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mercredi, 09 novembre 2011

LE GOUVERNEMENT JOUE LA DETENTE EN LAISSANT PROFILER LA LIBERATION DE PLUSIEURS PRISONNIERS PRO-GBAGBO


LES PRISONNIERS DE OUATTARA.jpg

Un communiqué du procureur général dont plusieurs publications locales ont eu connaissance indique  que « la chambre d'accusation de la cour d'appel d'Abidjan examinera (ce matin) les demandes de mises en liberté provisoire » formulées par plusieurs proches du Président Gbagbo.


La décision appartient désormais à la cour d'appel d'Abidjan même s'il ne suffit pas de le dire pour que la politique s'éloigne d'un tel dossier. Elle examine, ce matin, à son audience du jour « diverses demandes de mise en liberté provisoire » qui auraient été « présentées par les personnes inculpées dans le cadre de la crise postélectorale ». La plupart des proches de l'ancien président ont été en effet déportés dans plusieurs villes au nord du pays, ainsi que le Président Gbagbo lui-même, assigné à résidence surveillée à Korhogo depuis son arrestation le 11 avril dernier. La rumeur de la libération d'une partie des cadres de la majorité présidentielle avait fuité il y a deux semaines dans plusieurs tabloïds locaux. Le communiqué du procureur de la cour d'appel d'Abidjan  lui donne ainsi un surplus de crédibilité d'autant plus que Ouattara négocie toujours la participation du Front populaire ivoirien aux prochaines législatives. Selon l'ancien ministre de la défense de Laurent Gbagbo Amani N'guessan, entré au secrétariat général du parti après l'emprisonnement d'Affi N'guessan puis la démission de Mamadou Koulibaly, Ouattara le leur avait promis même s'il préfère attendre et refuse manifestement d'en faire des gorges chaudes.

Si on se doute bien que le régime de Ouattara ne forcera pas sa nature jusqu'à libérer le Président Laurent Gbagbo, en revanche on n'en sait rien des personnes concernées par ce possible élargissement. A priori, c'est le bataillon de Boundiali piégé par la fausse protection de l'ancien représentant spécial du Secrétaire général de l'ONU Young Ji Choï qui arrache le point des pronostics.

Les villes du nord où sont détenus les prisonniers sont : Bouna avec le président du FPI Pascal Affi N'guessan, Michel Gbagbo fils aîné du président Gbagbo, Diabaté Bêh membre du conseil économique et social, le caméraman de la télévision ivoirienne Serges Boguhet ou encore le secrétaire général de l'Université de Cocody Kobi ; Katiola avec le premier vice-président du FPI Abou Dramane Sangaré, le protocole du président Gbagbo Koné Boubacar, Jean-Jacques Béchio et la présidente des femmes patriotes Genéviève Bro Grébé ; à Boundiali avec près de la moitié du dernier gouvernement Gbagbo, notamment le premier ministre Aké N'gbo, Alcide Djédjé conseiller diplomatique du Président Gbagbo, Philippe Dacoury-Tabley, ancien gouverneur de la BCEAO, les ministres Danielle Boni Claverie et Christine Adjobi, nos confrères Gnahoua Zibrabi et Armand Bohui, l'ancien secrétraire d'Etat à la sécurité sociale Armand Ouégnin... Quant à la plupart des militaires arrêtés, qu'ils soient de la garde rapprochée du président Gbagbo ou parmi les officiers, ils sont détenus au CTK de Korhogo qui est un camp militaire. Laurent Gbagbo est, lui, détenu officiellement à la résidence présidentielle de Korhogo tandis que son épouse est déportée à Odienné.

Le gouvernement joue la détente en laissant profiler à l'horizon la libération de certains d'entre eux. Le site Afrik 53 prêtait avant-hier à l'arrivée de Claude Guéant la possibilité d'un élargissement de nombreux prisonniers proches de Gbagbo. Le ministre de l'Intérieur français n'a pas effleuré la question en conférence de presse et a officiellement parlé de sécurité et de la nécessité d'arriver à de bonnes législatives en Côte d'Ivoire. Cependant selon frat-mat.info, la Commission électorale indépendante a prorogé hier, pour la énième fois, les délais de dépôt des candidatures. Le gouvernement ne démord pas de faire participer le FPI aux élections et multiplie les appels du pied. Mais selon des sources indépendantes, tout dépendra de l'ampleur de l'élargissement : « Si le gouvernement se limite à quelques personnalités de moindre influence, alors il faut s'attendre à voir la situation se crisper à nouveau. Par contre, si Affi N'guessan fait partie des personnes libérées aujourd'hui, alors on pourrait s'attendre à ce qu'il négocie dans les prochaines semaines les conditions politiques de la libération du Président Gbagbo ». Et là, on pourrait à nouveau parler de réconciliation nationale.


Joseph Titi, in le quotidien ivoirien « Aujourd'hui » N° 93 du mercredi 9 novembre 2011.