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dimanche, 06 mai 2012

CHARLES ONANA: «LA PLACE DE COMPAORE EST AVEC CHARLES TAYLOR A LA CPI»

 

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Le journaliste d’investigation franco-camerounais, auteur de ce qui est en passe d’être un best-seller «Côte d’Ivoire, le coup d’Etat», Charles Onana, continue d’expliquer à travers les grandes capitales européennes et africaines, les  motivations réelles de l’acharnement de la France et ses «suppôts» africains contre le président Gbagbo. Et qui a conduit à une longue crise de dix ans, s’étant achevé avec l’arrestation de ce dernier. C’est devant de nombreux Ivoiriens et africains de Bruxelles que le journaliste d’investigation a fait des révélations. Selon lui, le président Laurent Gbagbo a été un vrai héros qui avait en face de lui une pléiade d’ennemis masqués et/ou à visages découvert. «Le président Gbagbo a été héroïque. Je ne sais pas comment il a pu tenir face à ce qui lui est arrivé pendant toutes ces années. Je mettrais au défi les dirigeants africains actuels de vivre le quart de ce que le président Gbagbo a vécu. Je crois que la plupart auraient vendu l’intégralité de leurs pays», a fait savoir le journaliste. Il va falloir que les Africains assument leurs responsabilités, interpelle-t-il, tout en prédisant que «tous ceux qui ont laissé faire ce qui est arrivé en Côte d'Ivoire vont le payer cher, parce qu'on a légalisé les rébellions». 

Expliquant l’acharnement des pouvoirs français contre le président Laurent Gbagbo, Onana dira qu’ils l’ont considéré comme quelqu’un qui n’était pas digne d’être président de la République de Côte d’Ivoire, puisqu’il échappait vraisemblablement au contrôle des différents réseaux français  «Contrairement à ses prédécesseurs, le président Gbagbo n'a jamais remis la liste de ses ministres pour appréciation ou validation à l'Elysée ou au Quai d'Orsay. Gbagbo n'est pas arrivé au pouvoir grâce aux réseaux français. Il ne pouvait donc pas être validé parce qu'il échappait à leur contrôle. Ils ont considéré Gbagbo comme indigne de gouverner la Côte d'Ivoire», explique le conférencier. 

Sur les agissements du président Blaise Compaoré dans la crise ivoirienne, le journaliste franco-camerounais n’est guère surpris. Puisque selon lui, malgré la signature de l’accord de Ouaga sous son auspice, Blaise Compaoré avait un agenda secret qui n’était autre que de faire tomber Gbagbo. «Blaise Compaoré a fait semblant d’être partisan de la paix, alors qu’il était un farouche opposant, déterminé à faire renverser le président Laurent Gbagbo», explique-t-il. Sur les relations de ce dernier avec l’ex-président libérien, Charles Taylor, le conférencier le dit tout net : «Blaise Compaoré devrait être à la CPI avec Charles Taylor». «Blaise Compaoré a travaillé avec M. Taylor. Il a participé à une série de choses plus ou moins litigieuses, douteuses, en matière de (trafic) diamants, de transport d’armes et de minutions. Et qui ont servi dans les guerres en Sierra-Leone et au Libéria. Je ne comprends pas pourquoi ce monsieur Blaise – Compaoré, ndlr – n’est pas aux côtés de Charles Taylor à la Cpi», détaille Charles Onana. 

Parvenu au pouvoir depuis le 11 avril 2011, fait savoir Charles Onana, Alassane Ouattara est devenu le fossoyeur de l’héritage d’Houphouët-Boigny dont il se réclame curieusement. Il met à nu l’incapacité de Ouattara à diriger la Côte d’Ivoire et pense que la France a déjà envisagé que Soro remplace Ouattara. C’est pourquoi, explique-t-il, avec le soutien et la caution de Paris, Soro a occupé la Primature, puis aujourd’hui la présidence de l’Assemblée nationale et la France a aussi pu faire éviter son transfèrement à la Cpi. 


Frank Toti


Source: LE NOUVEAU COURRIER

dimanche, 25 décembre 2011

COTE D'IVOIRE: COUP D'ETAT CONTRE LAURENT GBAGBO?


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Un coup d’Etat contre Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ? Jusqu’à présent la thèse prospérait surtout dans les milieux proches du président déchu, désormais entre les mains de la Cour pénale internationale (CPI), et dans quelques cercles panafricanistes dont l’audience dépasse rarement les réunions de la gauche radicale. Elle fait aujourd’hui l’objet d’un livre réclamé par un nombre croissant de libraires, du moins en France, puisqu’il semble en revanche quasiment introuvable à Abidjan.

Au terme d’une enquête de plusieurs mois, le journaliste franco-camerounais Charles Onana entend démontrer que la chute de Laurent Gbagbo était programmée de longue date : par Paris, par certains chefs d’Etat voisins étroitement liés à la France, notamment Blaise Campaoré, le président burkinabé peu réputé pour sa fibre démocratique, et enfin par les ex-rebelles du Nord sur lesquels Alassane Ouattara s’est appuyé pour prendre le pouvoir. À ceux qui lui reprocheront une vision trop « complotiste », Onana rétorque qu’il ne s’agit pas en l’occurrence d’une vulgaire barbouzerie, comme l’Afrique en a connu tant, mais d’une option d’Etat : un président trop indépendant à la tête d’un pays considéré, à bien des égards, comme stratégique, gênait. Il fallait donc le « dégager ».

Auteur de plusieurs ouvrages sur l’Afrique et notamment le Rwanda et la RDC (Congo-Kinshasa), le journaliste ne nourrissait aucun préjugé particulier à l’égard des divers acteurs du drame. S’il attaque durement la France dans le cas ivoirien, il a refusé d’enfiler les patins de la pensée unique lors du génocide rwandais et, ainsi n’assimile-t-il pas le rôle de l’armée française à celui de la Wermarcht.

Le livre décortique plusieurs épisodes troublants des relations franco-ivoiriennes et dresse un portrait très à charge contre le nouveau maître de la Côte d’Ivoire. Alassane Ouattara y est croqué sous les traits d’un opportuniste, intrigant et cynique, prêt à toutes les alliances pour parvenir à ses fins. On peut ne pas adhérer à l’ensemble mais l’ouvrage d’Onana a le mérite d’éclairer différemment la crise ivoirienne dont les racines remontent aux lendemains de l’indépendance.

Il paraît au moment où la victoire militaire de Ouattara, acquise uniquement grâce à l’intervention de la France, se double d’un triomphe politique aux élections législatives qui se sont tenues le 11 décembre dernier. Avec 127 députés sur 255, le Rassemblement des Républicains de Côte d’Ivoire (RDR), son parti, obtient la majorité absolue dans la nouvelle Assemblée et pourrait le cas échéant se passer de l’aide du PDCI, le vieux parti houphouëtiste d’Henri Konan Bédié, son allié à la présidentielle. Ce peut être une source de tension. Il y a en bien d’autres dans le pays. Le 19 décembre, plusieurs civils ont ainsi été abattus par des membres des FRCI, le nouveau nom donné aux ex-forces rebelles, dans une commune de l’ouest du pays.

Après les massacres à grande échelle commis par les ex-rebelles lors de leur offensive au mois d’avril dernier, la région n’a toujours pas retrouvé la paix. Et en dépit de promesses répétées, Alassane Ouattara n’a toujours pas validé l’arrestation de ceux de ses anciens alliés qui se seraient rendus coupables de crimes de guerre. La lecture du livre d’Onana tombe donc à point nommé pour mieux comprendre le parcours et les motivations de celui qui rendra visite à son ami Nicolas Sarkozy au début de l’an prochain. Marianne2 vous propose de larges extraits de deux chapitres.

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Le 6 novembre 2004, deux avions Sukhoï 25 appartenant aux forces armées ivoiriennes (FANCI) et pilotés par des mercenaires biélorusses bombardent le camp militaire français du lycée Descartes à Bouaké causant la mort de neuf soldats français et d’un civil américain. Trente-huit soldats français seront également blessés au cours de cette attaque. À Paris, on accuse immédiatement le chef de l’Etat ivoirien, Laurent Gbagbo, d’être à l’origine de cet acte criminel.

Une décision du président Jacques Chirac est aussitôt transmise par Michèle Alliot-Marie au chef d’état-major des armées, le général Henri Bentegeat, l’autorisant à détruire l’aviation ivoirienne. Peu après, deux MI 24 et deux Sukhoï 25 sont rendus inopérants. Tout laisse croire à cet instant que la riposte française est légitime. Simplement, un problème se pose. Au lieu de rechercher les auteurs de l’attaque contre les soldats français afin de les mettre à la disposition de la justice, les autorités françaises les laissent s’enfuir vers le Togo puis hors d’Afrique.

Dans la période qui précède le bombardement, la Côte d’Ivoire est coupée en deux. Toute la partie nord du pays se trouve sous le contrôle des forces rebelles pro-Ouattara. Le Sud, incluant Abidjan, est la seule zone placée sous l’autorité des forces gouvernementales. Entre les deux, il y a ce qu’on qualifie de « zone de confiance », placée sous le contrôle de l’armée française. Malgré ce grave problème de partition de fait du pays et d’occupation illégale d’une partie du territoire par les rebelles, « la communauté internationale », c’est-à-dire essentiellement pour l’occasion les Etats-Unis et la France, presse néanmoins Laurent Gbagbo dont le mandat arrive à expiration d’organiser les élections présidentielles en 2005. (…)

L’accord d’Accra III du 30 juillet 2004 exige pourtant que les rebelles procèdent au désarment au plus tard le 15 octobre de la même année. Lorsque la date butoir arrive, les rebelles d’Alassane Ouattara ne sont ni blâmés ni sanctionnés pour non respect de leurs engagements. Laurent Gbagbo comprend alors qu’il n’a plus le choix. Le président choisit de reconquérir militairement le Nord du pays devenu un bastion des forces rebelles.
Le 2 novembre 2004, le colonel Mangou qui dirige les opérations des forces gouvernementales sur le terrain, informe un officier supérieur français de l’imminence d’une offensive contre les rebelles.

Dans la même journée, on assiste à un déploiement des avions Soukhoï 25 à l’aéroport de Yamoussoukro. À quelques pas de là, un avion Antonov 12 immatriculé TU VMA procède au déchargement du matériel de combat. Il effectue plusieurs rotations entre Abidjan et Yamoussoukro pour livrer des armes et des munitions aux soldats de l’armée ivoirienne. C’est alors que l’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Monsieur Gildas Le Lidec, et le général de la force Licorne, Henri Poncet, décident de se rendre chez le président Gbagbo pour essayer de le dissuader de mener cette offensive contre les rebelles. Ils essuient un refus : le chef de l’Etat ivoirien n’a pas l’intention de reculer. Le lendemain, 3 novembre vers 11h15, peu après le conseil des ministres à Paris, le président Jacques Chirac, déjà informé, téléphone directement au président Laurent Gbagbo pour le mettre en garde contre le risque d’incidents graves entre les troupes ivoiriennes FANCI et les forces françaises de la Licorne.

Mécontent de la fermeté qu’affiche son homologue Laurent Gbagbo, le président Chirac élève la voix oubliant vite que son interlocuteur est attentif à la fois à la forme et au contenu de son propos. Soudain, le président Gbagbo, qui l’écoute depuis un moment, l’interrompt et lui dit que sa décision de lancer l’offensive est déjà prise, qu’il souhaitait simplement l’en informer. Il raccroche le combiné. Le président Gbagbo explique : « Après cet échange avec Jacques Chirac, nous avons décidé de conduire l’attaque contre les rebelles avant la date effective afin que la France ne puisse pas réagir contre notre initiative militaire ».

Pourtant, quelques jours avant l’offensive de l’armée ivoirienne, les officiers français étaient déjà au courant, du fait des indiscrétions des officiers ivoiriens, des préparatifs de l’attaque contre les rebelles (….)

Dans la matinée du 4 novembre 2004, l’offensive est donc lancée contre les rebelles. Elle porte exclusivement sur des objectifs militaires des Forces Armées des Forces Nouvelles situés dans la région de Bouaké.

Le lendemain, l’offensive ivoirienne se poursuit dans la zone des rebelles. Les Sukoï 25 et les MI 24 pilonnent les positions militaires rebelles. Un rapport confidentiel de l’ONUCI daté du 9 novembre 2004 souligne que les bombardements de l’armée ivoirienne ont atteint des cibles militaires. Selon des sources proches de l’ONUCI, « il suffisait d’un jour supplémentaire de bombardements de l’armée ivoirienne et la rébellion du Nord aurait été complètement anéantie ». Cette perspective était inacceptable pour l’Elysée.

C’est dans ce contexte de tension et de parti pris politique que survient l’attaque contre le cantonnement français le 6 novembre 2004 à Bouaké.

Qui a donné l’ordre de bombarder le camp français de Bouaké et dans quel objectif ? Selon les informations en notre possession, le président Laurent Gbagbo semble n’avoir pas même été informé de ce qui allait réellement se produire ce jour-là (….) Le bombardement du camp français fut un acte délibéré et fortement suggéré aux pilotes mercenaires pour incriminer monsieur Gbagbo. Dans quel intérêt Laurent Gbagbo, qui cherchait des voies d’apaisement avec la France, aurait-il poussé ses soldats à commettre un tel acte contre des militaires français ? Il est évident que même un piètre sous-officier rongé par la mégalomanie n’aurait jamais envisagé de bombarder un campement de soldats français à ce moment-là.

Le général Poncet, contrairement à ce qu’il a avancé un temps dans la presse, sait qui a donné l’ordre de tirer sur le lycée Descartes à Bouaké.

Revenons sur le déroulement des faits et l’on comprendra davantage l’étrange attitude des autorités françaises. Dès le 2 novembre 2004, lorsque les Sukhoï 25 arrivent à l’aéroport de Yamoussoukro, un détachement de recherche du 2ème régiment de Hussards reçoit l’ordre de les surveiller. Deux équipes, se relayant chaque jour, auront ainsi les yeux rivés sur le tarmac. Elles notent, filment et relèvent tous les détails susceptibles de fournir des indications sur les actions des Sukhoï 25. Les Français réussissent même à photographier les pilotes des Sukhoï 25 ainsi qu’une partie du personnel navigant. Toutes ces données sont envoyées au bureau de renseignement G2 du PCIAT (Poste de Commandement Interarmées de Théâtre) à Abidjan. Les mêmes informations sont également transmises au bureau du chef d’état-major des armées à Paris ainsi qu’à la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) et à la DRM (Direction du Renseignement Militaire). Nul ne peut donc prétendre que l’information n’est pas disponible sur les Sukhoï 25 et sur leur personnel.

Lorsque l’attaque est achevée, la première décision qui vient de Paris est la destruction des Sukhoï 25 et pas une demande d’arrestation du commando qui vient de liquider les militaires français et d’en blesser d’autres. D’ailleurs, l’ordre de destruction des Sukhoï ivoiriens a été diversement apprécié au sein de la Force Licorne.

Dans la tension et la confusion qui règnent autour de la mort des soldats français à Bouaké, certains officiers se rendent vite compte, à leur grand étonnement, que le pouvoir politique n’est pas très intéressé de voir une enquête s’ouvrir sur cette attaque particulièrement brutale.

Le lendemain, 7 novembre, le général Poncet et ses hommes arrêtent neuf ressortissants ukrainiens, quatre ressortissants biélorusses et deux ressortissants russes. Au total, quinze personnes suspectes sont immédiatement placées en rétention dans un hangar par les militaires français.

Alors qu’un gendarme du commandement des opérations spéciales tente, avec quelques militaires, de les interroger pour en savoir davantage sur leur responsabilité éventuelle dans le bombardement contre le lycée Descartes, un ordre venant du Quai d’Orsay exige la libération immédiate des mercenaires slaves détenus par les Français. « Pour demander l’extradition de ces ressortissants, il aurait fallu qu’un mandat international soit délivré. Cela n’a pas été le cas. A l’époque, nous n’avions aucun élément de preuve, les photos par exemple n’étaient pas déterminantes. Nous n’avions donc rien à leur reprocher » expliquera le ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie. Ses propos font bondir les experts et certains militaires (…)

Prétendre que la France avait besoin d’un mandat d’arrêt international pour procéder à l’arrestation des suspects n’est pas totalement exact car la loi du 14 avril 2003 réprimant l’activité des mercenaires offrait une singulière opportunité d’auditionner ces personnes qui avaient, pour certaines, participé au transport de munitions de l’avion Antonov 12 et pour d’autres, des liens avec les pilotes des Sukhoï 25. En outre, affirmer qu’il n’y avait rien à leur reprocher signifie au moins que les informations accumulées par les militaires et les services de renseignements français étaient sans intérêt, au plus qu’elles n’avaient aucun lien avec le bombardement de Bouaké.

Le 11 novembre 2004, à la demande expresse de l’ambassadeur de France, les Français remettent, sans trop renâcler, les quinze mercenaires aux autorités consulaires russes. Après cet épisode particulièrement confus, les autorités françaises s’illustrent à nouveau en laissant, cette fois, les pilotes du Sukhoï 25 s’évader. Que s’est-il passé ? Quelques jours après le bombardement, les auteurs s’éclipsent clandestinement vers le Togo, pays voisin de la Côte d’Ivoire. Au cours d’un contrôle routier à la frontière du Ghana et du Togo, ils sont arrêtés à bord d’un car par les forces de police togolaises (…)

Au vu des éléments, le ministre de l’Intérieur togolais, qui remarque la fébrilité des services de renseignement français à l’annonce de ces arrestations, cherche à comprendre pourquoi la France ne s’empresse pas d’exiger l’extradition des suspects biélorusses afin que la justice française fasse la lumière au plus vite sur cette étrange affaire. Ne voyant rien venir, les autorités togolaises se lassent de garder indéfiniment les Biélorusses en prison.

Selon certains observateurs, le comportement des autorités françaises dans ce dossier est plus que troublant. Elles vont d’ailleurs multiplier à l’infini les obstacles au travail des juges. Ceci nous a été confirmé par la juge Brigitte Raynaud qui était chargée, dès le début, du dossier (…)

La première personne qui ne montre pas une franche détermination à connaître les auteurs et les commanditaires de l’attaque du lycée Descartes est bien la ministre Michèle Alliot-Marie.

Pourquoi la ministre, Michèle Alliot-Marie, a-t-elle laissé s’évader les auteurs du bombardement de Bouaké alors qu’ils étaient arrêtés par les autorités togolaises et mis à la disposition des autorités françaises ? Pourquoi n’a-t-elle pas facilité le travail de la justice française alors que celle-ci était disposée à tirer cette affaire au clair ? Pourquoi avoir refusé de faire une autopsie des corps des militaires pour aider la justice à démasquer éventuellement le président Gbagbo ? Pourquoi avoir inversé les corps des soldats dans les cercueils au point d’ajouter à la douleur des familles, un traumatisme inutile ? Pourquoi ne veut-on pas connaître qui a ordonné le bombardement de Bouaké ? Pourquoi l’Elysée n’a jamais encouragé la déclassification de tous les documents demandés par les juges s’il n’y a rien à craindre de son côté ? A qui la vérité sur cette affaire pose réellement problème ?

Il faut avouer que ce n’est certainement pas au président Laurent Gbagbo. Il nous a confié : « Nous ne savons pas dans quelles circonstances précises les neuf Français ont trouvé la mort. L’ambassadeur de France en Côte d’Ivoire, Monsieur Le Lidec m’avait téléphoné pour m’annoncer que les Biélorusses avaient été arrêtés à Abidjan par les militaires français. J’étais donc très heureux de savoir qu’ils étaient aux arrêts et surtout que la vérité allait éclater. Nous avons cru que nous allions savoir pourquoi les soldats français avaient été tués et qui avait donné l’ordre de commettre un tel acte. J’ai finalement appris qu’ils avaient été libérés par les Français et nous n’avons jamais reçu le moindre procès-verbal d’audition les concernant ni des éléments d’une enquête préliminaire sur leur arrestation en Côte d’Ivoire. J’ai par la suite appris qu’ils avaient été arrêtés au Togo et que le ministre de l’Intérieur du Togo les avait entendus. Ce dernier aurait essayé en vain de joindre les ministres français de la Défense et de l’Intérieur pour obtenir l’extradition des suspects biélorusses. Jusqu’ici, nous ne savons toujours pas qui a tué les soldats français ni pourquoi ils ont été tués. Ceci signifie qu’on peut formuler des hypothèses sur cette affaire ».

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LE CACAO, ARMAJARO, L’ARGENT ET LES OUATTARA

L’arrivée de monsieur Alassane Ouattara, « candidat reconnu par la communauté internationale », au pouvoir en Côte d’Ivoire répond aussi bien aux aspirations personnelles du président Sarkozy qu’à celles des spéculateurs de la filière café-cacao et du clan Ouattara dont Madame Ouattara née Dominique Nouvian et son fils, Loïc Folloroux, sont des piliers indispensables.

Le rôle de madame Ouattara est capital à la fois dans l’ascension de monsieur Alassane Ouattara et dans le soutien dont il bénéficie dans les milieux, politiques, financiers et médiatiques occidentaux. Selon le député Ben Soumahoro, voisin et ami de longue date de madame Ouattara en Côte d’Ivoire, « Dominique Nouvian a tout fait pour Alassane Ouattara. Sans elle, dit-il, il ne serait jamais devenu Premier ministre ni même président de la Côte d’Ivoire. »

Dirigeante d’entreprises et « tigresse du business » comme la qualifie la presse économique, Dominique Nouvian a réellement commencé à gagner beaucoup d’argent lorsqu’elle s’est emparée des biens immobiliers du président Houphouët-Boigny avec qui elle entretenait des relations intimes. C’est ainsi qu’elle s’est retrouvée à gérer, à travers sa société AICI, le patrimoine personnel du chef de l’Etat ivoirien et, d’une certaine façon, celui de l’Etat ivoirien.

Elle l’admet du bout des lèvres dans une correspondance du 22 juillet 1997 adressée à l’huissier de la fille d’Houphouët-Boigny, Hélène Houphouët-Boigny, qui lutte depuis des années contre ceux qui ont spolié voire escroqué son père : « En effet, dit Dominique Ouattara, du vivant de monsieur le président Houphouët-Boigny, la société AICI International a assumé la gestion de divers biens immobiliers appartenant à certains membres de sa famille et a procédé à des transactions tant à Paris qu’à Abidjan pour des personnes proches de son entourage. À la demande du président, nous avons géré plusieurs patrimoines immobiliers appartenant à des membres de sa famille. (...) Le seul bien immobilier que j’ai géré au nom de monsieur le président est l’ensemble de villas sises à Marne-la-Coquette en France (…) ».

Profitant des faiblesses du vieux président dont l’âge et la maladie ne permettaient plus une grande résistance ni sur le plan politique ni sur le plan physique, Dominique Nouvian, qui était déjà, selon Ben Soumahoro, à la même époque, la compagne d’Alassane Ouattara, impose ce dernier à Houphouët-Boigny (…)

Pendant les trois ans qu’ils passent à la tête du gouvernement ivoirien (1990-1993), Ouattara et sa compagne Dominique Nouvian travaillent à consolider leurs affaires et leurs relations avec les milieux financiers occidentaux. À ce moment-là, le cacao attire déjà les spéculateurs internationaux et différents investisseurs étrangers qui deviendront peu après des proches du clan Ouattara.

Houphouët-Boigny avait tout de même essayé de faire plier ces nouveaux prédateurs en décrétant un embargo sur le cacao à la fin des années 80, peu avant l’arrivée d’Alassane Ouattara au poste de Premier ministre (…)

Premier producteur mondial de cacao pendant des décennies, la Côte d’Ivoire a été longtemps sous le contrôle exclusif des hommes d’affaires français et de la classe politique française. La disparition d’Houphouët-Boigny et surtout l’entrée d’Alassane Ouattara sur la scène politique ivoirienne ont sensiblement modifié cette situation.

Dans le domaine du cacao, d’autres acteurs anglo-saxons plus influents mais plutôt discrets ont gagné du terrain. Il y a par exemple la société anglaise Armajaro et les deux géants mondiaux de l’agro-alimentaire que sont la société américano-hollandaise Cargill et l’Américaine Archer Daniels Midland (ADM). Différentes sociétés comme la Suisse Barry Callebaut et Olam sont également présentes en Côte d’Ivoire. Ces entreprises ont installé des comptoirs d’achat à proximité des plantations, imposant leurs prix parfois supérieurs à ceux du marché mondial et anéantissant complètement le tissu des entreprises locales qui servaient jusque-là d’intermédiaires entre les planteurs et les gros exportateurs.

Sous l’influence du FMI et de la Banque Mondiale, monsieur Alassane Ouattara livre la Côte d’Ivoire à l’ultralibéralisme entre 1990 et 1993. Ecarté du pouvoir à la mort d’Houphouët-Boigny, il commence à agir dans l’ombre en attendant de revenir aux affaires pour achever le travail qu’il avait commencé avec l’aide de sa compagne. Le dossier du cacao en est une parfaite illustration.

En moins d’une décennie, le géant anglais Armajaro devient le leader mondial du chocolat. Il pénètre le marché ivoirien et obtient son agrément en 2000 par le canal d’Alassane Ouattara qui l’avait demandé au président Gbagbo. Le fils de Dominique Nouvian est devenu le directeur de la branche Afrique d’Armajaro à Abidjan. Il est également actionnaire de la société de sa mère AICI international.

Lorsque Laurent Gbagbo est victime d’un coup d’Etat fomenté avec l’aide du Burkina Faso en 2002, le cacao ivoirien prend immédiatement le chemin de Ouagadougou, la capitale burkinabé. Ne possédant pourtant pas de véritable plantation de cacao et dépendant économiquement de la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso devient, à cette période, exportateur de cacao sous le regard complice de « la communauté internationale ». Des convois nocturnes et bien surveillés par les rebelles d’Alassane Ouattara transportent, via la frontière nord placée sous leur contrôle avec l’aval des autorités burkinabés et le silence bienveillant des forces françaises, des centaines de milliers de tonnes de cacao ivoirien à destination du Burkina Faso. Divers négociants peu scrupuleux, établis dans ce pays, orientent des centaines de remorques remplies de cacao ivoirien vers les ports de Lomé au Togo et de Monrovia au Libéria. Plusieurs cargaisons contenant des milliers de tonnes de cacao ivoirien seront ainsi régulièrement acheminées vers l’Europe et les Etats-Unis (...)

Certains acteurs de la filière café-cacao remarqueront la présence d’un personnage clé de la rébellion proche du clan Ouattara : monsieur Adama Bictogo. C’est lui qui avait été chargé pour le compte de la rébellion de vider la Côte d’Ivoire de son cacao. Il en faisait ainsi sortir clandestinement plusieurs tonnes via la frontière avec le Burkina Faso et acheminait le cacao vers la ville burkinabé de Bobo-Dioulasso où les cabosses étaient conditionnées dans une usine pouvant traiter jusqu’à 500 tonnes par jour. Le cacao ainsi traité était ensuite conditionné puis acheminé vers le port de Lomé par camions et chargé sur les navires de la SDV (groupe Bolloré). Monsieur Adama Bictogo va devenir par la suite un homme important dans le processus électoral en Côte d’Ivoire pour le compte de la rébellion et d’Alassane Ouattara. Fondateur en octobre 2007 de la société SNEDAI chargée de l’identification des électeurs en Côte d’Ivoire, il sera tour à tour conseiller diplomatique du chef rebelle Guillaume Soro puis directeur de campagne d’Alassane Ouattara pour la région de l’Agnéby (…)

Pendant qu’Adama Bictogo s’implique beaucoup pour le clan Ouattara dans le secteur du cacao, Alassane Ouattara, lui, ne tarde pas à sortir complètement du bois dès qu’il croit possible son retour au pouvoir à Abidjan. Et l’on peut observer l’évolution du clan Ouattara à travers les réactions de son principal allié : le spéculateur Antony Ward, cofondateur du fond spéculatif britannique Armajaro, lequel est particulièrement actif dans la fluctuation des cours mondiaux du cacao.

En août 2002, soit moins d’un mois avant le coup d’Etat raté du 18 septembre de la même année contre le président Laurent Gbagbo, Antony Ward surnommé « chocolate finger » ou « doigt en chocolat » achète par anticipation près de 200 000 tonnes de fèves de cacao et réalise un bénéfice de plus de 60 millions d’euros pendant que le sang coule en Côte d’Ivoire. Dans les milieux proches du président Gbagbo, on soupçonne Armajaro de financer la rébellion avec le cacao ivoirien. Le spéculateur se tait.

Dès le 24 janvier 2011, un communiqué du chef rebelle Guillaume Soro, venant du bunker de l’hôtel du Golf où campent monsieur Ouattara et les rebelles, demande aux opérateurs économiques d’arrêter immédiatement « toute exportation de café et de cacao à compter du 24 janvier 2011 et ce jusqu’au 23 février 2011 ». La réaction du président Gbagbo est, elle aussi, immédiate. Dans la même journée, le ministre délégué au Budget, monsieur Justin Koné Katinan, aujourd’hui porte-parole du président Gbagbo, déclare le communiqué des rebelles pro-Ouattara nul et non avenu. Il tente de rassurer les exportateurs de café-cacao et les exhorte à poursuivre leurs activités en Côte d’Ivoire. En réalité, la machine de guerre économique, accompagnée de pressions politiques, en faveur du clan Ouattara, est lancée.

Son appel est entendu par la société anglo-hollandaise Cargill qui suspend aussitôt l’achat du cacao ivoirien par sa filiale basée à Abidjan. « Nous avons arrêté les achats ce matin (ndlr, 24 Janvier 2011) pour une période indéterminée. Il s’agit d’une décision de la direction. »

À l’annonce de ces décisions, les cours du cacao s’envolent au Nyse Liffe prenant 7% lors des premiers échanges. Soulignons que Cargill achète environ 15% de la production du cacao ivoirien et que cette décision est donc un coup dur infligé au régime du président Gbagbo. La décision de Cargill, qui est à la fois politique et économique, vise simplement à priver le chef de l’Etat Laurent Gbagbo, rejeté et condamné non pas par les Ivoiriens mais par « la communauté internationale », de moyens financiers pour gérer son pays.

Monsieur Alassane Ouattara, sachant qu’il a le soutien non pas des Ivoiriens mais des multinationales agro-alimentaires anglo-saxonnes et des milieux d’affaires et politiques français, déclare sur une chaîne de télévision française que Laurent Gbagbo tombera « comme un fruit mûr». La bataille pour la présidence en Côte d’Ivoire devient l’objet d’une guerre violente sur le plan militaire et d’une spéculation boursière pour les leaders mondiaux du cacao. Le porte-parole du président Gbagbo, Justin Konan Katinan, explique ce qui s’est réellement passé dans les coulisses avant la chute du président Gbagbo :

« En ce qui concerne la suspension des exportations du cacao de janvier 2011, il est clair que sous le couvert des sanctions de l’Union Européenne, se cachait une vaste opération spéculative sur le cacao menée par Armajaro. En effet, en juillet 2010, tout juste avant les élections de novembre, cette société a acheté un fort tonnage de cacao, au-delà de ses achats habituels. Les services de la filière café cacao parlent de plus de 200 000 tonnes de produits achetés par ladite société. Ces énormes achats ont fait réagir les autorités chargées de gérer la filière café cacao. La crise née des élections devait logiquement entraîner une augmentation des prix sur le marché international. Cette embellie allait bénéficier à ladite société qui avait décidé d’écouler le cacao à prix d’or. Ainsi, la décision du 24 juillet, en provoquant une pénurie du produit sur le marché international, a donné l’occasion d’écouler à un prix ultra élevé le stock monumental constitué par la société Armajaro. Donc Loïc Folloroux, bénéficiant d’informations de première main de la part de ses parents (Dominique et Alassane Ouattara) sur les différentes actions de déstabilisation en cours dans le pays, a probablement informé ses partenaires et la société Armajaro a pu constituer des stocks à des fins spéculatives.

C’est exactement ce qu’elle avait fait en 2002, un an seulement après avoir obtenu son agrément en Côte d’Ivoire. Cette spéculation lui avait permis de financer la rébellion. Ce que je peux dire sur cette affaire, c’est que les achats et la constitution de stocks étaient des pratiques méconnues des sociétés d’exportation en Côte d’Ivoire jusqu’à l’avènement d’Armajaro.

Il faut dire de façon générale que la quasi-totalité des exportateurs ont triché avec l’Etat de Côte d’Ivoire. En effet, dans le cadre de l’enquête demandée par le président Laurent Gbagbo sur les supposées malversations dans le secteur du café-cacao, des experts commis par le tribunal étaient arrivés à des conclusions très graves impliquant la quasi-totalité des exportateurs. Les experts ont établi des fraudes qui portaient à la fois sur la quantité des produits exportés déclarés et la quantité réelle recoupée par les experts. Ils ont également établi une fraude sur l’exportation du cacao en sous grade. Il s’agit en principe d’un produit qui ne remplit pas les conditions d’exportation pour lesquels l’État consent un abattement sur les droits de douane à l’exportation au profit de l’exportateur.

Ces malversations ont occasionné un manque à gagner pour l’Etat de plus de 1300 milliards de francs CFA soit 2 milliards d’euros sur huit ans de 2002 à 2009. Bien que certains points de ce rapport soient de mon point de vue exagérés, il révèle néanmoins des cas graves de fraude. Certaines sociétés dont Armajaro avaient même signé des engagements pour payer les rappels qui relevaient de leurs manquements à la loi.

Je retiens que même informé, le ministre de l’Economie et des finances d’alors, monsieur Charles Diby, n’a jamais actionné les services de son ministère pour recouvrer ces sommes. Tous les exportateurs étaient conscients que ce dossier allait ressurgir. D’où leur alignement sur le camp Ouattara. »

Tout au long de la période de tension entre le président Laurent Gbagbo et monsieur Ouattara, on verra les cours du cacao fluctuer au gré des « victoires militaires des rebelles » d’Alassane Ouattara (…)

Une fois le président Gbagbo renversé, la première décision de monsieur Ouattara a été de réouvrir le port d’Abidjan pour permettre la reprise des exportations de cacao. Une décision saluée par Armajaro, l’Elysée et autres géants du cacao. L’armée française a été réquisitionnée pour assurer la sécurité du port afin que les principaux « actionnaires » de la crise ivoirienne bénéficient de leurs dividendes une fois le gênant président Gbagbo écarté du pouvoir.

Côte d’Ivoire, Le coup d’Etat de Charles Onana, Editions Duboiris, 20€


Jeudi 22 Décembre 2011


Alain Léauthier - In le journal français "Marianne".



Source :
CAUSES.COM


dimanche, 18 décembre 2011

CHARLES ONANA SUR 3A TELESUD POUR SON LIVRE «COTE D'IVOIRE, LE COUP D'ETAT»

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Cette vidéo a été censurée par l'Etat français. Elle n'est plus du tout disponible sur YouTube. Pour l'heure, vous ne pouvez la visionner qu'ici ou sur LE GRI-GRI INTERNATIONAL!!! Profitez-en!


samedi, 03 décembre 2011

LE LIVRE DE CHARLES ONANA INTROUVABLE EN COTE D'IVOIRE


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Alors que le livre de Charles Onana sur le 11 avril  intitulé à juste titre "Côte d'Ivoire : le coup d'Etat" fait l'objet d'une grosse demande auprès des libraires abidjanais, ceux-ci restent impassibles et ne semblent guère intéressés par des profits substantiels.


Combien coûte "Côte d'Ivoire : le coup d'Etat", ce livre de Charles Onana qui pénètre au tréfonds des événements du 11 avril ?  Aucun libraire ivoirien ne pourra répondre à cette question, car depuis qu'il est sorti en France et qu'il y fait un véritable tabac, Abidjan a choisi de ne rien faire pour qu'il soit dans les librairies nationales.

Officiellement, rien ne justifie la réalité d'une chape de plomb sur les meilleures ventes du moment en termes de productions littéraires. Il n'y a donc pas d'omerta assumée, pas non plus de consigne directe contre ce livre qui affirme que ce qui s'est passé pendant la crise postélectorale en Côte d'Ivoire relève d'un coup d'Etat et où le Président Gbagbo déporté dans l'un des goulags nordistes d'Alassane Ouattara témoigne abondamment.

Sauf, un incompréhensible manque d'empressement qui agace les Ivoiriens qui couvrent littéralement de demandes toutes les librairies de la place, à commencer par la plus prestigieuse et sans doute aussi la plus fortunée d'entre elle, La librairie de France. Ici, les responsables se défendent de snober l'ouvrage, pour des raisons qui pourraient être d'ordre politique et affirment avoir écrit aux éditions Duboiris qui éditent depuis de nombreuses années les productions du journaliste camerounais. « Nous lui avons écrit et attendons toujours d'avoir sa réponse ».

Bref, Duboiris aurait en creux décidé d'ignorer l'espace où le livre a pris forme et où on montre une voracité évidente pour lui. Quant au géant de la distribution ivoirienne Edipresse, ses rayons ne comportent pas non plus le sésame du moment. Selon l'un de ses responsables, le principe de la maison est d'attendre d'abord les demandes des libraires ; ce n'est qu'après qu'Edipresse assure la commande et fait venir les stocks demandés. Il arrive cependant qu'elle fasse venir des livres susceptibles d'intéresser les libraires quand Edipresse flaire une bonne affaire. Mais cette fois-ci, rien n'a été tenté de ce côté-ci et personne, apparemment ne semble intéressé de faire quelques profits sur la plus grosse vente du moment.

Mais cette attitude des libraires ivoiriens est d'autant plus bizarre que dans l'histoire, les autorités ivoiriennes ont souvent procédé à l'interdiction pure et simple de publications gênantes. Des publications entières de Jeune Afrique ont déjà été suspendues  sur toute l'étendue du territoire national sans compter celles dont les éditions étaient totalement rachetées par le gouvernement pour empêcher la divulgation d'un secret important. Or le livre de Charles Onana est un condensé de secrets d'Etat. Pour la postérité, Laurent Gbagbo y livre sa part de vérité une fois que les clameurs semblent s'être tues.

En librairie depuis le 4 novembre, ce livre parle beaucoup de la crise post-électorale qui a entraîné l'intervention militaire de l'armée française et des troupes rebelles en Côte d'Ivoire. La version officielle a tenté de faire croire qu'il s'agissait d'une action visant à faire respecter le résultat de l'élection présidentielle qui donnait Alassane Ouattara vainqueur.

L'enquête de Charles Onana tend plutôt à prouver qu'il s'agit d'un coup d'Etat préparé par le président Sarkozy et par Blaise Compaoré, président du Burkina Faso. L'auteur dévoile les correspondances secrètes échangées par ces deux dirigeants dans le but de renverser Laurent Gbagbo.

Il montre également comment les banques françaises ont participé à cette action de déstabilisation à travers les filiales de la Société générale et de la BNP Paribas.

Pour la première fois, un général français, ex-numéro 2 de la force Licorne en Côte d'Ivoire, témoigne de ce qu'il a vécu. Dans cet ouvrage, l'auteur publie aussi plusieurs rapports confidentiels de l'ancien ambassadeur de France à Abidjan, Renaud Vignal, dont un accablant sur Alassane Ouattara.

Charles Onana, qui a également reçu les confidences du président Laurent Gbagbo, montre comment les autorités françaises, principalement Michel Alliot-Marie, ministre de la Défense, et Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, ont étouffé la vérité sur la mort des soldats français en novembre 2004 à Bouaké. Son enquête met également en lumière le rôle trouble de deux personnalités françaises dans la disparition de Guy-André Kieffer.

Ce livre, très documenté et qui illustre dix années de combat contre le régime de Laurent Gbagbo, est préfacé par l'ancien président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur de la crise ivoirienne. On peut donc comprendre que la plupart des éditeurs ne soient pas vraiment  chauds pour le mettre dans leurs rayons.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien N° 107 du mardi 29 novembre 2011.

mercredi, 23 novembre 2011

«COTE D'IVOIRE, LE COUP D'ETAT»: UN LIVRE A LIRE ABSOLUMENT!

 
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Un livre qui fait actuellement la une sur le net. C'est le livre de la semaine que nous vous proposons pour savoir un peu plus sur la crise ivoirienne.

 

Que s'est-il vraiment passé durant la "bataille d'Abidjan" ? Pourquoi l'Elysée était prêt à tout pour chasser Laurent Gbagbo du pouvoir ? Avec quels alliés africains Nicolas Sarkozy a-t-il mis en place sa stratégie ? Qui sont réellement Dominique et Alassane Ouattara et de quels soutiens politiques et financiers bénéficient-ils ? Pourquoi Laurent Gabgbo est-il si détesté par les Européens ? Pourquoi le ministère de la Défense français semble-t-il freîner l'enquête sur l'assassinat de 9 soldats français en 2002 à Bouaké ? Que s'est-il passé dans l'affaire Guy-André Kieffer ? A l'aide de documents et de témoignages issus des services secrets et militaires français, de l'Union Européenne, de l'ONU, ce livre est la première enquête explosive sur les événements de Côte d'Ivoire.

Côte d'Ivoire: le coup d'Etat à conserver pour la postérité et pour l'éclatement de la vérité.

Biographie de l'auteur

Charles ONANA est journaliste d'enquête, auteur d'ouvrages de référence sur les conflits en Afrique et les questions géopolitiques. Il a également fait un travail pionnier sur le rôle des Africains durant la Seconde guerre mondiale et est l'auteur de plusieurs biographies inédites sur des personnalités artistiques et intellectuelles du monde noir.

Pour savoir plus sur la première enquête explosive sur les événements de Côte d'Ivoire, rendez-vous sur ce lien: Côte d'Ivoire: le coup d'Etat


Bonne lecture !

 

Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

mercredi, 05 janvier 2011

CRISE IVOIRIENNE : L'AFRIQUE S'HUMILIE

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Le Potentiel 30/12/2010 : Analyse. Je ne suis pas Ivoirien et je n'ai aucun intérêt en Côte d'Ivoire. Je n'ai donc pas voté pour Laurent Gbagbo ni pour son adversaire Alassane Ouattara. Cependant, comme observateur panafricain et analyste, je constate, depuis quelques semaines, que ce qui se passe dans ce pays est dangereux et présage d'un avenir incertain. L'imprudence et l'aveuglement des dirigeants africains face aux intérêts inavouables des puissances étrangères risque d'entraîner la Côte d'Ivoire mais aussi l'ensemble de la sous-région ouest-africaine dans la perdition. 

Ce qui est aujourd'hui en cause, ce n'est ni le résultat des élections ni le respect de la légalité. Tout le monde s'appuie ou feint de s'appuyer sur ces deux éléments, apparemment objectifs, pour réclamer un changement de régime en Côte d'Ivoire. Ceci était prévisible ! Tous les clignotants signalaient depuis au moins cinq ans que ce pays s'acheminait vers une situation politique explosive. J'ai beaucoup de mal à croire que le président Laurent Gbagbo est le grand Satan tant décrié dans les médias et les capitales occidentales et que son adversaire est le grand messie tant attendu pour sauver l'ancienne colonie française désormais en proie à la violence. 

Ce qui intrigue toute personne avisée des crises politiques en Afrique, c'est d'abord le silence convenu des géants économiques occidentaux qui opèrent massivement en Côte d'Ivoire et dont le chiffre d'affaires annuel avoisine plusieurs centaines de millions de dollars. Dans le climat de tension actuel, sont-ils favorables ou défavorables au camp de Gbagbo ou à celui de Ouattara ? Sont-ils totalement indifférents à un changement de régime en Côte d'Ivoire comme l'exigent les pays occidentaux ou participent-ils dans l'ombre au choix d'un des candidats ? Ce qui justifierait peut-être leur silence. En clair, sont-ils acteurs ou spectateurs impuissants d'une crise politique majeure dans un pays où ils se sont installés depuis un certain temps pour gagner de l'argent ? 

Le second point de curiosité est fondé sur les réactions plus ou moins tardives et cacophoniques des Africains à travers la CEDEAO et l'Union Africaine. La première organisation menace de destituer le président sortant, au besoin en usant de la force, la seconde acquiesce et suit les recommandations ou les ordres des puissances étrangères demandant le départ de Laurent Gbagbo du pouvoir au profit de son adversaire Alassane Ouattara. Ces deux institutions suivent visiblement les positions officielles de quelques dirigeants occidentaux qui réclament l'éviction de Laurent Gbagbo. Il y a comme un petit malaise lorsque l'on sait que ces institutions proclament régulièrement l'indépendance de l'Afrique et la souveraineté des Etats africains. Honnêtement, quel dirigeant africain actuellement au pouvoir, depuis plus d'une décennie, serait prêt à accepter le traitement qui est réservé à Laurent Gbagbo en Côte d'Ivoire en ce moment ? 

En même temps que la CEDEAO et l'Union Africaine s'empressent de sanctionner Laurent Gbagbo et ses proches, comme le font déjà les Etats-Unis et l'Union Européenne, elles envoient aussi dans l'ordre ou dans le désordre des médiateurs en Côte d'Ivoire. Les résultats de ces multiples médiations sont, pour l'instant, impalpables et invisibles. Et pour cause ! Une médiation peut-elle réussir lorsque les initiatives des Africains interviennent accessoirement et en marge des décisions des grandes puissances au lieu de les précéder ? Le spectacle de ces va-et-vient « diplomatiques » infructueux des Africains à Abidjan est affligeant et humiliant pour la diplomatie africaine. 

Le moins qu'on puisse dire est que les Africains, plutôt que d'assumer eux-mêmes la gestion de cette crise dont ils devraient avoir l'entière responsabilité, s'alignent et s'appuient davantage sur un agenda extérieur en affichant des positions très peu cohérentes et très peu indépendantes. En se soumettant trop facilement à la pression extérieure, les Africains donnent d'eux-mêmes l'image de personnalités faibles, très influençables et pas très autonomes dans leurs décisions. Ce qui peut accréditer les préjugés courants sur l'Afrique et sur les Africains. Peut-on combattre ces préjugés en essayant de donner au moins l'impression que les Occidentaux n'ont pas toujours raison dans les affaires africaines ? Peut-on faire valoir que la gestion occidentale de cette crise est violente, indélicate et relativement grossière ? Devant cet état de fait, il y a le vide et le suivisme africains. L'imagination et la créativité africaines ont-elles déserté l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique tout court ? J'ai du mal à le croire. 

S'il s'agissait simplement d'un problème électoral en Côte d'Ivoire, pourquoi n'avoir pas proposé d'analyser tous les litiges électoraux de manière à lever toute équivoque sur le résultat final ? Pourquoi le point de vue de la CEDEAO est-il venu après celui de l'Occident alors que son expertise aurait dû primer par son efficacité et rassurer par sa sagesse ? Pourquoi avoir précipitamment entériné des résultats que l'on savait contestables et contestés dans la mesure où chaque camp se dit vainqueur de ces élections tout en accusant l'autre de fraude massive ? (Alassane Ouatara serait gagnant avec 54,1% d'après la commission électorale indépendante et Laurent Gbagbo l'emporterait à hauteur 52,6% d'après le Conseil constitutionnel). 

Dans ces conditions, comment comprendre l'attitude de la CEDEAO et de l'Union Africaine qui ont d'abord privilégié des options moins diplomatiques face à ce qui apparaît comme une pression insupportable et gravissime des pays occidentaux sur un dossier de politique intérieure en Côte d'Ivoire ? Il est surprenant que personne n'ait éprouvé le besoin primitif de réagir aux déclarations tapageuses et intempestives du ridicule procureur Moreno-Ocampo (*). 

A-t-on suffisamment pensé aux conséquences d'une décision hasardeuse sur les populations étrangères résidant en Côte d'Ivoire et sur l'ensemble de la sous région ? Quelle place accorde-t-on à la paix et à la sécurité des Ivoiriens dans cette affaire ? À en croire certains discours médiatique et politique, les Ivoiriens n'auront pas droit à la paix et encore moins à la sécurité si Gbagbo n'est pas évincé ou éliminé du pouvoir. Dans la même logique, l'ONU censée statutairement rester neutre ou du moins impartiale a aussi vite pris parti. Avant tout le monde, elle a affirmé dès le 3 décembre 2010, à travers son représentant et en pleine contestation des résultats, que Monsieur Alassane Ouattara était le président de la Côte d'Ivoire. A-t-elle facilité le dénouement de cette crise nationale ivoirienne ou l'a-t-elle compliqué ? Ce qui est étonnant est qu'immédiatement, la France et les Etats-Unis ont validé la position du représentant du secrétaire général de l'ONU Monsieur Young-Jin Choï sans prendre en compte la contestation des résultats par l'une ou l'autre des parties. Pourquoi agir de la sorte dans un contexte aussi tendu sur le plan politique ? Quel danger y avait-il à tout vérifier et à lever le doute sur les soupçons de fraude d'où qu'ils viennent ? 

Il est difficile au moment où le consensus médiatique est total et que « la majorité » des pays puissants prétend avoir raison d'aller à contre-courant ou de poser des questions qui dérangent. Mon expérience de l'interminable crise des Grands Lacs africains m'autorise à douter sérieusement du fait que les élections sont véritablement la raison principale de l'attention que toutes les grandes puissances et l'ONU portent aujourd'hui à la Côte d'Ivoire. Je ne suis pas non plus convaincu que la transparence électorale ou l'alternance politique sont des arguments sérieux au sujet du contentieux qui oppose désormais ce qu'on appelle d'un côté « la communauté internationale » et le camp Ouattara à Laurent Gbagbo. 

L'indifférence des pays occidentaux, tout comme celle des membres de la CEDEAO ou de l'Union africaine, à la fraude électorale en Afrique ou à la longévité politique outrancière de certains dirigeants africains est un fait qui n'appelle aucun commentaire désobligeant de ma part. Si ces principes étaient défendus avec acharnement dans toutes les élections africaines et s'ils étaient des vertus cardinales chez bon nombre de dirigeants qui sermonnent actuellement Laurent Gbagbo, tout le continent africain s'en féliciterait et les exemples seraient nombreux. Il me semble bien qu'évoquer les arguments sur le respect des résultats que très peu de gens connaissent d'ailleurs ou la transparence et l'alternance pour justifier ce qui se passe actuellement en Côte d'Ivoire n'est pas suffisant et certainement pas convainquant. 

J'ai à ce propos un petit souvenir qui éclaire certains comportements étranges que j'observe ici et là dans ce dossier. C'est en 1999 que j'ai rencontré à Washington un fonctionnaire de la Banque Mondiale, visiblement bien informé, qui me confia au cours d'un déjeuner que si Monsieur Alassane Ouattara ne devenait pas président en Côte d'Ivoire, il y aurait « le feu dans ce pays ». À l'époque, je ne compris pas exactement la teneur de ces propos. Peu après, il y eut un coup d'Etat de l'officier ivoirien Robert Guéi puis une crise politique, des élections mouvementées et l'arrivée au pouvoir de Laurent Gbagbo. 

La côte d'Ivoire, depuis cette période, vit au rythme de tensions incessantes et d'une guerre tantôt ouverte tantôt larvée entre les forces rebelles proches de Ouattara et les forces gouvernementales de Laurent Gbagbo. Quelques pays voisins de la côte d'Ivoire n'ont pas brillé dès le début de cette crise interne par leur neutralité absolue ni par leur impartialité admirable. Intérêts pécuniaires et calculs politiciens obligent ! Ce qui est dangereux aujourd'hui, ce ne sont ni les propos du fonctionnaire de la Banque Mondiale en 1999 ni le rôle joué par certains voisins de la Côte-d'Ivoire mais le parti pris immédiat de certains médias, de l'ONU, de l'Elysée et de la Maison Blanche et surtout l'alignement servile des Africains eux-mêmes à travers l'Union Africaine et la CEDEAO. Le comportement de ces derniers, entérinant de facto une décision prise visiblement avant ou contre « le choix des Ivoiriens », est regrettable. 

Prendre parti très vite et sans aucune précaution élémentaire en faveur d'un candidat à l'élection présidentielle, que quelques observateurs honnêtes reconnaissent comme particulièrement serrée, a été très imprudent. « Imposer » un candidat dans un contentieux électoral interne de façon aussi brutale et agressive est plus que troublant et pas très « démocratique ». Parmi les dirigeants africains qui prennent d'ailleurs position soit dans le cadre de la CEDEAO soit au sein de l'Union Africaine, combien peuvent prétendre avoir remporté des élections en toute transparence ou en dehors de fraudes avérées ? Combien ont été intronisés et légitimés alors même que leurs adversaires, déprimés par l'ampleur de la fraude, ne comprenaient pas le mutisme des représentants de l'Union Européenne et autres observateurs étrangers présents dans le pays ? Combien d'observateurs africains et occidentaux m'ont avoué avoir été témoins ou complices impuissants de la tricherie organisée lors d'élections présidentielles en Afrique Centrale et en Afrique de l'Ouest ? 

Mon propos ici n'est pas de défendre un candidat contre un autre. Je crois simplement qu'un certain flou persiste sur les vrais résultats de cette élection, qu'il y a apparemment un réel problème d'impartialité dans cette affaire au point que toutes les menaces proférées contre un des deux candidats sont suspectes et disproportionnées par rapports à d'autres situations similaires. Il semble bien que les vraies motivations derrière cette situation ivoirienne sont volontairement tues au profit d'un tapage douteux sur la « légalité électorale ». Il apparaît clairement que les ingérences étrangères dans le dossier ivoirien sont flagrantes et nocives pour la paix, la sécurité et la souveraineté en Côte d'Ivoire. 

Si personne ne veut revenir à la raison dans ce dossier, si personne, parmi les dirigeants africains qui ont pris fait et cause pour le discours dominant, n'accepte, par couardise, par opportunisme, par aveuglement ou pour des intérêts égoïstes, de questionner ce qui se passe aujourd'hui sous nos yeux, d'autres dirigeants africains risquent, à leur tour, de subir le même scénario et l'Afrique de l'Ouest risque bientôt d'être dirigée par des miliciens ou des « rebelles » et autres marionnettes à la solde d'intérêts extérieurs comme c'est déjà le cas en Afrique centrale. Ce processus engagé depuis le début des années 90 va s'étendre progressivement sous diverses formes dans une large partie du continent si les Africains continuent à somnoler sous leur beau soleil. 

Faire l'impasse sur le contrôle des richesses de la Côte d'Ivoire et les raisons qui ont poussé à deux tentatives de coup d'Etat dans ce pays en 2002 et 2004, faire semblant de ne pas se souvenir des raisons qui ont conduit à la création d'une rébellion dans ce même pays, développer une amnésie sur le rôle des pays voisins dans le soutien apporté à la rébellion ivoirienne, à son financement et à son armement, ignorer volontairement toutes les pressions qui ont poussé à l'organisation d'élections dans un pays coupé en deux et contrôlé pour partie par des rebelles et pour l'autre par l'armée gouvernementale, faire fi de tout cela c'est ne pas vouloir comprendre ce qu'est en réalité le nouvel ordre mondial dans les relations internationales. Choisir l'autisme politique sur la crise ivoirienne c'est tourner le dos à l'avenir et vouloir soumettre les Africains à la loi du fusil, de l'instabilité, du banditisme politique, de la précarité chronique et du pillage. 

Dire ceci n'a rien de défaitiste ou de fataliste, c'est simplement tenter d'apporter un peu de lucidité devant les nouvelles menaces qui visent tous les pays africains ayant des ressources économiques convoitées par l'Occident. Le dossier ivoirien rend tout observateur honnête sceptique à l'égard des discours pompeux sur la bonne gouvernance, le respect des droits de l'Homme, la transparence électorale et blablabla. Ce dossier est piloté en violation de tous les principes que prétendent aujourd'hui défendre ceux qui pérorent sur la légalité, l'Etat de droit, le respect des libertés publiques, etc. 

Je l'ai déjà observé très attentivement dans la région des Grands Lacs, je le vois également au Soudan, pays riche en pétrole, qui sera coupé en deux en janvier 2011 et dont la CPI (Cour Pénale Internationale) veut aussi arrêter le chef de l'Etat en exercice. Les Africains de l'Ouest sont peut-être en train de subir leur premier baptême des régimes pro-rebelles. Il faut espérer qu'ils ne le regretteront pas.




Charles Onana, journaliste et écrivain



(*) Cf. le dernier livre de Charles Onana : Al-Bashir Darfour, la contre-enquête, Paris, Editions Duboiris, 2010, 480 p. disponible en librairie et sur www.amazon.fr ou www.editionsduboiris.com

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