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mardi, 13 juillet 2010

LE QUAI D'ORSAY EST UN MINISTERE SINISTRÉ

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Jean-Christophe RUFIN au journal "Le Monde"

"Le Quai d'Orsay est un ministère sinistré"


L'écrivain Jean-Christophe RUFIN, que Nicolas SARKOZY avait nommé ambassadeur de France à Dakar (Sénégal) en août 2007, a quitté ses fonctions le 30 juin 2010 après que le président Abdoulaye WADE a demandé à la France son départ, et l'a obtenu. Quittant la diplomatie, il a retrouvé sa liberté de parole et s'exprime sur la politique africaine de la France.

Jean Christophe RUFIN : "Le Quai d'Orsay ne pèse plus rien dans les affaires"

Qui dirige aujourd'hui la politique africaine de la France ?

Ces dernières années, un mode de gouvernance particulier s'est construit : les affaires africaines les plus sensibles sont tranchées par Claude GUÉANT, qui est un préfet et n'a pas une connaissance particulière de l'Afrique. Dans ce domaine qu'il s'est réservé, le secrétaire général de la présidence agit d'autant plus librement qu'il n'en répond ni devant l'Assemblée ni devant le gouvernement. Il dépend du seul président de la République, dont j'ignore s'il est complètement informé des initiatives de son collaborateur.

Que s'est-il passé depuis trois ans ?

Il s'est passé que Bernard KOUCHNER n'a pas souhaité ou pas pu s'imposer dans ce domaine et, plus généralement, en politique étrangère. Etant donné son parcours que nous admirons tous, il est difficile de comprendre comment il peut avaliser des décisions prises par d'autres sur des bases qui ne sont pas les siennes.

D'un côté, il y a un Quai d'Orsay qui sert de vitrine à la fois "people" et morale, et, de l'autre, une realpolitik faite par-derrière et par d'autres. Bernard KOUCHNER a réorganisé le ministère des affaires étrangères à la manière d'une organisation non gouvernementale (ONG). Le Quai d'Orsay est aujourd'hui un ministère sinistré, les diplomates sont dans le désarroi le plus total, car ils ne se sentent pas défendus.

Vous mettez en cause l'influence auprès de l'Elysée de "réseaux occultes" sur la politique de la France en direction de l'Afrique. De quoi s'agit-il ?

Ces réseaux sont construits à l'inverse des réseaux Foccart qui existaient du temps du général DE GAULLE et étaient censés servir les intérêts de la France. Aujourd'hui, il s'agit de réseaux de lobbying qui cherchent à faire valoir les intérêts de tel ou tel régime africain auprès des autorités françaises.

Le pire est qu'ils parviennent à faire croire en haut lieu que leurs analyses sont plus désintéressées que celles fournies par les ambassadeurs, alors qu'ils sont stipendiés et ne font qu'exprimer l'opinion de leurs clients.

On les disait amis, ils semblent désormais sérieusement brouillés. L'écrivain Jean Christophe RUFIN, ex-ambassadeur de la France au Sénégal, se livre à une charge sévère contre Bernard KOUCHNER, ministre des Affaires étrangères.

Décrivant dans un entretien au "Monde" un Quai d'Orsay "complètement marginalisé et sinistré", des diplomates dans le "désarroi le plus total", RUFIN regrette que le co-fondateur de Médecins sans frontières se laisse dicter sa politique africaine par Claude GUÉANT, secrétaire général de l'Elysée, et des "réseaux de lobbying".

Le fond de l'affaire n'est pas nouveau. L'impuissance de l'ancien french doctor aux Affaires étrangères a déjà été décrite, notamment par le journal Libération. Bernard KOUCHNER lui-même a reconnu qu'il devait s'accommoder d'influences parfois contraires....

Bernard KOUCHNER devrait "savoir partir" : "On n'est jamais trahi que par les siens"

Le ministre a d'abord répondu par l'ironie aux critiques de l'ancien ambassadeur, jugeant que ce dernier "boudait" et qu'il avait su "s'alimenter à la bonne source" pour écrire son dernier livre. Puis, interrogé à l'Assemblée nationale, il s'est fait plus offensif: "J'espère- on n'est jamais trahi que par les siens - que cet homme ne s'étouffera pas de haine"

"Nous sommes fiers de la politique qui a été menée, aussi bien pour la Guinée qui vient de voter pour la première fois depuis 59 ans, pour le Rwanda (avec lequel la France a repris depuis six mois des relations diplomatiques)", a rétorqué le ministre.

"Nous sommes fiers de ce que nous avons fait après les coups d'Etat en Mauritanie, au Niger, ou à Madagascar", a-t-il ajouté.

Mais les temps sont décidément compliqués pour Bernard KOUCHNER, puisque deux de ses prédécesseurs, Hubert VÉDRINE et Alain JUPPÉ, viennent de publier dans "Le Monde" une tribune dénonçant "l'affaiblissement sans précédent (des) réseaux diplomatiques et culturels de la France".

 

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vendredi, 16 octobre 2009

FAIRE GAFFE A LA CRISE GUINEENNE

 

 

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Avant-hier et hier, jeudi 15 octobre 2009, une sortie quelque peu cavalière du Commissaire européen pour le développement et l’aide humanitaire, le belge Karel De Gucht, relayée dans la presse internationale, nous a laissé pantois : L’Europe agite le chiffon rouge de la Cour Pénale Internationale (CPI) contre le président guinéen, le Capitaine Moussa  Dadis Camara, pour sa responsabilité dans les évènements du 28 septembre 2009, au stade de Conakry, ayant fait 56 morts selon les autorités guinéennes et plus de 157 morts selon la presse française, citant comme source d’énigmatiques ONG en activité en Guinée, sans jamais décliner leur dénomination. Ce que - au demeurant - nous trouvons suspect.

Nous sommes tous d’accord que les faits qui se sont produits à la manifestation de protestation de l’opposition, à Conakry, constituent une bavure inacceptable et qu’il serait souhaitable, voire qu’il est impérieux, qu’une commission d’enquête indépendante soit mise sur pied pour faire la lumière sur ce drame, situer les responsabilités et sanctionner les auteurs de ce crime sidérant. Mais on ne peut désigner des coupables avant d’avoir reconstitué et établi les faits. Ceci est valable en Occident et tout aussi valable en Afrique.

Il est donc normal que les tueries de Conakry soient condamnées, sans faiblesse, parce que totalement inacceptables. Mais de là à menacer ce Chef d’Etat africain - même arrivé par un coup d’Etat, en décembre 2008 - de comparution devant la Cour Pénale Internationale, pour crime de guerre, est tout aussi et simplement inacceptable. De quel droit l’Europe se permet-elle de parler ainsi d’une autorité africaine quand elle est restée muette devant les plus de 80 morts causés avec une sauvagerie absolue par la Force Licorne française, en Côte d’Ivoire, en Novembre 2004 ? De quel droit un simple ministre des Affaires Etrangères, fut-il le français Bernard Kouchner, peut-il se croire obligé de parler d’un dirigeant africain comme de son petit copain de quartier, quand son pays a fait deux fois pire en Côte d’Ivoire, et de clamer sur toutes les antennes françaises et aux moindres occasions que « la France ne veut plus travailler avec cet homme », que « lui, ne laisserait pas faire, cette fois-ci » et qu’il faudrait « y envoyer une force d’interposition » ? Pour qui se prend t-il et où se croit-il ? Nous ne sommes pas leurs « sous-hommes » et nous exigeons un peu de respect !

Les morts de Guinée suscitent-ils autant d’émotion, en Occident, parce qu’ils sont simplement des êtres humains ou sont-ils dignes d’intérêt seulement parce qu’ils ont été (prétendument) refroidis par un Chef d’Etat africain et pas par l’armée française, qui a toujours fait l’omerta sur ses odieux et abominables crimes, en Afrique, y compris sa participation active au génocide rwandais ?

Ces morts-là ne sont-ils dignes d’attention que parce qu’ils peuvent servir aux Occidentaux (qui ne sont pas les meilleurs exemples en matière de respect de la vie humaine et de Droits de l’Homme, contrairement à ce qu’ils peuvent faire croire) à demander la tête d’un putschiste indésirable, vu comme un frein à l’assouvissement de l’appétit gargantuesque des pays puissants qui convoitent les richesses minières et minérales de ce pays pauvre ouest-africain, considéré comme un scandale géologique ?

La France a commis des atrocités sans nom en Côte d’Ivoire et on n’a entendu personne. Alors, que ces autorités occidentales arrêtent de s’ériger tout le temps en « donneuses » de leçon ! Elles sont loin d’être, elles-mêmes, des modèles. Nous avons encore sous nos yeux l’actualité brûlante rapportant le népotisme éhonté de « l’hyper-président », Nicolas Sarkozy, qui veut pistonner son « écolier » de fils à la tête d’une superstructure comme l’EPAD, en France.

En tout cas, le voisin, la Côte d’Ivoire, a intérêt à se tenir tranquille et à ne dormir que d’un œil. Et pour cause : Le Secrétaire d’Etat français à la Coopération, Alain Joyandet, a demandé, ce matin même (vendredi 16 octobre 2009), aux 2500 ressortissants français de quitter la Guinée et, pour ceux qui ont le projet d’y aller, de ne pas s’y rendre. Arguant qu’il ne s’agit que d’une simple mesure de prévention et non d’une « évacuation généralisée », devant ce qu’il considère comme une « détérioration de la situation sécuritaire », en Guinée. Et d’autres pays européens pourraient emboîter le pas à la France. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’effet d’annonce est bien passé.

Au cas où cette détérioration s’accélèrerait, Alain Joyandet envisage même, en des termes à peine voilés, l’envoi par la France d’une force d’intervention. Il ne reste plus qu’à provoquer cette « accélération », à laisser l’engrenage s’emballer de la façon la plus naturelle du monde et le tour est joué. Aussi simple que « bonjour » ! Les guinéens et les Ivoiriens sont avertis, s’ils savent lire entre les lignes. En ces matières, la France est experte. Et en Côte d’Ivoire, nous en savons quelque chose.

Si par un affreux malheur, une force d’interposition ou d’intervention (dont la France s’arrangera – comme toujours – pour avoir l’initiative) était envoyée en Guinée, sous la couverture d’une prétendue « détérioration de la situation sécuritaire », l’on peut être sûr qu’un autre coup d’état se produira et que la Guinée basculera bien vite dans une spirale de la violence qui fera flamber la sous-région.

Nous redoutons d’autant plus ce scénario que nous connaissons la période critique d’élection présidentielle dans laquelle est en train d’entrer la Côte d’Ivoire et pour laquelle la France échafaude des plans aussi machiavéliques les uns que les autres, pour imposer son poulain issu du RHDP, à notre pays. Dans un schéma chaotique guinéen, il sera plus aisé d’installer un candidat non élu et un gouvernement fantoche à la tête de la Côte d’Ivoire, par la Force Licorne, avec l’appui d’un détachement des Opérations Spéciales françaises, qui sera justement basé en Guinée, pour les besoins de la cause.

A l’analyse, ce scénario est tout à fait vraisemblable et les Ivoiriens gagneraient à prier ardemment pour la paix en Guinée. De cette paix dépendra leur propre paix. Le temps nous est compté. Peuples d’Eburnie, vous avez été avertis !

 

Que DIEU protège et bénisse la Côte d’Ivoire !

 

DINDE Fernand AGBO