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jeudi, 09 octobre 2014

BLE GOUDE A LA CPI: LA JURISPRUDENCE DE L'IGNOMINIE, PAR THEOPHILE KOUAMOUO

 

BLE GOUDE A LA CPI.jpg

 

Les charges contre le ministre de la Jeunesse du gouvernement Aké N'Gbo seront-elles confirmées ? Si l'on s'en tenait à la logique juridique normale, la réponse à cette question serait évidemment négative. Mais voilà : la CPI n'est pas un tribunal normal. Procès après procès, forfaiture après forfaiture, il est en train de mettre en place une jurisprudence de l'ignominie, digne des « procès de Moscou » et des pires Républiques bananières.

Durant les quatre journées qui viennent de s'écouler, l'Accusation n'a cessé de plaider pour des «standards de preuve» les plus bas possibles. Elle n'est pas venue dire à la Cour qu'elle avait un dossier solide, mais a affirmé sans honte qu'en dépit de la légèreté de sa démonstration, il fallait aller au procès parce que le statut de Rome et la jurisprudence de la CPI le permettent. Les observateurs ont parfois eu la désagréable impression que l'objectif suprême du bureau du procureur n'est pas de gagner son procès, mais d'aller à un procès pour « coffrer » Blé Goudé, figure politique de la génération qui vient, le plus longtemps possible. Lamentable.

Dénaturation des référents juridiques

Hier encore, l'Accusation a continué à dérouler son interprétation extra large de la culpabilité selon le statut de Rome. Face à l'incongruité de la position consistant à accuser le fondateur du COJEP de faits attribués (de manière fallacieuse, sommes-nous persuadés) à des éléments des FDS en patrouille ou en caserne, comme l'affaire des « sept mortes d'Abobo » ou du « bombardement du marché d'Abobo », elle a sorti de son chapeau la théorie de « l'attribution mutuelle » et du « contrôle commun », qui s'éloigne singulièrement de la notion de responsabilité individuelle telle que le droit contemporain la définit. Puisque Gbagbo et Blé Goudé étaient d'accord pour mettre en œuvre le « plan commun », eh bien tout ce qui a pu se passer par la suite, même si l'un d'entre eux n'était pas au courant ou ne pouvait absolument pas influencer les choses, doit et peut leur être imputé. Dans cette entreprise de torsion voire de dénaturation de nos référents juridiques, le procureur sait pouvoir compter sur les précédents créés par ces affaires où, alors qu'il n'avait pas fait son travail, les Chambres préliminaires ont ouvert la voie à des procès singulièrement mal engagés.

On remarquera au passage que la théorie de « l'attribution mutuelle » n'empêche pas l'Accusation de « sélectionner » parmi les personnes impliquées dans le plan commun « imaginaire » trois individus : Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo et Charles Blé Goudé. Et les autres ? Durant les jours qui viennent de se dérouler, Fatou Bensouda et ses comparses nous ont laissé entendre que lors des fameuses réunions où s'organisait le fameux « plan commun », Blé Goudé côtoyait des dignitaires de l'armée comme P9 et P10, que beaucoup d'Ivoiriens ont reconnu. Pourquoi ne sont-ils pas eux aussi mis en accusation au nom du fameux principe de « l'attribution mutuelle » ? Pourquoi sont-ils recyclés en témoins à charge là où ils devraient eux-mêmes répondre de leur participation à ce plan commun ? Mystère et boule de gomme.

Prend-on les dirigeants africains pour des demeurés ?

Dans leur verve, les collaborateurs d'une Fatou Bensouda tout aussi absente durant l'audience de Blé Goudé qu'elle l'était lors de celle de Gbagbo ont expliqué qu'il n'était guère besoin que Blé Goudé ait connu ou ait commandité des crimes spécifiques pour qu'il soit tenu pour responsable. Il fallait juste qu'il soit conscient que « le plan commun » entraînerait des crimes dans le « cours normal des événements ». Un « plan commun » qui consisterait à mettre tout en œuvre, y compris des crimes relevant de la CPI, pour « se maintenir au pouvoir ». Sauf à prendre les dirigeants africains pour des demeurés, peut-on vraiment soutenir la thèse selon laquelle, alors qu'il a été prévenu, alors qu'il a des forces internationales présentes sur son sol, alors qu'il sait que ce sont les crimes contre l'humanité qui mettent en mouvement la fameuse « responsabilité de protéger » et l'article 7 de la Charte des Nations unies autorisant le recours à la force, Gbagbo a justement fait ce qu'il ne fallait pas faire, c'est-à-dire engager un projet génocidaire ? Oublier ses adversaires et s'en prendre à des civils alors que ce sont bien des rebelles armés qui menacent son pouvoir, ce n'est pas une manière de « conserver le pouvoir », mais le meilleur moyen de le perdre. Gbagbo et Blé Goudé, qui ne sont pas des psychopathes, le savaient. Comme Alassane Ouattara et la France savaient aussi que « vendre » un « récit », aussi mensonger qu'il soit, sur le « spectre du Rwanda » étaient le moyen le plus sûr d'engager des forces internationales contre celui qu'ils voulaient renverser. Voilà un « plan commun » bien plus plausible !

Si on suit cette logique...

L'Accusation s'est accrochée comme à un rocher à des propos de Blé Goudé admettant que dans un conflit, il y a des dégâts collatéraux. Parce qu'il en avait conscience, parce qu'il savait que des crimes interviendraient « dans le cours normal des choses » et qu'il n'a pas abdiqué face à la volonté de pouvoir de Ouattara, il est responsable de crimes contre l'Humanité ! Si l'on suit cette logique, tous les présidents de tous les pays ayant une fois ou une autre été engagés dans une guerre, devraient se trouver à La Haye. La guerre, ça tue ! Tout le monde le sait. De là à criminaliser le principe même de résistance nationale, il n'y a qu'un pas...

La CPI semble désormais vouloir institutionnaliser un principe : on abaisse au maximum le standard de preuves visant à conduire à un procès, on traîne en longueur et on accuse tout le monde et personne de saboter nos enquêtes dès lors qu'on a obtenu la confirmation des charges donc un séjour très long « au gnouf » pour les adversaires de la « communauté internationale ». Et puis, après, on verra...

A ce stade de travestissement des règles du droit, il semble évident que jamais un dirigeant occidental ne sera jugé par la CPI. Fatou Bensouda et son staff sont conscients que le jour où leur « imposture judiciarisée » touchera quelqu'un qui est assez influent pour pousser les observateurs les plus en vue à faire preuve de sens critique vis-à-vis de leurs procédés, leur édifice conçu et pensé pour les plus faibles des vaincus s'écroulera comme un château de cartes.

Les charges contre Blé Goudé seront-elles confirmées ? L'unanimité qui s'est emparée du collège des juges, du bureau du procureur et de « l'avocate des victimes » quand il s'est agi de tenter d'éviter que la Défense dépose des écritures, qui devraient pourtant permettre une lecture approfondie du « cas » par la Cour, n'est en tout cas pas le meilleur des signes.

 

Théophile Kouamouo [Paru dans Le Nouveau Courrier du 3 octobre 2014]

 

Source: Le Blog de Théophile Kouamouo

Transcription de la prise de parole de Charles Blé Goudé devant la Cour pénale internationale (CPI), le 2 Octobre 2014.

 


"Madame la présidente, Mesdames les juges,

-Pour le respect de la mémoire des victimes décédées ; 

-Pour panser les meurtrissures physiques et morales des victimes blessées, mais aussi, pour apaiser la douleur de leurs familles, il aurait été salutaire que soit située la responsabilité de tous les principaux acteurs de la scène politique ivoirienne, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition. Hélas !"

"Après avoir écouté la procureure, elle qui estime que j’ai utilisé mon art oratoire pour imputer la responsabilité des crimes au camp Ouattara, je ne me fais plus d’illusion : elle ne les poursuivra pas puisqu’elle les considère comme des victimes."

"Tout le temps que je suis resté assis ici pendant des jours, à écouter le réquisitoire de la procureure, qui s’est résumé à un assemblage de bouts de vidéos, des fragments de discours hors contexte savamment sélectionnés et de commentaires tendancieux, dans une vaine tentative d’accréditer une accusation aussi boiteuse que ridicule ; je suis hélas, resté sur ma faim !"

"S’il y a une seule chose que la procureure a réussie, c’est d’avoir achevé de me convaincre que mon arrivée à la CPI, résulte d’une loterie judiciaire ; manque de chance, la procureure a parié sur le mauvais cheval, sinon ceux qui devraient être ici, dans le box des suspects sont encore en liberté en CI. Et cela est injuste. C’est pourquoi, je voudrais m’interroger avec vous, madame la présidente: QUEL MONDE VOULONS-NOUS BÂTIR ?"

Un monde sans valeurs morales, un monde sans repère où il nous faut seulement apprendre à gagner sans avoir raison, comme le disait Check Amidou Kane, dans son célèbre roman ‘’l’aventure ambiguë ’’? Sommes-nous dans un monde ambigu ? Or, ce qui fait la grandeur d’un peuple, c’est de défendre les valeurs qui le fondent. J’y ai cru hier et ma foi en ces valeurs n’a pas encore faibli. "

"La procureure devrait porter haut ces valeurs et œuvrer à ce que les justiciables ne désespèrent pas de la justice, surtout pas de la justice internationale, en ce qu’elle porte la lourde responsabilité de défendre les plus faibles, de protéger ceux qui sont sans défense, afin que ceux-ci ne soient impunément la proie des plus forts."

"Si j’ai bien entendu, la procureure a dit dans son discours d’ouverture « à travers cette audience nous voulons envoyer un message fort à tous ceux qui veulent parvenir et se maintenir au pouvoir par la force. » vu sous cet angle, c’est donc à tort que la procureure me poursuit puisque pendant plus de dix ans, je n’ai cessé de dire à ceux qui sont aujourd’hui au pouvoir qu’on n’entre pas en politique avec les armes mais avec des idées et un projet de société."

"Madame la présidente, Mesdames les juges

Je ne suis ni le criminel, ni le génocidaire que l’on tente vainement de vous dépeindre par des simulacres de déclarations peu crédibles, appelées témoignages, qui pourtant ont été recueillis auprès de mes adversaires politiques dont la hantise est de se débarrasser d’un futur adversaire avec qui ils craignent de faire une compétition politique. 

Avoir des ambitions est certes légitime, mais vouloir les réaliser sur les cendres de la vie des autres est malsain."

"Madame la présidente, Mesdames les juges, 

Par ma voix, des millions d’Africains comptent sur vous pour que la CPI ne serve pas d’instrument pour la réalisation d’ambitions qui pourraient entacher l’image de cette prestigieuse institution. Des militants de partis politiques adversaires triés sur le volet, m’accusent d’avoir recruté des mercenaires. Comme ce prétendu témoin qui déclare : « j’ai vu Blé Goudé brandissant une kalachnikov à la télé, mais il était de dos donc je ne l’ai pas bien reconnu… » "

"Au stade Jessy Jackson de Yopougon, à Abidjan, au sein de notre club de football (SOMACY), entre copains, nous utilisions un slogan sportif, ‘’ya rien en face, c’est maïs’’, pour taquiner l’équipe adverse quand on marquait un but (comme la vidéo l’illustre). J’ai utilisé ce même slogan pour agrémenter l’ambiance de la campagne électorale, comme pour dire que l’élection aussi est un jeu."

"La procureure et le pouvoir d’Abidjan instrumentalisent des soit disant témoins pour travestir ce slogan en l’interprétant comme une volonté pour moi de dire qu’excepté mon candidat Gbagbo, il n’existerait pas d’autres candidats ; Ce qui, pour eux signifierait que nous avions prémédité de ne jamais reconnaître une défaite et que ‘’maïs’’ signifierait que nous allions tuer et manger les partisans de Ouattara. Cette interprétation erronée et étriquée, fruit d’une gymnastique judiciaire me semble partielle, parcellaire, donc partiale."

"A y voir de près, la seule difficulté dans cette affaire, est que la procureure cherche à fabriquer des miliciens ; Disons plutôt qu’elle cherche forcement à faire de moi ce qu’elle aurait souhaité que je sois. Mais pour quoi ? Pourquoi veut-elle forcement faire de moi ce que je ne suis pas ? Pourquoi ? Pourquoi refuse-telle de réclamer les dents de la panthère à celui qui a consommé la tête ?"

"Les marches, les meetings, les sit-in, la grève de la faim, le matelas et les conférences ne sont pas des moyens par lesquels s’exprime un milicien ? Ces moyens pacifiques, symboles de la non-violence, inspirés de Ghandi et de Martin Luther King, (ces personnalités qui ont marqué notre siècle), sont les seuls et uniques moyens par lesquels je me suis toujours exprimé. Alors, je demande encore : Pourquoi cherche-t-on, par des voies peu orthodoxes, à me tailler une sculpture et à m’attribuer une casquette qui est aux antipodes de la philosophie qui a fondé mon entrée en politique ?"

"Du 02 Octobre 2002 au 26 septembre 2011, peut-on me citer une seule de nos manifestations au cours de laquelle il y aurait eu un seul mort ? Peut-on me confondre avec une vidéo, un seul support sonore où je demande à une catégorie de la population d’exterminer une autre ?"

"Madame la présidente, Mesdames les juges,

L’histoire de mon pays est trop récente. Tenter de la falsifier en lui tordant le coup serait se livrer à un exercice au succès peu probable. Comme je refuse d’être jeté dans la poubelle de l’histoire, Il m’apparaît comme un devoir citoyen d’apporter un peu de fraîcheur à la mémoire collective que tentent d’effacer les contrebandiers des faits qui ont fait régresser mon pays au plan de la démocratie et des droits de l’homme, pourtant acquis de haute lutte. Face à leurs contrevérités, ma bouche restera toujours sans tremblement. Et je voudrais que l’on m’écoute avec toute l’attention qu’il sied."

"Madame la présidente, Mesdames les juges,

La crise ivoirienne, a opposé deux philosophies diamétralement opposées, incarnées par deux camps :

1- le camp de ceux qui ont pris les armes pour déstabiliser les institutions de la République pour des raisons que vous expliqueront certainement « ces intouchables », le jour où il plaira à la procureure de les convoquer devant cette cour;

2- et le camp des forces armées nationales loyales à la République et à ses institutions.

Indépendamment de ces deux parties belligérantes, La population civile, à travers la résistance aux mains nues, a fait le choix de s’opposer à l’utilisation des armes comme moyen de revendication et d’accession au pouvoir : c’est de cette troisième voie que je me réclame."

"Ce choix de la non violence, je l’ai librement fait, non par stratégie, ni par faiblesse, mais par principe et par culture politique; Parce que je reste convaincu que la guerre et les armes sont les ennemies de la démocratie et de la paix dans le monde. Je considère la rébellion armée comme la pire des expressions. C’est pourquoi, fidèle à ma philosophie politique pacifiste connue des ivoiriens, je n’ai jamais possédé d’armes, ni à titre individuel, ni à titre collectif. Par quelle alchimie, pourrais-je alors réussir à distribuer ce que je ne possède pas ?"

"Madame la présidente, Mesdames les juges, 

Jamais je n’ai armé des citoyens contre d’autres citoyens: jamais je ne le ferai.

À ceux qui souventefois m’ont traité de faiblard qui a peur de la guerre, j’ai toujours rétorqué que je n’aime pas la guerre et que je n’ai pas honte de dire que je ne sais pas faire la guerre, que je préfère être faible parmi des êtres vivants que d’être fort parmi des corps sans vie. Convaincre et non vaincre: tel est mon credo. Chrétien ou musulman, qu’on l’appelle Allah, Dieu, Jehova, Gnamien Kpli, Klôtchôlô ou Lagô, Pour moi, nous prions tous le même Dieu."

"Ouvert et tolérant de par ma culture, j’ai toujours tenu à saluer au même titre, les imams et les prêtres des localités visitées, Au cours de toutes mes tournées politiques. J’ai même souvent aidé à réhabiliter certaines mosquées tout comme j’y ai fait plusieurs dons. (Je verse la vidéo au dossier). Je trouve donc choquant voire outrageant et peu sérieux que l’on m’accuse d’être celui qui aurait appelé à tuer des musulmans et à incendier leurs lieux de culte."

"Madame la présidente, Mesdames les juges, 

Pour la paix dans mon pays, j’ai pris beaucoup de coups. Chaque fois que le processus de paix a pris du plomb dans l’aile, j’ai fait ce que j’ai pu, j’ai toujours fais le pas vers l’adversaire afin qu’ensemble nous puissions sauver ce que j’ai cru que nous avions en commun : La Côte-d’Ivoire. J’ai sacrifié ma jeunesse et ma vie de famille.

"Contrairement aux gamins de leur âge, mes enfants n’ont pas pleinement bénéficié de la chaleur que leur père aurait souhaitée leur donner. Mais je sais qu’ils me comprendront un jour, (je veux leur léguer des valeurs). C’est pour eux et tous les autres enfants de leur âge que je me bats afin qu’ils puissent vivre demain dans un monde meilleur, un monde où l’on ne cherche pas à noyer la vérité dans l’obscurité du silence."

"Mes proches, les personnes que j’aime et pour qui je compte continuent de souffrir des conséquences de mon engagement et de mon absence prolongée. peut- on mener une lutte d’une telle envergure et prétendre à une vie calme comme une eau douce ? La réponse est non!’’

"Madame la présidente, Mesdames les juges,

Pendant que je parcourais hameaux, villages et villes, sur les chemins rocailleux pour convaincre les ivoiriens à se pardonner les uns les autres et à donner dos à la confrontation, je ne m’étais pas attendu à l’inattendu. En effet, ceux avec qui je croyais parler de paix et qui sont aujourd’hui au pouvoir préparaient la guerre et avaient érigé l’usage de la violence en programme politique."

"Madame la présidente, 

Je n’ai jamais souscrit à un seul des actes criminels allégués dans l’acte d’accusation. La procureure doit correctement orienter ses poursuites. Pendant que les ivoiriens souffraient, ceux qu’on peut aujourd’hui appeler, les nouvelles autorités ivoiriennes, étaient plutôt préoccupés à se partager la Côte-d’Ivoire comme un butin de guerre comme ils continuent d’ailleurs de le faire !

"Prisonniers de leur passion pour le pouvoir, les nouvelles autorités ivoiriennes étaient restés sourds à mes cris et à mes appels en faveur de la paix : ils ne mesuraient pas à cette époque l’importance de la paix. Heureusement qu’à la pratique de l’exercice du pouvoir, ils semblent se rendre compte que, dans un pays, la paix et la stabilité, ne dépendent pas seulement du régime au pouvoir mais qu’elles dépendent aussi de la culture démocratique, de la culture de tolérance et de la générosité politique de l’opposition.

".....Et pourtant, ces opposants d’hier, accusaient de traîtres ceux des leurs qui parlaient de paix et de réconciliation avec moi. Pendant la crise post-électorale, à la proposition de recomptage des bulletins comme solution au contentieux électoral, nos adversaires avaient préféré la comptabilité nécrologique et la force."

"Ironie du sort, c’est moi, concepteur de ‘’la victoire par la résistance aux mains nues’’, qui me retrouve ici, devant vous pour répondre de crimes contre l’humanité pendant que ceux qui ne voulaient pas entendre parler de paix parce qu’ils voulaient le pouvoir à tout prix, se trouvent en liberté et continuent de narguer leur victimes dans une indifférence coupable qui s’apparente à une complicité. Autant dire que c’est l’hôpital qui se moque de la charité."

"C’est pourquoi je demande encore : pourquoi veut-on forcement faire de moi ce que je ne suis pas ? Transformer le tort en raison, est-ce cela que nous voulons léguer aux générations futures ? Ne serait-il pas préférable de soigner la fièvre au lieu de chercher à casser le thermomètre ?"

"Je ne cherche pas seulement à être libre tout comme je ne cherche pas à avoir raison. Il y a une et unique chose que je cherche : LA MANIFESTATION DE LA VÉRITÉ. Seule la vérité aidera la cour à situer définitivement ma responsabilité ; et j’y tiens !"

"Seule la vérité pourra m’ouvrir les portes de sortie de la prison. Ce n’est ainsi que je me sentirai véritablement libre, que je pourrai regarder, la tête haute, les victimes et leurs familles qui ont été trompées par leurs vrais bourreaux qui se font malicieusement passer pour leurs bienfaiteurs, alors qu’ils sont pris en flagrant délit de falsification de l’histoire, dans la seule optique de diaboliser et se débarrasser d’adversaires politiques avec qui ils craignent de faire une compétition politique sérieuse."

"Ils me jettent La pierre ; elle me servira certainement pour ériger mon piédestal en faisant éclater la vérité à travers ce procès."

"Oui, des crimes atroces ont été commis en CI contre des populations innocentes qui étaient sans défense; les auteurs de ces crimes sont bel et bien connus. Hélas ! Ceux-ci semblent jouir d’une immunité internationale ; les violations graves des droits de l’homme dont ils se sont rendus coupables au vu et au su des organisations chargées de les dénoncer ou de les punir, ont été noyées dans l’obscurité du silence."

"Ne pouvant les (ceux-ci semblent jouir d’une immunité internationale) poursuivre, la procureure cherche vainement, par une alchimie judiciaire, à fabriquer d’autres criminels à la place des vrais auteurs ; Ce qui lui rend la tache herculéenne. Or, je le répète une fois encore : « on ne peut réclamer les dents de la panthère qu’à celui qui a consommé la tête. »

"Svp, madame la présidente, mesdames les juges,

Les victimes du commando invisible et des FRCI, à Anokoa Kouté et à Duékoué tout comme les victimes de Yopougon, de Bouaké, de petit Guitrozon, réclament toujours justice.

Leurs larmes continueront-elles de couler sur le parapluie de l’indifférence de la procureure et de la représentante des victimes ?"

".....Ensuite le plan commun :

Mesdames les juges,

Je dois avouer que c’est ici à la Haye que j’ai appris ce nouveau vocabulaire. S’il a existé un plan commun au cours de la crise en Côte-d’Ivoire, je n’en connais ni les concepteurs, ni les exécutants, tout comme j’en ignore les objectifs, contrairement aux allégations de la procureure." "Je suis plutôt allé à la rencontre des victimes de la guerre ; j’ai écouté et entendu leurs souffrances. J’ai dû braver le sarcasme et les critiques les plus acerbes pour faire le pas vers l’adversaire afin de rapprocher et réconcilier les voisins d’hier, que le conflit avait divisés."

"Existe-t-il des victimes qui n’ont pas droit à la justice ? Je parle de ces populations sans défense qui avaient fui la mort, mais que hélas, la mort a rattrapées dans des églises et des camps où ces populations avaient espéré trouver refuge ; en fait, toutes les victimes sans distinction ; car, je reste convaincu, que la vie humaine est sacrée et qu’un mort n’a ni appartenance politique, ethnique ou religieuse."

"J’ai mis en place le 98121, numéro de la paix sur lequel les ivoiriens se sont envoyés des messages en faveur de la paix. Je les ai encouragés à accepter que « la valeur du pardon réside dans la gravité de la faute pardonnée. »"

"Madame la présidente, Mesdames les juges,

Voici exposé mon plan pour la paix que j’avais en commun avec les ivoiriens épris de paix et dont j’ai connaissance. Évidemment, la procureure ne pouvait pas évoquer ce plan pour la paix puisqu’il lui fallait absolument dépeindre le Blé Goudé assassin, génocidaire."

"Mais moi, j’attends ici à la cour, la confrontation avec les témoins de la procureure pour que je parle avec eux, de la Côte-d’Ivoire et du conflit qui l’a inutilement retardée. Je ne parle pas de la Côte d’ivoire vernie à coup de propagande sur internet, mais de la Côte d’ivoire telle que la vivent mes concitoyens."

"Mesdames les juges, 

Au terme de mes précisions, vous comprendrez aisément que les charges alléguées contre moi, résistent peu à la rigueur du droit. Par conséquent, je trouve injuste que l’on veuille faire supporter à mes frêles épaules, la lourde responsabilité de la crise qui a endeuillé mon pays. Car dans mon combat légitime de non-violence, je garde les mains pures et aucune goutte de sang ne crie et ne plaide contre moi."

"Mon crime, s’il devrait en exister un, serait d’avoir crié pendant dix ans qu’il est immoral de vouloir accéder au pouvoir par la voie des armes. C’est pourquoi, il vous plaira, madame la présidente, de demander à l’accusation d’orienter ses enquêtes ailleurs et d’inscrire mon nom sur la liste des victimes de la crise. Oui, je suis une victime, quoi qu’en puissent dire mes détracteurs !"

"Je suis un homme convaincu de la force motrice de la mobilisation des masses populaires et des vertus de la non-violence. Pour moi, celui qui accorde le pardon se libère du poids encombrant de la haine. Cette philosophie est le fondement de ma vision et de mon action politique. Et quelles qu’aient été les humiliations et les tortures que mes adversaires m’aient fait subir, quelles que soient les injustices et les épreuves que me réserve le futur, Je ne compte pas y déroger."

"Toutes mes actions ont toujours été guidées par un principe : que mon nom ne s’écrive jamais du mauvais coté de l’histoire afin que je ne puisse pas léguer en héritage, à ma progéniture un patronyme ensanglanté du sang innocent de mes concitoyens. En d’autres termes, CE QUI DOIT GÂTER MON NOM DOIT AVOIR UN NOM."

"Madame la présidente, Mesdames les juges,

Au nom de cette balance, symbole de justice, qui pend là, au-dessus de vous, je vous serai reconnaissant de me laisser rentrer chez moi, auprès des ivoiriens, pour construire et bâtir ensemble avec eux la paix et la réconciliation comme je l’avais déjà commencé et que je puisse continuer de dire à ceux qui ne l’ont pas encore compris qu’on n’entre pas en politique avec les armes mais avec des idées et un projet de société."

"La prison, c’est certes dur, ça peut même durer mais, ça ne saurait durer éternellement." "Abraham Lincoln n’a donc pas eu tort d’affirmer que pour une cause noble, on ne perd jamais son temps en prenant tout son temps. Il enseigne ainsi aux partisans de la vitesse que la vie ne se résume pas aux aiguilles d’une montre mais à la qualité de nos actes pendant notre bref séjour passager sur terre. Pour dire que mes adversaires ont la montre, moi j’ai le temps."

"Et, comme Je refuse d’être la honte de ma génération et que je ne veux pas être jeté dans la poubelle de l’histoire, Je porterai ma croix avec dignité et honneur. Si je dois souffrir, je souffrirai débout, car, le poltron meurt mille fois avant de mourir."

"Même s’il m’arrivait par extraordinaire, d’être condamné aujourd’hui, je ne doute pas qu’un jour l’histoire m’acquittera."

"Mon défunt père Blé Gnépo Marcel que je n’ai pas eu la chance d’accompagner à sa dernière demeure à Kpogrobré dans la sous-préfecture de Guibéroua, me disait : « Mon fils, un fruit bien mûr ne pourrit jamais en l’air ; il finit toujours par tomber. »"

"Non, je ne suis pas anti français!

Non, je ne suis pas un chef de milices! 

Non, je ne suis pas le présumé assassin des ressortissants du nord et des musulmans de mon pays!

Non, je n’ai jamais distribué d’armes!

Non, je ne suis pas un partisan de la violence!

Non, je ne suis pas un génocidaire!"

"Que le droit nous départage ! 

Que Dieu bénisse l’Afrique, et apporte la paix en Côte-d’Ivoire et partout dans le monde ! je fais confiance à la justice internationale

Un jour il fera jour et je rentrerai chez moi !"

 

(Retranscription Michel Galy)

 

Source: Résistance Côte d'Ivoire Israël

lundi, 01 juillet 2013

LE RESPECT DE LA PROCEDURE D’EXTRADITION DES REFUGIES PAR LE PRESIDENT MAHAMA REMIS EN QUESTION

 

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Le journal Ghanéen «The Finder», dans sa livraison du 25 juin 2013 en p.3, remet en question le respect de la procédure d’extradition des refugiés ivoiriens par le président John Mahama. Selon un expert juridique qui a parlé au journal, les demandes d’extradition doivent être approuvées par les juridictions du pays d’accueil où les individus concernés ont le droit de recevoir une assistance juridique.

Voici la traduction intégrale de l'article: "Les réfugiés ivoiriens paniquent", p.3 de "The Finder" du 25 juin 2013. Par George Koomson.

Les réfugiés Ivoiriens au Ghana paniquent après l’engagement pris par le Président Mahama d’envoyer en Côte d’Ivoire ceux d’entre eux que le gouvernement ivoirien demandera.


La peur des réfugiés ivoiriens, selon un porte-parole qui a requis l’anonymat, fait suite à la déclaration du Président Mahama: Il pense que cette déclaration pourrait encourager les autorités ivoiriennes à fabriquer des allégations contre ses opposants politiques qui ont demandé l’asile au Ghana dans le but de les extrader en Côte d’Ivoire.

Le porte-parole affirme que la préoccupation immédiate des réfugiés est leur nourriture, parce qu’ils apprennent que leur stock expire à la fin de ce mois (juin 2013).

Mais il a aussi confié à "The Finder" que ses compatriotes qui résident au Ghana paniquent parce que le «Président Mahama a dit en France que si des noms de réfugiés recherchés par les autorités ivoiriennes leur étaient donnés, il accepterait de les livrer au Président Ouattara».

Répondant aux questions pendant une interview, le 29 mai en France, par rapport à l'extradition de Charles Blé Goudé, le Président Mahama a dit: «Le Ghana a une longue tradition de démocratie, et nous ne saisirons personne par le cou pour l’envoyer dans une situation dangereuse, à moins que nous n’ayions des preuves concrètes contre lui». 

Il a continué en disant que le «Président Ouattara leur a soumis une liste de personnes recherchées en Côte d’Ivoire pour des actes de déstabilisation et nous avons extradé ceux contre qui nous avons reçu des preuves convaincantes de leur implication», se référant à l’arrestation des proches du Président déchu.

Charles Blé Goudé, Jean-Noël Abéhi et Jean-Yves Dibopieu ont été arrêtés en début d’année et extradés en Côte d’Ivoire.

La façon dont s'est faite cette extradition met en question le respect de la procédure d’extradition des refugiés par le Président Mahama (...).

Le Président Mahama a fait une allégation qui n’a pas encore été rendu publique dans une interview en  France dans laquelle il apparaît qu’il aurait assumé des fonctions qui relèvent du pouvoir judiciaire.

«Il y aurait un mandat d’arrêt contre Blé Goudé et les autres, après une vidéo qui les montrait en train de parler de coup d’Etat», a-t-dit, ajoutant selon starafrica.com, qu’il y avait assez de preuves pour leur extradition. C’est donc ce qui s’est passé après leurs arrestations qui inquiètent les refugiés ivoiriens qui résident au Ghana.

Le Président Mahama, faisant allusion à ceux qui ont été extradés affirme: «C’est tout ce que nous avons, mais si nous recevons d’autres noms, nous les remettrons aux autorités ivoiriennes».

C’est cette dernière déclaration qui crée la peur chez les refugiés qui craignent que cela n’encourage les autorités ivoiriennes à envoyer plus de «preuves» au Président Mahama contre ceux qu’ils cherchent.

 

Par George Koomson. "The Finder" du 25 juin 2013.

mardi, 22 janvier 2013

L'IMAGE DE BLE GOUDE A LA DST DEJA DIVERSEMENT INTERPRETEE (VIDEO)



Images de Blé Goudé à la Dst, petit geste du gouvernement hier à l’attention des saints Thomas, diversement interprété.


Menottes aux poings et pas mal mis, avec une chemise en pagne brodée de noir et en couleur orange dominante [un clin d'œil patriotique, un coucou aux Éléphants], Blé Goudé est apparu ce soir sur l’écran de RTI1, télévision publique de Côte-d’Ivoire. Une petite concession du gouvernement serait-on tenté de dire, à l’usage des saints Thomas qui avaient encore des doutes au sujet de l’arrestation de Charles Blé Goudé. Pour le gouvernement, l’image devait convaincre de ce que Blé Goudé est bien entre les mains de la police ivoirienne.

Cela a fait plaisir à quelques pro-Ouattara qui en tirent la leçon suivante: dans l’exercice du pouvoir, dans le soutien à une cause, il faut faire preuve d’humilité, de mesure et de modération car on ne sait jamais de quoi demain sera fait et surtout, on répond toujours un jour de ses actes. Pour ces pro-Ouattara l’image de la chute de l’ex leader estudiantin et ex leader des patriotes montre bien que tout se paie tôt ou tard. Cette image et le communiqué de soutien du FPI exigeant la libération immédiate de Charles Blé Goude suffiront-ils à calmer l’ardeur des partisans de la thèse du deal ? Rien n’est moins sûr, si on considère que les détracteurs de Blé Goudé continuent de parler de mise en scène, et relèvent que l’homme avait bonne mine et souriait presque, comme si sa vocation était de se faire torturer et comme si le régime en place ne pouvait pas bien traiter un détenu.

Pour sûr, les doutes ne sont pas dissipés et l’opération rattrapage « com » du gouvernement semble avoir renforcé les doutes des sceptiques. Avec cette couleur « Orange » portée, qui ne peut être un hasard pour Blé Goudé et qui joue contre un pouvoir dont le patriotisme pour la Côte-d’Ivoire est sujet à caution chez de nombreux pro-Gbagbo.



Hervé Coulibaly, sur Connectionivoirienne.net

CHARLES BLE GOUDE, LA FIN D'UN CYCLE?

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Je croyais avoir tout lu et entendu sur Blé Goudé depuis les quelques jours que dure son arrestation-extradition. Mais c'était sans compter avec l'imagination débordante des Ivoiriens; je ne m'attendais franchement pas à ce qu'elle aille aussi loin. Jugez-en par vous-mêmes! Bonne lecture. Fernand Dindé.
 


Cinq jours après la rumeur de son arrestation au Ghana suivie d’une éventuelle extradition en Côte d’Ivoire, le mystère demeure autour de cette affaire qualifiée de « l’affaire Charles Blé Goudé ». Rocambolesque, curieuse, mystérieuse, incompréhensible…sont autant d’adjectifs a lui attribués. Et ni du côté des différentes autorités (Accra et Abidjan), encore moins dans les différents cercles très fermés de la galaxie patriotique et du FPI, rien n’est fait pour rassurer l’opinion qui continue à entretenir analyses, spéculations et jugements.

Les médias les mieux informés n’en disent pas plus depuis la petite bande n’annonce de France 24 et BBC Afrique ou encore la petite sortie médiatique de la RTI les deux premiers jours. Eux qui avaient fait de sa prétendue arrestation le 11 avril 2011, une affaire d’état. Mais là, silence radio. Comme si Charles Blé Goudé n’était plus un sujet attractif. A Abidjan pas un seul mot sur cette affaire, même dans les wôrô. Comme si la consigne était passée ou bien tellement l’affaire est sensible, que personne n’ose.

Nom de code: «Le Libanais».

Depuis la chute du régime de Laurent Gbagbo et depuis l’arrivé à la sécurité intérieur de Hamed Bakayoko, on parle désormais « du Libanais » pour désigner l’ancien chef de fil de la galaxie patriotique, dans le milieu des grandes oreilles de la République. « Le Libanais a mal négocié son retour. C’est dommage ! » Nous a révélé une source bien introduite depuis Abidjan dès l’arrivé de Charles Blé Goudé sur la terre de ses ancêtres après deux ans hors de son Yopougon.
Et cette même source de tenter d’éclairer notre lanterne :

En réalité, Charles Blé Goudé n’a jamais fait de demande d’asile politique au Ghana. De sorte qu’il ne laisse de trace nulle part. L’argument donné à ses proches a été la sanction onusienne de 2006 lui interdisant de voyager. Sa présence au Ghana et sa déclaration auprès des autorités ghanéennes causerait une gêne. Et pour autant, les services ghanéens savaient bel et bien qu’il séjournait sur leur sol. Aussi, ont-ils eux aussi décliné toute responsabilité vis-à-vis d’un Blé Goudé qui pourrait être encombrant. Voilà pourquoi ont-ils à leur tour fermé l’œil sur tout. A l’information donc qu’il serait d’abord enlevé puis conduit par la suite au bureau national d’investigation (BNI) avant de négocier son extradition avec les autorités ghanéennes, il faut retenir que rien de tout cela.

Le Libanais n’a jamais mis les pieds à la BNI.

Tout a été planifié et le maître d’ouvrage est bel et bien Hamed Bakayoko avec pour exécutant, Wattao.
Quand, le ministre de l’intérieur disait à qui veut l’entendre qu’il était en contact avec son ami, Blé Goudé, les ivoiriens ont pris cela pour du bluff. Entre temps, le libanais était de tout son semblant d’exil en contact avec son autre ami, Wattao (on se souvient de la caravane de la paix. C’est bien wattao qui l’avait accueilli chez lui à Bouaké). Ce qui a donné droit aux rebelles avec à leur tête Guillaume Soro de rentrer à Abidjan officiellement après plusieurs années d’isolement à Bouaké, la capitale de la rébellion.
Alors, il fallait rendre l’ascenseur à un ami de génération. Qui a permis que la rébellion de Soro devienne une affaire banale avec laquelle les ivoiriens devraient apprendre à vivre.

C’est la décision et la volonté du Chef. Le président Laurent Gbagbo et son épouse avaient eux aussi suivi les conseils de leurs poulain à l’époque. Qui n’a pad vu, Simone Gbagbo danser avec un Konaté Sidiki (N°2 de la rébellion) sur un podium à Yopougon ? Allons-nous voir dans les prochains jours, Dominique Ouattara danser avec Charles Blé Goudé au stade d’Abobo au nom de la réconciliation ? Qui vivra verra.

Mais alors si tel devrait être l’issu de ce retour au bercail, pourquoi cela s’est passé ainsi ? Dans un flou orchestré ?

Le libanais a mal négocié son retour

Selon notre informateur, le libanais qui était en contact avec les services de Hamed Bakayoko et Wattao a reçu l’ultime assurance que rien ne lui arrivera une fois à Abidjan. C’était le dimanche 6 janvier 2013, à la veille de la prestation de serment du président ghanéen, John Dramani Mahama. C’est bien ce soir là que Hamed Bakayoko à Accra avec son patron Alassane Ouattara, aurait présenté celui qu’on nomme le libanais au président ivoirien. A partir de là, les choses vont s’accélérer. Bien qu’il eût reçu l’assurance des autorités ivoiriennes, Charles Blé Goudé, fin politicien prend quelques précautions.

La veille, c’est-à-dire le 16 janvier, il propose à ses amis de France 24 une interview exclusive. Le rendez-vous est ainsi pris pour le 17 janvier autour de 9h à son domicile d’Accra. Le même jour, très tôt, Charles Blé Goudé fait le ménage. Il demande à son grand frère Copé de lui faire une course au centre ville d’Accra. Il ne reste que lui, son chauffeur et son domestique. Deux jeunes ghanéens naïfs mais qui pourraient témoigner au cas où l’opération tourne mal. Les choses se passent donc comme convenu, mais le plan est faussé car, il ne fallait pas faire de bruit autour. Mais trop tard, le libanais qui voulait être plus malin que le pouvoir d’Abidjan, avait vite fait d’impliquer France 24 sans vraiment leur dire ce qui allait se passer ce 17 janvier. Et l’opération fut ébruitée avant même qu’elle ne connaisse un début de commencement.

Quel était le premier plan?

En réalité, Charles Blé Goudé n’a jamais porté dans son cœur, malgré toute sa largesse l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo.

Plusieurs sources proches du leader de la galaxie patriotique racontent que l’ancien ministre de la jeunesse et de l’emploi du dernier gouvernement Aké Ngbo n’a toujours pas digéré le retard que Laurent Gbagbo aurait mis pour le nommer à un poste de responsabilité au moment où ses camarades de la Fesci, Guillaume Soro ou encore Konaté Sidiki et autre Soul to soul occupent des grandes postures en Côte d’Ivoire et lui n’aura joué que le rôle d’un simple harangueur de foule, voire un anti français. Une posture qui pourrait lui être préjudiciable à l’avenir. Mais le job, il l’a fait quand même.

Et un jour il fallait qu’il s’en débarrasse et fasse un choix. Soro l’a fait avec Gbagbo puis Ouattara puis Gbagbo, puis Ouattara…Il fallait aussi attendre le bon moment. On comprendra plus tard pourquoi, il avait refusé de prendre le commandant Duarte, aide de camp de Gbagbo, au téléphone un 28 mars 2011, au moment où Laurent Gbagbo multipliait les coups de fils pour savoir où Blé Goudé se trouvait. Nous y reviendrons.

Dans le schéma entre le libanais et Abidjan, les ravisseurs devraient le prendre depuis chez lui à Accra (East Legon) ce 17 janvier et le conduire directement dans le nord de la Côte d’Ivoire dans une résidence surveillée. Il devait y rester jusqu’au dimanche 20 janvier, jour où il était projeté une dernière attaque à Abidjan. Dans les investigations, Hamed Bakayoko ferait une sortie médiatique et présenterait Charles Blé Goudé comme l’auteur du coup. L’annonce de son arrestation et de son transfèrement dans le nord deviendrait officielle. Blé Goudé devenant prisonnier de fait, peut paisiblement passer de bon moment dans une villa sécurisée dans le nord.

A l’approche du 17 février 2013, date de l’ouverture de l’audience de confirmation des charges du président Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara sort son joker. Il libère, Michel Gbagbo et Blé Goudé qui tient un discours de rupture avec ses anciens alliés du FPI. La tournure devrait être : La Côte d’ivoire comme l’intérêt national. Blé Goudé qui est présenté par ses partisans comme un homme de paix (caravane de la paix) reprend les choses en mains et sensibilisent la population.

Malheureusement, ce scénario est devenu caduque. Et même si c’était à refaire, ils sont de plus en plus nombreux à découvrir la supercherie de l’ancien leader des jeunes patriotes. Voilà pourquoi, le libanais ne quittera pas Abidjan où il serait dans une villa tenue secrète jusqu’à la tombée de la fièvre des spéculations. Le problème, c’est quand va-t-il sortir de cette cachette et commencer le job promis à Ouattara ? Peut-il encore trouver les ressources nécessaires pour entretenir le silence, comme il l’a fait durant ses deux ans d’exil?

Car on le sait, si cette opération reste un deal entre le libanais et Hamed et Wattao et Soro (tous pareils), Alassane Ouattara lui veut aller au plus pressé et cette sortie de Blé Goudé devrait retentir dans les oreilles de la communauté internationale comme un acte majeur pour la normalisation de la vie socio politique en Côte d’ivoire, condition pour un retour des investisseurs.

Enfin, même si cela devrait se passer ainsi, combien sont-ils à suivre l’ancien chef de fil de la mobilisation en Côte d’Ivoire? Dix ans de crises n’ont-ils pas assez formé et formaté une population encore et toujours attachée à leur Laurent Koudou Gbagbo détenu à la Haye et dont la libération reste la seule condition pour une réconciliation vraie?

Quelles sont encore les marges de manœuvre de Charles Blé Goudé?

Que peut faire un Blé Goudé seul dont on connait le passé très tumultueux avec PDCI de Bédié (il aurait pris 20 millions de Bédié afin de le convaincre de sa fidélité au moment où des soupçons d’un Eugène Djué qui aurait trahi faisait rage au sein du PDCI), le RDR de Ouattara qui aurait financé le jeune Secrétaire de la Fesci (99-2001) au moment où le RDR et le FPI se disputaient le contrôle du syndicat estudiantin ; Finalement Blé basculera avec l’arrivée de Robert Guei en 99 (21 avril 2000, on le verra aux côtés de Martial Ahipeaud lors de la célébration du retour de Londres de ce dernier et au 10 e anniversaire de la Fesci).

Aux élections présidentielles de 2000, Blé Goudé reste toujours aux côtés de son ancien SG, Martial Ahipeaud et battra campagne pour Guei Robert. D’ailleurs, on se souvient de l’amical, «les anciens de la Fesci» qui comptait, Blé Goudé, Blé Guirao et Martial Ahipeaud…Bref, le même Charles Blé Goudé alors qu’il jouissait déjà des avantages du pouvoir FPI s’est de tout temps targué de n’avoir aucune accointance avec le FPI. En 2004, il fuira l’opération dignité alors qu’il en était informé pour aller se réfugier à San Pedro. En 2011, il sera le premier à prendre ses jambes au cou au moment où les bombes françaises crépitaient sur la tête de Laurent Gbagbo. Voilà le vrai visage du dernier rempart pour la réconciliation. Comme si 2013 était1913.

Alors, les uns et les autres peuvent continuer à spéculer sur un éventuel transfèrement de Charles Blé Goudé à korhogo ou à la Haye. A la vérité, le deal aurait mal tourné et les deux camps devront trouver une issue. Aussi, Blé Goudé serait en train de rassurer ses fidèles lieutenants sur ce nouveau choix. Il aurait déjà convaincu par personne interposée ses parents du village. « C’est politique » leur aurait-il dit en substance. Au niveau de la diaspora, tout est fait pour minimiser l’affaire. Mais tôt ou tard, Il faudra que Blé Goudé s’adresse à la nation ivoirienne et donne sa dernière position sur la sortie de crise. Et ce n’est pas un Ouattara qui refuse d’envoyer Simone Gbagbo à la Haye qui livrera Blé Goudé là où la CPI avait tout le loisir de le cueillir depuis Accra.

Juste pour l’histoire

Loin de faire le procès d’un Charles Blé Goudé qui il faut le retenir aura donné sa poitrine pour la défense des institutions de la république de 2002 à 2011, il nous importe au moment où nous sommes de plus en plus convaincus que lui-même entend écrire une autre page de son histoire, de faire ce rappel historique afin de l’y aider.

Dans notre prochaine publication, nous allons rafraichir la mémoire de tous sur comment, quand et pourquoi, Charles Blé Goudé est sorti du pays pendant la crise postélectorale. Où résidait-il réellement à Accra? Qui l’hébergeait et comment était géré son quotidien pendant deux ans.

Affaire à suivre !

 
Eventnews Tv, le 22 janvier 2013.


Source: AFRIK53.COM

SITUATION SOCIOPOLITIQUE - APRES L'EXTRADITION DU PRESIDENT DU COJEP: VOICI LES VERITES DES PRO-GBAGBO ET PRO-OUATTARA




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Manifestement l’affaire Blé Goudé n’a pas encore livré tous ses secrets. 



Les spéculations et supputations continuent donc autour de cette certitude: Blé Goudé a été appréhendé au Ghana et est actuellement détenu en Côte d’Ivoire, selon un communiqué du gouvernement. Son mode d’arrivée à Abidjan n’a pas été officiellement précisé ni par le Ghana, encore moins par la Côte d’Ivoire, même si plusieurs sources assurent qu’il est arrivé par un avion affrété par Abidjan. 

Depuis son arrivée le Vendredi dernier, Blé Goudé a été entendu par la justice ivoirienne, par contre, il n’a pas encore bénéficié d’assistance connue d’avocat. A Accra, il n’a pu voir ni son avocat, ni ses proches. Une telle rencontre aurait pu donner des informations précises sur son état d’esprit, ainsi que sur les circonstances de son arrestation. Depuis son arrivée à Abidjan, aucune indication n’a été donnée sur la possibilité pour les siens (sa famille et ses parents proches, ou amis politiques) de le rencontrer. Une demande des avocats et des siens a-t-elle été formulée en bonne et due forme, auprès de la justice? 

Alors que seule une rencontre éventuelle à Abidjan entre des proches et avocats, peut aider à avoir des éléments précis de la version du concerné, la bataille fait rage sur le net, mais aussi dans les foyers entre les partisans de la thèse d’un deal avec les autorités ivoiriennes, et ceux qui estiment qu’il n’en est rien. Parmi ceux qui estiment qu’il y’a deal figure Touré Moussa Zeguen, qui dans un post sur Facebook hier, s’est lancé sans précaution en émettant de sérieux doutes sur les circonstances de l’arrestation et de l’extradition en Côte d’Ivoire, de Blé Goudé. 

L’ex-président du GPP fait état des contacts entre le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et Charles Blé Goudé, dont il évoque également les relations avec d’autres responsables et acteurs du régime Ouattara. Patrick Zasso, dit en Global, lui a rétorqué qu’il n’en est rien, mais Zeguen a persisté et signé. Serges Kassy et quelques autres en ont appelé à la modération et à la retenue, indiquant qu’il n’est pas question d’étaler des divergences sur la place publique. Selon eux, cela fait le jeu de leurs adversaires, à condition disent-ils de ne pas se tromper d’adversaires. «Certains pensent que notre adversaire est Blé Goudé, il n’en est rien. Il est en difficulté, ce n’est pas le moment de l’accabler», conseille un pro-Gbagbo tandis qu’un autre calme le jeu: «si on a pris le capitaine (Gbagbo) et qu’on n’est pas mort, pourquoi pleurer pour le tilapia (Blé Goudé)». Un peu plus mystiques, quelques uns prédisent une accélération des événements, et annoncent (sans en donner ni la raison, ni une preuve convaincante hormis leur seule foi et leur seule certitude), que la fin de la crise ivoirienne, marquée par la fin du pouvoir Ouattara n’est plus loin à la lumière de l’environnement créé par la situation confuse de Charles Blé Goudé. 

De façon générale, en dehors du FPI qui semble avoir refusé d’en faire une question préalable, Blé Goudé étant un pro-Gbagbo en difficulté comme les autres (comme Laurent Gbagbo, Simone Gbagbo, Affi Nguessan et d’autres….), exilés pro-Gbagbo semblent n’avoir pas encore perçu le fait que le sort de Blé Goudé devrait conduire à changer d’optique et à sortir des postures radicales et extrémistes. L’incantation, le refus du dialogue et le refus radical de l’option de la violence au profit d’une bataille démocratique ont encore droit de cité, conduisant à parler à bout de chant de trahison, à l’encontre de Blé Goudé, après que Miaka, Aké N’Gbo et quelques autres aient été victimes de la même suspicion. Les pro-Ouattara eux, assistent pas mécontents à cette guéguerre, à ce déchirement entre LMP et pro-Gbagbo. 

Deal ou pas deal, les partisans et soutiens du chef de l’Etat ivoirien estiment qu’il est bien que Blé Goudé soit en Côte d’Ivoire, et en position de répondre de faits éventuels devant la justice de son pays. Selon eux, au-delà du cas Blé Goudé, l’occasion est bonne pour les pro-Gbagbo de rentrer au pays, car la lutte ne se fait pas sur facebook, ni tweeter mais bien sur le terrain comme l’a dit Patrick Zasso. Certains rappellent même les paroles dites par le ministre d’Etat Hamed Bakayoko, qui avait prévenu et indiqué qu’après la présidentielle au Ghana, les choses iraient plus vite dans la normalisation entre la Côte d’Ivoire et son voisin. 

Peu avant, Hamed Bakayoko avait rassuré les Ivoiriens au sujet des exilés, à peu près en ces termes: «ne vous inquiétez pas, nous allons les prendre un à un et les ramener au pays». Vu sous cet angle, des pro-Ouattara estiment que sans nullement renier leur engagement, les pro-Gbagbo en exil n’ont pas d’autre choix que de rentrer dans leur pays, pour solder leurs comptes avec la justice et obtenir leur liberté, avec la possibilité de bénéficier du vent de réconciliation qui soufflera malgré tout sur la Côte d’Ivoire en 2013, année de la réconciliation selon aussi bien le Président Alassane Ouattara, que le Premier ministre Daniel Kablan Duncan et Hamed Bakayoko, qui savent de quoi ils parlent, quand ils annoncent des avancées au niveau de la réconciliation. 

Qu’il y ait deal ou pas, le retour au pays de Blé Goudé, la préservation de son intégrité physique (c’est-à-dire le fait qu’il soit en vie), doit être donc perçu, selon eux, comme un signal à rentrer au pays, pour tous ceux qui hésitent. Le message est simple: rentrez au pays, rien ne vous arrivera, on ne vous tuera pas, on prendra soin de vous. Une telle option (de réconciliation au forceps) peut paraître d’autant plus crédible qu’elle intervient avec l’ouverture d’un dialogue direct et permanent entre le gouvernement et le FPI. 

Un tel dialogue direct et permanent avait souvent manqué tant les uns et les autres étaient braqués sur leurs positions. Le seul hic qui pourrait si l’on n’y prend garde tout bloquer, c’est que cette façon de voir n’est pas du tout partagée par certains extrémistes, qui veulent vraiment en découdre, et qui pourraient, s’ils obtiennent gain de cause, pousser les autorités a radicaliser les choses, et à rendre la situation plus difficile aussi bien pour Charles Blé Goudé et les autres exilés. Toutefois ceux qui estiment qu’il faut capitaliser les acquis actuels, marqués par la libération de certains pro-Gbagbo à la veille de Noël, le dialogue indirect de Dakar et l’attitude favorable actuelle du FPI, pourrait demeurer à la manœuvre malgré tout. 


In le quotidien ivoirien "L'intelligent d'Abidjan".


Source: AFRIK53.COM

jeudi, 25 octobre 2012

INTERVIEW - DAMANA PICKASS: «MOI CATHOLIQUE, COMMENT MON CHEMIN PEUT-IL CROISER CELUI DES ISLAMISTES?»


côte d'ivoire,interview de damama pickass,«moi catholique comment mon chemin peut-il croiser celui des isl

 

Comme vous l’avez sans doute lu dans notre édition du lundi 22 octobre 2012, de retour de Windhoek (Namibie) pour le match aller des Etalons cadets, nous avons passé trois nuits à Accra qui ont été mises à profit pour rencontrer des exilés de la galaxie Gbagbo, parmi lesquels Damana Pickass, le «patriote» qui avait déchiré les résultats partiels du second tour de la présidentielle ivoirienne. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il justifie son acte et charge naturellement au passage la gouvernance du président Alassane Ouattara.


Comment se porte Damana Pickass ?

• Grâce à Dieu, je vais bien. Je suis en vie, et c’est l’essentiel.

Depuis quand êtes-vous à Accra ?

• Depuis le 16 avril 2011, 5 jours après la chute du président Laurent Gbagbo. Après plusieurs péripéties, j’ai pu finalement arriver à Accra, où je me sens beaucoup plus en sécurité avec ma famille.

Vous avez pris la poudre d’escampette pour vous mettre en lieu sûr. Pourtant au même moment, vous avez demandé aux jeunes de rester mobilisés pour organiser la résistance. N’est-ce pas gênant ?

• Je n’ai pas pris la poudre d’escampette. Nous avons mené la bataille, nous étions sur le terrain pendant les moments de braise, quand Abidjan était encore à feu et à sang. Nous avons travaillé à galvaniser les populations, les forces de défense et de sécurité. Nous faisions même de la collecte de moyens matériels et de vivres pour les militaires pendant que ça tirait encore dans les rues de la capitale économique ivoirienne. Donc on ne peut pas dire aujourd’hui que j’ai abandonné les militants tout en demandant aux jeunes de résister. La posture d’exilé n’est pas une posture de défaitiste, mais plutôt celle du refus et du combat. Et nous sommes toujours dans le combat. Il faut dire qu’en tant qu’acteur de premier plan, j’étais personnellement visé. Je le souligne parce que ma maison a été l’objet d’attaques violentes à l’arme lourde. Il fallait donc que je prenne du recul pour rester en vie afin de poursuivre la lutte. Même si nous sommes courageux, téméraires et déterminés, nous ne sommes pas des kamikazes.

Certains pro-Gbagbo ont, semble-t-il, réussi à quitter Abidjan avec la complicité des ex-rebelles. Est-ce votre cas ?

• Non ! Personnellement, je suis parti après plusieurs péripéties. J’ai utilisé les voies terrestre et lagunaire pour rejoindre le Ghana. Je ne pense pas que les pro-Gbagbo aient été escortés par des ex-rebelles. Ce sont des rumeurs et de l’affabulation que les uns et les autres utilisent pour jeter le discrédit sur les fidèles de Gbagbo et comme je n’ai pas de preuve, je ne vais pas aller dans ce sens.

Vous avez déchiré en direct à la RTI les résultats partiels de la présidentielle, qui n’arrangeaient pas votre mentor. N’avez-vous pas contribué par ce geste à montrer que votre champion avait véritablement perdu l’élection ?

• Je voudrais dire d’abord que je n’ai pas déchiré de résultat ; donc je ne pense pas que cela ait contribué à présenter Laurent Gbagbo comme celui-là qui était en difficulté au niveau du dépouillement. Mon acte a été un acte de dénonciation qui avait pour objectif majeur et fondamental de montrer à la face de l’opinion nationale et internationale que le processus électoral dans lequel nous étions engagés était biaisé d’avance. C’était un processus frauduleux. Il y avait même au sein de la CEI (NDLR : Commission électorale indépendante) tout un réseau frauduleux de proclamation de résultats, et cela avait été mis en exergue lors de la publication des résultats de la diaspora qui ont été proclamés au mépris des règles que la CEI s’est elle-même fixée. Yacouba Bamba, qui n’est que le porte-parole de la Commission, a pris sur lui, à l’insu de l’ensemble des commissaires centraux, la responsabilité de publier les résultats bruts tels qu’ils sont arrivés de la diaspora comme étant des résultats qui avaient été consolidés par la CEI. Ce qui était inexact. Il a voulu encore publier des résultats qui n’avaient pas encore été consolidés par la CEI. Donc Yacouba Bamba était en situation de récidive. Face à cette situation, nous avions le choix entre laisser la forfaiture se poursuivre ou y mettre fin en créant le choc quand bien même nous étions devant les médias et la communauté internationale. Je pense qu’on n’avait pas d’autre choix que de mettre un terme à cette pratique honteuse et frauduleuse. A partir de là, vous avez dû constater toutes les anomalies que le processus électoral a connues depuis le premier tour jusqu’au second. Les exactions qui ont eu lieu ont commencé à être révélées. Et pire, les chiffres qui n’étaient pas ceux de la CEI ont été néanmoins rendus publics dans un hôtel qui s’avère être le QG des rebelles depuis 2002 et en même temps le QG de campagne d’un candidat, en l’occurrence Alassane Ouattara. Cela en violation une fois de plus flagrante des protocoles d’accord dont la CEI s’est elle-même dotée.

En dépit de ces fraudes, la communauté internationale a validé les résultats publiés par le président Youssouf Bakayoko à l’hôtel du Golf. Et tout un matraquage médiatique s’en est suivi donnant l’impression au monde que c’était les résultats de la CEI. Et pourtant, ce n’était pas le cas. Jusqu’à l’heure où je vous parle, mon cher journaliste, et dites-le au peuple frère burkinabè et à l’opinion internationale : je mets quiconque au défi de prouver que la CEI avait fini de délibérer et était d’accord sur un procès-verbal. Il n’existe aucun résultat de la CEI. Ce sont des chiffres qu’ils ont inventés et qu’ils sont allés publier de façon honteuse et grossière. Ce qui s’est passé, ce ne sont pas des élections et ce ne sont pas des résultats de la CEI. C’est donc sur la base du faux, de la manipulation, de la tricherie et d’un complot international avec en tête la France venue faire la guerre à la Côte d’Ivoire pour évincer le président légitimement élu et installer l’instrument de l’Occident, en l’occurrence Ouattara. Il fallait lever un coin du voile en empêchant la proclamation frauduleuse de ces élections, et c’est ce que j’ai fait.

N’y avait-t-il pas d’autres moyens pour contester les résultats que de les déchirer ?

• On n’est pas toujours fier de la façon dont les choses se sont passées parce que cela traduit un échec de la commission électorale indépendante. Mais ça traduit aussi nous-mêmes notre échec de façon individuelle à pouvoir assumer en toute responsabilité et en toute dignité la mission que le peuple de Côte d’Ivoire nous a confiée à un moment aussi important de son histoire. Ça c’est ce qui concerne la forme.

Mais dans le fond ! Je pense que jusqu’à présent, nous n’avons rien à regretter. Il ne faut pas nous accuser. Si vous avez bien suivi l’élément filmé, nous sommes tous des membres de la commission électorale, des commissaires centraux tout comme Bamba Yacouba. Donc un des nôtres est sur le point de proclamer des résultats qui posent visiblement problème. Vos collègues arrivent et vous interpellent,je pense que ce qui aurait été sage, c’aurait été que monsieur Bamba annonçât à la presse que compte tenu des problèmes, la proclamation des résultats était reportée, le temps que la commission centrale adopte les chiffres de façon unanime. Mais il a fait preuve d’un entêtement qui ne nous a pas donné d’autre choix que d’agir de la sorte. C’est l’attitude du porte-parole qui a commandé notre action : il voulait faire triompher la fraude et la tricherie. Il fallait aller à la confrontation pour attirer l’attention de l’opinion sur le fait que le processus était biaisé.

Mais tout ça aurait pu être évité…

• Oui évidemment ! Je pense qu’on aurait pu éviter cette crise à la Côte d’Ivoire, on aurait pu éviter cette crise à la sous-région, à toute l’Afrique et au monde entier. Je laisse de côté ce qui s’est passé antérieurement. Mais en définitive, les deux candidats revendiquaient la victoire. La chose la plus simple, la plus aisée et qui aurait pu mettre tout le monde d’accord, c’était cette commission internationale proposée par le président Laurent Gbagbo en vue du recomptage des voix. Une simple opération d’arithmétique. On allait ressortir les procès-verbaux pour recompter les voix parce que, cher journaliste, il s’est passé beaucoup de choses inadmissibles dans ce processus. Dans certaines régions, le nombre de personnes ayant voté effectivement pour ADO est supérieur au nombre d’inscrits. L’exemple frappant, c’est celui de Bouaké dans la région de la Vallée du Bandama : il y avait un écart ahurissant entre les voix obtenues par monsieur Ouattara et les inscrits, c’est-à-dire qu’il a eu plus de voix que de personnes enregistrées sur la liste électorale.

Si on fait l’audit du processus électoral, vous allez voir que ce genre d’exemples se multiplient. Et puis le scrutin en lui-même n’a pas été libre, surtout dans la partie septentrionale de la Côte d’Ivoire. Les observateurs de l’Union africaine l’ont attesté dans leur rapport, c’est connu de tout le monde mais personne n’en a voulu faire cas. Il y a eu des morts, des personnes ont été assassinées, des personnes ont été empêchées de voter, des femmes ont été violées.

Mais en dépit de tout, on a simplement demandé une banale opération de recomptage des voix comme cela s’est fait ici au Ghana lors des dernières élections, comme cela s’est fait en Haïti et même aux Etats-Unis, dans l’Etat de Floride en 2004. Ils ont refusé cette solution qui aurait pu mettre tout le monde d’accord et épargner de nombreuses pertes en vies humaines. Ce qui m’a le plus choqué, c’est que lorsque le président Gbagbo a fait cette proposition salvatrice, la première réponse est venue des Nations unies. Le secrétaire général des Nations unies, Ban ki Moon, a été le premier à répondre au Président Gbagbo pour dire que le recomptage des voix va créer un préjudice grave à monsieur Ouattara. Quel préjudice un recomptage de voix peut-il créer ? Et puis, pourquoi c’est Ban ki Moon qui répond en lieu et place du candidat qui est directement concerné ?

Mais l’ONU était chargée de certifier les résultats…

• C’est exact ; mais les élections se déroulent entre deux personnes, deux camps. Si les deux parties s’accordent pour le recomptage des voix, où est le problème de l’ONU ? En fait, le rouleau compresseur était déjà en marche : il fallait renverser Laurent Gbagbo. Le recomptage des voix allait permettre à la communauté nationale et internationale de se rendre compte des irrégularités, de nombreuses fraudes et tripatouillages des chiffres. Cela allait établir clairement et nettement la défaite de monsieur Ouattara. Ils ont donc masqué la vérité à travers les bombes et les coups de canons.

Mais aujourd’hui la question demeure parce que les coups de canons n’ont pas résolu la question de qui a gagné les élections. Visiblement, ils ont utilisé l’argument de la force pour gagner mais le problème initial est toujours là. On ne devient pas président démocratiquement élu dans la violence brute et aveugle. On devient président par les suffrages et sur ce suffrage-là, il y avait un désaccord là-dessus que les bombes n’ont pas résolu.

Dans tous les cas, le constat est là. Ouattara est au pouvoir. Vous avez donc perdu sur les plans électoral et militaire. Pourquoi ne pas faire profil bas et rentrer dans les rangs ?

• Non, nous n’avons pas perdu le pouvoir sur le plan électoral. Nous l’avons plutôt perdu sur le plan militaire, avec les coups de canons et d’obus. Il s’agit d’un vrai coup d’Etat militaire perpétré par la France de Nicolas Sarkozy qui est un ami personnel de Ouattara et les réseaux de la Françafrique. Il faut que cela soit clair et net : Gbagbo n’a pas perdu les élections…

Vous voulez alors à votre tour perpétrer un coup de force puisque vous êtes accusé de vouloir déstabiliser le régime d’ADO.

• C’est grotesque et ridicule de m’accuser sans preuve de vouloir mener un projet de déstabilisation de concert avec des réseaux islamistes d’Ansar Dine et la junte militaire au Mali. Je ne sais pas où ils ont pu trouver cette grossière invention, parce que moi je suis militant du Front populaire ivoirien, un parti d’obédience socialiste. Vous savez que le socialisme est l’obédience politique la plus proche des valeurs humaines. Je suis socialiste et de surcroît catholique pratiquant ; je ne sais pas comment mon chemin peut croiser celui des islamistes. Nous avons des valeurs qui sont aux antipodes les unes des autres. C’est donc un mensonge grossier. Et puis, comment en l’état actuel de la crise au Mali, on peut réussir à mettre ensemble la junte et le groupe islamique d’Ansar Dine qui sont aujourd’hui diamétralement opposés dans la crise du Mali. Comment peuvent-ils être d’accord dans le but uniquement d’aller déstabiliser un autre pays de la sous-région. Autant se mettre d’accord pour résoudre d’abord leur propre problème. Après éventuellement ils verront comment ils vont créer les troubles chez le voisin. Ceux qui ont monté cette histoire ont été très peu ingénieux ; le montage sautait aux yeux. Je réfute de façon véhémente toutes les accusations mensongères et grossières qui visent à jeter l’anathème sur les pro-Gbagbo dans le but de les diaboliser et se donner les moyens politiques et juridiques pour faire la pression sur le Ghana en vue de notre extradition. Le régime en place à Abidjan a fait de l’emprisonnement et de l’extermination des pro-Gbagbo son programme de gouvernement. Pour les pro-Ouattara, ils auront réussi leur programme de gouvernance quand il n’y aura plus un seul pro-Gbagbo sur la terre, ce sont les Nazis de notre époque.

D’où viennent alors les raids meurtriers contre le pouvoir si ce ne sont pas des pro-Gbagbo ?

• Mon cher journaliste, vous m’avez vu ici en exil, vous m’avez vu en train de parcourir des kilomètres à pied pour venir vous rencontrer. Pour faire un coup d’Etat et des attaques, il faut quand même un minimum. Ils savent comment ils ont fait leur coup d’Etat et comment ils ont préparé leur rébellion. Ils avaient un pays qui était leur base arrière, connu de tous : le Burkina Faso qui les approvisionnait. Ils avaient des soutiens financiers énormes. Mais nous, qu’avons-nous ? Le Ghana nous accorde l’hospitalité mais en même temps ses autorités disent que leur pays ne doit pas servir de base arrière à la déstabilisation d’un pays. La tradition ghanéenne recommande d’héberger toute personne qui se sent en danger chez lui. Notre exil est en conformité avec la constitution du pays mais en même temps cela ne nous donne pas le droit de faire n’importe quoi ici, en l’occurrence tenter de déstabiliser un autre Etat.Les autorités sont très strictes là-dessus. Donc nous n’avons même pas l’occasion de penser à ce genre d’entreprises. Premièrement, nous n’avons pas de base arrière militaire et deuxièmement tous nos avoirs ont été gelés par Ouattara. De quelles ressources disposons-nous pour planifier autant d’attaques ? On a d’abord des problèmes personnels qui font qu’on arrive difficilement à joindre les deux bouts. Ce qu’on reçoit ici, c’est juste pour la survie et non pour monter des entreprises de déstabilisation. Une fois de plus ce ne sont que des tentatives de diabolisation dans le but de nous présenter à la face de l’opinion nationale et internationale comme de vulgaires bandits qui ne cherchent qu’à créer le désordre dans la sous-région. Sinon, je pense que monsieur Ouattara doit trouver au plan intérieur dans sa gouvernance personnelle les germes de sa propre déstabilisation. Aujourd’hui 17 octobre (NDLR : l’entretien a eu lieu mercredi passé) les FRCI se sont tirés dessus à Abobo et à Bonoua. Cela est devenu le quotidien des Ivoiriens et le fait que les FRCI se tirent dessus à longueur de journée n’émeut plus personne. C’est une armée indisciplinée, qui n’obéit pas à un seul centre de décision. Il y a des Dozos, des ex-rebelles et des ex-FDS et chacun a son centre de commandement. Alassane Ouattara lui-même sait qu’il n’a pas d’autorité sur cette armée. La preuve est qu’il a lancé plusieurs appels pour libérer les habitations privées des pro-Gbagbo que certains pontes des FRCI occupent, mais toutes les maisons sont toujours occupées. Il a appelé au désarmement mais jusque- là, chacun d’eux porte son arme. Ils disent même que monsieur Ouattara leur a fait des promesses qu’il n’a pas tenues. Il a promis à chacun d’eux 5 millions de francs plus un véhicule bwaka et aujourd’hui il y en a qui réclament leur dû. Comme ça tarde à venir, ils se payent eux-mêmes sur le terrain, comme ils le disent, en agressant les populations dans leur résidence, en coupant les routes, en braquant les établissements financiers. Donc ce qui se passe là, il ne faut jamais voir la main de l’extérieur. Il s’agit des problèmes internes à la Côte d’Ivoire et aux FRCI.

Le processus de réconciliation est pourtant en marche.

Il n’y a pas de réconciliation en Côte d’Ivoire actuellement, c’est de la comédie pure et simple. Il n’y a pas même un début de réconciliation. C’est pour faire croire à la communauté internationale qu’ils sont dans une phase de décrispation et de réconciliation avec leur opposition. Mais dans la réalité, tous les actes, les faits et gestes qu’ils posent quotidiennement démontrent qu’ils ne sont pas eux-mêmes prêts pour la réconciliation et la concorde nationale. C’est du bluff et nous, nous ne marchons pas dans le mensonge…

Charles Konan Banny, le président du comité Forum-Vérité et Réconciliation montre quand même une certaine volonté d’aller de l’avant.

• Je ne doute pas de la bonne foi du président Banny. Oui, ce monsieur a bien envie de réconcilier les Ivoiriens. Mais sa volonté, sa disposition d’esprit rencontrent une opposition ferme de la part du clan Ouattara. Et je suis tout à fait d’accord qu’il ait mis monsieur Ouattara face à ses responsabilités puisqu’il a dit qu’il va se reposer maintenant après ses tournées pour recueillir les avis de la population ivoirienne. On ne peut pas prôner la réconciliation et continuer de brimer un seul camp, continuer d’emprisonner uniquement les pro-Gbagbo, appliquer une justice à double vitesse, une justice des vainqueurs. Au moment où je vous parle, Alphonse Douaté, qui est l’un des responsables du Front populaire ivoirien, est en prison avec sa fille et sa femme. Moi-même, mes deux frères, l’aîné et le petit frère ont été arrêtés simplement parce qu’ils sont mes frères. Mais si on estime que j’ai commis des crimes, je suis suffisamment majeur, je suis responsable soit au plan civil soit au plan pénal. Donc, c’est moi seul qui dois répondre de mes actes et non ma famille qui n’a rien à y voir. C’est devenu une pratique en Côte d’Ivoire. On ne peut pas vouloir de la réconciliation avec des milliers d’Ivoiriens dans des camps de réfugiés au Liberia, au Mali et des exilés. On ne peut pas vouloir de la réconciliation si on animalise les gens en bloquant toutes leurs ressources, en gelant tous leurs avoirs pour les réduire à l’indignité. On ne peut vouloir de la réconciliation quand des biens privés sont saisis de façon illégale et immorale par les hommes de monsieur Ouattara. On ne peut vouloir de la réconciliation lorsqu’on continue de maintenir des innocents en prison.

Que proposez-vous alors pour une véritable réconciliation ?

Il faut libérer le président Gbagbo et tous les prisonniers politiques civils et militaires. Il faut favoriser un retour sécurisé de tous les exilés, il faut rendre tous les biens confisqués et dégeler les avoirs. Vous verrez que si cela est fait, la décrispation va venir. On n’aura même pas besoin d’organiser des cérémonies.

Vous prônez alors l’impunité…

• Non, je ne parle pas d’impunité. Si on décide de mettre la justice au centre du processus de la réconciliation, il faut en ce moment une justice équitable pour tous. Il y a une crise qui a débuté en Côte d’Ivoire en 2002, et depuis cette date, des exactions, des atrocités des plus inimaginables ont été commises dans ce pays jusqu’en 2011. Des bourreaux et des coupables ont été identifiés dans les deux camps. Il faut que justice soit rendue à tout le monde. Voyez-vous, quand on a fait le procès de l’assassinat du colonel Dosso qui est décédé en 2011 et que l’on ne fait pas le procès du colonel Dakoula et du colonel Yoni qui, eux, sont morts depuis 2002… On fait le procès du général Robert Guéï et on ne parle même pas des tueurs de Boga Doudou alors qu’ils sont morts le même jour. Vous voyez que c’est inacceptable. Quand bien même l’ONU a identifié les commandants de zone comme Shérif Ousmane, Zakaria, Watao, Los, Fofié comme des gens qui ont commis des crimes de sang et que ces gens-là sont promus quotidiennement, vous voyez que c’est très frustrant pour les victimes. Si on devait énumérer les faits et méfaits des partisans de Ouattara, on ne va pas en finir. Mais depuis quand un seul d’entre eux est passé devant le tribunal ? J’ai l’impression que c’est une justice à double vitesse, à sens unique et unilatérale pour ne condamner que les pro-Gbagbo. Cela est inacceptable et ce n’est pas la marque d’un Etat démocratique.

Avez-vous les nouvelles de Blé Goudé ?

• Oui, il se porte bien.

Où est-ce qu’il se cache ?

• Il ne se cache pas, il est là. Pourquoi voulez-vous qu’il se cache ? Il est là.

Il est ici au Ghana ?

• Je ne sais pas mais il est là.

Le ministre de l’Intérieur, Ahmed Bakayoko, et Charles Blé Goudé se téléphonent, semble-t-il. Est-ce le début d’un rapprochement ?

• Je ne sais pas. Il faut poser la question à Bakayoko ou à Blé Goudé.

Etes-vous régulièrement en contact avec l’ex-«général» de la rue?

• Oui, on a les nouvelles l’un de l’autre.

A Accra ?

• En tout cas on a les nouvelles l’un de l’autre.

Et Koné Katinan qui fait l’objet d’un tiraillement diplomatique et judiciaire entre Accra et Abidjan. Vous lui rendez souvent visite ?

• Oui, nous soutenons Koné Katinan et on espère qu’il va recouvrer la liberté parce qu’il n’a rien fait. Il est innocent de tous les chefs d’accusation que monsieur Ouattara porte contre lui. Comment comprendre que le ministre Katinan ait pu tuer un vieillard de 83 ans. Est-ce que c’est sérieux çà ? Et on précise même qu’il a donné un coup de tête magistral au vieillard qui en est décédé.

Il a aussi été acteur de la réquisition de la BCEAO…

• Oui mais c’est Gbagbo qui a réquisitionné la BCEAO. C’est un acte de souveraineté qui a été pris par le président de la République. Et puis c’est un acte légal. Je crois plutôt qu’on lui en veut pour le rôle déterminant qu’il a joué dans la survie de l’Etat de Côte d’Ivoire pendant la crise. Parce qu’il était vraiment au four et au moulin. Il a montré beaucoup de détermination et de savoir-faire. Ce qui a fait que les décisions de fermeture de banque et de l’isolement de la Côte d’Ivoire au niveau de la BCEAO n’ont produit aucun effet. C’est certainement ce qu’on veut lui faire payer mais de façon maladroite. Donc nous soutenons le ministre Koné Katina et comme il y a un Dieu pour les faibles et pour les justes, je pense qu’il va recouvrer la liberté parce qu’il est innocent.

Le général Dogbo Blé, lui, n’a pas échappé et vient d’écoper de 15 ans de prison pour commencer dans l’assassinat du colonel-major Dosso. Quel commentaire ?

• Ça ne m’inspire aucun sentiment, aucune émotion. C’est une parodie de procès. La preuve est que durant le procès, en aucun moment, la partie accusatrice n’a pu démontrer, preuve à l’appui, que le général Dogbo Blé a été l’auteur de l’assassinat du colonel Dosso. Mais le déroulement du procès nous a permis d’avoir certaines révélations et de nous poser des questions. Pourquoi le colonel Dosso, lorsqu’il avait été convoqué par monsieur Ouattara, à sa sortie, a voulu voir en toute discrétion le général Dogbo Blé ? Le tribunal n’a pas donné réponse à cette question. Pourquoi il a insisté pour qu’on le conduise auprès du général Dogbo ? Voulait-il lui faire des révélations sur la tentative de déstabilisation en cours en Côte d’Ivoire qui était savamment perpétrée depuis l’hôtel du Golf ? On nous a parlé du plan d’attaque d’Abidjan, pourquoi ce plan a disparu ? Qui l’a fait disparaître ? Quel intérêt Dogbo Blé avait à tuer cet officier supérieur à la retraite qui ne représentait aucune menace ? Il n’était pas la cheville ouvrière du projet de déstabilisation. Non ! Ce n’est pas sur lui que reposaient les Forces armées des Forces nouvelles. Mais il fallait condamner un vaillant et digne officier de Côte d’Ivoire qui est resté fidèle à la légalité constitutionnelle. Il fallait lui faire payer la défense de ces valeurs républicaines en le faisant passer pour un vulgaire meurtrier. Mais ils n’ont pas réussi parce que Dogbo Blé est ressorti ragaillardi et nous sommes encore et encore plus fiers de lui. S’ils voulaient entacher sa réputation, ils ont carrément échoué. Bien au contraire, ils l’ont élevé en héros national.

En dehors des problèmes sécuritaires, la Côte d’Ivoire est en marche avec la gouvernance Ouattara.

• Alassane Ouattara constitue un véritable problème pour la sous-région parce qu’il n’est pas démocrate dans l’âme. Et il n’est pas partisan des solutions négociées et de la diplomatie. Il pense que tout problème doit se résoudre dans le sang et la violence. Regardez au Mali, quand la crise est survenue avec le coup d’Etat. La diplomatie a quand même ses règles. On ne peut pas tout d’un coup passer comme çà à des mesures coercitives sans un minimum de dialogue et d’approche. Mais regardez la rapidité avec laquelle il a géré la situation.

Mais les ministres des Affaires étrangères du Burkina et de la Côte d’Ivoire ont fait plusieurs voyages à Bamako pour négocier avec le capitaine Sanogo ?

• En l’espace d’une semaine les sanctions ont commencé à pleuvoir sur la junte et le Mali. Vous pensez qu’avec une crise aussi sérieuse une semaine, c’est suffisant ? Il y a des diplomaties souterraines qui se déroulent sur des mois. En l’espace d’une semaine, le Mali a subi un embargo et on a voulu attenter à la vie du capitaine Sanogo, ce qui fait que le peuple malien aujourd’hui est désabusé alors qu’il avait beaucoup de sympathie pour Allassane Ouattara, mais il le découvre maintenant dans toute sa laideur.C’est la même chose avec nos frères du Burkina, j’en suis convaincu. Dans sa gouvernance, Ouattara ne fait rien pour rapprocher les différents peuples de la sous-région notamment les peuples burkinabè et ivoirien. Actuellement, l’ouest de la Côte d’Ivoire est pris en otage par des mercenaires burkinabè.

En avez-vous des preuves ?

• Oui !!! Amadé Ouérémi, c’est un Burkinabè qui est là-bas dans les forêts de l’Ouest avec près de 400 à 500 hommes lourdement armées au vu et au su du régime. Il semble que le pouvoir lui a demandé de partir et qu’il a posé des conditions et un calendrier. Une telle situation ne peut pas plaire aux Ivoiriens. Serez-vous d’accord qu’un groupe de Maliens puissent prendre en otage une partie de votre territoire et fixer des conditions pour sa libération ? Ils font croire dans leur agissement qu’ils sont là pour protéger les intérêts des Burkinabè. Ce qui n’est pas juste. Malheureusement, cela creuse un fossé entre les deux peuples. Dans cette affaire d’Amadé Ouérémi, les Ivoiriens se sentent fortement humiliés. Nous avons honte de notre pays. Nous avons honte que des terroristes et des bandes armées fassent régner leur loi sur la Côte d’Ivoire. Il n’est pas normal que des Ivoiriens soient dépossédés de leurs terres au profit d’un groupuscule armés qui est identifié et à qui personne ne peut intimer l’ordre de libérer cette parcelle de territoire. C’est assez frustrant. C’est la marque déposée de Ouattara.

Le dernier exemple que je vais prendre, c’est la fermeture des frontières entre la Côte d’Ivoire et le Ghana. Regardez aussi avec quelle célérité et quelle précipitation ça s’est passé. Sans même un minimum d’enquête. Il y a eu certes des affrontements à la frontière ivoiro-ghanéenne. Mais il aurait fallu mener des enquêtes, faire des investigations approfondies pour situer les responsabilités. Une fois de plus, faire fonctionner la diplomatie, la négociation. Nous sommes des peuples interdépendants, nous sommes des peuples entremêlés. Savez-vous que sur toute la frontière ivoirienne, depuis Bouna jusqu’à Aboisso, Bondoukou, Agniblékro, Abengourou, ce sont les mêmes populations de part et d’autre de la frontière. Voyez-vous le désastre que M. Ouattara a créé pendant près de trois semaines. Il a arrêté la vie des gens, il a arrêté l’existence de certaines personnes là où une simple diplomatie aurait joué. Même son ambassadeur a été surpris par la fermeture des frontières. Ça veut dire qu’il n’a pas consulté son ambassadeur. Tout ça parce qu’il a fait de l’extermination des pro-Gbagbo son programme fondamental de gouvernement. Nous avons fui notre pays avec nos familles, ça ne veut pas dire que nous n’avons pas le droit à la vie. Je voudrais dire à M. Ouattara que quelle que soit sa puissance, quels que soient ses réseaux, il ne peut pas nous renier notre droit à la vie. Parce que ce n’est pas lui qui donne la vie. Qu’il nous laisse vivre notre exil. Nous n’avons aucun projet de déstabilisation de la Côte d’Ivoire, nous n’avons aucun projet de déstabilisation de son régime. Je pense qu’il doit trouver en interne les problèmes que connait la Côte d’Ivoire. Il suffit de faire l’autopsie de sa gouvernance. Qu’il ait le courage de se regarder dans la glace ; je pense qu’il trouvera lui-même les germes de sa propre déstabilisation.

Et votre ancien compagnon des luttes estudiantines, Guillaume Soro. On imagine votre colère contre lui?

• Je suis un peu déçu pour ne pas dire très désabusé par l’attitude de Guillaume Soro parce que j’espérais mieux de sa part. Il est jeune et en principe, il a encore beaucoup de temps à passer sur terre. En ce sens, j’attendais mieux de lui dans le domaine de la réconciliation nationale, dans la reconstruction du pays. Mais peut-être que je l’ai surestimé, puisque vous pouvez avoir beaucoup d’estime pour quelqu’un et vous rendre compte à la fin qu’il n’est pas ce que vous croyez. De par sa position de président de l’Assemblée nationale, de par les relations antérieures qu’il a eues avec beaucoup d’entre nous, je pense qu’il aurait pu jouer une très bonne carte pour la réconciliation, pour le retour de la concorde. Mais il n’a pas été à la hauteur de la Côte d’Ivoire, de cet espoir, de cette espérance, et c’est désolant parce que nous avons eu un passé très émotionnel qui pouvait nous permettre de surmonter certaines choses. Je pense que Soro est devenu autre chose entre-temps au point où il ne reflète plus les repères que je m’étais fixés. Il se fout des valeurs que j’évoquais tantôt, il est dans une autre posture, dans une autre logique, donc advienne que pourra. Je pense que c’est dans cette position qu’il est ; et c’est vraiment dommage. C’est vraiment dommage que Soro ne soit pas à la hauteur des espérances de la Côte d’Ivoire.


In L'Observateur Paalga (Burkina Faso)


Source: CONNECTION IVOIRIENNE

mercredi, 29 août 2012

ACCUSE DE MONTER UNE REBELLION: BLE GOUDE REPOND A SES DETRACTEURS

 

CHARLES BLE GOUDE 5.jpg


Depuis la crise post-électorale, les Ivoiriens vivent dans un climat sécuritaire qui laisse à désirer. Leur quotidien est rythmé par des attaques meurtrières menées ces dernières semaines par un commando non encore identifié. A la recherche des auteurs et co-auteurs de ces attaques, les Frci procèdent à des opérations d'enlèvements et d'arrestations ; ce qui rend la situation sécuritaire beaucoup plus délétère.

Ces enlèvements sont pour la plupart du temps consécutifs à des dénonciations calomnieuses et fantaisistes qui s'apparentent plus à des règlements de comptes. C'est certainement dans cette optique que depuis quelques jours, une certaine presse se fait l’écho d'une prétendue enquête qui me présente comme le cerveau d'une rébellion qui se préparerait depuis le Libéria voisin. Cette enquête menée par monsieur Venance Konan et publiée par le quotidien dont il est le Directeur général, à été reprise par un autre quotidien du même bord politique.

Face à cette alchimie qui tient forcément à m'associer aux attaques de ces dernières semaines, je voudrais interpeller les auteurs de ces articles et les tenir pour responsables de ce qui pourrait arriver à ma famille et à mes proches, dans une Côte d'Ivoire où l'on est à la recherche de bouc-émissaire. Est-il encore important de vous rappeler que je suis opposé à l'usage des armes comme moyens de conquête du pouvoir. Je demeure attaché à cette philosophie qui est le fondement de mon action politique. Et vous ne réussirez pas à me transformer en putschiste. Pour moi, le règlement de nos différends politiques doit se faire par le dialogue et la paix.

Mieux, faire la paix dans un pays qui a été déséquilibré par une crise liée à des élections, n'est pas une option, c'est un impératif pour le peuple de Côte d'Ivoire. Je reste convaincu que le dialogue pose les balises d'une lisibilité et d'une visibilité politiques durables dont notre pays a besoin. C'est pourquoi, je considère que ceux qui inventent des histoires et les montent de toutes pièces, dans le seul objectif de se rendre utiles aux yeux du pouvoir ne rendent pas service à la Côte d'Ivoire.

Comme une plaie qui a besoin de toutes les cellules du corps pour cicatriser, la Côte d’Ivoire a besoin de toutes ses filles et fils pour reprendre le chemin de la reconstruction et du développement. Pour y arriver, notre pays a besoin de discours et d'actes d’apaisement. Tous ceux qui, au lieu d'y contribuer, attisent plutôt les braises, seront un jour montrés du doigt par le tribunal de l'histoire. Car le tableau analytique du climat politique de notre pays appelle à des inquiétudes. 



Charles Blé Goudé


mardi, 31 juillet 2012

AUGMENTATION DES FRAIS D'INSCRIPTION DANS LES UNIVERSITES: CHARLES BLE GOUDE ECRIT A GUILLAUME SORO


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Monsieur le président et ancien compagnon de lutte,

Je voudrais humblement vous demander de bien vouloir excuser le caractère peu protocolaire de cette correspondance. Comme vous le savez, mon statut actuel ne m'offre que cette voie pour vous faire parvenir mon cri de cœur. Loin de moi, l'intention de vous juger publiquement; je n'en ai ni les moyens, ni la capacité. Mais ce que mes yeux ont lu et que mes oreilles ont entendu au sujet de l'augmentation drastique des frais d'inscription dans les universités de notre pays, oblige mon regard à se tourner vers vous. Je le fais aussi pour des raisons historiques.



Monsieur le président, de mon lieu d'exil, je viens d'apprendre qu'il a été notifié aux étudiants de Côte d'Ivoire et à leurs parents, la décision d'augmenter les frais d'inscription qui passent désormais de six mille francs CFA à cent mille francs CFA, deux cents mille francs CFA et trois cents mille francs CFA selon les cycles. Comme beaucoup d'Ivoiriens, je suis choqué et sidéré par une telle décision.

Monsieur le président et cher ancien compagnon de lutte, cette décision d'augmentation des frais d'inscription constitue à n'en point douter, une remise en cause des acquis de notre combat que nous avons mené en faveur des étudiants issus de familles aux revenus modestes (familles pauvres) quand nous étions les dirigeants du principal mouvement étudiant à l'époque . Par le truchement de la fédération estudiantine et scolaire de Côte d'ivoire (FESCI), Nous avons fait grève, meetings, sit in, grève de la faim afin d'obtenir une réduction des frais d'inscription qui étaient de six mille francs. Nous avons même fait la prison pour cette cause en faveur des enfants des pauvres dont nous étions les portes voix. Pour nous, il fallait faire sauter les goulots d’étranglement, car la pauvreté ne saurait constituer un frein à l’éducation. Les élèves et étudiants, nos camarades, nos seuls soutiens à l'époque, ont cru en nous et ils ont souffert le martyr avec nous. Grâce à leur détermination, les frais d'inscription n'ont pu connaître une augmentation malgré les multiples tentatives de l'administration d'alors. 



Monsieur le président, ancien dirigeant d'étudiants, vous êtes aujourd'hui le président de l'Assemblée Nationale d'un pouvoir sous lequel les frais d'inscription viennent d'être augmentés à plus de 1600%. Cette décision est prise dans une Côte d'Ivoire post crise où la pauvreté gagne du terrain, avec son cortège de cherté de la vie, de licenciements. C'est pourquoi, je m'interroge: Quel problème le pouvoir veut il solutionner en procédant à une telle augmentation? Quel diagnostic de l'école avez vous posé au point d'aboutir à une telle solution, qui a y regarder de près, me semble plus meurtrière que le problème lui même ? Est-ce la voie que le pouvoir a choisie en vue de donner les chances égales aux enfants de notre pays pour l'accès à l'éducation ?

Monsieur le président, même si nos visions et positions actuelles nous opposent, il est indéniable quenous avons en commun, notre passé de militants pour de meilleures conditions d'études et de vie des élèves et étudiants. C'est pourquoi, je vous invite à dire "non" à cette solution de destruction massive de l'intelligentsia. Elle est un frein d'accès à ce temple de connaissances, qu'est l'université pour les enfants de pauvres. Pour une famille pauvre qui enregistre un bachelier, avec un étudiant en maîtrise, la joie risque de se transformer en en des funérailles, puisqu'il va falloir réussir à débourser la bagatelle somme de quatre cents mille francs CFA pour inscrire les enfants à l'université, sans compter les frais de fournitures scolaires, de transport, de restauration , d'hébergement, etc... 

Monsieur le président, comme vous pouvez le comprendre aisément , la solution n'est pas appropriée. Et le mécontentement se lit sur les visages apeurés des parents d'élèves et étudiants. Quant aux étudiants, eux même ne peuvent publiquement dénoncer cette décision, de peur de représailles de la part des FRCI. C'est pourquoi je me tourne vers vous, monsieur le président et ancien compagnon de lutte. Vous n'avez pas le droit de vous taire. Car le silence a souvent des relents de trahison et de complicité. Pour le respect de la mémoire de KPEA DOMIN, assassiné le 02 mars 1990, Akpélé AKpélé Marcelin, Elélé Sombo Mages, deux étudiants morts respectivement en janvier 1997 et en mai 1998, sous votre mandat, pour cette cause, vous devez dire "non" à cette décision. L'homme politique doit savoir se fidéliser aux mécanismes des idées et de la constance qui doivent être le moteur de son action. C'est pourquoi, au nom de notre combat commun contre la souffrance des élèves et étudiants, et au delà de tout calcul politicien, je vous invite à dire "NON".

Les anciens étudiants de la génération de Martial Ahipaud, Eugène Djué, Jean Blé Guirao, Guillaume Soro, Charles Blé Goudé, Jean Yves Dibopieu, feu Kuyo Serges, Koffi Serges, Mian Augustin , vous regardent.Monsieur le président, prenez rendez vous avec l'histoire, car elle aussi vous regarde. Tout en vous traduisant ma gratitude pour le temps que vous avez pris pour me lire, et dans l'espoir que mes propos trouveront auprès de vous un écho favorable, veuillez agréer, monsieur le président, l'expression de mes sentiments respectueux.


Fait le 29 juillet 2012 

De mon lieu d'exil 

Charles Blé Goudé 

Ancien dirigeant étudiant (1998-2000), Opposant en exil forcé


SourceABIDJAN.NET

vendredi, 20 juillet 2012

L'ADRESSE DU COJEP AU PRESIDENT DE LA CDVR, CHARLES KONAN BANNY


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Monsieur le président de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation,
 

Le COJEP, voudrait par ma voix, vous traduire sa gratitude, pour la promptitude avec laquelle vous recevez ses responsables chaque fois que vous avez  été sollicité.
 
Monsieur le président, cette rencontre, la deuxième du genre, depuis que la lourde tâche de réconcilier les ivoiriens vous a été confiée, est une occasion pour nous, de porter à votre connaissance, les préoccupations qui sont les nôtres et tracer ensemble les sillons qui conduisent à la paix dans notre pays.
 
Autrement dit, nous sommes venus traduire en acte, le courrier officiel que le fondateur du COJEP, le président Charles Blé Goudé vous a adressé, depuis son lieu d'exil forcé.
 
Monsieur le président,
 
Le COJEP, est un mouvement responsable, qui a toujours oeuvré pour la paix et la réconciliation dans notre pays. Sa philosophie et sa ligne politique tranchent d'avec l'utilisation des armes et la force comme moyens d'accession au pouvoir. C'est pourquoi, le COJEP et ses responsables ne comprennent pas la traque et la répression systématique dont sont victimes ses responsables et militants.
 
En effet, monsieur le président, en plus du fait que notre siège est toujours occupé par les FRCI, toutes nos manifestations sont systématiquement interdites ou dispersées par les FRCI, malgré toutes les assurances et autorisations obtenues auprès des autorités compétentes, comme l'exige la loi.  Il ne se passe pas une seule semaine, un seul mois, sans qu'un responsable du COJEP ne soit enlevé et incarcéré, avec un chef d'accusation qui, nous en sommes maintenant convaincus, a été taillé à la mesure du COJEP: atteinte à la sûreté de l'Etat. Les cas sont légions, monsieur le président. Le vice-président du COJEP, le camarade YOUAN BI AGENOR, a été enlevé à Aboisso, alors qu'il venait de participer à une cérémonie à laquelle il représentait son supérieur hiérarchique de l'Agence pour la Promotion de l'Emploi (AGEPE). Accusé d'atteinte à la sûreté de l'Etat, Youan Bi Agenor croupit à la Maison d'Arrêt et de Correction d'Abidjan (MACA), depuis plus de neuf mois. Tout récemment, alors qu'il venait d'accorder une interview au quotidien "Notre Voie", le président par intérim du COJEP, a été kidnappé par des hommes en tenues qui l'ont conduit au camp Génie d'Adjamé où lui et notre coordinateur d'Oumé ont subi, trois semaines durant, des tortures et autres traitements inhumains.
 
Accusés d'atteinte à la sûreté de l'Etat, Yavo Martial et le coordinateur du COJEP d'Oumé ont rejoint Youan Bi Agenor à la MACA.  Le camarade Zéliahourou, cordinateur adjoint du COJEP de Gagnoa, a été enlevé et se trouve à la direction de la surveillance du territoire.  A sa suite, le camarade Gonto Olivier, coordinateur du COJEP de Daloa a été enlevé, vendredi 13 Juillet 2012, battu à sang avant d'être mis en liberté le lendemain, après une rançon payée par sa famille. À  San Pedro, plusieurs responsables du COJEP sont  portés  disparus et la plupart de nos coordinateurs sont interdits de retourner dans leurs localités respectives où ils vivaient. Monsieur le président, pour leur appartenance au COJEP, beaucoup de nos camarades ont purement et simplement été licenciés de leurs différents services où ils servaient leur pays. Même le domicile de notre leader (Charles Blé Goudé) est jusqu'aujourd'hui occupé par les FRCI, malgré toutes les assurances à nous données par les autorités. Monsieur le président, nous vivons dans la terreur et la hantise. Nous sommes des prisonniers en sursis. C'est à juste titre que nous nous demandons si le COJEP est dissout ou interdit d'activités par les autorités de notre pays. Monsieur le président, non seulement le COJEP n'est pas une milice, mais il n'est associé à aucun projet de déstabilisation de la Côte d'Ivoire. Mouvement de réflexion et de pression, le COJEP, prépare en ce moment son congrès, afin d'adapter ces textes et ses organes dirigeants aux changements socio-politiques dans notre pays.
 
Monsieur le président,
 
Voici exposées, les raisons qui nous ont conduits à vous. Cependant, malgré  toutes les injustices dont nous sommes victimes, nous nous associons à la main tendue de notre leader, pour la réconciliation entre ivoiriens. Nous vous encourageons à créer les conditions pour que se tienne la rencontre qu'il a souhaitée avoir avec vous, car connaissant son engagement et son amour pour la Côte d'Ivoire, nous savons de quoi est capable Charles Blé Goudé. Les mauvaises langues sont aux aguets et nous n'avons pas le droit de leur donner raison. C'est pourquoi, nous souhaitons que vous travailliez à créer un environnement propice à la réconciliation, en intercédant auprès des autorités afin que soient mis en liberté la plupart des prisonniers politiques dont les camarades du COJEP.
 
Monsieur le président,
 
Nous vous sommes reconnaissants, pour le temps que vous avez pris pour nous écouter, et nous vous rassurons de notre disponibilité à vous accompagner dans votre difficile mission, dans l'intérêt supérieur de la Côte d'Ivoire. Dans l'espoir que nos propos trouveront auprès de vous un écho favorable, par ma voix, le COJEP vous remercie.
 
Que Dieu bénisse la Côte d'Ivoire!
 
 
Fait à Abidjan, le 18 Juillet 2012
 

Pour le COJEP,
Le vice-président
 
 
Blé Sépé Mark

vendredi, 13 juillet 2012

VOICI L'INTEGRALITE DE LA LETTRE DE BLE GOUDE A BANNY (DATEE DU 10 JUILLET)

 

CHARLES BLE GOUDE.png


Monsieur le Président,

Je vous prie de bien vouloir excuser le caractère public et peu protocolaire de ma lettre. Au-delà de la Commission que vous présidez, je souhaite aussi prendre à témoin l'opinion nationale et internationale. C'est pourquoi, j'ai choisi ce canal pour m'adresser à vous. Monsieur le Président, La Côte d'Ivoire croule sous le poids des conséquences de la crise postélectorale. Notre pays continue de chercher les voies et moyens pour réconcilier ses fils et filles, profondément divisés par ce conflit. Dans leur quête de paix, toutes les couches sociales, politiques et apolitiques, ont, à juste titre, salué la mise sur pied de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) sous votre houlette.

Votre mission, aussi difficile soit-elle, consiste, entre autres à rétablir la confiance rompue entre les personnes et groupes de personnes. Elle consiste aussi à veiller à ce qu'il n'y ait pas davantage de frustrés, d'exclus et d'opprimés afin de créer un environnement propice à la réconciliation.

C'est dans cette optique que je vous écris afin d’appeler votre attention sur certains agissements qui, si l'on n'y prend garde, risquent de rendre encore plus complexe votre travail.

Monsieur le Président,

La réconciliation doit se faire sur la base du respect des règles élémentaires de la démocratie et de l'acceptation des uns par les autres, quelles que soient leurs différences idéologiques, ethniques ou religieuses. Ce qui n'est malheureusement pas le cas dans notre pays, au moment où je vous adresse cette correspondance. En effet, la plupart des cadres de l'opposition sont soit en prison, soit en exil, soit sous le coup de mandats d'arrêt. Leurs biens mobiliers et immobiliers (maisons, voitures, exploitations agricoles, etc) sont entre les mains d'individus qui n'en sont pas les propriétaires. Aujourd'hui, pour jouir d'une liberté apparente en Côte d’Ivoire, il faut désormais se taire ou dire du bien du régime actuel.

Ainsi, sur la base de dénonciations calomnieuses et mensongères, nos camarades sont traqués et enlevés, de jour comme de nuit, puis conduits vers des destinations inconnues où ils subissent les pires sévices et autres traitements inhumains. C'est le cas de Youan Bi Agenor, deuxième vice-président du Congrès panafricain des jeunes patriotes (COJEP), kidnappé à Aboisso alors qu'il venait de participer à une cérémonie à laquelle il représentait son supérieur hiérarchique de l'Agence pour la promotion de l'emploi (AGEP). Le camarade Martial Yavo, président par intérim du COJEP, et deux coordinateurs dudit mouvement ont récemment subi le même sort.

Monsieur le Président,

En dépit des graves injustices de toutes natures dont sont chaque jour victimes nos camarades, je n’hésite pas à vous tendre la main afin de jouer ma partition et vous accompagner dans votre difficile mission de réconcilier les Ivoiriens. Je le fais dans l'intérêt supérieur de notre pays, comme je l'ai fait par le passé. Par exemple, en 2006, j’ai facilité la signature d’un accord de cessation de violences entre les jeunes patriotes et la jeunesse du Rassemblement des Houphouëtistes pour la Démocratie et la Paix (RHDP). En 2007, j’ai parcouru campements, villages et villes du pays afin de convaincre les plus sceptiques de mon propre camp à aller au pardon et à accepter de dialoguer avec nos frères de l’ex-rébellion des Forces Nouvelles (FN). Malheureusement, en guise de réponse à ma main tendue, le pouvoir vient d'incarcérer arbitrairement mes plus proches collaborateurs, avec des chefs d'accusation à la mode dans notre pays : “atteinte à la sûreté de l'Etat et trouble à l'ordre public”. Dans le même élan, trente-quatre (34) nouveaux mandats d'arrêt viennent encore d'être lancés contre des cadres pro-Gbagbo.

Monsieur le Président,

Est-il besoin de rappeler que la réconciliation doit être facilitée par les actes posés par le pouvoir ? Car le décryptage du tableau analytique des actes posés par le pouvoir en place suscite, à n'en point douter, des interrogations au sein de la population et parmi les observateurs de la vie politique ivoirienne. Le régime veut-il vraiment de la réconciliation ou s'en sert-il comme simple slogan à usage de communication aux fins de polir son image auprès de la communauté internationale ? A y regarder de plus près, nous pouvons, sans risque de nous tromper, conclure que la réconciliation reste un simple slogan pour les dirigeants actuels de notre pays. Ils en parlent sans véritablement la vouloir.

Monsieur le Président,

Même si le pouvoir ne veut pas de la réconciliation – tout porte à le penser -, la Côte d’Ivoire et son peuple, en ont besoin. C'est pourquoi, je saisis une fois encore cette occasion pour vous réitérer que ma main reste toujours tendue pour la réconciliation. Dans notre pays, le triomphalisme ambiant et l'enthousiasme naïf doivent enfin faire place nette à une prise de conscience constructive. L'humilité ne doit pas seulement être réclamée à l'opposition. Elle doit aussi et surtout habiter le pouvoir dont la responsabilité reste grande pour le retour de l'harmonie et la paix en Côte d’Ivoire. Car, lentement mais sûrement, le régime est en train de créer les conditions d'une implosion sociale et politique. Son entêtement à traquer, emprisonner et à vouloir en finir avec tous les pro-Gbagbo en étant les principaux ingrédients.

Monsieur le président,

Je pense, en toute franchise, qu'il est encore temps d'arrêter l'escalade. C'est pourquoi, je vous implore d'interpeller le pouvoir actuel sur sa responsabilité à créer un environnement propice à la réconciliation en cessant les actes d'injustice que j'ai énumérés plus haut.

C'est le lieu d'interpeller également la communauté internationale, les diplomates accrédités en Côte d’Ivoire, les organisations de défense des droits de l'homme et tous ceux ayant des intérêts dans notre pays afin qu’ils jettent un regard attentif sur la situation actuelle caractérisée par des enlèvements et incarcérations sur fond de règlements de comptes politiques et d'instrumentalisation de la justice.

En ce qui me concerne, je renouvelle mon souhait, ainsi que celui de bien d'autres leaders et responsables politiques, l'intention de vous rencontrer afin que nous parlions en toute responsabilité de notre pays et de son avenir, dans le respect de la dignité et des convictions politiques de chacune et de chacun.

Dans l'espoir que mes propos auront auprès de vous un écho favorable,

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l'expression de ma très haute considération. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire et son peuple.

 

Monsieur Charles Blé Goudé


Ancien Ministre
Opposant politique en exil forcé


Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 23 mars 2012

DEPUIS L'EXIL, BLE GOUDE TRES MALADE

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Son long silence livre enfin des secrets. Alors que des rumeurs persistantes continuent de le donner pour mort, Charles Blé Goudé donne des signes de vie, mais pas sous de bons auspices. Selon des proches qui le rencontrent fréquemment, le leader du Congrès panafricain des jeunes et des patriotes (COJEP), serait très malade. L'ancien ministre de la Jeunesse et de l'Emploi dans le dernier gouvernement de Laurent Gbagbo avant sa chute le 11 avril 2011, serait en effet mal en point depuis quelques jours. Charles Blé Goudé souffrirait de maux de tête aigus et fréquents, accompagnés d'insomnie.

Pis, toujours selon ses proches, la voix du bouillant orateur de la place de la République d'Abidjan, serait de plus en plus inaudible. Pour ainsi dire, cet inconditionnel soutien au régime de Laurent Gbagbo jusqu'à ses derniers instants, est en train de perdre la voix. Toutes choses qui inquiètent ses proches. C'est que le leader des jeunes patriotes ivoiriens sur qui plane un mandat d'arrêt international lancé par les autorités ivoiriennes, se trouve ainsi limité dans ses mouvements. L'accès aux soins devient de ce fait compliqué, puisque Blé Goudé souhaite rester caché et maintenir secrète sa cachette. Une situation inconfortable qui ne favorise pas le traitement du mal dont il souffre. Ses proches avec qui nous avons échangé, assurent que l'homme avait souvent des maux de tête pendant qu'il était encore à Abidjan. Il voyait alors régulièrement son médecin qui l'examinait et lui prescrivait ce qu'il fallait pour le soulager de son mal. Mais tous, son médecin et lui, sont en exil, et « se cherchent » comme on le dit à Abidjan.

Ces compagnons de Blé Goudé qui ont accès à lui mèneraient des démarches en ce moment pour lui trouver un médecin. Mais ce dernier devra faire preuve de discrétion pour éviter de dévoiler la cachette de celui qu'on appelle « le génie de Kpô ». Avec la chute de son mentor, l'ex-président Laurent Gbagbo, le leader du Cojep a pris la route de l'exil. Après quelques brèves apparitions sur des écrans de télévision, des déclarations à la radio et dans les journaux, Blé Goudé s'est terré, laissant prospérer les supputations et autres rumeurs sur son compte. Tantôt il est annoncé au Ghana, tantôt en Gambie, au Zimbabwe ou en Afrique du Sud. Hier, ce sont des proches du leader de la galaxie patriotique ivoirienne qui nous apprenaient qu'il est malade. Affaire à suivre.


Hamadou ZIAO


Source: L'INTER

vendredi, 27 janvier 2012

UNE COTE D'IVOIRE SANS COMPASSION NI DEMOCRATIE


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« La nouvelle Côte d'Ivoire », un refrain que nous avons entendu à moult reprises depuis la tristement mémorable date de la sanglante transition du 11 avril 2011. Nous avions espéré qu'après l'immense traumatisme causé, à cette occasion, au peuple ivoirien, cette « nouvelle Côte d'Ivoire » nous présenterait un visage moins hideux. Hélas, sa laideur historique (de mémoire d'Ivoiriens), ses rides affreuses et la cruauté de ses yeux injectés de sang ainsi que ses crocs insatiables de notre chair ne se sont pas adoucis ni revêtus d'un peu d'angélisme.

C'est, en effet, avec consternation que nous apprenons, ces dernières semaines, la dégénérescence de la santé de nos frères ivoiriens tombés sous le coup des sanctions et des mesures répressives du pouvoir Ouattara, pour le seul crime d'avoir été proches du président Laurent Gbagbo ou d'avoir travaillé sous sa gouvernance, au moment où Alassane Ouattara, du haut de son piédestal de l'Hôtel du Golfe, décrétait un arrêt de travail général pour asphyxier non pas un « adversaire » mais un « ennemi » politique, appelant et applaudissant au passage l'embargo meurtrier de l'Union Européenne contre la Côte d'Ivoire.


Ainsi, plus de 400 personnalités de la république, cadres, sympathisants de La Majorité Présidentielle (LMP), militants du FPI, militaires de divers rangs et journalistes ont vu leurs comptes mis sous scellé et leurs avoirs gelés. Au nombre de ceux-ci, l'illustre Ministre d'Etat Paul-Antoine Bohoun Bouabré, grand serviteur de l'Etat de Côte d'Ivoire, père du « budget sécurisé » et du « budget de sauvegarde », mort en exil, le mercredi 11 janvier 2012, à l'hôpital Hadassad Ein-Kerem de Jérusalem en Israël. On le savait très malade, souffrant d'une grave insuffisance rénale et ayant ses avoirs gelés.


Ne serait-ce qu'au nom de l'humanité qui nous lie et qui nous différencie des animaux, et qui démarque la société des hommes de la jungle, le gouvernement ivoirien ou même le chef de l'Etat, d'autorité, n'aurait-il pas pu faire une exception pour sauver celui qui a servi avec abnégation son pays et qui n'était d'ailleurs pas un acteur de premier plan de la crise postélectorale ? Pourquoi l'avoir contraint à manquer de soins et à dégrader ainsi irrémédiablement son état de santé au point d'en arriver à avoir urgemment besoin d'une greffe de reins ?


Pour pousser l'inhumanité à son extrême, le quotidien pro-Ouattara, Le Nouveau Réveil, croyant tenir un scoop et apporter un démenti aux allégations d'indigence sanitaire du Ministre d'Etat Paul-Antoine Bohoun Bouabré, barre à sa Une N° 2993 du jeudi 19 janvier 2012 : « Bohoun soigné dans l'hôpital le plus cher au monde et pendant 9 mois, il payait ses soins », avec en prime un véritable reportage sur l'hôpital israélien titré : « Tout sur le prestigieux centre médical Hadassa de Jérusalem ». Jouissance malsaine ! Jouissance impie ! Que gagne le pouvoir Ouattara à exposer ainsi un mort et à le poursuivre outre-tombe ?

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Curieusement, quand dans nos investigations, nous avons cherché à lire le fameux article qui relatait tous ces faits et intitulé « Le régime Ouattara accusé pour rien : Bohoun Bouabré soigné durant 9 mois dans un hôpital de classe mondiale », plus aucune trace du papier. Le lien http://news.abidjan.net/h/423405.html, où était antérieurement logé le brûlot, affiche en anglais : « The page cannot be found ». En clair, « Page introuvable » ! Moralité de l'affaire, cet article n'est qu'un ramassis de mensonges grotesques. Sinon, pourquoi l'aurait-on retiré du Net ? Etait-il compromettant pour ses auteurs ? Etalait-il leur manque de professionnalisme et leur insensibilité déroutante ? Auraient-ils été soudainement saisis d'une tardive compassion humaine ou d'une subite résurgence d'humanité ? Il faudra le leur demander. Toujours est-il que le fameux article n'est plus en ligne.

Au demeurant, il ne doit pas être étonnant ni constituer un crime de lèse-majesté qu'un serviteur de l'Etat du rang de Paul-Antoine Bohoun Bouabré ait quelques amitiés et relations dans le monde, aux plus hauts niveaux. Aurait-il fallu, pour faire plaisir à Ouattara et à son régime en pleine dérive tyrannique, qu'il n'en usât pas une ultime fois, dans l'espoir de sauver sa vie et ne pas être ainsi prématurément arraché à l'affection profonde des siens ? Bien curieuse philosophie de la vie, tout de même !

Bohoun Bouabré aura tout tenté pour avoir la vie sauve. « Après la chute de Laurent Gbagbo, il avait dépêché des émissaires auprès du nouveau pouvoir d'Alassane Ouattara pour négocier le dégel de ses avoirs ou, à défaut, obtenir une prise en charge de l'Etat. Mais, cette demande lui avait été refusée », nous rapportait le site du journal d'actualité en continu, Jeune Afrique, le mercredi 11 janvier 2012, le jour même de son décès. Le nouveau régime ivoirien sombre dans la méchanceté aveugle et l'injustice vengeresse. Qui pourra l'arrêter ? La compassion naturelle a quitté la terre d'Eburnie. Requiem pour la Côte d'Ivoire fraternelle, où il faisait bon vivre même en temps de crise ! Haro sur une « Côte d'Ivoire nouvelle », sans âme !

Au-delà du cas retentissant qu'est celui du Ministre d'Etat Bohoun Bouabré, ce sont des centaines d'ivoiriens qui meurent en exil et dans notre pays, dans des camps de réfugiés ou de déplacés, dans des départements et régions pillés, dévastés, déshérités pour cause de guerre comme l'Ouest de la Côte d'ivoire, en silence, dans l'anonymat le plus complet et dans l'indifférence absolue d'Alassane Ouattara et son régime. Les vivants, grands malades en sursis ou illustres inconnus sinistrés de la guerre, sont en train de mourir sans que le gouvernement ivoirien ne s'en sente concerné ou ne s'en préoccupe, outre mesure. Simplement parce que leurs comptes ou ceux de leurs proches sont mis sous scellés et qu'ils ne peuvent plus faire fasse à leurs responsabilités familiales et sociales. Quand on sait qu'en Afrique, le cadre du village nourrit des dizaines de personnes et en scolarise ou prend en charge bon nombre d'autres, on imagine aisément la détresse et le désastre que vivent ces 400 personnes aux avoirs gelés et leurs familles. Alassane Ouattara n'en a cure. Une telle cruauté ne s'est jamais vue en Côte d'Ivoire, de mémoire d'ivoiriens. Aucun ivoirien n'en a jamais été capable.

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Nous avons actuellement, pendant sur le bras, les cas de l'animateur de Radio Côte d'Ivoire, Paul Dokui, malade et luttant contre la mort au Ghana, de la brillante présentatrice du 20h de la RTI, Awa Ehoura Tabitha, dont les avoirs ont été gelés, qui a été mise en chômage technique et qui n'arrive plus à se soigner convenablement (pour la grande diabétique qu'elle est), et dans une moindre mesure, de l'ancien directeur de Radio Côte d'Ivoire, le journaliste Eloi Oulaï, heureusement entouré par des amis médecins. Tous les trois ont vu leurs comptes mis sous scellé. La journaliste Awa Ehoura a récemment lancé un véritable SOS : « Qu'on débloque mon compte pour que je me soigne ». C'est finalement sous le poids moral de toute la mobilisation que les Ivoiriens ont mise en branle pour secourir la journaliste que les autorités judiciaires s'exécuteront. Le samedi 21 janvier 2012. Près d'une année après la décision scélérate. Qu'en est-il des 400 autres cas ? Pour l'heure, c'est le statu quo absolu.

Quant à la démocratie, nous en faisons tout bonnement le deuil sous le régime Ouattara. Car comment comprendre qu'on fasse le tour du monde pour annoncer que la paix est revenue, que la démocratie est de retour, que l'état de droit est restauré et que la Côte d'Ivoire s'est retrouvée, et continuer de brider de la sorte l'opposition et la museler ?

Pour preuve, la cérémonie de présentation officielle du livre-témoignage de Charles Blé Goudé, « Côte d'Ivoire, traquenard électoral », prévue pour se tenir le mercredi 18 janvier 2012, au Baron de Yopougon et annoncée longtemps à l'avance, s'est achevée dans la plus grande confusion : un commando des FRCI, sous les ordres du lieutenant Seydou Traoré, s'est présenté aux portes de la salle avec pour instruction de prendre Martial Yavo, le président intérimaire du COJEP (Congrès Panafricain des Jeunes et des Patriotes de Charles Blé Goudé). Un tel ordre de mission n'étant pas du goût des participants à la rencontre, les membres du COJEP présents se constituent en bouclier humain pour faire échec au commando. Le commissaire Lézou du 16ème arrondissement de Yopougon, venu à la rescousse de l'escouade, instruit l'intervenant du jour de ne pas tenir de propos « subversifs ». Qu'appelle-t-il propos subversifs ? Relater des faits dont tous les ivoiriens ont été témoins, fin 2010 et début 2011 ? Au final, le désordre s'étant installé, l'organisateur principal (Martial Yavo) et l'intervenant du jour (Dr Augustin Guéhoun) ayant été exfiltrés, la cérémonie de dédicace du livre « Côte d'ivoire, traquenard électoral » n'a pu se tenir. La Côte d'Ivoire est en pleine anti-démocratie. Un régime stalinien n'aurait pas mieux fait.

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Un militant du FPI blessé par balle et gisant sur le podium du meeting


Que dire alors du meeting de rentrée politique du FPI, soutenu par le CNRD, à Yopougon place Ficgayo, le samedi 21 janvier 2012, qui avait recueilli tous les accords de façade des autorités ivoiriennes et qui s'est brutalement achevé dans le sang, par la faute des partisans de Ouattara, incorrigibles adeptes de la violence et du crime, payés et envoyés en mission punitive encadrée contre le FPI ? Une manifestation pacifique qui s'est soldée par au moins 2 morts et 67 blessés dont des cas graves. Quand est-ce qu'un meeting du RDR, ou même de l'opposition dans sa globalité, a subi pareille incursion, sous Gbagbo ? La presse proche de Ouattara, pour justifier l'injustifiable, reproche aux leaders du FPI d'avoir tenu des propos incendiaires et provocateurs (qui restent d'ailleurs à prouver). Loin de nous l'idée de défendre un quelconque propos mais, objectivement, le RDR est-il le mieux placé pour donner des leçons en la matière ? Les premiers spécialistes des propos guerriers et insurrectionnels sous Gbagbo n'étaient-ce pas Alassane Ouattara et Hamed Bakayoko, actuels chef de l'état et ministre de l'intérieur ? Ont-ils été un seul jour inquiétés ? Trois fois non ! De quoi se plaignent donc les militants et journalistes du RDR ?  

Au surplus, pourquoi le régime Ouattara, bien que détenant le pouvoir, est-il si frileux au point de bafouer, avec une telle goujaterie, le droit de réunion et de rassemblement, le droit de penser différemment, le droit d'expression, véritables piliers de la démocratie, jusqu'à se faire condamner par des alliés comme les Etats-Unis et l'ONUCI ? A la vérité, seul un régime d'exception, qui sait ne pas être parvenu au pouvoir par la voie démocratique, peut être aussi épidermique et réactionnaire. Le pouvoir Ouattara voudrait nous révéler, par ce trait psychologique très caractéristique, qu'il n'a pas gagné l'élection présidentielle de 2010 qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Il fait preuve d'une frilosité déconcertante et d'une paranoïa que seuls ont les putschistes. C'est, de façon parfaite, le même manque de sérénité qu'on observe chez tous les voleurs et chez tous les usurpateurs. Le régime Ouattara en est-il un ? Ses actes le laissent penser. Vivement, le retour de la compassion et de la démocratie, en terre ivoirienne.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 426 du jeudi 26 janvier 2012.

samedi, 31 décembre 2011

INTERVIEW EXCLUSIVE DE CHARLES BLE GOUDE SUR SON DERNIER LIVRE ET A PROPOS DU TRANSFEREMENT DE GBAGBO A LA HAYE

 


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Après l'annonce de la livraison de Laurent Gbagbo à la Haye, le «Général de la rue», leader des jeunes patriotes ivoiriens, expose  dans cet entretien sa version des faits. C'était peu avant la parution de son livre intitulé «Traquenard Electoral».


Dans un premier temps, comment souhaiteriez-vous qu'on vous nomme? Ancien ministre du dernier gouvernement pro-GBAGBO, Président du Cojep, Général ou par votre patronyme simplement ?

Je suis Charles Blé Goudé. Mais je vous laisse le choix. Je n'ai pas à vous dire comment vous devez m'appeler, mais sachez que je suis Charles Blé Goudé.

Vous allez publier aux éditions l'harmattan, le 11 décembre prochain, un nouvel ouvrage intitulé « Traquenard électoral ». Pourquoi avoir choisi un tel titre ?

J'ai d'abord décidé d'écrire par devoir de mémoire, pour que la vérité se sache, car j'estime que beaucoup de contre-vérités on été racontées autour des élections en Côte d'Ivoire. C'est pourquoi j'ai écrit. Vous comprenez bien qu'il y a eu une crise post-électorale et dont les conséquences n'ont pas finies d'être évaluées. C'est pourquoi j'ai décidé de dire ce que j'ai vécu, de faire parler les faits, afin que le monde entier sache ce qui s'est réellement passé en Côte d'Ivoire. Pour moi, c'est un Traquenard électoral, c'est-à-dire que les élections ont été dites élections de sortie de crise alors qu'il s'agissait d'un piège pour enlever Gbagbo Laurent du pouvoir et, aujourd'hui, l'amener à La Haye. C'est pourquoi j'ai pensé que le titre de Traquenard électoral était celui qui convenait le mieux.

Il s'agit donc d'un ouvrage pour dénoncer ?

C'est un ouvrage pour expliquer. C'est un ouvrage pour dire ce que l'on tente de cacher. C'est un ouvrage pour faire éclater la vérité, enfin.

On sait Charles Blé Goudé que vous avez déjà publié deux autres ouvrages. Quelle est la particularité de publier un ouvrage en étant en exil ?

Comme vous le dites dans votre question, la particularité de cet ouvrage est qu'il a été écrit étant en exil. Et cet ouvrage trouve sa particularité du fait qu'aujourd'hui je ne suis pas avec le peuple et dans le peuple. Et que pour cet ouvrage, je ne suis pas dans l'action perpétuelle au moment où j'écris. Donc j'ai eu tout le temps pour me concentrer pour écrire. Contrairement aux autres ouvrages où je devais être à la fois dans l'action et dans l'écriture.

Et combien de temps ça vous a pris pour écrire cet ouvrage ?

5 mois environ.

On peut donc dire que depuis le 11 avril, vous êtes concentré sur la rédaction de ce livre ?

Dès que les évènements du 11 avril sont passés, et dès que j'ai vu que ça prenait une tournure que nous n'avions pas souhaité, j'ai décidé d'écrire afin que la vérité soit sue et que nul ne l'ignore. Et surtout dans cet ouvrage, la particularité est que j'ai fait parler les faits, tel que je les ai vécus.

Mais comment allez-vous faire pour la campagne de communication ? Vous êtes loin, vous ne pouvez pas faire de séance de dédicace, ni rencontrer le public, comment ça va se passer ?

C'est cela aussi la particularité de cette œuvre. Je pense que les lecteurs ont besoin de lire, de comprendre ce qui s'est réellement passé dans notre pays, ont besoin de savoir la vérité que l'on tente de falsifier. En fait, c'est raconter la vraie histoire qui est l'essentiel. Pour le reste, nous sommes dans un monde qui, aujourd'hui, s'apparente à un village planétaire et les moyens de communication sont trop modernes.

Avez-vous des représentants qui vont se charger de cette campagne de communication ?

Je suis certes leader, et je me dois de travailler en équipe. Je pense que j'ai beaucoup de représentants à travers le monde qui vont se charger de faire ce travail. Et je voudrais ici les remercier, car l'œuvre dont vous parler est une œuvre où j'ai eu aussi leur assistance à tous les niveaux.

Au moment où vous publier ce livre, votre mentor le président GBAGBO comparait devant la CPI. Comment avez-vous accueilli la nouvelle de son transfèrement et quel est votre sentiment par rapport à cette situation?

Mais j'ai mal et je dois le dire tout net. J'ai mal de ce que la victime ait été mise en prison par les bourreaux. Je connais le Président Laurent Gbagbo, c'est un homme de paix. C'est un Président qui a réussi à travailler avec la rébellion, ce que d'autres président n'auraient pas fait. Un président qui a toujours voulu discuter avec les opposants. Disons même que durant les 10 années qu'il a passées au pouvoir, l'opposition a été choyée. Il leur a tout donné. Au point où on se demandait si en Côte d'Ivoire, il y avait une opposition. Faites le tour de l'Afrique et dites moi dans quel pays on traite aussi bien l'opposition. Aujourd'hui, j'ai mal que l'opposition qui, hier, a été dorlotée par Gbagbo Laurent, est une opposition qui fait à Gbagbo le contraire de ce qu'il leur a fait. J'ai mal mais en même temps j'ai le sentiment que le Président Gbagbo saisira cette tribune pour dire au monde entier la vérité que l'on a toujours tenté d'étouffer par canaux interposés, par médias interposés. J'ai espoir et je sais que c'est un homme qui a toujours le moral et qui sait ce qu'il veut. A ceux qui pensent que c'est la fin, je veux tout de suite leur dire que non, c'est plutôt le début.

Que comptez-vous faire suite à ce transfert ? Allez-vous mener des actions avec le Cojep, les membres de la galaxie patriotique et de l'ancien gouvernement ? Qu'allez-vous faire ?

Je ne suis pas porte-parole de l'ancien gouvernement et je ne saurais vous le dire. Tout simplement, sachez que la précipitation est source d'erreur et nous nous donnons le temps d'observer ce qui va réellement se passer et nous aviserons. Mais tous les états-majors de tous les mouvements sont en alerte et tout le monde a les yeux rivés vers La Haye. Et nous verrons si cette justice est impartiale, neutre. Mais telle que les choses sont en train de se dérouler, est-ce du droit ou de la politique ?

Charles Blé Goudé, nous allons aborder la seconde partie de cette interview. Pouvez-vous nous dire quand est-ce que vous avez vu et parlé à Laurent GBAGBO, pour la dernière fois?

Dans ce sens, je vais un peu vous décevoir car vous allez devoir vous référer à mon livre Côte d'Ivoire : le Traquenard électoral, publié aux éditions l'Harmattan et disponible dès le 11 décembre prochain. Car tout y est. Tout ce qui n'a jamais été dit, est dit, et je demande à tous ceux qui veulent savoir de se référer au bouquin. Je vous invite à lire le livre et vous aurez les réponses à toutes vos questions.

On reproche à votre génération (vous, les anciens de la FESCI, Blé Goudé/SORO) d'être à l'origine de l'instabilité politique en Côte d'Ivoire. Que répondez-vous à cette question ?

Je ne crois pas qu'Alassane Ouattara soit de ma génération. Je ne crois pas qu'Henri Konan Bédié soit de ma génération. Je ne crois pas non plus que Gbagbo Laurent soit de ma génération. Je voudrais simplement vous dire que tous ces acteurs politiques-là ne sont pas de ma génération. L'origine de cette crise ivoirienne, part de la guerre de succession qui a eu lieu entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. A la mort d'Houphouët-Boigny, ne voulant pas céder le fauteuil à Henri Konan Bédié, comme le recommandait l'article 11 (de la Constitution, Ndlr), une guerre a éclaté entre Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara. La suite, on la connait, coup d'état et autre, jusqu'à ce qu'on en arrive à la crise de 2002. Je voudrais simplement dire qu'aujourd'hui si Henri Konan Bédié est allié à Alassane Ouattara, on peut tout simplement dire, qu'ils auraient pu faire l'économie de cette guerre-là. Mais cela dit, je ne crois pas fondée cette vérité. On a toujours voulu comme les autres nous perçoivent. Moi, j'étais à Manchester quand la guerre a éclaté en Côte d'Ivoire où j'ai interrompu mes études. Dans la rue, comme aujourd'hui les gens sont descendus dans la rue en Tunisie, en Egypte. C'est loué, non ? Mais en Côte d'Ivoire, dès que nous sommes descendus dans la rue pour nous opposer aux armes, on nous a traité de miliciens, de petits et autres.

Vous faites en quelque sorte un reproche à vos ainés ? Celui de vous avoir donné le mauvais exemple ?

Je crois que les différentes classes politiques vieillissantes en Côte d'Ivoire sont à la base de la crise dans notre pays.

Êtes-vous prêt à appeler à la réconciliation malgré tout et malgré le mandat d'arrêt lancé contre vous par la justice ivoirienne?

Bien sûr! Vous savez que la vie d'une nation est au-dessus de nos ressentiments personnels et individuels. De nos frustrations. Je pense que la Côte d'Ivoire a besoin de ses fils et de ses filles unis. En tout cas, quand nous étions au pouvoir j'y tenais, aujourd'hui encore, j'y tiens. J''invite le pouvoir à faire en sorte de rapprocher les ivoiriens. Une réconciliation, on la fait avec deux camps qui ont été séparés par un manque de confiance, par une crise. On ne se réconcilie pas seulement avec son clan.  Et la réconciliation n'est pas aussi un programme de gouvernement. La réconciliation est la conséquence des actes du gouvernement. La manière dont vous traiter vos leaders de l'opposition, de cette manière dépend le climat politique. C'est vrai qu'on veut bien se réconcilier, mais je demande au gouvernement d'accompagner ses paroles par des actes et des actions concrètes et qui vont dans le sens de la réconciliation. On ne peut pas dire qu'à midi on veut se réconcilier et à 14h, on fait des arrestations, on bloque des comptes et on lance des mandats d'arrêt. Il faut créer l'environnement de la réconciliation. Je pense que si nous nous basons sur les chiffres truqués de la CEI, le Président Gbagbo représente quand même plus de 46% de la population et plus de la moitié de la population d'Abidjan a voté pour lui. Je pense que si les actes sont posés, la réconciliation se fera d'elle-même. C'est pourquoi, je lance cet appel, pour que les ivoiriens puissent se retrouver et pour que le pays puisse se remettre sur les rails. Pour moi, cela est primordial et va au-delà de nos petits intérêts politiques et personnels.

Charles Blé Goudé, vous sentez-vous aujourd'hui inquiété par un mandat d'arrêt de la CPI ?

Quelqu'un qui a passé tout son temps avec un matelas sur l'épaule, qui a passé tout son temps avec des micros, quelqu'un qui a fait des campagnes de paix, ce qu'aucun homme politique n'a jamais fait en Côte d'Ivoire, ne peut pas être inquiété par la CPI.
A moins qu'il y ait d'autres raisons que j'ignore.

On sait que dans quelques jours, le 11 décembre, le jour qui coïncide avec la sortie de votre livre, auront lieu les élections législatives en Côte d'Ivoire. Comment analysez-vous cette nouvelle échéance ?

J'ai bien peur que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Mais comme le pouvoir va seul aux élections avec ses seuls candidats en lice, avec une commission électorale aux ordres et sous contrôle, qui n'est même plus indépendante. Je pense qu'en ce moment, il n'y a pas danger. Parce qu'aujourd'hui en Côte d'Ivoire, je dois vous dire que les conditions d'un scrutin d'apparence juste et ouvert à tous ne sont pas réunis. Les conditions sécuritaires d'une campagne ne sont pas réunies. Le mot de rassemblement est interdit. Les meetings sont interdits. Les opposants sont soit en prison, soit en exil soit ont été exterminés. Je pense que dans ces conditions, le pouvoir veut rester seul en lice, il faut le laisser faire. Mais ça sera une assemblée nationale pas représentative et pas digne de la Côte d'Ivoire qui sera mise en place.

L'absence du FPI aux élections est -il justifiée selon vous ?

C'est de cela que je suis en train de vous parler. Le FPI, je ne parlerai pas en son nom mais je crois que le FPI n'a pas refusé d'aller aux élections. Les conditions ont-elles été réunies pour que le FPI parte aux élections ? Dans tous les cas, il faudra poser les questions aux leaders du FPI, ils vous répondront.

Revenons au FPI, justement. On sait que vous n'étiez pas apprécié pas certains cadres de ce parti. Pensez-vous qu'ils aient été à l'origine de certaines erreurs de Laurent Gbagbo ?

Pourquoi voulez-vous que je parle dans la presse de mes rapports avec le FPI? ça c'est entre le FPI et moi. Si vous voulez savoir si le FPI a fait commettre des erreurs à Laurent Gbagbo, il faut interroger le FPI. Je pense qu'ils répondront. Une poule qui se respecte, ne pond pas ses œufs en public.

Charles Blé Goudé, en guise de conclusion, quel message souhaitez-vous lancer aux ivoiriens et aux africains qui vous liront?

Je voudrais simplement dire au ivoiriens, aux africains et au reste du monde que ce qui se passe en Côte d'Ivoire, c'est certes la réalité mais ce n'est pas la vérité. Sous nos yeux, on tente de falsifier l'histoire réelle de ce qui s'est passé en Côte d'Ivoire. En Côte d'Ivoire, Gbagbo Laurent a invité la communauté internationale a un recomptage des voix pour éviter une crise, comme cela a été fait en Haïti, en novembre 2010, en Afghanistan en 2009. Ce refus de recompter les voix a aujourd'hui engendré des conséquences que tout le monde connait et que tout le monde déplore. Je le répète, un contentieux électoral a été transformé en un véritable cauchemar, par la faute de ceux qui ont décidé de tordre le cou à la vérité, par la faute de ceux qui voulaient installer un ami au pouvoir et qui voyaient  en Laurent Gbagbo un obstacle à la réalisation de leur objectif d'exploiter l'Afrique. C'est ça la vérité. Je pense que l'histoire est en train d'être falsifiée. Mais un jour, la vérité se saura et il faut que les africains le sachent.


In "Les Afriques"


Source: IVOIRE DIASPO.NET

mercredi, 06 juillet 2011

CHARLES BLE GOUDE: «JE SUIS PRET A COMPARAITRE DEVANT LA JUSTICE. A CONDITION QUE M. OUATTARA SOIT MON VOISIN»

 

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Par Christophe Boisbouvier

 

Alors que s'ouvre, ce mardi 5 juillet 2011 à Abidjan, un séminaire gouvernemental pour faire redémarrer l'économie du pays, Charles Blé Goudé, qu'on avait dit mort, a répondu aux questions de RFI. Ce proche de l'ancien président Laurent Gbagbo s'est dit prêt à comparaître, sous certaines conditions, devant la justice ivoirienne alors qu'un mandat d'arrêt international a été lancé il y a quelques jours contre lui.


RFI : Charles Blé Goudé, bonjour. Que devenez-vous ?

Charles Blé Goudé : Je suis Charles Blé Goudé. Je suis là.

RFI : Quand vous dites, « je suis là », cela veut dire où ?


C.B.G. :
Je suis là où je dois être. Je suis à l'abri. Je suis là et je regarde les choses.

RFI : On dit que vous circulez beaucoup en Afrique de l'Ouest.


C.B.G. :
Oui. On dit aussi que je suis décédé ! Donc je laisse les gens déblatérer sur mon sort et souvent, je ris.

RFI : Donc, vous êtes quelque part en exil ?


C.B.G. :
Non. Je dis aux uns et aux autres qu'on est ensemble, là où on doit être. Certainement que je suis à Abidjan ou je suis quelque part, mais je suis dans une vie de clandestinité que j'assume totalement. On m'annonce souvent mort, on m'annonce au Zimbabwe, au Bénin, au Ghana... Tout cela m'amuse et je regarde.

RFI : Alors vendredi dernier, le 1er juillet 2011, la justice ivoirienne a lancé contre vous un mandat d'arrêt international. Comment réagissez-vous ?


C.B.G. :
Oh, écoutez ! Rien ne me surprend. Parce que voyez-vous, depuis que monsieur Ouattara est au pouvoir, il y a une justice à double vitesse. Il a peur. Il a peur d'une opposition significative.  Il a décidé d'installer son pouvoir dans la terreur. Et tous les signes apparents d'un pouvoir dictatorial, d'un pouvoir tribaliste, sont là, et visibles.

Pour moi, ce pouvoir n'ira pas bien loin, parce que monsieur Ouattara fait comme si son pouvoir avait pour seul objectif de traquer, de tuer, de poursuivre tous ceux qui ont été plus ou moins proches du président Gbagbo. Donc nous osons croire qu'à un moment donné, le président Sarkozy et le président Obama vont l'interpeller pour lui dire qu'il n'est plus le président du RHDP (Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix). Ouattara est le président de la Côte d'Ivoire. Alors il doit garantir la justice à tous les Ivoiriens. Alors, j'attends qu'on me signifie ce mandat d'arrêt et qu'on me dise les raisons pour lesquelles on me poursuit.


RFI : Le ministre ivoirien de la Justice dit : « Blé Goudé pense se cacher, mais on sait où il est. Son extradition se fera ».


C.B.G. :
Je ne veux pas entrer dans cette comédie. Je veux simplement dire qu'en Côte d'Ivoire il y a une justice à deux vitesses. Regardez-vous ! Un président de la République du nord, un Premier ministre du nord, ministre de l'Intérieur du nord, ministre de l'Agriculture du nord, ministre de l'Industrie du nord... Où allons-nous avec tout cela ? Pourvu que vous ayez battu campagne pour Laurent Gbagbo, alors on bloque votre compte ? 

RFI : Ce que vous reproche la justice ivoirienne ce n'est pas seulement d'avoir battu campagne pour Laurent Gbagbo. Est-ce que vous ne regrettez pas vos appels à la mobilisation populaire contre Alassane Ouattara, contre l'Onu, contre la France, entre décembre et avril 2011 ?


C.B.G. :
Au moment où je vous parle, il y a quelques semaines, les indignés qui sont dans la rue en Espagne, ne se sont pas arrêtés.

RFI : Mais quand vous avez appelé vos Patriotes à bloquer les véhicules de l'Onuci, en février et mars 2011, était-ce vraiment pacifique ?


C.B.G. :
Combien de véhicules de l'Onuci ont été bloqués ? Combien d'agents de l'Onuci ont été blessés ? Que s'est-il réellement passé ? Face aux gens de monsieur Ouattara, qui, depuis 2002, tuent, pillent, tous les Ivoiriens ! Pourquoi ne parle-t-on pas d'eux ?

Et puis on s'acharne sur la personne de Blé Goudé ! Moi, je pense qu'il faut être sérieux et puis mettre tout ça dans la balance. Maintenant, si c'est la justice des vainqueurs  sur les vaincus... Mais monsieur Ouattara n'a pas vaincu l'armée de Côte d'Ivoire, je suis désolé ! Il sait très bien que c'est l'armée française qui l'a aidé à être là où il est.


Monsieur, je voudrais vous dire que j'ai la conscience tranquille. Depuis 2002, c'est la mobilisation aux mains nues et je défie quiconque de mobiliser plus que nous. Voilà ce qu'est la démocratie, la loi du nombre !


RFI : Mamadou Coulibaly, président de l'Assemblée, affirme que le 10 mars dernier, quand l'Union africaine a reconnu la victoire d'Alassane Ouattara, il a compris qu'il était fichu. Et vous ?


C.B.G. :
Je ne veux pas commenter les propos du président Mamadou Koulibaly, pour qui j'ai beaucoup de respect. Et je pense qu'il fallait plutôt faire en sorte qu'on revienne au vrai débat. Qui, de Laurent Gbagbo ou d'Alassane Ouattara a remporté les élections ?

RFI : On a souvent dit que Laurent Gbagbo était le plus malin de tous les hommes politiques ivoiriens. Mais il a quand même perdu. Quelle faute politique a-t-il pu commettre ?


C.B.G. :
Pourquoi voulez-vous qu'on vienne exposer les fautes de Laurent Gbagbo sur les antennes ? C'est un être humain. Il peut se tromper ! Mais on ne parle pas des fautes de son chef sur des antennes.

RFI : Quand lui avez-vous parlé pour la dernière fois ?


C.B.G. :
Je suis désolé, ça encore, c'est entre lui et moi.

RFI : Charles Blé Goudé, reconnaissez-vous Alassane Ouattara comme président de la République ?


C.B.G. :
Mais si c'est moi qui reconnaissait les hommes politiques en tant que président de la République, vous savez très bien que Laurent Gbagbo serait président aujourd'hui ! La volonté de la France a été faite par la force. Et à partir du 11 avril, moi je n'ai pas à savoir qui est président ou qui ne l'est pas.

RFI : Donc pour vous, aucune réconciliation n'est possible ?


C.B.G. :
Moi je veux qu'il y ait réconciliation ! Mais monsieur Ouattara a pris le pouvoir pour se venger. Et il veut installer son pouvoir dans la terreur ! Aujourd'hui, tous ceux qui semblent avoir même une toute petite odeur de camp proGbagbo, tous ceux-là sont traqués jusque dans leurs derniers retranchements !

RFI : Vous dites que tout le monde est traqué, mais il y a tout de même un Front populaire ivoirien (FPI) qui a pu à nouveau se réunir à Abidjan !


C.B.G. :
S'il vous plaît ! Quand le président du Front populaire ivoirien Affi N'Guessan est en prison dans le nord de la Côte d'Ivoire, c'est cela que vous appelez « la liberté » ? Quand on parle de pillages dans la ville d'Abidjan... Vous êtes d'accord avec moi que les FRCI ont pillé ?... Que les chefs de guerre  ont pillé ! Mais ils sont en liberté, pendant que d'autres sont traqués !

RFI : A quelles conditions cette réconciliation sera-t-elle possible ?


C.B.G. :
Quand on veut se réconcilier, on discute avec les opposants. Laurent Gbagbo ne peut pas être en prison à Korhogo, son épouse en prison ! Le président du Front populaire ivoirien et le fils de Laurent Gbagbo en prison, dans le nord. Et puis on nous parle de réconciliation ! Je demande à monsieur Ouattara de prendre de la hauteur. Il faut réunir les Ivoiriens et savoir pardonner.

RFI : Vous demandez le pardon, mais est-ce que la justice peut passer l'éponge sur les quelque 3 000 victimes de la crise postélectorale ?


C.B.G. :
Mais moi-même, je suis une victime de cette crise postélectorale ! Nous ne demandons pas que la justice ne se fasse pas. Mais de là à aller tuer de gens toutes les nuits, aller les traquer dans leurs villages, ce ne sont pas des signes encourageants !

RFI : Vous dites qu'il est normal que justice se fasse. Seriez-vous prêt, le cas échéant, à comparaître devant un tribunal ivoirien ?


C.B.G. :
Cela ne me pose aucun problème ! A condition que monsieur Ouattara soit mon voisin ! Parce que, quand on va comparaître, vous savez très bien qu'il a commis des actes, que des hommes ont commis des actes ignobles, en son nom ! Alors je suis prêt à comparaître. Mon voisin doit être Alassane Ouattara, mon voisin Soro Guillaume et ensemble nous allons comparaître devant la justice !

RFI : Comment reviendrez-vous sur la scène politique si vous êtes un clandestin, si vous êtes en fuite ?


C.B.G. :
Dites à tous les Ivoiriens qu'un jour, il fera jour. Nous avons perdu une bataille. Nous n'avons pas encore perdu notre combat.

R.F.I. : Vous avez des accents revanchards dans vos réponses. Croyez-vous encore à une solution militaire ?


C.B.G. :
Non, non, non, non.... Pas du tout ! Je ne suis pas revanchard. J'ai toujours pardonné, comme vous savez. Je veux que les Ivoiriens se parlent à nouveau. Je veux qu'il y ait un débat responsable, critique. Je ne suis pas pour le coup de force. Je pense que les Ivoiriens ont déjà été trop traumatisés et ils attendent mieux des hommes politiques que de nouveaux coups de canons.

RFI : Samedi dernier à Paris encore, 1 300 personnes ont manifesté en faveur de la libération de Laurent Gbagbo. Qu'attendez-vous de la France et des Français ?


C.B.G. :
Comme c'est la France qui a permis à monsieur Ouattara d'être au pouvoir, je souhaite que la France pèse encore de tout son poids sur monsieur Ouattara et lui dire que un monsieur Laurent Gbagbo, qui a dirigé la Côte d'Ivoire et qui a obtenu, selon les résultats de la Commission électorale plus de 49% des suffrages, ce monsieur ne peut pas être maintenu au nord (du pays). A ce sujet d'ailleurs,  le 16 juillet, le Conseil européen du congrès panafricain de la jeunesse des patriotes se réunit. Je voudrais inviter tous les Africains, qui vivent à Paris, à participer à cette conférence. Pour la première fois, on verra ce que je suis devenu, et cela à travers une vidéo exclusive que nous allons projeter.

RFI : Charles Blé Goudé, merci.


Source: RFI.FR

 

Ecouter l'interview de Charles Blé Goudé à Radio France Internationale (RFI):

 


podcast


vendredi, 08 avril 2011

LA FRANCE S'APPRETE A NOUS SERVIR PIRE QUE CHIRAC (2ème Réédition)

 

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 A lire, cet autre texte écrit le 28 avril 2007 et posté pour la première fois sur Regards croisés, le 24 mars 2008, et au sujet duquel les récents développements de l'actualité politique ivoirienne nous donnent raison. Appréciez, tout simplement.



Je vous envoie pour lecture l'intégralité du discours tenu par le Professeur Mamadou KOULIBALY, Président de l'Assemblée Nationale, sur la tribune de la Caravane de la Paix, qui a connu son apothéose le Samedi 21 Avril 2007, au complexe sportif de Yopougon Selmer, à Abidjan.

A la vérité, quand j'ai achevé la lecture de ce brillant speech, j'ai été gagné par le sentiment diffus et confus que la crise ivoirienne est loin d'être finie et qu'elle risque de rebondir de la pire des façons.
Qu'est-ce qui me fonde à le dire? Les termes du Pacte colonial scellé par la France avec les Chefs d'Etat africains, dont le Président Mamadou KOULIBALY a élucidé, en des termes accessibles à tous, deux dispositions totalement amorales:

1- « La première disposition dit que le pouvoir que le Chef de l'Etat français donne à un Président africain, c'est juste un pouvoir de délégation, pour représenter sur le territoire africain, la volonté de celui qui gère l'Elysée, à Paris ». En un mot, la France ne nous considère pas comme des hommes indépendants. C'est écrit et signé.

2- « La deuxième disposition de ces accords qui sont encore valables aujourd'hui, dit que dans ce pays (la Côte d'Ivoire), toutes les richesses que l'on peut trouver, que ce soit de l'or, du diamant, de l'uranium, quelle que soit la matière, c'est D'ABORD la propriété de l'armée française, donc du gouvernement français ».

Et bien d'autres choses encore que je vous laisse le soin de découvrir. Avec effarement.
Toutes choses qui me font dire que si Sarkozy est élu au deuxième tour de l'élection présidentielle française, nous ne seront pas sortis de l'auberge. Pourquoi?

Premièrement, SARKOZY tient un discours (ultra)nationaliste (immigration choisie, identité nationale) sans s'affranchir, pour autant, du Pacte colonial et de la Françafrique, au contraire de Jean-Marie LE PEN. Dont le mauvais score, du reste, réjouit moins les Africains que le bon score de SARKOZY ne les abat. Quel paradoxe!
Les Ivoiriens pourraient donc avoir droit aux coups redoublés d'un eugéniste (partisan de la catégorisation et de l'épuration raciale) et d'un colon sorti tout droit de la féodalité la plus achevée du 18ème siècle, dans ses pires archaïsmes. Je pèse bien mes mots. Je me méfie grandement de cet homme devant qui les français tombent en extase! Ce qui est loin d'être une consigne de vote en faveur de Ségolène ROYAL, même si elle passe pour être le moindre mal, dans cet authentique film d'horreur.

Deuxièmement, SARKOZY est issue du noyau le plus dur des milieux maçonniques français. A ce titre, il va concentrer entre ses mains des pouvoirs financiers, médiatiques, politiques et ...spirituels effrayants qui feront, immanquablement, de lui un dictateur des temps modernes, digne rejeton de la pire oligarchie ultralibérale de France et de la mafia françafricaine la plus hystérique, la plus rance et la plus nauséeuse. J'en ai même des sueurs froides pour la France elle-même. Si elle investit cet homme à la mi-Mai, son déclin sera désormais imparable.

Troisièmement, SARKOZY est issue d'une famille d'émigrés. Ce qui a fait dire à LE PEN qu'il n'a pas une goutte de sang français dans les veines. De la hauteur vertigineuse du piédestal où il est parvenu à se hisser par la force de ses poignées et par son intelligence ( je dirais plutôt sa ruse, son opportunisme) politique, je sens planer, de façon confuse et insidieuse, l'ombre menaçante d'un royaliste surfait (il se veut plus français que les français) qui va mener une vie infernale aux autres émigrés et immigrés, en France, sans pour autant coller la paix à l'Afrique dont les ressources doivent l'aider à relever une France en déclin.
Ne voudra t-il pas au nom de l'amour qu'il porte à "cette France qui lui a tout donné et à laquelle il veut tout donner, à son tour", lui rendre la Côte d'Ivoire? Mains et pieds liés si nécessaire?
Vu sous cet angle, SARKOZY risque de voler la vedette à Super Menteur, au grand CHIRAC himself, grand colon devant l'Eternel.
Rien qu'à y penser, j'en ai des crispations.

Dans la même veine, la présence de WATTAO, en France, actuellement (officiellement pour raison de santé) et l'apathie à peine voilée des deux leaders que sont ADO (dont SARKOZY est le parrain de mariage. Mauvais présage) et BEDIE pour les magnifiques résultats du Dialogue direct, ne m'inspire rien qui vaille.

Au total, Ivoiriens, célébrons certes la paix "retrouvée" entre nous, mais gardons un œil grand ouvert sur la Chiraquie , pardon la Sarkozie. Les jours à venir ne s'annoncent pas chantants.

Que DIEU vous bénisse, tous, et que DIEU garde et bénisse la Côte d'Ivoire.


DINDE Fernand AGBO

 

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Quotidien Le Temps N° 1201 du 23 avril 2007


Réunification, identification, élections / Mamadou Koulibaly à Guillaume Soro : "Adoptez la cadence du Président de la République".


 Le professeur Mamadou Koulibaly, Président de l'Assemblée nationale a trouvé tribune, le samedi dernier, à l'apothéose de la caravane de la paix, pour exprimer le vœu des Ivoiriens, susceptibles d'aider le Premier ministre Guillaume Soro à réussir sa mission. C'était au complexe sportif de Yopougon.


« Je rends gloire à Dieu le Tout-puissant qui nous a donné cette occasion aujourd'hui, de nous retrouver, ce 21 avril 2007, pour nous parler. Je rends gloire à Dieu, parce que ce jour, est mon jour anniversaire. Je me tape mes 50 ans et je pense que c'est avec beaucoup d'émotion que je franchis cette étape. On ne dira plus maintenant qu'il est jeune. Je suis entré dans la catégorie des vieux. Je suis donc un doyen, puisqu'il y a Charles Blé Goudé et vous tous pour la relève. Merci Seigneur, merci à chacun d'entre vous.

Madame la Première Dame, quand Charles Blé Goudé m'a fait part de son projet d'organiser une caravane de la paix, j'ai donné mon accord, j'ai soutenu, j'ai appuyé. Parce que c'était une bonne initiative, de mon point de vue, pour amplifier ce que le Président de la République, lui-même, avait commencé à Abidjan, depuis trois ans maintenant. Il a lancé une campagne de paix. Il a dessiné lui-même les T-shirts de la paix, il a fait rédiger une charte de la paix, il a fait produire des casquettes, des pins et différents types de documents pour sa campagne de paix. Elle a été menée dans le District d'Abidjan. Et je voudrais sincèrement féliciter Charles, parce qu'il a assisté à deux meetings à Anyama et à Abobo. Après ça, il m'a dit : " président, moi je vais foncer sur les autres villes. Est-ce que c'est une bonne idée ? " Je lui ai dit : " si ça ne tient qu'à toi, c'est une très très bonne idée. Il faut aller parler aux gens. On verra ". Tu l'as fait, c'est très bien. Le résultat est là. Bravo à Charles Blé Goudé, bravo à tous les jeunes patriotes, bravo au COJEP, bravo à l'Alliance, bravo aux parlement et Agoras, bravo à tous les vieux, toutes les vieilles, tous les jeunes qui ont fait le déplacement, pour répondre à cet appel.

Les échos sont très favorables, partout où vous êtes passés avec la caravane. Les Ivoiriens se sont sentis soulagés, ils se sont sentis heureux, ils se sont sentis réconciliés, ils se sont sentis plus proches, les uns des autres. Et puis, en réalité, ils ont découvert qu'ils ont tous été trompés. Merci pour l'accueil que vous avez réservé à la caravane, partout où elle est passée.
A partir de ce soir, la caravane ne s'arrête pas. Elle va continuer au-delà d'Abidjan, au-delà des zones gouvernementales ; il faut anticiper le mouvement, il faut accompagner le mouvement, il faut parler à vos parents et amis qui sont de l'autre côté, pour qu'ils comprennent bien de quoi il s'agit.

Madame la Première Dame, en acceptant de venir, je me suis dis que Seydou Diarra avait un handicap sérieux. Il n'a pas voulu compter sur nous, il n'a pas voulu compter avec nous, il n'a pas voulu compter avec la Côte d'Ivoire. Il a été nommé à Paris. Il a accepté sa nomination, il est venu, il a voulu travailler. Mais au lieu de travailler pour nous, il a voulu travailler contre nous et vous vous souvenez ce qui est arrivé. Nous avons dit non et chacun sait ce qui est arrivé. Charles Konan Banny est arrivé de la même façon. Sa première réaction a été de dire : " Je dissous la représentation nationale ". Vous avez dit non. Et Dieu seul sait ce qui a suivi. Il y a eu mort d'hommes, destruction de biens, perte de confiance et de valeurs. Moi j'ai accepté, parce que le Président de la République nous a demandés à tous, d'aider Guillaume Soro à réussir sa mission. Konaté Siriki vient de dire qu'il faut que nous aidions le Premier ministre à réussir sa mission. J'aimerais dire à Konaté Siriki que la manière dont a été nommé Soro Guillaume exige que nous l'aidions nécessairement. Contrairement aux autres Premiers ministres, qui venaient s'opposer au Président de la République, cherchant un pouvoir alors qu'ils l'avaient, cherchant un poste alors qu'ils étaient installés dans le fauteuil, le Président Gbagbo a demandé que l'on puisse aider Guillaume Soro. J'aurais été mal à l'aise de le faire, si vous-mêmes ici, vous ne l'aviez pas renouvelé. Merci d'être venu à ce meeting. Je ne sais pas si le public a remarqué que Siriki Konaté est arrivé sans garde du corps ONUCI. Il a fait confiance aux patriotes ivoiriens. Je lui ai demandé s'il n'avait pas de crainte. Il m'a dit rien du tout, il se sent assuré et je lui ai dit : " Là où nous allons, vous serrez rassuré. Ne vous en faites pas". Siriki, vous êtes là, les jeunes vous applaudissent et je pense que c'est une bonne chose.

Vous savez, notre pays, la Côte d'Ivoire est un tout petit pays en Afrique avec 322 000 km2. Lorsque nous avons pris l'indépendance, l'ancienne puissance coloniale n'a pas jugé utile de nous considérer comme des hommes indépendants. Elle a considéré que nous étions des esclaves sur un territoire qu'elle a conquis en Afrique. Au moment de l'indépendance, de Gaulle nous a fait signer des papiers. Je vous invite à lire ces papiers. Dans ces papiers, il y a deux dispositions qu'il faut que vous rapportiez à vos amis à Bouaké. La première disposition dit que le pouvoir que le chef de l'Etat français donne à Président africain, c'est juste un pouvoir de délégation, pour représenter sur le territoire africain, la volonté de celui qui gère l'Elysée à Paris. Nous avons appelé cela indépendance, parce que nous n'avions pas le choix. Il fallait quelque chose pour sortir du joug colonial. Nous avons pris la première solution qui s'est présentée. Mais en réalité, comment admettre qu'ici, pour construire la route Tingréla-Odienné, le Président soit obligé d'appeler d'abord, de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac, pour demander son avis. Si le Président français dit non, ça ne se fait pas. S'il dit oui, ça se fera avec son nom que cette route portera, comme nous avons ici, le boulevard Giscard d'Estaing, le boulevard Mitterrand, le pont Général de Gaulle et je ne sais plus quelle autre avenue dans notre capitale.

La deuxième disposition de ces accords qui sont encore valables aujourd'hui, dit que dans ce pays, toutes les richesses que l'on peut trouver, que ce soit de l'or, du diamant, de l'uranium, quelle que soit la matière, c'est d'abord la propriété de l'armée française, donc du gouvernement français. Nous avons signé cela. Quand le Président Gbagbo était dans l'opposition, nous nous sommes engagés à rompre avec ce type de relation que nous avions avec la France. Quand il est arrivé au pouvoir, il a mis ce schéma en application.

Malheureusement, nous n'avons pas eu d'oreilles attentives à Paris. Nous avons tout fait, nous avons expliqué que nous ne cherchions pas à chasser les Français de la Côte d'ivoire. Mais nous cherchions simplement à être nous-mêmes, à nous gérer nous-mêmes, à élire notre Président nous-mêmes, à être propriétaires de nos matières, nous-mêmes et puis à acquérir notre dignité. Personne n'a voulu nous écouter. Quand la rébellion a éclaté, vous ne le saviez pas, ils sont venus nous voir une première fois. Ils nous ont dit : " Si vous nous faites un petit cadeau, on vous débarrasse des rebelles tout de suite". On leur a cédé le terminal à conteneurs, ils n'ont rien fait. Je ne sais ce qu'ils vous ont dit de l'autre côté, mais ils sont venus nous dire : " Monsieur le Président, si vous nous renouvelez le contrat sur l'électricité, on vous appuie à l'ONU et vous verrez. Les résolutions qui vont sortir vous seront favorables. Nous avons suivi. Ils n'ont rien fait. D'ailleurs, quand ça été signé, le nouveau discours qu'ils ont cultivé à l'Onu, c'est une transition sans Gbagbo. Mais pendant que nous faisions cela, les bonshommes nous faisaient payer notre facture d'eau et d'électricité. L'argent (plusieurs milliards de francs) du budget de l'Etat que nous avons utilisé pour gérer cette crise, auraient pu nous permettre d'investir pour construire un nouveau barrage électrique, on ne l'a pas fait. Ça aurait pu nous permettre de construire de nouvelles turbines électriques, on ne l'a pas fait. Ça aurait pu nous permettre d'investir pour accéder à de nouvelles nappes phréatiques pour tirer de l'eau pour Abidjan et les villes. On ne l'a pas fait. Aujourd'hui, nous sommes dans le délestage, l'eau courant manque dans les quartiers d'Abidjan. La guerre ne nous arrange pas du tout ! Qu'on soit à Aboisso ou à Tingréla, à Touba ou à Bouna, elle ne nous arrange pas, elle ne nous a pas arrangés du tout. Mais pendant ce temps, eux on fait leur argent.

M. Konaté, nous avons un accord monétaire avec la France. Est-ce que vous savez que nos devises en dollar, en yen, en deutschemark, sont déposées au trésor public français. C'est cet argent qu'ils font fructifier, ils dépensent comme ils veulent et quand on a des problèmes, ils nous envoient quelques milliards que nous partageons entre pays francophones de cette zone monétaire. Ils présentent cela comme de l'aide, alors qu'en réalité, c'est notre sueur, déposée dans leur trésor, qu'ils détournent et nous font croire qu'ils nous aident. Pendant que vous, à Bouaké, et nous à Abidjan, nous sommes en train de nous chamailler, les bonshommes nous pompent notre fric, nous pompent notre dignité, richesse et en définitive, nous pompent notre vie entière. Nous restons tous appauvris, les jeunes ne vont pas à l'école, les enfants sont malades, les maternités manquent, les routes se dégradent, les hôpitaux sont dans de mauvais états, au Nord comme au Sud.

Monsieur le porte-parole, il faut transmettre aux populations de Bouaké et d'ailleurs, que notre problème à nous, n'était pas avec les populations de là-bas. Si vous avez écouté tous les discours de Blé Goudé, de Mme Gbagbo et tous les discours des jeunes patriotes, en aucun moment, ils n'ont insulté les populations de l'Ouest, de l'Est, du Centre. Bien au contraire, tous, nous avons montré l'agresseur de la main : Jacques Chirac, la France et le reste. Il faut donc être à l'aise ici. Ça dépendrait de moi, vous pourriez vous promener à Abidjan, sans garde ONUCI. Ce qui compte pour nous, c'est la prise de conscience collective que nous avons, qu'il est temps maintenant que nous arrêtions le gâchis. Il est temps que nous prenions notre pays, que nous le soignions et que nous le fassions avancer.

C'est dans ce contexte que je me permettrai de donner quelques pistes au Premier ministre Guillaume Soro. Parce que d'une part, vous avez souhaité que nous l'aidions, d'autre part le Président de la République a souhaité qu'on puisse l'aider. Et lui-même s'est dit engager dans le processus. Et puis, quand on m'a dit que j'étais invité et que vous serriez-là, j'ai pris le soin de parler aux Ivoiriens, de parler aux patriotes, pour essayer de savoir qu'est-ce que Mamadou Koulibaly peut faire pour aider le Premier ministre de Laurent Gbagbo. Ils ne sont pas tous là. Blé Goudé et l'Alliance sont là, pendant qu'Eugène Djué est en meeting à Tiébissou. D'autres sont ailleurs. Ils m'ont dit plusieurs choses en vrac. Ils ont dit : " Faisons en sorte que ce Premier ministre ne termine pas son mandat comme ces prédécesseurs". Et pour cela, ils m'ont dit : "Monsieur le Président, si vous pouvez dire à Guillaume Soro ou à ses représentants qui seront là, de faire encore un tout petit effort". Ils disent que dans le discours du Premier ministre, il a demandé pardon aux Ivoiriens. C'est vrai, c'est bien. Il a demandé pardon en tant que Premier ministre de tous les Ivoiriens, au nom de tous les Ivoiriens. C'est bien, c'est bon.

Mais eux auraient voulu quand-même que Guillaume Soro demande pardon, non pas en tant que Premier ministre, parce qu'à ce titre il n'a encore rien fait aux Ivoiriens. Mais qu'en tant que Secrétaire général du MPCI, il demande pardon aux Ivoiriens. Ils sont d'accord pour ça et le souhaite vivement, ils le veulent, ils le désirent. Ils m'ont dit d'ajouter que dans son discours, il a dit que depuis quelques années, nous nous sommes mesurés, nous nous sommes injuriés, nous nous sommes battus, nous nous sommes tués pour une situation sans résultat. Les patriotes ivoiriens disent d'expliquer qu'en réalité, il y a deux résultats au moins. Le premier, c'est que pendant qu'on se battait, le chômage augmentait. Pendant qu'on se battait, le pays était détruit. Vous qui êtes là-bas dans le nord, vous savez très bien de quoi je parle. La situation est catastrophique. Nous sommes ici, au sud, nous savons très bien de quoi nous parlons. La situation est catastrophique. Il n'y a pas eu de guerre à Vridi, mais les usines ont fermé. Il n'y a pas eu de guerre à Yopougon, mais les usines dans la zone industrielle ont fermé. C'est un résultat, même s'il est négatif. On l'accepte et on dit ça suffit. On ne le fait plus. Mais il y a un autre résultat qu'ils m'ont demandé de vous signaler pour porter cela au Premier ministre. Il y a le fait que vous soyez ici. C'est parce que nous nous sommes battus, injuriés, entre-tués que nous avons fini par prendre conscience qu'au-delà de nos préoccupations tribales, mesquines, régionales, il y a quelque chose au-dessus qui s'appelle la nation ivoirienne, qui s'appelle la Côte d'Ivoire et qui nous commande tous. Et c'est au nom de la Côte d'Ivoire que, vous et Blé Goudé, vous vous tenez la main ici, que vous faites des accolades à Mme Simone Gbagbo, que vous serrez la main de Mamadou Koulibaly. C'est une prise de conscience de la nation qui est aujourd'hui, le capital, le plus grand, qui nous reste après cette crise. Le mauvais résultat, on le prend, on va le corriger, mais il y a un bon résultat. C'est que nous avons pris conscience que ce pays nous appartient et que nous n'avons pas le droit de le détruire, parce que les générations suivantes arrivent, les générations futures arrivent. Et elles ne devienent pas grandes d'un coup. Ce sont des enfants qui naissent, qui grandissent et puis dans le fil de leur cycle de vie, s'il n'y a que malheur, il n'y a que difficultés, nous finissons par fabriquer des citoyens de mauvais niveau, dégradés qui ne peuvent pas construire un pays. Ils m'ont dit de signaler cela. Il y a résultat : un bon et un mauvais. Ils m'ont demandé de vous suggérer de dire au Premier ministre que dans son discours, il a présenté des objectifs qui sont bons. Il a dit premièrement : l'identification des populations avec ce que cela contient, enrôlement sur les listes électorales. Il a dit deuxièmement : la réunification de la Côte d'Ivoire. Les patriotes ici, disent que c'est bon et que c'est bien.

Troisième objectif : il a dit les élections. Vous venez d'en parler. C'est bon, c'est bien. Mais ceux que j'ai consultés m'ont dit de vous suggérer que cette trame ressemble à ce que Seydou Diarra et Banny voulaient faire : identifier, réunifier, aller aux élections. Même si ces objectifs sont bons, il faut cependant remodifier l'ordre de présentation. L'objectif n°1, c'est la réunification de la Côte d'Ivoire, avec son cortège de disparition de la zone de confiance, le désarmement, le redéploiement de l'administration etc. objectif n°2 : pas de problème, identification des populations avec les listes électorales qui suivent. Objectif n°3 : on va aux élections. Les gens que j'ai consultés m'ont dit de vous suggérer que si le Premier ministre, conformément aux actes qui ont été posés dernièrement à Tiébissou et dans la zone de confiance, remettait ces objectifs à l'endroit en commençant par la réunification, il aurait plus de chance de réussir, qu'en restant dans le schéma que Seydou et Banny avaient suivi. C'est un schéma qui conduit souvent à des blocages. Or, personne ne souhaite aujourd'hui que le processus soit bloqué. Vous avez entendu tout le monde crier : " On veut la paix ! On veut la paix ! ". Ils m'ont suggéré de porter la réflexion ici, sur l'idée que le Premier ministre dit dans son discours qu'il faut que nous sortions du fétichisme des dates. Vous avez écouté, beaucoup de gens ont interprété cela comme si le Premier ministre disait : " Vous savez, 10 mois ne vont pas suffire, on va aller plus loin ". Alors que ce n'est pas ce qu'il voulait dire.

Le temps nous est compté. Nous avons 46 ans d'indépendance, nous sommes encore pauvres. Nous avons 13 ans de succession d'Houphouët-Boigny, nous ne sommes pas encore arrivés à régler les problèmes. Nous avons 8 ans après le coup de Robert Guéi, nous sommes encore dans les séquelles. Nous avons 7 ans de pouvoir de Laurent Gbagbo avec toutes les difficultés que nous avons et nous avons 5 ans de crise quand-même aigüe avec un pays balafré. Les gens que j'ai consultés m'ont dit que si le Premier ministre dit de sortir du fétichisme des dates, il faudrait qu'il explique aux Ivoiriens que ça ne signifie pas qu'on va s'attarder, qu'on va piétiner, qu'on va traîner le pas, qu'on ne va pas avancer. Parce que les gens vont interpréter cela comme des astuces politiciennes, comme un jeu pour dribbler, pour feinter, comme du blocage. Or, ce n'est pas du tout cela que nous souhaitons. Si derrière le fétichisme des dates, il veut dire qu'il ne faut pas le bousculer pour avancer, peut-être, mais le Président de la République avance. Vous avez vu comment il avance. C'est la première fois, depuis qu'il est au pouvoir, qu'il permet à un de ses Premiers ministres de présider un Conseil des ministres. Il ne l'a pas fait pour Affi N'Guessan, il ne l'a pas fait pour Seydou, il ne l'a pas fait pour Banny. Il l'a fait pour Soro, sans que Soro ne le demande. C'est un signe que le Président de la République est pressé. Même s'il dit « allons doucement », il donne le rythme, il donne la cadence. La zone de confiance est détruite. Le Premier ministre n'a qu'à serrer ses baskets et suivre le rythme. Qu'il laisse de côté le fétichisme des dates. " Le temps est un autre nom de Dieu ", dit le Président de la République. Il faut déifier ce temps, il faut y croire. On n'en a pas suffisamment. Il faut aller vite. Parce que beaucoup de gens ici se demandent si Soro ne va pas changer encore, si les élections françaises finissent. Il faut leur donner tort. Il faut adopter la cadence et la rythmique du Président de la République et vous verrez que toutes ces forces que vous voyez ici, vont se coaliser pour vous soutenir et avancer. Voilà les messages qui m'ont été donnés pour vous, en tant que porte-parole, pour que vous puissiez les transmettre à vos camarades.

Au-delà de ses messages, je suis venu avec quelques cadeaux pour vous. Il faut que vous les acceptiez et les emportiez. C'est du fond du cœur. Il y a là-dedans, tous les objets que le Président de la République a confectionnés pour sa campagne de la paix, dont la séance d'aujourd'hui fait partie. Il faut aller à la paix maintenant, c'est Gbagbo qui le dit...".


Propos recueillis par Frimo D. Koukou

 

koukoudf@yahoo.fr

vendredi, 04 février 2011

LA FRANCE S'APPRETE A NOUS SERVIR PIRE QUE CHIRAC (Réédition)


CHIRAC ET SARKOZY 2.jpg

A lire, cet autre texte écrit le 28 avril 2007 et posté pour la première fois sur Regards croisés, le 24 mars 2008, et au sujet duquel les récents développements de l'actualité politique ivoirienne nous donnent raison. Appréciez, tout simplement.



Je vous envoie pour lecture l'intégralité du discours tenu par le Professeur Mamadou KOULIBALY, Président de l'Assemblée Nationale, sur la tribune de la Caravane de la Paix, qui a connu son apothéose le Samedi 21 Avril 2007, au complexe sportif de Yopougon Selmer, à Abidjan.

A la vérité, quand j'ai achevé la lecture de ce brillant speech, j'ai été gagné par le sentiment diffus et confus que la crise ivoirienne est loin d'être finie et qu'elle risque de rebondir de la pire des façons.
Qu'est-ce qui me fonde à le dire? Les termes du Pacte colonial scellé par la France avec les Chefs d'Etat africains, dont le Président Mamadou KOULIBALY a élucidé, en des termes accessibles à tous, deux dispositions totalement amorales:

1- « La première disposition dit que le pouvoir que le Chef de l'Etat français donne à un Président africain, c'est juste un pouvoir de délégation, pour représenter sur le territoire africain, la volonté de celui qui gère l'Elysée, à Paris ». En un mot, la France ne nous considère pas comme des hommes indépendants. C'est écrit et signé.

2- « La deuxième disposition de ces accords qui sont encore valables aujourd'hui, dit que dans ce pays (la Côte d'Ivoire), toutes les richesses que l'on peut trouver, que ce soit de l'or, du diamant, de l'uranium, quelle que soit la matière, c'est D'ABORD la propriété de l'armée française, donc du gouvernement français ».

Et bien d'autres choses encore que je vous laisse le soin de découvrir. Avec effarement.
Toutes choses qui me font dire que si Sarkozy est élu au deuxième tour de l'élection présidentielle française, nous ne seront pas sortis de l'auberge. Pourquoi?

Premièrement, SARKOZY tient un discours (ultra)nationaliste (immigration choisie, identité nationale) sans s'affranchir, pour autant, du Pacte colonial et de la Françafrique, au contraire de Jean-Marie LE PEN. Dont le mauvais score, du reste, réjouit moins les Africains que le bon score de SARKOZY ne les abat. Quel paradoxe!
Les Ivoiriens pourraient donc avoir droit aux coups redoublés d'un eugéniste (partisan de la catégorisation et de l'épuration raciale) et d'un colon sorti tout droit de la féodalité la plus achevée du 18ème siècle, dans ses pires archaïsmes. Je pèse bien mes mots. Je me méfie grandement de cet homme devant qui les français tombent en extase! Ce qui est loin d'être une consigne de vote en faveur de Ségolène ROYAL, même si elle passe pour être le moindre mal, dans cet authentique film d'horreur.

Deuxièmement, SARKOZY est issue du noyau le plus dur des milieux maçonniques français. A ce titre, il va concentrer entre ses mains des pouvoirs financiers, médiatiques, politiques et ...spirituels effrayants qui feront, immanquablement, de lui un dictateur des temps modernes, digne rejeton de la pire oligarchie ultralibérale de France et de la mafia françafricaine la plus hystérique, la plus rance et la plus nauséeuse. J'en ai même des sueurs froides pour la France elle-même. Si elle investit cet homme à la mi-Mai, son déclin sera désormais imparable.

Troisièmement, SARKOZY est issue d'une famille d'émigrés. Ce qui a fait dire à LE PEN qu'il n'a pas une goutte de sang français dans les veines. De la hauteur vertigineuse du piédestal où il est parvenu à se hisser par la force de ses poignées et par son intelligence ( je dirais plutôt sa ruse, son opportunisme) politique, je sens planer, de façon confuse et insidieuse, l'ombre menaçante d'un royaliste surfait (il se veut plus français que les français) qui va mener une vie infernale aux autres émigrés et immigrés, en France, sans pour autant coller la paix à l'Afrique dont les ressources doivent l'aider à relever une France en déclin.
Ne voudra t-il pas au nom de l'amour qu'il porte à "cette France qui lui a tout donné et à laquelle il veut tout donner, à son tour", lui rendre la Côte d'Ivoire? Mains et pieds liés si nécessaire?
Vu sous cet angle, SARKOZY risque de voler la vedette à Super Menteur, au grand CHIRAC himself, grand colon devant l'Eternel.
Rien qu'à y penser, j'en ai des crispations.

Dans la même veine, la présence de WATTAO, en France, actuellement (officiellement pour raison de santé) et l'apathie à peine voilée des deux leaders que sont ADO (dont SARKOZY est le parrain de mariage. Mauvais présage) et BEDIE pour les magnifiques résultats du Dialogue direct, ne m'inspire rien qui vaille.

Au total, Ivoiriens, célébrons certes la paix "retrouvée" entre nous, mais gardons un œil grand ouvert sur la Chiraquie , pardon la Sarkozie. Les jours à venir ne s'annoncent pas chantants.

Que DIEU vous bénisse, tous, et que DIEU garde et bénisse la Côte d'Ivoire.


DINDE Fernand AGBO

 

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MAMADOU KOULIBALY.gif

Quotidien Le Temps N° 1201 du 23 avril 2007


Réunification, identification, élections / Mamadou Koulibaly à Guillaume Soro : "Adoptez la cadence du Président de la République".


Le professeur Mamadou Koulibaly, Président de l'Assemblée nationale a trouvé tribune, le samedi dernier, à l'apothéose de la caravane de la paix, pour exprimer le vœu des Ivoiriens, susceptibles d'aider le Premier ministre Guillaume Soro à réussir sa mission. C'était au complexe sportif de Yopougon.

« Je rends gloire à Dieu le Tout-puissant qui nous a donné cette occasion aujourd'hui, de nous retrouver, ce 21 avril 2007, pour nous parler. Je rends gloire à Dieu, parce que ce jour, est mon jour anniversaire. Je me tape mes 50 ans et je pense que c'est avec beaucoup d'émotion que je franchis cette étape. On ne dira plus maintenant qu'il est jeune. Je suis entré dans la catégorie des vieux. Je suis donc un doyen, puisqu'il y a Charles Blé Goudé et vous tous pour la relève. Merci Seigneur, merci à chacun d'entre vous.

Madame la Première Dame, quand Charles Blé Goudé m'a fait part de son projet d'organiser une caravane de la paix, j'ai donné mon accord, j'ai soutenu, j'ai appuyé. Parce que c'était une bonne initiative, de mon point de vue, pour amplifier ce que le Président de la République, lui-même, avait commencé à Abidjan, depuis trois ans maintenant. Il a lancé une campagne de paix. Il a dessiné lui-même les T-shirts de la paix, il a fait rédiger une charte de la paix, il a fait produire des casquettes, des pins et différents types de documents pour sa campagne de paix. Elle a été menée dans le District d'Abidjan. Et je voudrais sincèrement féliciter Charles, parce qu'il a assisté à deux meetings à Anyama et à Abobo. Après ça, il m'a dit : " président, moi je vais foncer sur les autres villes. Est-ce que c'est une bonne idée ? " Je lui ai dit : " si ça ne tient qu'à toi, c'est une très très bonne idée. Il faut aller parler aux gens. On verra ". Tu l'as fait, c'est très bien. Le résultat est là. Bravo à Charles Blé Goudé, bravo à tous les jeunes patriotes, bravo au COJEP, bravo à l'Alliance, bravo aux parlement et Agoras, bravo à tous les vieux, toutes les vieilles, tous les jeunes qui ont fait le déplacement, pour répondre à cet appel.

Les échos sont très favorables, partout où vous êtes passés avec la caravane. Les Ivoiriens se sont sentis soulagés, ils se sont sentis heureux, ils se sont sentis réconciliés, ils se sont sentis plus proches, les uns des autres. Et puis, en réalité, ils ont découvert qu'ils ont tous été trompés. Merci pour l'accueil que vous avez réservé à la caravane, partout où elle est passée.
A partir de ce soir, la caravane ne s'arrête pas. Elle va continuer au-delà d'Abidjan, au-delà des zones gouvernementales ; il faut anticiper le mouvement, il faut accompagner le mouvement, il faut parler à vos parents et amis qui sont de l'autre côté, pour qu'ils comprennent bien de quoi il s'agit.

Madame la Première Dame, en acceptant de venir, je me suis dis que Seydou Diarra avait un handicap sérieux. Il n'a pas voulu compter sur nous, il n'a pas voulu compter avec nous, il n'a pas voulu compter avec la Côte d'Ivoire. Il a été nommé à Paris. Il a accepté sa nomination, il est venu, il a voulu travailler. Mais au lieu de travailler pour nous, il a voulu travailler contre nous et vous vous souvenez ce qui est arrivé. Nous avons dit non et chacun sait ce qui est arrivé. Charles Konan Banny est arrivé de la même façon. Sa première réaction a été de dire : " Je dissous la représentation nationale ". Vous avez dit non. Et Dieu seul sait ce qui a suivi. Il y a eu mort d'hommes, destruction de biens, perte de confiance et de valeurs. Moi j'ai accepté, parce que le Président de la République nous a demandés à tous, d'aider Guillaume Soro à réussir sa mission. Konaté Siriki vient de dire qu'il faut que nous aidions le Premier ministre à réussir sa mission. J'aimerais dire à Konaté Siriki que la manière dont a été nommé Soro Guillaume exige que nous l'aidions nécessairement. Contrairement aux autres Premiers ministres, qui venaient s'opposer au Président de la République, cherchant un pouvoir alors qu'ils l'avaient, cherchant un poste alors qu'ils étaient installés dans le fauteuil, le Président Gbagbo a demandé que l'on puisse aider Guillaume Soro. J'aurais été mal à l'aise de le faire, si vous-mêmes ici, vous ne l'aviez pas renouvelé. Merci d'être venu à ce meeting. Je ne sais pas si le public a remarqué que Siriki Konaté est arrivé sans garde du corps ONUCI. Il a fait confiance aux patriotes ivoiriens. Je lui ai demandé s'il n'avait pas de crainte. Il m'a dit rien du tout, il se sent assuré et je lui ai dit : " Là où nous allons, vous serrez rassuré. Ne vous en faites pas". Siriki, vous êtes là, les jeunes vous applaudissent et je pense que c'est une bonne chose.

Vous savez, notre pays, la Côte d'Ivoire est un tout petit pays en Afrique avec 322 000 km2. Lorsque nous avons pris l'indépendance, l'ancienne puissance coloniale n'a pas jugé utile de nous considérer comme des hommes indépendants. Elle a considéré que nous étions des esclaves sur un territoire qu'elle a conquis en Afrique. Au moment de l'indépendance, de Gaulle nous a fait signer des papiers. Je vous invite à lire ces papiers. Dans ces papiers, il y a deux dispositions qu'il faut que vous rapportiez à vos amis à Bouaké. La première disposition dit que le pouvoir que le chef de l'Etat français donne à Président africain, c'est juste un pouvoir de délégation, pour représenter sur le territoire africain, la volonté de celui qui gère l'Elysée à Paris. Nous avons appelé cela indépendance, parce que nous n'avions pas le choix. Il fallait quelque chose pour sortir du joug colonial. Nous avons pris la première solution qui s'est présentée. Mais en réalité, comment admettre qu'ici, pour construire la route Tingréla-Odienné, le Président soit obligé d'appeler d'abord, de Gaulle, Pompidou, Mitterrand, Chirac, pour demander son avis. Si le Président français dit non, ça ne se fait pas. S'il dit oui, ça se fera avec son nom que cette route portera, comme nous avons ici, le boulevard Giscard d'Estaing, le boulevard Mitterrand, le pont Général de Gaulle et je ne sais plus quelle autre avenue dans notre capitale.

La deuxième disposition de ces accords qui sont encore valables aujourd'hui, dit que dans ce pays, toutes les richesses que l'on peut trouver, que ce soit de l'or, du diamant, de l'uranium, quelle que soit la matière, c'est d'abord la propriété de l'armée française, donc du gouvernement français. Nous avons signé cela. Quand le Président Gbagbo était dans l'opposition, nous nous sommes engagés à rompre avec ce type de relation que nous avions avec la France. Quand il est arrivé au pouvoir, il a mis ce schéma en application.

Malheureusement, nous n'avons pas eu d'oreilles attentives à Paris. Nous avons tout fait, nous avons expliqué que nous ne cherchions pas à chasser les Français de la Côte d'ivoire. Mais nous cherchions simplement à être nous-mêmes, à nous gérer nous-mêmes, à élire notre Président nous-mêmes, à être propriétaires de nos matières, nous-mêmes et puis à acquérir notre dignité. Personne n'a voulu nous écouter. Quand la rébellion a éclaté, vous ne le saviez pas, ils sont venus nous voir une première fois. Ils nous ont dit : " Si vous nous faites un petit cadeau, on vous débarrasse des rebelles tout de suite". On leur a cédé le terminal à conteneurs, ils n'ont rien fait. Je ne sais ce qu'ils vous ont dit de l'autre côté, mais ils sont venus nous dire : " Monsieur le Président, si vous nous renouvelez le contrat sur l'électricité, on vous appuie à l'ONU et vous verrez. Les résolutions qui vont sortir vous seront favorables. Nous avons suivi. Ils n'ont rien fait. D'ailleurs, quand ça été signé, le nouveau discours qu'ils ont cultivé à l'Onu, c'est une transition sans Gbagbo. Mais pendant que nous faisions cela, les bonshommes nous faisaient payer notre facture d'eau et d'électricité. L'argent (plusieurs milliards de francs) du budget de l'Etat que nous avons utilisé pour gérer cette crise, auraient pu nous permettre d'investir pour construire un nouveau barrage électrique, on ne l'a pas fait. Ça aurait pu nous permettre de construire de nouvelles turbines électriques, on ne l'a pas fait. Ça aurait pu nous permettre d'investir pour accéder à de nouvelles nappes phréatiques pour tirer de l'eau pour Abidjan et les villes. On ne l'a pas fait. Aujourd'hui, nous sommes dans le délestage, l'eau courant manque dans les quartiers d'Abidjan. La guerre ne nous arrange pas du tout ! Qu'on soit à Aboisso ou à Tingréla, à Touba ou à Bouna, elle ne nous arrange pas, elle ne nous a pas arrangés du tout. Mais pendant ce temps, eux on fait leur argent.

M. Konaté, nous avons un accord monétaire avec la France. Est-ce que vous savez que nos devises en dollar, en yen, en deutschemark, sont déposées au trésor public français. C'est cet argent qu'ils font fructifier, ils dépensent comme ils veulent et quand on a des problèmes, ils nous envoient quelques milliards que nous partageons entre pays francophones de cette zone monétaire. Ils présentent cela comme de l'aide, alors qu'en réalité, c'est notre sueur, déposée dans leur trésor, qu'ils détournent et nous font croire qu'ils nous aident. Pendant que vous, à Bouaké, et nous à Abidjan, nous sommes en train de nous chamailler, les bonshommes nous pompent notre fric, nous pompent notre dignité, richesse et en définitive, nous pompent notre vie entière. Nous restons tous appauvris, les jeunes ne vont pas à l'école, les enfants sont malades, les maternités manquent, les routes se dégradent, les hôpitaux sont dans de mauvais états, au Nord comme au Sud.

Monsieur le porte-parole, il faut transmettre aux populations de Bouaké et d'ailleurs, que notre problème à nous, n'était pas avec les populations de là-bas. Si vous avez écouté tous les discours de Blé Goudé, de Mme Gbagbo et tous les discours des jeunes patriotes, en aucun moment, ils n'ont insulté les populations de l'Ouest, de l'Est, du Centre. Bien au contraire, tous, nous avons montré l'agresseur de la main : Jacques Chirac, la France et le reste. Il faut donc être à l'aise ici. Ça dépendrait de moi, vous pourriez vous promener à Abidjan, sans garde ONUCI. Ce qui compte pour nous, c'est la prise de conscience collective que nous avons, qu'il est temps maintenant que nous arrêtions le gâchis. Il est temps que nous prenions notre pays, que nous le soignions et que nous le fassions avancer.

C'est dans ce contexte que je me permettrai de donner quelques pistes au Premier ministre Guillaume Soro. Parce que d'une part, vous avez souhaité que nous l'aidions, d'autre part le Président de la République a souhaité qu'on puisse l'aider. Et lui-même s'est dit engager dans le processus. Et puis, quand on m'a dit que j'étais invité et que vous serriez-là, j'ai pris le soin de parler aux Ivoiriens, de parler aux patriotes, pour essayer de savoir qu'est-ce que Mamadou Koulibaly peut faire pour aider le Premier ministre de Laurent Gbagbo. Ils ne sont pas tous là. Blé Goudé et l'Alliance sont là, pendant qu'Eugène Djué est en meeting à Tiébissou. D'autres sont ailleurs. Ils m'ont dit plusieurs choses en vrac. Ils ont dit : " Faisons en sorte que ce Premier ministre ne termine pas son mandat comme ces prédécesseurs". Et pour cela, ils m'ont dit : "Monsieur le Président, si vous pouvez dire à Guillaume Soro ou à ses représentants qui seront là, de faire encore un tout petit effort". Ils disent que dans le discours du Premier ministre, il a demandé pardon aux Ivoiriens. C'est vrai, c'est bien. Il a demandé pardon en tant que Premier ministre de tous les Ivoiriens, au nom de tous les Ivoiriens. C'est bien, c'est bon.

Mais eux auraient voulu quand-même que Guillaume Soro demande pardon, non pas en tant que Premier ministre, parce qu'à ce titre il n'a encore rien fait aux Ivoiriens. Mais qu'en tant que Secrétaire général du MPCI, il demande pardon aux Ivoiriens. Ils sont d'accord pour ça et le souhaite vivement, ils le veulent, ils le désirent. Ils m'ont dit d'ajouter que dans son discours, il a dit que depuis quelques années, nous nous sommes mesurés, nous nous sommes injuriés, nous nous sommes battus, nous nous sommes tués pour une situation sans résultat. Les patriotes ivoiriens disent d'expliquer qu'en réalité, il y a deux résultats au moins. Le premier, c'est que pendant qu'on se battait, le chômage augmentait. Pendant qu'on se battait, le pays était détruit. Vous qui êtes là-bas dans le nord, vous savez très bien de quoi je parle. La situation est catastrophique. Nous sommes ici, au sud, nous savons très bien de quoi nous parlons. La situation est catastrophique. Il n'y a pas eu de guerre à Vridi, mais les usines ont fermé. Il n'y a pas eu de guerre à Yopougon, mais les usines dans la zone industrielle ont fermé. C'est un résultat, même s'il est négatif. On l'accepte et on dit ça suffit. On ne le fait plus. Mais il y a un autre résultat qu'ils m'ont demandé de vous signaler pour porter cela au Premier ministre. Il y a le fait que vous soyez ici. C'est parce que nous nous sommes battus, injuriés, entre-tués que nous avons fini par prendre conscience qu'au-delà de nos préoccupations tribales, mesquines, régionales, il y a quelque chose au-dessus qui s'appelle la nation ivoirienne, qui s'appelle la Côte d'Ivoire et qui nous commande tous. Et c'est au nom de la Côte d'Ivoire que, vous et Blé Goudé, vous vous tenez la main ici, que vous faites des accolades à Mme Simone Gbagbo, que vous serrez la main de Mamadou Koulibaly. C'est une prise de conscience de la nation qui est aujourd'hui, le capital, le plus grand, qui nous reste après cette crise. Le mauvais résultat, on le prend, on va le corriger, mais il y a un bon résultat. C'est que nous avons pris conscience que ce pays nous appartient et que nous n'avons pas le droit de le détruire, parce que les générations suivantes arrivent, les générations futures arrivent. Et elles ne devienent pas grandes d'un coup. Ce sont des enfants qui naissent, qui grandissent et puis dans le fil de leur cycle de vie, s'il n'y a que malheur, il n'y a que difficultés, nous finissons par fabriquer des citoyens de mauvais niveau, dégradés qui ne peuvent pas construire un pays. Ils m'ont dit de signaler cela. Il y a résultat : un bon et un mauvais. Ils m'ont demandé de vous suggérer de dire au Premier ministre que dans son discours, il a présenté des objectifs qui sont bons. Il a dit premièrement : l'identification des populations avec ce que cela contient, enrôlement sur les listes électorales. Il a dit deuxièmement : la réunification de la Côte d'Ivoire. Les patriotes ici, disent que c'est bon et que c'est bien.

Troisième objectif : il a dit les élections. Vous venez d'en parler. C'est bon, c'est bien. Mais ceux que j'ai consultés m'ont dit de vous suggérer que cette trame ressemble à ce que Seydou Diarra et Banny voulaient faire : identifier, réunifier, aller aux élections. Même si ces objectifs sont bons, il faut cependant remodifier l'ordre de présentation. L'objectif n°1, c'est la réunification de la Côte d'Ivoire, avec son cortège de disparition de la zone de confiance, le désarmement, le redéploiement de l'administration etc. objectif n°2 : pas de problème, identification des populations avec les listes électorales qui suivent. Objectif n°3 : on va aux élections. Les gens que j'ai consultés m'ont dit de vous suggérer que si le Premier ministre, conformément aux actes qui ont été posés dernièrement à Tiébissou et dans la zone de confiance, remettait ces objectifs à l'endroit en commençant par la réunification, il aurait plus de chance de réussir, qu'en restant dans le schéma que Seydou et Banny avaient suivi. C'est un schéma qui conduit souvent à des blocages. Or, personne ne souhaite aujourd'hui que le processus soit bloqué. Vous avez entendu tout le monde crier : " On veut la paix ! On veut la paix ! ". Ils m'ont suggéré de porter la réflexion ici, sur l'idée que le Premier ministre dit dans son discours qu'il faut que nous sortions du fétichisme des dates. Vous avez écouté, beaucoup de gens ont interprété cela comme si le Premier ministre disait : " Vous savez, 10 mois ne vont pas suffire, on va aller plus loin ". Alors que ce n'est pas ce qu'il voulait dire.

Le temps nous est compté. Nous avons 46 ans d'indépendance, nous sommes encore pauvres. Nous avons 13 ans de succession d'Houphouët-Boigny, nous ne sommes pas encore arrivés à régler les problèmes. Nous avons 8 ans après le coup de Robert Guéi, nous sommes encore dans les séquelles. Nous avons 7 ans de pouvoir de Laurent Gbagbo avec toutes les difficultés que nous avons et nous avons 5 ans de crise quand-même aigüe avec un pays balafré. Les gens que j'ai consultés m'ont dit que si le Premier ministre dit de sortir du fétichisme des dates, il faudrait qu'il explique aux Ivoiriens que ça ne signifie pas qu'on va s'attarder, qu'on va piétiner, qu'on va traîner le pas, qu'on ne va pas avancer. Parce que les gens vont interpréter cela comme des astuces politiciennes, comme un jeu pour dribbler, pour feinter, comme du blocage. Or, ce n'est pas du tout cela que nous souhaitons. Si derrière le fétichisme des dates, il veut dire qu'il ne faut pas le bousculer pour avancer, peut-être, mais le Président de la République avance. Vous avez vu comment il avance. C'est la première fois, depuis qu'il est au pouvoir, qu'il permet à un de ses Premiers ministres de présider un Conseil des ministres. Il ne l'a pas fait pour Affi N'Guessan, il ne l'a pas fait pour Seydou, il ne l'a pas fait pour Banny. Il l'a fait pour Soro, sans que Soro ne le demande. C'est un signe que le Président de la République est pressé. Même s'il dit « allons doucement », il donne le rythme, il donne la cadence. La zone de confiance est détruite. Le Premier ministre n'a qu'à serrer ses baskets et suivre le rythme. Qu'il laisse de côté le fétichisme des dates. " Le temps est un autre nom de Dieu ", dit le Président de la République. Il faut déifier ce temps, il faut y croire. On n'en a pas suffisamment. Il faut aller vite. Parce que beaucoup de gens ici se demandent si Soro ne va pas changer encore, si les élections françaises finissent. Il faut leur donner tort. Il faut adopter la cadence et la rythmique du Président de la République et vous verrez que toutes ces forces que vous voyez ici, vont se coaliser pour vous soutenir et avancer. Voilà les messages qui m'ont été donnés pour vous, en tant que porte-parole, pour que vous puissiez les transmettre à vos camarades.

Au-delà de ses messages, je suis venu avec quelques cadeaux pour vous. Il faut que vous les acceptiez et les emportiez. C'est du fond du cœur. Il y a là-dedans, tous les objets que le Président de la République a confectionnés pour sa campagne de la paix, dont la séance d'aujourd'hui fait partie. Il faut aller à la paix maintenant, c'est Gbagbo qui le dit...".


Propos recueillis par Frimo D. Koukou

 

koukoudf@yahoo.fr

jeudi, 30 décembre 2010

A CHARLES BLE GOUDE, LEADER DES JEUNES PATRIOTES : NE CEDEZ PAS A LA PROVOCATION !

 

CHARLES BLE GOUDE.jpg

Dans une interview accordée à la presse à la faveur d'un meeting qu'il a animé à la place CP1, dans la commune de Yopougon, en lieu et place du giga-meeting annoncé pour se tenir à la place de la République, le 29 décembre 2010, Charles BLE GOUDE, le leader des jeunes patriotes a promis donner, après le 1er janvier, un mot d'ordre de libération de l'Hôtel du Golf.

Dans le principe, il est juste de mettre fin à tous ces appels insurrectionnels (même s'ils ne sont suivis par personne) lancés par ADO et ses lieutenants depuis cet hôtel et à la bravade des autorités républicaines de Côte d'Ivoire.

Mais le risque est énorme que cette confrontation avec les rebelles et les forces étrangères qui les soutiendront immanquablement ne dégénère en une tuerie effroyable dont la Côte d'Ivoire doit absolument faire l'économie. Cela est d'autant à craindre que les jeunes qui sortiront par milliers pour déloger Alassane OUATTARA et sa clique auront les mains nues et donc seront des cibles faciles pour les canons des insurgés retranchés dans cet hôtel. En ce moment, le pays n'a pas besoin de martyrs. Ceux qui ne veulent pas du président que nous avons réélu veulent se donner les moyens de l'enlever du pouvoir. Eh bien, qu'ils le fassent eux-mêmes et qu'ils en payent les conséquences par le bras de DIEU qui ne manquera pas de les détruire. Nous ne devons pas les y aider. Même indirectement. Leur fin est déjà arrêtée par devers l'ETERNEL. Laissons-les donc venir. DIEU seul mènera ce combat pour nous. Mettons toujours la raison de notre côté et faisons confiance à la sagesse de celui qu'Il a revêtu de son autorité pour gouverner la Côte d'Ivoire, étant entendu qu'« il n'y a point d'autorité qui ne vienne de DIEU », comme nous l'enseigne les Ecritures Saintes, dans l'Epître aux Romains, chapitre 13 : verset 1.

Dans notre entendement, le peuple doit rester à l'écoute et attendre les consignes de son chef. C'est le seul chemin de salut pour nos populations qui subissent déjà des exactions assez insupportables de la part des rebelles dans les zones CNO. L'assaut final doit être enclenché par les ennemis de la Côte d'Ivoire et non par nous. Cette crise a une dimension spirituelle incommensurable, indubitable. Il faut donc manœuvrer avec prudence. Ne nous laissons pas pousser à la faute par des provocations faites à dessein. Avançons avec circonspection et sagesse. La victoire viendra au temps marqué et elle ne tardera pas. Si ADO et ses sbires veulent encore prendre quelques vacances à l'Hôtel du Golf que gêne-t-il ? Le moment venu, ils seront déguerpis par ceux dont c'est le métier et qui sont équipés à cet effet.

En conséquence de ce qui précède, nous vous prions, « Général », de renoncer à cette entreprise aux issues incertaines et qui comporte des risques de dérapage totalement imprévisibles. Vous avez donné une si brillante leçon à vos adversaires, le 29 décembre, relativement au grand rassemblement reporté de la Place de la République. Continuez sur cette lancée. Ce n'est pas de la faiblesse, bien au contraire ! Nous voulons le triomphe de la vérité et de la justice : ne prêtons donc pas le flanc aux provocations et ne menons pas notre jeunesse à une action qui pourrait déboucher sur un drame national. Prudence et sagesse, toujours prudence et sagesse, pour le triomphe de la vérité et de la justice en Côte d'Ivoire !

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire!



DINDE Fernand AGBO

vendredi, 28 août 2009

AINSI VA LA DESTINEE DES HOMMES!

BLE GOUDE ET SORO GUILLAUME.JPG

Une photo inédite: Le Premier Ministre Soro Guillaume (à droite) et le Président du Congrès des Jeunes et des Patriotes (COJEP), Charles Blé Goudé (à gauche), au bon vieux temps, à la Cité Universitaire de Yop. Qui l'aurait cru? Ainsi vont la vie et la destinée des hommes! Sans commentaire.

03:00 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : soro guillaume, charles blé goudé, cité de yop, au bon vieux temps, la destinée des hommes | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |