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mardi, 03 novembre 2009

LEANDRE SAHIRI: MA LETTRE OUVERTE AU CANDIDAT GBAGBO

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Monsieur le Président et cher frère,

 

Je viens de lire dans le journal malien « Le Républicain » du 28/10/2009 (via Abidjan.net), le compte-rendu de la rencontre que vous avez eue avec les cadres du FPI, le mercredi 21 Octobre 2009, lors du séminaire organisé dans votre village natal, dans le but de réfléchir sur la stratégie à adopter pour réussir votre campagne électorale et pour vous faire réélire sans conteste.

 

Je voudrais, en tant qu’intellectuel et citoyen ivoirien, réagir par rapport aux propos que vous avez tenus à cette occasion et, faire part, à quelques jours du scrutin du 29 novembre prochain, de ma position en ce qui concerne votre candidature.

 

Je vais, Monsieur le Président, en m’adressant à vous, dans cette lettre, laisser parler mon cœur, certes. Mais, je pense pouvoir dire la vérité. Car, la vérité est une chose tellement précieuse qu'on doit la partager. Et puis, lorsque la vérité triomphe, ici ou ailleurs, c’est toujours, comme dit Philippe Alexandre, la dignité de l’homme qui gagne. Mais si, d’aventure, en voulant dire la vérité, mes propos gênent ou blessent quelques personnes ou vous-même, je m’en excuse par avance, car tel n’est pas mon intention.

 

A propos de votre Directeur et

de votre équipe de campagne

 

Tout d’abord, un mot sur le choix de votre directeur de campagne et la composition de votre équipe de campagne.

 

Pour diriger votre campagne, vous avez, au détriment des dignitaires de votre parti, le FPI, coopté M. Issa Malick Coulibaly, quoiqu’il soit un nouveau venu dans votre entourage. De même, pour la composition de votre équipe de campagne, vous avez, aux « barons » du FPI, préféré des personnalités d’autres partis, regroupées sous le label « La Majorité Présidentielle » (LMP). Ce faisant, Monsieur le Président, vous avez, au-delà de la volonté affichée d’ouvrir votre champ d’action vers d’autres horizons, enfin pris vos responsabilités vis-à-vis des « barons » du FPI qui ont vidé de leur contenu les actions et les principes de justice sociale que, en arrivant au pouvoir en 2000, vous avez promis instaurer sous l’égide de la « refondation » et à travers le slogan « gouverner autrement ».

 

Ces « barons », se prétendant « protégés », intouchables, nous ont assez exaspérés par leurs exactions, leurs détournements et leurs arrogances, que vous avez, Monsieur le Président, stigmatisés en ces termes : «Vous êtes tous devenus riches, arrogants, je ne vous reconnais plus… Si j’envoie des gens comme vous devant les populations, c’est que je ne veux pas me faire réélire». Cinglant désaveu, certes, de ces « anciens pauvres d’hier » devenus subitement de « nouveaux riches », en abusant de notre confiance, et en profitant de nos sacrifices pour, contre toute attente et à nos dépens, reproduire, en pire, les erreurs d’hier que, dans nos tribunes et dans nos forums, nous pourfendions de toutes nos énergies.

 

Ils se sont bâti, ces « anciens pauvres d’hier », des fortunes et des châteaux sur le socle des misères et des souffrances des populations. Et ça, nul ne l’ignore, Monsieur le Président.

 

Ils ont, ces « anciens pauvres d’hier », érigé une haute muraille autour de vous, Monsieur le Président, pour nous empêcher de vous approcher, de vous apporter certaines informations, d’échanger avec vous comme par le passé, et qui pis est, pour nous faire passer pour des brebis galeuses, bien souvent sur la base d’allégations mensongères et d’amalgames abjects.

 

Et, croyez-moi, Monsieur le Président, nous désespérions... Nous désespérions de la deuxième république. Nous désespérions même de vous, quand, fort heureusement et à bon escient, vous avez réagi. Pour bien faire, il n’est jamais trop tard.

 

Même si ce n’est pas trop tôt, même si la sanction prise n’est pas appropriée, ni à la mesure des délits et méfaits, du moins à mon avis, le mérite vous revient, quand même, Monsieur le Président, d’avoir enfin réagi. Sans doute, pour sonner le glas de cette époque.

 

Le mérite vous revient également, Monsieur le Président, d’avoir dit haut et fort que, par leurs comportements, les dignitaires du FPI nous ont trahis. Ce sont des traîtres : « Quand on créait le FPI on était 5, Adou Assoa, assis ici en était un. Nous n’avions pas pour objectif ce que vous faites... Ne pensez pas que c’est à moi que vous faites du mal. C’est bien à vous-mêmes que vous le faites, parce que c’est vous qui allez perdre vos postes». Nul mieux que vous, Monsieur le Président, ne pouvait assener ces vérités.

 

Vos propos rappellent la teneur de mon poème intitulé « Nguur », (mot Ouolof, du Sénégal, qui signifie : la jouissance du pouvoir). Ce poème, publié pour la première fois en 2000, comme d’ailleurs ma lettre ouverte à vous du10 août 2004, m’avait attiré les foudres de nombre de cadres et autres dignitaires du parti. Et pourtant, il suffisait de l’entendre autrement, ce poème, et on aurait peut-être pu nous épargner quelques uns de ces scandales en cascade que nous déplorons tous aujourd’hui.

 

Les élections doivent avoir

effectivement

lieu le 29 novembre 2009

 

Sachez, Monsieur le Président, que, comme M. Mamadou Koulibaly, le président de notre Assemblée Nationale, nous sommes des millions et des millions d’Ivoiriens à être fatigués. Fatigués de cette crise. Fatigués de cette situation de ni guerre ni paix. Je dirais même que nous sommes épuisés. Nous n’en pouvons plus.

 

Et,  comme vous savez, Monsieur le Président, quand on en peut plus, on prend la décision qui s’impose ; on choisit la solution qui arrange. Dans le cas d’espèce, optez, Monsieur le Président pour la solution qui assurera la paix dans notre pays, celle qui garantira à nous-mêmes et au monde entier que nous sommes a jamais, résolus, déterminés à enterrer la hache de guerre, à reprendre le travail de construction et de reconstruction de notre pays, plutôt que de continuer à survivre, à rester là avec des hôpitaux-mouroirs, des écoles pourries et désolées, etc.

 

Faites diligence, Monsieur le Président, pour que les élections aient effectivement lieu le 29 novembre 2009. Elevons-nous au-dessus des petitesses et des considérations viles. Ne restons pas cloués au sol, coincés avec la peur au ventre. Peur des candidats. Peur des listes électorales. Peur des choix des électeurs. Peur des fraudes... Surmontons la peur. Car, quiconque ne surmonte pas la peur ne sait pas vivre ; il ou elle en vient même à craindre les choses dont on peut recevoir du secours

 

Monsieur le Président, réfléchissons à notre situation actuelle, à l’avenir de notre pays. Si on veut que le la Côte d’Ivoire avance, de grâce, que ces élections aient effectivement lieu le 29 novembre 2009. Que le président soit élu et légitimé par la voie des urnes et qu’il puisse travailler dans la paix et dans le respect de tous. Que nous puissions vivre, dans notre pays, sans violences inutiles et insensées.

 

Monsieur le Président, faites-nous la promesse de gagner ce pari, pour nous faire retrouver la joie et la fierté de vivre dans notre pays et pour nous faire envisager l’avenir avec optimisme et bon espoir. Vous, et vous seul, êtes à même de relever ce défi, du moins de mon point de vue, sachant ce que valent et représentent vos concurrents ou adversaires, face auxquels, le 29 novembre prochain, vous réussirez, j’en suis convaincu, à vous faire élire sans ambages.

 

Persuadé que, vous êtes le candidat qui, milite le mieux pour le sursaut national et les idéaux de progrès pour notre pays en particulier, et pour l'Afrique en général, et au total, pour la dignité de l'homme face aux néo esclavagistes, je soutiens sans faille votre candidature, Monsieur le Président.

 

Par la même occasion, j’en appelle à tous ceux et à toutes celles de mes connaissances et de mes relations, y compris mes amis, mes parents proches et lointains, mes anciens camarades des Syndicats des enseignants du Secondaire et du Supérieur (SYNARES, SYNESCI) et du Mouvement Ivoirien Pour le Droits Démocratiques (MIDD), mes anciens élèves, étudiants et collègues…, à vous donner, Monsieur le Président, leur voix pour une éclatante « victoire, par la voie des urnes».

 

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma considération distinguée.

 

 

 

 

Léandre Sahiri. Professeur de Littérature. Critique littéraire. Ecrivain Docteur ès Lettres de l’Université de la Sorbonne, Paris. Auteur de : La victoire par la voie des urnes, essai ; Contes d’actualité, contes ; Les obsèques de Bahi Oromé, théâtre ; Le Code noir de Louis XIV, théâtre ; Jonathan Livingston le goéland, roman traduit de l’anglais ; Monica ou De l’injustice de la justice, roman ; Accusations, poèmes.