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mercredi, 29 avril 2009

MADAGASCAR: AUTOPSIE D'UN DROLE DE COUP D'ETAT

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Au moment où le Cameroun s’empiffrait à prix d’or de l’opium Vatican dont le lourd passif dans le tragique chapitre colonial de l’Afrique n’est plus à présenter, Madagascar vivait l’une de ces dramaturgies dont le dénouement se veut à la fois inédit et classique dans un continent rendu aux allures insidieusement apocalyptiques.


Les manifestations avaient débuté depuis trois semaines à Madagascar quand je décidai de m’intéresser résolument à l’évolution des événements. Et le déclic eut lieu par un après-midi, à la suite d’un échange avec un promotionnaire natif de la Grande île et résidant à Tananarive. D’un air sentencieux, Rabenarison m’avait alors livré une affirmation plutôt chargée d’insinuations. Ecoute Badiadji, confia-t-il, nous savons ce qui se passe ici à Tana. Je te confirme que quand RFI et France24 annoncent le chiffre de manifestants pro-Rajoelina, il faut diviser ce chiffre au moins par quatre pour espérer s’approcher de la réalité. Quand elles annoncent quarante mille, comme c’est si souvent le cas, c’est à peine s’il y en eut dix mille, conclut-il.

A quoi cela rime, bon sang ? Derrière les propos, la conviction d’un résident. A supposer que ce soit vrai ! A quoi joueraient donc ces organes audiovisuels des plus écoutés et regardés du beau monde dit francophone ? Que gagneraient-ils à surestimer le nombre de manifestants acquis à un agitateur visiblement sorti de nulle part, artificiel, tout frêle et hésitant, apparemment engagé dans un mouvement voué à faire long feu ? A priori, rien. Africa N°1 et BBC distillent pourtant des chiffres du même ordre ! Et qu’en est-il des médias nationaux ? RFI et France24 seraient-ils victimes d’une campagne de discrédit destinée à porter atteinte à une aura qui se veut affirmée sur le continent ?... Toujours est-il que si ces deux organes audiovisuels n’ont officiellement pas pour vocation de défendre les intérêts de la France, exceptée celle de promouvoir la langue française, ils n’ont pas non plus cette vocation d’indexer encore moins de décrier, les sinistres turpitudes et exactions d’un pays auquel ils appartiennent et dont dépendent surtout les moyens financiers nécessaires pour le moins à leurs fonctionnements. Ils sont pour ainsi dire des médias d’informations et de reportages aseptisés, des médias de divertissements voire de diversions, et que sais-je encore ? Sauf bien entendu des médias engagés ; enfin, à moins qu’il s’agisse de ces circonstances dites inacceptables, celles qui mettent notamment en péril les "intérêts supérieurs", à l’instar de la piraterie au large des côtes somaliennes… Quoi qu’il en soit dans le cas précis de Madagascar, je me devais avant tout de laisser libre cours à la stricte expression des données au fil d’un mouvement que je pensais alors sans portée déterminante, éphémère. C’était évidemment loin d’imaginer que l’armée avait résolument pris fait et cause en faveur de l’illégalité !

Chargé de mission, Norbert Ratsirahona, l’ancien Président de la Haute Cour constitutionnelle malgache, est à la manœuvre pour légaliser la nouvelle donne à Tananarive. Et il entend s’appuyer exclusivement sur son sens de professionnalisme ainsi reconnu, pour mener à bien la noble et exaltante responsabilité qui récompense logiquement une carrière bien étoffée : Il ne faut pas qu’on se voile la face, reconnaît-il volontiers. Aucun article de la Constitution ne prévoit ce genre de transfert du pouvoir. Mais, précise-t-il, je ne dirai pas que c’est anticonstitutionnel, je dirais que c’est extraconstitutionnel, car une délégation de pouvoir est toujours prévue quelque part. En outre, ajoute-t-il, ce n’est pas inédit, cela s’est déjà produit en 1972 et à l’époque, la Haute Cour constitutionnelle n’avait rien dit. L’important est de respecter l’esprit de la Constitution et de revenir à la stabilité et à un climat apaisé.

Du grand art !!! Assurément une prestation de haute voltige, digne des prouesses tropicales...

En ce moment d’épilogue de deux mois d’un feuilleton tragique au cours duquel l’apparente apathie de la communauté internationale en dit assez sur sa complicité active, il est ici d’un impératif affligeant qui s’impose à moi, mais je me dois de l’accepter et de l’assumer ; comme il en est le cas, à l’occurrence de ces événements dénués de tout sens, où les intérêts sordides des flibustiers sans foi ni loi priment sur les destins d’innocents, insidieusement sacrifiés par millions sur l’autel d’une funeste doctrine qui se veut toujours sans visage, anonyme.

Avant de se joindre aux timides réactions du concert international, et peut-être du fait d’un lapsus diplomatique qui en dirait un tant soit peu sur l’euphorie d’une victoire déjà acquise, la France dont Madagascar fut l’une des colonies, si ce n’est encore le cas, s’est empressée de trouver longue la période de deux années de transition fixée par le nouveau poulain des lieux. Entendez ici, le caractère irréversible d’un coup d’Etat bel et bien consommé !... Ping quant à lui, désormais en prise avec l’encombrante et caustique autorité du leader de la Jamahiria, fait profil bas et semble accorder toute la priorité au Soudan où, bec et ongles, il se démène tel le Sisyphe des temps modernes, à dépêtrer El-Béchir de l’épineux collier estampillé CPI, désormais bien loti autour du cou du potentat. Le mandat est une menace pour la paix, assure-t-on du côté de l’UA. Quid donc de l’activité de l’Union quand le dictateur-génocidaire et ses milices janjawids massacraient âmes par milliers, et faisaient millions de déplacés et réfugiés ?... S’il est une qualité constante de l’UA depuis sa création, c’est bien cette unité et cette solidarité affirmées quand il s’agit d’un de ses membres en difficulté !

A en juger par l’intensité des critiques, plus acerbes à l’encontre des juntes guinéennes et mauritaniennes, le moins que l’on puisse dire est que la communauté internationale a fait preuve de moins d’hypocrisie sur le cas malgache... Et si elle n’a pas daigné honorer de sa présence à la cérémonie de prestation de serment de l’illustre inconnu, l’ex-DJ alias TGV qu’elle vient pourtant en grande pompe de sacrer roi, sans doute savait-elle qu’une telle ultime provocation, aussi grotesque et surtout inutile, n’aurait pour effet que de dépouiller la conspiration diplomatique ourdie contre le peuple malgache, de cette relative subtilité qui la maintient encore à peine hors de portée des regards peu avisés… En guise de bonne foi ou non, et cela doit être en tout cas une avancée très positive à son actif, Ravalomanana a proposé un référendum pour le dénouement de la crise. Une offre si démocratique qui n’a pourtant nullement suscité l’intérêt des prétendus démocrates, ni à Madagascar dans les rangs de l’opposition, ni au-delà des frontières, auprès d’un concert international qui se veut toujours pacifique et ardent défenseur de l’ordre constitutionnel.

En réalité à part la formule, l’intensité de la violence et les pertes brutes enregistrées, le coup d’Etat de Rajoelina rappelle insidieusement celui du vieux briscard Sassou au Congo Brazzaville, dans un sinistre come-back on ne peut plus symbole des visés impérialistes de la France sur ses [ex]colonies. Et ce n’est sans doute pas le discours très feutré de Sarkozy à Brazzaville — une bénédiction à l’orée d’une farce électorale programmée — qui me démentirait. Et ce n’est pas non plus Bolloré, le nouveau porte-étendard de la Françafrique, qui objecterait sur une réalité des plus accablantes ! Sassou et Rajoelina ne figurent-ils pas à eux deux une nouvelle ère faite encore de tragédie sans borne, cette nouvelle ère qui voudrait qu’un Président démocratiquement élu sous le ciel des tropiques reste susceptible d’être piteusement débarqué par tous les instants, au mépris même des sacro-saints préceptes de la démocratie politique ? Finalement dans le coup d’Etat de Tananarive, la principale victime est sans aucun doute la démocratie, et pas seulement à Madagascar, mais bien au-delà, en Afrique continentale. J’ignore la portée dévastatrice de l’onde, l’avenir se chargera bien volontiers des éléments de réponse. Il est ici question de s’en tenir aux fondements et principes universels de la démocratie, à ses mécanismes unanimement admis. Et c’est surtout là que le bât blesse… Avec tout le déshonneur digne de celui que l’on réserve aux parias de tout premier ordre, Ravalomanana a été bouté loin du pouvoir, bien avant même le terme du second mandat que lui a confié le peuple malgache dit souverain… A croire que les dinosaures, eux, ne sont coupables de rien ; eux qui jouissent de cette odeur de sainteté jamais démentie auprès des parrains toujours bienveillants. Soit. Sans prétendre cerner tous les tenants d’une déchéance à la hussarde, je note simplement un certain nombre des faits qu’il serait pour le moins impossible d’ignorer quand il s’agira de mener une enquête indépendante sur la déferlante qui balaya piteusement le désormais ex-homme fort de Tananarive. Tenez-en : Ravalomanana est connu comme étant ce piètre francophone qui ne s’est pas par ailleurs révélé comme un fervent partisan de l’ancienne puissance coloniale.

La France, alors prise de court et n’ayant pu porter efficacement secours à son protégé Ratsiraka battu à plate couture en 2002, avait longuement tergiversé à reconnaître l’autorité de Ravalomanana. Les séquelles de cette tergiversation étaient d’ailleurs restées tenaces au point d’engendrer une relation cahoteuse qui avait déjà causé l’expulsion de deux journalistes métropolitains et d’un père jésuite.

Ravalomanana est celui qui en 2007, a introduit l’anglais comme langue officielle à Madagascar, et a réintroduit le malgache comme langue d’enseignement primaire. Autant dire qu’il est celui qui a pratiquement condamné le français à la peine capitale sur l’île aux lémuriens.

Ravalomanana est celui qui en 2008, a démis sans coup férir l’ambassadeur de France à Tananarive, Gildas Le Lidec. Une rupture plutôt historique quand l’on sait la pesanteur du complexe d’infériorité qui fait osmose avec la psychologie des pantins assermentés, ces purs-sangs dont la dynastie reste surtout perpétuée en Afrique dite francophone. Et dans ce registre des plus funestes, l’Afrique centrale, bastion de la Françafrique, fait assurément figure de proue.

Je veux bien comprendre que tous ces faits ne sont que péripéties sans aucun rapport avec l’éviction antidémocratique de Ravalomanana. Mais je note simplement que par le passé dans les [ex]colonies d’Afrique, tous ses devanciers qui avaient manifesté de comportements si "désinvoltes" à l’égard de leur [ex]puissance coloniale, ont été vilipendés et sèchement boutés hors du pouvoir. Et pour les moins chanceux, ce fut par l’entremise d’un cercueil. De là où il est, Sankara ne me démentirait sans doute pas ! Une exception qui confirme toutefois cette implacable loi des séries, c’est bien le cas Sekou de la Guinée Conakry. L’on sait cependant le prix fort payé par les Guinéens alors pris en étau, entre l’enclume et le marteau des belligérants engagés dans un antagonisme au relent de guerre froide larvée. Coincés qu’ils se sont retrouvés, entre les affres du dictateur, le boycott de la puissance coloniale, mais aussi l’isolement total d’un monde occidental solidaire de l’un des siens en prise avec un Chef d’Etat des tropiques qui a commis cette "faute inexpiable" d’affirmer la souveraineté de son pays.
Madagascar devait abriter le prochain sommet de la Francophonie en 2010. A présent que la Grande île est suspendue de l’OIF, assure-t-on, elle ne pourrait donc pas organiser le sommet. Espérons que ce ne soit un autre numéro de subterfuge, si prolifique dans l’immensité de l’horreur tropicale. Et de toute façon, une quelconque bananeraie ferait toujours office d’un excellent rempart si besoin est… Nombreux sont les observateurs de tous bords qui trouvaient paradoxale la préférence portée sur le piètre francophone Ravalomanana, plutôt que sur le challenger Kabila. Ils en ont certainement eu pour leur naïveté !

Par Badiadji Horretowdo in Le Messager, le 22 avril 2009
Publié sur:
SAOTI.OVER-BLOG.COM

14:14 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Madagascar | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : madagascar, ravalomanana, andry rajoelina, coup d'état à tana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

samedi, 25 avril 2009

REPORTERS SANS FRONTIERES "DENONCE AVEC FORCE" LE RETOUR DE LA CENSURE A MADAGASCAR

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Reporters sans frontières dénonce avec force le retour de la censure à Madagascar après que des ordres ont été donnés aux médias publics de ne pas couvrir les manifestations de l’opposition. L’organisation s’inquiète également de la fermeture de Radio Mada et des actes de vandalisme qui ont touché plusieurs médias proches de l’ancien président, Marc Ravalomanana.

“Déjà durement touchés par la crise qu’a connue le pays entre décembre 2008 et mars 2009, les médias sont à nouveau visés par des mesures inquiétantes, sur fond de bruits de bottes. Tout en sanctionnant les appels à la haine ou à la violence, Andry Rajoelina doit garantir la libre expression des opinions et une couverture complète et neutre des manifestations. Nous sommes inquiets de la tournure que prennent les événements. L’instabilité politique et institutionnelle dans laquelle est plongé le pays ne saurait justifier le retour de la censure”, a déclaré Reporters sans frontières.

Censure dans les médias publics

La Haute Autorité de transition mise en place par Andry Rajoelina en mars a d’abord semblé donner des gages de bonne volonté en laissant les médias publics couvrir les activités de l’opposition. Ainsi la Télévision Nationale Malgache (TVM) et la Radio Nationale Malgache (RNM) ont pu couvrir les manifestations et inviter à l’antenne, dans l’émission dominicale “Savaravina” notamment, certains ténors de l’opposition tels que Olivier Rakotovazaha et Constant Raveloson.

Mais de sources concordantes, les rédactions de ces deux médias ont reçu plus récemment des consignes pour organiser un black-out sur les manifestations de l’opposition.

Interrogé par Reporters sans frontières, le directeur par intérim de la TVM, Johary Ravaojanahary, affirme : “Personne ne nous a empêchés, ici à la TVM, de rapporter se qui se passe à Ambohijatovo.” Une version confirmée par un journaliste ayant requis l’anonymat qui déclare qu’il n’a “jamais reçu, personnellement, une quelconque interdiction concernant la couverture des manifestations de l’opposition”. Mais cette position est contredite par un autre journaliste affirmant pour sa part, lui aussi sous couvert de l’anonymat : “Il y a effectivement censure. L’autorité supérieure fait pression sur le rédacteur en chef pour interdire aux journalistes d’aller couvrir les manifestations.”

La station Radio Mada fermée et l’émetteur de Télé Mada démonté

Le 19 avril dans la soirée, un groupe de militaires cagoulés a enlevé de force l’émetteur de la chaîne privée Télé Mada et a ordonné la fermeture de la station privée Radio Mada, deux médias proches de l’ex-président Marc Ravalomanana.

Les autorités justifient cette mesure par le non-respect des dispositions législatives et réglementaires relatives à la communication audiovisuelle”. Télé Mada est “une station pirate car elle ne dispose d’aucune fréquence régulière. Par ailleurs, elle brouille les autres chaînes de télévision. Cette chaîne n’a déposé aucune demande d’autorisation d’exploitation officielle auprès des responsables”, affirme Gilbert Raharizatovo, récemment nommé à la tête du nouveau ministère de la Communication. Quant à Radio Mada, elle est accusée d’activités qui tendent à “inciter à la désobéissance civile et à ébranler la confiance de la population envers les institutions”. Non seulement les propos des animateurs mais encore les émissions interactives sont condamnés pour “inciter les auditeurs à déclencher une guerre civile”.

Le 20 avril, des partisans de Marc Ravalomanana se sont dirigés vers le tribunal de grande instance pour y déposer une lettre au procureur de la République protestant contre la saisie des équipements de transmission de Radio Mada, Radio Fahazavana et Télé Mada. Les forces de l’ordre sont alors intervenues avec des grenades lacrymogènes et assourdissantes pour disperser les manifestants. La répression de la manifestation a fait un mort et au moins treize blessés.

Création d’un ministère de la Communication

Conformément à ses promesses formulées devant les journalistes, le 30 mars, le président de la Haute Autorité de transition, Andry Rajoelina, a décidé de procéder à la création d’un ministère de la Communication, une première à Madagascar où ce secteur n’a jamais fait l’objet d’un département ministériel indépendant. A sa tête, Gilbert Raharizatovo, ancien journaliste à la RNM et à la TVM, a été nommé le 17 avril.

Reporters sans frontières estime que la publication d’un Code de la Communication devrait figurer parmi les priorités du ministre, afin de clarifier les règles du jeu et d’éviter les dérives. Celui-ci doit en outre veiller à ce que la population malgache ait accès à l’information de manière équitable. “Le fait de ne pas évoquer les manifestations de l’opposition à une heure de grande écoute et sur des canaux suivis par 80% des Malgaches ne va pas dans ce sens”, a conclu l’organisation.

Jeudi 23 avril 2009
Posté par : Madagascar Magazine | Source : topmada.com |


22:10 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Madagascar | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : madagascar, ravalomanana, andry rajoelina, coup d'état à tana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

MADAGASCAR: LES "RATES" DE LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE

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Depuis le 17 mars, date à laquelle le Président Ravalomanana a transféré le pouvoir aux militaires, puis la prise de pouvoir par la force de Rajoelina et Consorts, plusieurs centaines de milliers de manifestants remplissent quotidiennement les rues dans les villes importantes de Madagascar.

Les manifestants protestent contre le régime de gangsters mis en place par Rajoelina et consorts, braquant ouvertement les Banques, les caisses de l'Etat, s'attaquant aux biens tant privés que publics et au patrimoine national. Bref, le chaos envahit peu à peu Madagascar. La presse est muselée de manière musclée et les répressions sanglantes s'amplifient. Le nombre de morts et de disparus s'allongent. Les menaces, intimidations, vols et crimes font partie du quotidien.

Les pressions sont tellement fortes que les Ambassadeurs sur place se sentent dans une telle insécurité qu'ils refusent tout dialogue public ou médiatisé. Ceci démontre une fois de plus que les dialogues, les consultations électorales et la reconciliation ne pourront être possible que quand la sécurité humaine sera assurée.

Pourtant, à l'extérieur, tout d'un coup, les médias ne parlent plus ou peu de Madagascar. Veut t-on faire croire à l'opinion internationale que tout va mieux? Assurément, quelqu'un, au commande, ouvre et ferme le robinet de l'information. Complot exige?

Rappelons que quelques semaines plus tôt, avant la consommation du putsch du 17 mars, les médias français ont largement relayé l'information quand quelques millliers de manifestants, partisans du puschiste Rajoelina envahissaient les rues et ne se privaient pas de diaboliser le Président élu Marc Ravalomanana aux mépris total de l'opinion de la grande majorité de la population malgache.

Et la communauté internationale dans tout cela?

Alors que les sièges de la communauté Européenne, l'Union Africaine, les Etats Unies, la Francophonie, l'ONU ont fortement condamné le coup d'Etat, sur place les « émissaires » de l'ONU et de l'UA font des siennes, en organisant une « assise nationale » considérée comme trop partisane et en faveur du jeune puschiste Rajoelina, un dialogue de sourd qui n'a pas abouti et qui a finit par être boudé par tous les partis de l'opposition.

Le diplomate français Chataignier, se faisant appeler tour à tour « représentant local de l'UE », un titre qui appartient à la République Tchèque, ou « Ambassadeur de France », pourtant non accrédité par le gouvernement malgache, continue de faire des siennes avec des prises de position rappelant amèrement l'époque coloniale, il a finalement trouvé un nouveau titre auprès des Malgaches: il est surnommé « le gouverneur français ».

En conclusion, les répressions musclées ou les pressions de la France et des émissaires ne pourront rien apporter à la résolution de cette crise, bien au contraire, elles l'aggraveront.

La seule sortie possible commence par le désarmement des mutins. Un appui extérieur de la SADC est fortement sollicité par les malgaches légalistes pour aider au retour sans condition du Président élu Marc Ravalomanana, seul interlocuteur reconnu et respecté par l'ensemble de la société civile malgache et de la communauté internationnale.

Jeudi 23 Avril 2009
Djamil Ahmat

Posté par : Madagascar Magazine | Source : tim europe |

21:58 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Madagascar | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : madagascar, ravalomanana, andry rajoelina, coup d'état à tana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

mercredi, 22 avril 2009

LA SADC ARRIVE A MADAGASCAR POUR POUSSER ANDRY RAJOELINA A ''RESTITUER LE POUVOUR''

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« Ce mercredi, une mission diplomatique de haut niveau quitte le Swaziland pour Madagascar », a déclaré le ministre swazi des Affaires étrangères Lutfo Dlamini. « Elle sera suivie par une délégation de la troïka ministérielle menée par moi-même ».

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Le Swaziland préside actuellement la « troïka », organe de sécurité de la SADC.

« Nous impliquons toutes les parties concernées (dans les discussions) et il serait faux de dire que la SADC utilisera l’armée pour chasser Rajoelina, mais nous voulons qu’il restitue le pouvoir au président légitime » Marc Ravalomanana, a affirmé le ministre swazi.

« Pour prouver son attachement à la démocratie, le président Ravalomanana a assuré à la SADC et à la troïka qu’il organiserait de nouvelles élections avant la fin de l’année pour légitimer sa présidence » a fait savoir Lutfo Dlamini.

De son côté, la brigade de la SADC (SADCBRIG) est prête à procéder à toute opération d’urgence dans la région a affirmé le général de brigade Lancaster Bottoman, s’exprimant lors d’une conférence de presse. « La brigade est prête à répondre à toutes opérations d’urgence en tout temps, elles doivent être mandatées par les chefs d’État et de gouvernements » a-t-il précisé. Il a toutefois noté qu’il y avait un certain nombre de procédures qui doivent être traitées avant d’envisager une option militaire.

Il semble que l’arrivée de la délégation de la « troïka » fait partie de ces procédures car la SADC semble bien prête à envisager toutes les éventualités. La balle est désormais dans le camp d’Andry Rajoelina, acceptera-t-il de restituer le pouvoir ?

Source: AFP Daily News - Tanzania
Lu sur: TOPMADA.COM


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dimanche, 29 mars 2009

UNE SOURCE INDEPENDANTE POUR SUIVRE L'ACTUALITE A MADAGASCAR, AU JOUR LE JOUR!

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Plus de 20 000 manifestants légalistes marchent vers la Place du 13 Mai. Les militaires se mettent alors à réprimer sévèrement.

Chers lecteurs, je vous propose le site TOPMADA.COM pour suivre, au jour le jour, les évènements graves qui se déroulent, en ce moment, à Madagascar et que nous cachent les organes de presse officiels, notamment français et malgache. Cliquer ICI.

Nos prières s'élèvent en faveur du peuple digne de Madagascar, pour que triomphe le droit, la vérité et la justice et que trépassent le mensonge d'Etat et l'impérialisme primaire! Haut les coeurs, peuple malgache!

DINDE Fernand AGBO

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samedi, 28 mars 2009

GISEMENT DE BEMOLANGA A MADAGASCAR: SARKOZY AVAIT FAIT PRESSION SUR RAVALOMANANA POUR PRIVILEGIER TOTAL

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Nicolas Sarkozy et le président nigérien Mamadou Tandja, dans la chaleur de l'aéroport de Niamey, ce vendredi. Photo François Mori. REUTERS.

Pour ceux qui ne croient pas encore que le coup d'Etat de Madagascar et la tournée africaine du président français Nicolas Sarkozy sont le "Service Après Vente" de TOTAL et d'AREVA. Bien à vous!


Paru sur Topmada.com, le 27 Mars 2009.

Selon des informations recueillies par Africa Energy Intelligence (AEI nº589), c’est grâce à Nicolas Sarkozy que le groupe TOTAL a pu finaliser l’acquisition, le 17 septembre 2008, de 60% du bloc onshore de pétrole lourd de Bemolanga.

Entamées en 2006, les négociations entre TOTAL et le gouvernement malgache traînaient, notamment à cause des relations politiques franco-malgaches très difficiles. C’est la chancelière allemande Angela Merkel qui, durant une visite officielle du président malgache Marc Ravalomanana à Berlin en avril, a joué le rôle d’intermédiaire entre les deux chefs d’Etat. Ravalomanana a été reçu à Paris le 12 avril par Sarkozy, sans que cela ait été prévu originellement par l’agenda. Ils ont ainsi pu évoquer, entre autres dossiers, celui de TOTAL à Madagascar.

Ravalomanana n’a jamais soutenu le projet de TOTAL, militant plutôt pour les Chinois de la China National Petroleum Corp, un des plus gros groupes pétroliers au monde. Le gisement de Bemolanga est un des gisements inexploités de pétrole lourd les plus importants au monde avec une capacité de 16 milliards de barils.

Ravalomanana au tropisme anglo-saxon (l’anglais est la troisième langue nationale dans le pays depuis 2007) fait preuve d’une volonté personnelle de ne pas renforcer les acquisitions des compagnies françaises dans l’île. Il a depuis son arrivée au pouvoir mis les grands groupes français qui étaient en situation de quasi monopole auparavant comme Colas, en concurrence avec des entreprises venant des Etats-Unis, du Canada, d’Afrique du Sud et aussi d’Asie. Depuis, la part de la France dans les investissements n’a fait que s’amoindrir.

Aujourd’hui Sarkozy est au Niger pour consacrer un accord signé avec ce pays pour que le groupe français AREVA exploite le 2ème gisement d’uranium au monde.

19:50 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Madagascar | Lien permanent | Commentaires (11) | Tags : madagascar, ravalomanana, andry rajoelina, coup d'état à tana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

vendredi, 27 mars 2009

MADAGASCAR: LA POSITION DE LA FRANCE RESTE AMBIGUE

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Interrogé par l’African Press si « la France a condamné un coup d’Etat ou a juste dénoncé une situation hors-norme » à Madagascar, M. Chevalier le porte-parole du Quai d’Orsay a répondu qu’il s’agit d’un coup d’Etat. Il a ensuite tenté de clarifier la position de la France en ajoutant « qu’il faut suivre une logique de respect des dynamiques constitutionnelles »…

Tenté en effet, car finalement cette dernière phrase reflète la position de la France depuis le début de la crise : floue et hésitante. Le silence pesant de la France suite à l’auto proclamation d’Andry Rajoelina comme président du pays alors même que les Etats-Unis, le Royaume-Uni et l’Union Africaine mettaient en garde toute tentation de l’ancien maire de prendre le pouvoir par des moyens non démocratiques, ont réveillé des soupçons. La France n’aura eu de cesse que de proposer une ligne « neutre », pour aucune des « parties », quitte à s’effacer devant une tentative de déstabilisation d’un pouvoir élu dans son ancienne colonie.

Les 1ers soupçons de soutien

A l’époque les premières banderoles anti-françaises apparaissaient lors de manifestation pro-gouvernementales pour inviter M. Joyandet, secrétaire d’Etat à la coopération en médiation d’urgence, à ne pas favoriser un mouvement qui visait la prise du pouvoir par la rue.

Malgré les propos rassurants de Joyandet les soupçons persistaient et cela d’autant plus que voyant son mouvement faiblir et sentant son arrestation lui pendre au bout du nez, Andry Rajoelina trouva refuge à la résidence de l’Ambassade de France. Personne ne sait aujourd’hui encore si Rajoelina a profité de cette protection pour continuer à planifier son coup d’Etat. Personne ne sait non plus si la France l’a laissé agir et s’organiser alors qu’il était sur son territoire. Toujours est-il que quelques jours plus tard, la mutinerie du camp stratégique du CAPSAT s’est déclenchée. On connaît la suite.

Le « nouveau Maître de Madagascar » fait du pied à la France qui envoie son ambassadeur

De son côté Andry Rajoelina n’a cessé d’afficher sa sympathie pour la France. Devenu président grâce à l’armée, il a trouvé « louable » la position de la France dans la crise. Deux jours après la chute du pouvoir Ravalomanana, Rajoelina a même accueilli le nouvel ambassadeur de France. M. Jean-Marc Châtaigner qui est arrivé la veille, comble donc un vide de plusieurs mois depuis l’expulsion du dernier ambassadeur l’été 2008. « Simple visite de courtoisie » d’après le diplomate mais perçue par beaucoup d’observateurs comme un soutien affiché au président putschiste.

Les condamnations et les menaces de sanctions contre le nouveau pouvoir commençaient à pleuvoir : UA, SADC, Etats-Unis. De son côté, la France via le porte-parole du Quai d’Orsay se contentait de qualifier cette prise du pouvoir « d’hors norme » sans la condamner et en déclarant qu’il n’était « pas question » de suspendre l’aide bilatérale. L’Union Européenne « osa » cependant parler de vrai « Coup d’Etat » et les condamnations se multipliaient. Sentant la position de la France se fragiliser, le président Sarkozy vint à la rescousse d’une diplomatie française devenue nuageuse aux yeux de nombreux Malgaches, et utilisa le terme de « coup d’Etat » en exigeant des élections le plus rapidement possible. Ce jour là, Nicolas Sarkozy n’a d’ailleurs pas manqué de déclarer qu’il y a « beaucoup de choses à dire sur l’ancien président » tout en précisant : « il doit être jugé s’il y a besoin ».

Isolé diplomatiquement, le nouveau pouvoir a depuis multiplié les appels de pied en direction de la France : Andry Rajoelina a affirmé « nous ne pouvons pas sous-estimer notre relation avec la France » suite à sa rencontre avec l’ambassadeur et son nouveau ministre des Affaires Étrangères d’appuyer « le pays compte beaucoup sur la France », sans oublier le ministre de l’éducation qui a rétabli en début de semaine le français comme langue d’enseignement. Dernière initiative qui peut être discutable certes, mais est-ce là vraiment la priorité en temps de crise ?

Des intérêts français non privilégiés par Ravalomanana

Comme le remarque le Canard enchaîné (journal français), la France n’a jamais apprécié Ravalomanana qui n’a pas privilégié les intérêts français depuis son arrivé au pouvoir

Ce coup d’Etat survient après sept années de fâcheries franco-malgaches. Illégitime, selon Paris, qui a mis cinq mois à reconnaître son élection, en 2002, « Ravalo » se venge, en mettant la France, premier fournisseur de son pays jusqu’en 2007 et qui compte 25 000 ressortissants, en concurrence avec la Chine, le Canada, les USA, etc.

Si certaines entreprises tricolores (les banques, le bétonneur Colas, le téléphoniste Orange) n’en souffrent guère, Bolloré, qui guignait la gestion du port à conteneurs de Toamasina (deuxième ville malgache), a été sèchement écarté. Quant au groupe Total, il ne devra qu’à l’intervention personnelle de Sarko d’arracher, en 2008, et après deux ans de négociations, un permis de prospection terrestre. L’ex-président entendait —ô scandale— confier le marché aux Chinois !

Durant les dernières années de son « mandat », le même président, milliardaire de l’agroalimentaire, confondra souvent ses affaires avec celles de l’Etat.

Certains espèrent sûrement que son successeur les confondra davantage avec celles de la France…

Nicolas Sarkozy est aujourd’hui en visite officielle au Congo. La crise économique mondiale a-t-elle mis au placard la rupture avec la Françafrique tant prônée par le candidat Sarkozy ?

Publié dans "A Vous la Parole" sur TopMada.com, le 26 Mars 2009.

19:01 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Madagascar | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : madagascar, ravalomanana, andry rajoelina, coup d'état à tana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

LES MEDIAMENSONGES DE MADAGASCAR

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Madagascar: Manifestation contre Andry Rajoelina, dont la prise de pouvoir est jugée illégitime.

Par Michel Collon, le mercredi 25 Mars 2009, sur Anarkismo.Net.



Quelle image avez-vous de Madagascar? Celle d'un beau pays, peuplé d'animaux endémiques et de plantes aux formes incroyables. Celle aussi d'un pays pauvre, l'un des plus pauvres du monde en fait. Si vous êtes un observateur un peu intéressé vous saurez également que la si belle nature malgache subit depuis de nombreuses années les effets de l'augmentation drastique de la population. Si vous êtes allé sur place, vous gardez alors également toujours à l'esprit l'accueil chaleureux de cette population malgache, ses sourires, sa disponibilité, malgré les difficultés de la vie quotidienne.

Cette image est cependant tronquée. Derrière le décor se jouent des luttes de pouvoir qui ne s'expliquent que par la richesse même de cette île-continent. Pendant que Didier Ratsiraka était au pouvoir, de 1975 à 2001, rares étaient les reportages relatant ces richesses. De l'or, il y en avait très peu, des pierres peut-être mais semi-précieuses. Les exportations officielles de matières premières étaient extrêmement réduites. Quelques années avant que Didier Ratsiraka soit chassé du pouvoir, sa famille était à la tête de mines de saphir gardées jour et nuit par des milices armées. Pendant ce temps là, le pays s'endettait pour devoir, en 2002, plus de 4 milliards de dollars.

Prenons donc comme acquis que Madagascar est riche en matières premières, en biodiversité, en sites touristiques, en immenses espaces cultivables, en main-d'œuvre, etc. La qualité de son université jouit même d'une bonne renommée régionale. La position géostratégique de l'île en fait aussi un atout.

Trois types de personnes ont donc avantage à maîtriser le pouvoir pour que le développement politique et économique de Madagascar n'ait jamais lieu: les grandes entreprises étrangères qui peuvent profiter de l’exploitation des richesses naturelles à moindre coût ; la mafia malgache constituée de grandes familles s'entraidant pour maîtriser des réseaux de marché noir ; et les individus qui peuvent, en maîtrisant la corruption, faire fructifier leurs petites affaires pour obtenir à moindre frais une qualité de vie qu'ils ne retrouveraient pas ailleurs.

Ce sont ces intérêts-là qui maîtrisent les médias et qui, depuis le début de la crise et même avant, forgent notre vision.

Ravalomanana, l'homme à abattre ?

En 2002, un industriel hors des cercles habituels est parvenu à se faire élire grâce à sa notoriété, notoriété accumulée au travers de ses produits laitiers distribués dans tout le pays. Il devait aussi son élection à sa fortune qui lui a permis d'envoyer des émissaires dans tous les bureaux de vote pour déjouer les systèmes de manipulation des résultats.

Alors que l'ensemble de l'opposition contestait son élection depuis le début mais également après que son parti ait gagné les législatives puis les communales, les médias français l'ont tout de suite dépeint comme un arriviste, un nouveau-riche sans envergure.

Ravalomanana est pourtant l'un des très rares industriels malgaches ayant fait prospérer une industrie dans le pays. Il est l'un des seuls, sinon le seul, à ré-investir dans ce pays. Elu maire de la capitale, il est parvenu à transformer son visage en quelques années.

Après avoir finalisé les accords permettant à Madagascar d'effacer une grande partie de ses dettes, Marc Ravalomanana a très tôt mis sur pied un système de gestion et de contrôle des actions du gouvernement d'une rare qualité: le Madagascar Action Plan (1). Qui en a parlé dans nos médias ?

Durant son premier mandat, Marc Ravalomanana a déjà essuyé une tentative d'assassinat orchestrée par Pety Rakotoniaina, alors maire de Fianarantsoa, et par le général Randrianafidisoa dit « Fidy », le 18 novembre 2006, à la veille des élections présidentielles (2).
Cette tentative de coup d'État fut soutenue par de nombreux « opposants » qui pour la plupart n'obtiendront même pas le minimum de voix pour se voir retourner leur caution. Ce sont ces mêmes opposants que l'on retrouve autour de Andry Rajoelina aujourd'hui. Citons par exemple Monja Roindefo qui, après avoir obtenu 29 voix sur toute l’île en 2006, a été proclamé « Premier ministre » du « gouvernement de transition » de Rajoelina.

Andry Rajoelina, la dernière carte

L'élection à la mairie d'Antanananarivo d'Andry Rajoelina en 2007 a été initialement saluée par de nombreux observateurs comme un signe de la pluralité politique à Madagascar. Les Tananariviens critiquaient la gestion de l'ancien maire du parti présidentiel. Ils ont massivement boudé les urnes.

Jeune entrepreneur audacieux, ancien DJ de boite de nuit huppé, Andry Rajoelina jouissait d'une certaine popularité notamment auprès des jeunes. Plusieurs observateurs politiques ont cependant remarqué en 2008 un changement de comportement avec le retour sur le devant de la scène de plusieurs « vieux caïmans », proches de Didier Ratsiraka et des familles mafieuses. Les brouilles se sont multipliées jusqu'à la diffusion, à la mi-décembre et sur la chaîne privée appartenant au maire, d'une interview de l'ancien président en exil appelant à la désobéissance civile. Cette diffusion a été jugée comme portant atteinte à la sécurité de l'Etat et a conduit à la fermeture de la station.

Les médias ont présenté cette fermeture comme une atteinte à la liberté de la presse. Mais ils se sont bien gardés d'indiquer ce qu'avait dit l'ancien président dans cette interview réalisée en France, pays dans lequel il est autorisé à séjourner sous réserve de s'abstenir de toute activité politique.

Utilisant le prétexte de la fermeture de la télévision Viva, Andry Rajoelina a tout de suite émis un ultimatum auprès du pouvoir en demandant sa ré-ouverture et la démission de ministres sans quoi, « après le 13 janvier, il ne répondrait plus de ce qui allait arriver ». Parallèlement, une réelle campagne de diabolisation du Président était lancée profitant de deux autres faits divers: la prospection de terrain agraire par une société Sud-Coréenne et l'achat d'un nouvel avion présidentiel remplaçant l'ancien.

Dans les médias, le mouvement d'Andry Rajoelina a été montré, depuis le début et jusqu'aux derniers rebondissements de la mi-mars, comme une contestation populaire du pouvoir, le cri d'un peuple voulant se débarrasser de son président.

Si, jusqu’au 24 janvier, une partie de la population pensait encore participer à une manifestation contre la vie chère, cela n'était plus possible dès le 26, après que les manifestants eurent détruit des bâtiments stratégiques et pillé des magasins de produits de première nécessité. Les jours qui suivirent, le mouvement ne comptait plus que quelques milliers de partisans. Pourtant les journalistes français se pressaient au portillon pour interviewer le « jeune président », tout comme les diplomates et jusqu'à l'émissaire des affaires étrangères françaises, M. Joyandet.
Toutes les dépêches et tous les reportages de la radio et des télévisons de France Monde (France 24, RFI…) étaient au diapason. Plusieurs interviews de Andry Rajoelina, plusieurs dizaines de minutes d'explication justifiant son mouvement. Quelques secondes seulement pour le véritable Président de la République, Marc Ravalomanana.

Le parti présidentiel a organisé successivement deux meetings pacifiques regroupant jusqu’à 50 000 personnes au stade de Mahamasina (3). La seule explication présentée par le JT de France 2 : le président a payé l'assistance. « Témoignage » douteux. Pas de preuve.

Lorsque le 7 février Andry Rajoelina enjoint ses partisans à prendre possession du palais présidentiel d’Ambohitsorohitra et que cette tentative se solde par la mort de plusieurs dizaines de personnes, les médias accusent aussitôt le Président d'avoir fait massacrer des manifestants. Si l'on peut regretter le résultats et condamner la manière dont les forces de l'ordre ont réagi, la mise en accusation du Président dans cette affaire est un raccourci trop facile. Tout le monde savait ce qui allait arriver. On se demandait seulement comment? La presse n'a pas fait un large écho du fait que le Président a, dès le lendemain, demandé à ce qu'une commission d'enquête indépendante fasse la lumière sur les circonstances du drame.

Les « causes officielles » de la crise

Depuis le début de la crise, les reproches adressés par Andry Rajoelina sont présentés comme autant de vérités que les médias s'abstiennent de chercher à vérifier.
Présentée comme un fait avéré, la nouvelle du prétendu « don » de 1.3 million d'hectares de terrain agraire à la société Daewoo a fait le tour du monde en quelques jours (4). Des démentis ont été publiés dès le lendemain par la Présidence et par la société Daewoo (5) mais ils n'ont pas eu le même écho. Cette affaire a été utilisée par Andry Rajoelina pour justifier son mouvement.

L'achat d'un avion présidentiel de 60 millions de dollars a également fait grincer des dents. Ce qu'on oublie de dire, c'est que de nombreux pays possèdent de tels avions et que cela est d'autant plus utile à Madagascar qu'il y a très peu de routes et encore moins de voies aériennes internationales. Un avion est le seul moyen pour le Président de s'affranchir de la dépendance aux bailleurs de fonds ou à la France. Ce qu'on a oublié de dire également, c'est que l'avion précédent a été cédé à la compagnie aérienne nationale qui en avait un besoin urgent (6).

Andry Rajoelina reproche également au Président de mélanger les affaires de l'État avec ses propres affaires, mais il se garde bien de dire clairement ce qu'il pourrait y avoir d'illégal dans les agissements du Président (et il pense encore moins ester en justice…)

Finalement, la presse étrangère continue à faire l'impasse sur les réalisations du gouvernement ces dernières années (7). Ces réalisations restent cependant la meilleure carte du Président et la raison pour laquelle la population reste soudée derrière celui qu'elle considère comme un héros national. Des gens portent encore les T-shirts « électoraux » dans les rues…

Le recours à la force

La prise d'otages dans des écoles publiques puis au lycée français d'Antananarivo (8) a marqué un tournant dans la situation. Andry Rajoelina ne pouvait dès lors plus être considéré comme une carte valable. Après s'être caché plusieurs jours, il est réapparu « sous la protection de l'ONU, de la France et du Vatican » dans un joli imbroglio diplomatique: il aurait peur d'être arrêté.

Quelques jours auparavant, dès le 4 mars, les forces de l'ordre avaient enfin commencé à faire leur devoir pour rétablir l'ordre. Plusieurs manifestants étaient arrêtés, des pillards désarmés. La presse française parlait de « répression ».

Ce que nous cachent encore les médias c'est que, depuis le début de la crise et de manière de plus en plus intense, ce sont les proches du Président qui font l'objet de menaces et qui sont obligés de vivre cachés: les journalistes de l'anicenne télévision du président, mise à sac le 26 janvier, les membres dirigeants du parti présidentiel, les ministres, le Président de la Délégation Spéciale ayant remplacé le maire déchu. La maison de ce dernier a récemment été incendiée par les partisans de Rajoelina(9). Aucune mention n'a été faite sur le fait que les artistes malgaches qui devaient se produire lors des meetings en faveur du président auraient reçu des menaces (10).

Aucune mention sur le fait que, régulièrement, la radio d'Andry Rajoelina diffusait des menaces à peine voilées envers des personnes ciblées. Aucune enquête n'est faite auprès des familles malgaches qui vivent dans l'anxiété la plus totale depuis bientôt deux mois. Andry Rajoelina n'a donc rien à craindre du Président qui a promis plusieurs fois qu'il ne serait pas inquiété (11).

Le jeudi 12 mars devait marquer le début d'assises nationales placées sous la médiation d'un émissaire de l'ONU et du conseil des églises chrétiennes. Le Président avait accepté d'y participer et d'écouter les doléances de l'opposition. Andry Rajoelina a fait savoir qu'il boycotterait ces assises (12). Pendant ce temps, une fraction de l'armée malgache se mutinait. La sécurité des biens et des personnes n'étaient plus assurées. Un meeting en faveur du Président se terminait mercredi soir par des tirs sur plusieurs manifestants poursuivis, selon des témoins, par des soldats mutins (13). Pas un mot dans les médias français.

Ou presque. Mercredi soir, France 24 posait la question de savoir si les soldats mutins qui quadrillaient la ville poursuivaient les pillards ou les manifestants pro Ravalomanana. La télévision montrait le corps d'un manifestant tué par balles.

Posté par : Madagascar Magazine | Source : anarkismo.net |

18:27 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Madagascar | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : madagascar, ravalomanana, andry rajoelina, coup d'état à tana | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |