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mercredi, 18 juillet 2012

RIVIERA PALMERAIE: LE SCANDALE DES RAFLES AVEUGLES DE HAMED BAKAYOKO


HAMED BAKAYOKO 2.jpg

 

Ce lundi 16 juillet, le quartier Saint Viateur 6 situé à la Riviera Palmeraie, rue ministre, au niveau du complexe sportif va connaître une agitation particulière. Aux environs de 20h30 plusieurs chefs de famille se retrouvent au complexe sportif. Motif ?

Chacun d’eux a dû se rendre de toute urgence sur les lieux suite à l’appel indigné de plusieurs personnes victimes des rafles systématiques opérées par la police nationale.

L’opération est conduite sur le terrain par les agents de la CRS qui ont reçu l’ordre formel de ne discuter avec personne. L’indignation des familles est d’autant plus grande que les personnes raflées n’ont rien à se reprocher.

Pourquoi fait-on asseoir en file, à même le sol, ces personnes qui sont toutes formellement reconnues comme des habitants tranquilles des lieux, au point de rappeler les raflés de la station Lubafrique de Yopougon au cours de la crise ?

La tension monte. Ecoutez, nous n’avons rien à vous dire. Quelques minutes plus tard, on entend un agent zélé répondre à un « chef ».

- Oui chef, ici nous avons atteint le quota. Ils (les personnes raflées) ont tous le profil demandé.

Un député arrive sur les lieux et décline son identité. « Je suis le député NKO. Que fait mon fils ici ? Votre fils, honorable, c’est lequel ? Un jeune métis se lève avec des dreads. C’est celui-là votre fils ? Par ces temps-ci, des cheveux comme ça, c’est pas bon… »

- Avez-vous au moins procédé à un contrôle d’identité ?

- Non, Honorable. Dans cette opération, on rafle systématiquement, sur ordre des patrons. Il y a eu, ce soir, 5 braquages dans le quartier. Nos chefs veulent des résultats. On va conduire tout le monde au poste. Au Sama 35. (Entendez, Commissariat du 35 ième). Là-bas, une liste des personnes appréhendées sera dressée. Elles seront conduites à la Préfecture pour contrôle d’empreintes et d’identité. Si elles ne font pas partie du fichier des personnes recherchées ou des personnes évadées, elles seront relâchées. »

Les familles médusées réalisent que leurs parents vont probablement passer une nuit agitée au violon du 35 ième.

Cap sur le poste de police. Ambiance surchauffée puisqu'un quota de 35 personnes est atteint. 35 personnes derrière les barreaux, dans une chaleur d’étuve digne des animaux parqués.

Les échanges entre les familles venues à la rescousse font ressortir les points suivants. Il y avait sous les verrous :

- 4 candidats au BAC qui rentraient à la maison ;

- Un cadre habillé en relax qui avait rendu visite à son jeune frère et attendait son taxi pour rentrer ;

- Un gardien pris sur son lieu de travail en train de surveiller les voitures des visiteurs de son patron au motif suivant: « Toi, tu peux habiter dans une maison comme celle-là ? » ;

- Plusieurs travailleurs qui revenaient du boulot et qui ont été accueillis à leur descente du woro- woro, juste à la petite gare en face du complexe sportif ;

- deux mécaniciens qui venaient livrer une 4x4 réparée à leur client ;

- Un fidèle qui revenait de rendre visite à son pasteur en compagnie de son épouse et qui a été séparé de celle-ci par les CRS ;

- Le fils d’un colonel qui a décidé de se constituer prisonnier si on ne lui explique pas de façon claire et irréfutable les raisons pour lesquelles son petit devrait « dormir » en prison.

Le cas des candidats au BAC réussit à arracher un peu d’émotion à quelques agents de police qui décident de « faire quelque chose ». Ceux-ci vont au contact du commissaire. Leur surprise est grande de savoir que le commissaire s’est éclipsé en prenant le soin de verrouiller les serrures du violon. Et jusqu’ à minuit, personne n’a de ses nouvelles.

Une personne qui avait talonné le commissaire avant qu’il ne « s’évanouisse » dans la nuit noire de la palmeraie a avoué ceci:

« Le commissaire peut faire quelque chose pour les familles qui sont prêtes à faire un geste. Sinon, ce soir, ils dormiront tous en prison »… Hélas pour lui, personne n’était prêt à payer le moindre copeck !

Voici la réflexion d’un militant du RDR…: C’est Hamed qui va nous traiter comme ça, aujourd’hui ? Alors que nous avons combattu ensemble les bavures policières, les délits de faciès, depuis Bédié jusqu’à Gbagbo ? Vraiment, le pouvoir rend aveugle ! Ce n’est pas pour ça qu’on a lutté, quand même !

A la réflexion, ces rafles systématiques ne cachent-elles pas l’impuissance et la frilosité du pouvoir, qui ne sachant que faire, se cache derrière des quotas pour des objectifs de communication ? Alors que les évasions continuent de plus belle, que les bandits sont en roue libre et que les familles sont chaque jour exposées à l’insécurité la plus totale ?

 

Une correspondance de Cissé Kadengué

 

Source: DEBOUT COTE D'IVOIRE