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mardi, 06 novembre 2012

DESILLUSION CHEZ LES PARTISANS DE OUATTARA: LE BLUES DU GOLF

 

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Cette lettre ouverte-réquisitoire contre le régime Ouattara n'est pas celle d'un pro-Gbagbo, loin s'en faut, mais bien celle d'un partisan RHDP, sinon RDR, celle d'Ibrahima Tanou, un pro-Ouattara convaincu qui s'adresse à son mentor, la mort dans l'âme. Le réveil est peut-être tardif et douloureux pour tous ceux qui, comme lui, se sont bercés d'illusions sur Ouattara mais ce réveil est toujours souhaitable, bienvenu voire salutaire. On n'accusera pas, pour une fois, les pro-Gbagbo d'être les seuls ivoiro-dépressifs pratiquants. Appréciez. Bonne lecture!

 

LE BLUES DU GOLF

Le titre est emprunté à ce brûlot «le blues de la république» qui a achevé d’incendier le pouvoir de Koudou. On l’a attribué à MAMKOUL (le Professeur Mamadou Koulibaly, aujourd'hui transfuge du FPI et président de LIDER, parti dont il est le fondateur, Ndlr) qui a refusé de l’assumer mais n’empêche qu’on a compris que ça venait du sein de ce pouvoir rongé par ses tares (affairisme, jouissance effrénée, incompétence, clientélisme, etc…). Aujourd’hui, je ne suis pas loin de penser comme d’autres qu’assez tôt le pouvoir actuel passera par cette étape.

La période du Golf nous a révélé, que dis-je, nous a rappelé ton efficacité dans l’adversité. Tu étais cloîtré au point où l’autre se demandait si tu arrivais à te promener. Tous ceux qui compte dans ce monde se sont rangés de ton côté. Aujourd’hui, tu ne peux pas dire que tu es seul. Je me permets le tutoiement parce que plus tard tu comprendras qu’il n’y a que toi qui rendras compte même des dérives de ceux que tu as désignés à des postes de responsabilité. Aujourd’hui, AMNESTY produit un rapport et ton entourage crie au complot, au mensonge, au montage. Je rappelle qu’hier, les mêmes rapports d’AMNESTY avaient valeur d’évangile pour ces mêmes-là.
 
Chaque jour que Dieu fait, je ne peux m’empêcher de me poser ces questions: Ne vois-tu pas ces ventres qui s’arrondissent autour de toi? Ne vois-tu pas ces teints de peau qui brillent de plus en plus? Ne vois-tu pas ces poches qui gonflent près de toi? Et pourtant tu côtoies certains chaque mercredi à partir de 10 heures où ils viennent te faire l’état de la nation qui, disent-ils, se porte beaucoup mieux qu’hier. Tu rencontres d’autres plus souvent et tu as dû voir que quelque chose cloche. 2 années ont passé, il y a eu beaucoup d’actions d’éclat mais aujourd’hui que reste-t-il de tout ça? Tu disais à Agnès Kraidy que tu connaissais le prix de la tomate, du piment, etc… donc tu comprends que même la sauce arachide, dite sauce RDR, est plus chère aujourd’hui qu’hier. Pourtant, tu as le ministre du commerce chaque semaine en face de toi qui te dis que les prix sont mieux contrôlés. Est-ce ces accords politiques qui te lient les mains au point où tu ne vois pas toutes ces défaillances. Même auprès de toi, il y a matière à dénoncer. Ce chantier gigantesque au cœur de la ville qui interpelle toutes les consciences. Ne le vois-tu pas aussi? Même ceux qui par la force des armes t’ont donné la légitimité que la force des voix en ta faveur n’a pas suffi à asseoir ont du mal à voir la lumière que tu as promis une fois la bataille achevée. Je ne te parle pas de ces policiers que tu paies régulièrement avec notre argent à la fin du mois mais qui continuent de mendier comme des crève-la-faim. Qu’est ce qu’ils coûtent d’en radier une dizaine chaque jour que ton « bon petit » au sortir d’une virée bokolobangesque aura surpris en train de faire la manche. Tu me diras que tu as sanctionné les tricheurs. Je te répondrai «Et les mendiants, qu’en fais tu?» Chasse-les, punis-les afin qu’on arrête d’avoir honte. Tu nous promets un pays émergent en 2020, je crains que ce pays ne soit immergé définitivement dès 2015 tellement les tares qui minent notre système se révèlent chaque jour un peu plus.
 
Qu’est ce que cela coûte de combattre ces commerçants véreux qui nous vendent la bouteille de gaz à 5.000 Francs là où elle est sensée coûter 4.000 francs. Dis à l’autre qui est le fruit de ton accord sous le palmier de Daoukro qu’on n’est pas à un concours de prêche. L’époque de «tu es le messie» est finie. On veut que tu sois le «docteur» comme le titre que tes diplômes t’ont conféré. Il faut que tu soignes ce pays meurtri, ce peuple qui aspire à un mieux-être. Tu nous promets plus de sécurité, ce n’est pas ça qu’on voit hein. Chaque jour l’autre va sortir dans ma télé pour dire de me tranquilliser mais le lendemain, d’autres se font prendre leurs armes comme au jeu de ludo avec la fameuse expression «j’ai homé». Il ya des hommes de valeur dont l’intégrité ne fait pas de doute pour l’instant. Mets-les là où il se doit. Le temps de la spéculation est passé. Le temps de la reconnaissance est passé. Quelle reconnaissance? ils ont sûrement enduré les longues périodes de disette avec toi dans l’opposition mais penses-tu que cela vaille que ton mandat court à l’échec pour eux.
 
Ce ne sont pas les 8,6% de croissance qui rempliront le plat des ivoiriens, leur permettront de vivre en sécurité et plus librement. Le moment est venu que tu affrontes tes propres «démons» sinon je vois l’autre venir dans si peu de temps crier à «l’espoir déçu». Il n’hésitera pas à dire haut et fort que la confiance qu’ils ont mis en toi a été trahie et que ce qui a perdu OPA est en train de te perdre aussi. Je ne suis pas sûr que tu trouveras beaucoup pour te suivre dans ce combat si jamais il fallait le mener.
 
On est là pour te dire la vérité que tu sais déjà mais qu’ils hésitent forcément à te dire. Le temps de la jouissance doit prendre fin afin que ce soit les ivoiriens qui jouissent mieux et fort.



Ibrahima Tanou (Sur sa page Facebook)


 
Source: La page Facebook de Nathalie Yamb

jeudi, 12 août 2010

DITES-NOUS, LES REFONDATEURS, OU EST LE CHANGEMENT?

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« Tous ces hommes qui nous font peur, qui écrasent l'émeraude jalouse de nos rêves, qui bousculent la fragile courbe de nos sourires, tous ces hommes en face de nous, qui ne nous posent point de questions, mais à qui nous en posons d'étranges. ... Qui sont-ils ».

Cette phrase est tirée du livre de Frantz Fanon, intitulé Pour la révolution africaine, écrits politiques-Paris : La Découverte, 2006.  Qui sont ceux qui écrasent donc nos rêves ? Il ne faut pas chercher loin et pendant longtemps, il s'agit des refondateurs ivoiriens.

Les ivoiriens connaissent bien ceux qu'on appelle depuis 2000, les Refondateurs. Mais pour les autres, ils n'ont pas d'inquiétude à se faire car dans notre exposé, des définitions seront données.

Notre contribution du jour est une question que nous posons à ceux qui nous gouvernent aujourd'hui en Côte d'Ivoire. Nous désirons avec leur permission, savoir ce qu'ils ont fait du changement promis. Cette question est donc la suivante : « dites-nous les Refondateurs, où est le changement ?».

Pour faciliter notre exposé, il nous semble intéressant de rappeler aux lecteurs certaines définitions, toujours obnubilé par le souci constamment affiné de rendre objectivement notre pensée.

Les Refondateurs sont les « acteurs » d'un « scenario » qu'on appelle : la Refondation. Cette dernière est une philosophie de la vie en société, un programme de gouvernement, une affirmation des valeurs éthiques et une vision de l'homme et de l'humanité. Elle a promis un changement radical de l'édifice national. Tout était à reconstruire pour le pays, sa structuration administrative, son organisation économique, politique, sociale, culturelle.

A ce stade de notre exposé, contentons-nous de cette définition que nous compléterons plus loin.

On peut définir le changement comme une action qui consiste à chambarder, innover, réformer, rénover, renverser, révolutionner. Une telle définition nous conduit à une autre question, celle de savoir ce qui était à changer.

Dans la suite de notre exposé, il nous faudra brièvement présenter la Côte d'Ivoire avant l'irruption des Refondateurs. Ce sera le premier point à développer.

Nous discuterons dans un deuxième point, des retombées de la Refondation. Pour être sincère avec nous-mêmes, la Refondation en tant que philosophie n'est pas blâmable, mais le comportement des « acteurs » de la Refondation.

Enfin, dans un troisième point, nous appellerons les ivoiriens à ne pas laisser le « volant » de la « voiture ivoire » à des aventuriers.

LA CÔTE D'IVOIRE SOUS LE PARTI UNIQUE : FORCES ET FAIBLESSES

Avant l'avènement du multipartisme, l'histoire politique et économique de la Côte d'Ivoire se confond avec celle de Félix Houphouët-Boigny, fondateur du PDCI (Parti Démocratique de Côte d'Ivoire).  Jusqu'en  1990, en tout cas, le PDCI-RDA régnait et son modèle économique était le fondement de l'effort de développement.

Sur le plan politique, il faut dire que le parti unique n'est pas attrayant pour le démocrate que je suis. Le parti unique est un suicide politique dont les effets pervers sont le plus souvent un boomerang social. Or comme les grecs l'enseignent, c'est de la polémique[1] que dérive la vérité, une république animée par un parti unique n'est pas démocratique.

En matière de diplomatie  et de politique internationale, dès l'accession à l'indépendance de son pays, le président Félix Houphouët-Boigny opte pour une coopération étroite avec la France. Rappelons qu'à cette époque, deux conceptions différentes de l'Afrique s'affrontent, d'une  part les « progressistes » du groupe de Casablanca, qui souhaitent à la fois une indépendance totale des pays africains ainsi qu'un fort panafricanisme, et d'autre part, les « modérés » du groupe de Monrovia dont faisait partie Félix Houphouët-Boigny, qui aspirent également à une indépendance de l'Afrique, mais sous la férule de la France.

Félix Houphouët-Boigny, n'était pas un véritable président mais le représentant de la France en Afrique francophone : il défendait les intérêts français.

Il n'a rien fait pour aider à la construction d'une monnaie sous-régionale décolonisée, c'est-à-dire gérée par les africains eux-mêmes, sans la tutelle française. Il a préféré tout donner à la France et se contenter des résidus.

Au niveau économique, le pays connait un semblant de développement. Les résultats affichés par la Côte d'Ivoire sont impressionnants : le taux de croissance annuel moyen du Produit Intérieur Brut est d'environ 7 % entre 1960 et 1980, indique la Banque Mondiale. Les dépenses dans le domaine de l'éducation et de la santé sont très importantes, 40% du budget de l'État est alloué au secteur de l'éducation et de nombreux hôpitaux et dispensaires de village sont mis à la disposition des populations.

Mais la croissance ivoirienne est une croissance appauvrissante, puisqu'elle est basée sur l'exportation de quelques matières premières. Il a suffit que les prix des matières premières chutent pour que le PIB par tête se détériore, enfonçant le pays dans une crise.

Sur le plan social, certes l'ivoirien vivait mieux que son homologue de certains pays voisins, mais la distribution de la richesse n'était pas égalitaire. Elle se faisait selon des normes clientélistes et claniques.

La paix sociale était tout de même préservée dans un pays où un quart de la population est étrangère. On pourra tout reprocher à Félix Houphouët-Boigny, mais il a réussi à asseoir une précaire cohésion sociale.

DU MULTIPARTISME A LA REFONDATION : L'ESPERANCE AVORTEE

Les partis politiques existaient en Côte d'Ivoire avant les indépendances mais l'histoire leur donne un point de départ en 1990.

Comme le souligne Jean-François Bayart, «  Une légende plaisante veut que la conférence de La Baule, en juin 1990, ait propulsé l'Afrique dans l'ère du multipartisme, parfois à son corps défendant. C'est oublier la chronologie des faits : la France a pris acte tardivement, et de manière bien ambiguë d'une revendication libérale ... qui était devenue irrépressible »[2].

En Côte d'Ivoire, le multipartisme est arraché à Félix Houphouët-Boigny en 1990. Le Front Populaire Ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo se trouve en première ligne dans le combat pour les libertés individuelles.

Ces démocrates là ont confondu démocratie et multipartisme. Nous le répétons encore une fois, la démocratie est fondamentalement le règne du droit.  Selon le Rapport préparé par International IDEA (l'Institut international pour la démocratie et l'assistance électorale) et dans le cadre de son programme mondial sur la recherche et le dialogue avec les partis politiques, publié en 2007, la Côte d'Ivoire disposerait de plus de 130 partis politiques. Or à en croire Freedom House[3], le pays ne serait  pas propice aux libertés civiques.

Il n'est peut-être pas inutile de rappeler que l'éclosion des partis politiques ne garantit pas nécessairement le multipartisme. Il est par conséquent nécessaire de faire la distinction entre l'existence d'un grand nombre de partis politiques et un système de partis. Dans la première situation, il y a beaucoup de partis mais il n'y a aucune compétition significative entre eux ; un seul parti domine. Dans le deuxième cas, il y a un système pluraliste compétitif et démocratique.

Bref, le Front Populaire Ivoirien (FPI), dans sa vocation légitime de conquérir et d'exercer le pouvoir d'Etat, a élaboré un projet de société. Ce projet ébauché de 1982 à 1992, finalisé entre 1993 et 1997, a été publié en 1998 sous la direction de Harris Mémel FOTË sous le titre « Fonder une Nation Africaine Démocratique et Socialiste en Côte d'Ivoire ». C'est donc ce projet qui constitue la matrice, la boussole, la référence idéologique concernant un choix politique, économique, social, culturel, etc[4].

Le programme du FPI baptisé « LA REFONDATION », se proposait de refonder les relations ambivalentes avec les puissances impérialistes, construire un Etat démocratique avec une justice juste, animée par des magistrats compétents et crédibles, donner à l'école son rôle d'ascenseur social, distribuer égalitairement les richesses du pays, lutter contre la corruption et ériger la méritocratie comme mode de promotion sociale.

Dans les faits, la Refondation n'a été qu'une curiosité intellectuelle, pas plus. En tout cas en termes de progrès social.

Sous la Refondation, la corruption est devenue le « toboggan » qui permet d'accéder à l'enrichissement illicite. Et pourtant un ivoirien sur deux est pauvre.

En Aout 2006, la société Trafigura, spécialisée dans le négoce de produits pétroliers déversait des déchets toxiques à Abidjan et ses environs faisant des morts et personnes hospitalisées avec des séquelles à vie.

En 2007, Global Witness publiait un rapport "Chocolat chaud", qui dénonçait notamment la tendance du secteur du cacao ivoirien à la mauvaise gestion des revenus, à l'opacité des comptes et à la corruption. Mieux la filière Café-Cacao est accusée de pillage systématique dans une rocambolesque affaire de 100 milliards de franc CFA. Il s'agit d'un détournement de 100 milliards de l'usine de Fulton aux Etats-Unis, par des responsables de la filière café-cacao. Notre pays est devenu le nid de la  corruption. Le classement de Transparency International du degré de corruption varie de 10 à 1, avec la matrice la plus élevée indiquant les moins corrompus du lot et la matrice la moins élevée les plus corrompus. En 2005, le Ghana, avec le niveau le plus bas de corruption en Afrique de l'Ouest, a un score de 3,5, et a été classé 65e sur 159 pays impliqués dans le classement. Le Nigeria et la Côte d'Ivoire étaient considérés comme les pays les plus corrompus de la sous-région, avec un score de 1,9, et classés 152e ex æquo sur 159 pays.

Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, il semblerait que tous les concours d'accès à des postes publics, fassent l'objet d'un chantage monétaire.   Ainsi, pour rentrer à la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration (ENA), il faut payer. Il faut faire pareil pour l'Ecole Nationale de Police (ENP), l'Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l'Ecole Normale Supérieure (ENS). Du coup, la motivation a déserté les lycées et les collèges ainsi que nos universités.

Le secteur stratégique qu'est l'éducation est malade.  L'école  va encore plus mal sous la Refondation, avec à la fin de l'année scolaire 2008-2009,  des scores décevants : 80% d'échec au BEPC et 80% d'échec au BAC.  En 2010, le taux d'échec au Bac est de 75,5 % et  de 70%  au BEPC.  L'école est pour le pays ce que  l'enfant est pour une famille. Le taux de scolarisation qui se situait à 74% en 1998 est tombé à 66% en 2006/2007.

Les Refondateurs n'ont pas réussi à lutter contre la françafrique car dans ce combat,  la Côte d'Ivoire a tout perdu.

Le Président ivoirien a tout donné aux multinationales colonisatrices or il critiquait le parti unique de « vendre » le pays à la France.

En effet, depuis le 12 octobre 2005, le groupe BOUYGUES à travers sa filiale CIE, est encore et ce, pendant 15 ans le distributeur exclusif de l'électricité en Côte d'Ivoire. De sa production jusqu'à son exportation, en passant par la distribution et l'importation, l'Etat a accordé le secteur au groupe français. Même la construction du troisième pont est encore attribuée à BOUYGUES alors que les chinois pouvaient le faire à un prix raisonnable.

Il en est de même de Bolloré qui a tout obtenu après un non tonitruant. En 2004, le groupe Bolloré obtenait du Port autonome d'Abidjan (PAA) une concession de "gré à gré" à travers sa filiale SETV, pour un coût de 5,5 milliards de FCFA (8,4 M EUR) et une promesse d'investissement de 27 milliards de FCFA (plus de 41 M EUR) sur cinq ans.

Finalement, les ivoiriens ont été floués par les Refondateurs.

LES REFONDATEURS ONT ECHOUE LAMENTABLEMENT : LE PEUPLE DOIT AVISER

Disons-le avec empressement, en vérité, il faut rechercher dans la mauvaise foi des Refondateurs, la folie de leurs œuvres. Il serait curieux d'étudier l'influence qu'a pu exercer la guerre sur la vie des ivoiriens depuis 2002.  Pour autant, la guerre n'est pas un passeport pour arriver à des fortunes colossales. S'il  y'a un paradoxe rapidement rencontré dans la Refondation, c'est  ce que notre brave compatriote Lekadou Tagro Gérard nomme « la qualité et le choix des hommes ». Non content de l'échec au niveau de l'amélioration du niveau de vie des ivoiriens, les Refondateurs torturent moralement le peuple avec l'épandage de leur fortune.

Pendant qu'on nous ressassait que nous étions en  guerre parce que la Chiraquie s'est rendu compte que l'actuel chef d'Etat n'est pas prêt à brader les richesses de son pays, nos propres frères pillaient les caisses de l'Etat. A un certain moment, on avait pu croire à ces différentes diversions avant de retrouver toute notre lucidité.

Dieu seul sait combien sont les Refondateurs qui ont critiqué  les détournements des deniers publics, la mégalomanie, les achats de conscience, le tribalisme etc. ils ont critiqué le monarque Boigny qui ne se gênait pas d'emprisonner, de torturer, de mettre en exil.

Posez la question aux ivoiriens, ils vous diront qu'ils ne voient point de différence entre l'époque du Parti unique et celle des Refondateurs, en tout cas, sur le plan politique.  Ce ne sont pas les journalistes du « Nouveau Courrier » qui  diront le contraire.

Les ivoiriens sont devenus aujourd'hui nostalgiques des temps passés. Ils sont admiratifs de ce qu'ils ont répudié hier, car le changement a été un mirage.

Pour répondre à la question posée aux refondateurs (à savoir où est le changement ?), il est facile de trouver les mots justes.

Les Refondateurs n'ont plus de boussole, ils ont perdu les nobles valeurs qui faisaient rêver les ivoiriens.

Pour être honnête, ce n'est pas la « Refondation » en tant que philosophie qui est condamnable, bien au contraire, il faut reconstruire le pays sur des bases nouvelles.

Ce qui a été sans doute le problème de la  « Refondation », c'est le choix des hommes.  Un bon scenario a besoin de bons acteurs et un metteur en scène chevronné, pour que le rendu soit sans reproche.

Dire que la « Refondation » était porteuse d'espoir ne signifie pas qu'il faille renouveler notre confiance à ces acteurs insoucieux. Pareilles tentatives ignorent volontairement le caractère versatile de l'être humain.

Pour ma part, ce que je souhaite pour les Refondateurs, c'est une sanction populaire dans les urnes. Mais le dernier mot appartient au peuple ivoirien.

Les ivoiriens espèrent en des lendemains meilleurs mais pour l'heure, il faut que nous nous battions pour obtenir les élections même par césarienne.


Dieu aide la Côte d'Ivoire à se relever de sa chute.

Dieu bénisse l'Afrique !


Dr Séraphin PRAO

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

 


[1] Le terme polémique vient du grec polemos qui désigne le combat. Le registre polémique désigne un débat où l'échange d'arguments prend un tour agressif voire violent.


[2] Jean-François BAYART, La politique africaine de la France. Ni le Zambèze ni la Corrèze ", Le Monde, 5 mars 1992.


[3] Source : Freedom House, Freedom in the World Report, 2006 (Washington, DC: Freedom House,

2006).


[4] Tiré du Texte de la conférence « Ce que Refonder veut dire ; la Refondation à l'épreuve du pouvoir »,

prononcée le vendredi 30 Avril au Palais de la Culture à Abidjan. Texte disponible à l'adresse

suivante :http://liberte.fpi.ci/content/index.php?option=com_content&view=article&id=13%3Aconferences&catid=2%3Aevenement&showall=1

mardi, 27 juillet 2010

LE REVE BRISE DES IVOIRIENS

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Les ivoiriens rêvent leur vie pendant que certains vivent leur rêve

« L'honnêteté universelle proteste contre ces lois protectrices du mal (...) Quoi que fassent ceux qui règnent chez eux par la violence et hors de chez eux par la menace, quoi que fassent ceux qui se croient les maîtres des peuples et qui ne sont que les tyrans des consciences, l'homme qui lutte pour la justice et la vérité trouvera toujours le moyen d'accomplir son devoir tout entier ». Cette longue citation est de Victor Hugo. Et elle devrait effrayer les tyrans et encourager les défenseurs du peuple.

Nous n'avons pas trouvé mieux qu'une telle citation pour illustrer notre présente contribution qui encore une fois s'intéresse à un pays africain : la Côte d'Ivoire.

Quelle drôle d'idée que de parler ici d'honnêteté, de justice et de vérité en ce qui concerne ce pays ? Qu'on ne s'y trompe pas, il s'agira ici de présenter le bilan dégrisant d'un pays où les uns souffrent et les autres s'empiffrent comme des gloutons. Comme chef de la fronde populaire, la classe laborieuse, nous ne voulons pas trahir notre conscience en nous taisant sur les escroqueries morales d'une élite ivre de pouvoir et de richesse.

« Les ivoiriens rêvent leur vie pendant que certains vivent leur rêve » : voici le titre que nous donnons à notre texte du jour. Pour que nous soyons en phase avec nos lecteurs, définissons ensemble les mots clés : le rêve et la vie.

Le rêve est un assemblage subconscient d'images et d'idées, souvent incohérentes, parfois nettes et suivies, qui se présentent à l'esprit pendant le sommeil; Chose plaisante par opposition au cauchemar (pendant le sommeil ou non).   Freud est sans doute celui qui les a le plus étudiés. Mais la psychologie expérimentale s'intéresse aussi à cet aspect fuyant et insaisissable de la vie mentale. Au sens figuré, c'est un projet sans fondement, chimère, utopie; Désir, espérance. Rêver, c'est vivre autrement. Rêver c'est vivre dans une autre réalité. N'en déplaise à certains, rêver n'est pas un acte anodin, puéril ou inefficace, rêver ce n'est pas perdre son temps, ce n'est pas non plus passer à côté de la vie, rêver c'est un acte de la vie à part entière, rêver c'est vivre aussi. On dit qu'un individu vit ses rêves lorsqu'il jouit d'un bonheur fort court ou qui n'a eu qu'une espérance trompeuse et de peu de durée. Il se dit aussi d'un individu à qui survient un succès, un bonheur que rien ne lui faisait espérer.

Quant à la vie, il est possible de la définir comme la capacité que peut avoir un organisme à se reproduire, respirer et se nourrir. Cette définition est trop restrictive.  Elle exclut déjà toutes les cellules qui fermentent au lieu de respirer, comme par exemple les bactéries anaérobies. La meilleure définition de la vie est thermodynamique, parce qu'elle ne fait aucun préjugé sur la structure et les comportements que doit avoir cette vie. En se basant sur les lois de la thermodynamique, on peut dire que la vie est la capacité à maintenir et à reproduire une structure complexe en dépit de conditions thermodynamiques défavorables.

Après ces définitions, nous pouvons donc exposer comment les ivoiriens appréhendent leur capacité à se maintenir et à se reproduire comme un projet sans fondement.

Dans cette grisaille, une poignée d'individu expérimente ce qu'elle n'a jamais espéré. C'est donc « deux Côte d'Ivoire » que nous présentons dans cette contribution.

Les ivoiriens, dans leur grande majorité, rêvent leur vie

Aujourd'hui, en Côte d'Ivoire, la grande majorité des ivoiriens souffre de ne pas pouvoir se loger et se nourrir dignement. Les choses qui étaient hier élémentaires sont devenues inaccessibles au regard de l'extrême pauvreté qui frappe les populations. Et pourtant, les ivoiriens ont été abreuvés d'espoir. En effet, ceux qui nous gouvernent disent qu'ils sont des socialistes, c'est-à-dire des gens qui luttent pour l'intérêt collectif, la justice sociale et l'égalité pour tous. Or on peut se demander en quoi  quelqu'un  qui n'a aucun sens de l'Etat et de la chose publique, qui n'a aucune compassion, serait-il un socialiste ? On aurait aimé voir chez les « refondateurs » ivoiriens, un comportement de responsables qui accordent une attention spéciale au peuple, singulièrement ce qu'ils appellent le petit peuple.

On ne le redira jamais assez, et les futures générations africaines devraient être encore plus vigilantes, il faut se méfier des vendeurs d'illusions.

Les ivoiriens ont pourtant donné tout ce qu'ils avaient de plus couteux, leur vie, pour sauver le pays et son chef, en espérant le changement. Lorsque les militaires du général Guéi pourchassaient les jeunes et les femmes, alors que ces derniers  luttaient pour rétablir Laurent Gbagbo dans ses droits, ils étaient tout de même loin  d'imaginer, la torture morale dont ils feraient l'objet, une fois « l'opposant charismatique » au pouvoir.

Face à la France, les jeunes ivoiriens sont sortis pour repousser très loin les limites de la colonisation.  Le président Laurent Gbagbo  lui-même le dit en ces termes : « Il y a cinq ans, les 6, 7, 8 et 9 novembre 2004 se produisaient des événements parmi les plus douloureux et les plus traumatisants de l'histoire de la Côte d'Ivoire. Des Ivoiriens aux mains nues ont été les victimes de la force française Licorne sur différents sites : corridors de Daloa et de Guessabo, aéroport de Port-Bouët, pont Général De Gaulle, pont Félix Houphouët-Boigny, et esplanade de l'hôtel Ivoire. Au total, 90 morts et 2537 blessés dont une centaine d'handicapés à vie ».

Les ivoiriens ont lutté pour améliorer leur niveau de vie. Or la corruption, le népotisme, le favoritisme, l'impunité, la tricherie, l'enrichissement rapide et illicite, sont devenus la règle en Côte d'Ivoire.  Si vous êtes d'une famille pauvre alors vous reproduirez la pauvreté car l'ascenseur social c'est-à-dire l'école, est en panne. D'ailleurs, rien n'est fait pour corriger les injustices sociales dans le pays si ce n'est les approfondir.

Comme on peut l'observer à travers ces phrases, en réalité, rien n'indique le désir des refondateurs de se situer réellement sur le terrain de la lutte contre les inégalités sociales. Cependant, que n'a-t'on pas servi aux ivoiriens en matière de progrès social ? L'école gratuite, la santé gratuite, le repositionnement de l'école dans les stratégies de développement, la répartition des richesses, le pouvoir aux peuples, plus de liberté. Les faits sont ce qu'ils sont : la réalité est tout autre.

Avec les refondateurs au pouvoir, les ivoiriens ont cru à une administration au travail et surtout juste. L'administration étant la colonne vertébrale de l'Etat, si l'administration est pourrie et que chacun souhaite s'enrichir sur le dos des usagers, alors il n'y aura pas d'administration et l'Etat n'existera pas.

Phil Hine avait raison d'écrire que  "Les dictateurs à toutes les époques ont appris rapidement que si vous voulez affaiblir la volonté d'un peuple, alors vous devez détruire leurs rêves, rendre leurs mythes incompréhensibles et les remplacer par d'autres."

La grande majorité des ivoiriens vit les difficultés et galères que connait le pays tandis qu'une minorité expérimente ce qu'elle n'a jamais espéré.

Une minorité d'ivoiriens vit ses rêves

Notre pays, après neuf années d'exercice de pouvoir par le FPI, montre un visage hideux et se caractérise par un affaiblissement de l'autorité de l'Etat, la mauvaise gouvernance, un cadre de vie de plus en plus précaire, une administration inefficace et corrompue, un secteur éducation formation en réelle difficulté, une économie défaillante et un secteur agricole en crise. C'est le bilan rapide qu'il est possible de dresser à propos de la Refondation en Côte d'Ivoire.

A Abidjan, la capitale économique, les ordures ont envahi les rues de sorte que les voitures et même les personnes n'arrivent pas à circuler. Et quand cela est possible, les odeurs finissent par vous rendre malade.  Demandez aux maires de ramasser ces ordures, ils vous diront que cela concerne le district. En Côte d'ivoire, les maires sont devenus des vendeurs de terrains, même les espaces destinés à nos enfants pour les jeux sont vendus.

L'administration marche mal. Les voitures « D », de l'Etat, roulent les jours fériés et les week-ends, sans se faire arrêter par les policiers. Les directeurs centraux sont passés maîtres dans l'art de la surfacturation et des pots de vin. Les ministres eux, peuvent pratiquer le favoritisme et le népotisme sans que la justice ne les inquiète. Ils sont au-dessus de la loi.

La corruption a tellement gangrené le pays que les professeurs de collèges et lycées demanderaient aux épreuves orales du BAC et du BEPC des billets de banque, pour arranger les notes.

Sous la Refondation, les ivoiriens travaillent de moins en moins puisque la méritocratie s'est absentée pour longtemps. Les fonctionnaires qui arrivent au bureau à 10 heures pour repartir à 16 heures. Les bureaux qui se vident les jeudis après-midi pour le week-end.

Sous la primature du Dr Alassane Ouattara, la notion de corruption n'existait pas dans les proportions que nous connaissons aujourd'hui. L'administration ivoirienne était au travail. Les fonctionnaires et agents de l'Etat étaient à leur poste dès 7h30. Il a fallu que les refondateurs viennent au pouvoir pour que la gangrène s'installe dans tous les secteurs de l'administration ivoirienne. De sorte que l'honnêteté est devenue un délit en Côte d'Ivoire. Il semblerait que monsieur Bouhoun Bouabré, ex-ministre des finances du FPI, était prêt à signer un chèque de 2,5 milliards de francs, pour acquérir la résidence de feu Angoua Koffi, ex-dg de la douane- qui abrite actuellement les locaux de la CEI, route du zoo-, si l'un des héritiers n'y avait pas fait opposition. On peut donc se demander d' où vient cet argent ? Monsieur Angoua Koffi étant issu du parti unique, on peut imaginer les sources de sa fortune mais qu'en est-il du ministre refondateur ?

En somme la corruption s'est simplement  installée. Le constater n'est évidemment pas l'approuver bien au contraire. Nous écrivons régulièrement pour éviter la révolte car l'histoire nous l'a maintenant largement et durement enseigné : il existe un rythme de la révolte. Parler, comme on l'a fait souvent, du FPI comme le nid de la corruption, c'est attribuer indistinctement à l'ensemble d'une catégorie extrêmement diversifiée et dispersée un « mal », lui-même mal identifié et mal défini. Il est clair en effet qu'il existe encore au FPI, des militants en phase avec la philosophie première du parti.

Aujourd'hui au FPI,  heureusement qu'il existe des honnêtes militants comme le professeur Mamadou Koulibaly, qui disons-le, avait claqué la porte à Marcoussis en janvier 2003. Pendant que les uns pensaient à se maintenir à leur poste, le professeur Koulibaly défendait son pays, la Côte d'Ivoire. C'est là, la différence entre un homme de gouvernement et un homme d'Etat. D'ailleurs, les refondateurs qui voudront gagner les législatives et les municipales devront se ranger derrière le professeur Koulibaly pour échapper à la vindicte populaire.

Il est impossible de vouloir le changement lorsqu'on n'est pas soi-même le changement. En Côte d'Ivoire, une minorité d'ivoiriens vit simplement son rêve.

Pour résumer l'état de santé de notre pays, nous pouvons affirmer que tout se multiplie et se divise  par un seul mot : corruption. Tout s'achète et se vend dans ce pays : extraits de naissance, attestations d'identité, certificats de nationalité, passeports etc. etc.

La bonne gouvernance comme préalable au redécollage de la Côte d'Ivoire

La théorie traditionnelle de croissance associe essentiellement la productivité globale des facteurs (PGF) au progrès technique. Or la PGF désigne, de manière plus générale, tout ce qui concourt à élever l'efficacité des combinaisons de travail et de capital. Une dimension importante est l'organisation juridique et réglementaire des activités productives, que l'on regroupe sous le terme générique d'institutions.

Douglass North[1], prix Nobel en 1993 avec Robert Fogel, a défini les institutions comme « les règles du jeu dans la société ou, plus formellement, les contraintes créées par les hommes qui régissent les interactions entre les hommes ». Les coûts de transaction (la corruption par exemple) induisent  un environnement institutionnel de faible qualité d'où la nécessité de sécuriser les contrats.

Le FMI (2003)[2] a évalué les institutions par trois types d'indicateurs : qualité de la gouvernance (degré de démocratie, stabilité politique, efficacité des services publics, degré d'intervention de l'Etat dans l'économie, sécurité juridique et absence de corruption) ; protection de la propriété privée, et limites à l'arbitraire du pouvoir exécutif.  Le FMI a mis en évidence un lien positif entre la qualité des institutions et le niveau de PIB par tête. Les institutions peuvent agir de plusieurs façons.

Premièrement, elles réduisent les asymétries de l'information en transmettant des renseignements sur les conditions, les produits et les acteurs du marché;

Deuxièmement, elles réduisent le risque en définissant et faisant respecter les droits et contrats de propriété qui précisent quels sont les bénéficiaires, les biens et les dates de transaction;

Troisièmement, elles limitent l'action des responsables politiques et des groupes d'intérêt en leur faisant rendre des comptes aux citoyens.

Ce troisième point nous intéresse en ce sens qu'il cadre parfaitement avec la situation que nous vivons en Côte d'Ivoire depuis l'affaire « Tagro ».  Notre assemblée nationale est composée en partie de mauvais députés, qui ne veulent pas rendre compte à leurs populations. Les députés du Fpi confrontés à ceux du Pdci, de l'Udpci et de Solidarité ont opposé un refus catégorique à la mise en place d'une commission parlementaire. Blocage parfait précédé quelques jours plutôt d'une séance toute aussi électrique. Le mardi 20 juillet 2010, nos députés ont remis ça, offrant à la face du pays un spectacle ridicule devant les médias, un spectacle fait d'injures, de bousculades et de violences. Y a-t-il un danger à mettre en place une commission d'enquête ? Si certains députés du FPI refusent cette enquête c'est certainement parce qu'ils cachent des choses aux ivoiriens et persistent à demeurer dans leur « saleté ». Il faudra à notre pays des institutions fortes et la bonne gouvernance pour qu'il redevienne ce qu'il était avant la crise militaro-politique.

Nous prions les ivoiriens de ne pas oublier cette épisode de l'histoire de notre pays : ceux qui ont promis la pluie et le beau temps nous ont livré la misère, la corruption, le népotisme, le favoritisme, la tricherie. Les ivoiriens doivent donc les sanctionner dans les urnes dans quelques mois.

Pour notre part, nous nous battrons avec beaucoup d'héroïsme pour transformer en profondeur notre pays en éveillant les consciences. Nous ne voulons pas faillir à ce noble devoir.

Terminons cette contribution par cette citation de MC Jean Gabin : " Dans la vie, il y a ceux  qui attendent que les choses se fassent, et ceux qui font que les choses se font ". Faisons partie  de la deuxième catégorie, c'est à dire les gens qui font que les choses se font.

Dieu bénisse l'Afrique!

Dieu guide les ivoiriens!


Dr Séraphin PRAO

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

contact@mlan.fr


[1] North D. (1990), Institutions, Institutional Change and Economic Performance, Cambridge University Press.

[2] Fonds monétaire international (2003), Perspectives économiques mondiales, Fonds monétaire international (disponible en anglais sur www.imf.org).

samedi, 19 juin 2010

IL FAUT SAUVER LE SOLDAT COTE D'IVOIRE!

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Peut-on construire la paix sans la justice sociale ? La question est posée mais la réponse n'est pas simple à donner. Ce qui est certain c'est que sans la justice sociale, la paix est compromise.  Si l'on s'accorde donc à dire que la paix est indispensable au développement économique d'un pays alors, la justice sociale devient une condition importante.

Fort est de constater aujourd'hui en Côte d'Ivoire que l'injustice est devenue la règle d'Or de gouvernance et pourtant, le pays est à la recherche de la paix. Sur la route de la paix, on trouve encore des spectateurs médisants dont l'injustice sociale en est le leader. Il nous semble important qu'on en parle, pendant qu'on peut encore avertir, afin de mettre fin à certaines pratiques compromettantes pour la paix.

LA CÔTE D'IVOIRE EST DEVENUE LE NID DE L'INJUSTICE SOCIALE

Les ivoiriens souffrent : les élections  sont régulièrement reportées et leur niveau de vie régresse de façon géométrique. L'école qui est l'ascenseur social est en panne. Toutes les portes sont fermées sauf pour quelques privilégiés.

Autrefois, sous l'ancien régime, nous les accusions de gouvernement affairiste mais aujourd'hui, on est passé à une élite qui s'est disqualifiée en s'appropriant le patrimoine génétique de la corruption. La guerre a le dos large puisqu'elle justifie pour certain, le pillage systématique des richesses de notre pays par des gloutons inconscients. L'on s'est installé dans l'hypocrisie, le mensonge et la duplicité et dans tout ce ballet, le peuple est pris en otage, victime et souffrant.

Un jour, le président Laurent Gbagbo lui-même, peut-être dépassé par les événements se lâchait en ces termes : "Les gens détournent par-ci, détournent par-là, ils font des rackets par-ci, des rackets par-là. Les policiers ont " gâté " leur nom parce que tout le monde les voit. Mais ils ne sont pas les seuls à racketter. Quand tu vas dans un bureau et qu'on te prend l'argent pour faire un papier auquel tu as droit, c'est du racket. On voit tout et on entend.... On entend ici, un tel vole dans la direction qu'on lui a confiée, un tel vole sur la route, mais quand nous volons, c'est nous-mêmes que nous volons...". Cette présentation sommaire des maux qui minent la Côte d'Ivoire suffit de comprendre la profondeur de la question de l'injustice dans le pays. La corruption a gangréné  toutes les structures de la Côte d'Ivoire, de l'école jusqu'au concours en passant par l'hôpital, les ennemis de la justice sociale ne démordent pas. La corruption s'est institutionnalisée de sorte qu'aucun concours n'est accessible sans une contrepartie financière versée. Ainsi, la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration(ENA), l'Ecole Nationale de Police (ENP), l'Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l'Ecole Normale Supérieure (ENS) sont devenues le lieu où se fait la promotion des nuls. Nous constatons sous nos yeux l'enrichissement illicite d'une certaine élite ivoirienne au nez et à la barbe du peuple. Du coup, le fossé séparant la tranche socialement intégrée de la population (les riches) des autres (les pauvres, les exclus) s'agrandit.

A tous ces maux, il faudra ajouter le tribalisme, le régionalisme, le népotisme, le sectarisme, ces facteurs qui mettent à mal la construction de la nation ivoirienne. La démocratie est donc en danger.

SANS LE DROIT, LA DEMOCRATIE EST IMPOSSIBLE

Commençons par définir ce qui fonde la justice : les lois. Elles sont des règles établies conventionnellement en vue de réguler la coexistence des individus. Elles ont pour fin le bien de la communauté. Les lois existent parce que, de fait, les hommes ne peuvent spontanément s'entendre. Telle est définie, par Kant, « l'insociable sociabilité de l'homme ». On sait également que le droit n'est rien d'autre que l'ensemble  des lois conventionnellement établies. Le positivisme juridique nous renseigne aussi qu'il serait vain de rechercher ailleurs que dans la légalité l'idée de justice. Ce qui est juste c'est d'accepter l'arbitrage de la loi, non pas l'arbitrage juste, mais l'arbitrage. Si les lois sont appliquées à tous sans exception et de la même manière, nous sommes alors prémunis contre les injustices possibles. Or en Côte d'Ivoire, aujourd'hui, l'injustice sociale a atteint son paroxysme. Les ivoiriens n'arrivent plus à se vêtir, à manger, à se soigner pendant qu'une poignée vit dans une richesse la plus insolente et injurieuse.

Or, est juste ce qui se conforme à l'exigence éthique d'une double égalité : égalité commutative, d'abord, qui repose sur la réciprocité, et selon laquelle la justice recommande de donner autant de droits et de devoirs à chacun. C'est la première exigence du contrat social dont dépeint Rousseau : pour que la justice soit instaurée, nul ne doit être au-dessus des lois et celles-ci doivent garantir la liberté et l'intégrité de chaque citoyen.

Sur le plan social, la justice concerne le problème de la distribution des richesses, et fait alors appel à la seconde égalité qui doit être respectée, l'égalité distributive : on doit donner à chacun selon son mérite. C'est ainsi qu'on arrivera à sauver notre pays et construire une nation.

IL FAUT SAUVER LA CÔTE D'IVOIRE

Pour sauver la Côte d'ivoire, la solution n'est pas miraculeuse : il faut d'abord aller aux élections très vite, ensuite engager des reformes profondes pour stabiliser notre économie et enfin, accélérer la construction de la nation ivoirienne.

Dieu aime la Côte d'Ivoire puisqu'il y a des intellectuels honnêtes qui travaillent pour la paix et le développement de ce pays. Nous pouvons citer le président de l'Assemblée Nationale, le professeur Mamadou Koulibaly, qui a des prises de position sans équivoque : il défend toujours le peuple.

Le 2 juin dernier, à la rotonde de l'hémicycle, il a pris position pour son peuple :  « Après trois ans d'Apo et une multitude de deniers publics gaspillés dans les voyages entre Abidjan-Ouaga, Abidjan-Paris, Abidjan-New York, la pauvreté s'est accrue, la fuite des capitaux s'est accélérée, le chômage a augmenté, les infrastructures n'ont pas été entretenues et la fracture sociale s'est creusée. L'Apo s'est embourbé dans ses contradictions congénitales.... Le racket, la tricherie aux examens et concours, les pots-de-vin, les trafics d'influence, l'enrichissement rapide injustifié, se déchaînent et se réinstallent comme au temps du parti unique ».

Ce monsieur aime son pays et son continent, il sait qu'on ne vient pas à la politique pour s'enrichir mais pour servir et changer positivement la vie de son peuple. La Côte d'Ivoire a besoin d'une rédemption. Aujourd'hui le Ghana brille non pas parce que la providence l'a élu parmi tous les pays de la région, mais en raison de la bonne gouvernance et le courage de ses enfants au travail.

Puisque la corruption des devenue « le sida de l'économie », il faudra créer  un Haut Commissariat pour la Lutte contre la Corruption (HCLC). C'est ce que nous proposons au Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN). Ce sera une sorte de ministère qui aura pour seule tâche de démanteler sociologiquement et activement les réseaux de corruption dans le pays. Ce ministère fera de la prévention, de l'information mais sanctionnera également en partenariat avec les instances judiciaires du pays. En ce qui concerne la vie publique, nous réitérons notre ancienne idée de la création d'un Comité National de Moralisation de la Vie Publique (CNMVP) qui serait sous la coupole du conseil économique et social. Ce comité aura la tâche de veiller au bon fonctionnement de la lutte que mène le HCLC. Au surplus, le CNMVP veillera à ce que les hommes politiques, leaders d'opinion etc, aient une vie exemplaire, c'est-à-dire établir l'équilibre politico-social entre le peuple et la sphère politique. C'est ainsi que   la Côte d'Ivoire donnera un signal fort quant à l'espérance qu'attendent les ivoiriens et tous ceux qui y vivent car notre devoir sera d'être un modèle, l'espérance promise à l'humanité.

Tout comme  Aimé Césaire, « ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche ; ma voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir (...) car un homme qui écrit n'est pas un ours qui danse».

Dieu bénisse et garde la Côte d'Ivoire.


Dr Séraphin Prao

Economiste et président du MLAN

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

(225) 01 11 87 60

lundi, 09 mars 2009

MES PROPOSITIONS POUR LA COTE D’IVOIRE TOUJOURS D'ACTUALITE !

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Chers tous, je soumets, à nouveau à votre lecture cet article de mon blog que j'avais posté en deux temps, il y a bientôt une année de cela (les 23 et 25 avril 2008) et qui avait été publié (à la Une) par le quotidien ivoirien, LE TEMPS, N° 1508 du Mercredi 7 Mai 2008, sous le titre "Diagnostic du mal ivoirien: 16 mesures à Gbagbo pour redresser la Côte d'Ivoire", et LE MATIN D'ABIDJAN N° 750, 751, 752 des Mercredi 7, Jeudi 8 et Vendredi 9 Mai 2008 (en 3 parutions), sous le titre "Crise sociale, décrépitude morale: Diagnostic et solution au mal ivoirien". Revisité, il reste d'une criante actualité!

Notre pays connaît depuis quelques années une décrépitude morale, éthique et institutionnelle grave due à la guerre qui s’est abattue sur lui dans la nuit du 18 au 19 Septembre 2002 et qui s’est commuée en une crise sociale des plus affligeantes, qui le rend méconnaissable, à plus d’un point de vue.

Les origines les plus récentes de cette crise ivoirienne sont à rechercher dans le contexte général de mutation socio-politique qui s’opère, en Côte d’ Ivoire, depuis le début des années 1990 et qui a atteint, aujourd’hui, sa forme la plus aiguë.

Le mal est véritablement profond et des indices de toutes sortes nous donnent presqu’à désespérer de cette belle nation en gestation, malheureusement en pleine décadence et qui, visiblement, semble bien mal partie, au point que son redressement nécessitera une thérapie de choc pour le prochain Président de la Côte d’Ivoire, qui sera élu, au soir du Dimanche 30 Novembre 2008 (si une autre crise plus grave ne vient pas la renvoyer aux calendes grecques).

Le diagnostic, quoiqu’éloquent, est à mettre en grande partie au compte de cette guerre absurde qui a été faite à notre pays par des hommes politiques aux ambitions démesurées et irréalistes, sous-tendues ou en accointance avec des intérêts politico-mafieux étrangers et qui a entraîné, par ricochet, l’affaiblissement profond de l’Etat de Côte d’Ivoire.

I- Le diagnostic du mal ivoirien

Les maux à relever sont une multitude et ont nom (je ne suis pas exhaustif):

· L’école démunie et abandonnée, caractérisée dans son quotidien par la violence poussée jusqu’au crime, les effectifs pléthoriques (jusqu’à 100 élèves dans une classe de Terminale), la faiblesse ou la démission de l’encadrement administratif, la formation au rabais faite par des enseignants démotivés par des contingences sociales non satisfaites par l’Etat ou handicapés par des lacunes académiques lamentables liées au mode de recrutement obscur désormais en vigueur dans une Fonction Publique ivoirienne en totale déliquescence ;
· La pauvreté lancinante et la cherté de la vie, liée à la flambée des prix des produits de grande consommation, échappant quasi totalement à l’Etat, par son propre fait;
· L’admission aux examens et concours « achetée » (c’est le lieu de le dire), du fait des critères obscurs de recrutement et de cooptation qui prospèrent à la Police, à la Gendarmerie, au Ministère de la Santé (INFAS), aux Impôts, à la Douane, au Trésor, au Ministère de l’Education Nationale (BEPC, BAC, CAFOP, ENS) et dans l’Enseignement Supérieur (BTS et autres diplômes universitaires) ;
· L’incivisme généralisée ;
· Les concours de l’ENA et de la Fonction Publique, objets de trafics de toutes sortes, et source du désespoir le plus profond pour les jeunes et leurs parents aux revenus faibles car basés sur l’argent, le pouvoir d’achat et les relations (clientélisme et népotisme) et non sur le mérite ;
· Les malversations et les surfacturations dans les Services Publics dont les budgets sont au service du prestige social exclusif du chef, qui s’offre un rythme et un niveau de vie que ne peut lui assurer son seul salaire, et cela au vu et au su de l’Etat, qui ne lève pas le petit doigt (au nom de quelle logique ?) ;
· La corruption dans toutes les Administrations et Sociétés d’Etat, avec les complicités tacites ou explicites des Directeurs des Affaires Administratives et Financières (DAAF), eux-mêmes adonnés au gain facile ;
· Le laxisme et la moralité douteuse des Contrôleurs Financiers (tous grades confondus), qui exigent des dessous de table ou des pourcentages avant le visa des factures à payer aux entrepreneurs et aux opérateurs économiques à qui l’Etat doit de l’argent ;
· Le trafic d’influence, le clientélisme et le népotisme comme nouvelles valeurs sociales ivoiriennes ;
· La célébration de l’incompétence et des faux symboles, au cœur de laquelle prospèrent et s’enrichissent impunément les corrompus, au grand dam des hommes intègres, des justes et des pauvres, laissés pour compte et ainsi incités à se corrompre à leur tour ;
· Le manque de contrôle et de mesures coercitives exemplaires, disciplinaires, correctionnelles, dans les Ministères et les Collectivités Territoriales, où des sommes énormes sont détournées au détriment des populations ;
· La politisation des embauches, plutôt anormalement sélectives, ethnocentristes, tribales, claniques et régionalistes ;
· L’impunité criante, institutionnalisée, qui nous laisse voir un Etat en totale démission, même là où le minimum peut être assuré, nous offrant le spectacle désolant de « l’Etat informel », comme disait l’autre ;
· Le manque d’une véritable solidarité nationale entre les Ivoiriens au sein desquels quelques-uns deviennent amoralement riches, du jour au lendemain, tandis que le reste du peuple gît dans une misère noire, donnant à constater que le pays souffre d’une mauvaise gestion et d’une mauvaise répartition des ressources nationales, le sommet de l’Etat menant grand train de vie, au détriment des populations laborieuses ;
· Le racket des Forces de l’Ordre, toléré par toute la hiérarchie militaire et qui prend, aujourd’hui, des allures systématiques et totalement désinvoltes ;
· L’enrichissement illicite par le pillage du denier public ;
· Le déclin du mérite et de la compétence, véritable danger pour l’avenir et le prestige (si elle en a encore) de la nation, qui perd ses repères et ses points d’encrage ;
· L’adjudication des marchés publics soumise au paiement systématique de pots-de-vin par les soumissionnaires, sous peine de forclusion ;
· Les paiements de factures dans les services du Trésor (notamment après l’exécution des marchés), soumis au règlement ou à l’acquittement d’un certain pourcentage du montant à percevoir, sous peine de ne jamais accéder à son dû ;
· Les transactions financières dans les prises de décisions de justice, faites au mépris de l’application de la Loi (Ex : Des prévenus qui payent pour être jugés, sous peine de moisir, ad vitam aeternam, dans les tréfonds des geôles ivoiriennes) ;
· Les malades démunis abandonnés à leur sort dans les hôpitaux, faute d’argent, sans tenir aucun compte de l’urgence d’instaurer dans le pays, aujourd’hui plus que jamais, une vraie solidarité nationale ;
· Le désespoir total des jeunes face à l’embauche ou à l’emploi où des modes de recrutement d’un autre âge sont en vigueur (droits de cuissage, dessous de table, etc.);
· Le terrible danger que représente la normalisation ou la normalité de la corruption dans la société ivoirienne pour l’avenir de notre pays ;
· La tricherie planifiée et organisée aux examens nationaux ;
· Le rançonnement des élèves aux épreuves orales du BAC et du BEPC ( 1000 F à 4000 F, selon la note voulue);
· La banalisation du sexe, affiché sur la place publique, en couverture de journaux, de films et de CD en vente dans nos rues, au vu et à la portée des enfants;
· L’immoralité sexuelle, l’excentrisme et le libertinage vestimentaire, l’impudicité et la crétinisation de la musique et des danses ivoiriennes ;
· La métamorphose des ivoiriens en fêtards forcenés, en quête perpétuelle d’exutoire, du fait du stress de la crise ;
· La nationalisation de la « Rue Princesse », haut-lieu de la dépravation morale, désormais présente dans toutes les villes du pays et sanctifiée par le Président GBAGBO himself, la prolifération des lieux de plaisirs mondains et des sanctuaires du sexe facile (Bar-dancings, night-clubs, super-maquis) et leurs corollaires que sont la prostitution, l’ivrognerie, le proxénétisme, les relations sexuelles contre-nature telles la pédérastie, le lesbianisme et la pédophilie. En un mot, la légèreté des mœurs et la déliquescence morale que je considère, personnellement, comme un des effets induits du délitement de l’Etat, sous-tendue par une démission nationale collective qui a conduit le pays à la déperdition totale de ses repères moraux et sociaux ;
· L’injustice sociale (pas forcément institutionnalisée) dont sont victimes les couches sociales les plus faibles et qui a fini par les pousser à abandonner leurs repères moraux pour faire face à des contingences immédiates toujours plus pressantes et plus oppressantes, réalisme vital oblige ;
· La survalorisation de l’argent au détriment de l’éthique, de la morale et des valeurs du travail, de l’effort, du mérite, de la droiture, de l’honnêteté, de l’équité et du civisme qui ne nourrissent plus ni ne payent, dans une Côte d’Ivoire naufragée.


II- Quelques pistes de solutions

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vendredi, 27 février 2009

LES COUTS DE LA CORRUPTION

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Lu sur le blog SAOTI.OVER-BLOG.COM: Ce texte, écrit il y a 10 ans par le Pr Mamadou Koulibaly, se lit comme un face-à-face décalé dans le temps entre l’opposant d’alors et l’homme d’Etat d’aujourd’hui, tout en prouvant la constance de l’actuel numéro 2 ivoirien sur la thématique de la corruption. Une exclusivité Saoti.

La corruption, c’est le fait d’être corrompu, c’est-à-dire transformé en mal. Il s’agit donc d’une perversion, d’une altération d’un phénomène, d’un individu, d’une personne ou d’un acte. Au-delà d’être un fait, la corruption est aussi un acte. Celui de corrompre quelqu’un en s’assurant son concours à prix d’argent pour qu’il agisse contre son devoir. Il s’agit dans ce cas, d’un pourrissement de l’acte, de sa dépravation, donc d’une action de décadence. Dans cette acception, la corruption relève de la morale individuelle, même si elle peut conduire à des coûts macroéconomiques non intentionnels. Le devoir est l’obligation à quelque chose, qu’une personne peut avoir envers une autre par la loi, la morale ou les convenances. Donc soudoyer quelqu’un, le corrompre pour qu’il agisse contre son devoir, c’est violer et provoquer la violation de règles de conduite en usage dans une société.


Le corrupteur, comme le corrompu, refuse de se conformer aux règles en vigueur et qui sont considérées comme honnêtes et justes. La corruption est donc un vice individuel qui débouche sur une décadence collective. Donc, aussi bien à l’échelle micro-, méso- que macroéconomique, elle a des coûts directs et indirects.


La corruption en tant que vice individuel


La définition restrictive qui vient d’être adoptée permet, au lieu de la critiquer et de la condamner sans réussir à la vaincre, de la caractériser à travers quelques déterminants et d’analyser ses effets sur l’activité individuelle et collective. Les coûts de la corruption peuvent ainsi être appréciés à travers les coûts externes et les coûts d’opportunités qu’elle fait subir à la collectivité.

La corruption est une activité que des hommes mettent en place, organisent et adoptent. Elle demande qu’on lui consacre du temps et des ressources, même si a priori elle se présente comme une activité non vertueuse. La corruption est une activité qui est donc rentable, sinon personne ne s’y adonnerait. Les personnes qui s’y impliquent, soit offrent de la corruption, soit la demandent pour leurs besoins. Les corrupteurs et les corrompus sont des personnes qui s’entendent et organisent la corruption en vue d’atteindre leurs objectifs réciproques. Même s’il n’y a pas de contrat écrit qui donne un cadre juridique à cette activité commune, les gens impliqués ne passent pas moins un accord implicite ou explicite d’exploitation commune d’un filon mutuellement rentable. Ils sont des cocontractants pour atteindre un objectif commun. La corruption étant définie comme un changement en mal d’un fait, s’y adonner n’est rien d’autre qu’entreprendre de la destruction de valeur et de ressources.

Le corrupteur, comme le corrompu sont des prédateurs. La corruption relève du « free riding », or le free rider est un destructeur de valeur. La corruption paie son homme. Le crime économique paie, il rapporte. Malheureusement, le jeu de la corruption n’est pas à somme nulle.

La corruption implique, au-delà du corrupteur et du corrompu, ceux qui doivent faire les frais de « petit jeu ». Il y a nécessairement une tierce personne qui paye ce que les autres se partagent. Le coût de la corruption peut s’apprécier par la prise en compte de cette tierce personne, qui peut être soit une personne physique ou morale, soit une collectivité plus grande et plus complexe comme l’Etat, la Nation ou la communauté. Dans tous les cas, il n’est pas gratuit, le repas des corrupteurs et des corrompus.

Prenons un exemple simple et qui est pourtant fréquent en Afrique. En voyage dans la chambre d’un splendide hôtel de Ouagadougou, vous confiez votre costume au blanchisseur pour une somme homologuée et affichée de 3000 F CFA, que vous acceptez de payer au moment où vous appelez le service de la blanchisserie. A son arrivée, le blanchisseur vous propose un deal, un accord, un arrangement. Soit vous acceptez la proposition de l’hôtel à 3 000 F, soit vous lui confiez, à lui, en tant qu’employé, pour 1 500 F CFA, votre costume avec la garantie que la qualité du service que vous demandez sera la même dans un cas comme dans l’autre puisque c’est lui le blanchisseur et personne d’autre.

La fiche de blanchisserie du service comptable de l’hôtel fixe le prix du service à 3 000 F CFA et le blanchisseur de l’hôtel propose le même service, au même endroit avec les mêmes intrants à 1 500 F CFA. Pour vous, comme pour lui, s’entendre sur cette occasion signifie que le jeu en vaut la chandelle et qu’il vous rapporte autant à vous qu’au blanchisseur. Il vous propose de corrompre le système des prix de l’hôtel. Le gain attendu est une des principales motivations de la violation de la confiance que le propriétaire de l’hôtel met en vous à travers le contrat de travail et le contrat de logement qu’il a passés avec vous et avec son employé. Vous trahissez sa confiance. Vous violez une loi morale et cela ne se fait pas sans coût. Votre viol a nécessairement une victime et c’est le propriétaire de l’hôtel qui paye ce que votre corruption vous rapporte. Le propriétaire supporte le premier les coûts directs de la corruption. La proposition du blanchisseur, si elle est acceptée, vous fait gagner 1 500 FCFA, puisque vous ne payerez que les 1 500 F CFA demandés par lui. En termes de surplus, vous êtes gagnant.

De même, le blanchisseur, dans cette opération, gagne 1 500 F puisqu’il ne déclarera pas l’opération au service comptable de l’hôtel. A deux, vous vous partagez les 3 000 F CFA attendus dans les recettes de l’hôtel. Le chiffre d’affaires de cette journée sera amputé de 3 000 F. Mais ce n’est pas tout.

Le blanchisseur, pour fournir le service qu’il vous a garanti, sera bien obligé d’utiliser l’eau, l’électricité, les produits de lessive, la main-d’œuvre, le local et les machines achetées par l’hôtel. Les coûts d’exploitation de l’hôtel augmenteront donc nécessairement. Le propriétaire de l’hôtel, sans être présent, paye. Il perd sur le chiffre d’affaires et ses charges augmentent. En conséquence, son bénéfice réalisé sera plus faible que le bénéfice qu’il aurait pu atteindre. Or, il n’y a pas très longtemps que le propriétaire s’est endetté auprès d’amis et du système bancaire pour construire son hôtel. Il n’a même pas terminé les finitions par manque de moyens financiers. Il s’est résolu à ouvrir l’hôtel et à travailler aux finitions progressivement par autofinancement. La corruption d’un de ses employés lui fait perdre de l’argent. Ses clients futurs trouveront l’hôtel toujours pas complètement terminé. Les réparations se feront difficilement car, entre le remboursement du prêt bancaire, les salaires et les autres charges directes, il restera peu d’argent pour continuer les travaux de finition. Ses clients futurs seront moins accommodés et toujours mal logés. Le bien-être collectif intertemporel se dégrade donc ainsi. Au-delà des coûts directs supportés par le propriétaire, les usagers et clients de l’hôtel auront à supporter des coûts indirects et psychologiques.

Il apparaît alors que le retour sur investissements pour le propriétaire de l’hôtel sera faible par rapport à ce qu’il aurait s’il n’y avait pas eu corruption. La baisse du retour sur investissements conduit à la faiblesse du rendement de l’épargne qui a été investie. Les investisseurs potentiels décodent ce message et préfèrent ne pas investir. La consommation de biens durables augmente alors plus vite que la production et l’emploi. Indirectement, la corruption est un acte de prédation économique. Les propriétaires et les consommateurs en sont les victimes. Par le viol de la confiance, elle transforme un phénomène moral en un désastre économique.


La corruption, source de décadence collective


Imaginez ce gouvernement africain, membre du club très fermé des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) et vivant d’aide publique internationale. Imaginez que l’Union Européenne alloue à ce pays un appui budgétaire de 50 milliards de F CFA entre 1992 et 1997 pour aider à soulager les effets sociaux des plans d’ajustement structurel (PAS) que ce pays applique sans beaucoup de succès depuis une vingtaine d’années. Dans le budget de ce pays, environ 2 000 milliards de F CFA, voté par son Parlement, 600 milliards sont attendus de l’aide internationale. Et, au titre des dépenses, 700 milliards sont à payer pour le remboursement de la dette. Il s’agit donc d’une situation économique délicate qui devrait inciter à une bonne gestion des rares ressources prélevées sur le travail des paysans, des ouvriers, des hommes d’affaires et autres producteurs, consommateurs et contribuables nationaux et étrangers (dans les pays bailleurs de fonds).

L’utilisation de l’appui budgétaire est encadrée par un système de contrôle dit infaillible. Les fonds ne sont pas directement versés au Trésor Public, c’est la délégation locale de l’UE qui les conserve. Le gouvernement africain est autorisé à effectuer les dépenses de construction et d’équipement de services sociaux pour les populations. Il présente, par la suite, les factures à l’UE qui, après vérification des pièces, rembourse les dépenses effectuées par le Trésor Public. Des plans de passation de marchés sont paraphés. Tout le système semble ainsi verrouillé. Aucune tricherie ne devrait être possible.

Cependant, entre les ministères qui sont les maître d’œuvre, le Trésor Public qui exécute les dépenses et l’UE qui rembourse les factures, l’on s’aperçoit, à la grande surprise de plusieurs personnes dont l’Union Européenne elle-même, qu’une évaluation de programme d’appui réalisée en 1999 révèle des détournements de près de 25 milliards de F CFA sur les 50 milliards alloués. Malgré les verrous, 50 % environ des fonds ont fait l’objet de malversations, de vols, et de détournements grossiers.

Ainsi, pour contourner les procédures d’appels d’offre lors des passations de marchés publics, les dépenses ont été fractionnées par les mêmes entreprises avec plusieurs dénominations différentes et le même compte contribuable sans qu’aucun inspecteur des impôts ne s’en offusque. Les prix pratiqués dans les opérations financières par le programme d’appui sont surfacturés par rapport aux prix de marchés réglementés, sans qu’aucun inspecteur du Trésor Public ne s’en offusque. Les hauts fonctionnaires des ministères bénéficiaires certifient des prestations de services plusieurs mois après, selon n’importe quelle formule technique et sur n’importe quel support, sans que cela ne choque aussitôt les administrateurs des fonds. Des services sont facturés alors qu’ils n’ont aucunement été réalisés ou livrés.

Ainsi, 30 à 50 % des dépenses effectuées par le gouvernement de ce pays africain l’ont été de façon non conforme aux procédures comptables établies. Ce cas concerne des fonds d’aide au développement, mais les techniques adoptées pour mettre en place les jeux de corruption et de malversations proviennent d’un agenda bien chargé de faux et d’usages de faux pour abuser de biens sociaux avec de multiples comptabilités. Ces techniques s’appliquent aussi aisément aux organisations non étatiques ONG, associations, entreprises privées, établissements publics, etc.

Barry Mamadou, expert comptable, commissaire aux comptes et auditeur externe à Dakar, nous livre une pléiade de cas commentés avec leurs mécanismes, dans un ouvrage sur les «Détournements, fraudes et autres malversations».

Ces pratiques sont peut-être universelles, mais l’impunité dans les économies africaines est reconnue d’utilité publique. La corruption est condamnée par tous, mais l’impunité est admirée et célébrée par les individus impliqués dans la corruption et organisés en bande, en clan, en gang et en réseau avec différentes strates de responsabilité au sommet desquelles, très souvent, se trouvent des magistrats suprêmes de ces républiques. On peut ainsi parler du « clan Suharto », du « clan Mobutu » et autres. Plus l’impunité est forte, plus l’on est proche du sommet de la hiérarchie étatique. La corruption est donc acceptée, même si les hommes de l’Etat la condamnent. Comme le vice aime rendre hommage à la vertu !

La corruption est un acte volontaire de malversation et, en tant que telle, la société la reconnaît puisqu’elle la reconnaît puisqu’elle la connaît. Les cas célèbres de tous ces douaniers africains millionnaires et même parfois milliardaires, pour le haut de la hiérarchie, expliquent l’engouement des jeunes à s’orienter vers ce métier. L’entrée dans les cycles de formation de la douane, de la police, de l’administration fiscale ou de toute autre administration à « haut pouvoir corruptible » se fait sur des listes de candidatures corrompues. Pour entrer dans ces écoles, il faut corrompre la procédure d’entrée. Mais à capacité de corruption égale l’intervention d’une autorité politique est décisive.

Les Etat africains sont responsables de la corruption et les hommes de l’Etat convertissent, par le biais de la corruption, le patrimoine collectif en biens privés leur appartenant et dont ils deviennent les redistributeurs. Pourtant, par le biais de l’Etat, ces mêmes hommes de l’Etat savent que la corruption est moralement condamnable, économiquement répréhensible. C’est pour cela d’ailleurs que les Etats africains ont été dotés d’instruments pour assurer à tous, aussi bien la responsabilité politique, la responsabilité civile et la responsabilité pénale.

Des lois ont été conçues et adoptées pour se prémunir contre tous les crimes économiques et sociaux. Des gendarmes et des policiers sont formés et mis à la disposition de l’Etat par de grandes écoles pour protéger la propriété et le patrimoine des citoyens. Des magistrats et des juges sont formés dans les universités et les grandes écoles d’ici et d’ailleurs, par de brillants professeurs de droit, aux techniques juridiques et d’administration judiciaire. Des procureurs sont, au nom de la République, nommés par les gouvernements ; des prisons, certes en nombre insuffisant, ont été construites et nos huissiers connaissent leur métier autant que nos avocats et nos percepteurs. Pourtant, tout ce beau système avec son beau monde ne fonctionne pas parce que les personnes qui en ont la charge sont elles-mêmes aussi corrompues les unes que les autres, comme l’ensemble de la société. Alors la rentabilité du crime économique consubstantiel à la corruption devient encore plus forte.

Quand les dirigeants d’une économie sont corrompus, ils sanctifient l’impunité nécessaire à leur survie. La probabilité diminue qu’un corrompu soit appréhendé parce que les gendarmes, les policiers, les douaniers, les inspecteurs des impôts et des douanes et autres contrôleurs sont corrompus. Et même quand un criminel est arrêté, la probabilité qu’il soit jugé et condamné est faible parce que le parquet, les magistrats, les juges et autres procureurs, huissiers, notaires et avocats sont corrompus. Même quand il se trouve un juge pour condamner un tel criminel, la probabilité que la peine soit appliquée est très faible parce que les juges d’application des peines, les gardiens de prisons sont corrompus. Connaître un corrompu, avoir les preuves de sa corruption ne signifie donc pas que l’on a vaincu la corruption. Le blanchisseur qui demande à être corrompu viole la confiance que son employeur place en lui à travers son contrat de travail. Le ministère de la Santé publique et de la population qui participe au détournement de l’appui budgétaire de l’Union Européenne hypothèque la santé et l’avenir de l’enfance. Ce sont des centres de santé en moins dans nos villes et nos campagnes. Des moyens de bien vivre en bonne santé sont ainsi arrachés aux populations pour être confisqués par des corrompus, des prédateurs qui détruisent ainsi les valeurs futures des populations. Il se pose un problème d’équité intergénérationnelle, de justice interpersonnelle, c’est-à-dire d’éthique. La responsabilité morale de la République se transforme ici en responsabilité politique des dirigeants de l’Etat. Cette responsabilité ne pose pas seulement la question de l’enrichissement personnel par le vol. Elle rappelle aussi et surtout la rupture dans la chaîne de solidarité. La corruption renforce la fracture sociale intertemporelle. Les générations présentes de tricheurs et de corrompus hypothèquent le niveau de vie des générations futures. Le détournement des appuis budgétaires consacrés aux dépenses sociales signifie que dans le pays bénéficiaire de cette aide, il y aura moins d’écoles et moins de centres de santé correctement équipés et faciles d’accès.

Cette réduction de l’offre de services sociaux implique nécessairement de fortes pressions sur la répartition du peu que l’on aura à offrir. La demande excédentaire de santé et d’éducation sera rationnée. De nombreuses personnes ne pourront pas accéder à ces biens. Dans ce pays africain, cette année, 50 % des enfants en âge d’aller à l’école n’y ont pas été. Ces enfants non scolarisés d’aujourd’hui présentent, compte tenu de la relation positive entre capital humain (santé, éducation) et niveau de vie, les plus grands potentiels à devenir des adultes pauvres dans une génération. La corruption accroît ainsi la probabilité de la hausse de la pauvreté du prochain millénaire africain.

Le rationnement de la demande de services sociaux signifie aussi conflit d’arbitrage dans la répartition et donc discrimination face à l’école, à la maladie et à la mort. Ce sont des questions éthiques de redistribution qui ont des conséquences économiques et politiques énormes.

La corruption, en réduisant l’investissement social, comprime l’investissement public effectif. Les montants budgétisés de dépenses sociales ne sont pas, loin s’en faut, les montants réalisés. Et les montants réalisés sont dans de fortes proportions gaspillés, détournés, surfacturés. L’une des lois les plus violées impunément en Afrique se trouve être la loi des finances et personne, même pas les députés, n’osent s’élever contre cette violation parce qu’ils ne votent ces budgets qu’après avoir accepté des pots-de-vin de leur chef d’Etat. C’est le monde du donnant-donnant. L’altruisme en Afrique souffre des méfaits de la corruption. Ce type de corruption est un catalyseur de la pauvreté des économies. Les Etats se battront pour obtenir des Facilités d’Ajustement Structurel Renforcé. Ils gaspilleront ces Facilités. Ils ne seront pas capables de rembourser. Ils reporteront les charges de la dette sur les générations futures alors que celles-ci sont de moins en moins bien assurées face à la maladie et à l’éducation. Les coûts de la corruption conduisent aussi à la décadence, car il s’agit de prendre la même route. La décadence d’une économie est l’étape suprême de sa corruption.


Les réformes juridiques d’abord


De nombreux Africains, leurs partenaires internationaux et plusieurs hommes d’affaires travaillant avec l’Afrique se sont laissés persuader que sur ce continent, le piston politique remplace sans difficultés l’analyse commerciale et financière du risque et protège leurs investissements contre les réalités du marché africain.

La culture politique dominante en Afrique qui inspire les Etats, les gouvernements, les administrations, les entrepreneurs, ne traduit cependant que le programme particulier des partis uniques et de leur régime civil ou militaire au pouvoir. La corruption, contrairement à ce que croît le Président Bédié de la Côte d’Ivoire, ne vient pas du colon et des pays du Nord. Il ne s’agit que de l’expression d’un puissant conservatisme qui sous-tend les traditions et la culture du parti unique qu’il confond avec la culture de la pauvreté, alors que ce dernier dérive du premier. Dans son ouvrage intitulé «Sur les chemins de ma vie» et publié chez Plon à Paris en 1999, le chef de l’Etat ivoirien soutient que les membres du G7 se trompent lorsqu’ils estiment que les pays en développement sont en proie à une corruption généralisée. Pour lui, «c’est au Nord que la corruption existe et donne quelques miettes aux Africains, par le biais de certains agents. Ce sont généralement des investisseurs ou des marchands qui veulent obtenir des contrats facilement et distribuent des pots de vin. S’ils le font ici, c’est qu’ils le pratiquent également chez eux. Je pense même que ces « usages » décriés sont plus développés en Europe et dans les pays avancés (page 212)».

Dans le contexte politique africain, ne pas s’en remettre à ses relations politiques est un gage d’échec dans le monde des affaires. S’en remettre à ses relations politiques est un appel à la corruption institutionnelle et au népotisme généralisé. Pour éviter que ces coûts conduisent aux extrêmes de la pauvreté et du sous-développement, des reformes institutionnelles s’imposent.

Dans les économies africaines, de plus en plus de gens sont convaincus que la question de la corruption ne peut se traiter par des artifices et autres habillages de façades à travers «des campagnes de sensibilisation des masses» sur la bonne gouvernance, le civisme et la moralisation de la vie publique. Ce sont des changements fondamentaux qu’il faut admettre.

Il est presque impossible que les dirigeants actuels de l’Afrique guérissent leurs Etats de la corruption et donnent ainsi l’exemple que leurs économies suivront. Toute tentative donnant aux Etats des occasions de discours incantatoires ne fait que renforcer le développement dirigé par les politiciens des partis uniques et des démocraties apaisées, sources mêmes de la corruption. Jusqu’à présent, cela n’a pas marché et les politiciens africains n’acceptent presque jamais la responsabilité de leurs erreurs. La responsabilité politique n’a pas de sens en Afrique, alors que les politiciens africains aiment à se mêler des affaires des autres. Au lieu de voir ce qui ne va pas dans leurs propres actions, il est plus simple et politiquement moins risqué de s’en prendre au peuple, à une ethnie, à une profession, à une corporation, ou simplement aux étrangers et pourquoi pas aux bailleurs de fonds dont la complicité est de plus en plus soupçonnée.

Les reformes radicales, si elles ne sont pas faites à temps, peuvent conduire soit à la rébellion (les cas de Suharto et de Mobutu), soit à l’informalisation de l’économie, de la politique et de la vie tout court. Le statut quo conformiste, qui voit la pauvreté et la corruption coexister, choque de plus en plus de consciences qui réclament des réformes réelles et profondes. Ces reformes ne doivent, dans un premier temps, que contribuer au rétablissement de la responsabilité, de la liberté et des droits de la propriété, toute chose capable de limiter l’avancée de la corruption.

Le droit de la responsabilité est de faire supporter à chacun les conséquences de ses actes, de ses choix. La responsabilité civile protège la propriété et les personnages des dommages causés à autrui. Comme les individus ne sont pas neutres vis-à-vis du risque, ils ne seront pas indifférents aux règles de responsabilité, qu’elles soient civiles, pénales ou politiques. C’est donc le droit, la justice qu’il faut restructurer, c’est vers l’Etat de droit qu’il faut aller. L’Etat de droit signifie ici la situation dans laquelle le droit s’impose à tous sans exception. Les premières réformes doivent être judiciaires pour rétablir la responsabilité politique des hommes de l’Etat. Les réformes économiques suivront ensuite, avec l’appropriation privée des moyens de production pour obliger le prédateur soit à restreindre son champ d’action, soit à payer pour ses actes. Réhabiliter le contrat de sorte que les gens se sentent obligés d’exécuter les promesses lorsqu’elles sont à la base de l’échange volontaire. Ces réformes élargiront les rayons de l’échange marchand et réduiront la place de l’altruisme aux relations plutôt familiales et affectives.

En clair, il n’est pas possible de lutter contre la corruption si l’Etat de droit n’est pas instauré. Mais cela ne veut pas dire qu’avec l’Etat de droit, la corruption cesse.

La démocratie est une condition nécessaire pour éradiquer la corruption, même si les démocraties ont elles-mêmes leur dose de corruption. L’Afrique doit d’abord rompre avec l’idéologie du parti unique. Sans un succès dans ce sens, le challenge de l’éradication de la pauvreté ne sera qu’un vœu pieu. Car le coût principal de la corruption, c’est la pauvreté supplémentaire qu’elle impose aux pays.

Par Mamadou Koulibaly in Le Courrier ACP-UE ; N° 177 Octobre-Novembre 1999

12:51 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Société ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : mamadou koulibaly, corruption, saoti | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |