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vendredi, 16 mars 2012

COTE D'IVOIRE: AU PAROXYSME DE LA DEMENCE JURIDIQUE


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Le lundi 12 mars 2012, l'ex chef des rebelles, ancien Premier ministre ivoirien Soro Guillaume, a été élu président de l'Assemblée nationale à 39 ans. Cette montée fulgurante du jeune Soro est à saluer, surtout, à cause de son jeune âge et de son parcours ex-cep-tion-nel. Bravo Monsieur ! Paradoxalement, cette montée contraste avec l'idée qu'elle donne de la Côte d'Ivoire. Pendant que l'auteur de «Pourquoi je suis devenu rebelle» prend son envol comme l'oiseau de Minerve, la Côte d'Ivoire voit chaque jour son image s'affaisser, sa dignité trainée dans la boue pour enfin devenir comme, l'a noté avec une intelligence déchirante Le Nouveau Courrier, «la République du n'importe quoi». Désormais, l'huissier de l'Assemblée nationale, lors des séances plénières, annoncera l'entrée de M. le président de l'Assemblée nationale, M. Soro Guillaume, et tous les autres parlementaires se lèveront pour accueillir celui dont l'élection a porté la démence juridique à son paroxysme.

Quelle est donc cette démence juridique?

Le pouvoir d'Abidjan excelle dans la violation des règles d'accession et d'exercice du pouvoir politique. Les exemples en la matière sont pléthores. Sans nous attarder sur ces exemples, allons à l'essentiel. Relativement à l'élection du président de l'Assemblée nationale, les règles sont strictes. Il n'y a aucune dérogation possible. En effet, l'article 65 de la Constitution du 1er août 2000 dispose : «Le Président de l'Assemblée nationale est élu pour la durée de la législature. Le président de l'Assemblée nationale et le premier vice-président sont soumis aux mêmes conditions d'éligibilité que le président de la république». Si le mandat du président est clair, pour ce qui concerne les conditions générales et singulièrement celles liées à la condition d'âge, l'article 65 nous renvoie à l'article 35. Lequel précise : «Le candidat à l'élection présidentielle doit être âgé de quarante ans au moins et de soixante quinze ans au plus». Dans notre cas, à quoi avons-nous assisté? Soro, né le 08 mai 1972 et à 39 ans il n'aura 40 ans que le 08 mai 2012. Pourtant il a été élu, contre tout bon sens, président de l'Assemblée nationale, échappant par là à la rigueur de l'article 35 de notre Constitution. Certainement que des dispositions de certaines lois autorisent une telle anomalie. Cherchons donc la base légale de l'acte posé par les parlementaires ivoiriens.

La constitution du 03 mars 1960 ne contient aucune disposition mentionnant l'âge légal, le règlement de l'Assemblée nationale non plus n'en parle, qui elle, vient en application de l'article 70 de la Constitution. Nous ne commettrons pas la bêtise d'examiner le code électoral. Peut être que si nous le faisons, les Ivoiriens excuseront notre errance, habitués qu'ils sont à voir des incohérences. La Constitution de 1960 ne précisant pas l'âge des postulants, l'on pouvait comprendre aisément qu'à 39 ans, un député devienne président de l'Assemblée nationale. Mais en 2012, nous ne comprenons pas comment un jeune de 39 ans peut être élu président de l'Assemblée nationale de Côte d'Ivoire. Pour se dédouaner, les violateurs permanents de la Constitution brandissent un décret.

Un décret illégal aux effets nuls

Précisons d'entrée de jeu que dans la hiérarchie des normes juridiques, le décret est de loin inférieur à la Constitution, la loi fondamentale. Cela veut tout simplement dire, qu'un décret ne peut en aucune manière modifier la constitution ou créer une dérogation à des dispositions constitutionnelles. Le décret lui-même découle des pouvoirs que confère la Constitution au Président de la République qui, en le signant(le décret), met en mouvement son pouvoir réglementaire. De plus, le parallélisme des formes n'autorise pas le Président de la République à utiliser un décret pour modifier une loi ordinaire. Le faire serait battre en brèche le riche travail abattu par Montesquieu. Cela dit, penchons nous maintenant sur le décret pris par Ouattara pour positionner «son petit». Le décret partiellement porté à la connaissance des Ivoiriens (cela se comprend) s'appuie sur les accords de Linas Marcoussis, pour aider Soro. Soro devient donc un candidat ex-cep-tion-nel comme Ouattara et Bédié.

Mais là encore, Ouattara est dans le faux parce que cet accord est ici inopérant. En effet, les modifications constitutionnelles souhaitées par Marcoussis  n'ont pu être effectives car les rebelles pro-Ouattara de Soro avaient refusé de déposer les armes, ce qui rendait impossible l'organisation d'un référendum. L'idée de référendum ici à tout son sens dans la mesure où l'article querellé exigeait, pour la validité de la modification, un référendum. Il s'agit de L'article 35 relatif aux conditions d'éligibilité du candidat aux élections présidentielles. Le caractère exceptionnel des candidatures de Bédié et Ouattara découle de l'accord de Pretoria et non de celui dit de Marcoussis. Toutefois, tentons de pénétrer la logique de Ouattara. Marcoussis n'a jamais indiqué que ses signataires devaient d'office être candidats à la présidence de l'Assemblée nationale. Seuls les signataires de l'accord étaient concernés et seulement aux élections présidentielles. Par ailleurs, notons que si Ouattara et Bédié sont devenus des candidats ex-cep-tion-nels, c'est simplement par l'exercice de «la dictature constitutionnelle» du président de la République dont la base légale réside dans l'article 48 de notre constitution. Dans son application, le président Laurent Gbagbo avait respecté toute la procédure. Que fait Ouattara ? Il s'autorise à prendre un décret pour faire bénéficier à Soro de circonstances exceptionnelles. Alors, sur quelles dispositions constitutionnelles Ouattara s'est-il appuyer pour prendre ce décret?  A l'évidence aucune. Le seul article que Ouattara pouvait utiliser est l'article 48. Là encore il y a problème car ce n'est pas un article bateau qui permettrait de faire n'importe quoi. Lisons ensemble : «Lorsque les institutions de la République, l'indépendance de la nation, l'intégrité de son territoire ou l'exécution de ses engagements internationaux sont menacés d'une manière grave et immédiate, et que le fonctionnement régulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le président de la république prend les mesures exceptionnelles exigées par les circonstances après consultation obligatoire du président de l'Assemblée nationale et de celui du Conseil constitutionnel. Il en informe la nation par message. L'Assemblée nationale se réunie de plein droit». Nous voyons clairement que les conditions liées au recours à l'article 48 ne sont pas cumulatives c'est-à-dire que l'une peut exister indépendamment de l'autre. Toutefois, le président se doit de consulter obligatoirement les présidents de l'Assemblée nationale et du Conseil constitutionnel, s'adresser à la nation et l'Assemblée nationale doit se réunir de plein droit. Ce sont donc des conditions très rigoureuses. Qui nous dira ici que les conditions exigées par la constitution sont réunies ? Même Maurice Hauriou ne réussira pas l'exercice.  Ouattara ne dit donc pas qu'il a utilisé l'article 48, il nous dit simplement que Soro  sera candidat à 39 au lieu de 40 ans. Silence ! Qu'elle est la base de sa décision? Motus ! Quelle est donc cette République où tout fonctionne comme si l'on se trouvait au marché d'Abobo? Même dans un micro Etat, de tels actes démentiels ne peuvent être posés.

En outre, il est opportun de noter que l'évocation des accords de Marcoussis pose problème. Le problème, c'est de savoir si cet accord régente encore la marche de la nation. Marcoussis est mort lui et tous les autres accords. Même ceux de Ouaga ont leur sépulture à l'Elysée, non loin du regard de Sarkozy. En effet, l'objectif pour lequel les rebelles du MPCI avaient pris les armes est atteint : Ouattara est au pouvoir. Alors pourquoi nous parler de façon incantatoire de Marcoussis et ses frères? Il apparait clairement que Ouattara veut faire de ces accords un vêtement de rechange chaque fois qu'il sera confronté à des difficultés majeures. Attention, le danger nous guette ! Pris dans tous les sens, ce décret est manifestement illégal. Son illégalité contamine l'élection de Soro. C'est donc dire que de Soro, il ne pourra sortir que des actes illégaux. Mais cela ne pose aucun problème tant que nous avons des adjuvants comme Bédié et  Wodié.

Bédié, Wodié, les adjuvants de la démence juridique

Henri Konan Bédié, celui sous l'autorité de qui Ouattara travaille (Cf discours de Ouattara lors l'investiture du candidat RHDP au deuxième tour des élections présidentielles de 2010) a offert la Côte d'Ivoire à la vindicte populaire. En effet, au nom de ses intérêts, il a engagé son parti le PDCI à rendre effective cette démence juridique. En sa qualité d'ancien chef d'Etat, il sait mieux que quiconque la valeur de la Constitution. N'est-ce pas lui qui, le 22 décembre 1999, a affirmé : «Un Etat de droit est un pays où les lois régulièrement votées par le parlement élu s'appliquent à tous. Cela est vrai des lois ordinaires, cela l'est plus encore des lois constitutionnelles»? A voir Bédié comme il agit actuellement, nous sommes tentés de dire que le respect des lois n'avaient de valeur à ses yeux que parce qu'il était président de la république. Il a déversé de l'eau bénite sur la dérive de Ouattara en déshonorant la Côte d'Ivoire contre le poste de Premier ministre, lequel peut être révoqué ad nutum. Si Ouattara a fait de Soro le président de l'Assemblée nationale, c'est bien avec la bénédiction de Bédié. N'ayant peut être plus rien à perdre, l'auteur de «Les chemins de ma vie»  a préféré s'accrocher au peu de privilèges qui lui reste, au mépris de l'intérêt du peuple ivoirien.

Quant à Wodié, le président du Conseil constitutionnel, nommé en violation de l'article 90 de notre Constitution, il garde un silence coupable. Son silence peut se comprendre dans la mesure où sa nomination est aussi illégale. Son expertise en droit a foutu le camp depuis qu'il travaille pour Alassane Ouattara, qu'il a qualifié d'«ivoirien de fraîche naissance» (in Institutions politiques et droit constitutionnelles en Côte d'Ivoire. PUCI, Juillet 1996, page 352). S'il ne peut se saisir des violations constantes de la Constitution, la morale et son rigorisme devraient l'aider à démissionner. Mais que non, il assiste tranquillement au viol de la loi fondamentale. Que dira t-il des lois qui émaneront de cette législature? Seront-elles régulières ? Franchement nous ne le croyons pas car, celui même qui dirigera l'institution n'a pas été élu selon les règles. Alors vu qu'une autorité illégale ne peut que sécréter des normes illégales, nous disons que Wodié et l'institution qu'il dirige n'ont plus rien à faire parce qu'ils n'auront pas l'occasion de vérifier la constitutionnalité de la loi. Wodié sera-t-il en harmonie avec lui-même lorsqu'il se tiendra auprès de Soro lors des cérémonies officielles? Dieu seul sait !

L'élection-plébiscite de Soro vient donc d'inscrire la Côte d'ivoire sur la liste des pays dont la simple évocation du nom fait sourire n'importe qui. Aujourd'hui, la démence juridique est telle que même les plus grands constitutionnalistes du monde avoueront leur finitude face au cas, objet de notre réflexion. Il n'y a donc pas de remède approprié.

Pauvre Côte d'Ivoire!


Par Alain Bouikalo, juriste consultant


Source: LE NOUVEAU COURRIER

dimanche, 11 mars 2012

LES PROUESSES ANTICONSTITUTIONNELLES DU REGIME OUATTARA


ALASSANE OUATTARA.jpg

Nous vous reproposons, pour mémoire, la revue des articles de la Loi fondamentale sur lesquels le pouvoir actuel s'assoit sans scrupules, déjà publiée dans le Nouveau Courrier 248 du mercredi 22 juin 2011. La liste n'est donc pas exhaustive dans la mesure où près de neuf mois se sont écoulés entretemps, sans pour autant que la logique d'humiliation quotidienne des institutions inaugurée le 11 avril 2011 ne cesse. Jusqu'où l'Etat de Côte d'Ivoire sera-t-il défiguré avant que les membres du Conseil constitutionnel, et les objecteurs de conscience de la Nation aient le courage d'arrêter cette machine folle?

Article 22

Nul ne peut être arbitrairement détenu. Tout prévenu est présumé innocent jusqu'à ce que sa culpabilité ait été établie à la suite d'une procédure lui offrant les garanties indispensables à sa défense.

Comment l'article 22 a été violé

La quasi-totalité des arrestations de nature politique qui ont menées par le pouvoir actuel ont eu un caractère «arbitraire», c'est-à-dire non encadré par la loi. Les prisonniers politiques ivoiriens n'ont reçu, au moment de leur incarcération, aucune notification de mise en résidence surveillée ou de mise sous écrou. De manière assez curieuse, c'est une fois que des personnes ont été privées de liberté, du droit de communiquer et même du droit de visite (drôle de conception de la résidence surveillée), qu'une enquête préliminaire a été ouverte. Schématiquement, on cherche de quoi peuvent être coupables des personnes après les avoir humiliées, tabassées et (pour certaines) déportées.

Par ailleurs, Alassane Ouattara et son ministre de la Justice ne cessent de marteler qu'un certain nombre de leurs prisonniers sont coupables alors que la procédure judiciaire qui les touche n'en est qu'à ses débuts. La presse pro-Ouattara raconte des scénarios qui tendent à imposer l'idée de la culpabilité de certaines personnes dans la disparition des deux Français, du Béninois et du Malaisien kidnappés à l'hôtel Novotel. Dans l'indifférence du CNP et de la Justice.

Article 24

La défense de la Nation et de l'intégrité du territoire est un devoir pour tout Ivoirien. Elle est assurée exclusivement par des forces de défense et de sécurité nationales dans les conditions déterminées par la loi.

Comment l'article 24 est violé

Au quotidien, les membres de milices informelles non recensées et non rémunérées par l'Etat sont dissimulés sous l'appellation Forces républicaines de Côte d'Ivoire (FRCI). Des «comzones» dont le statut républicain n'est pas clarifié, qui ont la particularité d'être quasiment tous originaires d'une seule partie de la Côte d'Ivoire - et qui protègent à ce titre certains Ivoiriens plus que d'autres - se sont partagé la ville d'Abidjan, mettant à l'écart, avec le soutien de l'exécutif, les Forces de défense et de sécurité nationales - police, gendarmerie, armée.

Article 25

Les biens publics sont inviolables. Toute personne est tenue de les respecter et de les protéger.

Comment l'article 25 a été violé

Le monde entier a vu, médusé, comment la Résidence officielle du chef de l'Etat, incendiée par les bombardements de l'ONUCI et de Licorne, a été littéralement pillée par les éléments des FRCI partis de l'hôtel du Golf... et retournés avec leur butin à l'hôtel du Golf. Si cette Résidence n'est pas un «bien public», on se demande si cette notion ne doit pas être revue ! Les riverains de l'Institut national de statistique (INS) ont vu comment ce bien public a été détruit volontairement, ainsi que les données officielles de l'Etat, comme si le nouveau pouvoir redoutait la mémoire nationale... Les voitures de l'Etat «privatisées» par les chefs de guerre et les uniformes des «corps habillés» récupérés finissent de brosser un tableau inquiétant.

Article 38

En cas d'événements ou de circonstances graves, notamment d'atteinte à l'intégrité du territoire, ou de catastrophes naturelles rendant impossible le déroulement normal des élections ou la proclamation des résultats, le Président de la Commission chargée des élections saisit immédiatement le Conseil constitutionnel aux fins de constatation de cette situation. Le Conseil constitutionnel décide, dans les vingt quatre heures, de l'arrêt ou de la poursuite des opérations électorales ou de suspendre la proclamation des résultats. Le Président de la République en informe la Nation par message. Il demeure en fonction.

Comment l'article 38 est violé

Lors d'une hallucinante conférence de presse (donnée le mardi 21 juin 2011), les ministres Jeannot Ahoussou Kouadio et Gnénéma Coulibaly ont remis en cause cet article, qui a justifié le maintien du président Laurent Gbagbo en fonction durant tout le moment où le pays était coupé en deux par la rébellion assumée par le chef de leur gouvernement.

Article 39

Les pouvoirs du Président de la République en exercice expirent à la date de prise de fonction du Président élu, laquelle a lieu dès la prestation de serment.

Comment l'article 39 est violé

La Constitution ivoirienne ne prévoit en aucun cas de vacance du pouvoir. Si l'on considère que la prestation de serment d'Alassane Ouattara est régulière, on doit bien admettre que Laurent Gbagbo a cessé d'être président le 6 mai dernier. Or Alassane Ouattara a affirmé, lors de sa récente visite en France, lors du sommet de Deauville, devant des journalistes français médusés, que Laurent Gbagbo a cessé d'être président le 4 décembre 2010. Ce qui est en contradiction flagrante avec l'argumentaire de ses ministres qui, hier, ont affirmé que Gbagbo n'a plus été président depuis le vote de la résolution 1721. Le fait que Laurent Gbagbo ait été président jusqu'au 6 mai dernier invalide toutes les poursuites qui sont lancées contre lui, comme nous l'expliquons plus bas dans cet article.

Article 68

Aucun député ne peut, pendant la durée des sessions, être poursuivi ou arrêté en matière criminelle ou correctionnelle qu'avec l'autorisation de l'Assemblée nationale, sauf le cas de flagrant délit.

Aucun député ne peut, hors session, être arrêté qu'avec l'autorisation du Bureau de l'Assemblée nationale, sauf les cas de flagrant délit, de poursuites autorisées ou de condamnations définitives. La détention ou la poursuite d'un député est suspendue si l'Assemblée nationale le requiert.

Comment l'article 68 est violé

De nombreux députés ont été mis aux arrêts après le 11 avril, dont la présidente du groupe parlementaire FPI, Simone Ehivet Gbagbo. Les ministres d'Alassane Ouattara estiment qu'elle n'est plus députée parce que le mandat de l'Assemblée nationale avait expiré. Le problème est que c'est un arrêt du Conseil constitutionnel qui avait prolongé le mandat des députés comme celui des autres élus de la République, suite à l'arrêt du fonctionnement normal des institutions républicaines. Un autre problème est l'opportunisme institutionnel de l'actuel exécutif. Si le mandat des députés avait expiré depuis près de cinq ans, comment expliquer que le protocole d'Etat ait placé Mamadou Koulibaly à l'endroit où, selon les procédures de la République, devait siéger le chef du législatif, le 6 mai dernier, lors de la prestation de serment d'Alassane Ouattara? Comment justifier que les mairies continuent de fonctionner, alors que leur mandat a expiré lui aussi, à tel point que le RDR se vante de « récupérer » certaines d'entre elles? Mystère et boule de gomme.

Article 75

Le Président de la République peut, pour l'exécution de son programme, demander à l'Assemblée nationale l'autorisation de prendre par ordonnance, pendant un délai limité, des mesures qui sont normalement du domaine de la loi. Les ordonnances sont prises en Conseil des ministres après avis éventuel du Conseil constitutionnel. Elles entrent en vigueur dès leur publication mais, deviennent caduques si le projet de loi de ratification n'est pas déposé devant l'Assemblée nationale avant la date fixée par la loi d'habilitation. A l'expiration du délai mentionné au premier alinéa du présent article, les ordonnances ne peuvent plus être modifiées que par la loi dans leurs dispositions qui sont du domaine législatif.

Comment l'article 75 est violé

Depuis sa prise de pouvoir, Alassane Ouattara prend des «ordonnances» qui ne sont ni autorisées ni ratifiées par l'Assemblée nationale. Elles ne sont encadrées par aucune loi d'habilitation.

Article 85

Les Traités de paix, les Traités ou Accords relatifs à l'organisation internationale, ceux qui modifient les lois internes de l'État ne peuvent être ratifiés qu'à la suite d'une loi.

Comment l'article 85 est violé

Paul Yao N'Dré, par peur (et on le comprend !), n'a pas osé obliger Alassane Ouattara, dans son arrêt «politique» l'investissant, à faire valider la décision de l'Union africaine faisant de lui le président de la République par le vote d'une loi. Mais le fait que les ministres de Ouattara prétendent que la résolution 1721 a dissous de manière automatique l'Assemblée nationale traduit leur mépris de la Loi fondamentale.

Article 88

Le Conseil constitutionnel est juge de la constitutionnalité des lois. Il est l'organe régulateur du fonctionnement des pouvoirs publics.

Comment l'article 88 est violé

En tant qu'organe régulateur du fonctionnement des pouvoirs publics, le Conseil constitutionnel a «réglé» la question de la pérennité du pouvoir législatif jusqu'aux prochaines élections. Mais ADO et ses ministres n'en ont cure.

Article 89

Le Conseil constitutionnel se compose : d'un Président; des anciens Présidents de la République, sauf renonciation expresse de leur part (...)

Comment l'article 89 est violé

En tant qu'ancien président de la République, Laurent Gbagbo est membre de plein droit du Conseil constitutionnel depuis le 6 mai dernier. Or selon l'article 93 (violé par voie de conséquence), «aucun membre du Conseil constitutionnel ne peut, pendant la durée de son mandat, être poursuivi, arrêté, détenu ou jugé en matière criminelle ou correctionnelle qu'avec l'autorisation du Conseil».

Article 109

Le Président de la République n'est responsable des actes accomplis dans l'exercice de ses fonctions et traduit devant la Haute Cour de Justice qu'en cas de haute trahison.

Comment l'article 109 est violé

Dans leur conférence de presse d'hier (mardi 21 juin 2011, ndlr) les ministres d'Alassane Ouattara prétendent faire passer Laurent Gbagbo devant une Cour d'assises, et non devant la Haute Cour de Justice.

 

Philippe Brou

 

Source: LE NOUVEAU COURRIER

vendredi, 23 décembre 2011

LES FRCI, A L'IMAGE DU NOUVEAU REGIME IVOIRIEN


UNE N° 1942 NORD-SUD.jpg

Ce lundi 19 décembre 2011, le quotidien pro-Ouattara Nord-Sud barrait à sa Une : « Descente au Plateau, tirs à Yopougon, 5 morts à Vavoua, FRCI, arrêtez ça ! ». Un cri d'indignation, inattendu de la part d'un organe qui a toujours encensé le régime Ouattara depuis son avènement, malgré ses foultitudes de dérives, pour marquer une désapprobation qui est en réalité celle de plus en plus grandissante des populations ivoiriennes à l'égard des « sauveurs », indisciplinés et à la gâchette notoirement facile ! Un holà qui en dit long sur le désamour qui s'installe progressivement entre une armée prétendument républicaine, qui a du mal à se faire accepter et à se fondre dans le peuple, et des populations qui en ont plus qu'assez de ses exactions, crimes et attaques armées.

Tant et si bien que le chef de l'Etat Alassane Ouattara a « pété un câble », comme disent les Ivoiriens, et convoqué d'urgence ses généraux, ce même lundi 19, au Palais présidentiel. Au terme d'un conclave d'une quarantaine de minutes sous haute pression, ordre formel a été donné aux sécurocrates ivoiriens pour le retour immédiat en caserne de tous les FRCI, le retour immédiat des chefs d'unité dans leurs régions d'origine et l'interdiction aux militaires de sortir des casernes sans permission. 48 heures bien assénées ont été données au Grand commandement pour mettre fin aux dérapages répétés (plus que répétés) des FRCI, une police militaire a été créée pour traquer les soldats indélicats, la désormais tolérance zéro vis-à-vis de l'indiscipline militaire sera de rigueur, le tout couronné par l'interdiction faite aux FRCI de circuler en armes ou en véhicules militaires dans les rues du pays. Encore faut-il qu'ils y obtempèrent! Cela constitue une autre paire de manche. Mais qu'est-ce qui est à l'origine de ce subit réveil de la république ouattarandienne ?

Premier fait : Nous avons encore souvenance que dans la matinée du mercredi 14 décembre 2011, les FRCI basées dans la commune d'Adjamé ont fait une descente musclée à la Préfecture de police d'Abidjan, au Plateau, pour procéder à la libération de deux des leurs, raflés à la faveur d'une expédition de la Direction de la police des stupéfiants et des drogues (DPSD) s'inscrivant dans une série d'opérations visant le démantèlement et la destruction des fumoirs du District d'Abidjan.

Tout soldats républicains qu'ils sont, ces deux éléments FRCI tombés dans le filet de la police des stupéfiants, étaient au nombre d'une quinzaine d'individus peu recommandables s'adonnant à la consommation et à la vente de drogues diverses, dans un haut lieu du trafic de drogue de la place abidjanaise.

Manque de pot donc, ils seront transférés au violon central de la Préfecture de police et mis sous les verrous, en attendant leur déferrement au parquet d'Abidjan Plateau, le lendemain, jeudi 15 décembre 2011, pour comparution devant les juges. Leurs compagnons de troupes ne l'entendent pas de cette oreille qui, après avoir essuyé un premier refus catégorique de libération de leurs compères par les fins limiers du district, se replient sur leur base et font, en fin de journée, une expédition des plus rocambolesques contre la Préfecture de police, bardés jusqu'aux dents de kalachnikovs et de RPG-7. Ils mettent les policiers en joue, neutralisent l'agent chargé de la garde du violon après l'avoir sévèrement battu, libèrent les deux éléments FRCI et, au passage, tous les autres prévenus, terrifient tout le Plateau par leur tirs en l'air et prennent la poudre d'escampette, sans être le moindre du monde inquiétés.

Deuxième fait : A Yopougon, une banale affaire de béret dégénère en affrontement entre des éléments du détachement FRCI basé au Complexe sportif et d'autres de la BAE.

Oui, le jeudi 15 décembre 2011 restera un jour supplémentaire de terreur pour les riverains de cette base militaire de circonstance qu'est devenue cette aire de jeu célèbre, aménagée pour encaserner les ex-combattants, au Nouveau Quartier de Yopougon. « Les éléments qui montent la garde devant le nouveau site ont tenté d'arracher à un autre élément le béret qu'il portait. Cet élément, de passage, a fait de la résistance et a alerté ses camarades de la compagnie GT8, basée à la BAE (Brigade anti-émeutes) », rapportait dans la presse un officier des FRCI qui a requis l'anonymat. Selon son témoignage, les éléments FRCI de la BAE n'ayant pas apprécié le traitement infligé à leur camarade sont venus en renfort sur les lieux et, sans autre forme de procès, ont ouvert le feu. Bilan : deux blessés.

Quelques instants seulement avant cet incident, à quelques encablures de là, au quartier Bel-Air, une première brouille entre 6 soldats FRCI qui en étaient arrivés au pugilat public avait fait un blessé. « Là bas, un élément a pris une balle dans la main », confiait l'officier des FRCI cité plus haut.

Troisième fait : Un jeune homme mis aux arrêts, par les FRCI de Vavoua pour une histoire de pétard, décède à leur quartier général, le samedi 17 décembre 2011, dans des circonstances non encore élucidées, après une sévère bastonnade des hommes du Général Soumaïla Bakayoko dans la ville. Le dimanche 18, les parents, amis et connaissances de l'infortuné se déportent en masse sur les lieux pour réclamer la dépouille du jeune malinké, leur proche, ayant succombé à la barbarie des hommes en armes de la localité. La démarche prend spontanément l'allure d'un vaste mouvement de protestation contre les agissements et exactions des FRCI à Vavoua. Les soldats FRCI ayant pris ombrage de la forte mobilisation de la population, menée majoritairement par les jeunes, font écran pour empêcher les manifestants de progresser et d'aller faire le siège de leur Etat-major. Les jeunes se déchaînent et sont insaisissables. De vives altercations et des échauffourées s'en suivent. Des tirs de kalachnikovs aussi. 5 morts, dont l'un, des suites de ses blessures, à l'hôpital local.

Voici le climat délétère qui s'est désormais installé entre une armée censée être républicaine et son peuple, qui la vomit chaque jour un peu plus, et qui tolère de moins en moins ses frasques. De sorte qu'en titrant : « FRCI, arrêtez ça ! », le quotidien pro-Ouattara Nord-Sud ne fait que restituer fidèlement le ras-le-bol de plus en plus insupportable d'une population déçue de son armée, véritable mélange hétéroclite de supplétifs incultes, d'ex-combattants sans formation et de forces régulières, qui tardent à faire sa mue pour s'inscrire définitivement dans la modernité et le professionnalisme. Cette lucidité tardive aurait dû s'étendre également aux actions du régime RHDP. Que nenni !

Mais, nous sommes au regret de le dire, cette armée iconoclaste est à l'image du pouvoir qui l'a adoubée et investie de ses missions. De sorte qu'on pourrait valablement dire : « Pouvoir Ouattara, arrêtez ça ! ». Et cela n'offusquerait personne. Tant ce régime, depuis son avènement en Côte d'Ivoire, s'illustre par les actions et mesures impopulaires, si ce n'est complètement rétrogrades. De sorte que ses cris d'orfraie contre les dérives des FRCI nous font sourire. Parce qu'il fait bien pire. Tel régime, telle armée !

Nous en voulons pour preuve le fait que depuis avril 2011, notre pays semble s'être installé dans un régime d'exception et non dans une république : des autorités de cette nation, premiers ministres, députés, ministres, cadres, officiers supérieurs de l'armée, soldats, journalistes et hommes de médias croupissent dans les geôles de Ouattara, au Nord du pays, depuis de longs mois, envers et contre leurs statuts particuliers prévus par nos lois (hautes autorités de la République, parlementaires et journalistes), sans jugement, sans droits de visite, incarcérés pendant des mois entiers avant toute inculpation. Justice des « vainqueurs » !   En outre, le Chef de l'Etat est toujours le président du RDR, en contradiction totale avec l'article 54 de la Constitution ivoirienne qui lui impose d'être à équidistance de tous les Ivoiriens. Et nous le dénonçons pour la énième fois, il n'a toujours pas déclaré ses biens devant la Cour des comptes, conformément à la prescription de l'article 55 de la Loi fondamentale de la République de Côte d'Ivoire. Sans oublier le fait que l'Assemblée nationale a été illégalement suspendue, sinon dissoute, avant les législatives, et tous les salaires des députés coupés, y compris celui de son président sortant, le professeur Mamadou Koulibaly. Et tout le beau microcosme ivoirien continue à vivre comme si de rien n'était et comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Sommes-nous dans un régime d'exception ou dans une république ? Le pouvoir RHDP devra éclairer les Ivoiriens sur la question.

La réconciliation nationale tant annoncée se fait (ou on espère la faire) sans la partie adverse, en exil ou en prison et dont le leader, le Président Laurent Gbagbo, est en déportation à La Haye, aux termes de procédures et de tractations des plus suspectes entre le pouvoir en place et le très controversé procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno-Ocampo. Les universités publiques, centre du savoir et des recherches dans notre pays, sont fermées pour au moins deux nouvelles années, au regard des dégâts épouvantables qui y ont été causés par les FRCI et les milices pro-Ouattara (dozos), pendant la prise d'Abidjan, dans le mois d'avril 2011. Le gouvernement parle de reprise en Octobre 2012. Pour cela, il aurait fallu que les travaux débutent maintenant. Or, après l'abattement des arbres, le déguerpissement des petits commerces et des « business center » (photocopie, saisie et traitement de texte, impression, reliure) et les travaux de reprofilage, plus rien ne se fait en ce moment sur les différents sites de nos universités. De sorte que l'intelligence est assassinée, actuellement, en Côte d'Ivoire (négation de la recherche et de l'instruction des jeunes générations) et que trois promotions de bacheliers (bientôt quatre) sont sur le carreau ou en exil universitaire.

Les indemnités des magistrats ont été suspendues, cette fin de mois de décembre, en pleine période des fêtes, sans préavis, des salaires entiers restent impayés dans bien de sociétés et établissements publics. Quant aux législatives ivoiriennes, elles resteront un cas d'école : nous sommes passés du « désert électoral » reconnu et attesté par tous, y compris les observateurs et les médias internationaux (dont France 24, RFI, Euronews et TV5 Monde, habituels soutiens de Ouattara), tant les électeurs étaient aussi rares que l'or fin, à la « forêt électorale », avec un taux de participation irréel de 36,56% qui laisse pantois tous les analystes de la vie politique ivoirienne. Le président de la CEI, Monsieur Youssouf Bakayoko devra expliquer à la nation ivoirienne ce tour de magie qui jette une ombre épaisse sur le peu de crédit qui restait encore à son institution aux yeux des Ivoiriens, après la présidentielle de 2010. Nous ne parlons même pas des plaintes pour fraudes et falsification de résultats déposées par une foule de candidats floués, sur la table du Conseil constitutionnel. Dans quelle république sommes-nous ? Vivement une réponse du nouveau régime ivoirien.



Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 398 du jeudi 22 décembre 2011.

vendredi, 16 décembre 2011

FRAUDES AUX LEGISLATIVES, KKB HAUSSE LE TON FACE AU RDR: «CE N’EST PAS PARCE QU’ON EST EN ALLIANCE QU’ON DOIT SE LAISSER VOLER!»

 


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Le président de la Jeunesse du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), allié du parti ouattariste dans le cadre du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, Kouadio Konan Bertin dit «KKB», n’a pas mâché ses mots dans une interview donnée hier à l’agence Alerte Info. «La crédibilité de la Commission électorale indépendante (CEI) est en jeu», a-t-il martelé face aux nombreuses accusations de fraude et de partialité. Poussant le bouton plus loin, il est allé jusqu’à suggérer que les recours du président Gbagbo devant le Conseil constitutionnel, qui lui ont valu d’être bombardé par l’armée française et de se trouver aujourd’hui devant la Cour pénale internationale (CPI), étaient peut-être fondés. S’adressant à l’institution dirigée par Youssouf Bakayoko,  il l’a appelé à ne pas donner «raison à Gbagbo qui, hier, a posé ce problème» d’impartialité de la CEI.

Répondant à une question sur le caractère un peu étrange des règlements de compte et sourtout des accusations de fraude entre des alliés au sein du RHDP, KKB a été catégorique. «Ce n’est pas parce qu’on est en alliance qu’on doit se laisser voler ses résultats», a-t-il dit, réclamant haut et fort «justice et transparence». Que fera désormais le régime Ouattara pour maintenir l’alliance entre «houphouétistes» ? Ira-t-il jusqu’à actionner le Conseil constitutionnel pour restituer au PDCI certaines circonscriptions sur lesquelles il y a conflit ? Les prochains jours nous situeront.


Benjamin Silué


Source: NOUVEAU COURRIER.INFO