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mardi, 28 février 2012

LETTRE OUVERTE DU Dr CHEICK DIABATE A NICOLAS SARKOZY


LA FRANCE FORTE.jpg

ELECTIONS PRESIDENTIELLES FRANÇAISES

LE Dr CHEICK DIABATE ADRESSE UNE LETTRE OUVERTE AU CANDIDAT NICOLAS SARKOZY A PROPOS DE SA POLITIQUE D'INGERENCE EN COTE D'IVOIRE ET INTERPELLE LES ELECTEURS FRANÇAIS

 

M. Le Président, votre candidature à la Présidence de la République Française est effective même si vous avez démarré depuis longtemps la campagne avec les moyens de l'Etat. C'est l'heure du bilan c'est-à-dire l'heure pour dire aux françaises et aux français ce que vous avez fait des impôts qu'ils ont payés, des dettes que vous avez contracté en leur nom et du pouvoir d'Etat à vous confié. Evidemment vous leur direz ce que vous avez envie de leur dire pour assurer votre retraite sans tracasserie juridique ou votre réélection. Une partie du peuple français n'aura aucun élément pour vous contredire car nourrie par une presse d'Etat instrumentalisée par vous. Etant donné que les ivoiriens ne seront pas invités au débat au nom du principe sacro-saint de la souveraineté des états, ils n'auront donc pas l'occasion de dire ce que votre presse aux ordres n'a pas voulu dire, à savoir, comment vous vous êtes invité dans les élections en Cote d'Ivoire en violation du principe de la souveraineté et des règles internationales qui encadrent toute présence étrangère dans un pays hôte. Pour que les françaises et les français soient informés en dehors de l'AFP, France 24, TV5 ou RFI et compagnies de vos agissements en leur nom sur la scène internationale, je me permets de vous adresser cette lettre ouverte pour donner l'exemple de la Cote d'Ivoire qui n'est pas différent d'autres cas à travers le monde.

La guerre inutile et couteuse contre la Cote d'Ivoire

Suite aux élections présidentielles en Cote d'Ivoire de 2000 qui a vu l'élection de Laurent GBAGBO comme président de la république de Cote d'Ivoire, votre prédécesseur Jacques CHIRAC attaque la Cote d'Ivoire sous le masque d'une rébellion armée et entrainée avec les moyens de l'Etat français. Le pays est alors divisé en deux et l'armée française règne en maitre pendant 9 ans se donnant le droit de détruire les avions de l'armée ivoirienne et de tuer 56 jeunes ivoiriens en 2004 devant l'hôtel ivoire à Abidjan. La raison de cette rébellion inutile était simple : Le Président GBAGBO n'était pas le choix de la droite française en 2000 et sa politique est déterminée sans l'aval de la France.

En Novembre et Décembre 2011, le Président Laurent GBAGBO a été proclamé Président de la république de Cote d'Ivoire avec 51.45% par le Conseil Constitutionnel de la République de Cote d'Ivoire, organe chargé de proclamer les résultats définitifs des élections présidentielles en Cote d'Ivoire. Contre toute attente, l'ambassadeur de la France en Cote d'Ivoire, s'ingérant d'une manière inacceptable dans une élection qui ne le regarde pas, kidnappe le président de la Commission électorale, organe chargé de l'organisation technique des élections et fait proclamer un autre résultat en faveur de l'adversaire du Président GBAGBO peu avant celui du conseil constitutionnel, en dehors de toute règle, et, chose curieuse au QG du candidat adverse : M. OUATTARA Alassane. Actionné par votre soin, seule la télévision française France 24 a eu la primeur de l'information certifiée ensuite par l'ONU. Une crise postélectorale s'ouvre. Le Président Laurent GBAGBO, convaincu de sa victoire, demande un recomptage des voix pour trouver une solution pacifique à la crise comme cela a été fait en HAITI dans le même mois suite à une crise identique.

M. SARKOZY, vous devez dire au français pourquoi vous n'avez pas fait le choix du recomptage et que vous avez opté pour le blocus du port d'Abidjan privant la Cote d'Ivoire de médicaments ayant entrainé plusieurs morts, pour l'embargo sur le cacao ivoirien, pour la fermeture des banques, pour les sanctions européennes contre les personnalités proches de Gbagbo et les entreprises publiques, etc. Lorsque cette méthode macabre n'a pas marché, vous avez violé le mandat de l'ONU et l'embargo sur les armes pour armer des rebelles et faire débarquer des contingents entiers de l'armée française pour larguer plusieurs es dizaines de bombes sur les ivoiriens qui sont morts par centaines. Là où CHIRAC a échoué en 2002 en se cachant derrière les rebelles, vous avez réussi à parachever le coup d'Etat de votre prédécesseur en bombardant la résidence officielle d'un chef d'Etat sans déclaration de guerre autorisée par le peuple français. Vous avez fait croire comme un refrain par media français instrumentalisé, que GBAGBO a refusé de reconnaitre sa défaite aux élections présidentielles alors que c'est bien vous qui aviez refusé de reconnaitre la décision prise par le Conseil Constitutionnel de la République de Cote d'Ivoire le proclamant vainqueur de l'élection présidentielle. Une décision constitutionnellement sans recours.

Monsieur Nicolas Sarkozy, Président de la République de France, la France ne peut éternellement soumettre la Côte d'Ivoire à cette négation de sa souveraineté qui rappelle l'époque de la colonisation et en cette période de mondialisation. Cette forme de collaboration à coup de bombes ne peut durer qu'un temps. Cette tromperie intellectuelle qui consiste à faire voter une résolution à l'ONU pour contourner la Constitution de votre pays dans le but de faire la guerre à un autre pays et à bombarder les résidences des Présidents appelées bunker pour la circonstance ne peut tromper qu'un instant. Vous tirez aujourd'hui les conclusions de votre tricherie intellectuelle qui ne prend plus. Car, en Syrie où il y a plus de morts qu'en Côte d'Ivoire avant votre guerre, vos vœux de résolutions restent sans suite. Les pays émergents restent sourds à vos sollicitations. L'Afrique du Sud et le Brésil ne veulent plus vous suivre dans vos chevauchées guerrières estampillées ONU. La Russie et la Chine vous montrent leur veto.

Les bombes

Vous qui espérez un deuxième mandat, avez-vous pris une seule fois l'avis des français avant d'aller bombarder des femmes et des enfants et traumatiser des populations entières ? Les avez-vous seulement consultés pour aller dépenser leurs impôts et autres cotisations fiscales dans des bombes meurtrières.

Monsieur Sarkozy, sachez qu'en Afrique sinon en Côte d'Ivoire quand on bombarde les casernes de gendarmes où vivent femmes et enfants, on ne bombarde pas que des poudrières, on bombarde aussi ces femmes et ces enfants. Nous vous demandons d'avoir le courage d'informer vos compatriotes de ces femmes et enfants que vous avez tués. Ces morts dont ni Radio France Internationale (RFI), ni France 24 ne parlent. Tous ces employés et ces jeunes morts à la résidence du Président GBAGBO que vous avez traité de bouclier humain.

Prenez le soin Monsieur le Président de dire aux Français que la « démocratie » que vous avez installée en Côte d'ivoire tue plus que la « dictature » que vous avez enlevée car cette « démocratie » a sélectionnée une ethnie « pure » en Côte d'ivoire pour constituer une armée, une administration et un parlement constitués de cette ethnie « pure » qui applique la solution finale : le massacre des « impurs », femmes et enfants qui s'étaient réfugiés à la mission catholique de Duékoué et d'ethnie « impure » (plus de 800 morts en une seule journée selon le CICR). On appelle cela un génocide dont vous êtes coauteur.

Vous êtes complice de Monsieur Alassane Ouattara et de « sa solution finale » faite de massacres, de déportations, d'emprisonnements dans des camps de concentration et de gels des avoirs des « impurs » qui ne veulent pas se soumettre. Plus d'une centaine de prisonniers politiques, plus de 200 comptes bancaires gelés et une dizaine de personne assassinées, violée ou blessées chaque jour, telle est le sort des « impurs » ivoiriens aujourd'hui et vous le savez.

Si vous avez pris le temps de réfléchir sur vos actes vous comprendriez que leur portée n'a été que négative ; vous avez largué des bombes sur Abidjan, résultat : vous avez créé une dictature tribale comme régime, assistée d'experts français avec une Côte d'Ivoire divisée sans espoir de réconciliation.

Vous avez largué des bombes sur la Libye et dites-nous quelle démocratie avez-vous instaurée dans ce pays ? Des innocents sont morts, des travailleurs noirs croupissent dans les prisons libyennes car considérés comme des miliciens de Kadhafi, alors que l'Union Africaine (UA) demandait de dialoguer avec Monsieur Kadhafi.

Vous avez bombardé dans le nord du mali les 4x4 contenant vos jeunes compatriotes pris en otage par AQMI et résultat, ils sont morts. Là aussi vous avez choisi la force. Vous voyez Monsieur Sarkozy si la force était l'unique solution les Fourmies n'auraient jamais construit leur termitière.

Les prisonniers politiques et exilés

La Première dame Simone Gbagbo à Odienné, les neuf (9) prisonniers politiques de Boundiali, les quatre (4) de Katiola, les deux (2) de Bouna, ceux d'Abidjan et de Korhogo qui croupissent dans des conditions carcérales sans nom. Votre silence les tuera.

Madame Hilary CLINTON s'est rendue en Côte d'Ivoire pour parler de pétrole mais aussi pour parler avec Monsieur OUATTARA de justice, de démocratie, de sécurité et de dialogue avec l'opposition pour asseoir une réconciliation durable entre Ivoiriens. Et vous Monsieur Sarkozy, vous avez dépêché M. COPE chez M. OUATTARA pour parler de financement de l'UMP et des élections en France sans se préoccuper du sort de son homologue AFFI N'GUESSAN, chef du plus grand parti politique de Cote d'Ivoire emprisonné par M. OUATTARA et vous avez reçu en grande pompe M. OUATTARA sans que les françaises et les français ne sachent le contenu des valises transportées par l'avion de M. OUATTARA et sans même avoir la décence de l'interroger sur le sort de Michel GBAGBO, votre compatriote français de mère française comme vous dont le seul crime est de s'appeler Gbagbo, pris en otage dans les geôles de Bouna dans le nord de la Côte d'Ivoire par les hommes de Ouattara. Vous êtes-vous interrogé sur la mort de tous ces exilés internes et externes qui ont souffert dans les douleurs des maladies et morts par manque de soins car vos résolutions ont gelé leurs comptes bancaires. La faute de ces hommes et de ces femmes est d'avoir été du côté de Monsieur Gbagbo lors des élections présidentielles de 2010, est-ce un crime ? Non, mais vous aux yeux des Ivoiriens vous êtes un criminel.

Exactions sur les journalistes

Monsieur Gbagbo, le père de la démocratie ivoirienne que vous avez présenté aux yeux de tous, surtout en Europe, comme un dictateur, a fait voter une loi interdisant l'emprisonnement des journalistes. Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire nous assistons à une régression des conditions de vie des journalistes. Vous êtes-vous interrogé sur le sort de ces journalistes qui sont emprisonnés ou licenciés sans motif valable. En 9 mois de pouvoir, la Cote d'Ivoire enregistre 9 journalistes prisonniers et 300 mis au chômage technique. Ces hommes et ces femmes qui ne font que leur métier et ne font qu'apporter la contradiction aux discours propagandistes de Monsieur Ouattara en livrant une autre information. Est-ce un crime ? Non, mais votre surdité à leur égard vous rend complice. Vous êtes leur geôlier et bourreau.

L'université d'Abidjan

Les étudiants ont été des cibles de bombardement de l'armée française en violation des franchises universitaires car la majorité de la jeunesse estudiantine se reconnait dans la politique du Président GBAGBO. Considérés comme des miliciens pendant la guerre que vous avez menée contre la Cote d'Ivoire, tout étudiant tombant entre les mains de l'armée ethnique de M. OUATTARA était systématiquement exécuté.

La première grande « solution finale » pour l'université, a été la fermeture pure et simple de l'université. Plusieurs générations d'ivoiriens se trouvent privées d'université. L'avenir de la Cote d'Ivoire se fera sans les ivoiriens. Peut être est-ce la « solution » SARKOZY-OUATTARA pour dominer longtemps la Cote d'Ivoire.

Conclusion

Monsieur le Président Sarkozy, au moment où cette lettre vous parviendra vous serez devant les Français pour les prochaines élections présidentielles. Dans votre bilan de fin de mandat, de grâce, n'oubliez pas de dire aux Français qu'à cause de vos ambitions personnelles des hommes, des femmes et des enfants sont mort en Côte d'Ivoire sous des bombes, par des exactions, par manque de soins. Vous avez de façon directe ou indirecte participé à la mort de ces personnes et cela n'oubliez pas de le dire aux Français vous leur devez cette vérité.

Vous avez placé à la tête de la Côte d'Ivoire Monsieur Ouattara (il ne représente que 23% de la population ivoirienne selon les résultats du premier tour des élections présidentielles de 2010) comme Président, vous étiez présent à son investiture. Son Premier Ministre et chef des armées est Monsieur Guillaume Soro. Une armée composée d'ex-rebelles d'un même groupe ethnique, de chômeurs et de prisonniers qui chaque jour tuent, violent et volent en Côte d'Ivoire en toute impunité. Votre silence assourdissant nous effraie et vous rend complice une fois de plus de ces nombreux meurtres.

Dites aux Français que c'est la Licorne (armée française) qui lui sert de garde rapprochée car il n'a plus confiance en l'armée rebelle, FRCI, que lui-même a créée.

Au moment où la Côte d'Ivoire n'a plus d'Etat et que des braconniers, les dozos, font office de policiers et de gendarmes et tuent chaque jour des civils sous le regard de l'ONUCI et de la force française Licorne, n'allez pas faire croire en France que votre politique extérieure de copinage a pu instaurer la paix et la réconciliation en Côte d'Ivoire. Non, il n'en est rien. Vous n'avez fait que repousser les échéances et derrière ce calme de façade la Côte d'Ivoire se déchire et se meurt un peu plus chaque jour.

Monsieur le Président, lorsque ce courrier vous parviendra et comme vous avez fait l'aveu d'avoir le courage de dire la vérité aux françaises et aux français pendant votre campagne, ayez le courage de livrer le contenu de cette lettre par vos presses qui leur ont caché la vérité sur la Côte d'Ivoire pour qu'ils sachent ce que vous avez fait de leur argent en Côte d'Ivoire.

Vous remerciant,


Dr Cheick DIABATE

Enseignant-Chercheur,

Université de Colorado, USA

dimanche, 16 octobre 2011

AVANT MEME D'AVOIR COMMENCE, CHARLES KONAN BANNY ET LA CDVR ONT DEJA ECHOUE (Réédition)

 


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Le meeting pacifique de la JFPI à la place CP1 combattu, diabolisé et finalement reporté sous la pression des nouvelles autorités ivoiriennes, de jeunes patriotes partis au meeting (en dépit de l'annulation de fait) tabassés par les FRCI, un d'entre eux blessé par balle et transporté dans un hôpital de la place, pendant que le RHDP tenait tranquillement un meeting à la place Ficgayo (à seulement 1 Km de là), bien encadré par les FRCI qu'on disait ne pas pouvoir encadrer le leur; le commandant Séka Yapo Anselme, militaire ivoirien en exil à Accra, mis aux arrêts lors d'une escale technique de son vol en provenance du Ghana et en partance pour la Guinée. Continuité de la chasse à l'homme. Que d'impairs du gouvernement Ouattara! Je l'avais dit, la semaine dernière: Banny et la CDVR ont échoué, avant même d'avoir commencé. Nous en avons la preuve, chaque jour. Requiem pour la démocratie en Côte d'Ivoire et pour la réconciliation nationale. Bonne (re)lecture!


Le mercredi 28 septembre 2011, le chef de l'Etat Alassane Dramane Ouattara a officiellement donné le coup d'envoi des activités de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) présidée par le Premier ministre Charles Konan Banny, proche du président ivoirien, à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro. Censé revêtir et symboliser tous les espoirs du peuple ivoirien de parvenir à un nouveau pacte national et à la paix, et malgré la détermination affichée par le prêtre de la réconciliation version Ouattara de mener ses ouailles ivoiriennes jusqu'au paradis annoncé, l'échec de la CDVR est inévitable. Elle n'aura pas la grâce et l'honneur d'entrer dans l'Histoire. Pas plus que son président, du reste, l'un des acteurs de premier plan de la crise ivoirienne, que nous espérons, d'ailleurs, pouvoir entendre sur sa version des faits et sa participation active au pourrissement général de l'atmosphère politique de notre pays.

En clair, un acteur clef de la crise ivoirienne, partisan inconditionnel du RHDP, à la barre d'une commission censée être pilotée par des hommes neutres et recueillir l'adhésion de tous. Ne serait-ce que de ce point de vue, cette commission est dépourvue de toute crédibilité, et même de toute légitimité, dans la mesure où elle consacre la victoire d'un camp sur l'autre, suscite des suspicions légitimes de la part de ceux qui sont pressentis pour y participer et nous projette, en filigrane, le spectre de la réconciliation des vainqueurs.

D'un autre point de vue, les bases sur lesquelles part cette réconciliation, que nous n'hésitons pas à qualifier de bancale, faussent totalement le jeu. Des acteurs parmi les plus significatifs, si ce ne sont les plus significatifs, manquent à l'appel et leur absence voue inexorablement la grand'messe de Charles Konan Banny à un échec retentissant.

En Mathématique, notamment en géométrie, pour aboutir à des conclusions exactes, il faut partir de bonnes hypothèses, lesquelles permettent ensuite de mener une démonstration rigoureuse et d'aboutir auxdites conclusions. Un tel résultat porte l'empreinte de la rigueur scientifique et de la vérité, pour ainsi dire.

Il se trouve justement qu'en Côte d'Ivoire, nous allons aux assises de la vérité et de la réconciliation avec des hypothèses déjà fausses à la base :

La première : Gbagbo est coupable. Avant même d'avoir été entendu. La preuve, il sera absent pour dire sa part indispensable de vérité parce qu'assigné (injustement) à résidence et doit prochainement comparaître devant la CPI (aucun innocent n'y est allé ou n'y a jamais été reconnu). Selon le bon vouloir d'Alassane Ouattara et de son sbire de service, le ministre des Droits de l'Homme ( ?), Coulibaly Gnénéma, qui clame à qui veut l'entendre que si Gbagbo était traduit devant la CPI, « si l'ex-président n'était plus sous notre responsabilité, sur le territoire de la République, cela faciliterait le processus de réconciliation et contribuerait à dépassionner la suite du débat ». Henri Konan Bédié, récemment à la remise du prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, a marqué sur les antennes françaises son désir de voir le Président Gbagbo comparaître devant les instances de la justice internationale. Le samedi 1er octobre dernier, le Premier ministre Guillaume Soro, en visite à Bouaké pour l'installation des nouveaux chefs militaires des FRCI, embouchait la même trompette et réaffirmait la volonté du pouvoir Ouattara de ne pas faire de la libération de Laurent Gbagbo une condition de la réconciliation. Au demeurant, l'affirmation du ministre Coulibaly Gnénéma (cadre des ex-Forces Nouvelles) est d'une candeur absolument déroutante. Comment l'exfiltration ou le transfèrement à la CPI de Laurent Gbagbo dont le parti est le premier de Côte d'Ivoire avec ses 38% de voix au premier tour de l'élection présidentielle de 2010, peut « dépassionner le débat » en Côte d'Ivoire, là où tous les analystes objectifs envisagent le contraire. Voici la preuve que le camp des vainqueurs n'est aucunement dans une dynamique de réconciliation et de cohésion sociale. Pour dire vrai, nous nous interrogeons sur le sens même de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation si les nouvelles autorités ivoiriennes ont déjà leur schéma de réconciliation. Pourquoi ne pas se contenter d'assouvir purement et simplement leur vengeance, montrant ainsi leur véritable visage au monde, et nous épargner une comédie de mauvais goût qui a pour nom CDVR et qui risque d'aggraver la fracture entre les Ivoiriens ou au meilleur des cas, les obliger, par la force intimidante des vainqueurs, à accepter une réconciliation de façade, faite de sourires niais et obséquieux, dangereux par leur fausseté ? Puisque refoulant rancœurs, colère et désir de vengeance aux jours les plus favorables de revanche. A ce propos, Charles Konan Banny, à la cérémonie d'investiture de sa commission, le mercredi 28 septembre 2011, à la fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro, a tenu des propos aux allures de prophétie : « Aucune victoire par la force ne peut être tenue pour définitive car le vaincu d'aujourd'hui fourbira ses armes dans l'espoir de devenir le vainqueur de demain ». Nos vainqueurs actuels devraient y réfléchir plus d'une fois avant d'engager la Côte d'Ivoire entière sur ce chemin de perdition collective qu'ils ont décidé d'emprunter pour notre malheur à tous.

La deuxième hypothèse fausse : Alassane Ouattara est blanc comme neige (aucunement inquiété par la Cour pénale internationale, encore moins par les tribunaux ivoiriens). Et pourtant, il n'est pas étranger à la crise ivoirienne, loin s'en faut. C'est même pour lui que les ex-rebelles ont dit avoir pris les armes en 2002, par la voix de Koné Zacharia qui l'a nommément désigné comme leur mentor en 2005 à Séguéla, et que la coalition anti-Gbagbo, Licorne-Onuci-Frci, sous le fallacieux prétexte d'appliquer la résolution 1975 de l'ONU autorisant la destruction des armes lourdes qui seraient tournées contre les civils (rengaine internationale ! Suivez mon regard), a bombardé pendant 10 jours la Résidence présidentielle de Côte d'Ivoire et kidnappé le président Laurent Gbagbo, par la suite déporté dans le Nord du pays. Les conclusions de la commission de Charles Konan Banny peuvent-elles incriminer clairement et sans détours celui qui l'a nommé et à qui il est redevable ? Voici la suspicion qui aurait pu nous être évitée par la nomination d'une personnalité neutre à la tête de cette importante structure, ou au pire des cas, d'une autorité qui ne soit pas proche de Ouattara, comme cela a été le cas en 2001, avec Monsieur Seydou Elimane Diarra, nommé par le Président Gbagbo, pour conduire les travaux du Forum de la Réconciliation Nationale.

La troisième hypothèse fausse : Les ex-FDS sont coupables (ils sont pourchassés et jetés en prison, ils n'ont plus droit aux armes dans l'armée ivoirienne) et les ex-FAFN sont les « sauveurs » de la Côte d'Ivoire. Aucune action judiciaire n'est intentée contre eux. Pas même pour les massacres de Duékoué dans lesquelles plus de 2500 ivoiriens ont perdu la vie en moins de 3 jours. Ce qui s'apparente à un génocide si nous nous en tenons aux critères internationalement retenus pour qualifier cette barbarie. Le fait est connu de tous et publié par les ONG de défense des Droits humains, par l'ONUCI et par l'habituellement très discret CICR. Les FRCI, véritables « vainqueurs » par procuration de la Bataille d'Abidjan, sont triomphalistes, insolents, suffisants, vindicatifs et continuent d'exercer une justice expéditive contre quiconque leur fait ombrage ou leur résiste, sur toute la surface du territoire national. Dans la plus grande impunité. Les évènements de Ziriglo dans la Sous-préfecture de Taï, de Blokhauss dans la commune de Cocody et de Gnagbodougnoa dans le département de Gagnoa, en sont la preuve irréfutable. Plus que toutes ces campagnes médiatiques faites pour se donner bonne conscience et se tailler une étoffe de réconciliateurs, les actes de nos nouveaux gouvernants prouvent que la réconciliation en Côte d'Ivoire n'est qu'une vue de l'esprit et une mauvaise farce. Si ce n'est une arnaque ou une escroquerie morale.

La quatrième hypothèse fausse : La France n'est pas un protagoniste de la crise ivoirienne. Elle n'a tué aucun ivoirien et n'est pas à l'origine de la crise ni n'y a pris aucune part. Elle n'est donc pas conviée aux assises. Or, l'histoire récente de la Côte d'Ivoire est encore vivace dans notre esprit. Les ex-rebelles ont bénéficié de l'assistance technique de l'armée française, depuis 2002. Sur ordre de Jacques Chirac, elle a détruit la quasi-totalité des aéronefs ivoiriens en Novembre 2004, tué plus de 60 patriotes ivoiriens et fait plus de 1000 blessés dont des dizaines d'handicapés à vie auxquels elle n'a versé aucun dommage et intérêt. Elle a tenté, en outre, d'assassiner le Président Laurent Gbagbo, en Avril 2011, en bombardant les pièces de la résidence présidentielle où il était censé se trouver aux moments de l'attaque des hélicoptères Puma français et Mi24 onusiens. Pis, elle rechigne à reconnaître tous ces faits, pourtant criants. Ne pas donc inviter la France à se prononcer sur sa responsabilité dans la crise ivoirienne est une esquive grave et inacceptable.

La cinquième hypothèse fausse : Le Burkina Faso n'a jamais hébergé les ex-rebelles ivoiriens et n'a jamais envoyé de soldats combattre en Côte d'Ivoire contre le régime de Laurent Gbagbo jusqu'à sa chute. Ses soldats ne font pas partie de la garde rapprochée du nouveau président ivoirien. Ce pays ne peut donc être concerné par les assises du dialogue et de la vérité. Or, il est de notoriété que ce pays a servi, sans discontinuer, de base-arrière à la rébellion ivoirienne. Le tenir à l'écart de cet important rendez-vous de l'Histoire ivoirienne - si ce n'est sous-régionale - est une insulte à la mémoire des ivoiriens qui ont péri dans cette crise et un mépris pour notre peuple.

Où court donc Charles Konan Banny avec autant de précipitation ? Les principaux protagonistes ne sont pas conviés à la grand'messe de la vérité ou sont tout simplement ignorés. Qu'est-ce qui presse tant alors ? La nécessité de faire un simulacre de réconciliation pour amadouer l'opinion internationale ou les bailleurs de fonds ? Les blessures sont encore vives, les bourreaux n'ont pas encore donné le moindre signe de regret, ne serait-ce qu'en mettant un terme à leurs exactions. Les exilés, partie prenante dans la crise, ne sont pas encore rentrés. D'ailleurs, aucune garantie ne leur est donnée dans ce sens. La justice des vainqueurs brille encore de tous ses feux. L'opinion des elders (aînés) venus nous épauler dans notre quête de paix définitive ? Pas importante. Surtout, celle du prélat Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix et président de la Commission Vérité et Réconciliation sud-africaine. Les Ivoiriens n'ont pas besoin de l'expérience sud-africaine. Ils donnent la preuve de leur suffisance. Que sert-il alors de copier le pays de Nelson Mandela si ce n'est pour faire au moins comme lui, à défaut de faire mieux ? Quelle est cette obstination à s'inscrire en pire ? Le Prix Nobel de la paix a été très clair dès le départ : « Il faut éviter la justice des vainqueurs. Au sortir d'une crise aussi grave, le souci ne doit pas être de trouver des coupables mais de restaurer la cohésion sociale ». Il avait donc recommandé la libération du Président Laurent Gbagbo pour y contribuer de la plus belle des façons. Ouattara est resté sourd à cet appel fraternel. Ce qui a dû le vexer et justifier l'absence extrêmement remarquée de l'évêque anglican à l'investiture de la CDVR.

Le Premier ministre de Ouattara, Soro Guillaume, a même enfoncé le clou : « La guerre qui a eu lieu en Côte d'Ivoire est finie. Ceux qui doivent répondre devant la justice répondront devant la justice. Je lis des choses dans les journaux : il faut libérer Gbagbo pour qu'il y ait la réconciliation. Mais arrêtons ! ». En désignant le camp Gbagbo comme seul coupable, il lui assène : « Faites la repentance et dites aux Ivoiriens ce que vous avez fait contre eux », avant de terminer, triomphant : « Si c'est nous qui avions perdu, on ne serait même pas là pour parler de réconciliation. Nos têtes seraient brandies devant le palais  comme des trophées de guerre ». Ahurissant de la part d'un Premier ministre ! Cette arrogance nous laisse interdit. Vous parlez d'une dynamique et d'une disposition à la réconciliation ! Quand on ajoute à tout ceci le fait que les adversaires de Ouattara sont tous détenus avec de faux chefs d'accusations, la justice des vainqueurs n'est pas prête de s'estomper en Côte d'ivoire pour céder la place à une véritable volonté de paix.

Ainsi donc, comme on peut le voir, le camp Ouattara veut imposer à la Côte d'Ivoire une réconciliation qui n'en est pas une, et pire, qui est même à mille lieues d'en être une, avec la certitude qu'elle constituera le terreau de mensonges éhontés, et partant, de graves frustrations qui pourraient faire le lit d'une déflagration plus grande que celle que nous venons malheureusement de traverser.

Charles Konan Banny veut aboutir à des conclusions rigoureuses et vraies, à même d'aider à ressouder le tissu social ivoirien en lambeaux, en partant d'hypothèses fausses. - Qui lui sont certainement imposées. A sa décharge -. Impossible d'y parvenir. Véritable mythe de Sisyphe. Deux alternatives s'imposent désormais à lui : réunir les conditions d'une réconciliation nationale vraie ou déposer sa démission au chef de l'Etat, si celui-ci ne manifeste pas davantage de volonté d'aller à la paix. Nous ne sommes pas certains de vouloir l'accompagner dans sa mascarade. A moins qu'il ne se ressaisisse à temps et ne s'impose à tous. Même à ceux qui l'ont nommé. Autrement, il faudrait désespérer de la réconciliation ivoirienne.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !

 

DINDE Fernand AGBO

 

Une version revue in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 335 du jeudi 6 octobre 2011 (1ère partie) et N° 336 du vendredi 7 octobre 2011 (2ème partie)

samedi, 08 octobre 2011

AVANT MEME D'AVOIR COMMENCE, CHARLES KONAN BANNY ET LA COMMISSION DIALOGUE, VERITE ET RECONCILIATION ONT DEJA ECHOUE

 

CHARLES KONAN BANNY 2.jpg

Le mercredi 28 septembre 2011, le chef de l'Etat Alassane Dramane Ouattara a officiellement donné le coup d'envoi des activités de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation (CDVR) présidée par le Premier ministre Charles Konan Banny, proche du président ivoirien, à la Fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro. Censé revêtir et symboliser tous les espoirs du peuple ivoirien de parvenir à un nouveau pacte national et à la paix, et malgré la détermination affichée par le prêtre de la réconciliation version Ouattara de mener ses ouailles ivoiriennes jusqu'au paradis annoncé, l'échec de la CDVR est inévitable. Elle n'aura pas la grâce et l'honneur d'entrer dans l'Histoire. Pas plus que son président, du reste, l'un des acteurs de premier plan de la crise ivoirienne, que nous espérons, d'ailleurs, pouvoir entendre sur sa version des faits et sa participation active au pourrissement général de l'atmosphère politique de notre pays.

En clair, un acteur clef de la crise ivoirienne, partisan inconditionnel du RHDP, à la barre d'une commission censée être pilotée par des hommes neutres et recueillir l'adhésion de tous. Ne serait-ce que de ce point de vue, cette commission est dépourvue de toute crédibilité, et même de toute légitimité, dans la mesure où elle consacre la victoire d'un camp sur l'autre, suscite des suspicions légitimes de la part de ceux qui sont pressentis pour y participer et nous projette, en filigrane, le spectre de la réconciliation des vainqueurs.

D'un autre point de vue, les bases sur lesquelles part cette réconciliation, que nous n'hésitons pas à qualifier de bancale, faussent totalement le jeu. Des acteurs parmi les plus significatifs, si ce ne sont les plus significatifs, manquent à l'appel et leur absence voue inexorablement la grand'messe de Charles Konan Banny à un échec retentissant.

En Mathématique, notamment en géométrie, pour aboutir à des conclusions exactes, il faut partir de bonnes hypothèses, lesquelles permettent ensuite de mener une démonstration rigoureuse et d'aboutir auxdites conclusions. Un tel résultat porte l'empreinte de la rigueur scientifique et de la vérité, pour ainsi dire.

Il se trouve justement qu'en Côte d'Ivoire, nous allons aux assises de la vérité et de la réconciliation avec des hypothèses déjà fausses à la base :

La première : Gbagbo est coupable. Avant même d'avoir été entendu. La preuve, il sera absent pour dire sa part indispensable de vérité parce qu'assigné (injustement) à résidence et doit prochainement comparaître devant la CPI (aucun innocent n'y est allé ou n'y a jamais été reconnu). Selon le bon vouloir d'Alassane Ouattara et de son sbire de service, le ministre des Droits de l'Homme ( ?), Coulibaly Gnénéma, qui clame à qui veut l'entendre que si Gbagbo était traduit devant la CPI, « si l'ex-président n'était plus sous notre responsabilité, sur le territoire de la République, cela faciliterait le processus de réconciliation et contribuerait à dépassionner la suite du débat ». Henri Konan Bédié, récemment à la remise du prix Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix, a marqué sur les antennes françaises son désir de voir le Président Gbagbo comparaître devant les instances de la justice internationale. Le samedi 1er octobre dernier, le Premier ministre Guillaume Soro, en visite à Bouaké pour l'installation des nouveaux chefs militaires des FRCI, embouchait la même trompette et réaffirmait la volonté du pouvoir Ouattara de ne pas faire de la libération de Laurent Gbagbo une condition de la réconciliation. Au demeurant, l'affirmation du ministre Coulibaly Gnénéma (cadre des ex-Forces Nouvelles) est d'une candeur absolument déroutante. Comment l'exfiltration ou le transfèrement à la CPI de Laurent Gbagbo dont le parti est le premier de Côte d'Ivoire avec ses 38% de voix au premier tour de l'élection présidentielle de 2010, peut « dépassionner le débat » en Côte d'Ivoire, là où tous les analystes objectifs envisagent le contraire. Voici la preuve que le camp des vainqueurs n'est aucunement dans une dynamique de réconciliation et de cohésion sociale. Pour dire vrai, nous nous interrogeons sur le sens même de la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation si les nouvelles autorités ivoiriennes ont déjà leur schéma de réconciliation. Pourquoi ne pas se contenter d'assouvir purement et simplement leur vengeance, montrant ainsi leur véritable visage au monde, et nous épargner une comédie de mauvais goût qui a pour nom CDVR et qui risque d'aggraver la fracture entre les Ivoiriens ou au meilleur des cas, les obliger, par la force intimidante des vainqueurs, à accepter une réconciliation de façade, faite de sourires niais et obséquieux, dangereux par leur fausseté ? Puisque refoulant rancœurs, colère et désir de vengeance aux jours les plus favorables de revanche. A ce propos, Charles Konan Banny, à la cérémonie d'investiture de sa commission, le mercredi 28 septembre 2011, à la fondation Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro, a tenu des propos aux allures de prophétie : « Aucune victoire par la force ne peut être tenue pour définitive car le vaincu d'aujourd'hui fourbira ses armes dans l'espoir de devenir le vainqueur de demain ». Nos vainqueurs actuels devraient y réfléchir plus d'une fois avant d'engager la Côte d'Ivoire entière sur ce chemin de perdition collective qu'ils ont décidé d'emprunter pour notre malheur à tous.

La deuxième hypothèse fausse : Alassane Ouattara est blanc comme neige (aucunement inquiété par la Cour pénale internationale, encore moins par les tribunaux ivoiriens). Et pourtant, il n'est pas étranger à la crise ivoirienne, loin s'en faut. C'est même pour lui que les ex-rebelles ont dit avoir pris les armes en 2002, par la voix de Koné Zacharia qui l'a nommément désigné comme leur mentor en 2005 à Séguéla, et que la coalition anti-Gbagbo, Licorne-Onuci-Frci, sous le fallacieux prétexte d'appliquer la résolution 1975 de l'ONU autorisant la destruction des armes lourdes qui seraient tournées contre les civils (rengaine internationale ! Suivez mon regard), a bombardé pendant 10 jours la Résidence présidentielle de Côte d'Ivoire et kidnappé le président Laurent Gbagbo, par la suite déporté dans le Nord du pays. Les conclusions de la commission de Charles Konan Banny peuvent-elles incriminer clairement et sans détours celui qui l'a nommé et à qui il est redevable ? Voici la suspicion qui aurait pu nous être évitée par la nomination d'une personnalité neutre à la tête de cette importante structure, ou au pire des cas, d'une autorité qui ne soit pas proche de Ouattara, comme cela a été le cas en 2001, avec Monsieur Seydou Elimane Diarra, nommé par le Président Gbagbo, pour conduire les travaux du Forum de la Réconciliation Nationale.

La troisième hypothèse fausse : Les ex-FDS sont coupables (ils sont pourchassés et jetés en prison, ils n'ont plus droit aux armes dans l'armée ivoirienne) et les ex-FAFN sont les « sauveurs » de la Côte d'Ivoire. Aucune action judiciaire n'est intentée contre eux. Pas même pour les massacres de Duékoué dans lesquelles plus de 2500 ivoiriens ont perdu la vie en moins de 3 jours. Ce qui s'apparente à un génocide si nous nous en tenons aux critères internationalement retenus pour qualifier cette barbarie. Le fait est connu de tous et publié par les ONG de défense des Droits humains, par l'ONUCI et par l'habituellement très discret CICR. Les FRCI, véritables « vainqueurs » par procuration de la Bataille d'Abidjan, sont triomphalistes, insolents, suffisants, vindicatifs et continuent d'exercer une justice expéditive contre quiconque leur fait ombrage ou leur résiste, sur toute la surface du territoire national. Dans la plus grande impunité. Les évènements de Ziriglo dans la Sous-préfecture de Taï, de Blokhauss dans la commune de Cocody et de Gnagbodougnoa dans le département de Gagnoa, en sont la preuve irréfutable. Plus que toutes ces campagnes médiatiques faites pour se donner bonne conscience et se tailler une étoffe de réconciliateurs, les actes de nos nouveaux gouvernants prouvent que la réconciliation en Côte d'Ivoire n'est qu'une vue de l'esprit et une mauvaise farce. Si ce n'est une arnaque ou une escroquerie morale.

La quatrième hypothèse fausse : La France n'est pas un protagoniste de la crise ivoirienne. Elle n'a tué aucun ivoirien et n'est pas à l'origine de la crise ni n'y a pris aucune part. Elle n'est donc pas conviée aux assises. Or, l'histoire récente de la Côte d'Ivoire est encore vivace dans notre esprit. Les ex-rebelles ont bénéficié de l'assistance technique de l'armée française, depuis 2002. Sur ordre de Jacques Chirac, elle a détruit la quasi-totalité des aéronefs ivoiriens en Novembre 2004, tué plus de 60 patriotes ivoiriens et fait plus de 1000 blessés dont des dizaines d'handicapés à vie auxquels elle n'a versé aucun dommage et intérêt. Elle a tenté, en outre, d'assassiner le Président Laurent Gbagbo, en Avril 2011, en bombardant les pièces de la résidence présidentielle où il était censé se trouver aux moments de l'attaque des hélicoptères Puma français et Mi24 onusiens. Pis, elle rechigne à reconnaître tous ces faits, pourtant criants. Ne pas donc inviter la France à se prononcer sur sa responsabilité dans la crise ivoirienne est une esquive grave et inacceptable.

La cinquième hypothèse fausse : Le Burkina Faso n'a jamais hébergé les ex-rebelles ivoiriens et n'a jamais envoyé de soldats combattre en Côte d'Ivoire contre le régime de Laurent Gbagbo jusqu'à sa chute. Ses soldats ne font pas partie de la garde rapprochée du nouveau président ivoirien. Ce pays ne peut donc être concerné par les assises du dialogue et de la vérité. Or, il est de notoriété que ce pays a servi, sans discontinuer, de base-arrière à la rébellion ivoirienne. Le tenir à l'écart de cet important rendez-vous de l'Histoire ivoirienne - si ce n'est sous-régionale - est une insulte à la mémoire des ivoiriens qui ont péri dans cette crise et un mépris pour notre peuple.

Où court donc Charles Konan Banny avec autant de précipitation ? Les principaux protagonistes ne sont pas conviés à la grand'messe de la vérité ou sont tout simplement ignorés. Qu'est-ce qui presse tant alors ? La nécessité de faire un simulacre de réconciliation pour amadouer l'opinion internationale ou les bailleurs de fonds ? Les blessures sont encore vives, les bourreaux n'ont pas encore donné le moindre signe de regret, ne serait-ce qu'en mettant un terme à leurs exactions. Les exilés, partie prenante dans la crise, ne sont pas encore rentrés. D'ailleurs, aucune garantie ne leur est donnée dans ce sens. La justice des vainqueurs brille encore de tous ses feux. L'opinion des elders (aînés) venus nous épauler dans notre quête de paix définitive ? Pas importante. Surtout, celle du prélat Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix et président de la Commission Vérité et Réconciliation sud-africaine. Les Ivoiriens n'ont pas besoin de l'expérience sud-africaine. Ils donnent la preuve de leur suffisance. Que sert-il alors de copier le pays de Nelson Mandela si ce n'est pour faire au moins comme lui, à défaut de faire mieux ? Quelle est cette obstination à s'inscrire en pire ? Le Prix Nobel de la paix a été très clair dès le départ : « Il faut éviter la justice des vainqueurs. Au sortir d'une crise aussi grave, le souci ne doit pas être de trouver des coupables mais de restaurer la cohésion sociale ». Il avait donc recommandé la libération du Président Laurent Gbagbo pour y contribuer de la plus belle des façons. Ouattara est resté sourd à cet appel fraternel. Ce qui a dû le vexer et justifier l'absence extrêmement remarquée de l'évêque anglican à l'investiture de la CDVR.

Le Premier ministre de Ouattara, Soro Guillaume, a même enfoncé le clou : « La guerre qui a eu lieu en Côte d'Ivoire est finie. Ceux qui doivent répondre devant la justice répondront devant la justice. Je lis des choses dans les journaux : il faut libérer Gbagbo pour qu'il y ait la réconciliation. Mais arrêtons ! ». En désignant le camp Gbagbo comme seul coupable, il lui assène : « Faites la repentance et dites aux Ivoiriens ce que vous avez fait contre eux », avant de terminer, triomphant : « Si c'est nous qui avions perdu, on ne serait même pas là pour parler de réconciliation. Nos têtes seraient brandies devant le palais  comme des trophées de guerre ». Ahurissant de la part d'un Premier ministre ! Cette arrogance nous laisse interdit. Vous parlez d'une dynamique et d'une disposition à la réconciliation ! Quand on ajoute à tout ceci le fait que les adversaires de Ouattara sont tous détenus avec de faux chefs d'accusations, la justice des vainqueurs n'est pas prête de s'estomper en Côte d'ivoire pour céder la place à une véritable volonté de paix.

Ainsi donc, comme on peut le voir, le camp Ouattara veut imposer à la Côte d'Ivoire une réconciliation qui n'en est pas une, et pire, qui est même à mille lieues d'en être une, avec la certitude qu'elle constituera le terreau de mensonges éhontés, et partant, de graves frustrations qui pourraient faire le lit d'une déflagration plus grande que celle que nous venons malheureusement de traverser.

Charles Konan Banny veut aboutir à des conclusions rigoureuses et vraies, à même d'aider à ressouder le tissu social ivoirien en lambeaux, en partant d'hypothèses fausses. - Qui lui sont certainement imposées. A sa décharge -. Impossible d'y parvenir. Véritable mythe de Sisyphe. Deux alternatives s'imposent désormais à lui : réunir les conditions d'une réconciliation nationale vraie ou déposer sa démission au chef de l'Etat, si celui-ci ne manifeste pas davantage de volonté d'aller à la paix. Nous ne sommes pas certains de vouloir l'accompagner dans sa mascarade. A moins qu'il ne se ressaisisse à temps et ne s'impose à tous. Même à ceux qui l'ont nommé. Autrement, il faudrait désespérer de la réconciliation ivoirienne.

 

Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !

 

DINDE Fernand AGBO

 

Une version revue in le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 335 du jeudi 6 octobre 2011 (1ère partie) et N° 336 du vendredi 7 octobre 2011 (2ème partie)