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jeudi, 20 décembre 2012

COTE D’IVOIRE: DES CRIMES ECONOMIQUES OUBLIES

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Dans les Républiques bananières dont la marche est ponctuée de coups d’état aux motivations aussi floues que surréalistes, l’opinion s’est accoutumée aux déclarations et autres actions de salubrité publique sans lendemain. Le trait commun des putschistes en Afrique est de se présenter dès leur prise du pouvoir comme des hommes neufs animés des meilleures intentions pour le peuple. Même lorsqu’ils ont participé à la gestion des affaires publiques, souvent à un niveau de responsabilité élevé, les nouveaux hommes forts se présentent toujours en redresseurs de torts. Torts qu’ils ont contribué à faire du reste! Les dignitaires de l’ancien régime sont accusés de malversations, voire de crimes économiques. Bien évidemment, les accusations de corruption et autres actes de prévarication ont d’autant plus d’écho que la grande majorité de la population vit au seuil de la pauvreté. L’objectif visé par les nouveaux dirigeants est d’asseoir leur légitimité et leur autorité en laissant planer l’épée de Damoclès sur la tête de leurs victimes qu’ils entendent neutraliser.

La Côte d’Ivoire n’échappe pas à ce schéma. Hélas! En 1999, le Général Robert Guéi renverse le Président Bédié et le contraint à l’exil en France avant de déclencher une série de procédures judiciaires à son encontre, notamment pour crimes économiques. En avril 2011, après le renversement du Président Laurent Gbagbo par Alassane Ouattara, avec l’appui déterminant de la France, le nouveau pouvoir a lancé des poursuites judiciaires systématiques contre tous les membres du gouvernement déchu pour crimes économiques et de sang. Le président du FPI et plusieurs de ses camarades sont également poursuivis sous le même chef d’accusation.

La coalition RHDP au pouvoir a-t-elle les moyens d’aller jusqu’au bout de cette action, somme toute salutaire pour la moralisation de la vie publique? A-t-elle jeté un regard dans sa gestion quarantenaire qui a entrainé la faillite de la Côte d’Ivoire? A l’évidence, les dirigeants actuels ont un passif tellement lourd qu’ils apparaissent les moins bien placés pour mener une opération mains propres aux desseins politiques inavoués. Il suffit tout simplement de faire un bref rappel des principaux actes de prévarication qui émaillent leur parcours pour conclure au caractère folklorique de cette opération.

Sous Houphouët-Boigny

Commençons par la fameuse expression «grilleurs d’arachides» qui est rentrée dans le jargon ivoirien depuis les premiers scandales financiers de l’ère Houphouët-Boigny. Le boum économique ivoirien s’est accompagné  de détournements massifs de deniers publics au profit des dignitaires du PDCI-RDA. Le silence du Président Houphouët devant l’enrichissement rapide et illicite de ses compagnons de lutte et des cadres promus devenait insupportable. En réaction à la grogne qui enflait, le père de la nation n’a eu d’autres mots que de justifier ces actes ignobles. De façon imagée, Houphouët lancera à la face des Ivoiriens, en substance « qu’on ne regarde pas dans la bouche de celui qui grille des arachides, il arrive qu’il mange quelques grains», cela ne devrait offusquer personne.

En 1977, c’est l’affaire de la surfacturation des complexes sucriers qui révèle l’ampleur du délitement moral du régime. La construction de six unités sucrières, devant assurer une production annuelle de 300.000 tonnes de sucre à la Côte d'Ivoire, va se transformer en cauchemar. Et pour cause, Monsieur Konan Bédié en charge de l’économie et des finances avait multiplié par deux le coût de chaque unité. Plus de 250 milliards de francs CFA avaient été engloutis dans l’opération. En définitive la production de ces complexes n’a guère dépassé les 150.000 tonnes, loin en deçà des prévisions. Pis, le prix de revient du sucre produit en Côte d’Ivoire est trois fois plus élevé que le prix sur le marché international. Absurdité économique! En conséquence, les complexes furent partiellement démantelés dans les années 1980, avant d'être cédé au privé en 1997, pour moins de 30 milliards de francs CFA. Comme sanction de cette bourde, une loi anti-corruption a été adoptée le 23 juin 1977 et les ministres concernés ont été chassés du gouvernement le 20 juillet de la même année, avec ce commentaire du Président Houphouët: «Je n’ai que faire des malhonnêtes, furent-ils compétents». Aucune action judiciaire ne sera engagée et les sommes détournées ne seront pas remboursées.

En 1983, c’est le scandale financier de la LOGEMAD qui secoue le régime du PDCI. L’affaire révèlera que cet organisme d’État chargé de reverser les loyers aux propriétaires des logements occupés par des fonctionnaires profite essentiellement aux responsables politiques. Leurs techniques consistent à fixer les prix des baux administratifs alors qu’ils sont propriétaires des logements baillés à l’État. Le préjudice subit par l’État s’élève à des centaines de millions de francs qui ne seront jamais restitués.

La mauvaise gestion des sociétés d’Etat qui avaient poussé comme des champignons avec pour corollaire  des salaires colossaux, des détournements de deniers publics n’ont pas ému outre mesure les pseudo fondateurs de la Côte d’Ivoire moderne.

Sous le parti unique du PDCI-RDA, les prêts consentis par les banques de développement à certains dignitaires de l’ancien régime et restés impayés ont été convertis en dettes d’État. Il en est de même de certaines dettes avalisées par l’Etat et transformées elles aussi en dettes publiques. C’était l’époque des «prêts bancaires politiques». Cette situation a fait culminer le stock de la dette extérieure de la Côte d’Ivoire à 11 367 milliards de francs CFA en 1996.

En 1992, la construction d’une usine de broyage du cacao à QINYUAN en Chine dans la province du GUANGDONG, a englouti plus de 10 milliards de francs CFA. Il se susurre que le partenaire technique français en charge de l’achat des équipements techniques n’avait livré que les équipements de moulage. Il vend à son profit les équipements de broyage constituant le cœur du projet et disparaît. Résultat, l’usine ne peut fonctionner et l’État ne peut retirer ses billes. Faisons le parallèle avec le projet Fulton aux Etats-Unis sous Gbagbo!

Que dire de la Caistab créée dès les premières années de l'indépendance pour protéger, grâce à un mécanisme de garantie, les planteurs de café et de cacao, des variations des cours internationaux de ces deux produits? Sa gestion opaque qui relevait de la seule responsabilité de son Directeur et du Président Houphouët avait amené les institutions financières internationales à exiger sa dissolution qui interviendra en janvier 1999. Les comptes financiers produits à cette occasion montreront l’ampleur des dégâts causés à l’économie nationale par cette structure. Les experts de la Banque Mondiale et du FMI évaluent à près de 80 milliards de FCFA, l'écart entre les recettes déclarées et les recettes réelles. Quand à l’audit commercial et financier, il révèle de nombreuses irrégularités dans les opérations de la CAISTAB. On note notamment un bénéfice de 23,5 milliards au lieu du déficit de 3 milliards déclaré.

A la fin des années 80, alors que la Côte d’Ivoire ployait sous le poids d’une dette colossale, les institutions financières internationales imposèrent au Président Houphouët esseulé, un bien curieux économiste. Son rôle officiel était d’aider à redresser l’économie qui prenait de l’eau de toutes parts. Les trois années passées par Monsieur Alassane Ouattara à la primature ont été désastreuses. L’économiste venu du FMI a procédé à la vente des actifs de l’Etats dans des conditions d’opacité qui ont heurté le parlement ivoirien de l’époque. Sous la primature de Ouattara, les délits d’initiés étaient devenus monnaie courante, poussant la presse à exprimer l’exacerbation de la population dans la formule «Alassane vend et rachète». Non content de racheter au franc symbolique les entreprises publiques, le Premier ministre avait importé 19 tonnes d’effets personnels d’Europe en s’exonérant de toutes taxes douanières, avant de racheter une villa privée à 300 millions de francs CFA.

Ainsi donc, pendant quarante années, les détournements de deniers publics et l’enrichissement illicite des dignitaires du parti au pouvoir étaient érigés en mode de gestion. Le chef ayant décidé qu’il devait en être ainsi, ses compagnons de lutte et ses collaborateurs ne se privaient. Les produits de ces détournements ont été investis pour partie dans des secteurs productifs de l’économie nationale à titre privé et pour partie déposés dans des paradis fiscaux. Houphouët-Boigny le confirme lui-même en disant : «Quel est l’homme sérieux dans le monde qui ne place pas une partie de ses biens en Suisse?» Sans commentaire!

Sous Konan Bédié

Le dauphin constitutionnel du Président Houphouët-Boigny, dont les mauvaises langues disent qu’il a fêté ses sept premiers milliards dans les années 70, fera montre d’un affairisme digne des mafieux. S’il perpétue le système des quotas d’importation et d’exportation des biens de consommation courante, il ne se gène pas de privilégier les membres de sa famille et ses amis. Les travaux pharaoniques de Pépressou (Daoukro), son village natale, et de Kokorandoumi, village de son épouse, se feront sur fonds publics sans aucun droit de regard du contribuable ivoirien.

Le régime de Monsieur Bédié poussera sa boulimie jusqu’à plonger la tête dans la besace des bailleurs de fonds internationaux. En effet, l'Union Européenne avait découvert, à la suite d'un audit effectué en 1997, qu'une partie des fonds d'appui à l'ajustement structurel qu'elle avait versés à la Côte d'Ivoire, notamment dans le domaine de la santé, avait été détournée. Le préjudice qui s’élevait à 18 milliards de francs CFA représentait environ 38% des fonds alloués. Sous la pression du bailleur de fonds, l’État s’est engagé à rembourser ces montants sans tirer toutes les conséquences judiciaires de cette sale affaire. Le ministre Kacou Guikahué a été certes limogé, mais le régime avait fini par faire le deuil de ce scandale. Seuls quelques fonctionnaires avaient été emprisonnés et vite relâchés.

Après le coup d’état de Robert Guéi en 1999, l'on se rappelle que deux des nombreux candidats se réclamant du PDCI-RDA à l'occasion de l'élection présidentielle d'octobre 2000, (Émile Constant Bombet et Lamine Fadika) avaient été recalés par la cour suprême pour défaut de probité. Autant dire que cette qualité est une denrée rare chez les houphouétistes.

L’affaire Roger Nasra a été l’autre scandale qui a remué la sphère financière ivoirienne. Par un système de fausses déclarations de TVA, l’homme d’affaires ivoiro-libanais avait réussi à soutirer plus un milliard de francs CFA au trésor public ivoirien. Au cours de son procès en appel comme en première instance, Monsieur Nasra avait mis en cause indirectement le président ivoirien Henri Konan Bédié. «Le directeur du Trésor M. Bouadou m’avait dit que l’argent détourné servirait à la campagne politique de M. Bédié, j’ai accepté de servir d’intermédiaire pour ces détournements, dans l’espoir d’obtenir ultérieurement des contrats avec la Côte d’Ivoire». Qui dit mieux ?

Sous Alassane Ouattara

Après son passage à la primature (1990-1993), Ouattara s’est signalé en 2002 avec cette rébellion qui continue d’endeuiller la Côte d’Ivoire. Le braquage de l’agence de la BCEAO d’Abidjan par un certain Sia Popo a finalement été le début d’actions d’envergure destinées à faire main basse sur les richesses du pays.

Le groupe Armajaro dirigé par le beau fils de Ouattara met à la disposition de la rébellion en préparation en 2002 un financement de 30 milliards de francs CFA en vue de la déstabilisation du pays. Bien entendu, le généreux bailleur de fonds, rompu aux techniques spéculatives sur les matières premières, a fait d’une pierre deux coups. Il entendait d’une part déstabiliser le régime de Gbagbo à défaut de le faire chuter au profit de Ouattara et d’autre part provoquer une flambée des prix du cacao sur le marché international qui redouterait une pénurie du produit dont la Côte d’Ivoire est le premier producteur. Après le 11 avril 2011, on peut dire sans se tromper que les deux objectifs ont été atteints. Le régime de Gbagbo a fini par chuter après huit années de résistance et l’entreprise criminelle des spéculateurs leur a rapporté quelques 500 milliards de francs CFA.

Le 24 septembre 2003, soit un an après le déclenchement de la rébellion, l’agence BCEAO de Bouaké, est attaquée et dévalisée. Les mystérieux braqueurs se sont évanouis dans la nature avec un joli pactole dont le montant exact ne sera jamais connu, les chiffres variant entre 50 et 300 milliards de francs CFA. La réussite de l’opération de Bouaké va encourager les rebelles à poursuivre leur entreprise de braquage des deux autres agences situées à Korhogo et à Man. En outre, dans la foulée, la Caisse Autonome d'Amortissement (devenue BNI), la Trésorerie régionale de Bouaké, ainsi que l’agence BIAO de Ferkessédougou ont été attaquées.  Le butin a servi pour partie à payer les combattants et les fournisseurs d’armes et pour partie à alimenter des comptes bancaires dans des pays de la sous région ainsi que des paradis fiscaux. Au vu et au su de la communauté internationale dont l’ONU!

Les poulains de Monsieur Alassane Dramane Ouattara ne s’arrêteront pas en si bon chemin. Appliquant les consignes de leurs commanditaires, les rebelles ivoiriens vont mettre en place de façon méthodique une économie de guerre en exploitant les ressources naturelles (cacao, coton, bois, noix de cajou, or et diamant) du territoire placé sous leur contrôle. Ils réussiront l’exploit de rendre le Burkina Faso exportateur de cacao pour la première fois dans l’histoire de ce pays sahélien enclavé. Ils percevront, en outre, des taxes sur le trafic routier et sur les services publics comme l’électricité que le gouvernement fournit pourtant gratuitement à la population. Ces activités leur rapportent environ 60 milliards de francs CFA par an selon les estimations du ministère de l’Economie et des Finances. A ces chiffres, il convient d’ajouter les activités personnelles des chefs de guerre, rapportant plusieurs milliards de francs CFA par an.

Ces pillages inédits dans l’histoire post coloniale de la Côte d’Ivoire est entouré d’un silence assourdissant et immoral. Que dit le justicier et censeur Ouattara de cette situation à laquelle il n’est pas étranger?

Notons que si le nouvel homme fort d’Abidjan est devenu aphasique sur les crimes économiques de son organisation mafieuse, il n’entend pas abandonner son jeu favori: le pillage des ressources nationales au travers d’une gestion scabreuse et opaque des deniers publics. Comme lui même et sa famille, la plupart des collaborateurs de l’homme qui a été installé par la communauté internationale sont plus préoccupés par la bonne santé économique de leurs propres business que par l’intérêt national. Dans ces conditions, l’on se demande si la signature, par les membres du gouvernement, de la charte d’éthique le 9 août 2011, n’était pas destinée à détourner les Ivoiriens des vrais défis de l’heure!

En moins de deux ans d’exercice du pouvoir, Dramane Ouattara est en passe de décrocher la palme de la mauvaise gouvernance. L’affairisme des dignitaires du régime Ouattara n’a d’égal que son avidité, avec un mélange de genres à couper le souffle. Avec Ouattara, on peut être Président, Ministre et chef d’entreprises privées. Quelques exemples suffisent à éclairer les Ivoiriens sur la nature réelle du régime d’Abidjan.

Selon la «Lettre du Continent», le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Energie, Adama Toungara a séjourné à l’hôtel Pullman dans une suite de plusieurs pièces, 16 mois durant, au frais du trésor public avec une ardoise d'un milliards quatre cents quarante millions (1 440 000) francs, soit 90 millions de francs par mois. Bien qu’étant le premier responsable des hydrocarbures de la Côte d’Ivoire, Monsieur Tounkara continue de diriger deux sociétés privées dans le même secteur: Minepetro Ltd basée dans l’Etat du Delaware (Etats-Unis) et Ipetro installée en Côte d’Ivoire.

Madame Kandia Kamara,  ministre de l’éducation, qui a maille à partir avec la langue de Molière, a institué un système d’inscription en ligne juste pour extorquer des fonds aux pauvres parents d’élèves. Sans appel d’offres, la ministre a attribué le marché à la société CELPAID contrôlée par son collègue Mamadou Sanogo, ministre de la Construction et propriétaire de grandes écoles à Abidjan (Hetec et Agitel Formation). L’un et l’autre sont maintenus à leurs postes, sans gêne!

Monsieur Adama Bictogo, ex-ministre de l’Intégration, contrôle ISD Holding, la filiale ivoirienne de la société belge Zetes qui possède le marché des passeports biométriques en Côte d’Ivoire.  Il a réussi par ailleurs à détourner une partie des sommes payées par Trafigura au titre du dédommagement des victimes des déchets toxiques déversés à divers endroits de la capitale économique, en 2005. S’il a été démis de son poste de ministre, il n’a nullement été inquiété par la justice.

Comme si les ministres de Ouattara s’étaient passé le mot, ils rivalisent d’ingéniosité pour s’enrichir de façon illicite. C’est ainsi que dans le courant de l’année 2011, la ministre de la Salubrité, Anne Ouletto, a réussi à attribuer un marché de 60 milliards à Satarem, une société française en faillite. La levée de bouclier sur ce grossier scandale a contraint le ministère de l’économie et des finances à annuler ce marché de gré à gré. Aucune autre sanction n’a été prise à l’encontre des auteurs qui continuent de narguer les Ivoiriens.

La réhabilitation des universités a été une autre occasion pour le régime de montrer son aversion pour la transparence dans la gestion des affaires publiques. C’est donc sans surprise que les travaux ont été surfacturés dans le cadre d’un marché de gré à gré, de plus de 110 milliards de francs CFA, attribué à une entreprise non spécialisée dans le BTP. Plus le temps passe plus la supercherie se découvre avec des campus universitaires non fonctionnels. Le détournement des deniers publics n’a donné lieu qu’au limogeage du Directeur des Affaires Financières du Ministère de l’Enseignement Supérieur.

Dans le courant du mois de novembre 2012, le périodique satirique «L’Eléphant déchainé» a révélé avec force détail l’enrichissement fulgurant de Diby Koffi Charles, Ministre de l’Economie et des Finances. Non seulement l’intéressé n’a pas démenti les allégations graves du journal, mais le Chef de l’État non plus n’a eu d’autres gestes que de le déplacer au poste de ministre des affaires étrangères. Les services du Trésor public ont institué un prélèvement illégal de 20 à 30% sur les factures des fournisseurs de l’Etat. Une vielle pratique déjà décriée sous les régimes précédents avec des taux moindre (5 à 10%).

Tels sont les principaux actes de mal gouvernance révélés en dix huit mois de gestion du pouvoir. Si le Chef de l’Etat ne semble pas gêné par ces nombreux scandales et conflits d’intérêts, c’est parce que ces pratiques constituent l’essence même de son pouvoir. Dans ces conditions il est disqualifié pour mener une quelconque opération mains propres contre les dignitaires du régime déchu. Il devrait s’inspirer de l’exemple de Laurent Gbagbo en la matière. Non seulement Gbagbo n’a pas jeté la pierre à ses prédécesseurs, mais il n’a pas hésité à saisir la justice même lorsque des soupçons de malversations ont pesé sur ses proches. «Avant de prétendre enlever la paille de l’œil d’autrui, il faut d’abord enlever la poutre qui crève tes propres yeux», conseille la Parole de Dieu. Simple leçon d’humilité pour un régime qui traine autant de casseroles!

 

John K. Silué

Financier, NY

dimanche, 30 septembre 2012

INSCRIPTION EN LIGNE: L’ECOLE IVOIRIENNE EST DEVENUE LA POULE AUX ŒUFS D’OR DU POUVOIR OUATTARA


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Le moins que l’on puisse dire avec les inscriptions en ligne instituées par le régime d’Alassane Ouattara, c’est que l’école ivoirienne est devenue un lieu où des opérateurs économiques privés peuvent venir se faire du sou. Beaucoup de sous. Pas en investissant dans la construction de salles de classe, de matériels didactiques ou quelque autre aspect de l’école mais en servant de paravent aux pontes du pouvoir pour empocher des milliards.

De fait, cette année, ce n’est plus un seul opérateur qui se charge d’enregistrer les inscriptions en ligne des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire pour la rentrée 2011-2012. Ils sont désormais trois: Celpaid, MTN et Orange. Officiellement, les deux derniers, opérateurs de téléphonie mobile qui règnent en maitres sur le marché national du cellulaire, ont été recrutés après appel d’offres. Si nous n’en savons pas grand-chose sur cet appel d’offre, nous savons en revanche que le premier, c’est-à-dire Celpaid, est la propriété du cadre Rdr et ministre de la Construction, Sanogo Mamadou créé à cet effet.

Le passage d’un à trois opérateurs pour les inscriptions peut s’expliquer: l’année dernière, la manne récoltée par le pouvoir dans cette affaire s’élève à 3,651 milliards FCFA. De quoi susciter l’appétit d’autres proches du pouvoir qui y voient là l’occasion de s’enrichir. Et les sociétés de téléphonie servent de parfaits paravents.

Au fait, depuis l’avènement d’Alassane Ouattara au pouvoir le 11 avril 2011, le pouvoir RDR a institué une inscription en ligne dans les écoles ivoiriennes. C’est-à-dire que tous les élèves et étudiants de Côte d’Ivoire doivent désormais effectuer leurs inscriptions via internet, sur des plateformes que les opérateurs économiques susmentionnés ont mis sur pied à cet effet. Ces derniers travaillent en étroite collaboration avec le pouvoir qui y tire de consistants dividendes. Sinon comment expliquer l’augmentation de 500 F advenue cette année sur les inscriptions?

En effet, l’inscription qui était de 5.500 F l’année dernière est passée à 6.000 F cette année. Sur les motifs de l’augmentation, aucune explication n’est donnée officiellement. Ainsi donc, les opérateurs privés peuvent empocher les 500 F des milliers de jeunes Ivoiriens à qui les parents ont déjà du mal à assurer le pain quotidien.

Sur l’institution même de l’inscription en ligne, le ministre en charge de l’Education nationale, Kandia Camara, avance que l’objectif est de lutter contre les recrutements parallèles dans les établissements scolaires, éviter les braquages des économats, etc. 

Cette ambition aurait été louable si elle n’avait pas servi de prétexte - qu’il ne serait pas faux de qualifier de malsain – à des hommes tapis dans l’ombre. C’est assez choquant de savoir que l’école qui fait partie des prérogatives régaliennes de l’Etat, les inscriptions dans les écoles publiques et privées sont confiées à des milieux d’affaires privés. 

En effet, pour les besoins de la cause, c’est un cadre Rdr, ministre de la Construction, Mamadou Sanogo, qui crée une société dénommée Celpaid chargée d’enregistrer les souscripteurs. L’appel d’offres qui, selon le ministre Kandia Camara, aurait servi à recruter les deux autres opérateurs pue la magouille à mille lieues. Sinon la logique aurait voulu que l’opération débute par un appel d’offres, ce qui n’aurait certainement pas placé Celpaid en pôle position comparativement aux deux nouveaux opérateurs.

A cela, il faut ajouter qu’aucun chef d’établissement n’a été associé à cette décision. Un fondateur d’établissement que nous avons interrogé lors de notre micro trottoir réalisé en début de semaine n’a pas manqué de décrier cet état de fait. « L'initiative est louable. Mais, il aurait été judicieux d'associer à cette décision l'avis des chefs d'établissements privéIls sont aussi indispensables. Sinon comment expliquer à des parents qu’une inscription qui leur a coûté 5.500 F l’année dernière, on leur demande aujourd’hui de payer 6.000 F pour la même opération ? Mais en plus, est-ce que l’Etat donne la latitude à chaque chef d’établissement de choisir l’opérateur avec qui il veut traiter vu qu’ils sont aujourd’hui trois? A mon humble avis, je crois qu’il y a encore des choses à éclaircir si on veut accorder du crédit à cette opération d’inscription en ligne», se désole M. M. S. Michel, fondateur d’école dont nous taisons le nom de l’établissement.

Plus grave, les élèves payent mais le reçu de paiement ne porte aucune signature. « Personnellement je ne comprends plus rien. J’ai payé 6.000 F à la comptabilité dans un collège de Bingerville pour l’inscription en ligne de mon enfant. On me remet un reçu sans indiquer l’opérateur qui s’occupe de l’enregistrement en ligne », témoigne un autre parent d’élève.

Le plus aberrant, c’est que l’inscription en ligne pour la rentrée à l’Université est imposée aux élèves de Terminale sans que ceux-ci ne soient assurés d’obtenir le Baccalauréat. Vous avez dit privatisation de l’école?


Pascal Bellasset, in le quotidien ivoirien « Aujourd’hui ».

jeudi, 09 février 2012

SCANDALE - POURQUOI ANNE OULOTO DOIT DEMISSIONNER

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L'Autorité nationale de régulation des marchés publics (ANRMP) vient de trancher la polémique créée par certaines sociétés (à travers la presse) qui se sont vues flouées dans l'adjudication de marché de collecte d'ordures dans le district d'Abidjan. Et ce, quelques heures seulement après une sortie musclée d'Anne Ouloto sur les médias publics. Selon la ministre de la Salubrité Urbaine, «dans une série d'articles commandités par des mains obscures, cette presse tente de jeter l'opprobre et le discrédit sur le processus d'adjudication de ce marché à l'entreprise Satarem Greensol qui, faut-il le rappeler, a participé à toutes les étapes procédurales exigées par le Code des Marchés Publics.» Mais ce qu'avait oublié de clarifier la ministre de la Salubrité Urbaine, c'est si Satarem Greensol remplissait toutes les conditions requises pour décrocher un si grand marché ou du moins si une des sociétés mise en cause appartenait effectivement à un de ses collègues du gouvernement.

Face à tout cet imbroglio décortiqué par des confrères (peu importe que des «mains obscures» aient participé à faire éclater la vérité), l'ANRMP est venue rabattre le caquet à Anne Ouloto. «Les opérations de passation, d'approbation, d'exécution ou de contrôle de l'appel d'offres restreint relatif à la concession pour l'élaboration et la mise en œuvre d'un schéma de gestion intégrée des déchets solides ménagers et assimilés du District d'Abidjan» sont suspendues depuis le lundi dernier. Si, malgré la «mise au point» d'Anne Ouloto, l'autorité nationale de régulation revient à la charge pour contredire le membre du gouvernement d'Alassane Ouattara, qui prétend faire de la bonne gouvernance son cheval de bataille, c'est qu'elle a découvert quelque chose d'obscur dans le processus de passation de marchés publics.

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La ministre de la Salubrité Urbaine est montée sur ses grands chevaux la semaine dernière pour rabattre le caquet à des «journalistes mercenaires» qui tentent de discréditer l'approbation de Satarem Greensol pour la collecte des ordures dans le district d'Abidjan. On pourrait affirmer tout net sans risque de se tromper que la ministre de la Salubrité Urbaine a mis en veilleuse la transparence dans l'adjudication du marché de collecte d'ordures. Une première depuis l'avènement d'Alassane Ouattara au pouvoir, d'autant plus que l'attribution d'un marché à Celpaid (propriété d'un autre collègue du gouvernement, Mamadou Sanogo de la Construction) par la ministre de l'Education nationale, Kandia Camara, avait fait grincer les dents et les choses en sont restées là sans suite. Alassane Ouattara, à travers la désormais «affaire Anne Ouloto-Satarem», va-t-il mettre le holà à ces affaires de marché gré à gré qui se font sous le manteau d'appel à candidature ? Si tant est qu'il veut voir ses promesses de transparence dans la gestion des affaires publiques se tenir, il doit commencer par assainir son gouvernement. Qu'il se souvienne qu'il avait imposé un code de bonne conduite à ses collaborateurs.


Gilles Naismon


Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 25 novembre 2011

CELPAID, UN SCANDALE AU CŒUR DE LA REPUBLIQUE

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« La Direction informe les parents d'élèves que dans le cadre d'une bonne gestion du processus des examens 2011-2012 et de l'actualisation de tous les élèves de Côte d'Ivoire par le Ministère de l'Education Nationale, il est demandé à chaque parent d'élève de procéder à l'inscription de son enfant au CELPAID avec la somme de 6.000 F (six mille francs), accompagné de la photocopie de l'extrait de naissance, la photocopie du dernier bulletin de l'année précédente et du relevé des notes du concours de l'entrée en 6ème pour les élèves de 6ème. Les documents ci-mentionnés et la somme indiquée sont à déposer auprès des éducateurs. Délai de rigueur, le vendredi 25 novembre 2011 à 13 heures. »

Tel est l'avis ramené de l'école, il y a quelques jours, par Emmanuel Virgile à son père, Arthur Gadji. Cette petite note, presque tous les élèves du secondaire public et privé de Côte d'Ivoire l'ont reçue et ont été priés de l'acheminer à leurs géniteurs qui ne s'y attendaient nullement, pas plus qu'ils n'y comprennent grand-chose. C'est la surprise du grand chef en cette rentrée scolaire 2011-2012 en Côte d'Ivoire. Les nouveaux gouvernants, à leur arrivée au pouvoir, le 11 avril dernier, avaient promis tout changer, tout révolutionner dans la conduite des affaires de l'Etat pour faire oublier au plus vite le passage de l'ex locataire du palais à la tête du pays. L'école étant un domaine hautement stratégique, il fallait donc donner un signal fort de cette volonté politique nettement exprimée et à nous bassinée à l'excès. La trouvaille, dans le milieu Education et Formation, se nomme « inscription en ligne » obligatoire pour tous les élèves de l'enseignement secondaire public, dans un premier temps avant d'être élargie par la suite au privé.

A l'origine, cette innovation technologique est une idée de Nicolas Effimbra, alors Directeur régional de l'Education Nationale Abidjan 1 (DREN Abidjan 1). Féru de monétique et au fait de bien d'expériences similaires sur le continent africain, ce dernier s'ouvre à MTN, le géant Sud-Africain de la téléphonie mobile à Abidjan. Il propose au groupe, un projet d'inscription en ligne pour les élèves du secondaire de la DREN Abidjan 1. Le projet est en phase pilote et est prévu pour s'étendre progressivement aux autres DREN du pays. L'affaire est juteuse pour l'opérateur de téléphonie mobile, qui n'hésite pas à s'engager aux côtés de la DREN 1. Pour être à la hauteur de la tâche, MTN décaisse pour assurer de nouveaux travaux techniques.

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L'opération pilote se déroule jusque-là à merveille. Mais dans les allées du ministère de l'Education nationale, l'on fait des gorges chaudes et le dossier finit par atterrir sur le bureau de Mme Kandia Camara qui en saisit toute l'ampleur et toutes les implications possibles. Vu les gains financiers en jeu, la ministre décide de s'impliquer. Il en découlera deux décisions majeures. La première, l'inscription en ligne est désormais étendue à tous les établissements secondaires du pays, et la seconde, c'est désormais CELPAID, le petit poucet des maisons de transfert d'argent de la place, qui pilote l'inscription en ligne. Quant à Nicolas Effimbra, en guise de récompense, il est promu Directeur de l'extra-scolaire et des activités coopératives (DESAC). Dans le milieu des opérateurs de téléphonie mobile, l'affaire prend rapidement des allures de scandale vu qu'il n'y a eu aucun appel d'offres pour un marché aussi gigantesque.

Partant de la base de données de 2 millions d'élèves concernés par l'opération (à raison de 6.000 F par élève), les spécialistes soutiennent qu'il s'agit au bas mot de la somme de 12 (douze) milliards de Fcfa qui va circuler entre les différentes parties concernées par ce deal. Notons que selon les textes de l'Union monétaire ouest-africaine (UEMOA), pour tout marché de plus de 30.000.000 (trente millions) de Fcfa, il est requis de procéder par un appel d'offres, le gré à gré intervenant pour des marchés en dessous de cette barre. Les grognons ont donc saisi l'Agence de télécommunication de Côte d'Ivoire (ATCI) qui régule le secteur de la téléphonie mobile. Bien que partageant les observations des plaignants, l'ATCI affiche son impuissance devant les ramifications politiques du dossier. Visiblement, le patron des lieux ne veut pas se mettre à dos le grand manitou de CELPAID qui n'est autre que Mamadou Sanogo, ministre de la construction, de l'assainissement et de l'urbanisme et par ailleurs homme de confiance du chef de l'Etat. Les mauvaises langues soutiennent que le marché lui a été offert pour alimenter les caisses du RDR, le parti au pouvoir au moment où Alassane Ouattara asphyxie les autres partis politiques avec la mesure de suspension du financement des formations politiques sur fonds publics.

Récemment le Front populaire ivoirien (FPI) a ouvertement dénoncé cette « duplicité » des gouvernants. Et dans les différents états majors politiques, la polémique enfle. Malgré cela, ni la ministre Kandia Camara, ni le chef du gouvernement n'ont consenti jusque-là, à s'expliquer sur le sujet pour éclairer les Ivoiriens et mettre ainsi fin à toutes les supputations qui continuent de courir sur le scandale CELPAID. Surtout que dans la foulée, l'on annonce de nouveaux contrats juteux pour cette entreprise qui entend faire désormais de l'ombre à ses illustres devancières.


Par Géraldine Diomandé, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 103 du jeudi 24 novembre 2011.


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C'EST INDECENT!

Est-ce que c'est à eux que nous nous adressons ? Nous commençons à croire réellement qu'il n'y a rien en face ! Parce que depuis que nous dénonçons cette pratique  qui consiste à dire une chose et faire son contraire, les autorités ivoiriennes se sentent justifiées. Elles ne réagissent pas ou si elles réagissent, elles persistent dans le réprouvable. Et pourtant l'équation est simple. C'est même une préoccupation d'ordre moral. Alassane Ouattara n'est pas obligé de faire l'école gratuite. Dans ce pays, seul Laurent Gbagbo a porté ce projet de l'école gratuite et s'en est donné les moyens. Il a même été jusqu' à rendre facultatives les tenues scolaires pour soulager les parents d'élèves et favoriser une forte scolarisation dans les zones économiquement défavorisées. C'était une ambition humaniste portée par un humaniste. Malgré tous les obstacles liés à la gestion d'une rébellion sauvage, il était parvenu à atteindre son but. Aujourd'hui, dans les écoles, les livres qu'on distribue pour faire croire que l'école est  gratuite, proviennent des stocks des éditions de Laurent Gbagbo.

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Il faut le répéter ! Alassane Ouattara n'est pas obligé de faire comme Laurent Gbagbo parce qu'il n'est pas Laurent Gbagbo. Même si pour des raisons électoralistes, il avait crié qu'il pouvait faire l'école gratuite, maintenant qu'il est au pouvoir, il n'est pas obligé de s' y accrocher. Nous savons  qu'il est de culture capitaliste, ce n'est pas son fort de donner dans la gratuité. On a encore en mémoire la perte de toutes les prérogatives scolaires et estudiantines dès qu'il a mis pied en Côte d'ivoire au début des années 90. Alors nous recommandons au gouvernement Ouattara de faire preuve d'honnêteté envers le peuple ivoirien parce que tout ce que Kandia Camara fait avec Celpaid dans le cadre de l'école, est loin de servir le slogan de la gratuité. C'est même indécent, parce que s'accompagnant de menaces voilées aux parents d'élèves, en violation des règles élémentaires de la bonne gouvernance.


Joseph Marat, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 103 du jeudi 24 novembre 2011.