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mercredi, 13 juillet 2011

FPI: LE REFUS DE L’OPPOSITION

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Un autre son de cloche pour équilibrer le débat houleux, né de la décision du président Mamadou Koulibaly de démissionner du Front Populaire Ivoirien (FPI) et de créer son propre parti, Liberté et Démocratie pour la République (LIDER).


Une contribution de Fabien D’Almeida

Le sociologue Alfred Sauvy écrivait en 1978 dans La tragédie du pouvoir que « la démocratie ne consiste pas à s’unir mais à savoir se diviser ».

Ce principe démocratique explique le nécessaire antagonisme entre pouvoir et opposition politique; il attribue à l’opposition une place bien distincte de celle tellement méprisée sous nos tropiques, qu’elle est devenue le souffre-douleur de ceux qui tiennent, le temps d’un quinquennat, les rennes du pouvoir.

En Côte d’Ivoire, le paysage politique redessiné depuis l’arrestation de Laurent Gbagbo a plongé le Front Populaire Ivoirien (FPI) dans une posture d’opposant qu’il n’avait pas envisagé et qu’il refuse toujours d’accepter. La manifestation de ce désenchantement est visible à travers la recherche effrénée d’un “coupable”, d’une personne à qui l’on pourrait attribuer, en dehors du couple Ouattara-Sarkozy, la responsabilité des déboires actuels du régime déchu.

Et puisqu’il s’offre en pâture, l’énigmatique Mamadou Koulibaly fera l’affaire! Le Président de l’Assemblée Nationale, depuis qu’il a affiché ses positions pour le moins controversées sur les raisons de la chute du régime Gbagbo, ne voit passé un seul jour sans qu’il ait droit à cette hystérie passionnelle de nombre de sympathisants “éclairés” du FPI, qui se lancent dans les supputations fébriles et ethnicistes d’un militantisme de tranchée dont l’efficacité reste d’ailleurs à démontrer.

Pendant ce temps, les vrais enjeux demeurent: quelle opposition au Rassemblement des Houphouétistes (RHDP) le FPI compte-t-il mettre en place? Quelles réflexions critiques les sympathisants du FPI se proposent-ils de mener, afin de finalement entamer leur rôle d’opposants dans la nouvelle arène politique nationale? Ces questions ne trouvent aucune réponse au temps T. En lieu et place, on s’abreuve d’accusations, de condamnations et de rumeurs, dont la plus récente annonce, et ce, pour la énième fois depuis 2007, le départ de Mamadou Koulibaly du FPI.

Et alors? Si Mamadou Koulibaly s’en va, et alors? Si même Mamadou Koulibaly est passé, en un temps record, du stade de faucon du FPI, adulé pour sa droiture et son courage, à celui de pauvre traître vomis par la base, et alors? Où va le FPI avec cette chasse interne aux sorcières qui s’excuse d’autocritique et de questionnement sur le présent et le futur du parti, en l’absence physique de Laurent Gbagbo?

Nulle part. D’ailleurs, le cafouillage actuel au sein du FPI n’est pas sans rappeler, ironiquement, celui d’un autre mouvement de gauche, le Parti Socialiste (PS) français. Depuis sa défaite à la présidentielle de 2007, le PS s’est embourbé dans une débâcle d’envergure nationale, animée de guéguerres personnelles et de trahisons idéologiques, que même l’élection de Martine Aubry en 2008 n’aura pas totalement réussi à éteindre et que l’affaire Strauss-Kahn est venue ranimer.

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Et pourtant, en démocratie, l’opposition est censée émettre des critiques constructives, exposer les limites de l’action gouvernementale et proposer des solutions concrètes déclinées en un projet de société viable. Etant donné qu’elle aspire au pouvoir, sa vocation première est d’élaborer et de diffuser des propositions dans chacun des domaines de la vie nationale, dans lesquelles le citoyen lambda peut se retrouver.

Jouer ce rôle serait-ce donc trop demander à ceux qui, il y a à peine trois mois de cela, n’envisageaient même pas la possibilité pourtant réelle de perdre le pouvoir? Apparemment si: voir les sympathisants du FPI se contredire dans des desideratas malsains et s’engager dans des courses-poursuites contre les “traîtres”, est un spectacle des plus tristes et un aveu silencieux d’immaturité politique.

Ainsi, ne sachant plus comment survivre dans l’opposition, le FPI choisi de vivre d’opposition. Comment? En privilégiant la dénonciation des abus du camp Ouattara au lieu de l’élaboration d’une nouvelle stratégie de conquête du pouvoir. En s’opposant à tout et à rien, aux hommes, aux idées, aux projets, sans offrir une once intelligible de solutions concertées. En risquant, ce faisant, de saper les fondamentaux les plus crédibles de sa mission socialiste.

Et pourtant l’opposition, comme la nuit, offre l’occasion du regroupement et de la réflexion. Loin de la gestion des affaires, l’opposition est le moment opportun de l’autocritique réfléchie qui permet à un mouvement de se ressourcer, de se réhabiliter, voire de se modifier, afin de préparer le lendemain politique avec sérénité.

Ce n’est pas Laurent Gbagbo qui dirait le contraire, lui qui à l’époque où la presse du parti unique le qualifiait d’”éternel opposant”, adoptait une attitude bien moins puérile que le pleurnichement à outrance de ses actuels sympathisants. Non. Laurent Gbagbo s’activait, travaillait, parcourait la Côte d’Ivoire, officiellement ou clandestinement, se créant une base solide, village après village, commune après commune, sur laquelle il savait pouvoir compter au bon moment.

Cette base, aujourd’hui aux devant de la scène militante, saura-t-elle se modeler sur le maître et s’ériger en un contre-pouvoir crédible? Pour l’heure, les premiers signes sont peu flatteurs. Attendons maintenant de voir si les larmes s’épanchent et si les règlements de compte se meurent.

 

Source : PENSEES NOIRES

DEMISSION DE MAMADOU KOULIBALY DU FRONT POPULAIRE IVOIRIEN: UN ACTE QUI NE L’HONORE PAS

 

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Mamadou Koulibaly vient de démissionner du Front populaire ivoirien, sous prétexte que sa vision politique n’est plus en adéquation avec celle du parti. Mais cet acte qui ressemble bien à une trahison au moment où le Fpi traverse la tempête est-il vraiment une surprise ?

 

Mamadou Koulibaly, président de l’Assemblée nationale et président par intérim du Cnrd a décidé d’abandonner le navire du Front populaire ivoirien, en pleine zone de turbulence. L’homme a choisi, le 11 juillet dernier, de faire route à part en créant son propre parti, Liberté et démocratie pour la république (Lider). Les militants du Fpi, qui ne s’attendaient pas à ce que le seul cadre du Fip resté en liberté jusqu’à sa démission, sont sous le choc. Car celui-ci quitte le parti créé en 1982 dans la clandestinité (officiellement en 1988) par Laurent Gbagbo et ses camarades de lutte au mauvais moment. Et ils ont raison d’être déçus par ce brusque écart. Le président Laurent Gbagbo, renversé par un coup d’Etat organisé par la France le 11 avril 2011 pour installer Alassane Ouattrara, est détenu en prison à Korhogo. Sa famille, ses proches et ses collaborateurs, notamment les ministres et les hauts cadres qui ont servi sous lui, croupissent aussi dans les geôles du pouvoir Ouattara, au Nord du pays. Au nombre desquels, Affi N’Guessan, président du Fpi. Tandis que de nombreux autres sont en exil.

Le faux bond

Leur martyr intervient dans un contexte de dictature où leurs biens ont été détruits ou pillés. Leurs avoirs en banque sont gelés. Le patrimoine mobilier et immobilier du parti est entre les mains du pouvoir. Des accusations, des inculpations et des mandats d’arrêt sont agités, chaque jour contre eux par le régime Ouattara dont le vœu est de les maintenir en prison, à vie. Mais ce sont ces moments difficiles que choisi Mamadou Koulibaly pour leur fausser compagnie. D’autant plus que celui-ci, en l’absence de la direction du parti en prison et au regard de sa qualité de deuxième personnalité politique du pays que lui confère son statut de président de l’Assemblée nationale, était de fait le président par intérim du Fpi et portait tous les espoirs de la reprise de la lutte politique pour les défis de l’heure. Et que, du reste, il venait fraîchement d’être désigné président par intérim du Cnrd. Mais les militants du parti se trompaient sur les véritables intentions et le projet secret de l’homme. Koulibaly leur réservait un bien vilain tour, au plus mauvais moment. Pour des les raisons déjà connues qui apparaissent, au vu de son acte de trahison, comme des prétextes pour justifier sa défection. Mamadou Koulibaly dit ne plus pouvoir tolérer des faits qui, pourtant, appartiennent au passé aujourd’hui. Il ne supporte plus l’idée que le Fpi ait accepté de signer des accords pour aller à la paix. Il est toujours hanté par le fait que le président Laurent Gbagbo soit allé aux élections, alors que les rebelles n’avaient toujours pas désarmé dans le nord et les zones Cno. Il estime que ‘’le Fpi refuse d’assumer les conséquences des élections’’. Il va même jusqu’a dire que le parti ‘’se vautre dans des rancœurs, des jalousies et des conflits permanents’’. Et juge soudain inacceptable que le Fpi n’ait pas tenu de congrès depuis juillet 2001. Ayant ainsi justifié le lâchage de ses camarades de lutte au moment où ils ont le plus besoin de lui, Koulibaly les quitte pour créer son propre parti. Mais le départ de cet homme qui s’est très souvent illustré aussi bien par une instabilité qui inquiétait quant à ses prises de position parfois fracassantes et sensationnelles que par son indiscipline qui a souvent mis le président Laurent Gbagbo et la direction du Fpi mal à l’aise sur des sujets sensibles est-il vraiment une surprise ? Depuis son retour d’exil pour le moins inattendu, n’a-t-il pas multiplié les actes et les sorties qui allaient à l’encontre des intérêts du parti ?

« On le voyait venir »

Sans doute faut-il remonter aux circonstances de son retour d’exil et aux évènements qui s’en ont suivi pour comprendre «qu’on le voyait venir», comme l’ont dit des militants, qui depuis cet instant, ont trouvé des raisons de douter de sa sincérité envers le Fpi. En effet, Koulibaly revient d’exil alors qu’on ne l’attendait pas. Mieux, il n’est pas seul. Curieusement, Paul Yao N’Dré, président du Conseil constitutionnel, accompagne le président de l’Assemblée nationale, dauphin constitutionnel du président de la République. Le premier aurait convaincu le second de «retourner au pays pour se mettre à la disposition des nouvelles autorités», avons-nous appris. Au moment où Ouattara cherche à se faire investir avec les attributs de la République qu’il a auparavant bafoués en piétinant les décisions de ce même Conseil Constitutionnel. Que venaient chercher à Abidjan, dans les moments de braise, ces deux hommes qui étaient allés se mettre à l’abri. Deux hommes qui étaient indispensables à Ouattara pour donner un cachet de légitimité à un pouvoir issu d’un putsch ? On ne tarde pas à le savoir. Les jours qui suivent leur retour sur les bords de la lagune Ebrié, Mamadou Koulibaly, en sa qualité du président du parlement ivoirien, et Paul Yao N’dré, en tant que président du Conseil constitutionnel, sont convoqués par le président installé à l’hôtel du Golf. A la stupéfaction générale, ils répondent à la convocation et se rendent au Qg du candidat Ouattara.

Koulibaly « envoie » Affi en prison et « légitime » Ouattara…

Une attitude que le président du Fpi, Affi N’Guessan, dénonce aussitôt. En effet, au cours d’une conférence de presse qui ne lui sera du reste jamais pardonné par Ouattara, le président Affi explique que ces deux personnalités qui incarnent à un haut niveau la République et ses lois en péril à la suite du coup d’Etat qui a permis à la France d’installer Ouattara n’avaient pas à répondre à la convocation d’un pouvoir illégal. Affi prévient les deux hommes du piège qui leur est tendu par le pouvoir. Il n’en fallait pas plus pour mettre le mentor du Rdr hors de lui. Le président du Front populaire ivoirien, à la suite de cette déclaration en bonne et due forme face à presse, est bâillonné et jeté en prison à Bouna pour être humilié et torturé avec les autres. Le chemin est désormais libre pour la prestation de serment et l’investiture de Ouattara, alors totalement privée de légitimité. Paul Yao N’dré, abjure la décision du Conseil constitutionnel, se dédit et reconnait «la victoire de Ouattara» au second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2011. La Côte d’Ivoire entière est sidérée. Les militants Lmp et le Fpi sont ulcérés. Mais Mamadou Koulibaly semble être à son aise dans cette situation. Car cela ne n’empêche pas d’être à la cérémonie de prestation de serment de Ouattara. Les militants et les cadres du pari en exil sont choqués. Mais Affi et les autres ayant rejoint Laurent Gbagbo en prison, Koulibaly reste, en dépit de tous, l’un des plus importants cadres du parti encore en liberté. Les militants, habitués à ses frasques, espèrent qu’il va se ressaisir pour reprendre le combat. On pense qu’il va s’employer à remobiliser les troupes de Fpi pour faire front, face à la dictature du nouveau régime. Mais, au grand désarroi des militants du parti, Koulibaly ne s’assagit pas. Au contraire, il s’illustre par des déclarations dans les médias à travers lesquelles il écorche Laurent Gbagbo et ses camarades du parti.

… Et crée son parti

Pis, il va jusqu’à proposer la dissolution du parti. Il faut, dit-il changer la dénomination et l’idéologie du parti. C’est-à-dire faire disparaître le Fpi pour créer un autre parti. Mais personne ne le suit. Il est plutôt désavoué clairement par ses camarades de lutte qui ne se reconnaissent plus en ces actes et qui ne le reconnaissent plus. Malgré tout, dans les derniers moments de sa présence au Fpi, on veut bien lui donner une autre chance de jouer un rôle important dans l’histoire du Fpi, en ces moments difficiles. On lui confie les destinées du Cnrd. Koulibaly fait mine d’accepter de continuer le combat. Car le lendemain, il se braque et quitte le navire. Il finira par avouer enfin : ‘’Mon engagement au sein du Front populaire ivoirien est allé jusqu’à l’épuisement de toutes les possibilités compatibles avec mes convictions’’, dit-il. Mais on soupçonne que Koulibaly avait son idée derrière la tête. C`est-à-dire créer son propre parti pour y entraîner les autres. En abandonnant Laurent Gbagbo, Affi et les autres à leur sort. Une attitude qui soulève des questions. Pourquoi est-ce maintenant que Koulibaly décide de démissionner du Fpi, pour des raisons au sujet desquelles il a été mis en minorité de façon démocratique au sein du parti ? Etait-il depuis son retour d’exil en mission pour le nouveau pouvoir qui l’aurait chargé de fragiliser le parti à l’approche des élections législatives ? Ceux qui doutaient de l’homme répondent par l’affirmative. Ils ne sont pas surpris. Koulibaly a-t-il trahi le Fpi pour des intérêts égoïstes ? Sa démission n’a certainement pas encore livré ses vrais secrets. Mais une chose est de déplorer, mais le désormais président du Lider abandonne, de façon peu scrupuleuse, ses camarades de lutte dans les pires moments. Et cela n’est rien d’autre que de la trahison. A moins que l’on ne trouve un autre mot pour qualifier son acte.



K. Kouassi Maurice


Source : LE TEMPS