demande ardemment la décolonisation du franc CFA.

Dieu bénisse l’Afrique et ses enfants!

Dr Séraphin PRAO

 

Enseignant-chercheur à l’Université de Bouaké (Côte d’Ivoire)

Président de l’Association des Théoriciens Africains de la Monnaie (ATAM)

Président du Mouvement de Libération de l’Afrique Noire (MLAN)

Spécialiste de la zone franc

 

contact@mlan.fr

atamsou@yahoo.fr

www.mlan.fr

 

Contact: (225) 01 11 87 60.

 

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lundi, 29 mars 2010

LE FRANC CFA, UNE ARME OFFENSIVE ET DEFENSIVE DE LA FRANCE EN ZONE FRANC

 

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«Le destin de l’homme se joue sur la monnaie! Exigez l’ordre financier ou acceptez

l’esclavage!» disait Jacques Rueff. Pour lui,  il ne peut pas y avoir de progrès de la Civilisation et de la Liberté sans la stabilité monétaire. C’est dire combien la monnaie compte dans l’organisation et la survie d’une société. La monnaie est une invention qui est au cœur de nos sociétés actuelles. Cependant, elle est relativement ancienne et a une histoire complexe. Nonobstant, la monnaie semble être écarté dans les stratégies de développement des pays africains. En 1960, 14 pays africains qui étaient à l’époque des colonies françaises, sont devenus indépendants. Cette année 2010 a donc été décrétée « année du jubilé » et elle donnera certainement lieu à des  manifestations grandioses et aux flots de discours auxquels les dirigeants ont habitués les populations pour dresser le bilan d’un demi siècle de liberté surveillée.

Après la clairvoyance des pères fondateurs dont les illustres sont l'Osagyefo Kwame Krumah ( 19O9-1972), le  "javelot flamboyant" Jomo Kenyatta (1893-1978), le "Bélier"  Houphouet-Boigny (1905-1993) , le "Rais"   Gamal Nasser (1918-197O), le "Combattant suprême" Bourguiba, le " mwalimu "   Julius Nyerere,  le grand « Syli » Sékou Touré, "Abel Djassi" Amilcar Cabral, Modibo Kéïta, notre continent est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Parmi les 49 pays les moins avancés (PMA), les 35 sont en Afrique Sub-saharienne ; 581 millions de personnes, sur une population  totale de 767 millions, vivent toujours dans le dénuement et 277 millions d’entre elles sont dans la « pauvreté absolue » avec moins de 1 dollar par jour. Pour parler spécifiquement des pays africains de la zone franc (PAZF), le bilan sommaire peut être ainsi résumé : la zone franc représente 12% de la population africaine, 12% du PIB et 1,5% des exportations. Avec une population de 25% supérieure à celle de la France, les PAZF représentent 4,5 % du PIB français ou 1,5% de la masse monétaire.

 Et pourtant, certains pays trouveront des ressources financières, qui du reste, sont rares, pour festoyer. Certainement que certains africains accuseront la colonisation et les relations complexes qui lient les africains aux occidentaux, comme responsable de notre retard économique.  Mais si tel est le cas, il est difficilement compréhensible  qu’on se réjouisse alors même que le vestige le plus important de la colonisation qu’est le franc CFA, demeure.

Notre présente réflexion porte sur le chainon manquant du développement des pays africains, le peu d’attention portée à la dimension monétaire dans les stratégies de développement.

Cet article se voudrait une modeste contribution à l’exploration de « l’énigme » du sous-développement des pays aux ressources naturelles abondantes.

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Le Franc CFA, une arme défensive de la France en zone franc

Il est connu de tous, que le continent africain en général est un  « scandale géologique » et le sous continent noir, un scandale tout court, vu l’immensité légendaire de leurs richesses. Et cela, la France l’a intégré depuis la colonisation. On sait également que les années 40 et 50 ont été riches en contestations réclamant l’indépendance des colonies. C’est ainsi qu’en 1956, la Loi-cadre, dite loi Deferre, renforçait l’autonomie des colonies en créant un conseil de gouvernement et une assemblée territoriale élue au suffrage universel. On sait également que l’effondrement de la 4e République, avec le retour du général de Gaule et la mise en chantier de la 5e République ont entrainé une nouvelle  révision du statut des colonies.  Le projet proposé par référendum en 1958 offre le choix entre une indépendance immédiate ou l’entrée dans une communauté française avec davantage d’autonomie mais toujours sous tutelle de la métropole. A ce projet, le fougueux Sékou Touré, habitué à la phraséologie syndicaliste, sous des applaudissements déchaînés, lançait : « nous préférons la liberté  dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage ». Tout est dit juste et net. Les commentateurs simplistes peuvent dire que la Guinée a fait le mauvais choix mais il nous semble qu’il faille plus retourner les méninges avant de s’aventurer dans un tel raccourci de l’histoire.  Ce détour permet de comprendre qu’avec le franc CFA, la France pouvait défendre ses intérêts dans ses colonies en dépit de l’autonomie qu’elle leur offrait. C’était donc une liberté surveillée.

Pour saisir la démonstration du franc CFA comme une arme défensive de la France, il faut sans doute savoir  pourquoi le mouvement de colonisation qui avait débuté au XVIème siècle et avait crée de vastes empires coloniaux, trouve t-il une nouvelle vigueur à partir du milieu du XIXème siècle ?  Nous avons appris dans nos recherches que plusieurs facteurs, liés au nouveau contexte politique, économique, social et culturel de l’Europe au XIXème siècle, se sont conjugués. « 6C » : Curiosité, Capitalisme, Commerce, Christianisme, Civilisation, Colonisation.

En France, la colonisation a des motifs précis. Pour s’en convaincre définitivement, il suffit de suivre cette déclaration de Jacques Doriot, alors communiste en 1928 : « Sans les colonies, le pays serait en état de faillite ».  Et  le professeur Gautherot, à droite affirme à son tour en 1930 que « la destruction des empires coloniaux entraînerait la ruine des métropoles ».

Comment la ruine des colonies  peut-elle entrainer celle de la métropole ? La réponse se trouve sans doute dans ce que postule Jules Ferry, en ces termes : « La politique coloniale est la fille de la politique industrielle ». Le développement industriel rendrait donc la colonisation indispensable.

On sait que face à la crise économique mondiale des années 30, la bourgeoisie française a trouvé dans son Empire colonial une planche de salut : un marché protégé, à l’abri du marché mondial, qui joua un rôle vital alors, par exemple comme débouché pour l’industrie cotonnière. Ce processus s’accéléra au tournant du XXe siècle, les cultures destinées à l’exportation firent leur apparition, et les grandes firmes commerciales, la CFAO, la SCOA, s’en assurèrent le monopole côté français, comme de son côté la firme anglo-hollandaise Unilever.

Les défenseurs du « CFARIQUE », cette branche monétaire du pacte colonial entre la France et les pays de la zone franc, se place tranquillement sous l’ombrelle protectrice d’une idée de monnaie stable nécessaire à l’émergence des petites économies. Cette argumentation n’est pas féconde, d’ailleurs, elle ne résiste pas à une analyse profonde. La vérité, c’est que le franc CFA permettait à la France d’acquérir cacao, bois tropicaux, uranium, etc., sans sortie de devises.

Les patrons des grands groupes capitalistes recherchent systématiquement à détenir des positions de monopole, sinon, disent-ils, comme par exemple Vincent Bolloré, ça ne vaut pas la peine. Cette position de monopole leur permet de pratiquer souvent des prix plus élevés que dans les métropoles, dans des pays pourtant plus pauvres. Les entreprises françaises, ankylosées par des décennies de chasses gardées, encaissent difficilement les offensives d’une concurrence qui s’est aiguisée, même dans l’Afrique « marginalisée ».

Depuis les indépendances, le franc CFA aide la France dans l’exploitation  des ressources naturelles des pays africains de la zone franc. Protégées des risques de change, les entreprises françaises font des profits colossaux. Le franc CFA est le poumon  de l’impérialisme français dans ses anciennes colonies de l’Afrique au sud du Sahara. Tout un pan essentiel de l’histoire de la bourgeoisie française, depuis l’époque des armateurs négriers de Nantes et de La Rochelle, des grands négociants bordelais, jusqu’aux brasseurs d’affaires et aux banquiers-usuriers d’aujourd’hui, en passant par l’époque du travail forcé et du servage colonial, toute une partie essentielle de l’histoire de l’accumulation de ses profits capitalistes, a lié et lie nos histoires, celle des peuples et des travailleurs africains et celle du prolétariat de France - lui-même constitué aussi en partie par des prolétaires venus d’Afrique.

Le franc CFA, une arme offensive de la France en zone franc

La monnaie est un instrument par lequel une classe peut exploiter et dominer l’autre et elle ne peut exister que par la légitimation politique qui lui donne la capacité d’être un pouvoir d’achat immédiat ou futur garantissant son rôle de réserve à travers le temps. D’ailleurs dès l’aube de  l'humanité, la monnaie est très vite devenue un moyen de reconnaissance sociale, une dérive du besoin d'existence qui conduit toujours aux pires excès. Cette position  de la monnaie en a donc fait le plus puissant instrument de domination de l'Humain et de la Nature.

Avec la zone franc, le France voulait conserver son aire d’influence, mais aussi, consolider des liens un temps menacés par les aspirations à la souveraineté. La construction de cette zone est due à des facteurs commerciaux (une partie importante des échanges se faisant avec la France), financiers (faciliter le paiement des flux financiers) et politique.  Cette tutelle monétaire assure le contrôle des économies de la zone et garantit les bénéfices des capitaux français en assurant la convertibilité illimitée, la parité fixe avec l’euro et surtout la liberté des transferts.

Puisque les autorités françaises savaient que la décolonisation était irréversible, il fallait trouver une arme offensive pour maintenir l’influence de la France dans ses anciennes colonies.  De Gaulle a résumé cette politique, plus tard, dans ses « Mémoires », à sa manière : « Notre domination coloniale était autrefois glorieuse. Elle est devenue ruineuse. La décolonisation est notre intérêt et, par conséquent, notre politique ».Ainsi, cet octroi de la souveraineté, puis de l’indépendance, dans le style impérial particulier à De Gaulle, était largement motivé par l’intention de diminuer le « coût des colonies », lequel faisait l’objet d’abondantes discussions alors dans la presse et les milieux politiques - « coût des colonies » pour l’État français, s’entend.

En effet, la décolonisation ouvrait dans une certaine mesure le domaine réservé des entreprises françaises en Afrique à la concurrence des autres puissances, de la Communauté Economique Européenne pour commencer, voire des USA, et là la force des capitaux français par eux-mêmes risquait de ne pas suffire. Il était nécessaire de conserver le contrôle des nouveaux appareils d’État « indépendants » et « souverains ». En plus de la présence tutélaire de bases, de garnisons et de conseillers militaires français,  celle de hauts fonctionnaires  au niveau des gouvernements et des administrations-clés, l’instauration d’une  monnaie sous le contrôle de la Banque de France avec l’instauration de la « zone franc » reste le fait le plus important. 

Le franc CFA est une arme de domination de la France dans les pays africains de la zone franc. Le franc CFA entame notre souveraineté monétaire et notre souveraineté tout court. Si  la souveraineté peut se  définir comme le caractère d’un Etat ou d’un organe qui n’est soumis à aucun autre Etat ou organe, elle va de paire avec la notion de pouvoir. Le pouvoir, lui n’existe qu’avec une allocation de ressources et une capacité stratégique dont le rapport monétaire en est le principal.

Il n’est nul besoin d’un long raisonnement pour appréhender cette domination, qui, se manifeste, à deux niveaux.

Premièrement, par le biais du compte d’opérations. En effet, les banques centrales de la zone franc ont des comptes courants sur les livres du Trésor français.  Ces banques  doivent verser sur ce compte, la quasi-totalité de leurs avoirs extérieurs. En contrepartie, le Trésor  français s’engage à fournir toutes les sommes dont ces instituts peuvent avoir besoin pour leurs paiements en devises. En théorie, en cas d’insuffisance d’avoirs sur le compte d’opérations, celui-ci peut devenir débiteur sans qu’aucune limite ne soit assignée à ce découvert.  Cette technique de compte d’opérations, qui est en réalité une escroquerie était pourfendue par les français eux-mêmes. Maurice NIVEAU, dans Histoires des Faits Economiques contemporains, PUF,   1966, p.306-307, nous rapporte le sentiment français, par les propos de  M. Emile Moreau(gouverneur de la banque de France de 1926 à 1930) qui disait ceci à M. Poincaré (président du conseil) :« j’expose au président du conseil que l’Angleterre ayant été le premier pays européen à retrouver une monnaie stable et sûre après la guerre, a profiter de cet avantage pour jeter sur l’Europe les bases d’une véritable domination financière. [...] les remèdes comportent toujours l’installation auprès de la banque d’émission d’un contrôleur étranger anglais ou déguisé par la banque d’Angleterre, et le dépôt d’une partie de l’encaisse de la banque d’émission à la banque d’Angleterre, ce qui sert à la fois à soutenir la livre et à fortifier l’influence anglaise... »

 

Deuxièmement,  le fonctionnement même des instituts monétaires, pose un problème à notre souveraineté monétaire.  Les institutions monétaires  (BCEAO et BEAC) sont pilotées par  des conseils d’administration (CA), un gouverneur et des comités de crédit.  L’article 37 des statuts de la BCEAO stipule clairement que la Banque est administrée par ces trois organes précités.  Ces trois organes travaillent sous la tutelle du Conseil des ministres de l’union monétaire, la composition de ce dernier étant définie par l’article 6 du traité constitutif de l’union monétaire ouest africaine.

 

Le Conseil d’Administration de la BCEAO, qui met en œuvre la politique monétaire « dans le cadre des directives du Conseil des Ministres » est composé d’administrateurs nommés par les gouvernements des États participant à la gestion de la Banque (c’est-à-dire les États de l’UMOA ainsi que la France), chacun d’eux désignant deux représentants. Aucun africain ne siège à la Banque de France et au Trésor français, on se demande ce que font des français dans le conseil d’administration d’une banque centrale africaine, si ce n’est pour influencer les prises de décisions.

Monnaie et souveraineté sont étroitement liées

Nous aurions tort de clore notre réflexion sans aborder la question du lien étroit entre la monnaie et la souveraineté. Inutile de revenir ici sur toute la prolifique littérature dans les manuels de philosophie et de sociologie. Mais s’il existe, dans la théorie économique, une notion essentielle, en tout cas pour nous, hélas tombée en jachère, c’est bien celle de la souveraineté monétaire. Les pays de la zone franc l’ont jusque là occulté, de gré ou de force. Or, il suffit de lire un des brillants théoriciens de la monnaie pour avoir le cœur net. Dans son ouvrage intitulé La monnaie, paru chez Flammarion, à la page 96, Jean CARTELLIER écrit : « la monnaie est inséparable d’un ordre ou d’un pouvoir. A tout système monétaire est assignée une limite, qui est celle de l’acceptation des moyens de paiement. L’aire d’extension du système de paiement se confond avec celle de la souveraineté de l’institution qui émet la monnaie légale. Monnaie et souveraineté sont étroitement liées ».

La monnaie est envisagée comme un attribut de la puissance publique et un instrument de propagande au service de cette dernière. Le principe de la souveraineté mis en lumière par Jean Bodin a permis de dégager une souveraineté de l’Etat dont la souveraineté monétaire semblait être partie intégrante. La souveraineté est la pierre angulaire de la structure étatique, c’est l’âme de l’Etat, et pour s’affirmer comme telle, elle s’est faite ostentatoire et proclamatrice.

L’époque romaine est une belle illustration  du pouvoir de la monnaie. Le pouvoir et les symboles qui lui sont attachés donnent  à la communauté civique romaine les moyens d'exprimer, sur la monnaie en particulier, mais aussi et en même temps sur tous les autres supports du discours figuratif, sa puissance, sa "personnalité", lui permettant de se situer par rapport à  tout ce qui n'est pas romain.  L'efficience globale du discours impérialiste véhiculé par la monnaie, produit tant par les membres des gentes que par les « imperotores », tous comme membres de l'appareil d’Etat, est cumulative à long terme. 

Après la destruction du temple en 70, la Judée était devenue une colonie romaine et sa monnaie fut intégrée dans le système provincial de l’empire. En clair,  les monnaies frappées en Israël montrent sur une face le portrait de l’empereur divinisé et sur le revers une déité romaine ou bien un symbole de la défaite juive. On pouvait voir la Judée personnifiée assise en pleurs devant un palmier et dominée par la déesse de la victoire. 

La renaissance africaine passe par la reconquête de son glorieux passé

Depuis les indépendances, les pays de la zone franc n’arrivent pas à se défaire de la tutelle française. La monnaie CFA imposée au départ et acceptée, par la suite, est le signe de cette capitulation. Pendant que les africains fêtent les cinquante années de leur « liberté surveillée », la politique monétaire de la zone franc reste toujours décidée par la France en fonction de ses intérêts propres. Très naturellement, la politique monétaire  a été complètement déconnectée des vrais enjeux du développement africain tout en permettant à la France de contrôler économiquement et politiquement ses anciennes colonies au profit de son économie nationale, et au préjudice du développement des relations entre pays africains. Pourtant, rien ne présageait cet esclavage monétaire des pays de la zone franc. En interrogeant la « boîte noire » de notre histoire, c’est-à-dire, l’Afrique noire avant les attaques portugaises et arabes, et avant les traites d’esclaves.

On a trouvé des traces de  pièces frappées à KILOUA avant le 13e siècles. L’île  KILOUA est située à égale distance  des cotes occidentale et orientale. La complexité des échanges entre l’Afrique et les reste du monde (surtout l’inde et la chine) les rendaient nécessaires. A cette époque, les produits d’exportation étaient l’or, l’ivoire, le cuivre et le fer.

Sur des sujets de la plus saignante actualité, comme celui de la monnaie, il  est exclu dans le schéma mental de l’occidental que l’Africain soit capable de prendre en compte son destin. 

Pourtant, un point semble hors de doute : l’Afrique a une expérience monétaire. D’ailleurs la monnaie est un « inné » au sens large puisqu’elle répond à deux besoins fondamentaux de l’Homme : le besoin de subsistance et le besoin d’existence.

Dans sa thèse de doctorat soutenue au Conservatoire des Arts et Métiers,  le 27 mars 2003, Marie Cotteret explique : «  en Egypte, dès 2700 avant Jésus-Christ, on utilisait un indice monétaire : le Shat. Pas encore une monnaie, mais une unité abstraite qui trouvait sa réalisation avec une foule de marchandises, lesquelles, plus ou moins pratiques à transporter pouvaient servir à compléter un paiement ou à parfaire l’entente quant à l’évaluation des prix des marchandises échangées ».

Il s’ensuit que le  Shat servait d’unité monétaire dans l’ancien empire. Le premier  texte prouvant l’existence d’un étalon monétaire en Egypte date du 26e siècles avant JC, (Theodorides, 1979). On a pu reconnaitre les attendus d’un procès dont une partie est la suivante : « j’ai acquis cette maison à titre onéreux auprès du scribe tchenti. J’ai donné pour elle 10 shat, à savoir une étoffe (d’une valeur) de trois shat ; un lit d’une valeur de quatre shat. ». Nous avons tous appris dans les manuels d’histoire, l’existence des monnaie-marchandises en Afrique : l’or en Egypte, les barres de sel en Ethiopie, les manilles de cuivres ou de bronze en côte d’ivoire et au Nigeria, les houes de fer au soudan.

Avec son passé glorieux, les experts, les plus chevronnés, s’interrogent sur l’immobilisme du continent africain, en tout cas, sur le plan économique. Pour l’heure, le dispositif de la zone franc est conservé dans son essence. Voulu par tous les partenaires, le statuquo entretient en Afrique, l’ossature des Etats, et leur survie dans un système économique et social figé. De la sorte, les PAZF conserve à la France son image de puissance dotée d’une zone d’influence, sa clientèle politique dans les enceintes internationales. Les États africains sont privés d'un réel pouvoir monétaire qui est un rouage d'une réelle indépendance.

Il est temps que les pays africains de la zone franc prennent leur responsabilité vis-à-vis du franc CFA, comme le Maroc et la Tunisie, deux pays cités en exemple, qui ont respectivement abandonné cette monnaie, en 1959 et 1958.

En tout cas, sous l’angle intellectuel, c’est une donnée première de l’entendement économique et sous l’angle de la dignité et de la morale, c’est un impératif.

 

 

Dieu nous aide à accéder aux vérités essentielles !

 

Dr Séraphin PRAO

 

Président de l’ATAM

Association des Théoriciens Africains de la Monnaie

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

18:42 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : afrique, france, franc cfa, yao prao séraphin, bceao, beac, bcc, cfa arme offensive et défensive de la france | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 27 mars 2010

LE FRANC CFA: LE PLUS GRAND SCANDALE DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE

PIECE DE 25 FRANCS.jpg

 

Le franc CFA, un outil de contrôle politique et économique sur les pays africains de la zone franc.

Regardez l’interview vidéo du Professeur Nicolas AGBOHOU sur http://mampouya.over-blog.com/.

La zone franc et le franc CFA, un système hérité de la colonisation.

 

Par Survie 22 mars 2010

 

La zone franc et sa monnaie le franc CFA constituent le seul système monétaire colonial au monde à avoir survécu à la décolonisation. La mise en place progressive de ce système est le résultat de choix stratégiques de la France mettant l’entreprise de colonisation au service des intérêts économiques français. Les monnaies africaines sont supprimées et des banques privées appartenant aux colons mais contrôlées par la France sont créées.


La puissance coloniale exploite les matières premières des colonies pour alimenter l’industrie française et utilise les colonies comme débouchés pour les produits français.

 

Suite à la crise de 1929, la France accentue son repli sur l’empire colonial pour protéger son économie et son commerce extérieur. La création de la zone franc en 1939 offre le moyen de pérenniser cette stratégie : les échanges avec des pays extérieurs à la zone franc sont interdits, ce qui cimente les liens économiques et commerciaux entre la France et son empire.

 

La monnaie franc CFA (Colonies Françaises d’Afrique) est quant à elle créée en 1945 afin que la dévaluation du franc français au sortir de la guerre n’affecte pas les marchés des possessions africaines de la France. Celle-ci conserve ainsi le leadership dans le commerce extérieur des colonies et réaffirme sa suprématie sur son empire.

 

Au moment des indépendances, la quasi-totalité des anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne décide de rester dans le giron de la France en signant des accords de coopération monétaire et en adhérant de ce fait à la zone franc. Le franc CFA est d’ailleurs renommé franc de la Communauté Française d’Afrique en 1958.

Mais la Guinée refuse cet assujettissement monétaire et sort de la zone franc dans un coup d’éclat. Le président Sékou Touré veut une réelle indépendance politique et économique pour la Guinée, et pour ce faire crée le franc guinéen et quitte la zone en 1960.

Au Togo, ancienne colonie allemande membre de la zone franc depuis 1949, des voix s’élèvent également contre le franc CFA en la personne du président Sylvanus Olympio. La sortie de la zone est prévue pour 1963 mais Sylvanus Olympio est assassiné juste avant que l’indépendance monétaire du pays ne soit acquise.

Ce n’est que dix ans plus tard, en 1973, que la zone connaît de nouvelles modifications avec la sortie de la Mauritanie et de Madagascar.

 

C’est également à la période des indépendances que des banques centrales dont seulement la moitié des administrateurs sont des représentants africains sont créées pour émettre le franc CFA. Les présidents de ces institutions sont néanmoins français et restent maîtres de toute décision.

 

Pendant les années 1970 la zone franc connaît des ajustements à la fois techniques et symboliques : révision des accords de coopération monétaire, déménagement des sièges des banques centrales de Paris à Dakar et Yaoundé, diminution du nombre de représentants français au sein des Conseils d’Administration.

D’autre part deux nouveaux pays signent des accords de coopération avec la France et adoptent le franc CFA : la Guinée Équatoriale en 1985 et la Guinée-Bissau en 1997.

Malgré ces changements, la France garde la mainmise sur la politique monétaire de la zone franc dont les pays subissent des choix économiques et monétaires dictés par les intérêts français. La France va même jusqu’à décider unilatéralement de la dévaluation du franc CFA en 1994.


La zone franc : une gestion et des principes au service des intérêts français

 

La zone franc englobe donc aujourd’hui quinze pays : huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), six pays d’Afrique centrale (Cameroun, République Centrafricaine, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad) et les Comores.

 

C’est une organisation financière, monétaire et économique, dont le cœur est la France et l’instrument principal le franc CFA. Cette organisation, gérée par la France, s’appuie sur des institutions africaines : la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Banque des Etats d’Afrique Centrale (BEAC), la Banque Centrale des Comores (BCC).
Le système franc CFA est basé sur quatre grands principes : la centralisation des réserves de change au Trésor public français, la fixité de la parité franc CFA/euro, la libre convertibilité du franc CFA à l’euro, et la libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zone franc.

 

A ces principes s’ajoute la participation française aux instances de direction des banques centrales africaines, pièce maîtresse du système CFA puisqu’elle garantit l’application sans faille des quatre principes précédemment cités.


La centralisation des réserves de changes : un principe qui bloque l’économie des pays de la zone franc

 

Chaque banque centrale de la zone franc possède un compte d’opérations au Trésor public français et doit y déposer une partie de ses réserves de monnaie. Depuis 2005, 50% des réserves de change doivent être stockées sur le compte d’opérations en France (jusqu’en 2005 ce pourcentage était de 65).

Il y a donc actuellement environ 8000 milliards de francs CFA venant de la BCEAO et la BEAC stockés au Trésor public, soit plus de 12 milliards d’euros.

C’est autant d’argent qui est amputé du budget des États de la zone franc. La France rémunère les banques centrales africaines en intérêts, tout en se servant au passage grâce à des placements privés (des sommes dégagées au profit de la France qui se comptent en centaines de millions d’euros).

 

Pire, la part d’intérêts versée aux banques centrales est comptabilisée dans l’Aide Publique au Développement ! Dépouillés de la moitié de leurs recettes, les pays africains de la zone franc se retrouvent ainsi dans une situation économique et sociale très difficile, d’autant plus que la France leur impose une rigueur budgétaire (c’est-à-dire une baisse des dépenses publiques) pour que l’approvisionnement du compte d’opérations soit garanti.


La parité fixe franc CFA-euro : une entrave à la compétitivité des économies africaines dans le monde

 

Hier lié au franc français, le franc CFA est aujourd’hui arrimé à l’euro, c’est-à-dire que la valeur du franc CFA sur les marchés mondiaux dépend de celle de l’euro. Autrement dit, les pays africains de la zone franc n’ont pas le contrôle de leur politique de change et subissent les fluctuations du cours de la monnaie unique européenne.

Les recettes de leurs exportations doivent être converties en euro avant de l’être en franc CFA, ce qui signifie que si la conversion entre l’euro et les monnaies étrangères fluctue, les recettes des pays africains de la zone franc fluctuent également.

Actuellement la valeur de l’euro se renforce par rapport aux monnaies étrangères. Par conséquent, la compétitivité des pays de la zone euro, et donc de la zone franc, diminue par rapport au reste du monde.

Une baisse de la compétitivité signifiant une plus grande difficulté à vendre ses produits sur le marché mondial, les conséquences pour les pays africains de la zone franc d’un arrimage à une monnaie forte comme l’euro sont considérables : les économies restent faibles, et les population se paupérisent car les matières premières qu’elles produisent ne peuvent ni être exportées ni être transformées.


La libre convertibilité franc CFA/ euro et la libre circulation des capitaux ou comment légaliser la fuite des capitaux

 

La libre convertibilité s’applique des pays africains de la zone franc à la France et inversement, mais ne concerne pas les échanges entre les trois zones du système CFA. Ce principe facilite les investissements français en Afrique, le rapatriement des capitaux, et l’importation par la France de matières premières, mais bloque les échanges inter-africains.
Les principes de libre convertibilité et libre circulation des capitaux favorisent également la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France. Les entreprises françaises installées dans les pays africains de la zone franc peuvent rapatrier librement leurs liquidités vers la France et les transferts d’argent entre la France et l’Afrique s’opèrent sans entraves au profit des élites françafricaines.


La participation française à la gestion des banques centrales africaines

 

Dans les trois banques centrales de la zone franc, des administrateurs français siègent aux Conseils d’Administration (CA). Dans les faits, la présence d’administrateurs français garantie par les statuts des banques centrales confère à la France un droit de veto lors de la prise de décision.

Au CA de la BCC, 4 administrateurs sur 8 sont français alors que les décisions doivent être votées à la majorité. A la BCEAO seuls 2 administrateurs sur 16 sont français, mais l’unanimité est requise pour toute décision majeure (et notamment la modification des statuts).

La situation est la même à la BEAC avec 3 administrateurs français sur 13. Le pouvoir de la France dans ces institutions est donc considérable et la présence de représentants français garantit la mise en œuvre de tous les principes centraux du système CFA.


Un système monétaire qui constitue une entrave à la souveraineté des États africains de la zone franc

 

Le franc CFA est un liant qui cimente les relations économiques entre la France et les pays africains de la zone franc. Ces pays ne sont pas libres de la gestion de leur politique économique et monétaire, domaine pourtant constitutif de la souveraineté d’un État. Preuve en est la dévaluation de 1994 décidée unilatéralement par la France.
Malgr
é le passage à l’euro, la France garde la mainmise sur la zone franc, alors même qu’elle n’est plus émettrice de la monnaie d’arrimage. L’adoption de l’euro aurait pu se traduire par une disparition du pouvoir tutélaire de la France sur ses anciennes colonies, or la France a obtenu que les accords de coopération monétaire de la zone franc ne soient pas affectés par l’intégration européenne.
Cinquante ans après les indépendances, la politique monétaire de la zone franc reste donc décidée par la France en fonction de ses intérêts propres.

Cinquante ans pendant lesquels cette politique a été complètement déconnectée des vrais enjeux du développement africain tout en permettant à la France de contrôler économiquement et politiquement ses anciennes colonies au profit de son économie nationale, et au préjudice du développement des relations entre pays africains.

Le modèle imposé par le système franc CFA induit une verticalité des échanges (Nord-Sud) au détriment d’une coopération horizontale (Sud-Sud). Un tel système financier, au service des intérêts économiques et politiques de la France, ne peut pas être le vecteur de l’autonomie monétaire et du développement.

Il perpétue les relations asymétriques et néocoloniales entre la France et les pays de la zone CFA.

 

Source: http://patrickericmampouya.com/asp/

00:30 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : afrique, france, franc cfa, professeur nicolas agbohou, manpouya, survie, bceao, beac, bcc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 04 mars 2009

ZONE FRANC: MACROECONOMIE DU MASOCHISME

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Lu sur SAOTI.OVER-BLOG.COM: Certains Etats abusent de la malchance au point de banaliser la notion de crise économique. C’est certainement le cas des quatorze pays africains qui, avec les Comores et la France, constituent depuis 1939 une étrange union monétaire connue sous le nom de Zone franc. Relique d’un passé colonial qui semble n’avoir jamais eu de fin, cette union reflète à la fois le mimétisme intellectuel des élites africaines qui ne se sont jamais libérées de la mémoire de l’oppression, et l’égoïsme cupide des membres des réseaux de la Françafrique qui continuent de dominer la classe politique et l’administration de la coopération à Paris.

Alors que les anciens pays africains du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) qui étaient eux aussi membres de la zone franc pendant la période coloniale s’étaient réappropriés leur souveraineté monétaire avec l’indépendance, les pays d’Afrique sub-saharienne avaient reconduit la logique du pacte colonial, signant avec la France des accords de coopération qui les plaçaient sous la tutelle monétaire de Paris – ceci au nom d’une “intégration africaine” qui ne s’est jamais matérialisée. Près d’un demi-siècle après les indépendances que le Général de Gaulle leur avait généreusement attribuées, ces pays aux économies fort différentes les unes des autres et ne commerçant pratiquement pas entre eux, continuent d’utiliser la même monnaie qu’à l’époque coloniale (le franc CFA). Celle-ci est liée à un taux de change fixe avec l’Euro et gérée en réalité par une poignée de fonctionnaires de la Banque centrale européenne à Francfort, sans aucun souci ni considération pour la réalité et les besoins réels de ces pays, qui sont aussi parmi les plus pauvres de la planète.

Au moment où l’économie mondiale montre des signes d’essoufflement, que la crise des systèmes financiers et des bourses internationales menace de provoquer une baisse de la croissance dans les pays en développement, il est difficile de comprendre que l’Afrique noire francophone, qui ne peut compter que sur ses exportations pour se développer, continue de s’accommoder d’arrangements monétaires qui la privent de toute marge de manœuvre en matière de compétitivité externe et de politique économique. Les choses sont d’autant plus graves que les importations de ces pays africains sont souvent libellées en euro, alors que leurs exportations leurs sont réglées en dollar. La montée de l’euro par rapport au dollar provoque non seulement une surévaluation du franc CFA (c’est-à-dire une perte de compétitivité de ses produits sur les marchés internationaux), mais aussi une perte de ses recettes d’exportations et revenus fiscaux. La situation actuelle rappelle la situation vécue à la fin des années 1980 lorsque la détérioration des termes de l’échange et la surévaluation du franc FCFA avaient entraîné un appauvrissement des Etats, la baisse des investissements, l’accroissement du chômage, la fuite des capitaux, et une spectaculaire dévaluation dont les conséquences sociales restent incrustées dans l’imaginaire collectif.

Un anachronisme

La zone franc constitue assurément un anachronisme économique et monétaire. Ses partisans justifient son existence en invoquant une série d’arguments politiques et économiques. D’abord, ils affirment qu’elle sert de socle à une future union politique africaine. Si c’était le cas, cette union imposée de facto depuis bientôt soixante-dix ans aurait déjà donné quelques résultats tangibles. Or les mauvais traitements réservés récemment encore à des milliers de citoyens burkinabè en Côte d’Ivoire ou à des Camerounais au Gabon et en Guinée équatoriale prouvent bien que le rêve d’unité africaine entre des populations affamées demeure un lointain mirage, ceci malgré les slogans sur la liberté de circulation des personnes et des biens.

La zone franc est présentée ensuite comme une sympathique copie de l’Union européenne, une espèce de voie obligée dans un monde où les Etats-nations disparaissent au profit de grands ensembles. Ceux qui soutiennent cette thèse oublient que la logique des grands regroupements est dictée en priorité par des considérations économiques, et non idéologiques : c’est à force de commercer entre eux que les pays européens ont créé un grand marché communautaire, et justifié ainsi l’abandon de leurs monnaies nationales pour l’adoption d’une monnaie unique. Les échanges intra-européens représentaient environ 60 % du commerce extérieur français ou allemand lorsque l’euro a été adopté.

En Afrique francophone, soixante-dix ans après l’adoption d’une monnaie unique, ils continuent de représenter moins de 5 %.

Des dirigeants africains incapables de gérer une monnaie ?

De plus, un pays qui choisit d’abandonner sa souveraineté monétaire pour faire partie d’une union doit bénéficier en contrepartie de la flexibilité de l’emploi, qui est alors le meilleur moyen de s’adapter aux chocs extérieurs – ses agents économiques peuvent alors se déplacer librement pour aller saisir des opportunités ailleurs dans la zone monétaire. C’est cette flexibilité du marché du travail qui permet à des plombiers polonais de quitter Varsovie pour s’établir à Hambourg ou Paris s’ils y trouvent plus d’opportunités professionnelles. Un plombier Sénégalais qui voudrait s’installer à Libreville n’a aucune chance de se voir délivrer un visa. S’il s’y aventure clandestinement, il y sera en permanence guetté par la violente méchanceté et la jalousie des travailleurs gabonais aigris et au chômage qui, dans cet Etat de non-droit, ne s’embarrasseront pas de fioritures pour incendier ses biens, voire attenter à sa vie !

Autre argument souvent invoqué pour justifier l’existence de la Zone franc : les dirigeants africains sont trop irresponsables pour qu’on leur confie la gestion d’une monnaie. Ils seraient tous tentés de faire fonctionner la planche à billets comme Mobutu Sese Seko et Robert Mugabe l’ont fait au Zaïre et au Zimbabwe. D’ailleurs, affirme-t-on, la zone franc a permis aux pays d’Afrique noire francophone de maîtriser l’inflation et de maintenir la convertibilité de leur monnaie. Vrai. Mais selon la même logique, ces pays n’auraient jamais dû accepter l’indépendance politique, puisque de nombreux leaders africains se sont montrés bien pires que les colons d’hier. De plus, les cas extrêmes de l’ex-Zaïre et du Zimbabwe (qui n’ont jamais été membres de la zone franc) ne doivent pas dissimuler les très nombreux exemples de grands succès d’anciens membres du club qui ont bien géré leurs monnaies et en ont même fait l’instrument principal de leur industrialisation et de leur développement (Maroc, Tunisie, Vietnam).

La zone franc, un marché captif pour quelques hommes d’affaires français

Quant au mythe de la convertibilité du franc CFA, il suffit d’essayer d’effectuer un virement bancaire de Brazzaville à Bangui ou de Bamako à Ndjamena pour mesurer la pauvreté de ce slogan : les tracasseries administratives, l’ampleur des formalités et documents à fournir, la lourdeur des procédures, le coût des transactions, le nombre d’intermédiaires qui doivent chacun être rémunérés, le volume des taxes et commissions et les délais de l’opération sont tels que cette convertibilité ressemble à un leurre. Elle est d’ailleurs “garantie” par la Banque de France, qui exige en contrepartie à tous les pays de la zone franc d’ouvrir un Compte d’Opérations ouvert au Trésor français, et d’y déposer au moins 65 % de leurs recettes d’exportations. Tiens donc !

En vérité, les avantages tant vantés de la zone franc consistent surtout à offrir un marché captif à quelques hommes d’affaires français installés en Afrique, et à faciliter les transactions de ces élites africaines corrompues qui se rendent régulièrement à Paris pour y approvisionner leurs comptes bancaires, s’offrir des costumes Pierre Cardin ou y faire leurs courses de ménages sans avoir à se soucier du taux de change. Quant aux vrais entrepreneurs français et africains qui désirent s’établir durablement sur le continent et y développer des industries dignes de ce nom, ils se préoccupent plutôt de la détérioration de la compétitivité de ces économies, qui est un problème structurel lorsque la monnaie d’économies aussi faibles est liée à un taux de change fixe à une monnaie aussi forte que l’euro. Ce qui intéresse ces vrais créateurs d’emplois, ce n’est pas tant le niveau modéré de l’inflation dont parlent tant les défenseurs de la zone franc, mais les opportunités d’affaires. Malheureusement, il semble bien que la politique monétaire suivie par les pays d’Afrique noire francophone relève actuellement du masochisme. Quel dommage, quand on sait qu’ils pourraient tirer des enseignements précieux des expériences remarquables d’anciens membres de la zone franc comme la Tunisie ou le Vietnam.

Par Célestin Monga in Billets d’Afrique et d’ailleurs, Octobre 2008

Les pays de la zone franc : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Bissau, Guinée équatoriale, Mali, Niger, République centrafricaine, Sénégal, Tchad et Togo.


20:59 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : franc cfa, uemoa, beac, bceao, saoti, cemac, zone cfa, célestin monga | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |