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vendredi, 23 décembre 2016

GEOPOLITIQUE: LES CONSEQUENCES DE LA CHUTE D'ALEP POUR L'EUROPE

 

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Quels liens et quelles conséquences stratégiques entre la reprise d'Alep et la vente au Qatar de près de 20 % du capital de Rosneft ?

Par le Général JEAN-BERNARD PINATEL.



La Bataille d’Alep marque un tournant décisif dans le conflit syrien. Le maintien au pouvoir de Bachar el-Assad n’est plus un préalable à la fin du conflit. Les Russes ont désormais toutes les cartes en main pour imposer leur solution. Cette victoire des forces syriennes appuyées par la Russie contre les islamistes radicaux va avoir des conséquences géopolitiques considérables pour le Moyen-Orient et pour l’Europe. Le premier effet concret s’est traduit ce 10 décembre 2016 par la vente de 19,5% des actions de Rosneft au Qatar.

La Turquie avait anticipé cette victoire. Erdogan, dès le 9 août, était allé à Canossa, pardon à Saint-Pétersbourg, après avoir exprimé ses « regrets » à Vladimir Poutine fin juin concernant le sukkoi 24 abattu par son aviation. Poutine lui a rendu la politesse le 10 octobre en se rendant à Istanbul où les deux chefs d’Etat ont réaffirmé leur engagement à mener à bien le projet de gazoduc russo-turc TurkStream, qui doit acheminer le gaz russe vers l’Europe en passant par la mer Noire, ainsi qu’à la construction par la Russie de la première centrale nucléaire turque.

De leur côté, confrontés à l’efficacité de l’intervention militaire russe de septembre 2015 qui contrastait avec les atermoiements d’Obama en Syrie et le peu d’efficacité de son action de soutien militaire à l’Irak, les dirigeants qataris comprenaient que leur stratégie de soutien aux Frères musulmans et aux wahhabites en Syrie allait les conduire à leur perte. Et que dorénavant, pour vendre leur gaz à l’Europe, il faudrait trouver un accord avec la Russie car c’est elle qui a les cartes en main pour autoriser ou interdire la construction d’un gazoduc terrestre pour acheminer son gaz vers les pays de l’Union Européenne (1).

Après une première visite de l’émir Tamim bin Hamad Al-Thani à Moscou en janvier 2016, ce rapprochement s’est traduit, le 6 septembre, par la signature d’un accord militaire entre les deux pays, au cours d’une visite du ministre qatari de la Défense, Khalid bin Mohammad Al-Attiyah, à l’occasion du Forum international militaire et technique « ARMÉE-2016 », à Moscou. « Nous avons signé un accord de coopération militaire avec la Russie, mais il ne comprend pas l’achat d’armes », a ainsi indiqué Saoud Bin Abdallah al-Mahmoud, l’ambassadeur du Qatar à Moscou. Toutefois, s’agissant d’éventuels contrats d’armement, rien n’est fermé du côté de Doha, le diplomate ayant assuré que son gouvernement examinerait cette « possibilité » (2).

Mais l’acte majeur de ce rapprochement à la portée géopolitique considérable s’est traduit samedi 10 décembre 2016 par la conclusion d’un accord de vente de 19,5% des actions de Rosneft à la Qatar Investment Authority (QIA). Cette vente s’est faite au prix de 11,37 milliards de dollars qui rentrent dans les caisses de l’Etat russe qui en avait bien besoin. Le Qatar est désormais le second actionnaire de Rosneft après l’Etat russe.

Pour comprendre la signification géopolitique exceptionnelle de cet accord, un rappel historique et économique s’impose.

Trois pays – la Russie, l’Iran et le Qatar – possèdent 50% des réserves mondiales de gaz naturel (3). Les trois sont désormais alliés économiquement et stratégiquement, ce qui marque l’échec de la stratégie de l’Union européenne de diversification de ses sources d’approvisionnement de gaz naturel inspirée et voulue par les Etats-Unis et l’Otan.

En effet, la Russie est déjà le premier fournisseur de l’Union européenne avec 40% des importations, qui représentent 20% de la consommation totale de gaz de l’Union européenne. Compte tenu de la hausse de la consommation dans l’Union européenne et de l’épuisement du gisement gazier en Mer du Nord, cette dépendance énergétique de l’UE vis-à-vis de la Russie devrait fortement s’accroître dans les prochaines années. La Commission européenne estimait en effet que, d’ici 2040, 70% des besoins énergétiques de l’UE devraient être assurés par les importations, contre 50% aujourd’hui.

Cette dépendance était inacceptable pour les stratèges américains pour lesquels la création d’une Eurasie annoncerait la fin de leur suprématie mondiale et l’arrivée d’un troisième grand acteur sur la scène mondiale qui perturberait leur tête-à-tête d’adversaire-partenaire avec la Chine.

Pour les stratèges américains et les atlantistes européens, le Qatar, avec 24300 milliards de m3 de réserves prouvées qui lui assurent 154 ans de production au rythme actuel, était la solution. A condition toutefois de construire un gazoduc, car la liquéfaction et le transport en bateau via le détroit d’Ormuz et le canal de Suez rendaient le gaz qatari non concurrentiel avec le gaz russe. Selon des informations du journal libanais Al-Akhbar publiées en 2012, les Qataris avaient établi un plan, approuvé par l’administration Obama et l’UE visant à construire un gazoduc vers l’Europe via la Syrie. Ce gazoduc terrestre aurait traversé l’Arabie Saoudite, puis la Jordanie, en évitant l’Irak pour arriver à Homs en Syrie, d’où il aurait bifurqué dans trois directions : Lattaquié sur la côte syrienne, Tripoli au nord du Liban, et une troisième branche via la Turquie vers l’Europe. Mais Bachar El-Assad refusait d’autoriser ce transit.

Désormais, les cartes sont redistribuées et rien ne s’oppose plus à ce que le gaz qatari rejoigne en Turquie le gazoduc TurkStream et vienne alimenter les besoins énergétiques de l’Union européenne. Dans un proche avenir, parions que les Européens vont lever leurs sanctions économiques contre la Russie.

Il aura fallu une guerre de cinq ans, des centaines de milliers de morts en Syrie et des attentats terroristes en Europe pour que s’impose par la force ce qui aurait dû se décider par la raison. Car tant dans la lutte contre l’islam radical que sur le plan économique, l’alliance russe est vitale pour que la voix de l’Europe existe à nouveau sur la scène internationale.



Jean-Bernard Pinatel | 12 décembre 2016


Général (2S) et dirigeant d’entreprise, Jean-Bernard Pinatel est un expert reconnu des questions géopolitiques et d’intelligence économique. Il est l’auteur de Carnet de Guerres et de crises, paru aux éditions Lavauzelle en 2014.

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(1) Pour certains auteurs, ce projet de gazoduc et le refus d’Assad de le laisser traverser la Syrie aurait été l’un des facteurs déterminants de la guerre en Syrie.

(2) En savoir plus ici.

(3) Russie : 22,8% soit 47 500 milliards de m3 ; Iran : 15,9% soit 33 800 milliards de m3 ; Qatar : 11,7% soit 24 300 milliards de m3.

 

Source: ATLANTICO.FR

jeudi, 30 mai 2013

ETATS-UNIS: LES HACKERS CHINOIS SAVENT TOUT DE L'ARMEMENT SECRET AMERICAIN

 

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PENTAGONE, Arlington (Etats-Unis) – L’industrie de défense américaine, surtout celle qui concerne l’armement de pointe, est dans tous ses états. Selon une note confidentielle des experts du Pentagone, le saint des saints, un grand nombre de systèmes d’armements, les plus avancés technologiquement et les plus sensibles de la Nation américaine ont été "compromis", selon la formule consacrée. Il s’agit du fait qu’ils auraient été copiés ou contrefaits par des hackers chinois qui travaillent pour leur Gouvernement.


En effet, parmi ces armes, plus de deux douzaines des grands systèmes d’armements ont vu leurs dessins violés. Or, ce sont des programmes essentiels pour la défense antimissile des États-Unis. Ainsi, les avions de combat et les navires américains n’ont plus de secret pour les Chinois, ce qui est très embêtant pour les Etats-Unis. Selon ce rapport secret non-divulgué, les dirigeants du Pentagone ont eu recours au Conseil Scientifique de Défense, qui a confirmé toutes ces données, qui affaiblissent sensiblement les Etats-Unis, militairement parlant car, sur le plan économique déjà, les Chinois ont pris un sérieux ascendant sur les Etats-Unis.

Les experts préviennent même que, ces intrusions électroniques chinoise ont donné accès à l’Empire du milieu, à des technologies de pointe qui pourraient accélérer le développement de ses systèmes d’armements et affaiblir davantage les forces militaires américaines en cas de conflit entre les deux pays…


Source: Le blog d'Allain Jules

mardi, 02 avril 2013

BRICS: «PLUS QUESTION DE RECOURS A LA FORCE CONTRE UN ETAT SOUVERAIN»

 

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Mauvaise nouvelle? Certainement pour certains.

Le BRICS, qui se réunit dès demain en Afrique du Sud, veut s’affirmer collectivement pour peser davantage sur la marche du monde. D’ores et déjà Russes et Chinois se sont rencontrés pour accorder leurs discours relativement offensifs : les deux dirigeants, Vladimir Poutine et Xi Jinping, ont, chacun à leur tour, averti qu’ils ne tolèreront « plus de recours à la force contre la souveraineté des pays », selon les mots du chef du Kremlin. « Nous devons respecter le droit de chaque pays à choisir en toute indépendance sa voie et nous devons nous opposer aux ingérences dans les affaires intérieures des autres Etats », a approuvé Xi Jinping. 

Vladimir Poutine souhaite démontrer que le collectif BRICS peut désormais peser de tout son poids sur la marche du monde : « Le PIB des pays du BRICS, mesuré selon la parité du pouvoir d'achat, en monnaies nationales, atteint 27 %, et cette part est en train d’augmenter», a-t-il déclaré, jurant que ce groupe ne revendiquera jamais qu’un système mondial plus juste et plus équilibré : « Les membres des pays BRICS sont favorables à la création d'un système plus équilibré et plus équitable des relations économiques internationales. (…) la preuve : c’est la décision consolidée de renflouer les fonds du FMI de 75 milliards de dollars ».

Mais au-delà des considérations géopolitiques et philanthropiques, c’est surtout le système financier qui sera sur la table du 25 au 27 mars à Durban. Et là, il s’agit, pour M. Poutine, de passer à l’action : « Nous proposons à nos partenaires de transformer les BRICS, forum de dialogue qui coordonne les positions sur un nombre limité de questions, en un mécanisme d'interaction stratégique, permettant de travailler ensemble pour trouver des solutions à des questions clés de la politique mondiale », a annoncé Vladimir Poutine. Il s’agira de lancer la Banque de développement des BRICS, première pierre de la construction d’une alternative au système FMI-Banque mondiale qui gère le monde depuis 60 ans. La création d’une agence de notation commune sera également au menu des discussions. De même qu’un forum économique sur le modèle de Davos, qui permettra aux grands acteurs politiques et économiques des BRICS de se concerter pour mieux construire ensemble le bonheur des peuples. 

Même si l’Afrique du Sud semble tentée de rejoindre les positions sino-russes, il n’est pas certain que le Brésil ou l’Inde soient vraiment disposés à participer aussi activement à ce qui ressemble tout de même à un plan d’action pour devenir calife à la place du calife.


Source: FACEBOOK

samedi, 10 novembre 2012

LA CHINE SERA LA PREMIERE PUISSANCE ECONOMIQUE MONDIALE DANS QUATRE ANS, PREDIT L'OCDE


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La mission de l'OCDE, dont le siège est à Paris, est de «de promouvoir les politiques qui amélioreront le bien-être économique et social partout dans le monde».

 

La Chine devrait devenir la première puissance économique du monde dès 2016 et, à plus long terme, la deuxième place devrait être occupée par l'Inde. C'est la conclusion à laquelle est parvenue l'OCDE dans une étude sur la croissance mondiale à l'horizon 2060.

 

Dès 2016, la Chine devrait dépasser les Etats-Unis avec le plus fort PIB mondial et, selon le nouveau modèle de l'OCDE, la Chine aura même dépassé la zone euro dès cette année.

Derrière la Chine se profile l'Inde, qui devrait devenir numéro deux mondial dans une vingtaine d'années, en raison notamment du recul de l'Europe et du Japon, qui connaissent un vieillissement accéléré de la population, et qui seront également supplantés à terme par l'Indonésie et le Brésil.

Bientôt la Chine et l'Inde pèseront davantage, à elles deux, que l'ensemble des économies du G7.

Toutefois, la hiérarchie est bouleversée quant on prend en compte le niveau de vie par habitant. D'ici 2060, chaque Chinois et chaque Indien devrait voir son revenu multiplié par sept. Mais le niveau de vie d'un Chinois, en dépit de ce progrès remarquable, ne représentera encore que 60% du niveau de vie des pays les plus riches. Et, pour un Indien, ce sera seulement 25% du niveau de vie atteint dans les pays les plus avancés qui, dans cette période, auront doublé le revenu par habitant.


Source: RFI

mardi, 07 août 2012

SYRIE: DEMASQUE, LE PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES S'ENFUIT

 

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Se sentant démasqué, le président du Conseil des ministres syriens, Riad Hijab, a été exfiltré par l’OTAN vers le Liban, dimanche 5 août 2012.

L’agence de presse nationale syrienne (SANA) n’a pas rendu compte de l’événement, se contentant de signaler qu’il avait été « démis de ses fonctions ».

La Syrie étant un régime présidentiel (comme les États-Unis), les ministres sont nommés directement par le président de la République et cette vacance n’a pas d’incidence sur le reste du gouvernement. Le président Bachar el-Assad a demandé à l’un des quatre vice-présidents du Conseil, Omar Ghalawanji, d’exercer les fonctions de président du Conseil des ministres.

Le chef de l’Armée syrienne libre a annoncé que M. Hijab avait fait défection avec d’autres ministres. La télévision syrienne a montré des images panoramiques de la réunion du Conseil des ministres sous la présidence d’Omar Ghalawanji afin que chacun puisse constater que nul ne manque à l’appel. En outre, le ministre des Biens cultuels –dont le nom avait été cité par une agence de presse- a fait une déclaration à la télévision sur un sujet secondaire afin de mettre un terme aux rumeurs de la presse occidentale le concernant.

La trahison de Riad Hijab est la première d’importance depuis le début de la crise. Selon son porte-parole, Mohamed Otri, qui s’est exprimé depuis la Jordanie, M. Hijab travaillait secrètement au renversement de Bachar el-Assad bien avant d’accepter les fonctions de président du Conseil des ministres, il y a six semaines, le 23 juin.

Le président du Conseil des ministres coordonne la mise en œuvre de la politique intérieure, mais n’a aucun pouvoir en matière de Politique étrangère et de Défense, « domaines réservés » du président de la République.

Comme dans le système constitutionnel états-unien, les principaux pouvoirs de nomination reviennent au président de la République. Le président du Conseil des ministres n’a donc pas pu placer des hommes à lui à des postes stratégiques de l’État.

À ce stade de l’enquête, il semble que l’opération « Volcan de Damas et séisme de la Syrie », qui a échoué, devait consister en un coup d’État militaire auquel Riad Hijab aurait donné une onction civile. Washington et ses alliés pensaient qu’après la décapitation du commandement militaire (attentat du 18 juillet), des généraux et leurs régiments s’empareraient du pouvoir avec l’aide des mercenaires entrant depuis la Jordanie, puis ils l’auraient remis dans les mains de M. Hijab. Le département d’État aurait alors applaudi à la victoire de la « démocratie ».

On ignore à quel moment les services de sécurité ont commencé à douter de la loyauté du président du Conseil des ministres. Celui-ci n’avait pas été inquiété et participait encore hier à une inauguration officielle, mais il avait évité de retourner à son bureau depuis deux jours.

Bien qu’ayant exercé des fonctions au sein du Baas, Riad Hijab était un technocrate, pas un leader politique. Ancien préfet de Lattaquié, jouissant d’une excellente réputation d’administrateur, il avait été nommé ministre de l’Agriculture, puis président du Conseil des ministres parce que n’étant pas lié à un courant politique, il semblait plus apte que d’autres à œuvrer à l’unité nationale. C’est le contraire qui s’est produit. N’étant lié à aucun groupe, il a pu changer de bord sans être retenu par un engagement.

Lors d’une conférence de presse, le ministre de l’Information, Omrane al-Zohbi, a souligné que -à la différence de l’Arabie saoudite- la Syrie est un État, et que la disparition d’un homme ne peut affecter la marche de l’État.

 

Source: RESEAU VOLTAIRE

vendredi, 30 mars 2012

LA REEMERGENCE DE LA CHINE EN TANT QUE PUISSANCE MONDIALE (DISSIDENT VOICE)


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Important à savoir! Pour comprendre le fonctionnement du monde actuel et pour l'Histoire. Bonne lecture! Fernand Dindé.

 

L'histoire du pouvoir dans le monde a été déformée par des historiens eurocentrés qui ont ignoré le rôle dominant de la Chine dans l'économie mondiale de 1100 à 1800. La brillante rétrospective historique que John Hobson fait de l'économie mondiale de cette période fournit des quantités de données empiriques qui prouvent la supériorité économique et technologique de la Chine sur la civilisation occidentale pendant la plus grande partie du millénaire précédent avant qu'elle se soit assujettie et ne commence à décliner au 19ième siècle.

La réémergence de la Chine en tant que puissance économique nous conduit à nous interroger sur son ascension et sa chute précédentes et sur les menaces intérieures et extérieures qui pèsent dans le futur immédiat sur cette superpuissance économique renaissante.

D'abord nous soulignerons les principaux aspects de l'ascension historique de la Chine et de sa supériorité économique sur l'Occident avant le 19ième siècle à partir du livre de John Hobson, "Les origines orientales de la civilisation occidentale". Etant donné que la majorité des historiens économiques occidentaux (libéraux, conservateurs ou marxistes) ont représenté la société chinoise comme stagnante, arriérée et bornée, un "despotisme oriental" selon leur expression, il est nécessaire de montrer qu'il n'en était rien. Il faut aussi particulièrement montrer comment la Chine, la puissance mondiale technologique de 1100 à 1800, a permis l'ascension de l'Occident. C'est seulement en empruntant et en assimilant les innovations chinoises que l'Occident a pu opérer la transition vers l'économie capitaliste et impérialiste moderne.

Dans la seconde partie nous analyserons les facteurs et les circonstances qui ont amené le déclin de la Chine au 19ième siècle et la domination, l'exploitation et le pillage subséquents de ce pays par les puissances impériales occidentales, d'abord l'Angleterre puis le reste de l'Europe, le Japon et les Etats-Unis.

Dans la troisième partie, nous soulignerons brièvement les facteurs qui ont mené à l'émancipation de la Chine de la règle coloniale et néocoloniale et nous analyserons sa récente percée comme deuxième plus grande économie mondiale.

Enfin nous étudierons les menaces passées et présentes qui pèsent sur l'avènement de la Chine comme puissance économique mondiale en mettant en lumière les similitudes entre le colonialisme anglais des 18 et 19ièmes siècles et les stratégies impériales étasuniennes actuelles et en montrant les forces et les faiblesses des réactions chinoises passées et présentes.

LA CHINE : L'ascension et la consolidation de sa puissance mondiale de 1100 à 1800

A l'aide de comparatifs systématiques, John Hobson fournit énormément de données concrètes qui démontrent de façon indiscutable la supériorité mondiale économique de la Chine sur l'Occident et en particulier sur l'Angleterre. En voilà quelques unes :

Dès 1078 la Chine était le plus grand producteur au monde d'acier (125 000 tonnes) tandis que l'Angleterre n'en produisait encore que 76 000 tonnes en 1788.

La Chine était le leader mondial de l'innovation dans la production textile, sept siècles avant la "révolution textile" anglaise du 18ième siècle.

La Chine était la première puissance commerciale et faisait du commerce avec la plus grande partie de l'Asie de l'ouest, de l'Afrique, du Moyen-Orient et de l'Europe.

La "révolution agricole" chinoise et sa productivité dépassaient l'Occident au 18ième siècle.

Ses innovations dans la production de papier, de livres imprimés, d'armes à feu et d'outils, en ont fait une superpuissance dont la production était exportée dans le monde entier grâce à un système de navigation des plus avancés.

La Chine possédait les bateaux de commerce les plus grands. En 1588 les plus grands bateaux anglais pouvaient transporter 400 tonnes de fret, les navires chinois 3000 tonnes. Même à la fin du 18ième siècle, les marchands chinois disposaient encore de 130 000 navires de commerce privés, infiniment plus que les Anglais. Le Chine a gardé ce rôle dominant dans l'économie mondiale jusqu'au début du 19ième siècle.

Les fabricants Anglais et Européens qui ont suivi l'exemple de la Chine, en copiant et assimilant ses plus grandes avancées technologiques, étaient pressés d'entrer sur le marché chinois moderne et lucratif.

Jusqu'en 1750, le revenu per capita des Chinois égalait celui des Anglais grâce à leur système bancaire, leur économie basée sur du papier monnaie stable, leur production manufacturée et de bons rendements agricoles.

La position dominante de la Chine a été remise en question par la montée de l'impérialisme britannique qui a adopté les avancées technologiques, maritimes et commerciales de la Chine et d'autres pays d'Asie pour devenir une puissance mondiale en brûlant les étapes.

L'IMPERIALISME occidental et la déclin de la Chine.

Les piliers de la conquête britannique et occidentale de l'Orient sont la militarisation des états impériaux, le manque de réciprocité dans leurs relations économiques avec les pays étrangers et la nature de l'idéologie occidentale impériale qui permettait et justifiait la conquête de pays étrangers.

A la différence de la Chine, la révolution industrielle britannique et son expansion au delà des mers est le fruit d'une politique guerrière. Selon Hobson, entre 1688 et 1815, l'Angleterre était en guerre 52% du temps. Tandis que la prospérité chinoise reposait sur le libre échange, la production de biens et les innovations commerciales et bancaires, les Britanniques préféraient les barrières douanières, les conquêtes militaires et la destruction systématique des entreprises étrangères compétitives ainsi que le vol et le pillage des ressources locales. La suprématie chinoise était basée sur "les bénéfices réciproques" des partenaires, tandis que les Britanniques avaient recours à des armées de mercenaires, la répression sauvage et la méthode "diviser pour régner" pour attiser les rivalités locales. En cas de résistance des autochtones, les Anglais (comme d'autres puissances impérialistes) n'hésitaient pas à exterminer des communautés entières.

Incapables de rentrer en compétition avec le marché chinois, l'Angleterre a eu recours à la puissance militaire brute. Elle a armé et formé des mercenaires recrutés dans ses colonies en Inde et ailleurs pour forcer la Chine à importer ses produits et pour lui imposer des traités inégaux à des tarifs préférentiels. La Chine a été inondée d'opium britannique produit dans ses plantations d'Inde au mépris des lois chinoises qui interdisaient ou régulaient l'importation et la vente de narcotiques. Les dirigeants chinois habitués depuis longtemps à la supériorité de leur commerce et de leur fabrication n'étaient pas préparés aux "nouvelles règles impériales" du pouvoir international. La propension occidentale à coloniser des pays par les armes, à piller leurs ressources et à recruter d'énormes armées de mercenaires commandés par des officiers européens a mis fin à la puissance internationale de la Chine.

La base de la suprématie économique de la Chine était la "non ingérence dans les affaires internes de ses partenaires commerciaux". A l'opposé les impérialistes britanniques sont intervenus brutalement en Asie pour adapter les économies locales aux besoins de l'empire (en éliminant les concurrents économiques, y compris les fabricants de coton indiens plus efficaces) et ont pris le contrôle des appareils politiques, économiques et administratifs locaux pour mettre en place la colonisation.

L'empire britannique s'est construit en s'appropriant les ressources de ses colonies et en militarisant massivement son économie. Sa puissance militaire a bientôt supplanté celle de la Chine. La politique étrangère de la Chine a été handicapée par la confiance exagérée des élites dirigeantes dans les relations commerciales. Les officiels chinois et les grands marchands qui cherchaient à se concilier les Britanniques, ont convaincu l'empereur de leur accorder des concessions extra-territoriales dévastatrices et de leur ouvrir leur marché au détriment des fabricants chinois tout en renonçant à leur souveraineté locale. Comme toujours les Britanniques ont attisé les querelles internes et fomenté des révoltes pour déstabiliser davantage le pays.

La pénétration occidentale et britannique du marché chinois et la colonisation de la Chine ont créé une nouvelle classe : les riches "compradores" chinois qui importaient les marchandises anglaises et facilitaient la conquête des ressources et des marchés locaux. Le pillage impérialiste a engendré une plus grande exploitation de la grande masse des paysans et de ouvriers chinois écrasés par de lourds impôts. Les dirigeants de la Chine pressuraient la paysannerie pour payer les dettes de guerre et les déficits commerciaux imposés par les puissances impériales occidentales. Cela a conduit les paysans à la famine et à la révolte.

Au début du 20ième siècle (moins d'un siècle après les Guerres de l'Opium), la Chine avait perdu son statut de puissance économique mondiale ; elle était devenue un pays brisé, à demi colonisé et dont l'immense population était réduite à la pauvreté. Les principaux ports étaient contrôlés par les officiels de l'impérialisme occidental et l'intérieur du pays était régi par des seigneurs corrompus et brutaux. Des millions de personnes étaient devenus esclaves de L'opium anglais.

LES UNIVERSITAIRES britanniques : Eloquents défenseurs des conquêtes impériales

Toute la classe académique occidentale -et à sa tête les historiens impérialistes anglais- ont attribué la domination impérialiste anglaise sur l'Asie à "la supériorité technologique" de l'Angleterre et la pauvreté et de la Chine et sa colonisation au "retard oriental" sans mentionner la supériorité millénaire du commerce et des avancées techniques de la Chine qui a duré jusqu'au début du 19ième siècle. A la fin des années 1920, avec l'invasion impériale japonaise, la Chine a perdu son unité. Sous la loi impériale, des centaines de millions de Chinois sont morts de faim ou ont été dépossédés ou assassinés pendant que les puissances impériales occidentales et le Japon pillaient son économie. Cela a complètement discrédité toute l'élite chinoise collaboratrice des "Compradores" aux yeux des Chinois.

Le souvenir du pays prospère, dynamique et puissant qu'a été autrefois la Chine est resté dans la mémoire collective du peuple chinois mais a été complètement occulté par les prestigieux intellectuels étasuniens et anglais. Les commentateurs occidentaux ont discrédité la mémoire collective de la suprématie de la Chine en la qualifiant d'illusion ridicule due à la nostalgie des seigneurs et de la royauté, et à l'arrogance sans fondement des Han.

LA CHINE renaît des cendres du pillage et de l'humiliation impériales : La révolution communiste chinoise

C'est le succès de la révolution communiste chinoise du milieu du 20ième siècle qui a rendu possible l'ascension de la Chine moderne à la place de seconde économie mondiale. L'armée "rouge", l'armée populaire de libération, a vaincu d'abord l'armée impériale japonaise et ensuite l'armée impérialiste étasunienne soutenue par le Kuomintang, l'armée "nationaliste" menée par les "compradores". Cela a permis la réunification de la Chine en un état souverain indépendant. Le gouvernement communiste a aboli les privilèges extra-territoriaux des impérialistes occidentaux, mis fin au pouvoir des seigneurs de guerre et des gangsters et chassé les propriétaires millionnaires de bordels, les trafiquants de femmes et de drogues ainsi que les autres "fournisseurs de service" de l'empire étasuno-européen.

A tous les sens du mot, la révolution communiste a forgé l'état chinois moderne. Les nouveaux dirigeants ont alors procédé à la reconstruction d'une économie ravagée par les guerres impériales et le pillage des capitalistes japonais et occidentaux. Après plus de 150 ans d'infamie et d'humiliation, le peuple chinois a retrouvé sa fierté et sa dignité nationales. Ces éléments socio-psychologiques ont joué un rôle essentiel dans la capacité du pays à se défendre contre les attaques, le sabotage, les boycotts et les blocus étasuniens qui ont suivi la libération.

Contrairement à ce que prétendent les économistes occidentaux et les économistes néolibéraux chinois, la dynamique croissance de la Chine n'a pas commencé en 1980. Elle a commencé en 1950 avec la réforme agraire qui a procuré de la terre, des infrastructures, des crédits et de l'assistance technique à des centaines de millions de paysans et ouvriers agricoles misérables. Grâce à ce qui est aujourd'hui appelé "capital humain" et à une gigantesque mobilisation sociale, les communistes ont construit des routes, des aérodromes, des ponts, des canaux et des lignes de chemin de fer de même que les industries de base, comme le charbon, l'acier, le fer, qui ont constitué la colonne vertébrale de l'économie de la Chine moderne. Le vaste système d'éducation et de santé de la Chine communiste a produit une force de travail motivée, instruite et en bonne santé. Son armée hautement professionnelle a empêché les Etats-Unis d'étendre leur empire militaire à travers la péninsule coréenne jusqu'aux frontières de la Chine. De même que les historiens et propagandistes ont fabriqué l'histoire d'une Chine "décadente et stagnante" pour justifier leur brutale conquête, de même leurs homologues contemporains ont réécrit l'histoire des trente premières années de la Révolution Communiste chinoise, en niant son rôle positif dans le développement de tous les éléments d'une économie, d'un état et d'une société modernes. Il est clair que la rapide croissance de la Chine a été la conséquence du développement de son marché intérieur, de la formation rapide de scientifiques, de techniciens et de travailleurs qualifiés et que le filet de sécurité sociale qui protégeait et promouvait la mobilité des ouvriers et des paysans étaient les fruits de la planification et des investissements communistes.

La montée en puissance de la Chine sur l'échiquier mondial, a commencé en 1949 par l'évincement de toute la classe financière spéculatrice parasite des "compradores" qui avaient servi d'intermédiaires aux impérialistes européens, japonais et étasuniens pour drainer les grandes richesses de la Chine.

LA TRANSITION chinoise vers le capitalisme

A partir de 1980, le gouvernement chinois a opéré un changement dramatique dans sa stratégie économique : Au cours des trois décennies suivantes il a ouvert le pays à des investissements étrangers d'envergure ; il a privatisé des milliers d'industries et il a mis en place une politique délibérée de concentration des revenus dans le but de récréer une classe économique dominante de milliardaires liés aux capitalistes étrangers. Le projet de la classe politique chinoise dirigeante était "d'emprunter" les connaissances techniques nécessaires pour entrer sur les marchés étrangers par l'intermédiaire des entreprises étrangères à qui ils fourniraient une abondante main d'oeuvre bon marché. L'état chinois a redirigé des subventions publiques massives pour générer une haute croissance capitaliste en démantelant son système national gratuit de soins et d'éducation. Il a cessé de subventionner la construction des habitations de centaines de millions de paysans et d'ouvriers d'usines pour fournir des fonds à des spéculateurs immobiliers pour construire des appartements de luxe privés et des gratte-ciel de bureaux. La nouvelle stratégie capitaliste chinoise, de même que sa croissance à deux chiffres, s'est enracinée dans les profonds changements structurels et les investissements publics massifs rendus possibles par l'ancien gouvernement communiste.

"L'envolée" du secteur privé chinois a eu comme fondement les immenses dépenses publiques consenties depuis 1949.

La nouvelle classe capitaliste triomphante et ses collaborateurs occidentaux se sont vantés d'être les artisans du "miracle économique" de la Chine et de son ascension à la seconde place dans l'économie mondiale. Cette nouvelle élite chinoise est moins pressée de mentionner la place de la Chine en ce qui concerne les brutales inégalités de classes car on ne trouve pire qu'aux Etats-Unis.

LA CHINE : De la soumission aux impérialistes à la compétitivité internationale

La croissance soutenue du secteur industriel de la Chine a été le résultat d'investissements publics très ciblés, de profits élevés, d'innovations techniques et d'un marché intérieur protégé. Le capital étranger a fait bien sûr des profits mais toujours dans le cadre des priorités et des règles de l'état chinois. La "stratégie d'exportation" dynamique du régime a produit d'énormes surplus commerciaux qui ont fait de la Chine un des plus grands créanciers de la planète et surtout des Etats-Unis. Pour maintenir sa dynamique industrielle, la Chine a du importer de grands quantités de matières premières ce qui l'a conduit à faire des investissements importants à l'étranger et à conclure des accords commerciaux avec des pays exportateurs de minerais et de produits agricoles comme l'Afrique et l'Amérique Latine. Dès 2010, la Chine, supplantant les Etats-Unis et l'Europe, est devenue le principal partenaire de beaucoup de pays d'Asie, d'Afrique, et d'Amérique Latine.

La Chine moderne, comme celle de 1100 à 1800, est devenue une puissance économique mondiale grâce à sa prodigieuse capacité de production. Le commerce et les investissements se faisaient dans le cadre d'une stricte politique de non-ingérence dans les affaires intérieures de leurs partenaires commerciaux. A la différence des Etats-Unis, la Chine n'a pas mené des guerres sans merci pour le pétrole ; au contraire elle a signé des contrats lucratifs. Et la Chine ne fait pas la guerre dans l'intérêt des Chinois de l'étranger comme les Etats-Unis ont fait pour Israël au Moyen-Orient.

Le rapport entre la puissance économique chinoise et sa puissance militaire est à l'opposé de celui des Etats-Unis, un gros empire militaire parasite dont l'influence économique internationale continue de diminuer.

Les dépenses militaires des Etats-Unis sont 12 fois supérieures à celles de la Chine. L'armée étasunienne tient le rôle principal dans les efforts de Washington pour empêcher la Chine de devenir une puissance mondiale.

L'ASCENSION de la Chine : L'histoire va-t-elle se répéter ?

La croissance de la Chine a été d'environ 9% par an et la qualité et la valeur de ses produits augmentent rapidement. Au contraire, les Etats-Unis et l'Europe ont stagné autour de 1% de croissance de 2007 à 2012. Les créatifs savants et techniciens chinois ont assimilé les dernières inventions occidentales (et japonaises) et les ont améliorées, diminuant ainsi leur coût de production. La Chine a remplacé les "institutions financières internationales" contrôlées par les Etats-Unis et l'Europe (le FMI, la banque mondiale et la banque interaméricaine de développement) comme principal prêteur de l'Amérique Latine. La Chine continue d'être le premier investisseur dans les ressources minières et l'énergie africaines. La Chine a pris la place des Etats-Unis comme premier partenaire commercial d'Arabie Saoudite, du Soudan, premier acheteur de pétrole iranien et est en passe de devenir aussi le premier acheteur de produits pétroliers vénézuéliens. Aujourd'hui la Chine est le premier fabriquant et exportateur mondial, dominant même le marché étasunien tout en jouant le rôle de bouée de sauvetage financière grâce à ses 1300 milliards de dollars de bonds du trésor étasuniens.

Sous la pression des travailleurs, des fermiers et des paysans, les dirigeants chinois ont développé le marché intérieur en augmentant les salaires et les dépenses sociales pour rééquilibrer l'économie et éviter le spectre de l'instabilité sociale. Au contraire, aux Etats-Unis, les salaires et les services publics vitaux ont décliné de façon alarmante en termes absolus et relatifs.

Tout cela laisse présager que la Chine va prendre la place des Etats-Unis comme première puissance économique mondiale dans les dix années qui viennent, si l'empire étasunien ne l'attaque pas et si les profondes inégalités de classe chinoises ne provoquent pas un soulèvement général.

De sérieuses menacent pèsent sur l'ascension de la Chine dans le monde. Contrairement à ce qui s'est produit dans le passé, la puissance économique de la Chine moderne n'est pas accompagnée de visées impérialistes. La Chine est sérieusement en retard par rapport aux Etats-Unis et à l'Europe pour ce qui concerne la capacité de mener des guerres de conquête.

Cela a sans doute permis à la Chine d'utiliser plus de financement pour générer de la puissance économique mais la Chine est aujourd'hui sans défense devant la supériorité militaire étasunienne, son énorme arsenal, ses bases avancées et ses positions géo-militaires stratégiques au large des côtes chinoises et dans les territoires adjacents.

Au 19ième siècle, l'impérialisme britannique a détruit la position de la Chine sur la scène internationale grâce à sa supériorité militaire en saisissant les ports chinois - à cause de la confiance de la Chine dans sa "supériorité commerciale".

La conquête de l'Inde, de la Birmanie et de la plus grande partie de l'Asie a permis à l'Angleterre d'établir des bases coloniales et de recruter des armées locales de mercenaires.

Les Anglais et leurs alliés mercenaires ont encerclé et isolé la Chine, ce qui a déstabilisé le marché chinois et permis d'imposer de brutaux accords commerciaux. L'armée de l'empire britannique dictait à la Chine ce qu'elle devait importer (et l'opium représentait 50% des exportations anglaises dans les années 1850) tout en neutralisant sa plus grande compétitivité par des tarifs préférentiels.

Aujourd'hui les Etats-Unis poursuivent la même politique : la flotte étasunienne patrouille et contrôle les voies commerciales maritimes de la Chine et ses ressources en pétrole off-shore à partir de ses bases. La Maison Blanche de Obama et Clinton est en train de préparer une réponse militaire rapide, à partir de ses bases en Australie, Philippines, et ailleurs en Asie. Les Etats-Unis intensifient leurs efforts pour gêner l'accès chinois aux ressources étrangères stratégiques tout en soutenant les séparatistes "issus de peuple" et les "insurgés" en Chine occidentale, Tibet, Soudan, Birmanie, Iran, Libye, Syrie et ailleurs. Les accords militaires étasuniens avec l'Inde et la mise en place d'un régime fantoche interchangeable au Pakistan ont fait progresser ses efforts pour isoler la Chine. La Chine est fidèle à sa politique de "développement harmonieux" et de "'non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays" et elle est restée neutre quand l'armée impérialiste des Etats-Unis et de l'Europe a attaqué un des partenaires commerciaux chinois dans le but principal de contrecarrer l'expansion commerciale pacifique de la Chine.

La Chine n'a pas de stratégie politique et idéologique pour protéger ses intérêts économiques à l'étranger et cela a encouragé les Etats-Unis et l'OTAN à mettre en place des régimes hostiles à Pékin. L'exemple le plus frappant est celui de la Libye où les Etats-Unis et l'OTAN sont intervenus pour renverser un gouvernement indépendant dirigé par le président Kadhafi avec qui la Chine avait signé des accords commerciaux s'élevant à plusieurs milliards de dollars. Le bombardement des villes, ports et installations pétrolières de la Libye par l'OTAN a forcé la Chine à rapatrier 35 000 ingénieurs du pétrole et ouvriers de la construction Chinois en quelques jours. La même chose est arrivée au Soudan où la Chine avait investi des milliards pour développer l'industrie du pétrole. Les Etats-Unis, Israël et l'Europe ont armé les rebelles soudanais pour désorganiser la production de pétrole et attaquer les Chinois qui travaillaient dans le pétrole. Dans les deux cas la Chine a laissé les impérialistes étasuniens et européens attaquer ses partenaires commerciaux et endommager ses investissements sans réagir.

Sous Mao Zedong, la Chine contrecarrait activement l'agression impériale. Elle soutenait des mouvements révolutionnaires et des gouvernements indépendants du Tiers Monde. Aujourd'hui la Chine ne soutient plus activement des gouvernements ou des mouvements capables de protéger ses accords commerciaux et ses investissements à l'étranger.

L'incapacité de la Chine à s'opposer à la montée de l'agression militaire étasunienne contre ses intérêts économiques est due à de profonds problèmes structuraux. La politique étrangère de la Chine repose sur de gros intérêts commerciaux, financiers et industriels qui comptent sur leur "compétitivité économique" pour gagner des parts de marché et qui ne comprennent rien aux fondements militaires et sécuritaires de la puissance économique mondiale. La classe politique chinoise est profondément influencée par une nouvelle classe de milliardaires qui ont des liens étroits avec les fonds d'équité occidentaux et qui ont absorbé les valeurs occidentales sans les remettre en question. La preuve, ils envoient leurs enfants étudier dans les universités élitistes des Etats-Unis et d'Europe. Ceux-là veulent "s'entendre avec l'Occident" à tous prix. Comme ils ne comprennent pas bien comment on construit un empire militaire, ils ne réagissent pas comme il le faudrait à chaque fois que les Impérialistes entravent leur accès aux ressources et aux marchés. L'approche "les affaires avant tout" de la Chine a peut-être été la bonne tant qu'elle était un pion sur l'échiquier économique mondial et que les impérialistes étasuniens considéraient son "ouverture au capitalisme" comme une occasion de mettre la main sur les entreprises publiques chinoises et de piller son économie.

Mais quand la Chine (à la différence de l'ancienne URSS) a décidé de garder le contrôle des capitaux et de développer une "politique industrielle" planifiée et contrôlée par l'état en redirigeant les capitaux occidentaux et le transfert des technologies vers des entreprises d'état qui ont réussi à pénétrer les marchés intérieurs et étrangers étasuniens, Washington a commencé à protester et à parler des mesures de rétorsion. Les énormes surplus commerciaux de la Chine par rapport aux Etats-Unis ont provoqué une réaction à deux tranchants de la part de Washington. Washington a vendu de grandes quantités de bons du trésor étasuniens aux Chinois et a commencé à développer une stratégie globale pour enrayer l'avancée de la Chine.

Comme les Etats-Unis n'avaient pas la capacité économique d'empêcher le déclin de leur pays , ils ont eu recours à leur seul "avantage comparatif" -leur supériorité militaire basée sur un réseau de bases offensives réparties sur toute la planète, de régimes clients, d'ONG et de mercenaires idéologiques ou armés. Washington s'est tourné vers son vaste appareil de sécurité visible et invisible pour nuire aux partenaires commerciaux de la Chine. Washington compte sur ses relations de longue date avec des leaders corrompus, des opposants, des journalistes et des nababs médiatiques pour qu'une puissante couverture de propagande soit déployée pendant que son offensive militaire contre les intérêts chinois à l'étranger progresse.

La Chine ne possède rien de comparable à l'appareil planétaire de sécurité étasunien parce qu'elle pratique une politique de non-ingérence. Elle n'a opposé à l'offensive en bonne voie de l'Occident impérialiste, que quelques initiatives diplomatiques comme des tracts en anglais pour expliquer sa politique, l'utilisation de son droit de veto au Conseil de Sécurité de l'ONU pour contrecarrer les efforts des Etats-Unis visant à renverser le régime indépendant d'Assad en Syrie et pour s'opposer aux sanctions drastiques contre l'Iran. Elle s'est aussi insurgée vigoureusement quand la secrétaire d'état Hilary Clinton a exprimé des doutes au vitriol sur la "légitimité" de l'état chinois suite à son vote contre la résolution des Etats-Unis et de l'ONU préparant une attaque contre la Syrie.

Les stratèges militaires chinois sont de plus en plus conscients, et inquiets, de l'intensification de la menace militaire contre la Chine. Ils ont demandé et obtenu une hausse de 19% du budget militaire au cours des 5 dernières années (2011-2015). Mais même avec cette augmentation, le budget militaire de la Chine est encore 5 fois inférieur à celui des Etats-Unis et la Chine n'a pas de base à l'étranger tandis que les Etats-Unis en ont 750. Les opérations des services secrets chinois à l'étranger sont quasi-nulles. Ses ambassades sont gérées par et pour des intérêts commerciaux à courte vue qui n'ont rien compris à la brutale politique de changement de régime de l'OTAN contre la Libye et ont négligé d'informer Beijing de ce que cela signifiait pour l'état chinois.

Il y a deux autres faiblesses structurelles qui empêchent la Chine de devenir une puissance mondiale. Elles proviennent de l'intelligentsia hautement "occidentalisée" qui a avalé sans discernement la doctrine économique des Etats-Unis sur la libre circulation des produits en ignorant la militarisation de son économie. Ces intellectuels chinois répètent comme des perroquets la propagande étasunienne sur "les vertus démocratiques" des campagnes électorales présidentielles qui coûtent des milliards de dollars tout en soutenant une déréglementation financière qui aurait permis à Wall Street d'engloutir les banques et les avoirs chinois. De nombreux intellectuels et consultants d'affaire ont été formés aux Etats-Unis et sont influencés par leurs liens avec des universitaires étasuniens et des institutions financières internationales directement liées à Wall Street et à la City de Londres. Ils ont prospéré et sont devenus des consultants grassement payés qui ont des postes prestigieux dans les institutions chinoises. Ils identifient la "libéralisation des marchés financiers" avec "les économies de pointe" qui selon eux permettraient de mieux s'intégrer au marché mondial au lieu de les considérer comme la source principale de la crise financière économique mondiale actuelle. Ces "intellectuels occidentalisés" ressemblent aux "Compradores" du 19ième siècle qui sous-estimaient, pour ne pas dire niaient, les conséquences à long terme de la pénétration impériale occidentale. Ils ne comprennent pas que la déréglementation financière aux Etats-Unis a causé la crise actuelle ni qu'elle aboutirait à la main mise de l'Occident sur le système financier chinois -qui aurait pour conséquence de rediriger l'épargne intérieure chinoise vers des activités non productives (la spéculation immobilière), de causer une crise financière et finalement d'empêcher la Chine d'atteindre une position dominante.

Ces cadres branchés* chinois imitent le style consumériste occidental dans ses pires aspects et leurs opinions politiques découlent de ce style de vie et de leur identification aux Occidentaux qui les rendent incapables de la moindre solidarité avec leur propre classe ouvrière.

Il y a un fondement économique aux sentiments pro-occidentaux des néo-compradores chinois. Ils ont transféré des milliards de dollars sur des comptes en banque étrangers, acheté des maisons et appartements luxueux à Londres, Toronto, Los Angeles, Manhattan, Paris, Honk Kong, et Singapour. Ils ont un pied en Chine (la source de leur richesse) et l'autre en Occident (où ils consomment et cachent leur fortune).

Les compradores occidentalisés sont profondément intégrés dans le système économique chinois et ont des liens familiaux avec les dirigeants politiques, les membres de l'appareil du parti et de l'état. Moins étroits sont leurs liens avec l'armée et avec les mouvements sociaux grandissants, même si certains étudiants "dissidents" et intellectuels militants du "mouvement démocratique" sont soutenus par les ONG impérialistes occidentales. En gagnant de l'influence les compradores affaiblissent les puissantes institutions économiques de l'état qui sont à l'origine de la percée de la Chine comme puissance économique internationale, exactement comme au 19ième siècle quand ils servaient d'intermédiaire à l'empire britannique. Au 19ième siècle, sous couvert de "libéralisme", les Anglais ont rendus plus de 50 millions de Chinois dépendants de l'opium en moins d'une décennie. Aujourd'hui, sous couvert de "démocratie et de droits humains" les navires étasuniens patrouillent au large des côtes chinoises. Les élites qui ont piloté l'ascension de la Chine ont créé des inégalités monumentales entre les milliers de nouveaux milliardaires et multi-millionaires au sommet et les centaines de millions de travailleurs, de paysans et de travailleurs émigrés appauvris tout en bas.

La rapide accumulation de richesse des Chinois s'est faite à travers l'intense exploitation des travailleurs qui furent dépouillés du filet de sécurité sociale et de la réglementation du travail que le communisme leur garantissait. Des millions de familles chinoises sont aujourd'hui dépossédées au profit des promoteurs/spéculateurs immobiliers qui construisent des tours de bureaux et d'appartements luxueux pour l'élite locale et étrangère. Ces caractéristiques brutales du capitalisme chinois ont fait naître une revendication massive et grandissante qui concerne à la fois le travail et le logement. Le slogan des promoteurs/spéculateurs :

"S'enrichir est merveilleux" ne trompe plus personne. En 2011 il y a eu plus de 200 000 mouvements populaires dans les usines des villes de la côte et dans les villages ruraux. La prochaine étape sera sans nulle doute, l'unification de ces luttes en nouveaux mouvements sociaux nationaux qui au nom de la lutte des classes exigeront qu'on leur rende les services de santé et d'éducation qu'ils avaient sous le régime communiste ainsi qu'une plus grande partie de la richesse de la Chine. La lutte pour des augmentations de salaire peut se transformer en lutte pour plus de démocratie sur le lieu de travail. Pour répondre à ces demandes populaires, les nouveaux compradores libéraux occidentalisés de la Chine ne pourront pas proposer leur "modèle" américain en exemple car les travailleurs étasuniens sont en train d'être dépouillés de tout ce que les Chinois demandent maintenant qu'on leur rende.

La Chine déchirée par l'intensification des conflits de classe et des luttes politiques ne peut pas maintenir sa progression vers le leadership économique mondial. L'élite chinoise n'est pas en mesure d'affronter la menace militaire impérialiste étasunienne tout le temps que ses alliés, les compradores, font partie de l'élite libérale intérieure et d'autre part la société est profondément divisée avec une classe laborieuse de plus en plus hostile. Il faut mettre fin à l'exploitation sauvage des travailleurs chinois pour pouvoir affronter l'encerclement militaire étasunien de la Chine et la déstabilisation économique de ses marchés étrangers. La Chine possède d'énormes ressources. Avec des réserves se montant à 1 500 milliards de dollars, la Chine peut financer un service national de santé et d'éducation publique pour tout le pays.

La Chine a les moyens de mettre en place un "programme de logements publics" pour les 250 millions de travailleurs émigrants qui vivent dans une misère noire. La Chine peut imposer un système d'impôts progressifs à ses milliardaires et millionnaires et financer des coopératives pour les petits fermiers et des industries rurales pour rééquilibrer l'économie. Le programme de développement de l'énergie alternative comme les panneaux solaires et les éoliennes est un premier pas vers la solution du grave problème de la pollution. La dégradation de l'environnement et les problèmes de santé qu'elle entraîne inquiètent des dizaines de millions de personnes. Finalement la meilleure défense de la Chine contre les conquêtes impérialistes, est encore un régime stable basé sur la justice sociale pour ses centaines de millions d'habitants et une politique étrangère de soutien des mouvements et régimes étrangers opposés aux puissances impérialistes et dont l'indépendance est vitale pour la Chine. Ce qu'il faut, c'est une politique active basée sur des entreprises militaires conjointes et mutuellement profitables et de la solidarité diplomatique. Il y a déjà un petit groupe d'intellectuels chinois qui a soulevé la question de la menace militaire étasunienne grandissante et qui "dit non à la diplomatie à la pointe du canon".

La Chine moderne a beaucoup de ressources et d'avantages dont ne disposait pas la Chine du 19ième siècle quand l'empire britannique l'a soumise. Si les Etats-Unis continuent leur politique agressive d'escalade militaire contre la Chine, Beijing peut déclencher une sérieuse crise fiscale en mettant sur le marché une partie des centaines de milliards de bonds du trésor étasunien qu'elle détient. La Chine, une puissance nucléaire, devrait s'allier avec un voisin qui a lui aussi l'arme atomique et qui lui aussi est menacé, la Russie, pour affronter et faire taire la belliqueuse et vociférante secrétaire d'état américaine, Hilary Clinton. Le président de la Russie, Poutine, va augmenter ses dépenses militaires de 3 à 6% du PIB pendant la prochaine décennie pour contrecarrer l'offensive des bases de missiles de Washington aux frontières russes et enrayer les tentatives du régime d'Obama de renverser des gouvernements alliés comme celui de la Syrie.

La Chine a de puissants réseaux commerciaux, financiers et d'investissement dans le monde ainsi que des partenaires économiques puissants. Ces liens sont devenus essentiels pour la croissance de beaucoup de pays du monde développé. En s'attaquant à la Chine, les Etats-Unis devront faire face à l'opposition de nombreux membres de la puissante élite internationale qui tire profit du marché. Peu de pays et peu de leurs élites veulent prendre le risque de lier leur destin à un empire économiquement instable qui se maintient grâce à de destructrices occupations militaires coloniales.

En d'autres termes, la Chine moderne, en tant que puissance internationale, est incomparablement plus forte qu'au début du 18ième siècle. Les Etats-Unis n'ont pas la puissance coloniale que l'empire britannique possédait après les Guerre de l'Opium. De plus, de nombreux intellectuels chinois et la vaste majorité des citoyens chinois n'ont aucunement l'intention de laisser les "compradores occidentalisés" d'aujourd'hui vendre leur pays. Rien n'accélèrerait davantage le clivage politique de la société chinoise ni ne hâterait plus l'avènement d'une seconde révolution sociale chinoise que des dirigeants timorés qui se soumettraient à une nouvelle ère de pillage impérialiste occidental.


James Petras

James Petras est un professeur de sociologie de Binghamton University, New York, à la retraite. Il lutte depuis 50 ans pour l'égalité et conseille les sans-terre et sans-travail du Brésil et d'Argentine. Il a co-écrit Globalization Unmasked (Zed Books). Son dernier livre est : The Arab Revolt and the Imperialist Counterattack.

Pour consulter l'original et les notes : http://dissidentvoice.org/2012/03/chinas-rise-fall-and-re...

Traduction : Dominique Muselet pour LGS

Note : *Dans le texte : yuppy : Young urban professional


Source: LE GRAND SOIR

samedi, 11 février 2012

LA SYRIE ET LES GERMES D'UNE GUERRE MONDIALE


SYRIE - MENACES DE GUERRE.jpg

Le veto sino-russe à la résolution de l'ONU ouvrant la voie à une intervention en Syrie a provoqué une réaction furieuse des États-Unis et de leurs alliés impérialistes.

Susan Rice, ambassadrice américaine auprès des Nations Unies et représentante influente des va-t-en-guerre des « droits de l'homme » qui exigent l'acceptation universelle des manigances de l'impérialisme américain, a qualifié la décision des émissaires du veto de « honteuse et écoeurante » et dit d'un ton menaçant que c'était « une décision qu'ils [la Russie et la Chine] viendront à regretter ».

La secrétaire d'État, Hillary Clinton, a qualifié le vote de « farce » qui a « castré » l'ONU.

La France, ne voulant pas être en reste dans la poursuite d'objectifs impérialistes dans un pays sur lequel elle a exercé une tutelle coloniale pendant un quart de siècle, a réagi avec la même attitude belligérante. Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a déclaré que le double veto était une « sorte de tache morale » sur les Nations unies et le ministre de la Défense, Gérard Longuet, a décrit la Russie et la Chine comme des pays qui « méritent des coups de pied au cul. »

On n'avait entendu aucune inquiétude de ce genre sur une « neutralisation » de l'ONU ou des « taches morales » lorsque la délégation américaine avait à maintes reprises émis des vetos aux résolutions dénonçant l'agression par son principal allié dans la région, Israël, au moment où celui-ci menait des guerres contre des populations sans défense au Liban, à Gaza et en Cisjordanie, coûtant la vie à des milliers de civils.

La moralité et les droits de l'homme n'ont rien à voir avec cela. L'indignation émanant de Washington et des capitales de l'Europe de l'Ouest porte sur le fait que Moscou et Beijing refusent de s'aligner derrière la stratégie de l'impérialisme américain visant à réorganiser le monde selon ses propres intérêts et ceux de l'élite financière.

Les soi-disant « principes » sous-jacents à l'initiative américaine - à savoir que les principales puissances impérialistes ont le droit d'intervenir et de renverser les gouvernements des anciens pays coloniaux qu'ils jugent coupables de violer les droits de l'homme - sont en contradiction totale avec le droit international. Comme pour tout le reste, l'aristocratie financière américaine établit les règles du jeu au fur et à mesure qu'elle avance.

Le raisonnement des gouvernements russe et chinois est assez clair. Ils voient les États-Unis se présenter une fois de plus en champions de la démocratie et des droits de l'homme alors qu'ils mènent une campagne d'agression incessante visant à transformer l'Iran et la Syrie, tous deux des partenaires commerciaux et stratégiques clé de Moscou et de Beijing, en États coloniaux fantoches de l'impérialisme américain.

L'enjeu pour la Russie est la perte de l'unique allié qui lui reste dans le monde arabe, ainsi que des contrats d'armement s'élevant à plusieurs milliards de dollars, l'accès de sa marine à son unique port sur la Méditerranée et des dizaines d'autres milliards de dollars en investissement. La Chine a des intérêts similaires, bien que moindres, en Syrie. Les deux pays reconnaissent toutefois que la Syrie a été ciblée pour un changement de régime dans le cadre d'une campagne plus large visant à renverser le gouvernement d'Iran, fournisseur clé d'énergie de la Chine, et à placer sous hégémonie américaine la totalité de la région riche en pétrole et stratégiquement cruciale qui s'étend du golfe Persique à la mer Caspienne.

Le modus operandi de la poursuite de ces objectifs impérialistes n'est désormais que par trop familier. Un régime ciblé est dénoncé à l'aide d'allégations hypocrites de violation des droits de l'homme, puis les États-Unis et leurs alliés promeuvent la guerre civile dans le pays pour ensuite utiliser l'inévitable répression comme prétexte à une intervention.

Ce fut la recette utilisée avec succès en Libye, soi-disant pour protéger la population civile, après l'abstention de la Russie et de la Chine qui n'avaient pas exercé leur droit de veto à une résolution autorisant la mise en place d'une « zone d'exclusion aérienne ». Cette résolution avait ensuite servi de caution pseudo-juridique à une guerre d'agression coloniale des États-Unis et de l'OTAN, impliquant le bombardement incessant de la Libye. Des forces spéciales et des agents secrets avaient mené les prétendus rebelles au renversement et finalement à l'assassinat de Mouammar Kadhafi.

Les sentiments de défense des « droits de l'homme » exprimés par Obama, Clinton, Rice et les autres ont la même sincérité que la réaction d'indignation d'Adolf Hitler face aux prétendus crimes commis par la Tchécoslovaquie à l'égard des Allemands des Sudètes.

Et pourtant, ces sentiments assument une fonction politique cruciale. La croisade en faveur des droits de l'homme est le moyen par lequel toute une couche sociale de membres jadis de gauche et libéraux des sections les plus aisées de la classe moyenne, une base clé du Parti démocrate, a abandonné l'attitude anti-guerre qu'elle avait adoptée sous le gouvernement Bush et s'est largement intégrée dans la course à la guerre impérialiste sous Obama.

L'animatrice du magazine d'information de la chaîne MSNBC, Rachel Maddow, est caractéristique de cette couche. On l'a vue mardi matin dans l'émission de télévision « Today » diffusée sur NBC où elle a déclaré que « le monde entier » s'est rangé contre l'Iran et que « tout le monde s'attend à ce qu'Israël prenne l'initiative » de l'attaque contre le programme nucléaire du pays.

Le « monde entier » est, pour Maddow et ses pairs, représenté par les gouvernements capitalistes des États-Unis et de l'Europe occidentale et exclut sans doute la Russie, la Chine et l'Inde, qui englobent près de la moitié de la population de la planète, sans mentionner les centaines de millions de travailleurs de par le monde qui sont opposés à une nouvelle guerre encore plus meurtrière au Moyen-Orient.

De plus en plus, tant le langage que la pratique de la politique internationale, employés par les États-Unis et leurs alliés, reprennent les méthodes qui ont caractérisé les périodes précédant 1914 et 1939. Dans la situation d'une crise capitaliste mondiale qui dure, l'humanité une fois de plus est confrontée à la menace d'une guerre mondiale.

 

Bill Van Auken


Articles de Bill Van Auken publiés par Mondialisation.ca


Article original, WSWS, paru le 8 février 2012.


Source: MONDIALISATION.CA

vendredi, 10 février 2012

INTERVIEW AVEC AHMED MANAÏ, OBSERVATEUR DE LA LIGUE ARABE EN SYRIE


AHMED MANAI.jpg

Etant l'un des 166 observateurs envoyés par la Ligue arabe en Syrie, on a interviewé Ahmed Manaï, ancien expert international auprès de l'ONU, militant en faveur d'une démocratisation de la Tunisie et auteur de «Supplice Tunisien - Le jardin secret du général Ben Ali».


Nawaat: Quelle était votre réaction, en tant que membre tunisien des observateurs envoyés par la Ligue arabe, face au véto sino-russe au projet de résolution du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Syrie ?

A.M: Une immense satisfaction pour le peuple syrien et la Syrie, leur présent et leur avenir. Le véto sino-russe a sauvé un pays, berceau de la civilisation humaine et arabe, de la destruction totale à laquelle le destinaient d'autres arabes et que les puissances de la guerre s'apprêtaient à lui faire subir. Avec ce véto la Syrie ne connaîtra pas, je l'espère, le sort de l'Irak si proche avec son million de morts, ses 3 millions d'orphelins, ses deux millions de veuves, ses quatre millions de réfugiés et sa société déstructurée. Il ne connaîtra pas non plus le sort incertain de la Libye déstructurée et désarticulée.

Nawaat: Vous avez écrit sur votre page facebook que la décision du "renvoi de l'ambassadeur syrien" de la Tunisie émane non pas du Président Marzouki mais de Rached Ghannouchi, chef du parti islamiste Ennahdha et du Qatar, d'où est-ce que vous détenez cette information ?

A.M: Je rappelle d'abord qu'il n'y a pas d'ambassadeur de Syrie à Tunis depuis plus d'un an, mais juste un vice chargé d'affaires. On n'a pas besoin de puiser ce genre d'information à une autre source que celle de M.Ghannouchi lui-même. Il suffit de revenir à ses déclarations et rappeler, par exemple, celle qu'il a faite en novembre 2011, je crois, dans laquelle il a « décidé « que la Tunisie allait renvoyer l'ambassadeur syrien.. Il avait déclaré plus tard, « qu'il allait remettre les ambassades du Yémen et de la Syrie aux opposants des deux pays » ignorant sans doute la convention de Genève qui régit les relations diplomatiques et consulaires.

Il n'était alors que le chef d'un parti politique ayant gagné les élections.

Heureusement que le gouvernement de l'époque avait tempéré son zèle. Maintenant il est tout et décide de tout, toujours sans autre qualité que celle de président d'un parti chef de file de la majorité à l'assemblée nationale constituante. Pourquoi le Qatar ? Parce que ce pays, sous-traitant des basses besognes, qui pilote « l'initiative arabe » avait enjoint à tous les pays sous sa tutelle, d'accompagner la réunion du Conseil de sécurité du 04/ 02, par une action concertée de rupture avec la Syrie. Ils ont tout prévu sauf le double véto. Il a donné aussi des consignes à certains médias pour chauffer un peu plus l'ambiance. Le CNT syrien pour sa part a recommandé aux siens de procéder à l'occupation des ambassades syriennes partout dans le monde et à ses militants et ses groupes armés de se distinguer par des actions d'envergure. Cependant je ne vous cache que j'ai des amis à la ligue qui m'ont confirmé certaines choses, entre autres l'alignement inconditionnel de la délégation tunisienne à la ligue arabe sur le Qatar.

D'autre part, tout cela est en droite ligne de la stratégie concertée entre les « frères » et leurs alliés arabes, turcs et occidentaux.

Nawaat: Que pensez-vous, de la décision même de "renvoi d'un ambassadeur" ?

A.M: Je rappelle que la Tunisie a envoyé une délégation officielle qui a participé à la rédaction du rapport de la mission arabe en Syrie. Si les décideurs tunisiens avaient consulté les membres de cette délégation sur la situation en Syrie, ils leur auraient conseillé sûrement autre chose. Je ne sais pas d'ailleurs si ces décideurs avaient connaissance de cette mission qui comprend des ambassadeurs, de hauts fonctionnaires et des officiers supérieurs. Alors qu'est ce que j'en pense ? C'est une décision irréfléchie, prise par des amateurs de la diplomatie et des relations internationales, inconscients du tort qu'ils font aux intérêts et à l'image d'un pays qui s'est longtemps distingué par sa diplomatie sage et équilibrée, ou alors, une décision dictée par plus forts qu'eux !

Curieusement aucune des puissances qui s'apprêtaient il y a quelques semaines à lancer leur aviation sur la Syrie, n'a eu recours à la rupture des leurs relations avec la Syrie.

Nawaat : Quels sont les différents agents (On a parlé de l'Iran, de Hezb Allah, Irakiens ...) impliqués aux événements qui se déroulent en Syrie depuis mars 2011 ? Pouvez-vous nous éclaircir plus les acteurs svp ?

A.M: L'Iran et le Hezbollah sont des alliés stratégiques des syriens. Les irakiens par contre, étaient en mauvais termes avec eux, quoique actuellement on assiste à leur rapprochement. Seraient-ils impliqués dans les évènements en Syrie ? Je ne crois pas que les syriens auraient besoin de l'aide de quiconque pour gérer la situation intérieure de leur pays. De nombreux médias ont parlé de combattants du Hezbollah et des Pasdaran iraniens qui seraient engagés dans la répression des manifestants. C'est tout simplement de la propagande. Mais il est certain qu'ils coopèrent à plein au niveau du renseignement, par exemple. Il y a d'autres pays impliqués à fond dans la crise syrienne : ce sont les pays du golfe avec à leur tête le Qatar, puis la Turquie et l'ensemble des pays de l'OTAN. Certains d'entre eux accueillent les groupes armés sur leur sol, d'autres les financent, d'autres encore les entraînent et certains autres leur assurent la couverture médiatique.

Il y a d'autres acteurs de taille, tels que les Russes et les Chinois, mais comme on l'a vu lors du dernier vote du Conseil de Sécurité, leur rôle est surtout de soutien.

Mais il y a aussi, en plus de ces Etats, des mouvances politiques très influentes, telle que les frères musulmans et les Salafistes.

Nawaat: Que pensez-vous de la couverture médiatique en Syrie? Qu'en est-il de la censure?

A.M: Il y a une couverture médiatique étrangère sur la Syrie et une autre en Syrie.

L'une des questions inscrite dans le protocole et à laquelle devrait répondre la mission des observateurs concerne les médias et leurs conditions de travail. Le rapport final y a répondu ainsi :

« Vérification des agréments accordés par le gouvernement syrien aux médias arabes et internationaux, et enquête sur les possibilités offertes à ces médias de se déplacer librement dans toutes les régions de la Syrie..

41 - Le gouvernement syrien, par la voix de son ministre de l'information, a confirmé avoir accordé l'agrément à 147 divers médias arabes et étrangers depuis le début de décembre 2011 et jusqu'au 15/01/2012. 112 divers médias étrangers nouveaux ont visité le territoire syrien en plus des 90 médias déjà présents sur le territoire syrien qui disposent de correspondants permanents.

42 - La Mission a suivi cette question et a observé la présence de 36 médias arabes et étrangers et un certain nombre de journalistes dans un certain nombre de villes syriennes. Elle a reçu quelques plaintes qui indiquent que le gouvernement syrien a accordé des autorisations pour certains médias d'opérer en Syrie pour une durée n'excédant pas 4 jours considérés comme durée insuffisante de leur point de vue, en plus de ne pas permettre leur déplacement à l'intérieur du pays à moins d'indiquer au préalable leur destination et de demander une autre certification pour se rendre à certaines zones sensibles. Le gouvernement syrien se dit prêt à accorder aux médias des mandats de 10 jours renouvelables.

43 - Des rapports et des déclarations de certains secteurs de la Mission montrent l'existence de restrictions gouvernementales sur le déplacement des médias dans les secteurs de l'opposition, incitant ces journalistes à se déplacer, dans de nombreux cas, derrière le déplacement de la mission, pour exercer leurs fonctions.

44 - La ville de Homs a été le témoin de l'assassinat d'un journaliste français travaillant pour France 2, et de la blessure d'un journaliste de nationalité belge. Sur ces deux cas, le gouvernement et l'opposition ont échangé les accusations sur la responsabilité de chacun dans ces incidents et ils ont publié, chacun, des déclarations condamnant la partie adverse. Le gouvernement syrien a constitué une commission gouvernementale d'enquête sur l'incident pour déterminer ses causes. Il faudrait noter que les rapports de la Mission de la Ligue arabe à Homs indiquent que le journaliste français a été tué à la suite des tirs de mortier par l'opposition.

Quant au rôle des médias internationaux, il suffit pour y répondre, qu'il y a une soixantaine de chaînes télévisées, dans tous les pays, qui débitent en permanence et dans toutes les langues, un flot de mensonges et de propagande éhontée sur la situation en Syrie.

Nawaat: Revenons au "véto": Il y a de cela un an, La Russie et la Chine, avec l'Allemagne, le Brésil, et Inde se sont abstenus vis-à-vis de la résolution 1973 autorisant le recours à la force contre le régime de Kadhafi en Libye. Comment expliquez-vous l'usage de ce véto cette fois-ci pour le cas de la Syrie ?

A.M: La résolution 1973 sur la Libye, votée en principe pour assurer la protection des populations civiles a été détournée par les pays de l'OTAN. Le résultat de la guerre de l'OTAN contre la Libye, encore très peu connu du grand public, a été catastrophique. La Russie et la Chine, n'avaient pas fait usage de leur droit de Véto, estimant sans doute que la résolution serait exécutée à la lettre. Il y aussi que la Libye, même avec sa production pétrolière de près de 4% de la production mondiale, n'a pas le même poids stratégique que la Syrie dont la production pétrolière est presque négligeable. Le double Veto sino-russe, a empêché que le verrou syrien ne se brise, et que ces deux pays ne deviennent les prochaines cibles de l'occident. Il est donc avant tout l'affirmation de la fin d'un monde dominée par les USA et du retour à un monde binaire. Il y a une autre raison qu'a expliqué le chef de la diplomatie russe, c'est qu'il y avait une clause secrète dans cette résolution qui autorise le recours à l'intervention armée.

Nawaat: Les Russes et la Chine ont intérêt à maintenir Bashar Al Assad à la tête du régime syrien, notamment pour des raisons purement économiques qui serait entravées en cas d'embargo sur les armes: Selon le think tank russe Cast, la Syrie a acheté 700 millions de dollars d'armes à la Russie en 2010, soit 7% des ventes russes du secteur... Pourquoi la communauté internationale ainsi que les médias internationaux semblent offusqués par le véto sino-russe déjà annoncé par l'ambassadeur de Russie à l'Onu, Vitali Tchourkine le 4 octobre 2011 puis ce jeudi 2 février 2012 ?

A.M: Les Etats n'ont pas de sentiments mais des intérêts. Certes les Russes et les Chinois ont de nombreux intérêts économiques, commerciaux et stratégiques avec la Syrie. Les ventes d'armes n'en constituent qu'une partie infime.

Nawaat: Le massacre à Homs, tuant plus de 200 vies, le plus meurtrier depuis le début des événements vous semble-il suspect ? Ce massacre est signé et ses auteurs se moquent de notre intelligence. Est-il possible de croire un instant, qu'un gouvernement, quel qu'il soit, puisse commettre un tel massacre le jour même où son affaire est portée devant Conseil de sécurité ?

A.M: En fait, il s'agit d'un coup monté dans le cadre d'une stratégie globale et concertée où sont intervenus les « militants syriens » à l'étranger pour occuper les ambassades et les consulats syriens», l'appel au renvoi des ambassadeurs syriens dans les pays arabes et bien sûr ce massacre de Homs.

Alors ce massacre : tous ceux qui ont suivi les télévisions ce jour là ont vu des photos de très nombreuses victimes. La plupart de ces victimes avaient les mains liées derrière le dos et certaines avaient le visage au sol. Les metteurs en scène nous ont expliqué que c'étaient les victimes des bombardements des bâtiments et des habitations par les blindés et même par l'aviation syrienne. Curieusement ces victimes ne portaient pas de blessures ni même aucune trace de l'effondrement de leurs maisons et habitations. Chacun peut en tirer les conclusions qu'il veut. En tout cas tout au long de la journée du 4 février, de citoyens syriens ont témoigné qu'ils avaient reconnu parmi ces victimes, des proches et des voisins enlevés depuis une semaine et même des mois.

Chacun peut en tirer les conclusions qu'il veut.

Nawaat: En réaction à ce véto et suite au massacre à Homs qui a eu beaucoup d'échos sur la scène internationale, Susan Rice, l'ambassadrice des Etats-Unis à l'ONU, a déclaré que les dirigeants russes et chinois auront sur les mains toute effusion de sang supplémentaire. Que pensez-vous de cette recrudescence de tension et les jeux d'intérêts entre la Chine et la Russie d'un côté face aux USA, à la France et au Royaume Uni de l'autre côté, tous membres permanents du conseil de sécurité ?

A.M: La meilleure réponse faite à Susan Rice, est venue de l'ambassadeur syrien aux Nations unies, qui lui a rappelé les 60 Vétos des USA pour faire avorter les résolutions condamnant Israël. Mais il y a dans la déclaration de Rice une menace à peine voilée, parce que le sang risque de couler en Syrie. La coalition anti-Syrienne va continuer dans son entreprise de déstabilisation de la Syrie et envisage de recourir prochainement à l'assemblée des Nations Unies pour s'offrir un droit d'intervenir militairement.

Globalement nous vivons un retour de la guerre froide avec cette fois-ci une Russie et une Chine plus puissantes, assurées du soutien d'un certain nombre de pays émergents, avec en face un occident en crise et même en déclin.

Nawaat: Le 8 janvier dernier, des navires de guerre russes ont accosté à la base navale russe située au port de Tartous en Syrie, chose déjà prévue depuis août 2010... Avec ce véto, serions-nous dans une phase catastrophe de préparation à une guerre dont les alliés semblent de plus en plus définis ?

A.M: Après la guerre d'occupation de l'Irak, puis le retrait honteux des troupes américaines, il est difficile de croire que les américains puissent s'engager de nouveau dans une guerre impliquant une présence de leurs troupes au sol. C'est ainsi qu'ils ont choisi, dans le cas libyen, de faire intervenir l'aviation de l'OTAN et de leur apporter un soutien au final. Ce scénario n'est pas valable dans le cas Syrien parce que la Syrie est une puissance relativement importante et qu'elle a des alliés très puissants. C'est pourquoi, la coalition anti syrienne a choisi de faire imploser le pays de l'intérieur en créant, finançant, entraînant et armant des foyers de rébellion.

Sommes-nous à la veille d'une guerre ? S'il y a une guerre, elle ne sera pas confinée aux frontières du Moyen-Orient, tout le monde en est convaincu même les plus fous et tous ceux qui en dressent les plans!

Nawaat: En continuant à collaborer et avec le régime syrien et avec l'opposition syrienne divisée, la ligue arabe semble croire à une possible 'solution politique' à la crise syrienne, afin le Président Bashar Al-Assad délègue ses prérogatives au Vice-président pour former, dans les deux mois, un gouvernement d'union nationale qui conduirait le pays vers des élections libres. Le véto sino-russe bloque cette résolution, quel genre de pression se préparerait à votre avis pour mettre à genoux Bashar Al Assad ?

A.M: La Ligue arabe est entièrement discréditée en enterrant le rapport de sa propre mission d'observateurs et par son recours au Conseil de sécurité. Elle a laissé échapper l'occasion unique de participer au règlement de l'affaire syrienne. Tout ce qu'elle peut proposer dans l'avenir sera sans valeur.

Maintenant c'est le tour de la Russie de jouer le rôle principal mais aussi à la direction syrienne appelée à accélérer et à concrétiser les réformes.

Nawaat: A votre avis, quel serait le véritable poids du CNS (pro intervention militaire) et du Comité national de coordination pour le changement démocratique (contre une intervention et dont on entend rarement parler dans les médias internationaux) ?

A.M: Le CNS n'a pas une bonne réputation en Syrie justement parce qu'il appelle à l'intervention armée. Les syriens ont une vieille tradition de patriotisme et une haute histoire de résistance à la domination étrangère. Par contre, à l'étranger, il est le chouchou des médias et le partenaire favori des hommes politiques, qui le soutiennent et le financent.

D'ailleurs le CNS n'a pas de représentants à l'intérieur du pays et une de ses composantes, les kurdes, vient de le quitter.

C'est différent dans le cas du Comité de Coordination, parce que ses représentants sont presque tous des militants de l'intérieur du pays, et n'ont qu'un porte parole à l'étranger, Haytham Manna. Il est tout à fait normal qu'on ne parle pas de ce Comité dans les médias de la propagande et de la désinformation qui soutiennent l'intervention.

Nawaat: Comment estimez-vous les actions entreprises par les déserteurs de l'armée régulière syrienne ? Disposez-vous de preuves qui prouvent que l'armée syrienne libre (ASL) commet des actes de barbarie ?

A.M: Le rapport de la mission des observateurs arabes signale l'existence de l'ASL et d'autres groupes armés qui attaquent les forces gouvernementales, procèdent aux enlèvements de civils qui ne sont libérés que contre paiement de rançon, de meurtres, de sabotage des installations pétrolières, de bâtiments civils, des trains et voies ferrées....

Nawaat: Dernière question : peut-on être pour ou contre le régime de Bashar Al Assad et du Président syrien en lui-même ?

A.M: Ceux qui croient que le départ d'un président résoudrait tous les problèmes du pays, sont tout simplement des idiots. Nous n'avons pas réussi à tirer les leçons des exemples tunisien, égyptien et yéménite et convenir que les lendemains de dictature sont souvent plus difficiles à gérer que la dictature elle-même, parce que les oppositions n'ont pas encore appris à gouverner !

 

Lu sur ABDALLAH KALLEL.COM

 

Source: NAWAAT.ORG

jeudi, 09 février 2012

LES EPREUVES DE FORCE ENTRE LES ETATS-UNIS ET LA RUSSIE SERONT PLUS ACHARNEES SUR LE PROBLEME SYRIEN



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Le fait que la Russie et la Chine ont mis le 4 février leur veto à un projet de résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies sur la situation syrienne constitue un revers sévère pour la stratégie américaine sur le Moyen-Orient, et entrave en même temps des dispositions stratégiques américaines sur l'Iran. Sur ce projet de résolution, la Russie persiste toujours dans sa position dure, créant ainsi une situation de contrainte mutuelle au Conseil de Sécurité.

Le contenu du projet de résolution du Conseil de Sécurité a été avancé au nom des pays arabes, mais en réalité, il a été élaboré et conduit par les Etats-Unis. Donc, la lutte diplomatique acharnée apparue au sein du Conseil de Sécurité est, en effet, un duel entre les Etats-Unis et la Russie. Dans ce processus, les Etats-Unis ont attiré 13 pays membres du Conseil de Sécurité, tandis que la Russie n'a obtenu que le soutien chinois. Mais, la Russie a réussi à recourir à la force de dissuasion de son veto, de manière à occuper toujours une forte position.

Tout d'abord, la Russie a forcé, avant le vote officiel, les Etats-Unis à faire de grandes concession pour qu'ils acceptent d'annuler, dans le texte, deux contenus clés à savoir la demande du départ du président syrien Bachar el-Assad et la mise en oeuvre de l'embargo sur des armes contre la Syrie. Ensuite, à la dernière minute avant le vote, la Russie a demandé soudainement à modifier davantage le contenu du projet de résolution. Elle a demandé à effacer les mots selon lesquels les soldats de l'armée gouvernementale syrienne doivent se retirer de tous les villes et bourgs pour retourner dans leurs casernes. Surpris par cela, les Etats-Unis ne voulaient plus faire de concessions. Résultat : les Etats-Unis sont tombés dans le piège tendu par la Russie et celle-ci a profité de cette occasion pour mettre le veto.

Ce duel diplomatique au sein du Conseil de Sécurité s'est terminé par la victoire russe, mais, cette situation est temporaire. Les Etats-Unis ne s'avouent pas vaincus, il y aura encore des épreuves de force plus acharnées entre les Etats-Unis et la Russie. Elles se manifesteront principalement dans ces domaines :

Premièrement, l'opposition du veto par la Russie au projet de résolution de l'Occident signifique que la Russie a pris l'initiative de prendre la responsabilité de résoudre le problème syrien. En d'autres termes, la Russie doit assurer que le pouvoir de Bachar el-Assad ne sera pas renversé, et aider la Syrie à en finir avec la guerre civile et à rétablir la paix. Mais, les Etats-Unis et d'autres pays occidentaux ne sont pas contents de la réussite facile de la Russie, et ils entreprendraient de plus grandes perturbations y compris l'armement de l'opposition syrienne et le renforcement du blocus économique et de l'isolement diplomatique contre la Syrie.

Deuxièmement, le gouvernement de Bachar el-Assad pourrait-il continuer longtemps? ça reste pour le moment une grande question. Même que si les troubles internes sont apaisés et que le régime est maintenu, les pays occidentaux n'abandonneront pas leur objectif de le pousser à quitter le pouvoir. Cela fera porter à la Russie pour longtemps le fardeau de la protection de Bachar el-Assad. Cependant, protéger ce dernier signifie évidemment que la Russie continue à s'opposer aux pays occidentaux.

Troisièmement, les élections présidentielles russes auront lieu et les pays occidentaux estiment qu'elles leur donneront prise. A part qu'ils noirciront et isoleront la Russie, les Etats-Unis inciteront et utiliseront la force de l'opposition russe pour troubler la situation politique des élections présidentielles russes en vue de plonger la Russie dans des troubles. On peut prévoir que la Rusie serait attaquée par l'Occident sur le problème syrien et sur ses propres affaires intérieures.


Source: CRI ONLINE

vendredi, 20 janvier 2012

LA FRANCE, VOUS CONNAISSEZ?

Visionnez-moi cette vidéo: une critique et un regard sans concession d'un universitaire et écrivain chinois sur une France en déclin. Du moins si la traduction a été fidèlement faite. A ne pas rater!

Bien à tous!


DINDE Fernand AGBO

dimanche, 30 octobre 2011

LA CHINE VIENT D'ACHETER 17 PAYS EUROPEENS: LA FAILLITE DU CAPITALISME


NICOLAS SARKOZY ET HU JINTAO 2.jpg

"La Chine détient actuellement 60% de la richesse mondiale. Elle a le même poids financier, aujourd'hui, que les États-Unis en 1945 (face à une Europe détruite et un monde ruiné par la guerre)", a dit un intellectuel français sur le plateau de i-Télé, hier, samedi 29 octobre 2011.

Cela donne des sueurs froides et nous donne une idée précise de la richesse colossale de la Chine. Ce peuple est désormais en mesure de décider, du jour au lendemain, de l'issue de notre monde!!! Comment se servira-t-il de sa puissance économique et financière? La suite des temps nous le dira! En attendant, lisez-moi cet article. Stupéfiant !

 

Depuis ce matin du 27/10/2011, la Chine vient d'acheter 17 pays Européens. On avance le chiffre de 1.000 milliards d'Euros. A la chute du mur de Berlin en novembre 1989, on avait annoncé la victoire du capitalisme sur le communisme. 22 ans après, c'est au plenum du Parti Communiste Chinois de s'offrir le plaisir de surveiller les budgets de 17 pays européens. C'est la pire des humiliations que les Européens aient essuyée à ce jour. Mais qu'importe ! Tous annoncent le succès du sommet nocturne de Bruxelles, programmé la nuit justement pour avoir le temps de recevoir la décision de Pékin.

Doit-on dire la vérité au peuple Européen qu'il n'est pas aussi nanti qu'on lui a fait croire ? Shut ! On est en démocratie, et en démocratie avancée, on doit raconter au peuple ce qu'il aime entendre, car c'est ce qui motive son vote. Et c'est reparti avec la propagande habituelle pour continuer de mentir et abreuver ce peuple avec des termes comme "pays riches", pays développés", "pays démocratiques". Tous les dirigeants après le sommet de Bruxelles racontent de retour, à leur peuple qu'ils sont les meilleurs. En attendant dans 6 mois, lorsqu'il se rendront compte que tout cela ne suffit toujours pas, que même tout le cash chinois de 3.200 milliards de dollars ne sera jamais suffisant pour les sauver du gouffre financier dans lequel ils sont.

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Ce que l'Europe n'a toujours pas compris, parce que trop occupée à tirer les ficelles en Afrique, c'est que comme dans la forêt africaine, chaque insecte, chaque animal, aussi grand soit-il a son propre prédateur. Elle a oublié pendant trop longtemps cette règle simple de la survie animalière et cela lui tombe sur la tête aujourd'hui et par conséquent, elle n'a malheureusement développé aucun anticorps, pour freiner le fauve qui a frappé à sa porte; les successifs rafistolages sur la Grèce, les discours génériques pleins de bonne volonté, des politiciens sans aucune vision de l'avenir sont là pour prouver que rien ne leur passe dans la tête pour venir à bout de la désertification industrielle en cours que leur tout nouveau prédateur, la Chine, leur a imposé.

La bonne nouvelle pour l'Afrique, c'est qu'après 500 ans, il y a finalement un prédateur sur la scène internationale pour tenir sous contrôle nos prédateurs traditionnels. Pour la première fois de son histoire moderne, l'Afrique commence à souffler. L'Afrique commence à voir en positif son avenir. Et ce ne sera pas l'assassinat programmé de tous les dirigeants Africains qui ont refusé de s'incliner qui sauvera l'Europe des griffes chinoises, puisqu'elle n'est plus maîtresse de son propre destin.

Et l'Afrique ne peut que profiter de cette nouvelle donne pour frayer son passage vers le vrai développement humain. C'est ce qui est en train de se passer dans plusieurs pays africains comme l'Angola qui devenant le tout premier partenaire chinois sur le continent Africain avec 20 milliards de dollars d'échange en 2010, est passé en 5 ans de pays exportateur de coton à pays importateur du même coton pour alimenter ses nombreuses industries naissantes d'habillement.


Jean-Paul Pougala


Source: COTE D'IVOIRE LA VRAIE

lundi, 24 octobre 2011

COMMENT L'EMPIRE VA SURVIVRE: WASHINGTON VA-T-IL FOMENTER UNE GUERRE ENTRE LA CHINE ET L'INDE?

 

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Par Paul Craig Roberts


Quelle est la solution de Washington à la montée en puissance de la Chine?

La réponse pourrait bien être d'impliquer la Chine dans une guerre nucléaire avec l'Inde.

La mise en scène de la fausse mort de Ben Laden dans un raid commando qui a violée au passage la souveraineté du Pakistan a été vendue au président Obama par le complexe militaro-industriel comme étant un moyen de le faire remonter dans les sondages.

Le raid fut couronné de succès à redorer le blason d'Obama. Mais son véritable objectif était de cibler le Pakistan et de lui montrer que les Etats-Unis contemplaient de l'envahir afin de faire rendre gorge à ce pays d'avoir soi-disant caché Ben Laden en voisin de l'académie militaire pakistanaise. La position des néo-conservateurs ainsi que celle grandissante de l'armée américaine, est que les Talibans ne peuvent être vaincus et conquis que si l'OTAN élargit le théâtre des opérations militaires au Pakistan, où ces Talibans auraient de soi-disant sanctuaires protégés par le gouvernement pakistanais, qui prend l'argent américain mais ne fait pas ce que les américains lui disent de faire.

Le Pakistan a reçu la menace 5 sur 5 et s'est dépêché de courir au pied de la Chine. Le 17 Mai, le premier ministre pakistanais Yousaf Raza Gilani, alors qu'il était en partance pour la Chine, déclara que "la Chine était le meilleur ami du Pakistan et celui en qui il avait le plus confiance". La Chine a bâti un port au Pakistan dans la ville de Gwadar, qui est proche de l'entrée du détroit d'Hormouz. Ce port pourrait devenir une base navale chinoise sur la Mer d'Arabie.

Raza Rumi écrivit le 4 Juin dans le "Pakistan Tribune" que lors d'une récente allocution à l'université nationale de la défense du Pakistan, l'ambassadeur pakistanais aux Etats-Unis, Hussein Haqqani, demanda aux officiers militaires s'ils pensaient que la plus grande menace pour le Pakistan venait de l'intérieur, de l'Inde ou des Etats-Unis. Une majorité des officiers répondirent que les Etats-Unis étaient la plus grande menace pour le pays.

La Chine, préoccupée avec l'Inde, l'autre géant asiatique qui monte en puissance, a manifesté la volonté de s'allier avec le Pakistan. De plus, la Chine ne veut pas des américains sur ses frontières, ce qui serait là précisément où les troupes américaines seraient en cas d'un conflit américain ouvert au Pakistan.

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Ainsi, la Chine a montré son mécontentement avec la menace des Etats-Unis sur le Pakistan et a conseillé à Washington de respecter la souveraineté nationale du Pakistan, ajoutant même que toute attaque contre le Pakistan serait une attaque contre la Chine.

Je ne pense pas que l'ultimatum chinois fut rapporté et commenté dans la presse états-unienne, mais cela fut largement diffusé dans la presse indienne. L'inde est préoccupée par  la Chine qui défend le Pakistan.

L'ultimatum chinois est important, car il représente un ultimatum du même niveau que ceux qui furent émis avant la première et la seconde guerres mondiales. Avec ce niveau d'implication de la Chine envers le Pakistan, Washington va maintenant essayer de se sortir de cette confrontation en y substituant l'Inde.

Les Etats-Unis ont été serviles à l'Inde, l'encensant de la manière la plus éhontée, incluant le sacrifice de nombreux emplois américains. Récemment, les Etats-Unis ont fait une vente massive d'armement à l'Inde, une recrudescence de la coopération militaire américano-indienne ainsi que des exercices militaires conjoints.

Washington imagine que les Indiens, qui furent si naïfs pendant des siècles vis-à-vis des britanniques, seront également naïfs à propos de la "cité dorée sur la colline" qui amène "la liberté et la démocratie au monde" en écrasant, massacrant et en détruisant. Tout comme les britanniques et la France de Sarkozy, les politiciens indiens vont se retrouver à faire les quatre volontés de Washington. Le temps que l'Inde et la Chine réalisent qu'elles ont été manipulés vers une destruction mutuelle par les américains, il sera alors trop tard pour l'une ou l'autre d'abandonner.

Avec la Chine et l'Inde éliminées, il ne reste plus que la Russie qui est déjà encerclée par un anneau de bases de missiles américaines et isolée de l'Europe par l'OTAN, qui inclut maintenant d'anciens membres de l'ex-empire soviétique. Un grand pourcentage de la jeunesse russe admire les Etats-Unis pour sa "liberté" (ils savent si peu) et détestent l'état "autoritaire" russe, qu'ils voient comme une continuation de l'ancien état soviétique. Ces "Russes internationalisés" se rangeront du côté de Washington, forçant plus ou mois Moscou à capituler.

Comme le reste du monde, à l'exception de quelques parties de l'Amérique du Sud, fait déjà partie de l'empire américain, la capitulation de la Russie provoquera un glissement de la puissance américaine sur l'Amérique du Sud. Chavez sera renversé et si les autrtes ne suivent pas le mouvement, plus serviront d'exemples.

Le seul moyen se stopper l'empire américain est pour la Chine et la Russie de réaliser ce danger et de former une alliance indestructible qui rassure l'Inde, d'arriver à faire sortir l'Allemagne de l'OTAN et de défendre l'Iran.

Autrement, l'empire américain prévaudra sur l'ensemble du monde. Le dollar US deviendra la seule monnaie globale et donc les Etats-Unis s'épargneront la dépréciation par le change de la monétarisation de leur dette.

L'or et l'argent deviendront des propriétés interdites, comme le deviendront les armes personnelles et un grand nombre de publications, livres, incluant la constitution des Etats-Unis d'Amérique.

 

Article original en Anglais : How the Empire will Prevail: Will Washington Foment War Between China and India?

Traduction : Résistance 71




Dr. Paul Craig Roberts
était l'assistant secrétaire au trésor de l'administration Reagan (secrétaire d'état aux finances chez nous), éditeur associé au Wall Street Journal, Senior Research Fellow de la Hoover Institution, Stanford University, il tînt la chaire William E. Simon Chair de Politique Economique, Center for Strategic and International Studies, Georgetown University.

Il est l'auteur et le co-auteur de neuf livres et a témoigné devant des commissions d'enquête du congrès américain en trente différentes occasions.


Paul Craig Roberts est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.  Articles de Paul Craig Roberts publiés par Mondialisation.ca

 

Source: MONDIALISATION.CA

jeudi, 26 mai 2011

LES SOUS-MARINS QUE CACHENT LES WIKIBRUITS

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Par Bernard Desgagné

Les histoires de sous-marins et les opérations psychologiques dont j'ai donné un exemple frappant dans mon article précédent, sur la crise des prétendus sous-marins soviétiques en Suède, en 1981 et 1982, n'appartiennent pas qu'à l'époque de la rivalité entre les États-Unis et l'URSS. Les wikibruits font partie des opérations psychologiques, eux aussi. Ils nous cachent des bruits de bottes quelque part. Comme c'est presque toujours le cas, les suivistes médiatiques ne font preuve d'aucun esprit critique et se montrent friands des potins potentiellement générateurs de bonnes cotes d'écoute.

Les journalistes ont le regard fixé là où leurs patrons les envoient, alors que des évènements majeurs se produisent parallèlement à leurs romans-savons. Ils n'accordent qu'une importance secondaire à ces évènements, quand ils ne les déforment pas ou ne les ignorent pas totalement. Comme nous n'avons pas envie de demeurer prisonniers de l'univers fantaisiste auquel les médias de la ploutocratie veulent confiner nos esprits, jetons un coup d'oeil du côté de la Corée, car il s'y est passé récemment des choses inquiétantes, mais largement occultées, qui expliquent peut-être qu'on veuille tant que le public s'intéresse à Julian Assange, en guise de dérivatif. Mais d'abord, un peu d'histoire.

La guerre de Corée

Le 25 juin 1950 débute la sanglante guerre de Corée, qui fera trois-millions de morts, dont 516 soldats canadiens. Le Sud prétend qu'il est envahi par le Nord, mais le Nord prétend exactement l'inverse. Le Nord n'a aucune raison d'attaquer, mais le dirigeant du Sud, Syngman Rhee, est très impopulaire et a toutes les raisons de vouloir se servir d'une guerre avec l'appui des États-Unis pour rester au pouvoir.

Les États-Unis et leurs laquais n'ont jamais fourni la moindre preuve que le Nord avait attaqué le Sud et ainsi déclenché la guerre. En fait, nous avons aujourd'hui de très bonnes raisons de douter de la version étasunienne de l'histoire, puisque, depuis 1945, les États-Unis ont systématiquement menti pour justifier chacune de leurs guerres et de leurs opérations militaires, d'Hiroshima à l'Irak, en passant par le Vietnam.

En 1950, la Chine entre en guerre, elle aussi, non pas pour conquérir la Corée, mais plutôt parce que les centrales hydroélectriques coréennes alimentant la Mandchourie sont attaquées. Les États-Unis et leurs laquais ont souvent prétendu que la Chine voulait conquérir la Corée, mais, encore une fois, n'en ont jamais eu la moindre preuve. À l'inverse, il y a de très bonnes raisons de croire que la volonté d'attaquer l'autre venait des États-Unis, plus précisément du coeur du commandement étasunien, où s'activait le fanatique MacArthur, avec ses bombes nucléaires. C'est lui qui voulait attaquer la Chine au départ, et non l'inverse. La guerre de Corée fut en somme une guerre impérialiste d'agression étasunienne.

À la fin de la guerre, la Corée est séparée en deux États, l'un communiste et l'autre, inféodé à l'Empire. Depuis ce temps, la tension persiste, et la Corée du Nord fait l'objet d'une campagne constante de diffamation dans les médias occidentaux. Récemment, ces tensions se sont accrues, dans le cadre de la politique d'encerclement et d'agression indirecte de la Chine pratiquée par les États-Unis. N'oublions pas que sont les États-Unis qui envoient leurs soldats aux portes de la Chine, et non l'inverse, toujours en invoquant le besoin d'installer ou de protéger la supposée démocratie dans un pays, c'est-à-dire, en réalité, le besoin, pour la ploutocratie, de s'enrichir sans limites et de devenir propriétaire du régime.

La lutte de l'Empire en déclin contre la Chine

Les États-Unis ne veulent pas évidemment d'une guerre ouverte avec la Chine, qui est devenue l'usine du monde et dont ils ont besoin. Une telle guerre serait de toute manière sans issue. Ils cherchent plutôt à contenir la sphère d'influence de la Chine et à conserver leurs bons clients, acheteurs de monnaie de singe et d'avions d'attaque Lockheed-Martin. Si les États-Unis n'arrivaient plus à imposer leur dollar pour l'achat du pétrole dans le monde, ils seraient rapidement acculés au pied du mur par leurs créanciers, compte tenu de leur énorme dette publique et de leur déficit commercial. Ils perdraient beaucoup de plumes et s'appauvriraient considérablement. Compte tenu des habitudes de consommation des Étasuniens et des inégalités scandaleuses qui minent de plus en plus leur confiance en leurs dirigeants, de graves troubles internes se produiraient vraisemblablement et pourraient entrainer la dislocation du pays, dont les divers composants, du Texas au Vermont, en passant par la Pennsylvanie, sont passablement disparates.

Mais la Chine est devenue une puissance de plus en plus indomptable pour les États-Unis. Il n'y a qu'à voir comment Shangaï a complètement déclassé Manhattan par ses réalisations architecturales et son aménagement. La Chine est un immense chantier, alors que l'Empire est déjà très avancé sur la pente du déclin. Que faire ? En fait, les États-Unis ne savent pas du tout quoi faire. Pris de panique, ils se comportent de façon complètement erratique et, puisque leurs usines ne peuvent plus concurrencer celles des Chinois depuis longtemps, ils ont fait de la guerre leur principale industrie. C'est une industrie mafieuse, qui se nourrit non seulement des deniers publics étasuniens, mais aussi de ceux des pays qui acceptent de payer le parrain « pour la protection » et de participer à ses montages bellicistes. Mieux vaut payer et sacrifier quelques soldats que se faire casser la gueule soi-même. En tant que membre de la fédération canadienne, le Québec est rançonné par cette mafia, à laquelle Ottawa verse des milliards de dollars chaque année pour ne pas vexer le parrain et pour préserver supposément des emplois.

C'est dans ce contexte de déclin de l'Empire et d'ascension de l'Asie que les États-Unis ont convaincu les dirigeants sud-coréens d'asticoter la Corée du Nord et la Chine au moyen de prétendus exercices militaires près de leurs frontières. En entretenant la peur de la Corée du Nord, ils s'assurent de maintenir au pouvoir, en Corée du Sud et au Japon, des dirigeants de droite, qui leur obéissent au doigt et à l'oeil. En même temps, ils se livrent à des opérations psychologiques en Occident pour y rallier le public et justifier la guerre éventuelle. L'inoffensive Corée du Nord n'est manifestement qu'un autre épouvantail. Comment en être sur ? Comment savoir que Pyongyang n'est pas le dangereux régime qu'on prétend, dirigé par un fou prêt à se servir de son arsenal nucléaire ? Comment savoir qui dit vrai ?

Demandons-nous plutôt comment il est possible de croire des gens qui mentent sans arrêt depuis 1945. Pourquoi faudrait-il croire l'Empire, cette fois ? Voilà la vraie question. Voilà la question que ne semblent pas se poser certains médias, en particulier Radio-Canada, qui se sert de l'argent de nos impôts pour nous retransmettre machinalement les communiqués du Pentagone.

La corvette Cheonan et le sous-marin nucléaire

S'il y a eu, autour de l'an 2000, une amorce de réconciliation entre les deux Corées, les relations se sont considérablement refroidies depuis quelques années, et le prix Nobel Obama ne semble pas y avoir changé grand-chose, au contraire. Le 26 mars 2010, alors qu'a lieu dans la mer Jaune un exercice naval conjoint des États-Unis et de la Corée du Sud, un bâtiment de guerre sud-coréen, la corvette Cheonan, explose et coule à environ 2 kilomètres au sud de l'ile de Baengnyeong (environ 5 000 habitants), qui appartient à la Corée du Sud, mais qui se trouve à 20 kilomètres seulement de la Corée du Nord. L'armée sud-coréenne affirme n'avoir détecté aucun navire de guerre nord-coréen dans les parages. La Corée du Nord, elle, nie toute implication.

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La section avant de la corvette Cheonan, rapportée sur une barge après son repêchage


À la mi-avril, les deux sections de l'épave sont remontées à la surface, et une enquête a lieu. Les experts constatent qu'une forte explosion externe à proximité de la corvette a causé son sectionnement. Effectivement, le navire est complètement coupé en deux, plutôt que d'avoir un trou dans la coque, comme le ferait normalement une torpille. Par ailleurs, il est peu probable qu'un sous-marin nord-coréen ait pu s'approcher de la corvette sans être détecté, puisque la corvette elle-même était spécialisée dans la lutte anti-sous-marine.

Puis, coup de théâtre, le 20 mai, une supposée commission d'enquête internationale, composée essentiellement d'Étasuniens et de laquais des États-Unis (Corée du Sud, Australie, Royaume-Uni et Suède) déclare aux médias que c'est une torpille nord-coréenne qui a coulé le Cheonan. C'est le déchainement médiatique, et le président sud-coréen, Lee Myung-bak, annonce des représailles. À l'approche des élections régionales du 2 juin, cette affaire est pour lui et son parti une véritable aubaine puisqu'ils préconisent la ligne dure envers Pyongyang.

La Corée du Nord décide de rompre ses relations avec la Corée du Sud et met fin à un accord de prévention des conflits maritimes. La question est portée à l'attention du Conseil de sécurité de l'ONU. Encore une fois, les médias se comportent généralement en suivistes, notamment Radio-Canada, qui fait figure de véritable antenne de propagande du Pentagone. Malgré les contradictions et la mise en scène grossière, où des militaires de l'Empire déguisés en commission d'enquête internationale présentent comme preuve un morceau de torpille portant un numéro de série écrit au crayon-feutre, les journalistes gobent tout. Ils semblent avoir perdu tout sens critique. Du reste, en ont-ils déjà eu un ?

Mais le pire, dans tout cela, c'est que pratiquement personne ne s'aperçoit, malgré les reportages diffusés au début par la télévision sud-coréenne KBS, qu'un autre navire a coulé en même temps près de la corvette Cheonan. Il s'agit vraisemblablement d'un sous-marin nucléaire étasunien, ayant à son bord des missiles à tête nucléaire. La bouée indiquant l'emplacement de l'épave se trouve à quelques centaines de mètres des falaises de l'ile de Baengnyeong et non à plus de deux kilomètres, où ont sombré les deux parties de l'épave de la corvette.

C'est le branlebas de combat. Les militaires étasuniens n'ont pas l'intention de laisser des têtes nucléaires au fond de l'eau sans en connaitre l'état, ni de permettre aux médias de diffuser cette information. Comme ils commandent dans les faits le gouvernement et l'armée sud-coréens, ils n'ont pas de difficulté à obtenir et la censure, et la participation forcée des plongeurs de l'armée sud-coréenne pour localiser et inspecter l'épave subito presto. Des plongeurs coréens bien entrainés, qui ne sont pas du genre à subir normalement de bêtes accidents de décompression, sont obligés de se jeter au fond de l'océan dans des conditions dangereuses, sans attendre les compartiments hyperbares. Les plongeurs perdent connaissance les uns après les autres. Certains officiers de l'unité des plongeurs diront que « les plongeurs étasuniens ont refusé de faire le travail, car le danger était trop grand ». L'un des plongeurs coréens meurt. Il s'agit de Han Joo-ho, qui aura des funérailles de héros national. La cérémonie commémorative n'a pas lieu près de l'une des deux bouées marquant l'emplacement des deux sections de la corvette, mais près de la troisième bouée, où se trouve l'épave du sous-marin.

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Des recherches sont effectuées à partir d'un bâtiment de guerre sud-coréen, à l'emplacement de la troisième bouée, où se trouve l'épave du sous-marin nucléaire étasunien, c'est-à-dire à quelques centaines de mètres des falaises de l'ile de Baengnyeong.


Mais que faisait donc le sous-marin nucléaire étasunien à cet endroit ? Comment a-t-il été coulé ? Participait-il à l'exercice naval ? Mais non, il avait vraisemblablement une mission beaucoup plus cruciale, dont l'équipage de la corvette Cheonan n'était pas au courant. Les eaux près des falaises au sud de l'ile de Baengnyeong sont profondes et constituent l'endroit idéal pour cacher un sous-marin nucléaire, qui peut rester sous l'eau pendant un mois sans faire surface. À cet endroit, il était indétectable pour la Corée du Nord. Mais surtout, cette ile est la partie de la Corée du Sud située la plus près de Pyongyang, soit à environ 170 km. Les salopards de l'Empire se préparaient à frapper, comme à leur habitude, en prétextant une quelconque urgence ou une quelconque provocation. Comme au bon vieux temps de la chasse aux sorcières communistes et de MacArthur.

Et comme au temps de l'invasion de l'Irak, les frappes supposément chirurgicales des paranos de Washington pour détruire des armes de destruction massive imaginaires auraient fait des milliers de morts et de blessés parmi les civils. Peut-être même des dizaines, voire des centaines de milliers de victimes puisqu'il se serait agi de bombes nucléaires. Une sorte de reprise préventive d'Hiroshima, pour « sauver des vies ».

Malheureusement ou heureusement, selon le point de vue, il est arrivé ce qui finit par arriver quand on joue avec le feu, à l'instar des sous-mariniers insolents qui jouaient à cachecache avec la marine suédoise en 1982 et qui ont fini par frapper une mine. Sauf qu'ils ont été encore moins chanceux et qu'au lieu d'une mine, ils ont frappé une corvette qui leur a balancé une pluie de grenades sous-marines sur la tête. Est-ce l'explosion du sous-marin qui a causé la perte de la corvette ou un tir quasiment simultané ? Difficile à dire. Mais les généraux des deux pays alliés n'ont pas dû en être très heureux. Revenus de leur profond malaise, le 20 mai, ils auront décidé de récupérer l'accident pour relancer les opérations psychologiques contre la Corée du Nord.

Un sous-marin chinois lance un missile devant Hollywood

Évidemment, les Chinois et les Coréens du Nord ont appris ce qui s'était passé. Les Chinois, fidèles à leur habitude, ont fait preuve de beaucoup de réserve. Mais ils préparaient la riposte. Elle est venue quelques mois plus tard, en pleine visite de Barack Obama, qui faisait la tournée de ses clients d'Asie, du 4 au 14 novembre. Le matin du 10 novembre, l'empereur a dû se lever de bien mauvais poil et perdre pour un bout de temps l'envie de jouer au basket en apprenant que, la veille, le 9 novembre, au coucher du soleil, les Chinois lui avaient fait un petit coucou ! spectaculaire à quelques encablures de Hollywood, où sont fabriqués tant de navets faisant partie intégrante des opérations psychologiques du Pentagone.

Figurez-vous que la Chine est allée lancer un missile balistique intercontinental à partir d'un sous-marin, à une soixantaine de kilomètres au large de Los Angeles. Les Chinois ont déjoué tout le système de détection anti-sous-marin étasunien dans le Pacifique Nord et ont surpris le Pentagone, dont les laveurs de cerveau professionnels se sont mis à bégayer et à raconter n'importe quoi, allant même jusqu'à prétendre que le spectacle hallucinant visible en pleine heure de pointe par toute la population de la ville était un avion, un jouet ou une illusion d'optique ! Le lancement a été diffusé pratiquement en direct par la station de télévision KCBS. Heureusement pour les Étasuniens, le missile, qui aurait pu, dans d'autres circonstances frapper et raser Los Angeles en moins de deux minutes, est parti vers la Chine et ne transportait pas d'ogive nucléaire.

L'avertissement chinois est sévère. Il constitue la réplique directe à la présence du sous-marin nucléaire étasunien au sud de l'ile de Baengnyeong, en mars 2010. Les États-Unis sont profondément humiliés, eux qui n'ont pas l'habitude d'être menacés si près de leur territoire et qui doivent maintenant s'apercevoir que les Chinois ont les moyens de leur faire énormément mal. Le message des Chinois est sans équivoque : « Remballez votre attirail de GI avec lequel vous jouez à la guerre dans la mer Jaune et allez vous bombarder vous-mêmes si ça vous chante. Vous répandez la guerre et la terreur aux quatre coins de la planète depuis 65 ans et vous allez finir par gouter à votre propre médecine si vous insistez pour nous provoquer.

Comme on s'y attendait, et pour la énième fois, Radio-Canada n'a rien dit de toute cette histoire. Trop occupée avec Wikileaks et d'autres singeries du genre. La propagande a repris de plus belle lorsque, le 23 novembre, des obus nord-coréens ont frappé l'ile de Yeonpyeong après une provocation de la Corée du Sud. Radio-Canada n'a pas donné la version des faits de la Corée du Nord. Seulement celle de la Corée du Sud et de leurs maitres désinformateurs étasuniens. Quelle bande de menteurs ! Falardeau les appelait Radio-Cadenas, et ce n'est pas pour rien. Ils nous gardent dans la prison de l'ignorance avec nos impôts.

D'autres exercices militaires ont eu lieu après le bombardement de l'ile de Yeonpyeong. Actuellement, la mise en scène se poursuit. Un ballet diplomatique est en cours. Les Chinois vont peut-être chercher à donner une porte de sortie aux États-Unis, qui pourront dire que leurs amis chinois ont fait entendre raison aux dictateurs nord-coréens. Mais il y a l'affaire du prix Nobel de la paix décerné à Liu Xiaobo, une nouvelle provocation manifeste. Xiaobo est un criminel de droit commun, et non un prisonnier politique. Les Chinois sont loin d'être isolés. Ils ont avec eux les Russes et beaucoup de mauvais clients de l'Empire, notamment l'Iran, l'Irak et l'Afghanistan. La situation reste très tendue.

Pendant ce temps, Radio-Canada et les autres journaleux à gages de Desmarais jouent à Wikileaks et traquent les petits escrocs provinciaux. Jamais la démocratie véritable ne sera possible dans de pareilles conditions, où le peuple est systématiquement trompé et tenu dans l'ignorance des parties qui se jouent à Washington ou à Ottawa et qui ont une incidence déterminante sur son avenir. Le peuple abreuvé de commissions Bouchard-Taylor ou Bastarache protestera à gauche ou à droite en élisant le PQ ou l'ADQ, puis en revenant au PLQ, mais il continuera de ne pas voir les enjeux fondamentaux, le premier étant qu'il n'est pas du tout maitre de son destin. Obsédé par les fripouilles amateurs, il ne s'aperçoit pas des vices systémiques qui rongent la société en toute légalité. Réaliser l'indépendance du Québec et nationaliser l'information pour la confier à des agences indépendantes financées directement par les contribuables et relevant de l'Assemblée nationale seraient sans doute les meilleurs choix à faire à moyen terme pour commencer à changer chez nous ce monde de pourris et de menteurs.


Épilogue

Sans avoir étudié dans les moindres détails le phénomène Wikileaks, j'ai fait au début de la présente série deux constats qui me paraissent difficilement contestables : 1) La vague récente de divulgations de Wikileaks concorde avec la politique étrangère des États-Unis et d'Israël ; 2) Wikileaks a une énorme résonance médiatique qui est loin d'être typique des « médias alternatifs ». Des révélations beaucoup plus graves et parfaitement vérifiables n'ont jamais été reprises par les grands médias, du moins pas avec un tel battage.

Ces deux constats ont alimenté grandement ma suspicion, et je ne suis pas le seul. Michel Chossudovsky, lui, a poussé l'enquête plus loin et il arrive à des conclusions qui renforcent mes deux constats. Si vous lisez l'anglais, je vous suggère de prendre connaissance de l'article qu'il a publié le 13 décembre 2010 dans son site Web, GlobalResearch.ca/Mondialisation.ca. L'article s'intitule « Who is behind Wikileaks ». Il sera peut-être traduit en français bientôt. Si c'est le cas, j'ajouterai un lien ici même.


Source: VIGILE.NET

samedi, 14 novembre 2009

L'AFRIQUE NE DOIT PAS AVOIR POUR MAITRE LA CHINE MAIS FAIRE COMME ELLE

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La grandeur d'un homme, c'est rester humble devant la vérité. Aujourd'hui, nul ne peut contester la place qu'occupe l'empire du Milieu dans le microcosme mondial : la Chine est devenue une puissance. Elle l'a démontré lors des cérémonies d'ouverture des jeux olympiques de Pékin, en piochant dans son histoire, sa culture, ses mœurs, pour dévoiler son plus beau visage. La Chine est, elle aussi, revenue aux sources de ce qu'elle a de plus glorieux : Confucius, son histoire impériale, la route de la soie, sa calligraphie ou son Taji, la gymnastique traditionnelle locale.

Papier, imprimerie, boussole, poudre à canon, ces quatre inventions ont été longtemps considérées comme l'emblème du génie chinois. Cela est témoin de l'inventivité chinoise. La boussole, de toutes les grandes inventions chinoises, est sans doute l'une de celles qui a le plus marqué l'histoire de l'humanité. Un progrès, en effet, grâce à la « petite boite » (bossolo, en italien), le voyageur et le cartographe disposent en permanence et par tous les temps d'un point de repère fiable. Et c'est justement cette fiabilité dans le repérage qui conduit les chinois à se tourner vers le continent africain pour étendre leur empire. Rien n'est plus incontestable que la présence croissante de la Chine en Afrique. Les uns disent que la Chine pille le continent africain, les autres en revanche pensent qu'elle est une chance pour un continent dont le processus de développement a un caractère hésitant. Notre présente contribution nous a été inspiré par la citation de Joseph Joubert qui dit que « la raison peut nous avertir de ce qu'il faut éviter, le cœur seul nous dit ce qu'il faut faire ».

La Chine est partout en Afrique

Les chinois sont partout en Afrique, tant en hommes qu'en investissement. A vrai dire, pas un mois ne passe sans l'annonce d'un contrat chinois en Afrique. Pendant l'été 2009, les géants chinois du pétrole CNOOC et Sinopec indiquaient qu'ils étaient prêts à dépenser 1,3 milliard de dollars pour participer au développement d'un champ pétrolier en Angola. Quelques jours avant, c'était le groupe de Telecom ZTE, qui  emportait à Madagascar, le contrat de déploiement du réseau de téléphonie mobile de l'opérateur Madamobil, étendant ainsi sa présence sur le continent africain. Le fond de développement sino-africain pour l'heure est doté de 5 milliards de dollars destinés à accompagner les entreprises chinoises présentes sur le continent. Les principales destinations africaines des investissements chinois sont : la Libye , le Niger, le Nigeria, le Togo, la Guinée , l'Ethiopie, l'Angola, la Zambie , le Zimbabwe, le Botswana, l'Afrique du Sud et l'ile Maurice. Le stock d'investissement chinois est de l'ordre de 6 à 7 milliards de dollars par an, ce qui, à l'échelle du revenu africain, est important. Les Chinois exportent comme partout ailleurs leurs produits manufacturés, et importent des matières premières, du pétrole, du fer, des bois tropicaux (le tiers du bois tropical transformé en Chine vient d'Afrique) des diamants etc...

Selon les statistiques du ministère chinois du Commerce, les échanges entre la Chine et l'Afrique sont passés à 55 milliards de dollars en 2006 avec 2,1 milliards de déficit commercial du côté chinois contre 12 millions de dollars en 1950. L'Afrique est devenue le troisième plus grand partenaire commercial de la Chine. Selon les statistiques officielles chinoises, les investissements directs chinois sur le continent africain sont passés de 491 millions de dollars en 2003 à 7,8 milliards fin 2008. Les échanges commerciaux entre la Chine et l'Afrique ont quant à eux décuplé depuis le début de la décennie: ils ont atteint 106,8 mds USD en 2008, une hausse de 45,1% sur un an. Les chinois sont gourmands à tel point qu'ils sont dans tous les secteurs de l'économie. Notons par exemple la construction du chemin de fer « tanzam » reliant la Tanzanie à la Zambie  - ainsi que les accords de coopération militaire à ses amis idéologiques d'Afrique de l'Est (Ethiopie, Ouganda, Tanzanie, Zambie, etc.) et aux pays non alignés les plus importants comme l'Egypte. Cette coopération militaire est vieille : de 1955 à 1977, la Chine a vendu pour 142 millions de dollars de matériel militaire à l'Afrique.

Deuxième consommateur de brut de la planète, plus de 25 % de ses importations de pétrole proviennent du golfe de Guinée et de l'hinterland soudanais. La soif d'un pays qui sera contraint d'importer 60 % de son énergie d'ici 2020 ne connaît aucune frontière, pas même celles des Etats qui, tel le Tchad, maintiennent leurs relations diplomatiques avec Taïwan.

Bref, tel un géant éléphant, la Chine « ravage » tout sur son passage, de sorte que, jaloux de cette percée, les occidentaux n'ont que leurs yeux pour pleurer. Ces derniers ne pouvant rien faire devant ce ras de marée chinois, agitent le drapeau des droits de l'homme, pour les contrecarrer sur le terrain africain.

La chine et les droits de l'homme

L'irruption des Chinois en Afrique fait beaucoup de bruit, et la presse occidentale, un peu nostalgique de la perte de terrain et de vitesse que l'Europe subit en Afrique, parle de plus en plus d'une Chine déficitaire en droits de l'homme.

En effet, pour ceux qui peinent à concurrencer la grande Chine, et qui n'ont que, pour  paraclet, le déficit de droits de l'homme comme  seul moyen, à vrai dire, ils ne connaissent pas ce pays.  Pour utiliser le langage scientifique, on dira que les chinois sont plus  « empiriques » que « théoriques ». Cette prédominance  des connaissances empiriques trouve son fondement dans des préoccupations philosophiques : les savants de l'empire du Milieu ne croyaient pas, par exemple, à l'existence des lois de la nature. Pour Tian Miao, de l'institut d'histoire des sciences naturelles de Beijing, « les chinois ne faisaient que constater le fonctionnement de la nature et ne cherchaient pas comme les occidentaux des explications causales ou mécanistes du monde ».

On se souvient que, le fameux accord de coopération économique signé entre la Chine et le gouvernement militaire au pouvoir en Guinée, a été très mal reçu par l'Union européenne, les Etats-Unis et la Communauté des pays d'Afrique de l'Ouest.

Annoncé quelques jours après le massacre par l'armée d'au moins 150 personnes dans le stade de Conakry, ce contrat a suscité l'indignation de l'opposition guinéenne et de l'ensemble des organisations de défense des droits de l'homme.

Il ressemble aussi à une provocation. Pékin déclare urbi et orbi que la volonté ou la prétention de l'UE et des Etats-Unis de fonder les relations internationales sur un socle minimal de respect des droits de l'homme sont illusoires et que ceux qui s'en réclament sont des naïfs ou des hypocrites.

Alors que la crise économique sévissait et pendant que les occidentaux gelaient les projets sur le continent, les chinois, eux, ont accéléré leurs investissements.

L'attitude des occidentaux est disons-le courageuse car, c'est un tour de force que de parler de droits de l'homme car, à notre sens, il est impossible de parler de droits de l'homme sans démocratie. Un pays comme la France ne peut pas critiquer la Chine en Afrique : c'est l'hôpital qui se fout de la charité. Que dire du  fils qui succède au père dans des conditions rocambolesques au Togo et au Gabon, avec la bénédiction de la France  ?  Demain, ce sera, sans aucun doute, Karim Wade au Sénégal ou Gamal Moubarack en Egypte. Que dire du bourbier français en Côte d'Ivoire depuis 1999 ? Les africains sont lucides et ce n'est pas non plus les élucubrations d'un pays en voie d'appauvrissement qui vont entamer l'ardeur chinoise en Afrique. Et la Chine n'est pas le seul pays asiatique à « faire la cour » de façon assidue aux pays africains, l'Inde n'est pas moins un sérieux prétendant.

La Chine ratisse large mais l'Inde est au rebond

Avec le développement économique du géant indien, ses besoins énergétiques sont en constante augmentation. Selon Harry Broadman, conseiller économique pour la région africaine à la Banque mondiale et auteur de « China and India go to Africa », dans la revue Foreign Affairs de mars-avril 2008, « les échanges se font principalement avec une poignée de pays africains, pour la plupart producteurs de pétroles ou de minéraux ». Aujourd'hui, 68 % des exportations africaines vers l'Inde proviennent d'Afrique du Sud et concernent des minerais, des pierres précieuses, des métaux et alliages et des produits chimiques.

Les investisseurs indiens, à rebours de leurs concurrents chinois,  sont plus discrets  et ne déboursent pas encore des sommes astronomiques. Cependant, ils avancent scrupuleusement leurs pions en Afrique de l'Ouest, en Afrique centrale et au Maghreb.

Avec une croissance de 8 % en 2008, 1,2 milliard d'habitants, des importations d'acier qui ont triplé en cinq ans, 70 % de la consommation pétrolière du pays achetée à l'étranger, la machine économique indienne fait face à des besoins énergétiques colossaux. Mais ce n'est que récemment que les gouvernants indiens ont pris conscience que l'Afrique pouvait en partie les satisfaire. C'est la raison pour laquelle, les indiens multiplient depuis deux ans l'organisation de rencontres censées dessiner le cadre d'un partenariat stratégique.

De plus, elle fait miroiter un pactole de dix milliards de dollars qu'elle serait prête à investir en Afrique, et on pourrait comprendre aisément l'empressement de certains pays pauvres africains à venir se bousculer aux portes de la capitale indienne.

En tout cas, le ministre des affaires étrangères indien Shri Anand Sharma n'en démord pas lorsqu'il présente la philosophie du sommet Inde-Afrique, sur le site de son ministère en ces termes : « Un partenariat dynamique, une vision partagée  ».

Les autorités indiennes chargées d'organiser le sommet y ont donc invité, en plus de différents chefs d'États africains, les représentants des associations économiques régionales africaines comme le Marché commun d'Afrique orientale et australe (COMESA), la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la Communauté de développement de l'Afrique australe (SADC), ainsi que l'Union africaine et les représentants du Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD)

Les géants économiques asiatiques, la Chine et l'Inde  intensifient donc massivement des activités commerciales et des investissements, en Afrique.

Selon les nouveaux éléments d'information concernant l'activité des entreprises chinoises et indiennes en Afrique, en 2006,  l'Asie reçoit aujourd'hui 27 % des exportations africaines (trois fois plus qu'en 1990), ce qui est à peu près l'équivalent du niveau des exportations de l'Afrique à destination de ses deux partenaires commerciaux traditionnels que sont les États-Unis et l'Union européenne. Parallèlement, les exportations asiatiques vers l'Afrique augmentent de 18 % par an - un taux de progression qu'elles ne connaissent nulle part ailleurs. Les flux d'investissement direct étranger de la Chine et de l'Inde vers l'Afrique sont plus modérés que les flux commerciaux, mais l'étude indique qu'ils connaissent eux aussi une progression très rapide. 

« Cette nouvelle "Route de la soie" offre en potentiel à l'Afrique subsaharienne - région où vivent 300 millions de personnes parmi les plus pauvres qui soient, et qui constitue pour le monde le défi le plus redoutable sur le plan du développement - une occasion majeure et jusqu'ici inégalée d'accélérer son intégration internationale et sa croissance », déclare l'auteur de l'étude, Harry G. Broadman, conseiller économique pour la Région Afrique à  la Banque mondiale.

Mais faut-il pour autant s'emballer devant ces géants asiatiques et surtout la Chine ?

L'Afrique ne doit pas avoir pour maître, la Chine mais faire comme elle

"Après plus de deux décennies de réformes et d'ouverture, la Chine est en mesure de satisfaire aux besoins des pays africains, notamment pour les technologies sophistiquées, à un coût relativement bas, et d'apporter son expérience de réduction de la pauvreté et de développement économique", a dit Liu Naiya, chercheur de l'Académie des sciences sociales de Chine spécialisé dans les affaires africaines. Cà, c'est le côté luxuriant de l'idylle entre les pays africains et les asiatiques. Pour autant, il ne faudra pas, à notre sens, danser plus vite que la musique. En effet, il semble que  les entreprises chinoises soient compétitives parce qu'elles ne respectent ni l'environnement, ni le social. Elles  arrivent clefs en mains en Afrique, embauchent peu ou pas, et ne favorisent pas d'activité locale. De sorte que s'il existe un début d'intégration de l'économie africaine dans l'économie asiatique, c'est toujours de la même manière : l'Afrique fournit la matière première, laquelle bénéficie à une nouvelle puissance. En fait, on peut même parler de deux économies qui se juxtaposent.

Pour l'Afrique, le regain d'intérêt pour ses ressources doit lui être bénéfique. On sait qu'après la chute du mur de Berlin en 1989, l'Afrique a cessé d'être un enjeu de la rivalité entre les blocs occidental et communiste. La diminution de l'aide publique au développement destinée à ce continent, les donateurs se tournant vers d'autres parties du monde, a été l'un des signes de cette perte d'intérêt stratégique. Mais voilà, ceux vers qui les occidentaux se tournaient, se braquent eux-mêmes vers l'Afrique.

En effet, loin d'être resté à l'écart des flux mondiaux, le continent connaît depuis le début du XXIe siècle une croissance économique annuelle en moyenne supérieure à 5,5 %, et un véritable reclassement géopolitique est en cours. Les atouts de l'Afrique ne se résument pas seulement à ses performances en matière de croissance. De nombreux facteurs sont à l'origine de ce changement : les préoccupations sécuritaires des grandes puissances et leur recherche d'appuis dans les organisations internationales, la compétition pour l'accès aux ressources minérales et aux hydrocarbures, ainsi que la prise de conscience de "l'exception africaine" ont favorisé l'intégration de l'Afrique au sein du "village planétaire".

Point n'est besoin d'être diplômé de Harvard ou d'Oxford, pour savoir que le continent a là, un grand coup à jouer si tant est que nos gouvernants comprennent cela. Voila ainsi énoncé le véritable enseignement que les africains doivent tirer de l'appétit des chinois en Afrique.

L'Afrique doit profiter de sa nouvelle position géostratégique pour sortir par exemple de sa dépendance humiliante à l'égard de ses matières premières.

Le Brésil a annoncé en septembre 2009, à l'occasion d'une visite du président français Nicolas Sarkozy, sa décision de principe d'acquérir 36 avions de combat français Rafale. Mais en retour, la France va acheter de son côté une dizaine d'exemplaires du futur avion de transport militaire brésilien KC-390. Le président Lula a fait part de sa satisfaction en mettant en avant «l'étendue des transferts de technologie» proposés par la France. Le Brésil pourra assembler les Rafale et les vendre dans les autres pays d'Amérique latine. L'Elysée a précisé que les six premiers appareils, dont le premier exemplaire sera livré en 2013, seraient fabriqués entièrement en France et que graduellement la technologie serait transférée pour permettre aux Brésiliens d'assembler les autres avions. C'est avec cette intelligence que la Chine , l'Inde et même le Japon ont pu avoir la technicité qu'ils se vantent de  vendre aujourd'hui aux pays africains.

C'est ce qu'a fait l'empire du Milieu après des années d'humiliation pour aujourd'hui renouer avec la gloire.

 Au cours de sa visite au Nigeria, en avril 2006, le Président Hu Jintao n'a pas manqué de mettre en évidence les atouts du continent, devant les parlementaires en déclarant: «  l'Afrique a de riches ressources et un grand potentiel de marché, tandis que la Chine a accumulé dans sa modernisation une expérience profitable et des techniques pratiques. La coopération sino-africaine a donc de vastes perspectives. » L'argumentaire chinois repose sur l'adaptation des techniques chinoises au substrat social et économique des pays africains, en raison de leur simplicité et de leur rusticité.

Il est de coutume d'entendre dire à propos de l'Afrique, qu'en dépit de ses fabuleuses ressources, elle reste le continent  le plus arriéré économiquement. Notre continent est ainsi comparé à un homme en guenilles qui n'arrête pas de pleurer de faim, de malnutrition, de maladies, etc., bien qu'il soit assis sur des montagnes de richesses fabuleuses.

Il faut surtout éviter que l'appétit des chinois en Afrique soit seulement une manière pour les africains de dire « non » aux occidentaux qui ont pendant longtemps été les fossoyeurs de nos économies.

Nos pays ont davantage de choix avec l'arrivée de la Chine , qui, dans un sens, nous donne la possibilité de nous exprimer sur l'exploitation de nos ressources, car plus il y a des « prétendants », plus cela est bénéfique au continent africain.

 

Séraphin PRAO

Docteur en économie monétaire

Spécialiste des pays de la zone franc

Consultant en politique internationale

Président du MLAN

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

21:48 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : séraphin yao prao, chine, afrique | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |