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mardi, 01 novembre 2011

POUR LA PREMIERE FOIS, UNE SŒUR DE SIMONE GBAGBO FAIT DES REVELATIONS SUR LE 11 AVRIL



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Près de sept mois après l'arrestation du président Gbagbo, de son épouse, Simone Gbagbo et de tous les autres, une proche de la famille, une des soeurs de l'ex-première dame, revient pour la première fois sur les évènements du 11 avril dernier.

 

Il est un peu plus de 13 heures quand nous arrivons à Moossou, le village de la Première dame,Simone Ehivet Gbagbo, détenue depuis le 12 avril dernier à Odienné, dans le nord de la Côte d'Ivoire. Dans la résidence modeste où nous avons «rendez-vous» avec la proche famille du député d'Abobo. A la vue d'une dame élancée qui nous accueille avec un sourire similaire à celui de Simone Gbagbo, on se dit intérieurement «ça doit être une des soeurs de la Première». Une fois parvenue à notre niveau, on se rend à l'évidence qu'elle partage bien des traits avec sa soeur. Son timbre vocal, son teint, c'est du Simone Gbagbo tout craché. Elle garde une assurance apparente, une sérénité communicative, mais l'enfer des bombardements de la résidence présidentielle, elle l'a vécu jusqu'au 11 avril dernier,ainsi que la «déportation» du Golf Hôtel dans l'après-midi du 11.

V.E, est aussi fervente chrétienne que sa grande soeur, sa foi en Dieu reste inébranlable, malgré les évènements traumatisants qu'elle a vécus. Au détour d'une causerie décontractée, elle revient sur ce«lundi noir» d'avril 2011.

Un témoignage poignant et émouvant«Pendant les deux derniers jours (10 et 11avril, ndlr), ils ont tiré toute la nuit. Les tirs étaient vraiment intenses, à telle enseigne qu'il fallait absolument protéger le patron (le président Gbagbo, ndlr). Parce que ce n'était pas des tirs comme ça.

Puisqu'ils ont d'abord visé sa chambre, puis son bureau et la grande pièce. Mais de là où nous étions en ce moment-là, on entendait les bombardements comme s'ils étaient lointains. Mais à un moment donné, en plus des bombardements, ils ont libéré un gaz suffocant qui nous empêchait vraiment de respirer, comme si on voulait nous asphyxier. Et quand les tirs ont baissé en intensité, on a dû nous déplacer pour pouvoir aller respirer un peu. Toute la nuit, on n'a pas pu dormir, à cause des bombardements. Vers 4heures du matin, ils ont arrêté les bombardements.

Et on a eu même le temps de se débarbouiller un peu, et de prendre le petit déjeuner.

On était donc là, quand quelqu'un qui est arrivé, disait : «Ne sortez pas, ne sortez pas, ils vont vous tuer comme des lapins, parce qu'ils nous ont encerclé» parlant des militaires français.

C'est en ce moment là que Tagro est sorti avec une écharpe et il est revenu aussitôt, en disant «ils m'ont tiré dessus». Je ne l'ai pas vu, mais je l'ai entendu dire ça. Après un officier est arrivé et nous a dit qu'on était encerclé.

C'est comme ça qu'ils nous ont séparés en deux groupes. Le président, sa femme et d'autres personnalités ont été envoyés quelque part et nous, nous étions dans un autre lieu.

Jusqu'à ce qu'on voit arriver les militaires Frci qui nous insultaient, battaient... Les militaires français étaient là aussi, mais ils ont dû se retirer quand les caméras ont commencé à arriver.

Et de là, ils nous ont transféré au Golf Hôtel, où on a vécu l'enfer. A notre arrivée, il y avait une haie de militaires Frci de part et d'autre de la voie qu'il fallait traverser jusqu'au bâtiment.

Les gens nous battaient avec des cross de fusils, d'autres utilisaient des couteaux pour nous blesser, nous tracer dessus. Moi j'ai eu plus de chance, parce que j'étais au milieu, mais les autres qui étaient proches des cordons, n'ont pas eu plus de chance. Les soldats de l'Onuci qui assuraient notre sécurité, à un moment donné, nous ont abandonné entre les mains de nos bourreaux...». Elle pousse un soupir avant de lancer : «C'était l'enfer !»

Ensuite plus rien. L'émotion l'étreint, elle nous regarde et lance un sourire : «Dieu est fidèle».

Les jours vécus dans le tourbillon du Golf Hôtel, elle n'en dira pas mot.


Franck Toti, in le quotidien ivoirien « Le Nouveau Courrier » N° 356 des lundi 31 octobre et mardi 1er novembre 2011.