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vendredi, 12 juin 2015

FRANC CFA: UN MINISTRE TOGOLAIS SUR LA SELLETTE

MINISTRE TOGOLAIS SUR LA SELLETTE. FCFA.jpg

 

L’affaire fait grand bruit dans les sphères économiques de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : un ministre togolais est en pleine tourmente pour avoir mis en cause la conduite de la politique monétaire dans la zone CFA.

Le ministre togolais chargé de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques conservera-t-il son poste dans le nouveau gouvernement que doit former Komi Sélom Klassou, après la polémique suscitée par sa critique de la politique monétaire de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) ?

Agrégé en économie formé à l’université Lyon-II, Kako Nubukpo a été macroéconomiste et chef de service au siège de la BCEAO à Dakar (Sénégal) entre 2000 et 2003, il a été nommé en octobre 2013 au sein du gouvernement togolais pour suivre et évaluer l’ensemble des politiques publiques du pays. Au cours de conférences publiques sur l’économie tenues à Lomé (Togo) en février et mars 2015, le ministre a suggéré que de nouvelles mesures soient prises pour favoriser la croissance dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa). Dans son viseur : les réserves de change que déposent les deux banques centrales BCEAO et BEAC (Banque des États de l’Afrique centrale) auprès du Trésor public français pour assurer la parité du franc CFA avec l’euro.

La règle voudrait que ces réserves de change puissent couvrir au moins 20 % de l’émission monétaire effectuée par les deux banques centrales. Mais, souligne le ministre, « dans les faits, le taux de couverture avoisine 100 % depuis des années ». D’où la nécessité, selon lui, de puiser dans cette marge de 80 % pour accorder des crédits aux petites et moyennes entreprises.  Si une telle solution était adoptée, estime Kako Nubukpo, les pays de la région pourraient connaître une croissance économique annuelle supérieure à 10 %.

Réactions 

Des documents internes à la BCEAO, qui ont fuité dans les médias, révèlent les remous suscités au sein de l’institution par les sorties du ministre togolais. Une note rédigée par Kossi Tenou,  directeur national pour le Togo de la BCEAO a ainsi porté à la connaissance du gouverneur de cette institution, l’Ivoirien Tiémoko Meyliet Koné, « les critiques formulées par Kako Nubukpo à l’encontre de la BCEAO ».

Des observations inscrites en annexes par des chefs de services indiquent qu’il « s’agit d’un acharnement sur la politique monétaire plutôt que de contributions pour l’amélioration des politiques publiques de l’État ». L’un d’eux a souhaité que le ministre soit rappelé « à l’ordre pour éviter à l’avenir qu’il continue de formuler des critiques qui n’ont aucun lien avec les objectifs poursuivis lors des colloques au cours desquels il intervient ».

Positions

Les propositions du ministre togolais rejoignent pourtant des positions adoptées par plusieurs acteurs de la finance africaine, à l’instar de Jean-Louis Ekra, président de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), qui a émis le souhait qu’une partie des réserves des banques centrales africaines soit mobilisée pour accompagner les économies du continent.

L’économiste bissau-guinéen Paulo Gomes a lui aussi plaidé en faveur d’un changement de politique monétaire au sein de la zone Uemoa. Le « Fonds Afrique 50 » de la Banque africaine de développement (BAD), qui a démarré en 2014, recommande également la mobilisation d’une partie des réserves de change des banques centrales pour financer les infrastructures sur le continent.

Le président Faure Gnassingbé cèdera-t-il aux pressions en limogeant son ministre de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques ? Réponse dans quelques jours avec la publication de la nouvelle équipe gouvernementale au Togo.

 

Source: JEUNE AFRIQUE

samedi, 06 octobre 2012

40ème ANNIVERSAIRE DES ACCORDS DE COOPERATION MONETAIRE DE LA ZONE FRANC: ALASSANE DRAMANE OUATTARA, SEUL CHEF D'ETAT PRESENT




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Alassane Dramane Ouattara et Pierre Moscovici, hier à la tribune de l'ouverture 40ème anniversaire des accords de coopération monétaire de la zone franc.



Aussi bizarre que cela puisse paraître, Alassane Dramane Ouattara, chef de l’Etat ivoirien, était le seul chef d’Etat présent à la célébration du 40ème anniversaire des accords de coopération monétaire de la zone franc. Il partageait la tribune officielle avec Pierre Moscovici, ministre français de l’Economie et Finances, et hôte du colloque.
 
Etaient également présents, les gouverneurs des banques centrales africaines BCEAO et BEAC et même d’anciens gouverneurs.
 
On notait ainsi la présence de Casimir Oyé Mba, gouverneur de la BEAC (1978-1990), de Charles Konan Banny gouverneur de la BCEAO (1990, comme intérimaire d’abord, à 2005) et ancien premier ministre de Côte d’Ivoire, d’Abdoulaye Bio Tchané ancien ministre de l’Economie et des Finances de Mathieu Kérékou, ex-président de la BOAD (2008-2011), du Camerounais Jean Nkuete, secrétaire exécutif de la CEMAC (1999-2006) économètre particulièrement brillant et proche de Paul Biya qui en a fait un ministre d’Etat, de Michel Camdessus gouverneur de la Banque de France (1984-1987) directeur général du FMI (1987-2000) et ami de Ouattara, de Sylviane Guillaumont-Jeanneney professeure émérite de l’Université d’Auvergne et spécialiste de la zone franc, de Jean-Claude Trichet gouverneur de la Banque de France (1993-2003), président de la Banque centrale européenne (2003-2011), de Christian Noyer gouverneur de la Banque de France, de Saïd Mohamed Mshangama, directeur général de l’Institut des Comores (1977-1981), pour ne citer que ceux-là.
 
L’absence des treize autres chefs d’Etat africains ayant en partage le Franc CFA comme monnaie hier à ce colloque de Bercy, dont le thème est « Regards croisés sur 40 ans de zone franc », est la preuve selon plusieurs analystes, du peu d’intérêt accordé par les africains à ce colloque, et d’une célébration au rabais des 40 ans du F CFA.
 
Par ailleurs, de plus en plus de voix s’élèvent en Afrique sur ce arrimage du FCFA à l’Euro, arrimage aujourd’hui totalement dépassé, car condamnant l’Afrique à la stagnation sans croissance sur l’autel de la lutte contre l'inflation menée par la banque de France, alors que des pays comme le Ghana, le Nigeria, qui ont leur propre monnaie, attirent beaucoup plus de capitaux que les pays membres de la zone franc.
 
Deux tables rondes seront néanmoins organisées à ce colloque : une première consacrée à « la zone franc et le tournant des accords de coopération monétaire des années 1970 », et une seconde intitulée « De l’intégration monétaire à l’intégration économique ».
 
Hier lors de la cérémonie d’ouverture, Alassane Dramane Ouattara a fait une déclaration fleuve dont nous vous livrons la teneur. ICI.
 
 
Christian Vabé


vendredi, 25 novembre 2011

MALGRE LE DEMENTI DU CAMP OUATTARA, LE CFA SERA BEL ET BIEN DEVALUE: LA PREUVE


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Comme il fallait s'y attendre, le scoop livré par Notre Voie, dans son édition N° 3988 du lundi 21 novembre 2011 relativement à la dévaluation du franc Cfa, annoncée pour janvier 2012, suscite des réactions divergentes. Pendant que des économistes africains trouvent cette triste réalité inévitable au regard de la rude crise économique qui frappe l'Europe, les gouverneurs des banques centrales africaines concernées (Bceao et Beac) tentent de nier l'éventualité. Et pourtant, le franc Cfa se situe à un micron de sa deuxième profonde dévaluation.

 

«Si rien ne vient entre temps changer la donne, dès le 1er janvier 2012, c'est-à-dire dans moins de 40 jours, le Fcfa sera dévalué à nouveau. La parité fixe qui jusque-là était de 1 euro = 655,59 Fcfa passera à 1 euro = 1000 Fcfa. Selon une source diplomatique occidentale, c'est pour apporter cette information aux chefs d'Etat de l'Uemoa qu'Alassane Dramane Ouattara a fait le tour de la sous-région, la semaine dernière. Il a été mandaté, selon la source, par le Président français, Nicolas Sarkozy. En Afrique centrale, c'est à Denis Sassou N'Guesso que la mission a été confiée par Paris d'informer ses homologues de la Cemac mais aussi des Comores. Le diplomate assure que Sarkozy, compte tenu des problèmes que le Président sénégalais rencontre actuellement et surtout à cause de sa grande susceptibilité, a tenu à parler personnellement à Abdoulaye Wade lequel devrait informer son petit voisin bissau-guinéen».

Cette exclusivité publiée par le quotidien Notre Voie n°3988 du lundi 21 novembre 2011 a visiblement créé un séisme à la rencontre annuelle de concertation entre la Bceao et la Beac qui se tient à Abidjan, depuis mardi 22 pour prendre fin aujourd'hui 24 novembre 2011. Au point où, au sortir d'une audience avec Alassane Dramane Ouattara, le mardi 22 novembre, lendemain de la publication de l'article de Notre Voie, le gouverneur de la Beac, Lucas Abaga, a déclaré : «La dévaluation n'est pas d'actualité. La croissance reste rigoureuse en 2011 ; le taux de couverture monétaire est presque de 100% alors qu'il faut un minimum de 20%, tous les indicateurs sont dans le bon sens». Le nouveau gouverneur de la Bceao, Tiémoko Meyliet Koné, qui se tenait à ses côtés, a partagé la même vision que son homologue.

Le prêteur en difficultés financières

Ces propos du gouverneur de la Beac sont plus du registre de la politique, qui vise à amadouer les populations afin de prévenir toute manifestation de rue, que celui de l'économie, où la démagogie ne prospère pas face aux clignotants rouges. Si une timide croissance est constatée en Afrique depuis quelques années, ce n'est pas le cas en Europe où sévit une crise économique rude qui menace même les fondements de l'euro, la monnaie commune à 27 pays européens. Dont la France, ex-pays colonisateur de la majorité des pays, membres de la Bceao et de la Beac. Mais surtout «parrain» du Fcfa et principal pourvoyeur de «l'aide» au développement des Etats de la zone monétaire. Frappée par la crise économique qui touche l'Europe, la France se trouve profondément dans l'incapacité de jouer son rôle comme par le passé.

De son côté, l'Allemagne, la première puissance économique européenne, se refuse à servir de «parapluie» à la France en Afrique au risque de mettre en péril tout l'édifice européen. D'autant qu'en Europe, les conséquences de la crise se font durement ressentir. L'exemple de la Grèce est bien récent. «Le prêteur est en difficulté, c'est cela la réalité. Pour prêter de l'argent aux pays de la zone Cfa dans le cadre de l'aide au développement, la France empruntait, avant la crise, sur le marché européen à un taux de 2%. Elle prêtait ensuite aux pays africains à un taux de 4%. Avec la crise, le taux d'emprunt de la France sur le marché européen s'est accru. La France ne peut plus continuer puisqu'elle est frappée de plein fouet par la crise. Elle a donc décidé de dévaluer le Fcfa pour ne pas porter les pays de la zone Bceao et Beac comme un boulet au pied», soutient une source informée.

Ancien gouverneur de la Bceao, Alassane Dramane Ouattara que la France a activement contribué à installer au pouvoir a été chargé par Paris d'expliquer la pilule amère de la dévaluation du Fcfa aux autres chefs d'Etat de la zone. Quant aux gouverneurs de la Bceao et de Beac réunis à Abidjan avec les autres partenaires dont la France, il s'agit de réfléchir sur comment appliquer cette mesure sans faire sombrer les économies sous-régionales.

Comme avant le 11 janvier 1994

La tâche est ardue comme ce fut le cas en 1993, quelques mois avant la dévaluation du Fcfa survenue en janvier 1994. En effet, à partir de septembre 1993, le soutien financier de la France était conditionné à l'adoption par les pays de la zone Cfa de programmes économiques et financiers crédibles soutenus par le Fmi. Ce changement d'attitude préfigurait de la dévaluation du franc Cfa. Aujourd'hui encore, le schéma est identique.

Pendant que le Fmi est sollicité par l'Europe pour appuyer les économies de certains pays de la zone euro en grande difficulté, il soumet les pays africains à des conditionnalités socio économiques qui ne seront pas sans conséquences pour la stabilité de certains Etats. Des sources parlent, par exemple, de réduction du personnel de la Fonction publique et d'une privatisation totale de tous les secteurs des économies des pays africains.

La dévaluation va renchérir le coût de la vie déjà intenable dans certains pays comme la Côte d'Ivoire. C'est à juste titre que Houphouët s'opposait vigoureusement à la dévaluation. Quelques semaines après sa mort, le 7 décembre 1993, la France et le Fmi ont décidé, le 11 janvier 1994, la dévaluation de 50% du franc Cfa pour les 13 pays africains du continent et 33% pour les îles Comores. Pour janvier 2012, des sources parlent d'une dévaluation de plus de 60% du franc Cfa. C'est dire que la catastrophe est à nos portes. Et les pluies de milliards de Fcfa dévalués n'y pourront rien. Comme en 1994...


Didier Depry, in le quotien ivoirien "Notre Voie" N° 3991 du jeudi 24 novembre 2011.

didierdepri@yahoo.fr

 

Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

00:05 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Europe, France, Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : côte d'ivoire, france, afrique, dévaluation du franc cfa, nicolas sarkozy, uemoa, bceao, beac, cemac, euro | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

lundi, 29 mars 2010

LE FRANC CFA, UNE ARME OFFENSIVE ET DEFENSIVE DE LA FRANCE EN ZONE FRANC

 

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«Le destin de l’homme se joue sur la monnaie! Exigez l’ordre financier ou acceptez

l’esclavage!» disait Jacques Rueff. Pour lui,  il ne peut pas y avoir de progrès de la Civilisation et de la Liberté sans la stabilité monétaire. C’est dire combien la monnaie compte dans l’organisation et la survie d’une société. La monnaie est une invention qui est au cœur de nos sociétés actuelles. Cependant, elle est relativement ancienne et a une histoire complexe. Nonobstant, la monnaie semble être écarté dans les stratégies de développement des pays africains. En 1960, 14 pays africains qui étaient à l’époque des colonies françaises, sont devenus indépendants. Cette année 2010 a donc été décrétée « année du jubilé » et elle donnera certainement lieu à des  manifestations grandioses et aux flots de discours auxquels les dirigeants ont habitués les populations pour dresser le bilan d’un demi siècle de liberté surveillée.

Après la clairvoyance des pères fondateurs dont les illustres sont l'Osagyefo Kwame Krumah ( 19O9-1972), le  "javelot flamboyant" Jomo Kenyatta (1893-1978), le "Bélier"  Houphouet-Boigny (1905-1993) , le "Rais"   Gamal Nasser (1918-197O), le "Combattant suprême" Bourguiba, le " mwalimu "   Julius Nyerere,  le grand « Syli » Sékou Touré, "Abel Djassi" Amilcar Cabral, Modibo Kéïta, notre continent est aujourd’hui à la croisée des chemins.

Parmi les 49 pays les moins avancés (PMA), les 35 sont en Afrique Sub-saharienne ; 581 millions de personnes, sur une population  totale de 767 millions, vivent toujours dans le dénuement et 277 millions d’entre elles sont dans la « pauvreté absolue » avec moins de 1 dollar par jour. Pour parler spécifiquement des pays africains de la zone franc (PAZF), le bilan sommaire peut être ainsi résumé : la zone franc représente 12% de la population africaine, 12% du PIB et 1,5% des exportations. Avec une population de 25% supérieure à celle de la France, les PAZF représentent 4,5 % du PIB français ou 1,5% de la masse monétaire.

 Et pourtant, certains pays trouveront des ressources financières, qui du reste, sont rares, pour festoyer. Certainement que certains africains accuseront la colonisation et les relations complexes qui lient les africains aux occidentaux, comme responsable de notre retard économique.  Mais si tel est le cas, il est difficilement compréhensible  qu’on se réjouisse alors même que le vestige le plus important de la colonisation qu’est le franc CFA, demeure.

Notre présente réflexion porte sur le chainon manquant du développement des pays africains, le peu d’attention portée à la dimension monétaire dans les stratégies de développement.

Cet article se voudrait une modeste contribution à l’exploration de « l’énigme » du sous-développement des pays aux ressources naturelles abondantes.

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Le Franc CFA, une arme défensive de la France en zone franc

Il est connu de tous, que le continent africain en général est un  « scandale géologique » et le sous continent noir, un scandale tout court, vu l’immensité légendaire de leurs richesses. Et cela, la France l’a intégré depuis la colonisation. On sait également que les années 40 et 50 ont été riches en contestations réclamant l’indépendance des colonies. C’est ainsi qu’en 1956, la Loi-cadre, dite loi Deferre, renforçait l’autonomie des colonies en créant un conseil de gouvernement et une assemblée territoriale élue au suffrage universel. On sait également que l’effondrement de la 4e République, avec le retour du général de Gaule et la mise en chantier de la 5e République ont entrainé une nouvelle  révision du statut des colonies.  Le projet proposé par référendum en 1958 offre le choix entre une indépendance immédiate ou l’entrée dans une communauté française avec davantage d’autonomie mais toujours sous tutelle de la métropole. A ce projet, le fougueux Sékou Touré, habitué à la phraséologie syndicaliste, sous des applaudissements déchaînés, lançait : « nous préférons la liberté  dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage ». Tout est dit juste et net. Les commentateurs simplistes peuvent dire que la Guinée a fait le mauvais choix mais il nous semble qu’il faille plus retourner les méninges avant de s’aventurer dans un tel raccourci de l’histoire.  Ce détour permet de comprendre qu’avec le franc CFA, la France pouvait défendre ses intérêts dans ses colonies en dépit de l’autonomie qu’elle leur offrait. C’était donc une liberté surveillée.

Pour saisir la démonstration du franc CFA comme une arme défensive de la France, il faut sans doute savoir  pourquoi le mouvement de colonisation qui avait débuté au XVIème siècle et avait crée de vastes empires coloniaux, trouve t-il une nouvelle vigueur à partir du milieu du XIXème siècle ?  Nous avons appris dans nos recherches que plusieurs facteurs, liés au nouveau contexte politique, économique, social et culturel de l’Europe au XIXème siècle, se sont conjugués. « 6C » : Curiosité, Capitalisme, Commerce, Christianisme, Civilisation, Colonisation.

En France, la colonisation a des motifs précis. Pour s’en convaincre définitivement, il suffit de suivre cette déclaration de Jacques Doriot, alors communiste en 1928 : « Sans les colonies, le pays serait en état de faillite ».  Et  le professeur Gautherot, à droite affirme à son tour en 1930 que « la destruction des empires coloniaux entraînerait la ruine des métropoles ».

Comment la ruine des colonies  peut-elle entrainer celle de la métropole ? La réponse se trouve sans doute dans ce que postule Jules Ferry, en ces termes : « La politique coloniale est la fille de la politique industrielle ». Le développement industriel rendrait donc la colonisation indispensable.

On sait que face à la crise économique mondiale des années 30, la bourgeoisie française a trouvé dans son Empire colonial une planche de salut : un marché protégé, à l’abri du marché mondial, qui joua un rôle vital alors, par exemple comme débouché pour l’industrie cotonnière. Ce processus s’accéléra au tournant du XXe siècle, les cultures destinées à l’exportation firent leur apparition, et les grandes firmes commerciales, la CFAO, la SCOA, s’en assurèrent le monopole côté français, comme de son côté la firme anglo-hollandaise Unilever.

Les défenseurs du « CFARIQUE », cette branche monétaire du pacte colonial entre la France et les pays de la zone franc, se place tranquillement sous l’ombrelle protectrice d’une idée de monnaie stable nécessaire à l’émergence des petites économies. Cette argumentation n’est pas féconde, d’ailleurs, elle ne résiste pas à une analyse profonde. La vérité, c’est que le franc CFA permettait à la France d’acquérir cacao, bois tropicaux, uranium, etc., sans sortie de devises.

Les patrons des grands groupes capitalistes recherchent systématiquement à détenir des positions de monopole, sinon, disent-ils, comme par exemple Vincent Bolloré, ça ne vaut pas la peine. Cette position de monopole leur permet de pratiquer souvent des prix plus élevés que dans les métropoles, dans des pays pourtant plus pauvres. Les entreprises françaises, ankylosées par des décennies de chasses gardées, encaissent difficilement les offensives d’une concurrence qui s’est aiguisée, même dans l’Afrique « marginalisée ».

Depuis les indépendances, le franc CFA aide la France dans l’exploitation  des ressources naturelles des pays africains de la zone franc. Protégées des risques de change, les entreprises françaises font des profits colossaux. Le franc CFA est le poumon  de l’impérialisme français dans ses anciennes colonies de l’Afrique au sud du Sahara. Tout un pan essentiel de l’histoire de la bourgeoisie française, depuis l’époque des armateurs négriers de Nantes et de La Rochelle, des grands négociants bordelais, jusqu’aux brasseurs d’affaires et aux banquiers-usuriers d’aujourd’hui, en passant par l’époque du travail forcé et du servage colonial, toute une partie essentielle de l’histoire de l’accumulation de ses profits capitalistes, a lié et lie nos histoires, celle des peuples et des travailleurs africains et celle du prolétariat de France - lui-même constitué aussi en partie par des prolétaires venus d’Afrique.

Le franc CFA, une arme offensive de la France en zone franc

La monnaie est un instrument par lequel une classe peut exploiter et dominer l’autre et elle ne peut exister que par la légitimation politique qui lui donne la capacité d’être un pouvoir d’achat immédiat ou futur garantissant son rôle de réserve à travers le temps. D’ailleurs dès l’aube de  l'humanité, la monnaie est très vite devenue un moyen de reconnaissance sociale, une dérive du besoin d'existence qui conduit toujours aux pires excès. Cette position  de la monnaie en a donc fait le plus puissant instrument de domination de l'Humain et de la Nature.

Avec la zone franc, le France voulait conserver son aire d’influence, mais aussi, consolider des liens un temps menacés par les aspirations à la souveraineté. La construction de cette zone est due à des facteurs commerciaux (une partie importante des échanges se faisant avec la France), financiers (faciliter le paiement des flux financiers) et politique.  Cette tutelle monétaire assure le contrôle des économies de la zone et garantit les bénéfices des capitaux français en assurant la convertibilité illimitée, la parité fixe avec l’euro et surtout la liberté des transferts.

Puisque les autorités françaises savaient que la décolonisation était irréversible, il fallait trouver une arme offensive pour maintenir l’influence de la France dans ses anciennes colonies.  De Gaulle a résumé cette politique, plus tard, dans ses « Mémoires », à sa manière : « Notre domination coloniale était autrefois glorieuse. Elle est devenue ruineuse. La décolonisation est notre intérêt et, par conséquent, notre politique ».Ainsi, cet octroi de la souveraineté, puis de l’indépendance, dans le style impérial particulier à De Gaulle, était largement motivé par l’intention de diminuer le « coût des colonies », lequel faisait l’objet d’abondantes discussions alors dans la presse et les milieux politiques - « coût des colonies » pour l’État français, s’entend.

En effet, la décolonisation ouvrait dans une certaine mesure le domaine réservé des entreprises françaises en Afrique à la concurrence des autres puissances, de la Communauté Economique Européenne pour commencer, voire des USA, et là la force des capitaux français par eux-mêmes risquait de ne pas suffire. Il était nécessaire de conserver le contrôle des nouveaux appareils d’État « indépendants » et « souverains ». En plus de la présence tutélaire de bases, de garnisons et de conseillers militaires français,  celle de hauts fonctionnaires  au niveau des gouvernements et des administrations-clés, l’instauration d’une  monnaie sous le contrôle de la Banque de France avec l’instauration de la « zone franc » reste le fait le plus important. 

Le franc CFA est une arme de domination de la France dans les pays africains de la zone franc. Le franc CFA entame notre souveraineté monétaire et notre souveraineté tout court. Si  la souveraineté peut se  définir comme le caractère d’un Etat ou d’un organe qui n’est soumis à aucun autre Etat ou organe, elle va de paire avec la notion de pouvoir. Le pouvoir, lui n’existe qu’avec une allocation de ressources et une capacité stratégique dont le rapport monétaire en est le principal.

Il n’est nul besoin d’un long raisonnement pour appréhender cette domination, qui, se manifeste, à deux niveaux.

Premièrement, par le biais du compte d’opérations. En effet, les banques centrales de la zone franc ont des comptes courants sur les livres du Trésor français.  Ces banques  doivent verser sur ce compte, la quasi-totalité de leurs avoirs extérieurs. En contrepartie, le Trésor  français s’engage à fournir toutes les sommes dont ces instituts peuvent avoir besoin pour leurs paiements en devises. En théorie, en cas d’insuffisance d’avoirs sur le compte d’opérations, celui-ci peut devenir débiteur sans qu’aucune limite ne soit assignée à ce découvert.  Cette technique de compte d’opérations, qui est en réalité une escroquerie était pourfendue par les français eux-mêmes. Maurice NIVEAU, dans Histoires des Faits Economiques contemporains, PUF,   1966, p.306-307, nous rapporte le sentiment français, par les propos de  M. Emile Moreau(gouverneur de la banque de France de 1926 à 1930) qui disait ceci à M. Poincaré (président du conseil) :« j’expose au président du conseil que l’Angleterre ayant été le premier pays européen à retrouver une monnaie stable et sûre après la guerre, a profiter de cet avantage pour jeter sur l’Europe les bases d’une véritable domination financière. [...] les remèdes comportent toujours l’installation auprès de la banque d’émission d’un contrôleur étranger anglais ou déguisé par la banque d’Angleterre, et le dépôt d’une partie de l’encaisse de la banque d’émission à la banque d’Angleterre, ce qui sert à la fois à soutenir la livre et à fortifier l’influence anglaise... »

 

Deuxièmement,  le fonctionnement même des instituts monétaires, pose un problème à notre souveraineté monétaire.  Les institutions monétaires  (BCEAO et BEAC) sont pilotées par  des conseils d’administration (CA), un gouverneur et des comités de crédit.  L’article 37 des statuts de la BCEAO stipule clairement que la Banque est administrée par ces trois organes précités.  Ces trois organes travaillent sous la tutelle du Conseil des ministres de l’union monétaire, la composition de ce dernier étant définie par l’article 6 du traité constitutif de l’union monétaire ouest africaine.

 

Le Conseil d’Administration de la BCEAO, qui met en œuvre la politique monétaire « dans le cadre des directives du Conseil des Ministres » est composé d’administrateurs nommés par les gouvernements des États participant à la gestion de la Banque (c’est-à-dire les États de l’UMOA ainsi que la France), chacun d’eux désignant deux représentants. Aucun africain ne siège à la Banque de France et au Trésor français, on se demande ce que font des français dans le conseil d’administration d’une banque centrale africaine, si ce n’est pour influencer les prises de décisions.

Monnaie et souveraineté sont étroitement liées

Nous aurions tort de clore notre réflexion sans aborder la question du lien étroit entre la monnaie et la souveraineté. Inutile de revenir ici sur toute la prolifique littérature dans les manuels de philosophie et de sociologie. Mais s’il existe, dans la théorie économique, une notion essentielle, en tout cas pour nous, hélas tombée en jachère, c’est bien celle de la souveraineté monétaire. Les pays de la zone franc l’ont jusque là occulté, de gré ou de force. Or, il suffit de lire un des brillants théoriciens de la monnaie pour avoir le cœur net. Dans son ouvrage intitulé La monnaie, paru chez Flammarion, à la page 96, Jean CARTELLIER écrit : « la monnaie est inséparable d’un ordre ou d’un pouvoir. A tout système monétaire est assignée une limite, qui est celle de l’acceptation des moyens de paiement. L’aire d’extension du système de paiement se confond avec celle de la souveraineté de l’institution qui émet la monnaie légale. Monnaie et souveraineté sont étroitement liées ».

La monnaie est envisagée comme un attribut de la puissance publique et un instrument de propagande au service de cette dernière. Le principe de la souveraineté mis en lumière par Jean Bodin a permis de dégager une souveraineté de l’Etat dont la souveraineté monétaire semblait être partie intégrante. La souveraineté est la pierre angulaire de la structure étatique, c’est l’âme de l’Etat, et pour s’affirmer comme telle, elle s’est faite ostentatoire et proclamatrice.

L’époque romaine est une belle illustration  du pouvoir de la monnaie. Le pouvoir et les symboles qui lui sont attachés donnent  à la communauté civique romaine les moyens d'exprimer, sur la monnaie en particulier, mais aussi et en même temps sur tous les autres supports du discours figuratif, sa puissance, sa "personnalité", lui permettant de se situer par rapport à  tout ce qui n'est pas romain.  L'efficience globale du discours impérialiste véhiculé par la monnaie, produit tant par les membres des gentes que par les « imperotores », tous comme membres de l'appareil d’Etat, est cumulative à long terme. 

Après la destruction du temple en 70, la Judée était devenue une colonie romaine et sa monnaie fut intégrée dans le système provincial de l’empire. En clair,  les monnaies frappées en Israël montrent sur une face le portrait de l’empereur divinisé et sur le revers une déité romaine ou bien un symbole de la défaite juive. On pouvait voir la Judée personnifiée assise en pleurs devant un palmier et dominée par la déesse de la victoire. 

La renaissance africaine passe par la reconquête de son glorieux passé

Depuis les indépendances, les pays de la zone franc n’arrivent pas à se défaire de la tutelle française. La monnaie CFA imposée au départ et acceptée, par la suite, est le signe de cette capitulation. Pendant que les africains fêtent les cinquante années de leur « liberté surveillée », la politique monétaire de la zone franc reste toujours décidée par la France en fonction de ses intérêts propres. Très naturellement, la politique monétaire  a été complètement déconnectée des vrais enjeux du développement africain tout en permettant à la France de contrôler économiquement et politiquement ses anciennes colonies au profit de son économie nationale, et au préjudice du développement des relations entre pays africains. Pourtant, rien ne présageait cet esclavage monétaire des pays de la zone franc. En interrogeant la « boîte noire » de notre histoire, c’est-à-dire, l’Afrique noire avant les attaques portugaises et arabes, et avant les traites d’esclaves.

On a trouvé des traces de  pièces frappées à KILOUA avant le 13e siècles. L’île  KILOUA est située à égale distance  des cotes occidentale et orientale. La complexité des échanges entre l’Afrique et les reste du monde (surtout l’inde et la chine) les rendaient nécessaires. A cette époque, les produits d’exportation étaient l’or, l’ivoire, le cuivre et le fer.

Sur des sujets de la plus saignante actualité, comme celui de la monnaie, il  est exclu dans le schéma mental de l’occidental que l’Africain soit capable de prendre en compte son destin. 

Pourtant, un point semble hors de doute : l’Afrique a une expérience monétaire. D’ailleurs la monnaie est un « inné » au sens large puisqu’elle répond à deux besoins fondamentaux de l’Homme : le besoin de subsistance et le besoin d’existence.

Dans sa thèse de doctorat soutenue au Conservatoire des Arts et Métiers,  le 27 mars 2003, Marie Cotteret explique : «  en Egypte, dès 2700 avant Jésus-Christ, on utilisait un indice monétaire : le Shat. Pas encore une monnaie, mais une unité abstraite qui trouvait sa réalisation avec une foule de marchandises, lesquelles, plus ou moins pratiques à transporter pouvaient servir à compléter un paiement ou à parfaire l’entente quant à l’évaluation des prix des marchandises échangées ».

Il s’ensuit que le  Shat servait d’unité monétaire dans l’ancien empire. Le premier  texte prouvant l’existence d’un étalon monétaire en Egypte date du 26e siècles avant JC, (Theodorides, 1979). On a pu reconnaitre les attendus d’un procès dont une partie est la suivante : « j’ai acquis cette maison à titre onéreux auprès du scribe tchenti. J’ai donné pour elle 10 shat, à savoir une étoffe (d’une valeur) de trois shat ; un lit d’une valeur de quatre shat. ». Nous avons tous appris dans les manuels d’histoire, l’existence des monnaie-marchandises en Afrique : l’or en Egypte, les barres de sel en Ethiopie, les manilles de cuivres ou de bronze en côte d’ivoire et au Nigeria, les houes de fer au soudan.

Avec son passé glorieux, les experts, les plus chevronnés, s’interrogent sur l’immobilisme du continent africain, en tout cas, sur le plan économique. Pour l’heure, le dispositif de la zone franc est conservé dans son essence. Voulu par tous les partenaires, le statuquo entretient en Afrique, l’ossature des Etats, et leur survie dans un système économique et social figé. De la sorte, les PAZF conserve à la France son image de puissance dotée d’une zone d’influence, sa clientèle politique dans les enceintes internationales. Les États africains sont privés d'un réel pouvoir monétaire qui est un rouage d'une réelle indépendance.

Il est temps que les pays africains de la zone franc prennent leur responsabilité vis-à-vis du franc CFA, comme le Maroc et la Tunisie, deux pays cités en exemple, qui ont respectivement abandonné cette monnaie, en 1959 et 1958.

En tout cas, sous l’angle intellectuel, c’est une donnée première de l’entendement économique et sous l’angle de la dignité et de la morale, c’est un impératif.

 

 

Dieu nous aide à accéder aux vérités essentielles !

 

Dr Séraphin PRAO

 

Président de l’ATAM

Association des Théoriciens Africains de la Monnaie

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

18:42 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : afrique, france, franc cfa, yao prao séraphin, bceao, beac, bcc, cfa arme offensive et défensive de la france | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 27 mars 2010

LE FRANC CFA: LE PLUS GRAND SCANDALE DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE

PIECE DE 25 FRANCS.jpg

 

Le franc CFA, un outil de contrôle politique et économique sur les pays africains de la zone franc.

Regardez l’interview vidéo du Professeur Nicolas AGBOHOU sur http://mampouya.over-blog.com/.

La zone franc et le franc CFA, un système hérité de la colonisation.

 

Par Survie 22 mars 2010

 

La zone franc et sa monnaie le franc CFA constituent le seul système monétaire colonial au monde à avoir survécu à la décolonisation. La mise en place progressive de ce système est le résultat de choix stratégiques de la France mettant l’entreprise de colonisation au service des intérêts économiques français. Les monnaies africaines sont supprimées et des banques privées appartenant aux colons mais contrôlées par la France sont créées.


La puissance coloniale exploite les matières premières des colonies pour alimenter l’industrie française et utilise les colonies comme débouchés pour les produits français.

 

Suite à la crise de 1929, la France accentue son repli sur l’empire colonial pour protéger son économie et son commerce extérieur. La création de la zone franc en 1939 offre le moyen de pérenniser cette stratégie : les échanges avec des pays extérieurs à la zone franc sont interdits, ce qui cimente les liens économiques et commerciaux entre la France et son empire.

 

La monnaie franc CFA (Colonies Françaises d’Afrique) est quant à elle créée en 1945 afin que la dévaluation du franc français au sortir de la guerre n’affecte pas les marchés des possessions africaines de la France. Celle-ci conserve ainsi le leadership dans le commerce extérieur des colonies et réaffirme sa suprématie sur son empire.

 

Au moment des indépendances, la quasi-totalité des anciennes colonies françaises d’Afrique subsaharienne décide de rester dans le giron de la France en signant des accords de coopération monétaire et en adhérant de ce fait à la zone franc. Le franc CFA est d’ailleurs renommé franc de la Communauté Française d’Afrique en 1958.

Mais la Guinée refuse cet assujettissement monétaire et sort de la zone franc dans un coup d’éclat. Le président Sékou Touré veut une réelle indépendance politique et économique pour la Guinée, et pour ce faire crée le franc guinéen et quitte la zone en 1960.

Au Togo, ancienne colonie allemande membre de la zone franc depuis 1949, des voix s’élèvent également contre le franc CFA en la personne du président Sylvanus Olympio. La sortie de la zone est prévue pour 1963 mais Sylvanus Olympio est assassiné juste avant que l’indépendance monétaire du pays ne soit acquise.

Ce n’est que dix ans plus tard, en 1973, que la zone connaît de nouvelles modifications avec la sortie de la Mauritanie et de Madagascar.

 

C’est également à la période des indépendances que des banques centrales dont seulement la moitié des administrateurs sont des représentants africains sont créées pour émettre le franc CFA. Les présidents de ces institutions sont néanmoins français et restent maîtres de toute décision.

 

Pendant les années 1970 la zone franc connaît des ajustements à la fois techniques et symboliques : révision des accords de coopération monétaire, déménagement des sièges des banques centrales de Paris à Dakar et Yaoundé, diminution du nombre de représentants français au sein des Conseils d’Administration.

D’autre part deux nouveaux pays signent des accords de coopération avec la France et adoptent le franc CFA : la Guinée Équatoriale en 1985 et la Guinée-Bissau en 1997.

Malgré ces changements, la France garde la mainmise sur la politique monétaire de la zone franc dont les pays subissent des choix économiques et monétaires dictés par les intérêts français. La France va même jusqu’à décider unilatéralement de la dévaluation du franc CFA en 1994.


La zone franc : une gestion et des principes au service des intérêts français

 

La zone franc englobe donc aujourd’hui quinze pays : huit pays d’Afrique de l’Ouest (Bénin, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo), six pays d’Afrique centrale (Cameroun, République Centrafricaine, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad) et les Comores.

 

C’est une organisation financière, monétaire et économique, dont le cœur est la France et l’instrument principal le franc CFA. Cette organisation, gérée par la France, s’appuie sur des institutions africaines : la Banque Centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Banque des Etats d’Afrique Centrale (BEAC), la Banque Centrale des Comores (BCC).
Le système franc CFA est basé sur quatre grands principes : la centralisation des réserves de change au Trésor public français, la fixité de la parité franc CFA/euro, la libre convertibilité du franc CFA à l’euro, et la libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zone franc.

 

A ces principes s’ajoute la participation française aux instances de direction des banques centrales africaines, pièce maîtresse du système CFA puisqu’elle garantit l’application sans faille des quatre principes précédemment cités.


La centralisation des réserves de changes : un principe qui bloque l’économie des pays de la zone franc

 

Chaque banque centrale de la zone franc possède un compte d’opérations au Trésor public français et doit y déposer une partie de ses réserves de monnaie. Depuis 2005, 50% des réserves de change doivent être stockées sur le compte d’opérations en France (jusqu’en 2005 ce pourcentage était de 65).

Il y a donc actuellement environ 8000 milliards de francs CFA venant de la BCEAO et la BEAC stockés au Trésor public, soit plus de 12 milliards d’euros.

C’est autant d’argent qui est amputé du budget des États de la zone franc. La France rémunère les banques centrales africaines en intérêts, tout en se servant au passage grâce à des placements privés (des sommes dégagées au profit de la France qui se comptent en centaines de millions d’euros).

 

Pire, la part d’intérêts versée aux banques centrales est comptabilisée dans l’Aide Publique au Développement ! Dépouillés de la moitié de leurs recettes, les pays africains de la zone franc se retrouvent ainsi dans une situation économique et sociale très difficile, d’autant plus que la France leur impose une rigueur budgétaire (c’est-à-dire une baisse des dépenses publiques) pour que l’approvisionnement du compte d’opérations soit garanti.


La parité fixe franc CFA-euro : une entrave à la compétitivité des économies africaines dans le monde

 

Hier lié au franc français, le franc CFA est aujourd’hui arrimé à l’euro, c’est-à-dire que la valeur du franc CFA sur les marchés mondiaux dépend de celle de l’euro. Autrement dit, les pays africains de la zone franc n’ont pas le contrôle de leur politique de change et subissent les fluctuations du cours de la monnaie unique européenne.

Les recettes de leurs exportations doivent être converties en euro avant de l’être en franc CFA, ce qui signifie que si la conversion entre l’euro et les monnaies étrangères fluctue, les recettes des pays africains de la zone franc fluctuent également.

Actuellement la valeur de l’euro se renforce par rapport aux monnaies étrangères. Par conséquent, la compétitivité des pays de la zone euro, et donc de la zone franc, diminue par rapport au reste du monde.

Une baisse de la compétitivité signifiant une plus grande difficulté à vendre ses produits sur le marché mondial, les conséquences pour les pays africains de la zone franc d’un arrimage à une monnaie forte comme l’euro sont considérables : les économies restent faibles, et les population se paupérisent car les matières premières qu’elles produisent ne peuvent ni être exportées ni être transformées.


La libre convertibilité franc CFA/ euro et la libre circulation des capitaux ou comment légaliser la fuite des capitaux

 

La libre convertibilité s’applique des pays africains de la zone franc à la France et inversement, mais ne concerne pas les échanges entre les trois zones du système CFA. Ce principe facilite les investissements français en Afrique, le rapatriement des capitaux, et l’importation par la France de matières premières, mais bloque les échanges inter-africains.
Les principes de libre convertibilité et libre circulation des capitaux favorisent également la fuite des capitaux de l’Afrique vers la France. Les entreprises françaises installées dans les pays africains de la zone franc peuvent rapatrier librement leurs liquidités vers la France et les transferts d’argent entre la France et l’Afrique s’opèrent sans entraves au profit des élites françafricaines.


La participation française à la gestion des banques centrales africaines

 

Dans les trois banques centrales de la zone franc, des administrateurs français siègent aux Conseils d’Administration (CA). Dans les faits, la présence d’administrateurs français garantie par les statuts des banques centrales confère à la France un droit de veto lors de la prise de décision.

Au CA de la BCC, 4 administrateurs sur 8 sont français alors que les décisions doivent être votées à la majorité. A la BCEAO seuls 2 administrateurs sur 16 sont français, mais l’unanimité est requise pour toute décision majeure (et notamment la modification des statuts).

La situation est la même à la BEAC avec 3 administrateurs français sur 13. Le pouvoir de la France dans ces institutions est donc considérable et la présence de représentants français garantit la mise en œuvre de tous les principes centraux du système CFA.


Un système monétaire qui constitue une entrave à la souveraineté des États africains de la zone franc

 

Le franc CFA est un liant qui cimente les relations économiques entre la France et les pays africains de la zone franc. Ces pays ne sont pas libres de la gestion de leur politique économique et monétaire, domaine pourtant constitutif de la souveraineté d’un État. Preuve en est la dévaluation de 1994 décidée unilatéralement par la France.
Malgr
é le passage à l’euro, la France garde la mainmise sur la zone franc, alors même qu’elle n’est plus émettrice de la monnaie d’arrimage. L’adoption de l’euro aurait pu se traduire par une disparition du pouvoir tutélaire de la France sur ses anciennes colonies, or la France a obtenu que les accords de coopération monétaire de la zone franc ne soient pas affectés par l’intégration européenne.
Cinquante ans après les indépendances, la politique monétaire de la zone franc reste donc décidée par la France en fonction de ses intérêts propres.

Cinquante ans pendant lesquels cette politique a été complètement déconnectée des vrais enjeux du développement africain tout en permettant à la France de contrôler économiquement et politiquement ses anciennes colonies au profit de son économie nationale, et au préjudice du développement des relations entre pays africains.

Le modèle imposé par le système franc CFA induit une verticalité des échanges (Nord-Sud) au détriment d’une coopération horizontale (Sud-Sud). Un tel système financier, au service des intérêts économiques et politiques de la France, ne peut pas être le vecteur de l’autonomie monétaire et du développement.

Il perpétue les relations asymétriques et néocoloniales entre la France et les pays de la zone CFA.

 

Source: http://patrickericmampouya.com/asp/

00:30 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : afrique, france, franc cfa, professeur nicolas agbohou, manpouya, survie, bceao, beac, bcc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 04 mars 2009

ZONE FRANC: MACROECONOMIE DU MASOCHISME

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Lu sur SAOTI.OVER-BLOG.COM: Certains Etats abusent de la malchance au point de banaliser la notion de crise économique. C’est certainement le cas des quatorze pays africains qui, avec les Comores et la France, constituent depuis 1939 une étrange union monétaire connue sous le nom de Zone franc. Relique d’un passé colonial qui semble n’avoir jamais eu de fin, cette union reflète à la fois le mimétisme intellectuel des élites africaines qui ne se sont jamais libérées de la mémoire de l’oppression, et l’égoïsme cupide des membres des réseaux de la Françafrique qui continuent de dominer la classe politique et l’administration de la coopération à Paris.

Alors que les anciens pays africains du Maghreb (Maroc, Algérie, Tunisie) qui étaient eux aussi membres de la zone franc pendant la période coloniale s’étaient réappropriés leur souveraineté monétaire avec l’indépendance, les pays d’Afrique sub-saharienne avaient reconduit la logique du pacte colonial, signant avec la France des accords de coopération qui les plaçaient sous la tutelle monétaire de Paris – ceci au nom d’une “intégration africaine” qui ne s’est jamais matérialisée. Près d’un demi-siècle après les indépendances que le Général de Gaulle leur avait généreusement attribuées, ces pays aux économies fort différentes les unes des autres et ne commerçant pratiquement pas entre eux, continuent d’utiliser la même monnaie qu’à l’époque coloniale (le franc CFA). Celle-ci est liée à un taux de change fixe avec l’Euro et gérée en réalité par une poignée de fonctionnaires de la Banque centrale européenne à Francfort, sans aucun souci ni considération pour la réalité et les besoins réels de ces pays, qui sont aussi parmi les plus pauvres de la planète.

Au moment où l’économie mondiale montre des signes d’essoufflement, que la crise des systèmes financiers et des bourses internationales menace de provoquer une baisse de la croissance dans les pays en développement, il est difficile de comprendre que l’Afrique noire francophone, qui ne peut compter que sur ses exportations pour se développer, continue de s’accommoder d’arrangements monétaires qui la privent de toute marge de manœuvre en matière de compétitivité externe et de politique économique. Les choses sont d’autant plus graves que les importations de ces pays africains sont souvent libellées en euro, alors que leurs exportations leurs sont réglées en dollar. La montée de l’euro par rapport au dollar provoque non seulement une surévaluation du franc CFA (c’est-à-dire une perte de compétitivité de ses produits sur les marchés internationaux), mais aussi une perte de ses recettes d’exportations et revenus fiscaux. La situation actuelle rappelle la situation vécue à la fin des années 1980 lorsque la détérioration des termes de l’échange et la surévaluation du franc FCFA avaient entraîné un appauvrissement des Etats, la baisse des investissements, l’accroissement du chômage, la fuite des capitaux, et une spectaculaire dévaluation dont les conséquences sociales restent incrustées dans l’imaginaire collectif.

Un anachronisme

La zone franc constitue assurément un anachronisme économique et monétaire. Ses partisans justifient son existence en invoquant une série d’arguments politiques et économiques. D’abord, ils affirment qu’elle sert de socle à une future union politique africaine. Si c’était le cas, cette union imposée de facto depuis bientôt soixante-dix ans aurait déjà donné quelques résultats tangibles. Or les mauvais traitements réservés récemment encore à des milliers de citoyens burkinabè en Côte d’Ivoire ou à des Camerounais au Gabon et en Guinée équatoriale prouvent bien que le rêve d’unité africaine entre des populations affamées demeure un lointain mirage, ceci malgré les slogans sur la liberté de circulation des personnes et des biens.

La zone franc est présentée ensuite comme une sympathique copie de l’Union européenne, une espèce de voie obligée dans un monde où les Etats-nations disparaissent au profit de grands ensembles. Ceux qui soutiennent cette thèse oublient que la logique des grands regroupements est dictée en priorité par des considérations économiques, et non idéologiques : c’est à force de commercer entre eux que les pays européens ont créé un grand marché communautaire, et justifié ainsi l’abandon de leurs monnaies nationales pour l’adoption d’une monnaie unique. Les échanges intra-européens représentaient environ 60 % du commerce extérieur français ou allemand lorsque l’euro a été adopté.

En Afrique francophone, soixante-dix ans après l’adoption d’une monnaie unique, ils continuent de représenter moins de 5 %.

Des dirigeants africains incapables de gérer une monnaie ?

De plus, un pays qui choisit d’abandonner sa souveraineté monétaire pour faire partie d’une union doit bénéficier en contrepartie de la flexibilité de l’emploi, qui est alors le meilleur moyen de s’adapter aux chocs extérieurs – ses agents économiques peuvent alors se déplacer librement pour aller saisir des opportunités ailleurs dans la zone monétaire. C’est cette flexibilité du marché du travail qui permet à des plombiers polonais de quitter Varsovie pour s’établir à Hambourg ou Paris s’ils y trouvent plus d’opportunités professionnelles. Un plombier Sénégalais qui voudrait s’installer à Libreville n’a aucune chance de se voir délivrer un visa. S’il s’y aventure clandestinement, il y sera en permanence guetté par la violente méchanceté et la jalousie des travailleurs gabonais aigris et au chômage qui, dans cet Etat de non-droit, ne s’embarrasseront pas de fioritures pour incendier ses biens, voire attenter à sa vie !

Autre argument souvent invoqué pour justifier l’existence de la Zone franc : les dirigeants africains sont trop irresponsables pour qu’on leur confie la gestion d’une monnaie. Ils seraient tous tentés de faire fonctionner la planche à billets comme Mobutu Sese Seko et Robert Mugabe l’ont fait au Zaïre et au Zimbabwe. D’ailleurs, affirme-t-on, la zone franc a permis aux pays d’Afrique noire francophone de maîtriser l’inflation et de maintenir la convertibilité de leur monnaie. Vrai. Mais selon la même logique, ces pays n’auraient jamais dû accepter l’indépendance politique, puisque de nombreux leaders africains se sont montrés bien pires que les colons d’hier. De plus, les cas extrêmes de l’ex-Zaïre et du Zimbabwe (qui n’ont jamais été membres de la zone franc) ne doivent pas dissimuler les très nombreux exemples de grands succès d’anciens membres du club qui ont bien géré leurs monnaies et en ont même fait l’instrument principal de leur industrialisation et de leur développement (Maroc, Tunisie, Vietnam).

La zone franc, un marché captif pour quelques hommes d’affaires français

Quant au mythe de la convertibilité du franc CFA, il suffit d’essayer d’effectuer un virement bancaire de Brazzaville à Bangui ou de Bamako à Ndjamena pour mesurer la pauvreté de ce slogan : les tracasseries administratives, l’ampleur des formalités et documents à fournir, la lourdeur des procédures, le coût des transactions, le nombre d’intermédiaires qui doivent chacun être rémunérés, le volume des taxes et commissions et les délais de l’opération sont tels que cette convertibilité ressemble à un leurre. Elle est d’ailleurs “garantie” par la Banque de France, qui exige en contrepartie à tous les pays de la zone franc d’ouvrir un Compte d’Opérations ouvert au Trésor français, et d’y déposer au moins 65 % de leurs recettes d’exportations. Tiens donc !

En vérité, les avantages tant vantés de la zone franc consistent surtout à offrir un marché captif à quelques hommes d’affaires français installés en Afrique, et à faciliter les transactions de ces élites africaines corrompues qui se rendent régulièrement à Paris pour y approvisionner leurs comptes bancaires, s’offrir des costumes Pierre Cardin ou y faire leurs courses de ménages sans avoir à se soucier du taux de change. Quant aux vrais entrepreneurs français et africains qui désirent s’établir durablement sur le continent et y développer des industries dignes de ce nom, ils se préoccupent plutôt de la détérioration de la compétitivité de ces économies, qui est un problème structurel lorsque la monnaie d’économies aussi faibles est liée à un taux de change fixe à une monnaie aussi forte que l’euro. Ce qui intéresse ces vrais créateurs d’emplois, ce n’est pas tant le niveau modéré de l’inflation dont parlent tant les défenseurs de la zone franc, mais les opportunités d’affaires. Malheureusement, il semble bien que la politique monétaire suivie par les pays d’Afrique noire francophone relève actuellement du masochisme. Quel dommage, quand on sait qu’ils pourraient tirer des enseignements précieux des expériences remarquables d’anciens membres de la zone franc comme la Tunisie ou le Vietnam.

Par Célestin Monga in Billets d’Afrique et d’ailleurs, Octobre 2008

Les pays de la zone franc : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée Bissau, Guinée équatoriale, Mali, Niger, République centrafricaine, Sénégal, Tchad et Togo.


20:59 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (12) | Tags : franc cfa, uemoa, beac, bceao, saoti, cemac, zone cfa, célestin monga | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 27 février 2009

TRESOR FRANçAIS, ARGENT AFRICAIN: SOUVERAINETE ET DEVELOPPEMENT

LE PACTE COLONIAL.jpg
Lu sur le blog SAOTI.OVER-BLOG.COM: Un ami expert financier qui vit aux Etats-Unis, Camerounais de souche, George Bediong a Nyokon, n'a pu se retenir après la révélation faite par Mutations dans son édition du mercredi 18 février dernier et dans laquelle, sur la base d'un rapport de la Banque des Etats de l'Afrique centrale (Beac), il est indiqué que : "au 31 Décembre 2008, les six Etats de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac) disposaient d'une somme totale de 7482 milliards de Fcfa au sein de la Banque des Etats d'Afrique centrale (Beac)." Son irritation se décuple quand il est fait mention de ce que 55% de ce pactole est à la disposition du Trésor français.

Il retrouve tout de même sa lucidité pour expliquer en français facile l'entourloupe qui a cours pour les pays de la zone Cfa depuis 1943. "C'est comme aller garder son épargne - réserves financières - chez son voisin. En d'autres termes, après avoir travaillé pendant une saison et consommé ce que tu peux, au lieu de garder ton excédent dans ton grenier pour y avoir accès et le contrôle lors des temps difficiles, tu préfères aller garder ton épargne dans le grenier du voisin. La saison d'après, le même processus se reproduit; ainsi de suite. Pendant que tu continues à travailler dur pour consommer, ton voisin utilise cette épargne pour investir, et mener une vie de pacha. Génération après génération, l'écart et le fossé d'enrichissement s'agrandissent. Tes enfants deviennent de plus en plus pauvres, pendant que les enfants de ton voisin s'enrichissent.

"Résultat des courses, "tout l'argent, que ce soit en forme des revenus d'export, ou d'aide internationale, octroyée au nom du pays en question, tout est porté au sortir des pays utilisant le Cfa pour être gardé en France, au Trésor français." La conséquence de cette servitude entretenue depuis belle lurette est que la France est considérée comme une puissance avec le fruit du labeur des millions d'Africains qui croupissent dans la misère du fait de gouvernants, émanation de la France, et qui n'envisagent aucunement leur émancipation de ce tutorat dévastateur pour leurs compatriotes afin de prendre date avec l'histoire. Donc, comme l'indique Babissakana dans cette édition, "l'argent déposé par la Beac est un financement cadeau qui est toujours là pour permettre à la France de faire face à ses dépenses". Pendant ce temps, elle doit feindre de se montrer magnanime avec des pays qui lui tendent la sébile et se voit donc rétrocéder sous forme d'aide ou prêt un argent qui est le leur en réalité.

Sans abandonner la piste de la réparation du préjudice subi depuis des décennies par les Etats des zones Cemac et Uemoa que suggère Bediong a Nyokon, l'urgence pour les pays africains asservis par la France depuis l'époque coloniale est d’arrêter la saignée en dénonçant ces accords scélérats et en reprenant leur souveraineté monétaire. Avec des pratiques comme celle qui est décriée ici et qui ne trouve pas beaucoup d'experts pour en défendre son bien fondé pour le développement des Etats logés à l'enseigne pays pauvres très endettés, le préalable est de couper ce cordon ombilical qui rattache la zone Cfa à l'Euro. Un développement est-il possible pour tous ces pays sans une politique monétaire autonome ? Pas besoin d'être un disciple de Keynes ou tout autre maître de la pensée économique pour répondre par la négative.

Une observation simple permet de se rendre compte de ce que les pays comme ceux désignés par le générique "Dragons d'Asie", dont certains avaient le même niveau de développement que le Cameroun en 1960, sans justifier du même potentiel énergétique, présentent aujourd'hui une situation économique enviable, sont regardés comme modèles par leurs égaux d'hier qui leur quémandent désormais la fameuse aide publique au développement. Quel paradoxe ! Corée du Sud, Indonésie, Thaïlande… n'ont pas eu besoin d'un arrimage à une monnaie de référence pour être où ils sont aujourd'hui. Idem pour les puissances émergentes que sont la Chine, l'Inde ou le Brésil. La création d'une monnaie n'est pas une panacée et n'est pas le seul facteur qui retarde le décollage économique du Cameroun. On aura toujours beau jeu d'évoquer le Zaïre de Mobutu et ses poussées inflationnistes. Mais cette monnaie propre constitue un préalable auquel il faudra annexer une vision, des compétences, la transparence et le sens de l'intérêt général.

Par Junior Binyam in Mutations, le 20 février 2009

12:58 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : franc cfa, saoti, trésor français, souveraineté africaine, bceao, zone cfa, cemac, beac, junior binyam, mutations | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mardi, 14 octobre 2008

LE FRANC CFA N'EST PAS NOTRE MONNAIE

Franc CFA 3.jpg
Même si elle n’évoque pour beaucoup que les pièces ou billets que nous utilisons quotidiennement, la monnaie est plus complexe. Au moment où la scène monétaire et financière de nombreuses économies et celle de l’économie mondiale connaît des profondes et rapides transformations, les pays de la zone franc continue de demeurer dans l’esclavage monétaire. Aujourd’hui, l’Afrique revient au centre des enjeux géostratégiques c’est pourquoi, il est temps de discuter des questions monétaires afin que la monnaie joue tout son rôle dans le développement des pays africains.


LA QUESTION DE LA MONNAIE

Le terme français de monnaie dérive du latin moneta (de monere, avertir). En effet, vers le milieu du 3ème siècle avant Jésus Christ , les romains installent à coté du temple de Junon, sur le capitole, leur premier atelier de pièces métalliques dont certaines à l’effigie de la déesse ( surnommée Moneta, avertisseuse). Nonobstant ce fait, cette période n’est pas celle de l’apparition de la monnaie. Des traces de monnaie ont été retrouvées 1700 ans avant Jésus Christ dans le code d’Hammurabi. La tête de bétail (pecunia, de pecus, troupeau), barre de sel, épi d’orge ou de maïs, des anneaux, fer de lance ont servi à l’échange dans les sociétés primitives. Contrairement à toute autre invention, on ne peut pas dater la naissance de la monnaie et considérer sa diffusion comme un processus continu et progressif. L’origine de la monnaie montre qu’elle est étroitement liée à des réalités sociales, politiques, spirituelles etc..


LA MONNAIE AU-DELA DE CE QU’ON SAIT

En prenant pour point de départ l’existence d’un système de paiement, le véritable économiste reconnaîtra que l’économie de marché est enserrée dans du « social ». La monnaie est comme une porte qui sépare les domaines économique et non économique.

Ø Monnaie et souveraineté

La souveraineté est le principe d’autorité suprême. La monnaie renvoie au prince et généralement à l’organisation politique de la société. La monnaie de ce fait est inséparable d’un ordre ou d’un pouvoir. A tout système monétaire est assignée une limite, qui est celle de l’acceptation des moyens de paiement. Ainsi l’aire d’extension du système de paiement se confond avec celle de la souveraineté de l’institution émettrice de la monnaie légale. Robert Joseph Pothier, un des inspirateur du code civil français écrivait, à propos de la monnaie métallique « ces pièces n’appartenant aux particuliers que comme signe de la valeur que le prince a voulu qu’elle représentassent, dès lors qu’il plaît au prince que ce ne soient plus ces pièces mais d’autres qui soient les signes représentatifs de la valeur des choses, les particuliers n’ont plus le droit de retenir ces pièces ». En fait, la monnaie a un lien avec l’Etat, elle n’est pas tout l’Etat et l’Etat n’est pas toute la monnaie. Pourquoi n’existe-t-il pas une monnaie internationale ? C’est certainement parce qu’une partie du politique est devenue de plus en plus monétaire. Stricto sensu, il n’y a pas d’unité de compte internationale ni, a fortiori, de moyen de paiement libellé en cette unité. Tous les paiements internationaux se font en tenant compte des taux de change entre les divers moyens de paiement. L’absence de monnaie internationale est la confirmation de la liaison intime entre monnaie et souveraineté. Ainsi donc, l’institution monétaire serait la transformation d’un principe social.

Ø La nature sociale de la monnaie

Les économistes qui s’affranchissent des dogmes de la théorie dominante, s’aperçoivent du lien social révélé par la monnaie. En la matière, les travaux de Michel Aglietta et André orléan fournissent une explication on ne peut plus claire. S’inspirant des recherches de certains anthropologues tel René Girard, ces auteurs affirment que la monnaie est le produit de l’articulation de trois formes de violence, toutes liées au désir mimétique : chacun ne désire un objet que parce que autrui le désire. Le désir mimétique s’exprimant dans une « violence essentielle » liée au désir de capture considérée comme le rapport social le plus général. Cette dernière (violence essentielle) débouche sur du social organisé que si elle se généralise en une concurrence universelle, « la violence réciproque ». Le stade final et social est celui de la « violence fondatrice » où une institution régulatrice, la monnaie est engendrée par l’exclusion d’un des acteurs de la violence réciproque. L’origine de la monnaie peut se situer de même dans le sacré et dans les rites sacrificiels. Brièvement, on peut reconnaître stricto sensu la monnaie comme le sacrifice. De même que ce dernier éteint une dette vis-à-vis des dieux et retranche les morts du monde social, la monnaie est le seul moyen de mettre fin à une dette. L’élément supra-individuel qui lui est attaché aurait un fondement religieux. Si le pouvoir procède du sacré, alors on est conduit à confondre monnaie, souveraineté et sacré.

Ø La monnaie comme modèle général du social

Quelles sont les propriétés générales que la monnaie confère aux relations sociales ? Pour le professeur Cartelier, trois éléments constitutifs de la monnaie (pensée comme système de paiement) dessinent un modèle général quantitatif dans lequel les individus ne sont pas logiquement antérieurs au social ; l’existence d’un langage commun et d’un accès aux moyens d’expression est la condition d’apparition des individus. Le social n’est pas non plus antérieur aux individus car le règlement des soldes est l’opération par laquelle se forment les richesses des individus. Enfin, la société et les individus se constituent simultanément par un ensemble de relations « horizontales » (paiement réciproques) et de relations « verticales « (soumission au principe collectif supérieur qui est l’annulation des soldes). Georg Simmel fait de l’argent non seulement l’expression de la liberté individuelle, mais également la forme adéquate de l’extension des groupes sociaux qui lui est corrélative


LA ZONE FRANC CFA EST CONTRE LES PAYS MEMBRES

Par la volonté d’un seul pays, la France, depuis officiellement 1948, quinze (15) pays utilisent le franc CFA comme monnaie. Hier, un économiste comme C Pouemi en a fait son combat. Aujourd’hui encore, à la suite du professeur Mamadou Coulibaly de la Côte d’Ivoire, des voix se font entendre pour un véritable débat sur la question du franc CFA, cette monnaie esclave. Des mécanismes au fonctionnement de la zone franc, rien ne permet à la monnaie de jouer son rôle dans le développement des pays membres. Le mythe de la convertibilité illimitée n’est que mensonge et arnaque. Encore plus le fameux « compte d’opérations », terme inconnu des milieux académiques mais bréviaire des milieux financiers de la zone franc. Comment peut-on remettre le pouvoir monétaire, un des attributs du pouvoir à son ennemi ? Qu’on le veuille ou pas les pays du Sud et ceux du Nord sont en perpétuelle guerre économique. Les derniers voulant maintenir les premiers dans une situation de dépendance. Au sein du conseil d’administration des trois institutions monétaires (BCEAO, BEAC, BC), la présence des français et la prise des décisions à l’unanimité est une forme de hold-up monétaire de la France. Le franc CFA a été et continue d’être un instrument, le plus puissant d’ailleurs du PACTE COLONIAL. Dès lors, on peut plus parler de banque centrale, car elle ne peut pas jouer pleinement son rôle de prêteur en dernier ressort et garant de la stabilité du système financier si l’occasion se présente. La BCEAO, la BEAC et la BC ne sont que des intermédiaires monétaires entre la Banque centrale européenne et les banques commerciales de la zone, d’ailleurs en majorité des filiales des banques françaises. Lors de la crise des subprimes[1], Les banques centrales sont alors intervenues massivement :La FED, la Banque Centrale Européenne (BCE), la Banque du Japon ont, au total, en un peu plus d’une semaine, mis plus de 400 milliards d’euros de liquidités (sous forme d’euros, de dollars ou de yens) à la disposition des établissements bancaires. La France acceptera t-elle d’intervenir vigoureusement si une situation similaire se présentait dans la zone franc ? bien sûr que non car elle n’a pas intérêt à garantir la stabilité de ce système financier au contraire, elle en profitera pour dévaluer et accentuer le pillage des capitaux. Il est donc temps que le débat sur le franc CFA ne soit pas un tabou. Cette monnaie n’est pas la nôtre mais la cousine de l’euro.

Le président du MLAN

Prao Yao Séraphin

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

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[1] La Crise des subprimes, ou crise du subprime, ((en) subprime mortgage meltdown) est une crise financière et boursière mondiale, déclenchée en 2006 par un krach des prêts hypothécaires à risque aux États-Unis (les « subprimes »), révélée au monde en février 2007, puis transformée en crise financière mondiale au cours de l'été 2007.


00:05 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : franc cfa, monnaie, bceao, beac, bc | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |