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mercredi, 21 octobre 2015

VOICI LA PLEINE PAGE DU CANDIDAT MAMADOU KOULIBALY CENSUREE PAR LE CNP

 

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Voici (ci-dessus) la pleine page du candidat Mamadou Koulibaly que le Conseil national de la presse (Cnp) a refusé d’autoriser pour l’espace dévolu au candidat de LIDER à la présidentielle de 2015 dans le média d’Etat Fraternité Matin.

Conformément à la loi (article 6 du décret 2015-620 du 9 septembre 2015) tous les candidats définitivement retenus par le Conseil constitutionnel bénéficient d’un égal accès aux organes officiels de presse écrite et audiovisuelle à compter de la date d’ouverture de la campagne électorale (9 octobre 2015). C’est dans ce cadre qu’un tirage au sort avait eu lieu au Cnp, qui avait déterminé l’ordre de parution des messages des candidats dans Fraternité Matin. La parution du Pr. Koulibaly a ainsi été programmée pour ce jour, mercredi 21 octobre 2015.

Au vu de la fraude massive mise en œuvre par le régime en place dans l’organisation du scrutin et du danger que cela implique pour les populations, encore traumatisées par la meurtrière crise post électorale de 2010, ayant (officiellement) causé plus de 3.000 morts, ainsi que d’innombrables vies humaines gâchées et familles détruites, le Pr. Mamadou Koulibaly a décidé d’axer sa campagne sur la nécessité de dire non aux élections truquées.

Les conditions démocratiques, transparentes, inclusives et équitables n’étant pas réunies pour garantir l’expression du suffrage et le calcul du consentement collectif dans notre pays, il encourage les Ivoiriens à choisir l’abstention et à ne pas se rendre dans les bureaux de vote dimanche prochain. La liste électorale qui exclut 3 millions d’électeurs ; la commission électorale inféodée au candidat Ouattara et dirigée par Youssouf Bakayoko, illégalement reconduit comme président pour un second mandat ; le bulletin de vote non conforme à la loi ; les médias de service public caporalisés qui censurent les opposants et se substituent aux institutions de la République ; les violations répétées du code électoral ; le financement opaque des partis politiques et candidats et le non désarmement des milices ne sont en effet pas de nature à permettre la tenue d’un scrutin apaisé.

Le Cnp a justifié son refus en prétextant que le candidat de LIDER devait « argumenter » les points listés dans son annonce.  « Il faut expliquer pourquoi vous dites que la liste électorale n’est pas inclusive, par exemple ». Ahurissant! D’autant que certains candidats peuvent faire paraître, sans problème et sans explications supplémentaires, des promesses virtuelles de changement ou d’émergence.

En procédant de la sorte, le Cnp sort complètement de son rôle, qui consiste à garantir le traitement égal des candidats. Une pratique généralisée dans les médias publics, puisque lundi 19 octobre, le directeur général de la radiotélévision ivoirienne (Rti), Ahmadou Bakayoko, s’est substitué au Conseil constitutionnel pour décréter le retrait du Pr. Koulibaly de la liste définitive des candidats à l’élection présidentielle de 2015, et pour annuler son passage prévu à l’émission en direct «Face aux électeurs».

Ceci vient étayer le constat fait par l’opinion de la panique qui a saisi le camp Ouattara face à l’ampleur du rejet des élections par les populations et qui s’est manifesté par le boycott massif du retrait des cartes d’électeurs (moins de 9% des cartes à la clôture du délai légal). Un abus de plus dans un océan de violations des lois, et des droits et libertés des citoyens et candidats. Ainsi va la Côte d’Ivoire émergente de M. Ouattara.

 

Source: LIDER-CI.ORG

lundi, 13 juillet 2015

PRESIDENTIELLE 2010 - MEDIAPART FAIT DE GRAVES REVELATIONS SUR LE "DEAL" ENTRE LA CEI ET CHOI

 

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Notre collaboratrice Fanny Pigeaud sort un livre qui retrace les relations récentes entre Paris et Abidjan. Dans l’extrait que nous publions, elle revient sur l’élection contestée de 2010 qui a vu Alassane Ouattara arriver au pouvoir et Laurent Gbagbo finir dans une geôle à La Haye.

 

Cinquante ans après les indépendances de la plupart des anciennes colonies françaises d’Afrique, Paris continue d’être présent sur le continent africain : économiquement bien sûr, militairement, comme le démontrent la cinquantaine d’interventions tricolores qui ont eu lieu dans l’ancien «pré carré», et bien trop souvent politiquement. Contrairement aux promesses de Nicolas Sarkozy, réitérées par François Hollande, de non-intervention dans les affaires intérieures africaines, l’Élysée continue en effet d’y mettre son nez. L’argument est toujours le même, celui de la «stabilité», qui prend différentes formes. Aujourd’hui, c’est la lutte antiterroriste ou la volonté d’éviter les États faillis. Mais il y a bien souvent des raisons moins avouables publiquement : préservation de certains intérêts économiques, maintien de bases militaires, favoritisme à l’égard de tel ou tel politicien «ami», soutien diplomatique quand la France a besoin de rassembler des votes à l’Onu… En fait, il s’agit ni plus ni moins, pour la France, de continuer à gouverner indirectement ses anciennes colonies, plutôt que de laisser les Africains s’en charger eux-mêmes, avec leurs erreurs et leurs tâtonnements. La Côte d’Ivoire est depuis un demi-siècle le lieu de telles manœuvres. Notre collaboratrice Fanny Pigeaud a fait paraître fin juin un livre qui retrace l’histoire récente des relations entre Paris et Abidjan, France Côte d’Ivoire – Une histoire tronquée (Vents d’ailleurs, 453 pages). Son livre est centré sur l’élection présidentielle de 2010 qui a vu le président sortant Laurent Gbagbo être dé- fait, puis s’accrocher au pouvoir avant d’en être délogé par des bombardements français et onusien, afin que son concurrent, Alassane Ouattara, puisse s’installer au pouvoir. Mais cette histoire officielle tient-elle compte de ce qui s’est réellement passé ? Certainement pas, répond Fanny Pigeaud, comme le montre cet extrait de son ouvrage qui jette une lumière différente sur la régularité de cette fameuse élection de 2010.

UN PROCESSUS OBSCUR

Aucun acteur du processus électoral n’a joué son rôle. La «communauté internationale», suivie par les médias occidentaux, affirme donc que Ouattara est le vainqueur de l’élection présidentielle. Pourtant, tout montre que le processus électoral n’a pas respecté les règles et que chacun de ses principaux acteurs n’a pas joué son rôle : la commission électorale indépendante, le Conseil constitutionnel et le certificateur de l’Onu Young-jin Choi ont failli à leur mission.

LA COMMISSION ÉLECTORALE INDÉPENDANTE

La commission électorale indépendante (Cei) est le premier organe qui n’a pas fait son travail correctement. Nous avons vu qu’il y a eu, avant même le scrutin du second tour, de nombreux dysfonctionnements. D’autres anomalies importantes sont facilement détectables. Le taux de participation donné par la Cei, par exemple, pose beaucoup de questions. Tous les observateurs et acteurs ont annoncé à la sortie des urnes qu’il était inférieur d’environ dix points par rapport à celui du premier tour. Le chef de la délégation des observateurs de la francophonie, Gérard Latortue, a ainsi déclaré le 29 novembre qu’il «pourrait avoisiner les 70 %». Le vice-président de la Cei, Amadou Soumahoro, du RDR, a lui-même expliqué aux médias ce même lundi 29 novembre : «Le taux de participation au second tour de la présidentielle dimanche se situe autour de 70 %, en baisse par rapport au premier tour le 31 octobre, où elle avait atteint 83 %.» Le porte-parole de la Cei, Bamba Yacouba, représentant des Forces nouvelles, a dit le même jour : «Le taux de participation qui est d’environ 70 % est en baisse par rapport à celui du premier tour qui s’élevait à plus de 80 %.» Sur la Rti, Amadou Soumahoro a indiqué, toujours le même jour, à propos du chiffre de 70 % : «Nous sommes surpris que le taux soit aussi élevé, contrairement à ce que nous pensions hier (dimanche). Nous craignions que nous n’atteignions même pas les 60 % de taux de participation.» Or, lorsque le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, a proclamé ses résultats provisoires, le 2 décembre, il a donné un taux de 81,1 %, soit 11 points de plus que les 70 % initialement annoncés. Pourquoi cet écart, qui correspondait à un peu plus de 600 000 voix ? Aucune réponse ne sera apportée à cette question. Cette différence a pourtant une incidence importante sur les résultats finaux. Comme d’autres observateurs, l’ex-président sud-africain Thabo Mbeki soulignera les incohérences dans les chiffres donnés par les uns et les autres : «L’envoyé de l’Onu, le secrétaire général Ban Ki-moon, et son collègue sud-coréen, le Rssg Young-jin Choi, ont […] déterminé que Ouattara avait gagné, mais sur la base de moins de voix que celles annoncées par la Cei, après avoir déterminé que certaines des plaintes déposées par Gbagbo étaient légitimes. En termes de suffrages exprimés pour les deux candidats, la Cei, le Cc et le représentant spécial de l’Onu ont fait trois mesures différentes.» Un autre problème concerne les procès-verbaux (PV) du scrutin et la manière dont le comptage des voix a été effectué. L’Onuci avait des équipes dans 721 des 20 000 bureaux répartis dans tout le pays. Elle pouvait par conséquent certifier la validité des PV issus des bureaux où ses éléments étaient déployés et avaient assisté au dépouillement des voix.

Mais elle n’était pas capable de savoir s’il y avait eu, par exemple, tricherie et entente des acteurs dans les autres bureaux de vote, pour produire des PV ne correspondant pas au choix exprimé par les électeurs. Or, sur beaucoup de PV issus de la zone Cno notamment, des incohérences sont visibles : tout comme l’a relevé Bédié lors du premier tour, de nombreux bulletins de vote comportent plus de votants que d’inscrits. La société chargée de faire le comptage électronique des voix, Sils Technology, a ainsi signalé par écrit à la Cei, le 1er décembre 2010, que son logiciel avait «rejeté un nombre de procès-verbaux pour non-conformité d’acceptation au critère de validation électronique (un nombre de votants anormalement supérieur au nombre d’inscrits) estimé à 2 000». En outre, les PV issus de beaucoup de bureaux du Nord indiquent que Gbagbo n’a obtenu aucune voix, ce qui veut dire que ses propres assesseurs n’ont pas voté pour lui. Autre curiosité : selon beaucoup de ces PV, 100 % (voire plus, si l’on compte les votants non inscrits) des électeurs ont voté (souvent à 100 % pour Ouattara), ce qui est extrêmement rare, pour ne pas dire totalement improbable. De plus, on ne sait pas sur quelles bases les résultats donnés par Bakayoko ont été établis : s’appuient-ils sur la compilation des résultats tels que la Cei les a reçus ? Ou bien seulement sur ceux validés par l’ensemble des membres de la Cei ? La proclamation de Bakayoko est elle-même sujette à caution : quelle est sa valeur légale, alors qu’elle a été faite en l’absence des autres membres de la Cei et que ces derniers n’ont en plus pas validé son contenu ? Quelle est sa valeur, alors que le Conseil constitutionnel a retiré à Bakayoko le droit de la faire ? Quelle valeur a-t-elle, alors qu’elle a été formulée non seulement hors délai, mais aussi au Qg de campagne de l’un des candidats, en l’occurrence Ouattara ? Aucune explication valable ne sera donnée à cette dernière incongruité. Youssouf Bakayoko dira juste depuis Paris, le 1er janvier 2011, dans un entretien à Rfi qui lui demandera pourquoi il a fait son annonce dans le «quartier général d’un des candidats, Alassane Ouattara»: «Écoutez, moi, je l’ai su par la suite, je ne savais pas qu’il habitait là.» Alors que RFI insistera, disant: «Mais tout le monde le savait. Pourquoi vous, vous ne le saviez pas ?», Bakayoko répondra : «Je n’ai pas à savoir ce que tout le monde sait parfois.» Notons que, après sa déclaration au Golf Hôtel, Bakayoko y restera pendant une semaine. Il demandera à l’Onuci de le faire partir hors du pays, mais celle-ci refusera. C’est finalement la France qui se chargera de l’exfiltrer discrètement vers Paris. Toutes ces questions concernant les résultats du second tour ne seront pas soulevées par les médias occidentaux. Aucun n’émettra l’hypothèse que les chiffres donnés par Bakayoko aient pu être trafiqués, tout comme l’ensemble du processus. Aucun ne dira ce qui est une évidence pour beaucoup : il y a eu d’importants bourrages d’urnes dans toute la zone Cno – qui représente 30 % des électeurs. «Les Fafnont tout fait pour faire passer leur candidat dans leur zone. Ainsi Yacouba Bamba, membre de la Cei nationale, a été très actif à Bouaké, où il contrôlait la Cei locale», témoignera un fonctionnaire international.

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LE CONSEIL CONSTITUTIONNEL

Le Conseil constitutionnel et son président ont été sous le feu des critiques des alliés de Ouattara. L’Union européenne a, par la voix de sa mission d’observateurs, résumé les griefs à son égard, en blâmant sa décision d’annuler des votes. Elle l’a accusé de ne pas avoir fait de «vérification préalable des faits allégués» par les requêtes déposées par Gbagbo, disant : «Le Conseil constitutionnel a saisi le pré- texte d’incidents isolés, eux-mêmes insuffisants pour affecter les résultats d’ensemble, aux seules fins de modifier les résultats proclamés par la Cei.» L’UE a aussi assuré que le Conseil n’avait pas respecté l’article 31 de la Constitution, selon lequel «la souveraineté appartient au peuple. Aucune section du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice». Mais en affirmant cela, l’UE s’est contredite : elle a elle-même refusé de reconnaître la disposition constitutionnelle faisant du Conseil constitutionnel la dernière voix qui compte. Selon l’article 98, «les décisions du Conseil constitutionnel ne sont susceptibles d’aucun recours. Elles s’imposent aux pouvoirs publics, à toute autorité administrative, juridictionnelle, militaire et à toute personne physique ou morale». (…)

Cela étant, il est évident que la manière dont le Conseil constitutionnel a travaillé a posé problème. Pourquoi n’a-t-il pas pris plus de temps avant de rendre son verdict, alors qu’il disposait de sept jours pour examiner les irrégularités soulevées par Gbagbo ? Pourquoi, au lieu d’annuler le vote de sept départements, n’a-t-il pas plutôt annulé l’élection dans son ensemble, comme le code électoral lui en donnait la possibilité ? L’article 64 du code stipule en effet : «Dans le cas où le Conseil constitutionnel constate des irrégularités graves de nature à entacher la sincérité du scrutin et à en affecter le ré- sultat d’ensemble, il prononce l’annulation de l’élection. La date du nouveau scrutin est fixée par décret en Conseil des ministres sur proposition de la commission chargée des élections. Le scrutin a lieu au plus tard quarante-cinq jours à compter de la date de la décision du Conseil constitutionnel.» Toutefois, on peut imaginer que la situation serait restée la même si le Conseil avait annulé l’élection : sa décision n’aurait été acceptée ni par les grandes puissances occidentales, ni par Ouattara, ni par les Fafn. Une autre question, plus morale ou philosophique, peut être posée lorsque l’on connaît la suite de l’histoire : Yao N’Dré aurait-il dû accepter les résultats de la commission, même s’il les savait truqués, pour éviter une guerre déclenchée par les Fafn ? Doit-on accepter ce qu’on considère comme une injustice pour avoir la paix ? Plusieurs années après, en 2015, KKB, président de la jeunesse du Pdci, déclarera d’ailleurs à propos du soutien de son parti à Ouattara : «Avions-nous le choix en 2010 si nous voulions la paix ? Croyez-vous que le pays aurait été débarrassé […] des armes si Gbagbo avait été déclaré vainqueur des élections en 2010 ? Si Gbagbo avait été déclaré vainqueur de ces élections, nous serions encore dans une Côte d’Ivoire coupée en deux, arme au poing. Des personnes tenaient des armes et disaient que tant que Ouattara n’est pas président de la République, ils ne baisseraient pas les armes.»

LE CERTIFICATEUR DE L’ONU, YOUNG-JIN CHOI

Young-jin Choi a quant à lui outrepassé son mandat. Il affirmera : «La seule question qui demeure est de savoir si l’Onuci est tenue de se plier au verdict du Conseil constitutionnel quelles que soient les circonstances. La réponse à cette question devrait tenir compte du fait que le gouvernement ivoirien a accepté le rôle de certification du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour la Côte d’Ivoire.» Mais le mandat de Choi ne prévoyait pas qu’il prenne en compte une proclamation de résultats provisoires douteuse (il n’a d’ailleurs rien dit sur l’illégalité de la proclamation de Bakayoko), puis qu’il fasse ses propres calculs, pour finalement donner le nom de celui qui avait, selon lui, remporté le scrutin. D’après la résolution 1765 du Conseil de sécurité de l’ONU, il devait simplement vérifier (et certifier ou non) que «tous les stades du processus électoral [fournissent] toutes les garanties nécessaires pour la tenue d’élections présidentielle et législative ouvertes, libres, justes et transparentes, conformément aux normes internationales». À propos des résultats, il devait dire, suivant le critère que l’Onuci avait elle-même fixé, s’ils avaient «été déterminés à l’issue d’un processus transparent et accepté par tous ou contesté de manière pacifique par les voies appropriées». En donnant le nom de celui qui, selon lui, avait gagné, Choi, et avec lui les Nations unies, s’est substitué aux institutions ivoiriennes, pourtant existantes et opérantes, ce qui ne s’était encore jamais vu nulle part ailleurs. Il s’est ainsi érigé en Conseil constitutionnel «bis» pour désigner Ouattara comme vainqueur et annuler la décision d’un organe constitutionnel, dont les décisions ne sont pourtant susceptibles d’aucun recours en vertu de l’article 98 de la Constitution. La résolution 1933 prise le 30 juin 2010 par le Conseil de sécurité n’a en outre pas été appliquée : ce texte précisait que le Conseil devait fonder son évaluation Ouattara. [...] Le rôle que l’Onu a joué dans la validation et la reconnaissance de la «victoire» de Ouattara conduira l’organisation dans une quasi-impasse : en se prononçant en faveur d’un candidat, elle a perdu sa légitimité pour jouer un rôle de médiateur dans la crise et aider à sa résolution, si tel était réellement son objectif. Même si l’entourage de Gbagbo restera toujours en relation avec l’Onuci, via Alcide Djédjé, son ministre des Affaires étrangères, lui-même ne voudra plus avoir de contacts directs avec Choi. En abandonnant sa neutralité, l’ONU s’est condamnée, pour ne pas se dédire, à «travailler activement pour l’installation de Ouattara en tant que président du pays et l’élimination de Gbagbo», soulignera Thabo Mbeki.

Cette dérive de l’organisation ne fera l’objet d’aucun débat public. Fin 2010, il est pourtant évident que l’Onu est en train d’être instrumentalisée par les grandes puissances qui la contrôlent. Qu’aurait pu faire l’Onuci pour éviter que la situation ne s’aggrave ? L’ancien secrétaire général d’Amnesty International et ancien sous-directeur général de l’Unesco Pierre Sané fera une suggestion : «Pourquoi le représentant spécial du secrétaire général des Nations unies n’at-il pas travaillé sur les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel et décidé ou non de les certifier, comme cela a été le cas lors du premier tour. En cas de désaccord persistant, pourquoi n’aurait-il pas procédé à la vérification détaillée des critères d’annulation mis en avant par le Conseil constitutionnel et évalué leur force de justification et même demandé, compte tenu des circonstances exceptionnelles, qu’Alassane Ouattara puisse soumettre des “contestations démocratiques” et ensuite transmettre un rapport au Conseil de sécurité ?» Preuve que le système de certification utilisé en Côte d’Ivoire a été un fiasco, même si cela ne sera pas reconnu officiellement : le Conseil de sécurité des Nations unies ne voudra plus en entendre parler. L’expérience d’un mandat confié à un seul individu ne sera donc vraisemblablement pas renouvelée ailleurs. Début décembre 2010, la situation en Côte d’Ivoire peut se résumer ainsi : le scrutin qui vient de se tenir a une crédibilité faible, voire nulle, bien que l’Onu dise le contraire ; plusieurs résultats ont été donnés : le premier par Youssouf Bakayoko, le deuxième par le Conseil constitutionnel, le troisième par Young-jin Choi ; un candidat, Gbagbo, s’est insuffisamment préparé pour contester le déroulement du scrutin ; l’autre, Ouattara, bénéficie de l’aide de grandes puissances, et plus particulièrement de la France et des États-Unis ; des personnalités clés du processus, Young-jin Choi et Youssouf Bakayoko, ont subi de fortes pressions de la part des diplomates occidentaux et du président français Sarkozy ; la certification onusienne de Choi n’a pas respecté le mandat donné.


In Médiapart

Source: LE CRI D'ABIDJAN

mercredi, 10 septembre 2014

SECURITE: LE QUESTIONNEMENT DU Pr MAMADOU KOULIBALY

 

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Que ce soit en tant que conférencier invité par l’Onuci et la Friedrich Ebert Stiftung pour disserter sur le rôle des partis politique dans le contrôle du secteur de la sécurité en Côte d’Ivoire ou lors de ses multiples rencontres avec les populations et la société civile, le président de LIDER, le Pr. Mamadou Koulibaly a pris l’habitude de poser une question à son auditoire : Que faire de la garde prétorienne de Ouattara à l’issue de l’élection présidentielle de 2015?

 

En effet, l’actuel président de la République, dans le sillage de la crise post-électorale, a mis en place une garde prétorienne de 5000 personnes environ. Cette garde issue des forces armées des forces nouvelles (Fafn) lui est rattachée par des liens privilégiés et fidélisés qu’elle a construits avec son arrivée au pouvoir. Ces forces sont donc politiquement liées à Ouattara plus qu’à son régime, au régime plus qu’à l’Etat et à l’Etat plus qu’à la République. Elles font office de forces de dissuasion du régime et semblent bien réussir, pour le moment, tant que le père fondateur est en place.

La garde prétorienne composée des forces spéciales et autres factions gérées par les ex-com’zones au cœur de la République et au service du sommet de l’Etat n’encourage pas les réformes de l’armée. Elle se comporte comme une compilation de milices privées au sein de l’armée et ressemble plus à des conquérants qu’à des soldats d’un état de droit. Mais le droit de l’Etat impose ces forces de sécurité, qui sont loin d’être républicaines, même si on les affublées de ce patronyme. Arrivées au pouvoir dans la dynamique de la crise ivoirienne, elles sont en effet liées non pas à la République, mais plutôt au président de la République qui est toujours président de son parti politique, en violation de la loi fondamentale, sans que cela ne gêne ni le Conseil constitutionnel, ni le Parlement.

On peut présumer que le système est sous contrôle du président-fondateur jusqu’en 2015. Mais que se passerait-il au cas où Ouattara perdait les élections? Que se passerait-il pour cette garde prétorienne et les autres forces pro-Ouattara au cœur de la machine sécuritaire de l’Etat si un membre actuel de l’opposition arrivait au pouvoir en octobre 2015? Comment une République dirigée par Mamadou Koulibaly s’accommoderait-elle des soldats qui ont juré fidélité et qui sont des militants avérés des différentes branches armées du Rdr, qu’on les appelle Fn ou Fafn ou Frci ? Comment s’accommoderait cette garde prétorienne avec un opposant devenu président de la République en 2015 ?

Mais, on peut admettre aussi que la présence même de ces forces pro Ouattara au moment des élections assure une dissuasion telle qu’aucun opposant ne puisse gagner ces élections de 2015. Cette hypothèse n’est pas moins probable que la précédente. Dans ce cas de figure, projetons-nous dans l’après 2015. Supposons que Ouattara gagne les élections et qu’il est dans son second mandat 2015-2020. Admettons qu’il n’envisage pas se représenter aux élections présidentielles de 2020. Cette hypothèse ouvre la perspective d’un renouvellement d’équipe gouvernementale. Il y aura donc un changement de président après 2020. Entre 2016 et 2020, nous entrerons ainsi dans une guerre de succession au cœur du système Ouattara. Le chef auquel les troupes constituées depuis 20 ans sont attachées, au point d’avoir conduit pour lui une rébellion de dix ans, doit laisser la place à un autre chef qui aura moins de légitimité et dans un parti politique en ébullition ou en reconstitution autour de ce nouveau messie charismatique et historique. Une guerre des héritiers de Ouattara est donc à envisager après 2016 et avant 2020. Quels en seraient les protagonistes dans le camp Ouattara? Avec quelles forces vont-ils mener leurs combats? Lequel de ces protagonistes contrôlera la garde prétorienne ? Comment les différentes factions qui composent cette garde prétorienne vont-elles se comporter dans ce «Game of Thrones» saison 2020 made in Côte d’Ivoire? Nous sommes au cœur de la question sécuritaire qu’aucune réforme actuelle du secteur de la sécurité ne peut éviter.

Le Rdr, aujourd’hui unifié autour de Ouattara, va-t-il résister aux guerres intestines que sa succession va déclencher ? Quelles conséquences ces guerres vont-elles avoir à partir de 2015 sur les Frci ? Sur les com’zones ? Sur l’armée ? Sur la police ? Sur la gendarmerie? La guerre des clans qui suivra va-t-elle ou non avoir un impact sur l’Etat ? Sur la République ? Sur les populations civiles ? La réforme du secteur de la sécurité (Rss) entamée peut-elle dès maintenant anticiper cette crise au sein des Frci ?

Dans tous les deux cas de figure, que Ouattara gagne ou perde les élections présidentielles à venir, la question se pose déjà de savoir ce que deviendra la garde prétorienne qu’il a constitué autour de lui et qui protège son régime comme une milice avec ses chefs de guerre directement attachés au président de la République lui-même.

Que deviendront les chefs de guerre dans une Côte d’Ivoire en émergence ? Peut-il y avoir compatibilité entre les chefs de guerre au service d’un président de la République et une prétendue émergence économique ? Faut-il dissoudre ces forces spéciales avant les élections et considérer qu’avec le second mandat de Ouattara ou bien avec le départ de Ouattara battu en 2015, leur mission serait terminée ? Et qui va les dissoudre, ces chefs de guerre qui depuis 2000 n’ont rien fait d’autre que la guerre, le trafic hors-la loi et l’affairisme ? Faut-il les mettre à la retraite et leur verser une rente viagère ? Ils seront de vieux soldats. Ils seront de riches rentiers. Mais ils resteront des militaires incompétents, claniques, violents et si on applique les résolutions 2151 et 2162, ils n’auront certainement plus leurs places dans l’armée nationale. Faut-il leur organiser des départs volontaires et à quel prix ? A quel coût ? Que va-t-on faire de ces autorités militaires devenus des militants politiques ou de ces militants politiques devenus entre temps autorités militaires ? Au-delà des chefs de guerre, des com’zones, que vont devenir leurs troupes ? Peut-on envisager renouveler leur encadrement et leur mise sous l’autorité du chef d’état-major des armées ? Faut-il envisager leur reprofilage et leur mise à disposition des futurs présidents de la République ? Peut-on construire une nouvelle armée, une nouvelle police et une nouvelle gendarmerie avec la logique des forces qui prétendent avoir gagné une guerre et avoir droit à un butin ?

Ces interrogations du Pr. Mamadou Koulibaly s’avèrent être un véritable casse-tête pour ses interlocuteurs. L’auditoire de la conférence du 5 août 2014 à l’Onuci, composé de députés de l’assemblée nationale, de membres du corps diplomatique, des forces armées nationales et internationales, de la société civile et des partis politiques, comme les populations avec qui il échange dans les communes d’Abidjan et à l’intérieur du pays se montrent souvent désemparés face à ce questionnement. Faut-il pour autant perdre espoir et accepter la situation actuelle comme une fatalité? LIDER, qui travaille depuis longtemps sur la question et pour qui il est urgent de construire une doctrine de défense et de sécurité qui soutiendrait un concept cohérent d’emploi des forces et une loi de programmation militaire, pense que non. Il va falloir aborder courageusement ce sujet et surtout mettre en œuvre les actions qui pourront ramener la sérénité et l’apaisement dans le quotidien des Ivoiriens.

La sécurité est l’affaire de tous et il est urgent que M. Ouattara et son gouvernement, qui jusqu’ici n’ont montré aucune motivation à apporter les correctifs nécessaires au dispositif sécuritaire et ont totalement failli à leur engagement d’organiser de grands débats nationaux sur les grandes questions de société, en particulier sur le rôle des institutions – l’armée en étant une –, commencent à faire preuve de volonté politique, de sérieux et de célérité dans le traitement de cette question. 

 

SourceLIDER-CI.ORG

MAMADOU KOULIBALY: CELA M'ATTRISTE TERRIBLEMENT...

 

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Interrogé par le quotidien L’Inter, le président de LIDER, le Pr. Mamadou Koulibaly, avec son franc-parler habituel, fait part de sa profonde déception au vu de l’attitude de certains représentants de l’opposition et évoque les conditions pour battre Ouattara dans les urnes, en dépit du déséquilibre des moyens, des forces et de la commission électorale inféodée.

 

Comment appréciez-vous la réélection de Youssouf Bakayoko comme président de la Commission électorale indépendante ?

Même si cet état des choses est décevant de la part d’un technocrate qui sort du consensus de Washington mais se comporte comme un potentat de village africain, il est dans la logique de l’action du candidat Ouattara qui consiste à verrouiller le processus et le système électoraux pour préparer, forcer et imposer sa victoire. Il faut quand même retenir que les choses ont commencé avec le Conseil constitutionnel anticonstitutionnellement installé, qui ferme depuis lors les yeux sur les violations flagrantes et récurrentes de la loi fondamentale par le président de la République, qui reste à la fois chef de l’Etat et président du Rdr. Il ne faut pas oublier que par la suite, entre autres actes illégaux, le président a installé une Commission électorale totalement à ses  ordres, en violation de la Constitution. Que Bakayoko soit de nouveau installé comme président de la Commission électorale inféodée (Cei) est dans l’ordre normal de la fraude électorale dont il représente les préliminaires. Et cela est dommageable pour nous qui voulons le renforcement de la démocratie et qui rêvons  de société ouverte, apaisée et tranquille. Dommage pour les gens de leur génération dont on se demande bien quelle leçon de morale ils donnent à leurs descendances, lorsque la triche devient officiellement leur mode de fonctionnement ? Après, comment s’étonner qu’aux examens, les enfants considèrent que la fraude soit moralement défendable ?

Vendredi dernier, lors des débats, cinq membres n’ont pas attendu l’élection du bureau de la CEI et ont claqué la porte. Que vous inspire cette situation ?

C’est à croire qu’en Côte d’Ivoire, les gens qui pensent que la norme de vie en société est la tricherie, la fraude, la violence et la lâcheté sont majoritaires. Il est décevant d’observer que le fait que la loi soit mauvaise ne gêne pas tant que cela, qu’on l’accepte parce qu’elle nous permet d’obtenir une rente, même si elle est anticonstitutionnelle. Désappointant tout ça. Il aurait fallu dénoncer la loi comme non conforme à la Constitution. Descendre dans les rues et exiger le respect de la Constitution. LIDER était seul à défendre de façon cohérente et rigoureuse le Droit et la Constitution avec ses amis de La 3ème Voie et des voix de la Convention de la société civile, de certaines associations de défense des droits de l’homme, ajoutées à celles de quelques députés courageux et de l’Udcy. Il faut croire que les défenseurs du droit sont très minoritaires dans notre pays, ce qui explique le règne des fraudeurs, de l’impunité et de la permissivité qui sont à la base de l’injustice. Ceux qui y sont allés et qui prétendent en claquer la porte sans vraiment en sortir maintenant vont préférer dénoncer les maigres parts qui leur ont été proposées pour leur participation à cette Commission, plutôt que le principe même de celle-ci: illégale dans sa conception, inique dans son organisation, déséquilibrée dans sa composition et évanescente dans ses attributions actuelles. Cela m’attriste terriblement. Ils croyaient probablement bien faire, mais ils doivent maintenant se rendre à l’évidence que Ouattara ne changera pas, ne changera plus dans sa logique de confiscation du pouvoir. Ils ont appelé leur attitude «la realpolitik». Ils se disaient opposés à la politique de la chaise vide, mais ne vont pas au bout de leur politique. Aucune conviction donc. Rien que de l’ambition ! Démoralisant tout ça! Et cela déprime l’homme que je suis et me blesse profondément dans mes amours pour la démocratie et pour la Côte d’Ivoire. Je n’ai même pas la force de commenter leurs attitudes ; celle de Ouattara est plus logique et a du sens. Je voudrais simplement réitérer mon souhait et mon appel à l’endroit de toutes ces personnes et leurs mouvements : Laissez vos illusions de côté, il est temps que nous nous engagions ensemble dans la mise en place d’une coalition pour le changement démocratique dans notre pays. Il n’y a que cette voie qui nous donnerait quelque chance de battre Ouattara aux prochaines élections, malgré ses calculs et ses moyens. Construisons ensemble la coalition de la victoire. Nous pouvons le faire si nous nous donnons un programme commun de gouvernement, un discours unique et simple, une équipe managériale cohérente et un candidat unique pour ce but commun. Faisons-le le plus tôt. Nous sommes à 13 mois des élections et il y a du travail à faire. Nous avons faim certes, mais oublions nos ventres pour le moment, serrons les ceintures, mettons-nous au travail et arrêtons de tergiverser dans des querelles de clochers. Il y a-t- il encore des hommes et des femmes de bonne volonté pour entendre cet appel et agir en conséquence? Oui, il y en a. Je continue de le croire.

Voyez-vous dans le couac observé, vendredi, un mauvais présage pour les futures élections ?

Oui. Un très mauvais présage. Nous ne sommes même pas encore à la phase de la liste électorale et voilà déjà les signes annonciateurs de la fraude et de la violence. Dois-je rappeler que c’est la commission électorale qui aura la charge d’établir cette liste? Dois-je rappeler que, de par les faiblesses du code électoral, c’est le président de la République qui est le vrai administrateur des élections chez nous? Les choses se présentent mal. Nous avons dénoncé et continuons de dénoncer une commission électorale qui ne peut avoir la forme de celle mise en place et éviter les conflits, car elle est une association de gens en conflits permanents. Elle devrait être indépendante des partis politiques et du gouvernement. Ce que nous voyons, ce sont des conflits avant même l’enjeu électoral. Que se passera-t-il quand nous serons dans la phase de la confection de la liste électorale ? Dans celle de la campagne électorale ? Le jour des élections ? Lors de la transmission des résultats ? Lors de leur proclamation ? Je pense que c’est clair. Non ?

LIDER a décidé de ne pas être dans la Cei alors que son président a annoncé qu’il se porterait candidat contre Alassane Ouattara. Quelle est cette logique ?

C’est la logique d’un parti qui, malgré tout, garde foi dans le fait que d’ici la date des élections, et avec les travaux engagés au sein de la coalition de La 3ème Voie, l’on arrivera à réveiller tous les démocrates de ce pays, à les remobiliser, à les mettre en ordre pour aller insuffler au pays profond que nous pouvons battre Alassane Dramane Ouattara, malgré les moyens infinis de l’État et les Frci dont il dispose. Mais pour cela, il faut que nous soyons logiques avec nous-mêmes. Si le matin nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’au soir. Si lundi, nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’à dimanche. Si en janvier, nous sommes des opposants à Ouattara, il faut le rester jusqu’en décembre. C’est seulement ainsi qu’ensemble, nous réussirons.

 

SourceLIDER-CI.ORG

mercredi, 03 avril 2013

RAILA ODINGA: ALORS POURQUOI AVAIT-IL FAIT TANT DE MISERES A LAURENT GBAGBO?

 

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L'Histoire parle, mais avec une sacrée dose d'ironie

L'ancien Premier ministre kenyan, candidat malheureux au dernier scrutin présidentiel dans son pays, a finalement accepté sa défaite. En se pliant à la loi d'airain de la Constitution de son pays. Il n'avait pour autant pas eu d'égards pour la Loi fondamentale ivoirienne, dans le cadre de laquelle il a été un médiateur à la fois éphémère et partisan… D'une certaine manière, l'argumentaire qu'il déploie rend justice au «réprouvé de Scheveningen».

Non seulement l'Histoire parle, mais elle est dotée d'une sacrée dose d'ironie ! Près de deux ans après la fin tragique de la crise post-électorale ivoirienne, l'ancien Premier ministre kenyan Raila Odinga rend justice à la démarche politique du président Laurent Gbagbo.

Pour rappel, Raila Odinga avait appelé au départ du pouvoir de Gbagbo, pourtant déclaré élu par le Conseil constitutionnel, dès le début du contentieux consécutif au second tour de la présidentielle ivoirienne de 2010. Ce qui n'avait pas empêché l'Union africaine de le désigner comme médiateur. Bien entendu, Odinga avait usé de cette position pour prendre outrageusement partie pour celui qu'il appelait «le président élu Alassane Ouattara», au point d'être récusé par le camp de celui qu'il désignait par l'appellation «monsieur Laurent Gbagbo» et qui, disait-il, l'avait «déçu» pour avoir refusé de lever le «blocus» de l'hôtel du Golf. Le 12 avril 2011, Raila Odinga continuait d'enfoncer Gbagbo en s'indignant de ce qu'il avait refusé «toutes les offres», y compris un poste d'enseignant aux Etats-Unis, en échange de sa capitulation.

C'est le même Raila Odinga qui s'est retrouvé candidat à l'élection présidentielle de cette année dans son pays, le Kenya. En 2007-2008, le Kenya avait été secoué par une crise postélectorale, Mwai Kibaki, le président sortant, et Raila Odinga, principal opposant, se considérant tous les deux vainqueurs. Au final, cette crise a été réglée, après plus d'un millier de morts, par une formule mêlant partage du pouvoir et programme de réformes institutionnelles.

En cette année 2013, Odinga, Premier ministre sortant, était face à Uhuru Kenyatta, fils de l'ancien président Jomo Kenyatta. Et la Commission électorale a publié des résultats provisoires donnant Uhuru Kenyatta vainqueur, au terme d'un processus autrement plus régulier que celui qui a poussé le président de la CEI ivoirienne, Youssouf Bakayoko, à déclarer Ouattara en tête, de manière unilatérale et en violation totale du Code électoral.

Contrairement à son attitude dans le cadre de la crise ivoirienne, où il a fait mine de considérer comme élu de manière définitive le candidat déclaré en tête par la Commission électorale, Raila Odinga, s'estimant lésé, a déposé des recours devant la Cour suprême, équivalent du Conseil constitutionnel ivoirien. Comme Gbagbo !

Comme Gbagbo, il a fait état de bureaux de votes où le nombre de votants était supérieur au nombre d'inscrits – même s'il ne s'agissait que de dizaines de bureaux, loin des milliers de procès-verbaux litigieux du scrutin ivoirien.

Comme Gbagbo, il espérait de l'arbitre du jeu politique dans son pays, qu'il «renverse» les résultats provisoires. On est donc en droit de se demander ce que lui, et la «communauté internationale» qu'il représentait, reprochaient à Gbagbo et à sa démarche légaliste !

En effet, si l'on doit constater qu'Alassane Ouattara, en se proclamant vainqueur de manière unilatérale et en allant jusqu'à orchestrer une parodie de prestation de serment, a violé la Constitution, l'on est obligé de noter – même si on conteste intellectuellement la logique juridique du Conseil constitutionnel de l'époque – que Gbagbo a respecté de manière scrupuleuse l'esprit et la lettre de la Loi fondamentale. Y compris quand, régulièrement investi, il a ouvert la voie à un recomptage des voix qu'il pouvait ordonner en se servant de l'article 48 de ladite Loi fondamentale...

Doit-on rappeler qu'Odinga a refusé de considérer Kenyatta comme «président élu» avant le verdict de la Cour suprême ? La Cour suprême en question a finalement tranché et proclamé Uhuru Kenyatta vainqueur du scrutin, à la suite de l'examen des recours.

Ravalant sa déception, Raila Odinga a accepté sa défaite en se livrant à un plaidoyer vibrant en faveur de l'Etat de droit, diffusé notamment à travers son compte Twitter: «Ma foi dans le constitutionnalisme demeure intacte. En tant que nation, nous devons aller en avant dans notre détermination à réformer notre vie politique et nos institutions. Le respect de la suprématie de la Constitution dans la résolution de nos différends est la meilleure fondation de notre société démocratique.» On croit rêver !

Ces propos d'Odinga arrivent comme en écho à ceux tenus par Gbagbo le 28 février dernier, lors de son intervention à la Cour pénale internationale. «Nous avons besoin de la démocratie […]. Mais la démocratie ce n'est pas seulement le vote, c'est qui dit le vote. Qui dit le résultat du vote. C'est ça aussi la démocratie. […] La démocratie, c'est le respect des textes, à commencer par la plus grande des normes en droit qui est la Constitution. Qui ne respecte pas le Constitution, n'est pas démocrate. Madame, c'est parce que j'ai respecté la Constitution que je suis ici. Alors je suis là, mais je compte sur vous. Je compte que vous parce que je souhaite que tous les Africains qui me soutiennent et qui sont tout le temps ici devant la Cour, devant la prison, qui sont dans leurs pays en train de manifester, en train de marcher, tous ces Africains-là, qu'ils comprennent que le salut pour les Etats africains, c'est le respect des Constitutions que nous nous donnons et des lois qui en découlent.»


Franck Toti, in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier".


Source: LA COTE D'IVOIRE DEBOUT

dimanche, 27 janvier 2013

YOUSSOUF BAKAYOKO OU LE TREPIED DU RECIDIVISTE


YOUSSOUF BAKAYOKO.JPG


Monsieur Youssouf Bakayoko, président de la Commission Électorale Indépendante a coupé le ruban inaugural de la campagne électorale, vendredi en invitant les candidats à l’élection législative partielle à une campagne modèle! Cela prêterait à sourire si ce n’était pas tragique de se souvenir des promesses passées d’élections transparentes et honnêtes et de se repasser mentalement le film des fraudes, exactions, crimes, puis le coup d’état mis en œuvre, parce que les menaces d’intimidation n’étaient pas suffisante pour décourager le président Gbagbo!

A l’époque, nous étions alors en présence d’acteurs honnêtes pour les uns et corrompus pour les autres; mais entre temps le camp des gens civilisés n’est plus, mort, exilé où embastillé, et aujourd’hui, le camp des rebelles tente de se refaire une virginité en invitant à des élections législatives partielles, préparées par «une campagne civilisée», permettant «une supervision et une certification par les Nations Unies». Les électeurs, ivoiriens et tous les naturalisés de la dernière heure remplaçant gaiement tous les disparus et les exilés vont se mobiliser massivement pour cautionner leurs bourreaux! La consultation sera «apaisée et transparente », conformément «aux canons de la légitimité démocratique de nos élus», ces élus qui sont sortis victorieux des urnes avec des scores incroyablement bas, on parlait de 11 pour cent… et même moins de voix.

Effectivement « les canons de la légitimité démocratique » des nouveaux élus ont tonné, et l’Agence France presse ainsi que les médias ont cessé de compter les morts survenus après les fameux 3000 morts de la crise post-électorale, répertoriés dans toutes les dépêches et servis régulièrement, catéchisme asséné à coup de matraquage, laissant paraitre que tous ces morts l’étaient par la faute d’un Laurent Gbagbo s’accrochant désespérément à un pouvoir qu’il avait perdu, alors que les urnes avaient parlé en faveur de son adversaire Alassane Ouattara ! Oui les canons, la grosse artillerie ont retenti des jours et des nuits durant, parce qu’une France et une communauté internationale ont préféré le vacarme et les lumières du bombardement du palais présidentiel occupé par un Président légalement investi par un Conseil constitutionnel reconnu et souverain. Oui les critères, les canons n’ont certainement pas été ceux de la démocratie et surtout ceux de la liberté, la liberté d’un peuple de disposer de sa souveraineté. Et les milliers de morts qui ont suivi n’ont pas été recensés, Duékoué, Nahibly, et j’en passe…Mais voilà ils ne votent pas, ils ne voteront plus, ils ne sont plus importants pour un régime qui les a assassinés!

Comment croire aujourd’hui ces mêmes acteurs en campagne, comment prendre au sérieux un Youssouf Bakayoko dans un rôle identique, qui au lieu de se mettre au service de son pays, avait proclamé des résultats biaisés depuis l’hôtel du Golf, et ce en dehors du temps, à lui imparti?

Sa définition du tryptique de la démocratie? «Une campagne électorale apaisée, un processus électoral respecté, un verdict accepté avec des élus reconnus»

En histoire de l'art, le tryptique est un ensemble décoratif composé d’un panneau central et deux volets mobiles qui généralement se rabattent sur le volet central pour le recouvrir.Si je reprend fidèlement l’image du spécialiste de l’art Youssouf Bakayoko, assurément un habitué des musés et des Eglises françaises dépositaires de nombreux tryptiques, je dirais que «la campagne électorale apaisée» et «le verdict accepté avec des élus reconnus » constituent les panneaux latéraux du tryptique, encadrant le thème central, «un processus électoral respecté», et bien sûr les panneaux latéraux se rabattent sur «le processus électoral respecté» qui disparaît de notre vue! Bonne image donc, mais je suppose qu’il voulait évoquer le trépied, tabouret à trois pieds, support de la démocratie ivoirienne, que l’on connait bien, toujours instable, peu confortable, dont on risque à tout moment d’être éjecté, et aux pieds fragiles et trop écartés…

La dernière campagne électorale présidentielle est celle qui a coûté le plus cher, parce que vraiment elle se voulait –du côté de la Majorité Présidentielle-, honnête et transparente. Cela ne l’a pas empêchée de se transformer en une guerre parce que les dés étaient pipés d’avance et que ne devait sortir des urnes que Ouattara, l’Economiste du FMI qui offrirait son pays d’adoption à tous les charognards blancs pour quelques applaudissements et une célébrité éphémère, celle  d’un certain Empereur de Kong, dont le royaume est si petit que même son frère ainé, le maire de Kong n’a pu y avoir sa dernière demeure, mais a dû être enterré au cimetière municipal de Williamsville…

Campagne électorale express donc, pour saluer les généreux bailleurs de fonds et investisseurs potentiels allemands que l’on essaie de recruter après les français trop rétifs. Oui, il faut donner l’impression que la démocratie vit son rythme de croisière, que tout va bien, que tout se déroule selon «les canons de la légitimité démocratique de nos élus». Les derniers évènements rocambolesques au Ghana, les enlèvements et tentatives d’enlèvement de personnalités de haut rang, les procès en cours, tout cela nous plonge dans «la promotion de la paix par le dialogue», le discours est saisissant ! Grâce à ces élections, le processus de démocratisation est en cours en Côte d’Ivoire ! Mais voilà, les caisses vides de l’état, malgré les emprunts faramineux, ont fait grimper le prix de toutes les denrées alimentaires, l’électricité, le gaz, les carburants n’ont pas été de reste, et ont connu aussi une hausse…

Alors que ces élections n’étaient pas une priorité du moment, face aux revendications salariales des fonctionnaires qui vont se mettre en grève et paralyser totalement le pays, notre économiste va gaspiller un peu plus l’argent dont il ne dispose pas, en préparant des élections qui ne mobiliseront que ses adeptes, et donner l’impression d’une normalité revenue : tous les réfugiées attendus fermement, -direction la case Prison du Monopoly géant qu’est la Côte d’Ivoire, où tout est à vendre et à acheter-, n’auront même pas le temps de rentrer, d’avoir leur carte d’électeur, et de voter! Qu’à cela ne tienne, les électeurs en Côte d’Ivoire Nouvelle pourront voter plusieurs fois, face à des FRCI analphabètes qui ne distinguent pas une ordonnance médicale d’un laisser passer ou d’une carte d’électeur. Et on comprend mieux que Ouattara ne les envoie au Mali-si toutefois il daigne écouter ses chers frères et sœurs pour une fois- qu’après ces élections, car il a besoin d’eux pour mener cette «campagne civilisée», pour «une consultation apaisée et transparente»!

 

Shlomit Abel, 26 janvier 2013.


Source: RESISTANCE COTE D'IVOIRE ISRAEL

samedi, 24 novembre 2012

UMP, PARTI DE SARKOZY: OR DONC LE RECOMPTAGE DES VOIX N'EST PAS UNE INJUSTICE?

 

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Surprise du côté de la France! Que se passe-t-il dans ce pays? Non, rien d’important. Seulement que depuis le 18 novembre 2012, une banale élection à la direction de l’UMP, parti dit éminemment démocratique de l’ex-Président français, le tonitruant redresseur d’autres démocraties dans le Monde, le sieur Sarkozy, s’est transformée en un conflit postélectoral comme dans la «République bananière de Côte d’Ivoire». 

Cette élection, selon les médias de l’hexagone, instruments ô combien propagandistes au service de ces donneurs de leçons, opposait Jean-François Copé et François Fillon. Deux François pour conquérir le fauteuil présidentiel à la tête de l’UMP. Ces deux personnes qui ont, par leurs nombreuses frasques au côté de Sarkozy et Juppé, déversé leur bile sur l’éminent Président nationaliste Laurent Gbagbo lors de la dernière guerre postélectorale, ne sont pas inconnus des patriotes de ce pays. Ils sont ainsi rattrapés par leurs actes ignobles commis pendant la crise ivoirienne; comme quoi on paye toujours ses méchancetés sur cette terre. 

N’est-ce pas ce parti de la Droite française, avec à sa tête le fantoche ex-Président Sarkozy qui, rejetant de façon irréfléchie et systématique la proposition paisible de recomptage des voix pour résoudre le contentieux électoral ivoirien, s’accordait avec le triplet destructeur Compaoré-Soro-Ouattara pour déclencher une guerre meurtrière jusqu’à renverser le régime de Gbagbo? 

Heureusement que ça n’arrive pas qu’aux autres! Depuis dimanche 18 novembre, cette presse toujours virulente et adepte du mensonge contre les leaders patriotes africains, annonce, à la surprise générale une contestation des résultats nécessitant «l’injuste recomptage des voix». Qui l’eut cru? 

Surtout que Sarkozy et ses hommes de main Choï et Ban ki Moon ont enseigné aux ivoiriens qu’il serait injuste de choisir le recomptage des voix pour régler le contentieux électoral ivoirien. N’est-ce pas cette même solution proposée par Gbagbo qui a valu le courroux de ces politiques français et qui l’ont rejetée au profit du pilonnage par des bombes et des missiles pour massacrer toujours impunément des milliers d’ivoiriens? Ah! Si le ridicule tuait! François Copé et ses militants s’attribuent la victoire et sont prêts à s’imposer par la force. 

Pendant que les deux candidats s’empoignent, la commission chargée de superviser les élections reste muette comme une carpe et laisse le doute et la polémique s’installer. Tel fut aussi le comportement de la commission électorale ivoirienne(CEI); ce qui amena même, Sarkozy, par courrier, à intimer l’ordre à Youssouf Bakayoko (Président de la CEI) de proclamer les résultats tronqués de l’élection présidentielle au QG du candidat Ouattara. 

A La vérité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et les français comme tous les européens ne sont pas différents et plus intelligents que les africains. 

Il paraitrait même que l’un des François, le nommé Copé est ami de Sarkozy qui aurait fait pression sur Fillon le vainqueur véritable et ses sympathisants, pour que celui-ci cède le fauteuil au risque de subir comme Gbagbo le courroux de la Licorne, de l’ONUCI, des mercenaires et autres cannibales dozos ainsi que de l’OTAN. 

Pour ceux qui ne le savent pas encore, Copé est l’homme que Sarkozy aurait choisi pour préparer son très prochain retour en politique, quand il aura fini de régler les affaires sales qu’il traine comme des boulets aux pieds. 

Si donc Fillon veut continuer la résistance, ce sera alors les forces spéciales (les GI’s) d’Obama, un autre ami de Sarko et bourreau des africains, aidés des forces hétéroclites (mercenaires et dozos burkinabès, forces de l’OTAN) qui feront allègrement le « job ». 

On ne sera pas surpris de voir descendre d’un gros porteur (avion C130) ces dozos et autres rebelles avec les nombreux gris-gris fixés sur leurs sales accoutrements, et les…. odeurs qui les accompagnent; ces dozos expédiés en France, comme pendant la seconde guerre mondiale pour défendre les maîtres-colons dont les ascendants du couple Sarko-Copé, comme ils l’ont fait en Côte d’Ivoire, pour les intérêts de la grande France déstabilisatrice des régimes des Présidents africains souverainistes. Celle-ci n’oubliera certainement pas de les faire défiler le 14 juillet sur les champs Elysées en l’honneur de Sarkozy et tous ses valets africains. Ainsi se sera-t-on vengé de Gbagbo qui avait refusé de faire participer ses soldats au défilé du cinquantenaire des indépendances africaines à Paris 

Ce sera d’ailleurs une très grande joie pour le Président indéboulonnable, l’homme du rattrapage ethnique de courir au secours de son parrain dont les intérêts sont menacés, en faisant intervenir son armée de fétichistes notoires pour donner la victoire à Copé. 

A toi Fillon qui a vite compris le danger qui te guettait en demeurant dans la contestation car tes adversaires n’ont cure de la vie humaine. Et si tu es malin quittes vite dans ça, définitivement! Tout le monde n’est pas Gbagbo, le vrai patriote qui ne fuit ni les bombes ni les missiles français quand il s’agit de défendre l’intérêt de son pays et son honneur. 

Pourquoi ne ferais tu pas comme l’autre, l’indéboulonnable, qui n’hésite pas à enjamber les murs au moindre bruit d’un pétard mouillé? En tout cas, les jours qui s’annoncent seront décisifs pour toi et tes sympathisants. Attention aux effets néfastes du rattrapage ethnique et de la justice des vainqueurs! 

Ceux qui jusque-là refusent de croire en Dieu, ont ainsi l’occasion de se ressaisir. Après tout le mal que la Droite française a fait à la Côte d’Ivoire, Dieu vient de la confondre. Et cette confusion sera ouverte et totale. Ce qui se passe aujourd’hui à l’UMP aurait pu arriver pendant la dernière élection présidentielle française. 

Mais non! L’Eternel des Armées a voulu faire un petit test sur les auteurs de la crise ivoirienne. C’est pourquoi Sarkozy, le bourreau des Africains est actuellement interpellé par la justice française pour être entendu sur l’affaire Béthencourt pendant que son parti plonge dans un gouffre d’où il ne sortira pas facilement. Ce qui est certain, la déchirure sera grande, et comme disent les anglais, leurs voisins, «wait and see».

Ivoiriens, restez tranquilles, Dieu combat pour vous! Ce n’est qu’une question de temps. Il fera jour bientôt car maintenant ces bourreaux peuvent comprendre que le recomptage n’est pas une injustice. 


NANWOULET G. Simone

jeudi, 25 octobre 2012

INTERVIEW - DAMANA PICKASS: «MOI CATHOLIQUE, COMMENT MON CHEMIN PEUT-IL CROISER CELUI DES ISLAMISTES?»


côte d'ivoire,interview de damama pickass,«moi catholique comment mon chemin peut-il croiser celui des isl

 

Comme vous l’avez sans doute lu dans notre édition du lundi 22 octobre 2012, de retour de Windhoek (Namibie) pour le match aller des Etalons cadets, nous avons passé trois nuits à Accra qui ont été mises à profit pour rencontrer des exilés de la galaxie Gbagbo, parmi lesquels Damana Pickass, le «patriote» qui avait déchiré les résultats partiels du second tour de la présidentielle ivoirienne. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il justifie son acte et charge naturellement au passage la gouvernance du président Alassane Ouattara.


Comment se porte Damana Pickass ?

• Grâce à Dieu, je vais bien. Je suis en vie, et c’est l’essentiel.

Depuis quand êtes-vous à Accra ?

• Depuis le 16 avril 2011, 5 jours après la chute du président Laurent Gbagbo. Après plusieurs péripéties, j’ai pu finalement arriver à Accra, où je me sens beaucoup plus en sécurité avec ma famille.

Vous avez pris la poudre d’escampette pour vous mettre en lieu sûr. Pourtant au même moment, vous avez demandé aux jeunes de rester mobilisés pour organiser la résistance. N’est-ce pas gênant ?

• Je n’ai pas pris la poudre d’escampette. Nous avons mené la bataille, nous étions sur le terrain pendant les moments de braise, quand Abidjan était encore à feu et à sang. Nous avons travaillé à galvaniser les populations, les forces de défense et de sécurité. Nous faisions même de la collecte de moyens matériels et de vivres pour les militaires pendant que ça tirait encore dans les rues de la capitale économique ivoirienne. Donc on ne peut pas dire aujourd’hui que j’ai abandonné les militants tout en demandant aux jeunes de résister. La posture d’exilé n’est pas une posture de défaitiste, mais plutôt celle du refus et du combat. Et nous sommes toujours dans le combat. Il faut dire qu’en tant qu’acteur de premier plan, j’étais personnellement visé. Je le souligne parce que ma maison a été l’objet d’attaques violentes à l’arme lourde. Il fallait donc que je prenne du recul pour rester en vie afin de poursuivre la lutte. Même si nous sommes courageux, téméraires et déterminés, nous ne sommes pas des kamikazes.

Certains pro-Gbagbo ont, semble-t-il, réussi à quitter Abidjan avec la complicité des ex-rebelles. Est-ce votre cas ?

• Non ! Personnellement, je suis parti après plusieurs péripéties. J’ai utilisé les voies terrestre et lagunaire pour rejoindre le Ghana. Je ne pense pas que les pro-Gbagbo aient été escortés par des ex-rebelles. Ce sont des rumeurs et de l’affabulation que les uns et les autres utilisent pour jeter le discrédit sur les fidèles de Gbagbo et comme je n’ai pas de preuve, je ne vais pas aller dans ce sens.

Vous avez déchiré en direct à la RTI les résultats partiels de la présidentielle, qui n’arrangeaient pas votre mentor. N’avez-vous pas contribué par ce geste à montrer que votre champion avait véritablement perdu l’élection ?

• Je voudrais dire d’abord que je n’ai pas déchiré de résultat ; donc je ne pense pas que cela ait contribué à présenter Laurent Gbagbo comme celui-là qui était en difficulté au niveau du dépouillement. Mon acte a été un acte de dénonciation qui avait pour objectif majeur et fondamental de montrer à la face de l’opinion nationale et internationale que le processus électoral dans lequel nous étions engagés était biaisé d’avance. C’était un processus frauduleux. Il y avait même au sein de la CEI (NDLR : Commission électorale indépendante) tout un réseau frauduleux de proclamation de résultats, et cela avait été mis en exergue lors de la publication des résultats de la diaspora qui ont été proclamés au mépris des règles que la CEI s’est elle-même fixée. Yacouba Bamba, qui n’est que le porte-parole de la Commission, a pris sur lui, à l’insu de l’ensemble des commissaires centraux, la responsabilité de publier les résultats bruts tels qu’ils sont arrivés de la diaspora comme étant des résultats qui avaient été consolidés par la CEI. Ce qui était inexact. Il a voulu encore publier des résultats qui n’avaient pas encore été consolidés par la CEI. Donc Yacouba Bamba était en situation de récidive. Face à cette situation, nous avions le choix entre laisser la forfaiture se poursuivre ou y mettre fin en créant le choc quand bien même nous étions devant les médias et la communauté internationale. Je pense qu’on n’avait pas d’autre choix que de mettre un terme à cette pratique honteuse et frauduleuse. A partir de là, vous avez dû constater toutes les anomalies que le processus électoral a connues depuis le premier tour jusqu’au second. Les exactions qui ont eu lieu ont commencé à être révélées. Et pire, les chiffres qui n’étaient pas ceux de la CEI ont été néanmoins rendus publics dans un hôtel qui s’avère être le QG des rebelles depuis 2002 et en même temps le QG de campagne d’un candidat, en l’occurrence Alassane Ouattara. Cela en violation une fois de plus flagrante des protocoles d’accord dont la CEI s’est elle-même dotée.

En dépit de ces fraudes, la communauté internationale a validé les résultats publiés par le président Youssouf Bakayoko à l’hôtel du Golf. Et tout un matraquage médiatique s’en est suivi donnant l’impression au monde que c’était les résultats de la CEI. Et pourtant, ce n’était pas le cas. Jusqu’à l’heure où je vous parle, mon cher journaliste, et dites-le au peuple frère burkinabè et à l’opinion internationale : je mets quiconque au défi de prouver que la CEI avait fini de délibérer et était d’accord sur un procès-verbal. Il n’existe aucun résultat de la CEI. Ce sont des chiffres qu’ils ont inventés et qu’ils sont allés publier de façon honteuse et grossière. Ce qui s’est passé, ce ne sont pas des élections et ce ne sont pas des résultats de la CEI. C’est donc sur la base du faux, de la manipulation, de la tricherie et d’un complot international avec en tête la France venue faire la guerre à la Côte d’Ivoire pour évincer le président légitimement élu et installer l’instrument de l’Occident, en l’occurrence Ouattara. Il fallait lever un coin du voile en empêchant la proclamation frauduleuse de ces élections, et c’est ce que j’ai fait.

N’y avait-t-il pas d’autres moyens pour contester les résultats que de les déchirer ?

• On n’est pas toujours fier de la façon dont les choses se sont passées parce que cela traduit un échec de la commission électorale indépendante. Mais ça traduit aussi nous-mêmes notre échec de façon individuelle à pouvoir assumer en toute responsabilité et en toute dignité la mission que le peuple de Côte d’Ivoire nous a confiée à un moment aussi important de son histoire. Ça c’est ce qui concerne la forme.

Mais dans le fond ! Je pense que jusqu’à présent, nous n’avons rien à regretter. Il ne faut pas nous accuser. Si vous avez bien suivi l’élément filmé, nous sommes tous des membres de la commission électorale, des commissaires centraux tout comme Bamba Yacouba. Donc un des nôtres est sur le point de proclamer des résultats qui posent visiblement problème. Vos collègues arrivent et vous interpellent,je pense que ce qui aurait été sage, c’aurait été que monsieur Bamba annonçât à la presse que compte tenu des problèmes, la proclamation des résultats était reportée, le temps que la commission centrale adopte les chiffres de façon unanime. Mais il a fait preuve d’un entêtement qui ne nous a pas donné d’autre choix que d’agir de la sorte. C’est l’attitude du porte-parole qui a commandé notre action : il voulait faire triompher la fraude et la tricherie. Il fallait aller à la confrontation pour attirer l’attention de l’opinion sur le fait que le processus était biaisé.

Mais tout ça aurait pu être évité…

• Oui évidemment ! Je pense qu’on aurait pu éviter cette crise à la Côte d’Ivoire, on aurait pu éviter cette crise à la sous-région, à toute l’Afrique et au monde entier. Je laisse de côté ce qui s’est passé antérieurement. Mais en définitive, les deux candidats revendiquaient la victoire. La chose la plus simple, la plus aisée et qui aurait pu mettre tout le monde d’accord, c’était cette commission internationale proposée par le président Laurent Gbagbo en vue du recomptage des voix. Une simple opération d’arithmétique. On allait ressortir les procès-verbaux pour recompter les voix parce que, cher journaliste, il s’est passé beaucoup de choses inadmissibles dans ce processus. Dans certaines régions, le nombre de personnes ayant voté effectivement pour ADO est supérieur au nombre d’inscrits. L’exemple frappant, c’est celui de Bouaké dans la région de la Vallée du Bandama : il y avait un écart ahurissant entre les voix obtenues par monsieur Ouattara et les inscrits, c’est-à-dire qu’il a eu plus de voix que de personnes enregistrées sur la liste électorale.

Si on fait l’audit du processus électoral, vous allez voir que ce genre d’exemples se multiplient. Et puis le scrutin en lui-même n’a pas été libre, surtout dans la partie septentrionale de la Côte d’Ivoire. Les observateurs de l’Union africaine l’ont attesté dans leur rapport, c’est connu de tout le monde mais personne n’en a voulu faire cas. Il y a eu des morts, des personnes ont été assassinées, des personnes ont été empêchées de voter, des femmes ont été violées.

Mais en dépit de tout, on a simplement demandé une banale opération de recomptage des voix comme cela s’est fait ici au Ghana lors des dernières élections, comme cela s’est fait en Haïti et même aux Etats-Unis, dans l’Etat de Floride en 2004. Ils ont refusé cette solution qui aurait pu mettre tout le monde d’accord et épargner de nombreuses pertes en vies humaines. Ce qui m’a le plus choqué, c’est que lorsque le président Gbagbo a fait cette proposition salvatrice, la première réponse est venue des Nations unies. Le secrétaire général des Nations unies, Ban ki Moon, a été le premier à répondre au Président Gbagbo pour dire que le recomptage des voix va créer un préjudice grave à monsieur Ouattara. Quel préjudice un recomptage de voix peut-il créer ? Et puis, pourquoi c’est Ban ki Moon qui répond en lieu et place du candidat qui est directement concerné ?

Mais l’ONU était chargée de certifier les résultats…

• C’est exact ; mais les élections se déroulent entre deux personnes, deux camps. Si les deux parties s’accordent pour le recomptage des voix, où est le problème de l’ONU ? En fait, le rouleau compresseur était déjà en marche : il fallait renverser Laurent Gbagbo. Le recomptage des voix allait permettre à la communauté nationale et internationale de se rendre compte des irrégularités, de nombreuses fraudes et tripatouillages des chiffres. Cela allait établir clairement et nettement la défaite de monsieur Ouattara. Ils ont donc masqué la vérité à travers les bombes et les coups de canons.

Mais aujourd’hui la question demeure parce que les coups de canons n’ont pas résolu la question de qui a gagné les élections. Visiblement, ils ont utilisé l’argument de la force pour gagner mais le problème initial est toujours là. On ne devient pas président démocratiquement élu dans la violence brute et aveugle. On devient président par les suffrages et sur ce suffrage-là, il y avait un désaccord là-dessus que les bombes n’ont pas résolu.

Dans tous les cas, le constat est là. Ouattara est au pouvoir. Vous avez donc perdu sur les plans électoral et militaire. Pourquoi ne pas faire profil bas et rentrer dans les rangs ?

• Non, nous n’avons pas perdu le pouvoir sur le plan électoral. Nous l’avons plutôt perdu sur le plan militaire, avec les coups de canons et d’obus. Il s’agit d’un vrai coup d’Etat militaire perpétré par la France de Nicolas Sarkozy qui est un ami personnel de Ouattara et les réseaux de la Françafrique. Il faut que cela soit clair et net : Gbagbo n’a pas perdu les élections…

Vous voulez alors à votre tour perpétrer un coup de force puisque vous êtes accusé de vouloir déstabiliser le régime d’ADO.

• C’est grotesque et ridicule de m’accuser sans preuve de vouloir mener un projet de déstabilisation de concert avec des réseaux islamistes d’Ansar Dine et la junte militaire au Mali. Je ne sais pas où ils ont pu trouver cette grossière invention, parce que moi je suis militant du Front populaire ivoirien, un parti d’obédience socialiste. Vous savez que le socialisme est l’obédience politique la plus proche des valeurs humaines. Je suis socialiste et de surcroît catholique pratiquant ; je ne sais pas comment mon chemin peut croiser celui des islamistes. Nous avons des valeurs qui sont aux antipodes les unes des autres. C’est donc un mensonge grossier. Et puis, comment en l’état actuel de la crise au Mali, on peut réussir à mettre ensemble la junte et le groupe islamique d’Ansar Dine qui sont aujourd’hui diamétralement opposés dans la crise du Mali. Comment peuvent-ils être d’accord dans le but uniquement d’aller déstabiliser un autre pays de la sous-région. Autant se mettre d’accord pour résoudre d’abord leur propre problème. Après éventuellement ils verront comment ils vont créer les troubles chez le voisin. Ceux qui ont monté cette histoire ont été très peu ingénieux ; le montage sautait aux yeux. Je réfute de façon véhémente toutes les accusations mensongères et grossières qui visent à jeter l’anathème sur les pro-Gbagbo dans le but de les diaboliser et se donner les moyens politiques et juridiques pour faire la pression sur le Ghana en vue de notre extradition. Le régime en place à Abidjan a fait de l’emprisonnement et de l’extermination des pro-Gbagbo son programme de gouvernement. Pour les pro-Ouattara, ils auront réussi leur programme de gouvernance quand il n’y aura plus un seul pro-Gbagbo sur la terre, ce sont les Nazis de notre époque.

D’où viennent alors les raids meurtriers contre le pouvoir si ce ne sont pas des pro-Gbagbo ?

• Mon cher journaliste, vous m’avez vu ici en exil, vous m’avez vu en train de parcourir des kilomètres à pied pour venir vous rencontrer. Pour faire un coup d’Etat et des attaques, il faut quand même un minimum. Ils savent comment ils ont fait leur coup d’Etat et comment ils ont préparé leur rébellion. Ils avaient un pays qui était leur base arrière, connu de tous : le Burkina Faso qui les approvisionnait. Ils avaient des soutiens financiers énormes. Mais nous, qu’avons-nous ? Le Ghana nous accorde l’hospitalité mais en même temps ses autorités disent que leur pays ne doit pas servir de base arrière à la déstabilisation d’un pays. La tradition ghanéenne recommande d’héberger toute personne qui se sent en danger chez lui. Notre exil est en conformité avec la constitution du pays mais en même temps cela ne nous donne pas le droit de faire n’importe quoi ici, en l’occurrence tenter de déstabiliser un autre Etat.Les autorités sont très strictes là-dessus. Donc nous n’avons même pas l’occasion de penser à ce genre d’entreprises. Premièrement, nous n’avons pas de base arrière militaire et deuxièmement tous nos avoirs ont été gelés par Ouattara. De quelles ressources disposons-nous pour planifier autant d’attaques ? On a d’abord des problèmes personnels qui font qu’on arrive difficilement à joindre les deux bouts. Ce qu’on reçoit ici, c’est juste pour la survie et non pour monter des entreprises de déstabilisation. Une fois de plus ce ne sont que des tentatives de diabolisation dans le but de nous présenter à la face de l’opinion nationale et internationale comme de vulgaires bandits qui ne cherchent qu’à créer le désordre dans la sous-région. Sinon, je pense que monsieur Ouattara doit trouver au plan intérieur dans sa gouvernance personnelle les germes de sa propre déstabilisation. Aujourd’hui 17 octobre (NDLR : l’entretien a eu lieu mercredi passé) les FRCI se sont tirés dessus à Abobo et à Bonoua. Cela est devenu le quotidien des Ivoiriens et le fait que les FRCI se tirent dessus à longueur de journée n’émeut plus personne. C’est une armée indisciplinée, qui n’obéit pas à un seul centre de décision. Il y a des Dozos, des ex-rebelles et des ex-FDS et chacun a son centre de commandement. Alassane Ouattara lui-même sait qu’il n’a pas d’autorité sur cette armée. La preuve est qu’il a lancé plusieurs appels pour libérer les habitations privées des pro-Gbagbo que certains pontes des FRCI occupent, mais toutes les maisons sont toujours occupées. Il a appelé au désarmement mais jusque- là, chacun d’eux porte son arme. Ils disent même que monsieur Ouattara leur a fait des promesses qu’il n’a pas tenues. Il a promis à chacun d’eux 5 millions de francs plus un véhicule bwaka et aujourd’hui il y en a qui réclament leur dû. Comme ça tarde à venir, ils se payent eux-mêmes sur le terrain, comme ils le disent, en agressant les populations dans leur résidence, en coupant les routes, en braquant les établissements financiers. Donc ce qui se passe là, il ne faut jamais voir la main de l’extérieur. Il s’agit des problèmes internes à la Côte d’Ivoire et aux FRCI.

Le processus de réconciliation est pourtant en marche.

Il n’y a pas de réconciliation en Côte d’Ivoire actuellement, c’est de la comédie pure et simple. Il n’y a pas même un début de réconciliation. C’est pour faire croire à la communauté internationale qu’ils sont dans une phase de décrispation et de réconciliation avec leur opposition. Mais dans la réalité, tous les actes, les faits et gestes qu’ils posent quotidiennement démontrent qu’ils ne sont pas eux-mêmes prêts pour la réconciliation et la concorde nationale. C’est du bluff et nous, nous ne marchons pas dans le mensonge…

Charles Konan Banny, le président du comité Forum-Vérité et Réconciliation montre quand même une certaine volonté d’aller de l’avant.

• Je ne doute pas de la bonne foi du président Banny. Oui, ce monsieur a bien envie de réconcilier les Ivoiriens. Mais sa volonté, sa disposition d’esprit rencontrent une opposition ferme de la part du clan Ouattara. Et je suis tout à fait d’accord qu’il ait mis monsieur Ouattara face à ses responsabilités puisqu’il a dit qu’il va se reposer maintenant après ses tournées pour recueillir les avis de la population ivoirienne. On ne peut pas prôner la réconciliation et continuer de brimer un seul camp, continuer d’emprisonner uniquement les pro-Gbagbo, appliquer une justice à double vitesse, une justice des vainqueurs. Au moment où je vous parle, Alphonse Douaté, qui est l’un des responsables du Front populaire ivoirien, est en prison avec sa fille et sa femme. Moi-même, mes deux frères, l’aîné et le petit frère ont été arrêtés simplement parce qu’ils sont mes frères. Mais si on estime que j’ai commis des crimes, je suis suffisamment majeur, je suis responsable soit au plan civil soit au plan pénal. Donc, c’est moi seul qui dois répondre de mes actes et non ma famille qui n’a rien à y voir. C’est devenu une pratique en Côte d’Ivoire. On ne peut pas vouloir de la réconciliation avec des milliers d’Ivoiriens dans des camps de réfugiés au Liberia, au Mali et des exilés. On ne peut pas vouloir de la réconciliation si on animalise les gens en bloquant toutes leurs ressources, en gelant tous leurs avoirs pour les réduire à l’indignité. On ne peut vouloir de la réconciliation quand des biens privés sont saisis de façon illégale et immorale par les hommes de monsieur Ouattara. On ne peut vouloir de la réconciliation lorsqu’on continue de maintenir des innocents en prison.

Que proposez-vous alors pour une véritable réconciliation ?

Il faut libérer le président Gbagbo et tous les prisonniers politiques civils et militaires. Il faut favoriser un retour sécurisé de tous les exilés, il faut rendre tous les biens confisqués et dégeler les avoirs. Vous verrez que si cela est fait, la décrispation va venir. On n’aura même pas besoin d’organiser des cérémonies.

Vous prônez alors l’impunité…

• Non, je ne parle pas d’impunité. Si on décide de mettre la justice au centre du processus de la réconciliation, il faut en ce moment une justice équitable pour tous. Il y a une crise qui a débuté en Côte d’Ivoire en 2002, et depuis cette date, des exactions, des atrocités des plus inimaginables ont été commises dans ce pays jusqu’en 2011. Des bourreaux et des coupables ont été identifiés dans les deux camps. Il faut que justice soit rendue à tout le monde. Voyez-vous, quand on a fait le procès de l’assassinat du colonel Dosso qui est décédé en 2011 et que l’on ne fait pas le procès du colonel Dakoula et du colonel Yoni qui, eux, sont morts depuis 2002… On fait le procès du général Robert Guéï et on ne parle même pas des tueurs de Boga Doudou alors qu’ils sont morts le même jour. Vous voyez que c’est inacceptable. Quand bien même l’ONU a identifié les commandants de zone comme Shérif Ousmane, Zakaria, Watao, Los, Fofié comme des gens qui ont commis des crimes de sang et que ces gens-là sont promus quotidiennement, vous voyez que c’est très frustrant pour les victimes. Si on devait énumérer les faits et méfaits des partisans de Ouattara, on ne va pas en finir. Mais depuis quand un seul d’entre eux est passé devant le tribunal ? J’ai l’impression que c’est une justice à double vitesse, à sens unique et unilatérale pour ne condamner que les pro-Gbagbo. Cela est inacceptable et ce n’est pas la marque d’un Etat démocratique.

Avez-vous les nouvelles de Blé Goudé ?

• Oui, il se porte bien.

Où est-ce qu’il se cache ?

• Il ne se cache pas, il est là. Pourquoi voulez-vous qu’il se cache ? Il est là.

Il est ici au Ghana ?

• Je ne sais pas mais il est là.

Le ministre de l’Intérieur, Ahmed Bakayoko, et Charles Blé Goudé se téléphonent, semble-t-il. Est-ce le début d’un rapprochement ?

• Je ne sais pas. Il faut poser la question à Bakayoko ou à Blé Goudé.

Etes-vous régulièrement en contact avec l’ex-«général» de la rue?

• Oui, on a les nouvelles l’un de l’autre.

A Accra ?

• En tout cas on a les nouvelles l’un de l’autre.

Et Koné Katinan qui fait l’objet d’un tiraillement diplomatique et judiciaire entre Accra et Abidjan. Vous lui rendez souvent visite ?

• Oui, nous soutenons Koné Katinan et on espère qu’il va recouvrer la liberté parce qu’il n’a rien fait. Il est innocent de tous les chefs d’accusation que monsieur Ouattara porte contre lui. Comment comprendre que le ministre Katinan ait pu tuer un vieillard de 83 ans. Est-ce que c’est sérieux çà ? Et on précise même qu’il a donné un coup de tête magistral au vieillard qui en est décédé.

Il a aussi été acteur de la réquisition de la BCEAO…

• Oui mais c’est Gbagbo qui a réquisitionné la BCEAO. C’est un acte de souveraineté qui a été pris par le président de la République. Et puis c’est un acte légal. Je crois plutôt qu’on lui en veut pour le rôle déterminant qu’il a joué dans la survie de l’Etat de Côte d’Ivoire pendant la crise. Parce qu’il était vraiment au four et au moulin. Il a montré beaucoup de détermination et de savoir-faire. Ce qui a fait que les décisions de fermeture de banque et de l’isolement de la Côte d’Ivoire au niveau de la BCEAO n’ont produit aucun effet. C’est certainement ce qu’on veut lui faire payer mais de façon maladroite. Donc nous soutenons le ministre Koné Katina et comme il y a un Dieu pour les faibles et pour les justes, je pense qu’il va recouvrer la liberté parce qu’il est innocent.

Le général Dogbo Blé, lui, n’a pas échappé et vient d’écoper de 15 ans de prison pour commencer dans l’assassinat du colonel-major Dosso. Quel commentaire ?

• Ça ne m’inspire aucun sentiment, aucune émotion. C’est une parodie de procès. La preuve est que durant le procès, en aucun moment, la partie accusatrice n’a pu démontrer, preuve à l’appui, que le général Dogbo Blé a été l’auteur de l’assassinat du colonel Dosso. Mais le déroulement du procès nous a permis d’avoir certaines révélations et de nous poser des questions. Pourquoi le colonel Dosso, lorsqu’il avait été convoqué par monsieur Ouattara, à sa sortie, a voulu voir en toute discrétion le général Dogbo Blé ? Le tribunal n’a pas donné réponse à cette question. Pourquoi il a insisté pour qu’on le conduise auprès du général Dogbo ? Voulait-il lui faire des révélations sur la tentative de déstabilisation en cours en Côte d’Ivoire qui était savamment perpétrée depuis l’hôtel du Golf ? On nous a parlé du plan d’attaque d’Abidjan, pourquoi ce plan a disparu ? Qui l’a fait disparaître ? Quel intérêt Dogbo Blé avait à tuer cet officier supérieur à la retraite qui ne représentait aucune menace ? Il n’était pas la cheville ouvrière du projet de déstabilisation. Non ! Ce n’est pas sur lui que reposaient les Forces armées des Forces nouvelles. Mais il fallait condamner un vaillant et digne officier de Côte d’Ivoire qui est resté fidèle à la légalité constitutionnelle. Il fallait lui faire payer la défense de ces valeurs républicaines en le faisant passer pour un vulgaire meurtrier. Mais ils n’ont pas réussi parce que Dogbo Blé est ressorti ragaillardi et nous sommes encore et encore plus fiers de lui. S’ils voulaient entacher sa réputation, ils ont carrément échoué. Bien au contraire, ils l’ont élevé en héros national.

En dehors des problèmes sécuritaires, la Côte d’Ivoire est en marche avec la gouvernance Ouattara.

• Alassane Ouattara constitue un véritable problème pour la sous-région parce qu’il n’est pas démocrate dans l’âme. Et il n’est pas partisan des solutions négociées et de la diplomatie. Il pense que tout problème doit se résoudre dans le sang et la violence. Regardez au Mali, quand la crise est survenue avec le coup d’Etat. La diplomatie a quand même ses règles. On ne peut pas tout d’un coup passer comme çà à des mesures coercitives sans un minimum de dialogue et d’approche. Mais regardez la rapidité avec laquelle il a géré la situation.

Mais les ministres des Affaires étrangères du Burkina et de la Côte d’Ivoire ont fait plusieurs voyages à Bamako pour négocier avec le capitaine Sanogo ?

• En l’espace d’une semaine les sanctions ont commencé à pleuvoir sur la junte et le Mali. Vous pensez qu’avec une crise aussi sérieuse une semaine, c’est suffisant ? Il y a des diplomaties souterraines qui se déroulent sur des mois. En l’espace d’une semaine, le Mali a subi un embargo et on a voulu attenter à la vie du capitaine Sanogo, ce qui fait que le peuple malien aujourd’hui est désabusé alors qu’il avait beaucoup de sympathie pour Allassane Ouattara, mais il le découvre maintenant dans toute sa laideur.C’est la même chose avec nos frères du Burkina, j’en suis convaincu. Dans sa gouvernance, Ouattara ne fait rien pour rapprocher les différents peuples de la sous-région notamment les peuples burkinabè et ivoirien. Actuellement, l’ouest de la Côte d’Ivoire est pris en otage par des mercenaires burkinabè.

En avez-vous des preuves ?

• Oui !!! Amadé Ouérémi, c’est un Burkinabè qui est là-bas dans les forêts de l’Ouest avec près de 400 à 500 hommes lourdement armées au vu et au su du régime. Il semble que le pouvoir lui a demandé de partir et qu’il a posé des conditions et un calendrier. Une telle situation ne peut pas plaire aux Ivoiriens. Serez-vous d’accord qu’un groupe de Maliens puissent prendre en otage une partie de votre territoire et fixer des conditions pour sa libération ? Ils font croire dans leur agissement qu’ils sont là pour protéger les intérêts des Burkinabè. Ce qui n’est pas juste. Malheureusement, cela creuse un fossé entre les deux peuples. Dans cette affaire d’Amadé Ouérémi, les Ivoiriens se sentent fortement humiliés. Nous avons honte de notre pays. Nous avons honte que des terroristes et des bandes armées fassent régner leur loi sur la Côte d’Ivoire. Il n’est pas normal que des Ivoiriens soient dépossédés de leurs terres au profit d’un groupuscule armés qui est identifié et à qui personne ne peut intimer l’ordre de libérer cette parcelle de territoire. C’est assez frustrant. C’est la marque déposée de Ouattara.

Le dernier exemple que je vais prendre, c’est la fermeture des frontières entre la Côte d’Ivoire et le Ghana. Regardez aussi avec quelle célérité et quelle précipitation ça s’est passé. Sans même un minimum d’enquête. Il y a eu certes des affrontements à la frontière ivoiro-ghanéenne. Mais il aurait fallu mener des enquêtes, faire des investigations approfondies pour situer les responsabilités. Une fois de plus, faire fonctionner la diplomatie, la négociation. Nous sommes des peuples interdépendants, nous sommes des peuples entremêlés. Savez-vous que sur toute la frontière ivoirienne, depuis Bouna jusqu’à Aboisso, Bondoukou, Agniblékro, Abengourou, ce sont les mêmes populations de part et d’autre de la frontière. Voyez-vous le désastre que M. Ouattara a créé pendant près de trois semaines. Il a arrêté la vie des gens, il a arrêté l’existence de certaines personnes là où une simple diplomatie aurait joué. Même son ambassadeur a été surpris par la fermeture des frontières. Ça veut dire qu’il n’a pas consulté son ambassadeur. Tout ça parce qu’il a fait de l’extermination des pro-Gbagbo son programme fondamental de gouvernement. Nous avons fui notre pays avec nos familles, ça ne veut pas dire que nous n’avons pas le droit à la vie. Je voudrais dire à M. Ouattara que quelle que soit sa puissance, quels que soient ses réseaux, il ne peut pas nous renier notre droit à la vie. Parce que ce n’est pas lui qui donne la vie. Qu’il nous laisse vivre notre exil. Nous n’avons aucun projet de déstabilisation de la Côte d’Ivoire, nous n’avons aucun projet de déstabilisation de son régime. Je pense qu’il doit trouver en interne les problèmes que connait la Côte d’Ivoire. Il suffit de faire l’autopsie de sa gouvernance. Qu’il ait le courage de se regarder dans la glace ; je pense qu’il trouvera lui-même les germes de sa propre déstabilisation.

Et votre ancien compagnon des luttes estudiantines, Guillaume Soro. On imagine votre colère contre lui?

• Je suis un peu déçu pour ne pas dire très désabusé par l’attitude de Guillaume Soro parce que j’espérais mieux de sa part. Il est jeune et en principe, il a encore beaucoup de temps à passer sur terre. En ce sens, j’attendais mieux de lui dans le domaine de la réconciliation nationale, dans la reconstruction du pays. Mais peut-être que je l’ai surestimé, puisque vous pouvez avoir beaucoup d’estime pour quelqu’un et vous rendre compte à la fin qu’il n’est pas ce que vous croyez. De par sa position de président de l’Assemblée nationale, de par les relations antérieures qu’il a eues avec beaucoup d’entre nous, je pense qu’il aurait pu jouer une très bonne carte pour la réconciliation, pour le retour de la concorde. Mais il n’a pas été à la hauteur de la Côte d’Ivoire, de cet espoir, de cette espérance, et c’est désolant parce que nous avons eu un passé très émotionnel qui pouvait nous permettre de surmonter certaines choses. Je pense que Soro est devenu autre chose entre-temps au point où il ne reflète plus les repères que je m’étais fixés. Il se fout des valeurs que j’évoquais tantôt, il est dans une autre posture, dans une autre logique, donc advienne que pourra. Je pense que c’est dans cette position qu’il est ; et c’est vraiment dommage. C’est vraiment dommage que Soro ne soit pas à la hauteur des espérances de la Côte d’Ivoire.


In L'Observateur Paalga (Burkina Faso)


Source: CONNECTION IVOIRIENNE

mardi, 31 juillet 2012

ALASSANE OUATTARA, LE TEMPS DE L'ISOLEMENT DIPLOMATIQUE

 

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Au-delà des flonflons de la communication officielle et des images de poignées de main avec les grands de ce monde, il est aujourd’hui évident que le régime d’Alassane Ouattara vient d’entrer dans une nouvelle phase dans son rapport avec ce qu’il est convenu de nommer «la communauté internationale». Très clairement, l’actuel maître d’Abidjan est mis à l’épreuve par les puissances qui l’ont soutenu et ont participé à le hisser sur le trône sur lequel il siège depuis le 11 avril 2011. Le temps des complaisances est fini. Vient celui du doute, de la prise de distance voire de l’isolement.

Alors que tous les regards ivoiriens étaient fixés sur Paris, scrutant avec angoisse les moindres paroles de François Hollande, c’est de New York, le siège des Nations Unies, que sont venus les signes les plus pertinents. Ainsi, le Conseil de sécurité a refusé d’accéder au souhait du régime d’Abidjan de voir maintenus les 10 968 Casques bleus présents sur le sol ivoirien, et a réduit leur nombre à 8 837. Le message est limpide : «Débrouillez-vous pour assurer progressivement les missions régaliennes dévolues à chaque Etat. Nous en avons fait assez pour vous. Prenez vous désormais en main.» En cette époque de crise financière mondiale, le gaspillage de l’argent du contribuable mondial au profit d’un exécutif qui préfère armer des milices ethniques – les Dozos – plutôt que de travailler à la mise en place des conditions d’une paix durable est de plus en plus difficile à admettre.

Une feuille de route impérative du Conseil de sécurité

Vendredi dernier, il s’est passé quelque chose d’assez inhabituel. Lors d’un point de presse, Bert Koenders, le patron de l’ONUCI, a utilisé un ton particulièrement dur pour transmettre «les grands messages du Conseil de sécurité de l’ONU». Des messages qui ont tout l’air d’une feuille de route impérative.

- Le Conseil de sécurité «prie instamment le Gouvernement ivoirien de veiller le plus rapidement possible à ce que, quels que soient leur statut ou leur appartenance politique, tous les auteurs de violations graves des droits de l’homme ou d’atteintes au droit international humanitaire, en particulier celles commises pendant la crise postélectorale en Côte d’Ivoire, soient traduits en justice, comme le lui imposent ses obligations internationales». Haro sur la justice des vainqueurs ! Le régime doit désormais livrer, pour sa survie, ses propres enfants ! Tous aux abris !

- Le Conseil de sécurité prie également le Gouvernement de veiller, le plus rapidement possible, «à ce que tous les détenus soient informés de leur statut en toute transparence et engage le Gouvernement ivoirien à continuer de coopérer avec la Cour pénale internationale». Koenders précise : «Je lance donc un appel au Gouvernement ivoirien à mettre fin à l’impunité». Guillaume Soro et les com’zones ont du souci à se faire ! Ils risquent de payer par leur incarcération le choix de Ouattara d’envoyer Gbagbo à La Haye.

- Le Conseil de sécurité estime qu’il faut en faire plus pour la réconciliation. «Il y a une certaine demande du Conseil de sécurité d’accélérer le processus», commente Koenders. Il faut faire «participer activement les groupes de la société civile», pour «remédier aux causes profondes des crises que connaît la Côte d’Ivoire». Il faut «dégager un large consensus national sur la façon de régler les questions d’identité et de propriété foncière», ce qui signifie que l’Assemblée nationale monopolisée par la coalition au pouvoir n’est pas l’endroit le mieux indiqué pour trancher ce sujet. Le gouvernement doit «ménager un espace politique à l’opposition», en particulier celle qui n’est pas représentée à l’Assemblée nationale. Il doit clarifier ses intentions en matière de DDR, et l’ONUCI doit avoir un droit de regard sur ce chantier.

- Pour les élections locales et régionales, le gouvernement doit favoriser «la représentation politique», c’est-à-dire convaincre l’opposition d’y participer. Il doit faire «les réformes électorales utiles», notamment, on l’imagine, en rééquilibrant la Commission électorale indépendante (CEI). Il doit faire régner la «sécurité» et choisir une «date opportune». La participation de l’opposition représentative, c’est-à-dire le FPI, est clairement un enjeu.

C’est l’ONU qui a accompagné la mascarade électorale qui s’est déroulée lors des dernières législatives, alors que ce qu’elle décrie aujourd’hui était déjà en place ; c’est l’ONU qui s’est félicitée de ce scrutin vicié d’avance ; c’est l’ONU qui reprend aujourd’hui implicitement à son compte les arguments de l’opposition complètement ignorés hier. Ainsi, dans une récente dépêche, IRIN, service de nouvelles dépendant du Bureau de la Coordination des Affaires Humanitaires des Nations Unies (OCHA) évoque les «enlèvements», les «arrestations» et les mauvais traitements infligés par les FRCI et les Dozos à des jeunes, notamment ceux qui ont été présentés comme «des mercenaires fomentant un coup d’Etat».«Nous n'avons pas vu la lumière du soleil pendant dix jours. Des hommes armés nous ont attaché les mains et les pieds. Parfois, nous n'avions que de l'eau et des biscuits (…) Lorsque nous sommes arrivés, une dizaine d'autres personnes étaient enfermées dans une autre cellule dans des conditions difficiles (…) Les deux premières fois, j'ai eu de la chance, car j'avais ma carte d'identité professionnelle, mais cette fois-ci, mon nom était associé avec la région de l'ancien président. Les soldats nous ont humiliés. Je ne crois pas à la réconciliation dans notre pays dans les conditions actuelles», témoignent des personnes dont les propos sont repris par la dépêche de l’agence onusienne. N’est-ce pas ce type de récits qu’une partie de la presse ivoirienne, notamment Le Nouveau Courrier, relaie depuis des mois dans l’indifférence internationale ?

Profiter des frémissements en cours pour re-démocratiser le pays

Pourquoi la «communauté internationale» se rebiffe-t-elle aujourd’hui ? Les changements à la tête de l’ONUCI y sont sans doute pour quelque chose. Le temps de Young Jin Choi, qui aurait pu prendre sa carte au RDR tant il roulait pour Ouattara, est passé ; et un certain nombre d’informations remonte jusqu’à New York désormais. Les mauvaises manières du régime, qui s’est défaussé sur l’ONUCI lors du massacre de Nahibly, y sont aussi pour quelque chose. Au sein de la communauté diplomatique d’Abidjan, l’ambassadeur américain, Philip Carter III, a pris ses distances depuis plusieurs mois, même s’il envoie épisodiquement des signaux contraires. La France a désormais «honte» de son «homme à Abidjan», même si des réseaux puissants continuent de le soutenir, y compris et surtout au Quai d’Orsay, où règne le Françafricain Laurent Fabius.

Plus profondément, l’incapacité pratique de Ouattara à stabiliser durablement la Côte d’Ivoire et à servir – comme Félix Houphouët-Boigny hier – d’efficace relais en Afrique de l’Ouest le rend, au fond, presque «inutile». Dans un premier temps, les Occidentaux lui ont donné tous les moyens pour réussir une pacification «à l’ancienne», c’est-à-dire par la terreur puis la fabrication de «l’unité nationale». Mais il n’a réussi qu’à établir un système violent, porteur de risques pour l’avenir proche, garanti par une force armée disparate, illettrée et criminalisée, et qui ne peut survivre en dehors de la présence structurelle de forces internationales mises en situation de soutien à une dictature qui n’est plus si naissante que cela. Intronisé chef de la Françafrique par Nicolas Sarkozy, il n’a pas d’armée et ne peut donc pas fournir de troupes pour aller, par exemple, au Mali – et doit subir les sarcasmes d’un Idriss Déby qui explique très clairement qu’il faut arracher le dossier à la CEDEAO donc au couple ivoiro-burkinabè si l’on veut qu’il envoie ses hommes au combat. Au-delà des aspects «logistiques», Ouattara ne semble pas particulièrement briller par son habileté manœuvrière et sa capacité à trouver des solutions ingénieuses aux problèmes sous-régionaux en dehors d’un bellicisme de mauvais aloi. L’insécurité et la corruption compromettent une véritable reprise économique dans l’ancien poumon de l’Afrique de l’Ouest francophone. «Tout ça pour ça ?», soupirent les chancelleries.

Les mois qui viennent s’annoncent politiquement passionnants en Côte d’Ivoire. Le régime peut-il abandonner sans s’affaiblir profondément la «gouvernance par la violence» décryptée avec talent par le politologue Michel Galy, et qui lui a jusqu’ici si bien réussi ? Alors qu’il est mis au pied du mur par ses alliés internationaux, peut-il s’en sortir par la pratique de la seule politique et de la négociation, qu’il répugne profondément ? Le Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP), d’abord soudé par une allégeance commune à la France et à la «communauté internationale», survivra-t-il alors que le PDCI se soumet au RDR d’abord et avant tout parce qu’il croit que c’est ce que Paris veut de tout son cœur ?

Alors que des signes montrent qu’une partie de la «communauté internationale» parie désormais sur une normalisation démocratique, n’est-il pas temps qu’une vaste coalition allant des partis politiques aux activistes des droits de l’Homme, en passant par les syndicats et les associations de jeunesse, se mette en place sur la base d’une plateforme minimale de re-démocratisation du pays afin de profiter au maximum des frémissements que l’on peut observer sur l’échiquier diplomatique ? Le débat est ouvert.

 

Théophile Kouamouo

 

SourceLE NOUVEAU COURRIER

samedi, 12 mai 2012

PROFESSEUR WODIE, OU EST VOTRE DECISION SUR LES LEGISLATIVES IVOIRIENNES?


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Un simple tour sur le site du Conseil constitutionnel ivoirien permet de se faire une idée du malaise qui entoure cette institution depuis l’après second tour de la présidentielle de 2010. Alors que toutes les décisions de l’institution depuis 2003 sont archivées, nulle trace de la décision de Francis Wodié qui a clos le contentieux électoral relatif aux dernières élections législatives. Une décision qui n’a jamais été lue publiquement ni publiée au Journal Officiel ni dans Fraternité-Matin. Et pour cause : le Conseil constitutionnel «nouveau style» qui siège actuellement aurait été bien en mal d’expliquer pourquoi il a invalidé certaines circonscriptions tout en validant des scrutins pourtant viciés par les mêmes irrégularités.

L’on se souvient que le «verdict» du Conseil constitutionnel, censé siéger confidentiellement et loin de toute pression, avait été «éventé» par le quotidien Le Patriote, propriété du ministre de l’Intérieur Hamed Bakayoko. Qui avait, pour se donner de la contenance, livré ses journalistes à la Direction de la surveillance du territoire (DST). L’on entend d’ici les questions pressantes des étudiants en droit public : professeur Wodié, où est votre décision sur les législatives ivoiriennes ? Etes-vous fier d’être le seul président du Conseil constitutionnel de l’histoire de la Côte d’Ivoire démocratique à avoir rendu une «décision orale» sur une question aussi cruciale ?

Les administrateurs du site du Conseil constitutionnel ont également fait «sauter» la décision de Paul Yao N’Dré déclarant Laurent Gbagbo vainqueur de la présidentielle. En revanche, ils ont maintenu sur le site sa décision déclarant Alassane Ouattara président sur la base d’un arrangement international, alors qu’elle rappelle très clairement la décision antérieure.

Le site du Conseil cite les différentes équipes qui se sont succédé. Le Premier Conseil (1995-1999). Le second (2003-2009). Le troisième (2009-2015). Et le quatrième (2011-2017). Quand on sait que la Loi fondamentale ne prévoit pas que l’exécutif puisse déchoir l’arbitre des pouvoirs constitutionnels, on se demande bien ce qui a pu empêcher le troisième Conseil d’aller au bout de son mandat. En dehors d’une décision prise par un régime d’exception. Extra-constitutionnel, donc.


Philippe Brou 


Source: LE NOUVEAU COURRIER

jeudi, 15 mars 2012

GBAGBO, L’EXTRATERRESTRE

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Curieux non comme titre d’article, vous ne pensez pas ? Eh bien, nous n’avons pas trouvé mieux pour espérer qualifier, de la façon la plus exacte et qui la campe le mieux, cette situation rocambolesque que vit, en ce moment, la Côte d’Ivoire.

Nous avons tous entendu l’incroyable communiqué du gouvernement ivoirien du mercredi 7 mars 2012 annonçant la suppression de 1.126 communes créées par le président Laurent Gbagbo, de 2001 à 2010. En clair, toutes les communes nées sous la gouvernance de Gbagbo, pendant ses 10 années de pouvoir. Argument avancé pour prendre une décision aussi impensable : « Ces communes ont été créées sur des bases politiques ». Ah bon ? Et le gouvernement actuel, sous quels auspices prend-il ses décisions, depuis son avènement violent au pouvoir, le 11 avril 2011 ? : le nouveau découpage administratif de la Côte d’Ivoire, tout comme le nouveau découpage électoral qui fait la part belle aux départements du Nord, la composition même de la Commission électorale indépendante (CEI) acquise à 100% au RHDP, la justice des vainqueurs en vigueur en Côte d’ivoire qui pourchasse un seul camp, l’emprisonnement des journalistes, le musellement de la presse pro-Gbagbo par le Conseil national de la presse (CNP) à travers des sanctions intempestives et ciblées, le gel des avoirs des opposants, les arrestations arbitraires, les mandats d’arrêts internationaux contre les cadres LMP, le maintien en exil des autorités ivoiriennes de l’ancien régime, les tentatives de mise à mort du FPI et de La Majorité Présidentielle, le maintien des supplétifs de la guerre d’avril dans les rangs des FRCI, la tolérance coupable des milices « Dozos » par la République bien que reconnues pour leurs nombreux crimes et exactions contre les populations ivoiriennes, la liquidation des banques nationales, le rattrapage ethnique cher à Ouattara qui promeut les ressortissants du Nord au détriment de tous les autres ivoiriens, etc.


Si on devait reprocher à un camp de la crise ivoirienne de prendre des décisions qui ne se justifient pas, sur la seule base politicienne, il y a fort à parier que le régime Ouattara soit inscrit sur le pire des tableaux. Il est donc très mal inspiré pour clouer quiconque au pilori. Après la dissolution en cours des Conseils généraux (décision complètement inopportune), le coup d’arrêt brutal porté à la communalisation générale de la Côte d’Ivoire consacre définitivement la volonté du régime RHDP de tirer notre pays vers le bas, au nom d’une incroyable propension vengeresse et négationniste visant à effacer toute trace du président Laurent Gbagbo. S’il le pouvait, Ouattara effacerait même les augmentations substantielles opérées par le réprouvé de Scheveningen sur les salaires des fonctionnaires. Mais mal lui en prendrait ! Il peut toujours essayer.


A notre sens, l’argument politique avancé par le gouvernement est totalement léger et, à la limite, fallacieux. Le souci premier dans la communalisation, c’est de rapprocher le centre de décision des populations et de favoriser leur participation à un développement local plus rapproché. Etant entendu qu’elles y contribuent à travers des instruments remarquables comme les FRAR/FIAU (Fonds d’Investissement et d’Aménagement Urbain) qui ne demandent qu’à être redynamisés et boostés. Une commune née créé sa propre dynamique de développement à travers ses populations et ses cadres. Cela est déjà une chose hautement appréciable pour la vie rurale. Il ne reste plus qu’à l’Etat de venir en appui de ce regain d’activité local par une subvention qui ne devrait logiquement plus faire défaut, compte tenu du retour présumée à la paix, en Côte d’Ivoire. C’est de là que part la viabilité d’une commune ; elle ne tombe pas du ciel comme le laisse supposer les propos du gouvernement Ouattara. En clair, la viabilité, il faut la créer et non l’attendre pieusement.


La vérité de cette affaire, c’est que Ouattara n’a pas de solutions pour nos populations rurales, pas plus qu’il n’a les moyens de les subventionner. La principale raison de ces suppressions et dissolutions est financière. Elles sont liées à la sécheresse désespérée des caisses de l’Etat, curieusement, depuis que Ouattara est arrivé au pouvoir.

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De ce point de vue, Gbagbo apparaît comme un extraterrestre ! Comment s’est-il pris pour financer la sortie de crise et les élections les plus chères du monde, augmenter les salaires des fonctionnaires, des corps militaires et paramilitaires, du corps préfectoral, du corps médical, des députés, des juges, et tout à la fois financer les Conseils généraux et subventionner les Communes ? Il ne se passe pas d’émission télé sur la Fonction Publique sans entendre le ministre Gnamien Konan geindre piteusement sur la masse salariale. Comment Gbagbo faisait-il pour payer ces salaires et même prévoir une augmentation de quasi 50% qui devait être effective en Juillet 2011 et dont les fonctionnaires bénéficient déjà de la première tranche, depuis le deuxième semestre 2010 ?

Etait-il un magicien, un surhomme, un prestidigitateur, un alien ? Pourquoi ceux qui nous ont annoncé des pluies de milliards se retrouvent-ils ainsi à grommeler sur les salaires des agents de l’Etat et à réendetter gravement notre pays, eux les « éminents économistes » reconnus par la Communauté internationale ? Comment, avec un pays coupé en deux et en guerre, sous divers embargos et le boycott de bien de bailleurs de fonds, Gbagbo a-t-il réussi, en pleine crise, là où ADO « La Solution » annoncée, en temps de paix, perd pied et peine à nous convaincre, passant le plus clair de son temps à gémir avec ses ministres de la sécheresse des caisses ? Comment se fait-il qu’il n’y ait subitement plus d’argent en Côte d’Ivoire ? Que fait Ouattara de notre argent ? Ne le mettrait-il pas, par hasard, en « mode béquille » pour secourir une France sarkozienne en faillite ? La question mérite d’être posée, tant la situation semble suspecte. Finalement, avec le recul, qui est la véritable « Solution », dans notre pays ? Les Ivoiriens devraient répondre à cette question et en tirer toutes les conséquences politiques.


Que DIEU bénisse la Côte d’Ivoire !


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 465 du mardi 13 mars 2012.

mardi, 28 février 2012

AFFRONTEMENTS ARMES ENTRE L'ONUCI ET LE RDR: 7 MORTS, VIVE TENSION A BONON


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Les 7.741 votants sur 24.823 inscrits dans les 99 bureaux de vote dans la circonscription électorale des sous-préfectures de Bonon et de Zaguiéta étaient convoqués pour les législatives partielles du 26 février dernier. Ouverts à 8h, les bureaux de vote ont fermé à 17 h. Pendant le déroulement du scrutin aucun incident majeur n'avait été signalé. Il est 20 h. L'Onuci est alertée que les partisans du candidat Rdr, Koné Yacouba, sont allés à Gbangbokouadiokro en vue d'empêcher l'acheminement des procès verbaux des bureaux de vote de ce campement à la Cei locale parce qu'ils ont appris que leur adversaire, le candidat indépendant mais pro-Pdci, Kouadio Kouassi Denis, a eu 5.654 voix contre 2.951 pour Koné Yacouba.

Les casques bleus de l'Onuci se rendent dans le campement pour escorter alors les urnes et les procès verbaux. Selon notre source digne de foi, ce cortège onusien a été attaqué en route dans une plantation d'anacardiers à 500 mètres de Gbangbokouadiokro. Aux environs de 21 h, le cortège de l'Onuci et de la Cei arrive devant la pharmacie de Bonon à quelques 150 mètres du quartier général du candidat du Rdr, Koné Yacouba. Il est encore attaqué par les militants du Rdr à l'arme de guerre. La rispote des soldats de l'Onuci est immédiate et fatale. Bilan des échanges de feu : 7 militants du Rdr tombent sous les balles.

Malgré la présence des plus de 400 agents de forces de l'ordre, Bonon est sous tension. Toute la direction de campagne du candidat indépendant mais pro-Pdci, Kouadio Kouassi Denis, était enfermée dans son quartier général apeurée.

Il est 21 h 15 mn, ce 26 février au siège de la Cei locale. Le candidat rdr, Koné Yacouba, a intimé l'ordre à ses représentants à la Cei d'arrêter le travail. Ce qui a été exécuté par le superviseur national, Mme Touré.

Les élections législatives se sont achevées dans la violence sans résultats. Joint, le Sous-préfet de Bonon, Guillaume Yapi Yapi, nous a exprimé son amertume. « Les candidats nous ont promis de privilégier les règles de la démocratie pour le bonheur du pays en général et des Sous-préfectures de Bonon et de Zaguiéta en particulier. Je suis touché par ces pertes en vie humaine. Je prie Dieu qu'une telle situation malheureuse ne se répète plus à Bonon», soutient-il.

La population de Bonon a vécu du 26 février à hier, 27 février, un véritable environnement de guerre. On entendait des coups feu partout. Les populations innocentes se sont terrées chez elles. Tous les campements Baoulé ont été vidés de leurs habitants de peur d'être attaqués. Les membres de la direction de campagne de Kouadio Kouassi Denis se sont enfermés dans leur quartier général. La joie qui les animait par rapport aux résultats partiels des 65 bureaux de vote qui donnaient 5.654 voix à leur candidat contre 2.951 voix au candidat du Rdr s'est vite transformée en inquiétude voire en peur. Bouh Gilbert, directeur de campagne du candidat Kouadio Kouassi Denis, déclare que les résultats partiels donnent son candidat vainqueur. Mais pour l'heure, Bonon n'a toujours pas de député.



Eustache Gooré Bi


Source: NOTRE VOIE

lundi, 19 décembre 2011

INCROYABLE MAIS VRAI: UN COMMANDANT DES FRCI NON-DEMOBILISE SE FAIT ELIRE A ATTECOUBE



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Une preuve de plus que cette élection législative n'était qu'une mascarade, une élection qui a été tout sauf démocratique, libre, équitable et transparente. Pour être en alliance avec le RDR, actuellement, il faut avoir renié ses principes. Wodié l'apprendra à ses dépends. La Côte d'Ivoire le regarde.

 

C'est la « révélation » des législatives. Le commandant Jaguar, commandant des FRCI d'Attécoubé a réussi la prouesse électorale de se faire élire député d'Attécoubé, sous les couleurs du RDR, sans avoir troqué le treillis, sans avoir été démobilisé des FRCI, sans avoir démissionné ni obtenu d'autorisation du ministère de la Défense et sans que les électeurs ne s'en aperçoivent.

Son élection a pris de court la population qui le vomissait déjà du fait de ses exactions, parce qu'il s'est présenté sous sa véritable identité : Coulibaly Ibrahim. Et en battant campagne en veste, il a réussi à tromper la vigilance de la population. C'est trois de ses proches qui ont mis la puce à l'oreille du staff des autres candidats, après la proclamation des résultats par la CEI.

Commandant Jaguar (ici en treillis,
côté gauche, à côté du maire Paulin Claude Danho,  lors de la campagne pour la présidentielle) ou Coulibaly Ibrahim fait l'objet de plusieurs plaintes à Attécoubé dont celle d'une famille établie à Abobodoumé, qui le poursuit, lui et certains éléments sous son contrôle, pour « vol en réunion » et « séquestration ».

Par ailleurs, plusieurs requêtes en annulation ont été déposées au Conseil constitutionnel par les autres candidats « malheureux » contre l'élection, manifestement frauduleuse, du commandant Jaguar. Dans cette commune, il a été établi que des morts ont voté. La balle est dans le camp de Francis Wodié.



Clair Amondoua


Source: LE BANCO.NET

samedi, 17 décembre 2011

TAUX DE PARTICIPATION DE 36,56% AUX LEGISLATIVES: LA GROSSE ARNAQUE DE LA CEI


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Le taux de participation aux législatives livré officiellement par la Cei reflète-t-il la réalité du scrutin ? 36,56% des 5,7 millions d’électeurs ivoiriens inscrits sur les listes électorales se sont-ils effectivement déplacés dans les urnes, dimanche dernier? Les réponses à ces questions à l’aune d’éléments liés au déroulement du scrutin et aux témoignages recueillis sur le terrain inclinent à croire, à l’analyse, que le taux donné par la Cei est loin d’être celui des législatives du 11 décembre dernier largement boycotté par les Ivoiriens.

Le président de la Commission électorale indépendante (?), Youssouf Bakayoko, a annoncé officiellement, jeudi nuit, les résultats provisoires des législatives du 11 décembre dernier et le taux de participation du scrutin. Le Rdr d’Alassane Dramane Ouattara, comme il fallait s’y attendre, grâce au découpage électoral biaisé par le pouvoir, s’est taillé la part du lion avec 127 sièges. Devançant largement son «allié», le Pdci-Rda de Bédié, qui totalise 77 sièges. De nombreux candidats du Pdci dont Konan Konan Denis à Bouaké crient à la fraude orchestrée par le Rdr. Quant au taux de participation, Youssouf Bakayoko le situe à 36,56%. Au grand dam des millions d’électeurs ivoiriens qui ont boycotté le vote législatif et des observateurs électoraux qui ont tous reconnu, dans leurs différents rapports, que le taux de participation était très faible. Certains observateurs qu’une équipe de Notre Voie a surpris à l’hôtel Novotel-Plateau faisant le point du vote, lundi 12 décembre dernier, ont même situé ce taux entre 20 et 25%. A la surprise générale, la Cei brandit un taux de 36,56%.

Les bureaux de vote étaient déserts

Tout le monde est unanime sur cette question y compris les observateurs électoraux et même le chef de l’Etat, Alassane Dramane Ouattara. Les Ivoiriens ne se sont pas bousculés dans les bureaux de vote, dimanche dernier. Les élections législatives ont donc pâti par leur manque criant d’affluence. Après avoir accompli son devoir civique, dimanche dernier, à 12h, au lycée Sainte-Marie d’Abidjan-Cocody, M. Ouattara a reconnu qu’il n’y avait pas d’affluence. Il s’est alors senti obligé de lancer un appel aux Ivoiriens pour qu’ils aillent voter. Cet appel a-t-il été entendu ? Visiblement, non. Puisqu’à moins de 2h de la fermeture des bureaux de vote fixée à 17h, ce 11 décembre 2011, les électeurs se faisaient toujours rares dans les dix communes d’Abidjan. A l’EPP Sicogi-Est de Koumassi, sur les 13 bureaux de vote, moins de cent électeurs avaient accompli leur devoir. Adjamé, Cocody, Abobo, Treichville, Marcory etc., c’était l’indifférence totale des Ivoiriens. «Les gens ne sont pas chauds pour voter. Je suis venu et je n’ai trouvé personne. J’ai voté et je m’en vais sans laisser personne», a confié un électeur que l’équipe de Notre Voie a rencontré dans un centre de vote à Yopougon Niangon-nord. Zié Daouda, un des candidats qui représentent le PDCI à Yopougon, et qui contestent les résultats donnés par la CEI Yopougon, parle d’un taux officiel d’un peu plus de 19%. Au groupe scolaire d’Anono de l’inspection de l’enseignement primaire de Cocody, tous les responsables rencontrés ont déploré le manque d’engouement des électeurs pour le scrutin. Quand on sait qu’Abidjan, la capitale économique, totalise la plus forte concentration d’électeurs au plan national au niveau des villes avec 30,11 % des électeurs soit 1.944.482 personnes inscrites, on comprend aisément que «le désert électoral» (l’expression est de la télévision France 24) constaté, dimanche dernier, dans la mégalopole, a eu indubitablement des conséquences dramatiques sur le taux de participation national. En tournée sur le terrain à Aboisso dans le Sud-Comoé, région qui a un très faible taux de concentration d’électeurs, le président de la Cei, Youssouf Bakayoko, a souligné, la mort dans l’âme, que «les chiffres que nous avons sont en baisse par rapport aux chiffres que nous avions à la même période (la mi-journée du dimanche 11 décembre dernier, ndlr) pour l’élection présidentielle».

Les observateurs indexent le manque d’engouement

Dans le nord du pays, favorable à Ouattara et à son parti politique, le Rdr, le vote a été globalement mitigé, a-t-on appris. Il était timide dans certaines localités et intensif dans d’autres. Cependant, au plan des statistiques valables depuis les présidentielles 2010 et validées par la Cei, les régions du nord figurent parmi les régions disposant d’un faible taux de concentration d’électeurs. A titre d’exemples : le Denguélé totalise 1,36% du corps électoral national ; le Bafing = 0,68% ; le Worodougou = 1,99% etc. Si le vote dans le nord du pays a mobilisé largement plus de 50% des électeurs inscrits dans la zone, il ne saurait influer sur le taux de participation national étant donné que la zone nord totalise à peine 13% de l’électorat. Il faut préciser que la région des savanes qui totalise 6,55% de l’électorat a un pied dans le nord et un autre dans le sud. Les cinq régions ayant une forte concentration d’électeurs sont toutes dans la zone sud du pays. Ce sont la région des lagunes (33,96%), le Haut-Sassandra (5,1%), les Montagnes (5,39%), la vallée du Bandama (6,48%) et la région des savanes (6,55%). Or, les populations ont boudé à plus de 80% les législatives dans la zone sud du pays. C’est au su de tout cela que le Fpi, ex-parti au pouvoir, dont l’appel au boycott des législatives a été largement suivi par les Ivoiriens, suivant le rapport de ses structures internes, a officiellement parlé d’un taux de participation qui tourne autour de 14,33%. Une évaluation qui n’est fondamentalement pas loin du constat fait par des observateurs électoraux nationaux et internationaux. Le mardi 13 décembre dernier, face à la presse à l’hôtel Pullman-Plateau, les observateurs de l’Union africaine (Ua) conduits par l’ex-Premier ministre nigérien, Seini Ouamarou, ont indexé le manque d’affluence aux législatives et souligné que «l’appel au boycott par l’ancien parti au pouvoir, le Front populaire ivoirien, a certainement eu des répercussions sur les élections législatives du 11 décembre dernier». Même son de cloche pour les observateurs du Cpi-Uemoa dont le porte-parole, Abdouramane Sow, a souligné «la participation plutôt faible des citoyens électeurs aux législatives».

Comme pour la présidentielle 2010…

Comment expliquez que la Cei affecte un taux de participation confortable de 36,56% à un scrutin législatif pour lequel tout le monde est unanime à reconnaître qu’il a été un flop ? En 2001, le taux de participation était de 33,1%, donc faible, alors que la fracture socio-politique était aussi profonde qu’elle l’est aujourd’hui. Aujourd’hui où des millions d’Ivoiriens sont réfugiés internes et externes, des Ivoiriens sont contraints à l’exil, l’insécurité orchestrée par les forces pro-Ouattara est inquiétante et frappe toutes les couches sociales, Laurent Gbagbo et certains de ses partisans sont détenus illégalement, le processus de réconciliation nationale est plombé, la colère et la rancœur sont dans tous les cœurs, les Ivoiriens en veulent à leurs leaders politiques… c’est curieusement à ce moment-là que la Cei voit un taux de participation de 36,56% à une élection. Peut-on être surpris de ce «miracle» de la Cei version Youssouf Bakayoko ? Assurément, non. Puisqu’en novembre 2010, cette Commission avait fait passer curieusement le taux de participation au second tour de la présidentielle de 70 à 81%. M. Gérard Latortue, le chef de la délégation des observateurs de la Francophonie, affirmait le 29 novembre 2010, selon le site www.africa-times-news.com, que «même si le taux de participation au second tour était inférieur à celui du premier, il pourrait avoisiner les 70%». Cette information est confirmée, le même jour, par France 24 sur son site. Deux jours plus tard, Youssouf Bakayoko s’est rendu au QG de campagne de Ouattara au Golf hôtel pour y annoncer un taux de participation de 81%. Ces chiffres contradictoires ont jeté le discrédit sur la Cei et les résultats provisoires de la présidentielle donnés par Bakayoko. La suite, on la connait. Le schéma actuel des législatives est quasiment calqué sur celui des présidentielles. Et Youssouf Bakayoko est toujours à la manette.


Didier Depry didierdepri@yahoo.fr

In le quotidien ivoirien "Notre Voie" N° 4011 du samedi 17 décembre 2011.


Source: IVORIAN.NET

vendredi, 16 décembre 2011

FRAUDES AUX LEGISLATIVES, KKB HAUSSE LE TON FACE AU RDR: «CE N’EST PAS PARCE QU’ON EST EN ALLIANCE QU’ON DOIT SE LAISSER VOLER!»

 


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Le président de la Jeunesse du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), allié du parti ouattariste dans le cadre du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, Kouadio Konan Bertin dit «KKB», n’a pas mâché ses mots dans une interview donnée hier à l’agence Alerte Info. «La crédibilité de la Commission électorale indépendante (CEI) est en jeu», a-t-il martelé face aux nombreuses accusations de fraude et de partialité. Poussant le bouton plus loin, il est allé jusqu’à suggérer que les recours du président Gbagbo devant le Conseil constitutionnel, qui lui ont valu d’être bombardé par l’armée française et de se trouver aujourd’hui devant la Cour pénale internationale (CPI), étaient peut-être fondés. S’adressant à l’institution dirigée par Youssouf Bakayoko,  il l’a appelé à ne pas donner «raison à Gbagbo qui, hier, a posé ce problème» d’impartialité de la CEI.

Répondant à une question sur le caractère un peu étrange des règlements de compte et sourtout des accusations de fraude entre des alliés au sein du RHDP, KKB a été catégorique. «Ce n’est pas parce qu’on est en alliance qu’on doit se laisser voler ses résultats», a-t-il dit, réclamant haut et fort «justice et transparence». Que fera désormais le régime Ouattara pour maintenir l’alliance entre «houphouétistes» ? Ira-t-il jusqu’à actionner le Conseil constitutionnel pour restituer au PDCI certaines circonscriptions sur lesquelles il y a conflit ? Les prochains jours nous situeront.


Benjamin Silué


Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

MAGIE A LA CEI: LE DESERT ELECTORAL SE TRANSFORME EN FORET ELECTORALE!


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Hallucinant, ce que nous avons pu entendre de la CEI de Youssouf Bakayoko, hier, et lire de la presse, ce matin: le désert électoral certifié par France 24, RFI, Euronews et TV5 Monde à la clôture des bureaux de vote, le dimanche 11 décembre dernier, a subitement mué en savane arborée, si ce n'est en forêt! 36,56% de taux de participation à un scrutin où l'électeur était aussi rare que l'or fin! Mieux qu'en 2000 où on avait au moins une savane!

Franchement, Poutine même (en Russie) n'aurait pas réussi pareil exploit. Des indiscrétions à l'ONUCI attestent que le véritable taux de participation à cette élection législative est de 8%!!! Où le régime Ouattara a-t-il trouvé les 28 autres pour cent de voix pour atteindre un tel score?

Et puis, comment se fait-il que le RDR a EXACTEMENT, comme par enchantement,  la moitié des sièges du parlement, lui assurant ainsi une majorité stricte lui permettant de faire passer toutes les lois les plus impopulaires, sans l'aval du PDCI-RDA, son allié et dauphin électoral? Hautement suspect que tout ceci.

Le monde entier comprendra, enfin, par quelle technologie ouattarandienne le Président Laurent Gbagbo aura été floué de sa victoire éclatante à la Présidentielle de 2010. Le chien n'a jamais changé sa manière de s'asseoir, comme aiment à le dire les Ivoiriens. Ouattara vient de remettre ça!

Ci-gît, la démocratie! Vivent la fraude et la dictature!


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire!


DINDE Fernand AGBO

DE LA LEGITIMITE EN QUESTION

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Les législatives ivoiriennes viennent de s'achever avec une abstention record qui ne devrait pas se situer en dessous des 80% (à moins de falsification de chiffres), aux dires de biens des observateurs du scrutin électoral, en mission dans diverses zones de la Côte d'Ivoire, sous le regard médusé de tous les soutiens d'Alassane Ouattara qui pariaient sur la popularité du chef de l'Etat ivoirien. Ce qui avait, un moment, justifié la guerre faite à Laurent Gbagbo, accusé de s'accrocher au pouvoir et de ne pas reconnaître sa défaite électorale. Aujourd'hui prisonnier international élevé au rang d'icône africaine et même plus, Laurent Gbagbo, le grand absent se trouve être, malgré lui, l'indiscutable vainqueur de l'élection législative du 11 décembre 2011.

D'autres ont parlé, à juste titre, de « désert électoral », y compris France 24, qui ne peut être précisément soupçonnée de soutenir l'ex-président ivoirien, tant les bureaux de vote ont été évités et les urnes, éludées. Le mot d'ordre du FPI-CNRD est passé par là. Et les Ivoiriens qui se reconnaissent dans le combat du Président Laurent Gbagbo pour la démocratie, la souveraineté et l'indépendance véritable de la Côte d'Ivoire, ont massivement répondu à l'appel. Y a-t-il démonstration de force plus éclatante ?

Comment pouvait-il d'ailleurs en être autrement ? Avec le Président Laurent Gbagbo bombardé, renversé par la France et déporté en prison loin de son pays, des milliers de nos compatriotes en exil, des autorités, cadres et militaires ivoiriens injustement détenus dans les goulags du Nord par Alassane Ouattara, une CEI entièrement de coloration RHDP, un découpage électoral proprement scandaleux (un exemple hautement révélateur : seulement 5 sièges de députés pour Yopougon, la plus grande commune de Côte d'Ivoire, la deuxième circonscription la plus peuplée du pays après Abobo, et 10 sièges injustifiables pour Korhogo qui vaut à peine la moitié du poids électoral de Yopougon), une insécurité consternante, avec des FRCI - régulièrement coupables d'exactions et de crimes - dans tous nos villages et villes, et une tolérance zéro du point de vue politique à l'égard des partis issus de La Majorité Présidentielle et particulièrement du FPI, le parti de Laurent Gbagbo, dont les meetings sont persécutés et dispersés par les FRCI et les militants du RDR, avec à la solde des blessés par balles et par armes blanches.

Quand donc la presse RHDP titre : « Le FPI absent, la violence aussi », à la fin des législatives, elle se trouve être très mal inspirée et peu objective. Elle oublie, par mauvaise foi, de relever que la campagne électorale de ces législatives a enregistré 5 morts et des blessés graves, ainsi que des scènes ubuesques de bastonnades entre alliés. Nous en aurions ri, s'il ne s'agissait pas de frères Ivoiriens dont la vie a été ainsi mise en danger.

Ainsi, à Grand-Lahou, une grenade offensive lancée par des hommes armés dans une réunion de campagne du PDCI, au domicile d'un militant, a fait plusieurs morts. Le domicile du colistier du candidat Mabri Touakeusse, à Man, à été mis à sac par des militants du RDR. Sans oublier, dans la même ville, les propos d'un tribalisme primaire d'un certain ministre de Ouattara. A Koumassi, la presse nous a rapporté que le ministre candidat du RDR, Cissé Bacongo, a pointé, menaçant, un pistolet contre un élément du cortège de son adversaire du PDCI-RDA, N'dohi Raymond, si ce n'est contre l'adversaire lui-même, selon certaines versions. On a frôlé le pire entre les deux camps. Tant l'animosité la plus basse a été de rigueur entre les deux « alliés » jusqu'à la dernière minute de la campagne. Des menaces et intimidations graves ont été dénoncées à Bouna par le MFA d'Anaky Kobena contre le Commandant Wattao. Le MFA, le RDR et les FN y étaient à couteaux tirés. A Yamoussoukro, des militants PDCI battant campagne se sont faits copieusement rosser par leurs alliés du RDR, avec de nombreux blessés. Le PDCI avait même promis porter plainte. Des dissensions de toutes sortes, des tensions et des attaques rangées ont été ainsi relevées, un peu partout dans le pays.

Le Premier ministre Soro Guillaume avait, à ce propos, tapé sur la table en exigeant que les violences de la campagne cessent. Les violences de qui ? Les rédactions arrimées au RHDP l'ont même rapporté dans leurs différents organes. Y compris la promesse du ministre délégué à la défense, Paul Koffi Koffi, de faire mettre aux arrêts les FRCI coupables de violences électorales, et rappelant à l'ordre tous ses soldats. Alors, objectivement, de quelle violence du FPI parle-t-on ? A qui la violence colle-t-elle indécrottablement à la peau ? La réponse ne souffre d'aucune espèce d'ambiguïté : le RHDP, et particulièrement, le RDR.

En revanche, nous pouvons avancer sans risque de nous tromper, que c'est même l'absence du FPI-CNRD qui a sauvé les statistiques sanitaires et hospitalières de ce scrutin. Car c'est sur cette famille politique que se sont toujours exercées les violences du RDR, de la rébellion ivoirienne et des FRCI, depuis le 19 septembre 2002. Son poids politique impressionnant (dont il vient encore de donner la preuve et de faire usage) leur fait justement perdre toute sérénité, justifiant les dérives inacceptables commises contre ses membres et ses leaders. Sur la question, on ne peut tromper les Ivoiriens et faire du révisionnisme.

La participation à ce scrutin - le monde entier a pu le constater - est un flop retentissant. Et ceux qui clament leur majorité à tout bout de champ n'ont pas même réussi à faire sortir leurs propres militants - si propres militants il y a vraiment, dans les proportions dont ils se targuent depuis au moins une dizaine d'années ! Etayons notre pensée. Le collège électoral ivoirien compte 5,7 millions d'inscrits, avec 4,7 millions de votants à la présidentielle. Selon le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Youssouf Bakayoko, Alassane Ouattara, candidat du RHDP, a été élu avec 54,10% des voix, en tenant compte des abstentions et des bulletins nuls. Ce qui lui donne un bénéfice d'environ 2,5 millions de voix sur 4,6 millions de votants ayant effectivement exprimé leurs suffrages. Comment comprendre que malgré l'appel pressant lancé par lui sur les antennes de la RTI, depuis son lieu de vote de Cocody Lycée Sainte-Marie, « personne » ne soit sorti et qu'on ait enregistré la participation de moins de la moitié de ses propres électeurs - tous les partis du RHDP compris - à ce scrutin ?

Au moins, ses 54,10% d'électeurs effectifs devaient avoir voté pour son groupement politique le 11 décembre, si on considère que l'abstention de la présidentielle est partagée entre tous les partis politiques alors engagés dans la course au fauteuil présidentiel, chacun ayant ses abstenus, et que, ce faisant, celle des législatives ne peut pas en être si radicalement différente. Un écart même de 10 points du score du RHDP aux présidentielles, soit 44,10% de taux de participation, aurait pu être encore compréhensible même s'il est déjà énorme. Mais moins de 20% ? C'est une énigme, une curiosité à étudier. Relativement aux inscrits, notamment. Le message est, en réalité, très simple et on ne peut plus clair : c'est un désaveu cinglant des Ivoiriens. Qui ne se reconnaissent pas dans le pouvoir en place et ne cautionnent pas ses actions contre la réconciliation nationale à travers le transfèrement du président Gbagbo à La Haye.

Pour en venir à la légitimité, le ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko en a une définition bien singulière, lui qui a déclaré sur les antennes de France 24 : « Il n'y avait aucune agressivité, les gens ont voté librement, sans violence, c'est ça la légitimité ! ». Sacrément bien curieuse sémantique donnée à ce mot, Monsieur le Ministre ! En démocratie, la légitimité s'acquiert par l'aval du peuple et cette caution se traduit par le vote. Quel aval le peuple vous a-t-il donné dans cette élection, Monsieur le Ministre ? Aucun ! Plus de 80% d'Ivoiriens vous l'ont refusé. Cela s'appelle de l'illégitimité. Ces élections doivent donc être reprises. Le parlement à venir n'est pas représentatif des Ivoiriens et est donc dépouillé de toute légitimité. Mieux, avec ce score, le RHDP peut-il objectivement et mathématiquement avoir remporté les présidentielles de 2010 ? Nous laissons le soin à la sagacité de chacun d'y répondre.

Nous comprenons mieux pourquoi les ambassadeurs des Etats-Unis, Philip Carter 3, et de la France, Jean-Marc Simon, ont tant tenu à la participation de l'alliance FPI-CNRD ou de La Majorité Présidentielle (LMP). S'agissait-il pour eux de donner à la famille politique de Laurent Gbagbo un rôle d'accompagnateur pour parachever leurs cabales contre notre pays, depuis 2010 ? Le FPI-CNRD a eu la lucidité de ne pas mordre à l'appât. L'actualité brûlante lui donne raison. Il reste, indiscutablement, la première force politique de notre pays.

En outre, mon Dieu !, que de contorsions et de circonlocutions pour justifier la débâcle ! On aura tout entendu : « Il n'y avait plus d'enjeu », « les électeurs ne connaissaient pas le rôle d'un député », « les Ivoiriens ont été traumatisés par la crise postélectorale », « le vote leur a fait peur à cause de la présidentielle » et tutti quanti. Ce qui est vrai, c'est que ce score représente le véritable poids électoral de l'alliance Bédié-Ouattara. L'enjeu, il existait bel et bien : celui, pour Ouattara, de prouver qu'il a été porté à la présidence par la majorité des Ivoiriens et de se constituer une assemblée nationale représentative du peuple de Côte d'Ivoire. Il l'a lui-même dit : « Cette élection est essentielle » pour notre pays. Y a-t-il enjeu plus grand ?

Quant à l'argument de la connaissance du rôle des députés, c'est de la diversion. On vote les députés en Côte d'Ivoire depuis 1960. Les Ivoiriens savent bien de quoi il s'agit. A défaut, ils votent leur parti politique ou leur mentor, plus du tout le candidat. Et puis, tout compte fait, à quoi ont servi les pré-campagnes et la campagne électorale. Qu'ont-ils raconté aux populations pendant une semaine, ces candidats ? Au reste, à quoi sert l'éducation citoyenne financée par la CEI et les organisations internationales ? Les deux derniers arguments sont tout aussi fallacieux que les deux premiers. Le régime Ouattara ne clame-t-il pas à l'envi que la Côte d'Ivoire est « rassemblée » et que la réconciliation est « en marche » ? Qu'est-ce qui traumatise encore à ce point les électeurs du RHDP - abstraction naturellement faite de ceux de La Majorité Présidentielle ayant volontairement opté pour le boycott pur et simple d'un scrutin dans lequel ils ne se reconnaissent pas ?

On peut ainsi voir la vacuité de l'argumentaire brandi par le régime Ouattara pour justifier sa banqueroute électorale. L'Histoire le retiendra : les Ivoiriens ne se reconnaissent pas dans les actions du nouveau pouvoir ivoirien et ont refusé de lui donner un blanc-seing lui permettant de continuer à s'enorgueillir, les brimer - avec en prime l'arrogance - et prospérer dans la justice des « vainqueurs ». Tous les acteurs politiques ivoiriens devraient en tirer toutes les conséquences.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 392 du jeudi 15 décembre 2011.

jeudi, 15 décembre 2011

BOUAKE: KONAN DENIS (PDCI) BRANDIT LES PREUVES DE LA FRAUDE DU RDR

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Alors que la publication des résultats de l’élection législative se fait au compte-gouttes, le mouvement de protestation du PDCI contre la machine à fraude du RDR tend à se généraliser. Ainsi, seulement quelques heures après la sortie du candidat Pdci de Yopougon, Zié Coulibaly, au baron bar, c’est le doyen Konan Konan Denis qui, à Bouaké, dans le centre du pays, accuse le RDR d’Alassane Ouattara de fraudes massives.

Au cours d’une conférence de presse qu’il a tenue, hier, en fin d’après-midi, au siège du PDCI à Bouaké, il a dénoncé ce qu’il appelle la mascarade électorale organisée par le RDR, en complicité avec la commission électorale indépendante (CEI).

Brandissant des procès verbaux qui manifestement ont été truqués, et sur la base desquels la liste RDR a été déclarée gagnante par la CEI départementale, l’ancien maire de Bouaké a revendiqué la victoire à l’issue du scrutin, au nom de son parti. En dépit des pratiques mafieuses constatées dans certains bureaux de vote. Notamment le bourrage d’urnes, l’intimidation à l’encontre des militants et sympathisants du PDCI, etc.

Par ailleurs, Konan Konan Denis s’est insurgé contre l’attitude de la CEI locale qui a publié les résultats du scrutin en la présence du seul candidat RDR dont les accointances avec les membres de la commission dite indépendante ont été mises à nu. Face à la situation, la liste PDCI pour les législatives à Bouaké a décidé de faire un recours devant la commission centrale de la CEI, à Abidjan, à l’effet d’obtenir une annulation des résultats proclamés et un réexamen des procès-verbaux. Au dire de Konan Konan Denis, une équipe est déjà en route pour Abidjan aux fins de formuler officiellement la réclamation de la liste Pdci, avec à l’appui toutes les preuves du faux dont le RDR et la CEI locale de Bouaké se sont rendus coupables.


Source: NOUVEAU COURRIER.INFO

mardi, 13 décembre 2011

ELECTIONS LEGISLATIVES: KOULIBALY MAMADOU, GERVAIS KOULIBALY, ANAKY KOBENAN ET LES EX- DEPUTES FPI, TOUS BATTUS

 

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Une Assemblée nationale monocolore, à forte dominance Rrd. Tel est le schéma qui se dessine, au sortir des législatives du 11 décembre. En attendant la proclamation des résultats officiels par la Cei dans les heures à venir, les tendances recueillies ça et là dans les Etats-majors des différents candidats annoncent une très large victoire du Rdr. Ces résultats provisoires font état de plusieurs « grosses victimes » dans les rangs de l'opposition. Ce sont, Mamadou Koulibaly, président de Lider. Il aurait été battu avec un score peu honorable ; Gervais Koulibaly ; Anaky Kobénan, président du Mfa ainsi que la dizaine d'ex- députés Fpi qui sont allés en indépendants.

Dans les rangs du pouvoir Ouattara, on note également des surprises, notamment, Marcel Amon Tanoh, directeur de cabinet d'Alassane Dramane Ouattara, qui a été battu à Aboisso malgré tous les moyens colossaux dont il disposait. Si ces tendances se confirment, il est clair que le nouveau Parlement sera qui le réflète pas l'opinion ivoirienne dans sa diversité. Ce qui ne correspond en rien à celui annoncé par Ouattara comme un hémicycle démocratique et consensuel. Le parlement pourrait être composé à 90% d'élus du Rhdp. Rien de surprenant ! Avant le scrutin, le régime a fait un découpage que certains avaient qualifié d'arbitraire, parce que, octroyant plus de nouvelles circonscriptions au nord, le fief du Rdr. Dès lors, le Rdr partait aux élections avec une avance de plus de 74 postes de députés.

César Ebrokié


Source: NOTRE VOIE

lundi, 12 décembre 2011

LEGISLATIVES 2011: LE PDCI CRIE DEJA A LA FRAUDE!


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En dépit du faible taux de participation des électeurs au scrutin du 11 décembre, le Rassemblement des républicains (RDR) caracole en tête avec le plus grand nombre de députés selon les premiers résultats provisoires. Son allié, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), crie déjà à la fraude.

Le Rassemblement des républicains (RDR) est en passe de diriger l'hémicycle avec le nombre de sièges de députés remportés à l'issue du scrutin du 11 décembre. Tout le monde savait que la partie devait se jouer entre cette formation politique et le PDCI. Pour l'heure, le parti de Ouattara est loin devant celui de Henri Konan Bédié, deux alliés au sein du RHDP.

En attendant la proclamation définitive des résultats par la CEI, le Parti démocratique de Côte d'Ivoire, crie à la fraude et accuse par ailleurs le RDR d'être responsable de nombreuses irrégularités dans certains bureaux de votes. «Nous nous sommes faits avoir par le RDR. A Abobo, malgré l'alliance qui nous lie, ce parti n'a pas hésité à faire des bourrages d'urnes dans certains quartiers. C'est le cas à Sagbé (derrière rails) où des bureaux de vote ont fermé à 20 heures au lieu de 17 heures 30, comme annoncé par la CEI», a déclaré un militant du PDCI rencontré ce dimanche tard dans la nuit à la CEI. D'autres informations en notre possession font état de ce que le RDR n'a pas fraudé seulement à Abobo.

Les militants du PDCI contestent également les résultats provisoires de Koumassi, Port-Bouet, Treichville, etc. qui donnent l'avantage au RDR. Des cas de fraudes et de bourrages d'urnes ont été décelés à l'intérieur du pays par les militants du PDCI qui ont joint koaci par téléphone ce lundi matin. «Les résultats sont truqués. Le RDR nous a roulé dans la farine. Il y a eu des fraudes massives dans certains quartiers de la ville de Bouaké, notamment à Sokoura, à Belleville et à Odiénékourani. Nous ne savons pas pourquoi, les responsables du PDCI peuvent continuer de collaborer avec un tel parti qui ne respecte pas ces engagements, » a indiqué un militant PDCI très en colère, avouant que des fraudes massives ont été enregistrées dans la plupart des bureaux de votes de la partie septentrionale de la Côte d'Ivoire, selon les informations qui lui parviennent de cette partie du pays.

En dépit de la défaite assurée du PDCI, ce parti a fait une percée notable dans le pays Attié, certainement à cause de la non participation du Front populaire ivoirien (FPI) aux législatives. Une percée qui s'est concrétisée dans des bureaux de votes quasiment vides selon nos investigations. Il convient de souligner, par ailleurs, que la nuit électorale organisée par la CEI a été un véritable échec.

La presse dans son entièreté a boycotté cette rencontre qui finalement n'a rien apporté à la poignée de journalistes qui fait le déplacement du siège de cette institution sis aux Deux-plateaux, notamment les agents de la RTI.



Wassimagnon, KOACI.COM ABIDJAN.

 

Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

dimanche, 11 décembre 2011

LEGISLATIVES: VERS UN TAUX D'ABSTENTION RECORD DE 87%


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Législatives 2011. Sur les ondes de la RTI, Alassane Ouattara en personne a appelé les populations à sortir massivement pour aller voter, en qualifiant ce scrutin d'essentiel. Cet appel n'a pas été entendu - loin s'en faut. Les Ivoiriens sont restés enfermés chez eux et pour cause.

Les ONG qui ont travaillé dans la plus grande discrétion sur ce scrutin dit « essentiel » ont situé le record d'abstention à environ 87% : « On ne peut pas parler de taux de participation. On ne peut que parler de taux d'abstention », disait un observateur.

Finalement, l'on a assisté à un remake du référendum de 2000. Alassane Ouattara avait appelé les populations à rester chez elles. 13% l'ont écouté. 87% environ ont voté la constitution d'Août 2000.

En 2011, le même Alassane Ouattara appelle les ivoiriens à sortir massivement pour prendre part à des législatives « essentielles ». 87% environ sont restés enfermés chez eux contre seulement 13% de participants.

Abidjan ressemble vraiment à une ville morte, ce dimanche 11 décembre. L'ombre de la déportation de Laurent Gbagbo plane sur les élections...

On attend maintenant minuit pour voir ce que vont nous annoncer les truands de la CEI et de l'ONUCI !


Source: Facebook Mélanie Debrest