topblog Ivoire blogs

lundi, 26 août 2013

COTE D'IVOIRE - ANTICIPER ET OEUVRER POUR LE RETOUR AU PAYS DU PRESIDENT GBAGBO


GBAGBO, OUATTARA ET BEDIE 2.jpg


Libre opinion par Ephrem Youkpo Journaliste-Producteur, Auteur Groupe X-POL ACTIVE SUD 1ère – 1ère télévision de nos cultures 100% métissées.

 

La réconciliation à quel prix ? Doit-on y croire ? A quelle sauce ? Comment ?

Depuis l’accession au pouvoir d’Alassane Ouattara, devrais-je dire aussi de manière calamiteuse à l’image des précédents, sans mâcher mes mots, parce que je reste convaincu quoi qu’on dise ou pense, sans vouloir créer la polémique, que le recomptage des voix nous aurait réellement situé sur le vrai vainqueur de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire en 2010.

Le recomptage n’aurait pas été exceptionnel à la Côte d’Ivoire puisqu’il s’est fait en Afghanistan et à Haïti, entre autres, pendant que les bombes pleuvaient sur la Côte d’Ivoire pour le même sujet. On aurait fait l’économies de la catastrophe que l’on sait puisqu’ il y avait la Communauté dite internationale, l’Onuci et les observateurs pour encadrer cette opération. Même lors des élections régionales ou municipales en France, l’on a eu recours au recomptage des voix. C’est un procédé démocratique qui permet d’établir la vérité au moment du doute et de litige. Et croyez-moi, on en serait sortis grandis. Comme beaucoup d’entre vous, je reste encore sur ma faim devant toute cette cacophonie, ces non-dits qui ont entraîné des emprisonnements, des peurs et tout ce chaos à n’en plus finir qui ne rassure personne. Bref.

Parlons un peu de réconciliation. Ce mot qui finit par être dénué de tout son sens, je le trouve galvaudé venant des politiques ivoiriens ou apprentis sorciers. Je crains qu’on mette la charrue avant les bœufs sinon on roule a contresens. Comme la majorité d’Ivoiriens, j’avoue que je suis encore sceptique sur le processus actuel pour arriver à la réconciliation. Si c’est vraiment une préoccupation principale pour les dirigeants actuels du pays, la recette n’étant pas digeste, ils devront la changer, la doser d’une grande part d’humilité, en prenant le temps d’écouter le peuple, de lire dans les lignes, de bien fixer leurs regards parce que ce ne sont pas toutes les larmes qui sont visibles. En Côte d’Ivoire, comme si un chaos en appelait un autre, celui qui accède au pouvoir, peu importe la manière (Bédié, Guéhi, Gbagbo, Ouattara), croit être l’homme providentiel qui détiendrait la formule magique pour la réconciliation, avec ses concepts, ses milliards à dépenser pendant que le peuple a faim, pendant que des régions entières sont privées de leurs cadres, des parents de leurs enfants et vice-versa, qui sont soit en exil, soit jetés en prison, humiliés, bastonnés, etc. Ce constat est aussi valable pour ceux d’hier que pour ceux d’aujourd’hui.

Que ceux qui revendiquent l’héritage de feu Houphouët-Boigny se souviennent de cet adage qui lui était cher, je cite : « un homme qui a faim, n’est pas un homme libre. » Ils devront en prendre de la graine. En Afrique, détenir un cadre en prison c’est détenir tout son village, toute sa région et son groupe ethnique dont il fait la fierté. On ne peut exiger le sourire de celui qui n’a pas des nouvelles de son frère, de son père, de son fils ou de sa mère, à moins qu’on ait une pierre à la place du cœur. Souvenons-nous du tollé au sein de la communauté nordiste lorsque Ouattara était en exil, ce qui a même conduit à des manipulations politiques qui ont failli opposer musulmans et chrétiens. C’est certainement ce constat qui avait conduit son prédécesseur Laurent Gbagbo à faire en sorte qu’il revienne en Côte d’Ivoire, jusqu’à permettre sa candidature autrefois refusée par Konan Bédié qui l’avait mis sous le coup d’un mandat d’arrêt international. L’histoire est têtue. Les ivoiriens s’en souviennent encore et attendent le retour de l’ascenseur de monsieur Ouattara à l’endroit de Gbagbo. C’est aussi cela le jeu politique. Alors n’ayons pas peur de le dire, je souhaiterais que Monsieur Guillaume Soro le Président de l’Assemblée nationale et Monsieur Hamed Bakayoko le ministre de l’intérieur que j’appelle respectueusement  »mes frères » qui sont de notre génération, l’élite politique de demain et aspirent tous les deux à une Côte d’Ivoire nouvelle se joignent à nous pour œuvrer pour la libération totale des prisonniers politiques, qu’ils soient des Ex-fds ou de simples citoyens qui auraient eu le tort d’être de l’autre camp.

Nul n’est infaillible surtout dans cette horreur qu’a connu le pays où aucun acteur n’est blanc comme neige. Ayons le courage de le dire, nous l’avons fait lorsque Alassane Ouattara était injustement en exil et nous le faisons maintenant pour Laurent Gbagbo avant que des masques ne tombent, que des vérités et des secrets soient sus, avant que les yeux du peuple ne finissent par s’ouvrir complètement, et pour arrêter des articles des médias amis d’hier qui ont commencé à retourner la veste, il faut anticiper et œuvrer pour le retour au pays du président Gbagbo. C’est le pays qui en ressortira guéri, grandit, le pouvoir en place se consolidera dans ses actions et les cœurs seront pansés. Si c’est vraiment la réconciliation que recherche le pouvoir en place d’où le vrai préalable susceptible de conduire à l’unité du pays autour d’un seul chef pour tous. Parlons-en.

Ensemble, construisons notre Légende.
2015, c’est demain!

 

Source: CONNECTION IVOIRIENNE

samedi, 01 juin 2013

UNIVERSITE FELIX HOUPHOUET-BOIGNY: LES FONDEMENTS DU MALAISE, LA DECOUVERTE DE L'ARNAQUE

CISSE BACONGO.jpg

Le ministre Cissé Bacongo de l'Enseignement supérieur

 

Par Professeur Bruno Gnaoulé-Oupoh, U.F.R Langues, Littératures et Civilisations, Département de Lettres Modernes.


Depuis le début de la rentrée universitaire 2012 – 2013, annoncée et effectuée à grand renfort publicitaire et battage médiatique sans précédent, le 03 septembre 2012, le malaise couve. Il résulte du seul constat de l’abîme qu’il y a entre l’université du renouveau annoncé avec tous les équipements électroniques ultra modernes, et le véritable « riz couché » servi dans de vieux plats repeints. Les mêmes bâtiments existants auxquels se sont ajoutés les deux amphithéâtres financés par le district d’Abidjan sous le gouverneur Pierre AMONDJI, constituant l’essentiel des infrastructures.

1. La réalité des faits

Ce constat affligeant, heurte d’autant plus la conscience que quelques semaines avant cette rentrée universitaire relativement aux travaux de construction, un scandale lié à un marché de cent dix milliards (110.000.000.000 frs CFA) passé de gré à gré, entre le ministre de l’enseignement supérieur, Cissé Bacongo, et l’entreprise SIMDCI avait défrayé la chronique. Et le ministre Bacongo interpellé en son temps sur ce délit d’initié, avait cru devoir limoger son directeur des affaires financières (DAF), un second couteau ; il s’était aussi essoufflé en moult explications aussi oiseuses les unes, les autres, sans convaincre. Et l’on attendait impatiemment la rentrée universitaire pour savoir ce qu’il a fait de toute cette fortune. Cette attente était d’autant plus fondée que dans le même temps le gouvernement a multiplié par six (06) les frais d’inscription à l’université qui sont passés de six mille francs (6.000 frs CFA) à trente mille francs (30.000 frs CFA) au premier cycle et par dix, à soixante mille francs (60.000 frs CFA) pour les niveaux supérieures.

Enfin, comme si tous ces problèmes ne suffisaient pas, il y a le nouveau système LMD imposé précipitamment aux étudiants et enseignants, sans qu’ils n’y aient été préparés et surtout sans qu’on ait pourvu aux mesures infrastructurelles et didactiques d’accompagnement nécessaires.

Voilà les fondements du malaise que le fonctionnement bancal, mensonger et approximatif de cette université, exacerbe chaque jour, surtout au regard des sommes colossales, scandaleusement englouties dans sa prétendue rénovation. Jugez-en vous-mêmes, au regard des faits et du témoignage qui suit.

2. Des conditions de vie pénibles

Après leur réhabilitation, les bâtiments de cette université trônent désormais dans un décor désolé, sans connexion les uns avec les autres, sans abri pour faciliter la circulation des usagers (étudiant – enseignants) exposés aux intempéries, soleil et pluies, sur de longues distances. Et comment étancher sa soif ou satisfaire un besoin naturel qui presse, quand les petites vendeuses d’eau glacée sont traquées, battues, et en l’absence de bornes fontaines et de toilettes. Situation très incommodante pour tous (enseignants, enseignés, visiteurs) dans cette université. Ils (les constructeurs gestionnaires de cette université) n’y ont pas pensé.

Ils n’ont pas non plus pensé à comment se procurer des unités quand votre portable vient à en manquer subitement et qu’il vous faut passer un appel urgent. Un besoin devenu banal, très courant mais qui ne peut être satisfait dans l’enceinte de l’université. Il faut en sortir pour effectuer un transfert d’unités sur votre mobile, pour pouvoir effectuer un appel, les bureaux des enseignants n’étant pas équipés de téléphone. Ne parlons pas de connexion internet puisque les ordinateurs et les réseaux Wifi promis n’existent pas non plus.

En lieu et place de ces promesses non tenues, les concepteurs réalisateurs de la rénovation, ont institué de nombreuses contraintes dont la plus absurde est l’improvisation, de deux gares de bus pour les étudiants, l’un sur le trottoir exigu en face du CHU de Cocody, l’autre devant l’Ecole Nationale de police. Des bousculades monstres en ces lieux ont déjà causé d’énormes et inutiles dégâts humains parmi les étudiants, un mort, un mutilé, et des blessés, cela dans l’indifférence froide du ministre Cissé Bacongo. Or les navettes promises pour déposer les étudiants dans l’enceinte de l’université, n’étant pas non plus au rendez-vous, il eut été tout simplement plus sage d’autoriser les autobus à entrer dans l’université pour déposer les étudiants sur l’espace déjà existant, aménager des abris sur les quais en prolongeant l’un de ces abris jusqu’au premier bâtiment de l’U.F.R biosciences. Cela permettra à coup sûr de mettre ces étudiants (nos enfants) à l’abri des intempéries (soleil, pluies) et de la fatigue incompatible avec l’effort intellectuel qu’on attend d’eux.

Deuxième contrainte faite aux usagers de cette université, l’interdiction qui leur est faite d’y entrer avec le taxi qu’ils ont emprunté. Des vigiles doublés d’éléments des FRCI font respecter strictement cette consigne. Obligation vous est donc faite de continuer à pieds. Et tant pis pour vous si vous n’avez pas prévu de parapluie, si vous n’êtes pas très bien portant ou que vous avez ce jour porté des chaussures inappropriées pour une longue marche. C’est à prendre ou à laisser, frustrant forcément. Et c’est le lot quotidien des enseignants et des étudiants. Les motos et autres cycles étant aussi prohibés, on aurait pu écrire au fronton de cette université ceci « Nul ne fréquente aisément ce lieu s’il n’est en, ou n’a une voiture ».

Troisième contrainte, c’est la présence encombrante et inutile d’une police spéciale et des FRCI sur le campus. Ils ne garantissent qu’une seule chose, l’insécurité, comme on s’en rendra compte dans les lignes qui suivent.

3. L’insécurité permanente

Mon bureau de 5m² que je partage avec mes assistants, pour qu’ils aient au moins où s’asseoir, est dépourvu de rideaux et d’antivols aux fenêtres, à l’instar des autres bureaux, dont les vitres coulissantes ne peuvent êtres bloquées de l’intérieur. Ne vous avisez donc pas d’y laisser un outil de travail personnel, de l’argent ou un téléphone portable en charge. Vous êtes sur de ne pas le retrouver une fois que vous avez le dos tourné.

Les vols sont récurrents dans cette université censée être de formule 1, haut de gamme, et s’effectuent même en plein jour par des braquages. Le dernier en date est celui que relate le journaliste Fofana Mambé dans le quotidien « Soir Info » N° 5603 du mardi 28 mai 2013, page 16, sous le titre « attaque à main armée à l’université Félix Houphouët Boigny : une forte somme d’argent emportée ». « Lundi 27 mai 2013 des individus armés de kalachnikovs ont attaqué le service comptabilité de l’U.F.R de sciences économiques de l’université Félix H. Boigny – Cocody. Ils ont emporté un million cinq cent soixante mille francs (1.560.000 frs CFA) représentant les encaissements de la journée du vendredi 24 mai 2013 (…) comme relaté par nos sources, c’est aux environs de 10 H qu’un véhicule (…) gare devant les bureaux de la comptabilité.

Deux hommes en descendent et pénètrent dans lesdits locaux. A l’intérieur ces individus qui n’ont rien d’étudiants, sortent des kalachnikovs. Les criminels accèdent ensuite au bureau du chef de service qu’ils prennent en otage. Puis ils font remettre la somme indiquée avant de quitter les lieux, à bord de leur véhicule, sans la moindre inquiétude alors que des éléments des FRCI armées jusqu’aux dents sont postées devant le campus. La battue, de presque tout le périmètre, effectué immédiatement ne donne hélas rien.

Les gangsters s’étaient déjà évaporés dans la nature. Comment – s’interroge le journaliste Fofana Mambé – des bandits peuvent-ils opérer aussi aisément dans une structure fortement fréquentée et de plus bénéficiant d’une sécurité faisant d’elle une citadelle imprenable ? Vraiment bizarre ». Conclut-il.

Mais il n’y a pas que tout ce qui vient d’être dit qui soit bizarre. Ce qui l’est le plus, est qu’une université dont la vocation première est l’enseignement et la recherche, doit disposer de salles de cours en nombre suffisant et de laboratoires équipés pour fonctionner. Or l’université de Cocody souffre d’un grave déficit de salles de cours et d’équipements didactiques que sa rénovation (?) est loin d’avoir résolu.

4. Une grave pénurie en salles de cours et équipements

Le département de Lettres Modernes dont je suis un des enseignants et qui compte plus de six mille (6.000) étudiants, ne dispose en tout et pour tout que d’un amphithéâtre de trois cents (300) places, l’Amphi 7, pour les cours magistraux et de quatre (4) salles de soixante (60) places, précisément les salles 1, 2, 3 et 4 du bâtiment C pour les travaux dirigés (TD). J’ai dispensé aux mois de janvier et février 2013 mes cours magistraux destinés aux mille six cents (1.600) étudiants de première année (Licence 1) dans cet amphi 7 surpeuplé à l’intérieur, et où pour espérer avoir une place assise, l’étudiant doit se réveiller au moins à 4 H du matin. La climatisation qui fonctionne par intermittence est inopérante face au surpeuplement qui exige que les portes soient ouvertes ; j’ai effectué sur les dix séances de cours magistraux, sept sans micro, dans cet amphi sans tableau avec l’estrade envahie d’étudiants, assis, débout, dans une atmosphère surchauffée, suant et transpirant comme leur maître contraint de hurler son cours pour espérer être au moins entendu, à défaut d’être compris.

Les bureaux des enseignants de l’université de Cocody ne sont équipés de façon sommaire que d’un bureau de travail, de trois fauteuils et un petit meuble de rangement. C’est-à-dire le même équipement qu’un planton de ministère encore que lui, au moins, à un poste de téléphone fixe où il peut être joint en cas de nécessité. Les outils de travail (papier rame, stylos, chemises cartonnées, etc.) sont à la charge des enseignants. Seulement 1/3 sur le millier d’enseignants chercheurs de cette université, a un bureau. Les 2/3 sont dans la nature ne sachant où s’asseoir avant et après un cours.

C’est parce que tous ces problèmes sont restés pendant longtemps irrésolus que nous avions tous espéré que le nouveau pouvoir qui a crié et juré à la face du monde qu’il les résolverait, était attendu sur ce chapitre. Parents, étudiants et enseignants ont pris leur mal en patience. Ils ont accepté, contre mauvaise fortune bon cœur la majoration des frais de scolarité dans les proportions que l’on sait, faisant ainsi leur part de sacrifice.

Au finish, la montagne a accouché d’une souris. Une bien maigre souris. Cela aussi parce que des priorités ont été accordées à des travaux secondaires. Une clôture kilométrique au demeurant inachevée qui ne protège contre rien. Le ver est dans le fruit. Il a pour nom police universitaire et FRCI qui ne voient pas, ou qui refusent de voir les gangsters qui opèrent. Des hectares de pelouses traversés par des pistes bitumées. Des collines rasées à coup de pelleteuses et autres graders budgétivores. Les concepteurs rénovateurs ont misé sur le décor, pour faire bien, éblouir.

Or une école, à plus forte raison une université, c’est d’abord et avant tout des amphithéâtres, des salles de cours de TD et de TP, des laboratoires équipés, des bibliothèques. Tout cela en nombre suffisant pour que les enseignements et la recherche se déroulent sans accroc.

5. Le modèle promis des universités américaines, n’est pas au rendez-vous à Cocody

Le verdict est aujourd’hui implacable. Les concepteurs rénovateurs de l’université de Cocody sont de toute évidence passés à côté de la plaque. Le pot aux roses est découvert. Et dire que dans la communication massive qui a accompagné cette rénovation, le chef de l’Etat, qui est lui-même monté au créneau, avait annoncé créer à Cocody une université avec toutes les commodités des universités nord américaines où il a étudié.

Pour avoir effectué des missions d’enseignement, de recherches et d’encadrement de master et doctorat PHD dans quelques unes de ces universités (Université Laval du Québec au Canada, New-York University etc.), je peux témoigner ici que ce qui nous a été servi à l’université de Cocody est très loin du compte.

Le campus de l’université Laval du Canada où j’ai été logé durant mon séjour dans une grande suite du bâtiment réservé aux professeurs étrangers invités, est relié aux facultés distantes de cinq cent mètres par un vaste réseau de couloirs souterrains qu’empruntent les étudiants pour accéder à leurs facultés respectives. Cela pour les protéger contre le froid. Les températures peuvent descendre à moins trente degrés (-30°C). Ces facultés sont logés dans des immeubles interconnectés où l’on trouve tout – les amphis, salles de cours, laboratoires, bibliothèques et librairies sur les mêmes paliers. Les autres commodités de la vie courante sur d’autres paliers, cafeterias, restaurants, banques, guichets automatiques, bureaux de poste, crèches, pour les nourrissons, garderies, supermarchés, etc. En un mot un monde qui se suffit à lui-même et destiné à créer les conditions idéales pour l’enseignement, les études et la recherche.

L’administration, les centres de recherches et les bureaux des enseignants sont situés sur d’autres paliers. Chaque enseignant est doté d’un bureau très bien équipé. Celui qui m’a été affecté, de 16m² avait une bibliothèque et un équipement complet internet très haut débit permettant de consulter à distance les ouvrages dans toutes les bibliothèques des universités du monde entier connectées au réseau.

Faites-vous-même la comparaison, et vous constaterez aisément qu’il n’y a pas photo. Mais les étudiants et les enseignants d’un PPTE (Pays pauvre très endetté) comme le nôtre n’ont pas forcément besoin de tout cela et peuvent se contenter des infrastructures et équipements indispensables énumérer ci-dessus, pour travailler convenablement. Cela à condition que les dirigeants leur tiennent un discours de vérité humble et honnête. On ne peut pas servir le mensonge à des intellectuels. Ils vont le découvrir aussitôt et gare au retour du bâton.

Parents d’élèves, citoyens, contribuables, nous avons de toute évidence été arnaqués dans la réhabilitation de l’Université F.H.B. Un audit s’impose donc sur les 110 milliards engagés, pour faire la lumière sur les dépenses qui ont été faites afin que tout le monde soit situé.

Pour conclure :

Les récents remous à l’université de Cocody ne sont qu’un signal, une alerte donnée par les étudiants. Elle est symptomatique du malaise ambiant, pour les raisons que j’ai longuement soulignées ci-dessus. Les procès, exclusion et blâme brandis ne constituent qu’un bandage sur un furoncle non crevé. Or il faut courageusement crever l’abcès. Ce n’est pas en coupant des têtes que les problèmes vont se résoudre.

D’autres têtes pousseront. Ce n’est pas non plus en déplaçant des meubles (limogeage de quelques membres du personnel) que les causes du malaise vont disparaître. La dépression systématique dont la gouvernance Ouattara est si coutumière n’a pas sa place à l’université. Alors, Messieurs Alassane Ouattara et Cissé Bacongo, après le rêve revenez sur terre, rectifiez ici et maintenant le tir. Prenez le pouls exact des besoins. Pour cela, il suffit de vous adresser aux doyens des U.F.R, aux syndicats d’enseignants et étudiants qui savent où ils ont mal. Et c’est par là que vous auriez dû commencer. Pour rénover un secteur, il faut s’adresser à ceux qui y travaillent, les professionnels.

Monsieur le ministre Cissé Bacongo, pour l’instant, ce sont les étudiants qui vous parlent. Ecoutez-les. C’est là votre intérêt et celui de notre pays. Leurs maîtres que nous sommes vous ont déjà soumis les problèmes auxquels ils sont confrontés. Très mauvaises conditions de travail, paiement des 50% de salaires qui leurs sont dus. Il est aussi temps de régler ces problèmes avant que le couvercle de la marmite surchauffée ne saute. Avec nous, vous ne pourrez pas exclure, réduire les salaires, à moins de vouloir fermer les universités publiques pour plusieurs années encore. A bon entendeur…


Prof Bruno GNAOULE-OUPOH

U.F.R Langues, Littératures et Civilisations
Département de Lettres Modernes


Source: CONNECTION IVOIRIENNE.NET

jeudi, 25 octobre 2012

INTERVIEW - DAMANA PICKASS: «MOI CATHOLIQUE, COMMENT MON CHEMIN PEUT-IL CROISER CELUI DES ISLAMISTES?»


côte d'ivoire,interview de damama pickass,«moi catholique comment mon chemin peut-il croiser celui des isl

 

Comme vous l’avez sans doute lu dans notre édition du lundi 22 octobre 2012, de retour de Windhoek (Namibie) pour le match aller des Etalons cadets, nous avons passé trois nuits à Accra qui ont été mises à profit pour rencontrer des exilés de la galaxie Gbagbo, parmi lesquels Damana Pickass, le «patriote» qui avait déchiré les résultats partiels du second tour de la présidentielle ivoirienne. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, il justifie son acte et charge naturellement au passage la gouvernance du président Alassane Ouattara.


Comment se porte Damana Pickass ?

• Grâce à Dieu, je vais bien. Je suis en vie, et c’est l’essentiel.

Depuis quand êtes-vous à Accra ?

• Depuis le 16 avril 2011, 5 jours après la chute du président Laurent Gbagbo. Après plusieurs péripéties, j’ai pu finalement arriver à Accra, où je me sens beaucoup plus en sécurité avec ma famille.

Vous avez pris la poudre d’escampette pour vous mettre en lieu sûr. Pourtant au même moment, vous avez demandé aux jeunes de rester mobilisés pour organiser la résistance. N’est-ce pas gênant ?

• Je n’ai pas pris la poudre d’escampette. Nous avons mené la bataille, nous étions sur le terrain pendant les moments de braise, quand Abidjan était encore à feu et à sang. Nous avons travaillé à galvaniser les populations, les forces de défense et de sécurité. Nous faisions même de la collecte de moyens matériels et de vivres pour les militaires pendant que ça tirait encore dans les rues de la capitale économique ivoirienne. Donc on ne peut pas dire aujourd’hui que j’ai abandonné les militants tout en demandant aux jeunes de résister. La posture d’exilé n’est pas une posture de défaitiste, mais plutôt celle du refus et du combat. Et nous sommes toujours dans le combat. Il faut dire qu’en tant qu’acteur de premier plan, j’étais personnellement visé. Je le souligne parce que ma maison a été l’objet d’attaques violentes à l’arme lourde. Il fallait donc que je prenne du recul pour rester en vie afin de poursuivre la lutte. Même si nous sommes courageux, téméraires et déterminés, nous ne sommes pas des kamikazes.

Certains pro-Gbagbo ont, semble-t-il, réussi à quitter Abidjan avec la complicité des ex-rebelles. Est-ce votre cas ?

• Non ! Personnellement, je suis parti après plusieurs péripéties. J’ai utilisé les voies terrestre et lagunaire pour rejoindre le Ghana. Je ne pense pas que les pro-Gbagbo aient été escortés par des ex-rebelles. Ce sont des rumeurs et de l’affabulation que les uns et les autres utilisent pour jeter le discrédit sur les fidèles de Gbagbo et comme je n’ai pas de preuve, je ne vais pas aller dans ce sens.

Vous avez déchiré en direct à la RTI les résultats partiels de la présidentielle, qui n’arrangeaient pas votre mentor. N’avez-vous pas contribué par ce geste à montrer que votre champion avait véritablement perdu l’élection ?

• Je voudrais dire d’abord que je n’ai pas déchiré de résultat ; donc je ne pense pas que cela ait contribué à présenter Laurent Gbagbo comme celui-là qui était en difficulté au niveau du dépouillement. Mon acte a été un acte de dénonciation qui avait pour objectif majeur et fondamental de montrer à la face de l’opinion nationale et internationale que le processus électoral dans lequel nous étions engagés était biaisé d’avance. C’était un processus frauduleux. Il y avait même au sein de la CEI (NDLR : Commission électorale indépendante) tout un réseau frauduleux de proclamation de résultats, et cela avait été mis en exergue lors de la publication des résultats de la diaspora qui ont été proclamés au mépris des règles que la CEI s’est elle-même fixée. Yacouba Bamba, qui n’est que le porte-parole de la Commission, a pris sur lui, à l’insu de l’ensemble des commissaires centraux, la responsabilité de publier les résultats bruts tels qu’ils sont arrivés de la diaspora comme étant des résultats qui avaient été consolidés par la CEI. Ce qui était inexact. Il a voulu encore publier des résultats qui n’avaient pas encore été consolidés par la CEI. Donc Yacouba Bamba était en situation de récidive. Face à cette situation, nous avions le choix entre laisser la forfaiture se poursuivre ou y mettre fin en créant le choc quand bien même nous étions devant les médias et la communauté internationale. Je pense qu’on n’avait pas d’autre choix que de mettre un terme à cette pratique honteuse et frauduleuse. A partir de là, vous avez dû constater toutes les anomalies que le processus électoral a connues depuis le premier tour jusqu’au second. Les exactions qui ont eu lieu ont commencé à être révélées. Et pire, les chiffres qui n’étaient pas ceux de la CEI ont été néanmoins rendus publics dans un hôtel qui s’avère être le QG des rebelles depuis 2002 et en même temps le QG de campagne d’un candidat, en l’occurrence Alassane Ouattara. Cela en violation une fois de plus flagrante des protocoles d’accord dont la CEI s’est elle-même dotée.

En dépit de ces fraudes, la communauté internationale a validé les résultats publiés par le président Youssouf Bakayoko à l’hôtel du Golf. Et tout un matraquage médiatique s’en est suivi donnant l’impression au monde que c’était les résultats de la CEI. Et pourtant, ce n’était pas le cas. Jusqu’à l’heure où je vous parle, mon cher journaliste, et dites-le au peuple frère burkinabè et à l’opinion internationale : je mets quiconque au défi de prouver que la CEI avait fini de délibérer et était d’accord sur un procès-verbal. Il n’existe aucun résultat de la CEI. Ce sont des chiffres qu’ils ont inventés et qu’ils sont allés publier de façon honteuse et grossière. Ce qui s’est passé, ce ne sont pas des élections et ce ne sont pas des résultats de la CEI. C’est donc sur la base du faux, de la manipulation, de la tricherie et d’un complot international avec en tête la France venue faire la guerre à la Côte d’Ivoire pour évincer le président légitimement élu et installer l’instrument de l’Occident, en l’occurrence Ouattara. Il fallait lever un coin du voile en empêchant la proclamation frauduleuse de ces élections, et c’est ce que j’ai fait.

N’y avait-t-il pas d’autres moyens pour contester les résultats que de les déchirer ?

• On n’est pas toujours fier de la façon dont les choses se sont passées parce que cela traduit un échec de la commission électorale indépendante. Mais ça traduit aussi nous-mêmes notre échec de façon individuelle à pouvoir assumer en toute responsabilité et en toute dignité la mission que le peuple de Côte d’Ivoire nous a confiée à un moment aussi important de son histoire. Ça c’est ce qui concerne la forme.

Mais dans le fond ! Je pense que jusqu’à présent, nous n’avons rien à regretter. Il ne faut pas nous accuser. Si vous avez bien suivi l’élément filmé, nous sommes tous des membres de la commission électorale, des commissaires centraux tout comme Bamba Yacouba. Donc un des nôtres est sur le point de proclamer des résultats qui posent visiblement problème. Vos collègues arrivent et vous interpellent,je pense que ce qui aurait été sage, c’aurait été que monsieur Bamba annonçât à la presse que compte tenu des problèmes, la proclamation des résultats était reportée, le temps que la commission centrale adopte les chiffres de façon unanime. Mais il a fait preuve d’un entêtement qui ne nous a pas donné d’autre choix que d’agir de la sorte. C’est l’attitude du porte-parole qui a commandé notre action : il voulait faire triompher la fraude et la tricherie. Il fallait aller à la confrontation pour attirer l’attention de l’opinion sur le fait que le processus était biaisé.

Mais tout ça aurait pu être évité…

• Oui évidemment ! Je pense qu’on aurait pu éviter cette crise à la Côte d’Ivoire, on aurait pu éviter cette crise à la sous-région, à toute l’Afrique et au monde entier. Je laisse de côté ce qui s’est passé antérieurement. Mais en définitive, les deux candidats revendiquaient la victoire. La chose la plus simple, la plus aisée et qui aurait pu mettre tout le monde d’accord, c’était cette commission internationale proposée par le président Laurent Gbagbo en vue du recomptage des voix. Une simple opération d’arithmétique. On allait ressortir les procès-verbaux pour recompter les voix parce que, cher journaliste, il s’est passé beaucoup de choses inadmissibles dans ce processus. Dans certaines régions, le nombre de personnes ayant voté effectivement pour ADO est supérieur au nombre d’inscrits. L’exemple frappant, c’est celui de Bouaké dans la région de la Vallée du Bandama : il y avait un écart ahurissant entre les voix obtenues par monsieur Ouattara et les inscrits, c’est-à-dire qu’il a eu plus de voix que de personnes enregistrées sur la liste électorale.

Si on fait l’audit du processus électoral, vous allez voir que ce genre d’exemples se multiplient. Et puis le scrutin en lui-même n’a pas été libre, surtout dans la partie septentrionale de la Côte d’Ivoire. Les observateurs de l’Union africaine l’ont attesté dans leur rapport, c’est connu de tout le monde mais personne n’en a voulu faire cas. Il y a eu des morts, des personnes ont été assassinées, des personnes ont été empêchées de voter, des femmes ont été violées.

Mais en dépit de tout, on a simplement demandé une banale opération de recomptage des voix comme cela s’est fait ici au Ghana lors des dernières élections, comme cela s’est fait en Haïti et même aux Etats-Unis, dans l’Etat de Floride en 2004. Ils ont refusé cette solution qui aurait pu mettre tout le monde d’accord et épargner de nombreuses pertes en vies humaines. Ce qui m’a le plus choqué, c’est que lorsque le président Gbagbo a fait cette proposition salvatrice, la première réponse est venue des Nations unies. Le secrétaire général des Nations unies, Ban ki Moon, a été le premier à répondre au Président Gbagbo pour dire que le recomptage des voix va créer un préjudice grave à monsieur Ouattara. Quel préjudice un recomptage de voix peut-il créer ? Et puis, pourquoi c’est Ban ki Moon qui répond en lieu et place du candidat qui est directement concerné ?

Mais l’ONU était chargée de certifier les résultats…

• C’est exact ; mais les élections se déroulent entre deux personnes, deux camps. Si les deux parties s’accordent pour le recomptage des voix, où est le problème de l’ONU ? En fait, le rouleau compresseur était déjà en marche : il fallait renverser Laurent Gbagbo. Le recomptage des voix allait permettre à la communauté nationale et internationale de se rendre compte des irrégularités, de nombreuses fraudes et tripatouillages des chiffres. Cela allait établir clairement et nettement la défaite de monsieur Ouattara. Ils ont donc masqué la vérité à travers les bombes et les coups de canons.

Mais aujourd’hui la question demeure parce que les coups de canons n’ont pas résolu la question de qui a gagné les élections. Visiblement, ils ont utilisé l’argument de la force pour gagner mais le problème initial est toujours là. On ne devient pas président démocratiquement élu dans la violence brute et aveugle. On devient président par les suffrages et sur ce suffrage-là, il y avait un désaccord là-dessus que les bombes n’ont pas résolu.

Dans tous les cas, le constat est là. Ouattara est au pouvoir. Vous avez donc perdu sur les plans électoral et militaire. Pourquoi ne pas faire profil bas et rentrer dans les rangs ?

• Non, nous n’avons pas perdu le pouvoir sur le plan électoral. Nous l’avons plutôt perdu sur le plan militaire, avec les coups de canons et d’obus. Il s’agit d’un vrai coup d’Etat militaire perpétré par la France de Nicolas Sarkozy qui est un ami personnel de Ouattara et les réseaux de la Françafrique. Il faut que cela soit clair et net : Gbagbo n’a pas perdu les élections…

Vous voulez alors à votre tour perpétrer un coup de force puisque vous êtes accusé de vouloir déstabiliser le régime d’ADO.

• C’est grotesque et ridicule de m’accuser sans preuve de vouloir mener un projet de déstabilisation de concert avec des réseaux islamistes d’Ansar Dine et la junte militaire au Mali. Je ne sais pas où ils ont pu trouver cette grossière invention, parce que moi je suis militant du Front populaire ivoirien, un parti d’obédience socialiste. Vous savez que le socialisme est l’obédience politique la plus proche des valeurs humaines. Je suis socialiste et de surcroît catholique pratiquant ; je ne sais pas comment mon chemin peut croiser celui des islamistes. Nous avons des valeurs qui sont aux antipodes les unes des autres. C’est donc un mensonge grossier. Et puis, comment en l’état actuel de la crise au Mali, on peut réussir à mettre ensemble la junte et le groupe islamique d’Ansar Dine qui sont aujourd’hui diamétralement opposés dans la crise du Mali. Comment peuvent-ils être d’accord dans le but uniquement d’aller déstabiliser un autre pays de la sous-région. Autant se mettre d’accord pour résoudre d’abord leur propre problème. Après éventuellement ils verront comment ils vont créer les troubles chez le voisin. Ceux qui ont monté cette histoire ont été très peu ingénieux ; le montage sautait aux yeux. Je réfute de façon véhémente toutes les accusations mensongères et grossières qui visent à jeter l’anathème sur les pro-Gbagbo dans le but de les diaboliser et se donner les moyens politiques et juridiques pour faire la pression sur le Ghana en vue de notre extradition. Le régime en place à Abidjan a fait de l’emprisonnement et de l’extermination des pro-Gbagbo son programme de gouvernement. Pour les pro-Ouattara, ils auront réussi leur programme de gouvernance quand il n’y aura plus un seul pro-Gbagbo sur la terre, ce sont les Nazis de notre époque.

D’où viennent alors les raids meurtriers contre le pouvoir si ce ne sont pas des pro-Gbagbo ?

• Mon cher journaliste, vous m’avez vu ici en exil, vous m’avez vu en train de parcourir des kilomètres à pied pour venir vous rencontrer. Pour faire un coup d’Etat et des attaques, il faut quand même un minimum. Ils savent comment ils ont fait leur coup d’Etat et comment ils ont préparé leur rébellion. Ils avaient un pays qui était leur base arrière, connu de tous : le Burkina Faso qui les approvisionnait. Ils avaient des soutiens financiers énormes. Mais nous, qu’avons-nous ? Le Ghana nous accorde l’hospitalité mais en même temps ses autorités disent que leur pays ne doit pas servir de base arrière à la déstabilisation d’un pays. La tradition ghanéenne recommande d’héberger toute personne qui se sent en danger chez lui. Notre exil est en conformité avec la constitution du pays mais en même temps cela ne nous donne pas le droit de faire n’importe quoi ici, en l’occurrence tenter de déstabiliser un autre Etat.Les autorités sont très strictes là-dessus. Donc nous n’avons même pas l’occasion de penser à ce genre d’entreprises. Premièrement, nous n’avons pas de base arrière militaire et deuxièmement tous nos avoirs ont été gelés par Ouattara. De quelles ressources disposons-nous pour planifier autant d’attaques ? On a d’abord des problèmes personnels qui font qu’on arrive difficilement à joindre les deux bouts. Ce qu’on reçoit ici, c’est juste pour la survie et non pour monter des entreprises de déstabilisation. Une fois de plus ce ne sont que des tentatives de diabolisation dans le but de nous présenter à la face de l’opinion nationale et internationale comme de vulgaires bandits qui ne cherchent qu’à créer le désordre dans la sous-région. Sinon, je pense que monsieur Ouattara doit trouver au plan intérieur dans sa gouvernance personnelle les germes de sa propre déstabilisation. Aujourd’hui 17 octobre (NDLR : l’entretien a eu lieu mercredi passé) les FRCI se sont tirés dessus à Abobo et à Bonoua. Cela est devenu le quotidien des Ivoiriens et le fait que les FRCI se tirent dessus à longueur de journée n’émeut plus personne. C’est une armée indisciplinée, qui n’obéit pas à un seul centre de décision. Il y a des Dozos, des ex-rebelles et des ex-FDS et chacun a son centre de commandement. Alassane Ouattara lui-même sait qu’il n’a pas d’autorité sur cette armée. La preuve est qu’il a lancé plusieurs appels pour libérer les habitations privées des pro-Gbagbo que certains pontes des FRCI occupent, mais toutes les maisons sont toujours occupées. Il a appelé au désarmement mais jusque- là, chacun d’eux porte son arme. Ils disent même que monsieur Ouattara leur a fait des promesses qu’il n’a pas tenues. Il a promis à chacun d’eux 5 millions de francs plus un véhicule bwaka et aujourd’hui il y en a qui réclament leur dû. Comme ça tarde à venir, ils se payent eux-mêmes sur le terrain, comme ils le disent, en agressant les populations dans leur résidence, en coupant les routes, en braquant les établissements financiers. Donc ce qui se passe là, il ne faut jamais voir la main de l’extérieur. Il s’agit des problèmes internes à la Côte d’Ivoire et aux FRCI.

Le processus de réconciliation est pourtant en marche.

Il n’y a pas de réconciliation en Côte d’Ivoire actuellement, c’est de la comédie pure et simple. Il n’y a pas même un début de réconciliation. C’est pour faire croire à la communauté internationale qu’ils sont dans une phase de décrispation et de réconciliation avec leur opposition. Mais dans la réalité, tous les actes, les faits et gestes qu’ils posent quotidiennement démontrent qu’ils ne sont pas eux-mêmes prêts pour la réconciliation et la concorde nationale. C’est du bluff et nous, nous ne marchons pas dans le mensonge…

Charles Konan Banny, le président du comité Forum-Vérité et Réconciliation montre quand même une certaine volonté d’aller de l’avant.

• Je ne doute pas de la bonne foi du président Banny. Oui, ce monsieur a bien envie de réconcilier les Ivoiriens. Mais sa volonté, sa disposition d’esprit rencontrent une opposition ferme de la part du clan Ouattara. Et je suis tout à fait d’accord qu’il ait mis monsieur Ouattara face à ses responsabilités puisqu’il a dit qu’il va se reposer maintenant après ses tournées pour recueillir les avis de la population ivoirienne. On ne peut pas prôner la réconciliation et continuer de brimer un seul camp, continuer d’emprisonner uniquement les pro-Gbagbo, appliquer une justice à double vitesse, une justice des vainqueurs. Au moment où je vous parle, Alphonse Douaté, qui est l’un des responsables du Front populaire ivoirien, est en prison avec sa fille et sa femme. Moi-même, mes deux frères, l’aîné et le petit frère ont été arrêtés simplement parce qu’ils sont mes frères. Mais si on estime que j’ai commis des crimes, je suis suffisamment majeur, je suis responsable soit au plan civil soit au plan pénal. Donc, c’est moi seul qui dois répondre de mes actes et non ma famille qui n’a rien à y voir. C’est devenu une pratique en Côte d’Ivoire. On ne peut pas vouloir de la réconciliation avec des milliers d’Ivoiriens dans des camps de réfugiés au Liberia, au Mali et des exilés. On ne peut pas vouloir de la réconciliation si on animalise les gens en bloquant toutes leurs ressources, en gelant tous leurs avoirs pour les réduire à l’indignité. On ne peut vouloir de la réconciliation quand des biens privés sont saisis de façon illégale et immorale par les hommes de monsieur Ouattara. On ne peut vouloir de la réconciliation lorsqu’on continue de maintenir des innocents en prison.

Que proposez-vous alors pour une véritable réconciliation ?

Il faut libérer le président Gbagbo et tous les prisonniers politiques civils et militaires. Il faut favoriser un retour sécurisé de tous les exilés, il faut rendre tous les biens confisqués et dégeler les avoirs. Vous verrez que si cela est fait, la décrispation va venir. On n’aura même pas besoin d’organiser des cérémonies.

Vous prônez alors l’impunité…

• Non, je ne parle pas d’impunité. Si on décide de mettre la justice au centre du processus de la réconciliation, il faut en ce moment une justice équitable pour tous. Il y a une crise qui a débuté en Côte d’Ivoire en 2002, et depuis cette date, des exactions, des atrocités des plus inimaginables ont été commises dans ce pays jusqu’en 2011. Des bourreaux et des coupables ont été identifiés dans les deux camps. Il faut que justice soit rendue à tout le monde. Voyez-vous, quand on a fait le procès de l’assassinat du colonel Dosso qui est décédé en 2011 et que l’on ne fait pas le procès du colonel Dakoula et du colonel Yoni qui, eux, sont morts depuis 2002… On fait le procès du général Robert Guéï et on ne parle même pas des tueurs de Boga Doudou alors qu’ils sont morts le même jour. Vous voyez que c’est inacceptable. Quand bien même l’ONU a identifié les commandants de zone comme Shérif Ousmane, Zakaria, Watao, Los, Fofié comme des gens qui ont commis des crimes de sang et que ces gens-là sont promus quotidiennement, vous voyez que c’est très frustrant pour les victimes. Si on devait énumérer les faits et méfaits des partisans de Ouattara, on ne va pas en finir. Mais depuis quand un seul d’entre eux est passé devant le tribunal ? J’ai l’impression que c’est une justice à double vitesse, à sens unique et unilatérale pour ne condamner que les pro-Gbagbo. Cela est inacceptable et ce n’est pas la marque d’un Etat démocratique.

Avez-vous les nouvelles de Blé Goudé ?

• Oui, il se porte bien.

Où est-ce qu’il se cache ?

• Il ne se cache pas, il est là. Pourquoi voulez-vous qu’il se cache ? Il est là.

Il est ici au Ghana ?

• Je ne sais pas mais il est là.

Le ministre de l’Intérieur, Ahmed Bakayoko, et Charles Blé Goudé se téléphonent, semble-t-il. Est-ce le début d’un rapprochement ?

• Je ne sais pas. Il faut poser la question à Bakayoko ou à Blé Goudé.

Etes-vous régulièrement en contact avec l’ex-«général» de la rue?

• Oui, on a les nouvelles l’un de l’autre.

A Accra ?

• En tout cas on a les nouvelles l’un de l’autre.

Et Koné Katinan qui fait l’objet d’un tiraillement diplomatique et judiciaire entre Accra et Abidjan. Vous lui rendez souvent visite ?

• Oui, nous soutenons Koné Katinan et on espère qu’il va recouvrer la liberté parce qu’il n’a rien fait. Il est innocent de tous les chefs d’accusation que monsieur Ouattara porte contre lui. Comment comprendre que le ministre Katinan ait pu tuer un vieillard de 83 ans. Est-ce que c’est sérieux çà ? Et on précise même qu’il a donné un coup de tête magistral au vieillard qui en est décédé.

Il a aussi été acteur de la réquisition de la BCEAO…

• Oui mais c’est Gbagbo qui a réquisitionné la BCEAO. C’est un acte de souveraineté qui a été pris par le président de la République. Et puis c’est un acte légal. Je crois plutôt qu’on lui en veut pour le rôle déterminant qu’il a joué dans la survie de l’Etat de Côte d’Ivoire pendant la crise. Parce qu’il était vraiment au four et au moulin. Il a montré beaucoup de détermination et de savoir-faire. Ce qui a fait que les décisions de fermeture de banque et de l’isolement de la Côte d’Ivoire au niveau de la BCEAO n’ont produit aucun effet. C’est certainement ce qu’on veut lui faire payer mais de façon maladroite. Donc nous soutenons le ministre Koné Katina et comme il y a un Dieu pour les faibles et pour les justes, je pense qu’il va recouvrer la liberté parce qu’il est innocent.

Le général Dogbo Blé, lui, n’a pas échappé et vient d’écoper de 15 ans de prison pour commencer dans l’assassinat du colonel-major Dosso. Quel commentaire ?

• Ça ne m’inspire aucun sentiment, aucune émotion. C’est une parodie de procès. La preuve est que durant le procès, en aucun moment, la partie accusatrice n’a pu démontrer, preuve à l’appui, que le général Dogbo Blé a été l’auteur de l’assassinat du colonel Dosso. Mais le déroulement du procès nous a permis d’avoir certaines révélations et de nous poser des questions. Pourquoi le colonel Dosso, lorsqu’il avait été convoqué par monsieur Ouattara, à sa sortie, a voulu voir en toute discrétion le général Dogbo Blé ? Le tribunal n’a pas donné réponse à cette question. Pourquoi il a insisté pour qu’on le conduise auprès du général Dogbo ? Voulait-il lui faire des révélations sur la tentative de déstabilisation en cours en Côte d’Ivoire qui était savamment perpétrée depuis l’hôtel du Golf ? On nous a parlé du plan d’attaque d’Abidjan, pourquoi ce plan a disparu ? Qui l’a fait disparaître ? Quel intérêt Dogbo Blé avait à tuer cet officier supérieur à la retraite qui ne représentait aucune menace ? Il n’était pas la cheville ouvrière du projet de déstabilisation. Non ! Ce n’est pas sur lui que reposaient les Forces armées des Forces nouvelles. Mais il fallait condamner un vaillant et digne officier de Côte d’Ivoire qui est resté fidèle à la légalité constitutionnelle. Il fallait lui faire payer la défense de ces valeurs républicaines en le faisant passer pour un vulgaire meurtrier. Mais ils n’ont pas réussi parce que Dogbo Blé est ressorti ragaillardi et nous sommes encore et encore plus fiers de lui. S’ils voulaient entacher sa réputation, ils ont carrément échoué. Bien au contraire, ils l’ont élevé en héros national.

En dehors des problèmes sécuritaires, la Côte d’Ivoire est en marche avec la gouvernance Ouattara.

• Alassane Ouattara constitue un véritable problème pour la sous-région parce qu’il n’est pas démocrate dans l’âme. Et il n’est pas partisan des solutions négociées et de la diplomatie. Il pense que tout problème doit se résoudre dans le sang et la violence. Regardez au Mali, quand la crise est survenue avec le coup d’Etat. La diplomatie a quand même ses règles. On ne peut pas tout d’un coup passer comme çà à des mesures coercitives sans un minimum de dialogue et d’approche. Mais regardez la rapidité avec laquelle il a géré la situation.

Mais les ministres des Affaires étrangères du Burkina et de la Côte d’Ivoire ont fait plusieurs voyages à Bamako pour négocier avec le capitaine Sanogo ?

• En l’espace d’une semaine les sanctions ont commencé à pleuvoir sur la junte et le Mali. Vous pensez qu’avec une crise aussi sérieuse une semaine, c’est suffisant ? Il y a des diplomaties souterraines qui se déroulent sur des mois. En l’espace d’une semaine, le Mali a subi un embargo et on a voulu attenter à la vie du capitaine Sanogo, ce qui fait que le peuple malien aujourd’hui est désabusé alors qu’il avait beaucoup de sympathie pour Allassane Ouattara, mais il le découvre maintenant dans toute sa laideur.C’est la même chose avec nos frères du Burkina, j’en suis convaincu. Dans sa gouvernance, Ouattara ne fait rien pour rapprocher les différents peuples de la sous-région notamment les peuples burkinabè et ivoirien. Actuellement, l’ouest de la Côte d’Ivoire est pris en otage par des mercenaires burkinabè.

En avez-vous des preuves ?

• Oui !!! Amadé Ouérémi, c’est un Burkinabè qui est là-bas dans les forêts de l’Ouest avec près de 400 à 500 hommes lourdement armées au vu et au su du régime. Il semble que le pouvoir lui a demandé de partir et qu’il a posé des conditions et un calendrier. Une telle situation ne peut pas plaire aux Ivoiriens. Serez-vous d’accord qu’un groupe de Maliens puissent prendre en otage une partie de votre territoire et fixer des conditions pour sa libération ? Ils font croire dans leur agissement qu’ils sont là pour protéger les intérêts des Burkinabè. Ce qui n’est pas juste. Malheureusement, cela creuse un fossé entre les deux peuples. Dans cette affaire d’Amadé Ouérémi, les Ivoiriens se sentent fortement humiliés. Nous avons honte de notre pays. Nous avons honte que des terroristes et des bandes armées fassent régner leur loi sur la Côte d’Ivoire. Il n’est pas normal que des Ivoiriens soient dépossédés de leurs terres au profit d’un groupuscule armés qui est identifié et à qui personne ne peut intimer l’ordre de libérer cette parcelle de territoire. C’est assez frustrant. C’est la marque déposée de Ouattara.

Le dernier exemple que je vais prendre, c’est la fermeture des frontières entre la Côte d’Ivoire et le Ghana. Regardez aussi avec quelle célérité et quelle précipitation ça s’est passé. Sans même un minimum d’enquête. Il y a eu certes des affrontements à la frontière ivoiro-ghanéenne. Mais il aurait fallu mener des enquêtes, faire des investigations approfondies pour situer les responsabilités. Une fois de plus, faire fonctionner la diplomatie, la négociation. Nous sommes des peuples interdépendants, nous sommes des peuples entremêlés. Savez-vous que sur toute la frontière ivoirienne, depuis Bouna jusqu’à Aboisso, Bondoukou, Agniblékro, Abengourou, ce sont les mêmes populations de part et d’autre de la frontière. Voyez-vous le désastre que M. Ouattara a créé pendant près de trois semaines. Il a arrêté la vie des gens, il a arrêté l’existence de certaines personnes là où une simple diplomatie aurait joué. Même son ambassadeur a été surpris par la fermeture des frontières. Ça veut dire qu’il n’a pas consulté son ambassadeur. Tout ça parce qu’il a fait de l’extermination des pro-Gbagbo son programme fondamental de gouvernement. Nous avons fui notre pays avec nos familles, ça ne veut pas dire que nous n’avons pas le droit à la vie. Je voudrais dire à M. Ouattara que quelle que soit sa puissance, quels que soient ses réseaux, il ne peut pas nous renier notre droit à la vie. Parce que ce n’est pas lui qui donne la vie. Qu’il nous laisse vivre notre exil. Nous n’avons aucun projet de déstabilisation de la Côte d’Ivoire, nous n’avons aucun projet de déstabilisation de son régime. Je pense qu’il doit trouver en interne les problèmes que connait la Côte d’Ivoire. Il suffit de faire l’autopsie de sa gouvernance. Qu’il ait le courage de se regarder dans la glace ; je pense qu’il trouvera lui-même les germes de sa propre déstabilisation.

Et votre ancien compagnon des luttes estudiantines, Guillaume Soro. On imagine votre colère contre lui?

• Je suis un peu déçu pour ne pas dire très désabusé par l’attitude de Guillaume Soro parce que j’espérais mieux de sa part. Il est jeune et en principe, il a encore beaucoup de temps à passer sur terre. En ce sens, j’attendais mieux de lui dans le domaine de la réconciliation nationale, dans la reconstruction du pays. Mais peut-être que je l’ai surestimé, puisque vous pouvez avoir beaucoup d’estime pour quelqu’un et vous rendre compte à la fin qu’il n’est pas ce que vous croyez. De par sa position de président de l’Assemblée nationale, de par les relations antérieures qu’il a eues avec beaucoup d’entre nous, je pense qu’il aurait pu jouer une très bonne carte pour la réconciliation, pour le retour de la concorde. Mais il n’a pas été à la hauteur de la Côte d’Ivoire, de cet espoir, de cette espérance, et c’est désolant parce que nous avons eu un passé très émotionnel qui pouvait nous permettre de surmonter certaines choses. Je pense que Soro est devenu autre chose entre-temps au point où il ne reflète plus les repères que je m’étais fixés. Il se fout des valeurs que j’évoquais tantôt, il est dans une autre posture, dans une autre logique, donc advienne que pourra. Je pense que c’est dans cette position qu’il est ; et c’est vraiment dommage. C’est vraiment dommage que Soro ne soit pas à la hauteur des espérances de la Côte d’Ivoire.


In L'Observateur Paalga (Burkina Faso)


Source: CONNECTION IVOIRIENNE