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lundi, 30 novembre 2009

FRANçOIS SPIRLET: L'INCROYABLE TEMOIGNAGE DU DERNIER COLON D'AFRIQUE CENTRALE

 Le dernier colon d'Afrique Centrale, François SPIRLET (86 ans)

A la claire fontaine…

 

 

 

Un conte bantou vécu par un blanc.

 

 

L’Afrique coloniale

 

Je venais d’arriver en terre africaine, c’était il y a près de 50 ans. Rescapé des Camps nazis, j’avais choisi d’être enseignant. En espérant apporter à mes élèves les moyens d’empêcher de revivre mon calvaire. Une longue carrière d’enseignant m’a permis de le réaliser.

À peine sorti de ce qui n’était alors qu’un modeste aérodrome, je n’ai guère eu le temps de chercher un taxi, deux européens se sont avancés vers moi pour m’accueillir, le sourire aux lèvres, c’étaient des compatriotes, qui m’ont dirigé vers leur voiture.

Un accueil auquel je ne m’attendais pas, ainsi, c’était donc cela, notre belle colonie ?

Un havre de paix et de compréhension, de sollicitude et de solidarité ?

 

Mais le désenchantement, brutal, ne tarda point. À peine installé dans une voiture américaine récente, j’ai eu droit à un conditionnement qui n’a jamais quitté ma mémoire.

Après un bref souhait de bienvenue, une série de recommandations sensées faciliter mon adaptation et m’éviter ainsi bien des erreurs accaparèrent tout le trajet en voiture.

D’emblée, leur tutoiement devait me faire comprendre qu’il s’agissait d’aider un compatriote à acquérir un comportement qui le mettrait à l’abri des dangers qui le guettaient.

Ne donne jamais la main à un noir, elles sont sales, remplies (sic) de microbes. Et quand tu prendras un boy (domestique), rappelle-toi qu’ils sont tous voleurs. Évite de leur donner à manger, tu les paies, ils doivent apprendre à se débrouiller.

Je ne me souviens plus du reste, l’essentiel m’avait déjà rendu malade. C’est alors que me revint en mémoire mon ordre de mission : vous serez chargé de créer une des 5 premières écoles professionnelles laïques de notre colonie (70 ans après le début de l’occupation du pays par les colonisateurs…)

 

Je n’avais de cesse de voir mon école, mais ce ne fut que le lendemain, un jour mémorable.

L’inspecteur de l’Enseignement professionnel m’avait emmené dans sa voiture. Les 15 Kms qui nous séparaient du village de N’DJILI m’ont paru bien longs. Nous étions arrivés, à perte de vue la brousse, plantée dans un environnement accidenté où l’on distinguait pourtant un plateau, celui du village de N’DJILI, de quelques dizaines de cases à peine,en me montrant un coin de brousse, l’inspecteur, avec un sourire de circonstance, m’annonça : mon cher directeur, voici votre école, je vous confie 4 hectares de brousse !

Et il avait ajouté, les plans de votre établissement ne sont pas encore terminés et les travaux ne commenceront sans doute pas avant l’année prochaine. Vous risquez d’avoir des vacances prolongées. Néanmoins, je reste à votre disposition pour vous préparer à vos nouvelles fonctions. Rendez-vous demain à notre Direction Provinciale de l’Enseignement.

 

C’est ainsi que débuta ma carrière africaine et ce conte, où le souvenir des Camps fut omniprésent.

Vêtus de haillons, certains tenaillés par la faim, mais surtout méprisés par les blancs,

sans le moindre respect pour leur dignité, j’avais retrouvé dans ces africains : L’UNTERMENSCH (le sous-homme) que j’avais été dans les Camps nazis !

Dès ce moment, je n’ai eu de cesse de les aimer….Ce conte est leur histoire.

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