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dimanche, 11 mars 2012

ELECTION DU PRESIDENT DE L'ASSEMBLEE NATIONALE: COMMENT OUATTARA MENACE LA SEPARATION DES POUVOIRS

 

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Les députés de Côte d'Ivoire se réunissent lundi prochain à Yamoussoukro pour élire leurs président et vice-président. Une fois n'est pas coutume Ouattara s'est encore invité dans le processus pour donner un coup de main à son «bon petit» Soro. Si Ouattara pouvait signer un décret pour nommer Soro au perchoir, il l'aurait certainement déjà  fait. Sans hésitations. Après avoir joué au jeu de cache-cache avec le Pdci-Rda à qui devrait revenir la Primature, le voilà coincé, face à la grogne des militants du vieux parti que Bédié n'arrive plus à canaliser. De son côté, le secrétaire général des ex-rebelles fait de la résistance, et veut se maintenir à la Primature. Des émissaires de chef d'Etat étrangers sont même envoyés en renfort pour raisonner Soro et l'amener à lâcher prise. Il accepte, mais pas à n'importe quelles conditions. En contrepartie, il veut le poste de président de l'Assemblée nationale. Au Rdr, majoritaire à l'Assemblée, ça ne fait pas l'unanimité. Mais le plus grand obstacle est l'âge minimum pour postuler : avoir 40 ans. Comment surmonter cette disposition constitutionnelle pour satisfaire Soro ? C'est le tour de force que vient d'opérer Alassane Ouattara en s'invitant dans un débat qui concerne le pouvoir législatif par un décret relatif «à l'élection à la présidence et à la vice-présidence de l'Assemblée nationale pour la deuxième législature, dont le dispositif est le suivant : Article 1. Pour les élections à la présidence et à la première vice-présidence de l'Assemblée nationale, de la deuxième législature, les candidats présentés par les partis politiques signataires de l'accord de Linas Marcoussis sont éligibles».

Le tour est joué. Soro n'a plus besoin d'avoir 40 ans comme le stipule la Loi fondamentale pour être président de l'Assemblée nationale. Ouattara vient de tout déverrouiller avec l'accord de Marcoussis.  Ses députés, domestiqués, ont reçu instruction ferme de voter pour l'ancien leader estudiantin qui a assumé la rébellion en Côte d'Ivoire avec son corollaire de morts par milliers. Et dire qu'on viole la loi, le règlement de l'Assemblée nationale, celle-là même qui fait la loi. Il y a de quoi désespérer.

Constitution-Ouattara : «je t'aime, moi non plus»

Alassane Ouattara, principal bénéficiaire et financier de la rébellion ivoirienne - si l'ont en croit les révélations du chef de guerre Koné Zakaria - a pu être candidat de façon exceptionnelle à la présidence de la République de Côte d'Ivoire, à la suite de différents accords, notamment celui de Pretoria. C'est certainement cet arrangement politique qui lui a fait prendre goût aux mesures d'exception, qui lui collent à la peau dans sa gouvernance. Même le Conseil constitutionnel, garant de la Constitution, n'y a pas échappé. Après sa prestation de serment épistolaire, il a franchi le Rubicon en nommant un nouveau président à la tête de l'institution, au mépris de la loi. Ironie du sort, c'est un constitutionnaliste de renom qui en est le principal bénéficiaire. Qui ne s'en est pas senti gêné du tout. On se demande bien, en tout cas, à quoi va servir cette Assemblée nationale cornaquée pour être un béni-oui-oui de l'exécutif. C'est quand même choquant de constater que l'Assemblée nationale, qui vote les lois, puisse voir son règlement violé de la sorte par l'exécutif. C'est aussi ça l'envers de la «nouvelle» Côte d'Ivoire. C'est-à-dire la «République du N'importe-Quoi».


Benjamin Silué


Source: LE NOUVEAU COURRIER