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samedi, 22 novembre 2008

LA CRISE FINANCIERE ACTUELLE, LA GOUTE D'EAU QUI FERA DEBORDER LE VASE DES INSTITUTIONS DE BRETTON WOODS?

LE DOLLAR ILLUMINATI.jpg
Par Fred NTOUTOUME. Economiste.

Depuis que le 28 Juillet 2007, deux importants fonds d’investissements appartenant à la banque américaine Bear Stearns se sont déclarées en faillite, l’onde de choc de l’éclatement de la bulle immobilière américaine - ou crise des subprimes, a fait tache d’huile dans le reste de l’économie mondiale. Cette crise des prêts hypothécaires immobiliers de l’Outre-atlantique, faisant elle-même suite à une série d’autres crises sur les places financières depuis le début du XXe siècle, est à l’origine des poussées de fièvre actuelles que connaissent les marchés financiers américains, européens et asiatiques.

Sous le vocable de crises financières actuelles, nous retiendrons les principaux phénomènes d’exubérance irrationnelle suivie d’éclatement de bulles spéculatives – appelé « krach » - qui sont intervenus depuis le début de la décennie. L’euphorie boursière du Nasdaq puis sa brutale chute du 10 Mars 2000, suite à un afflux massif d’ordres de vente des valeurs technologiques, venait préfigurer la crise dite de « l’éclatement de la bulle Internet ». Elle durera jusqu’en 2003. Tout juste quatre années plus tard, un autre krach, visiblement plus violent, tourmente de nouveau les places financières. Comment se manifeste cette nouvelle crise et quelles en sont les conséquences ? Comment revenir à un système financier international plus stable ?

I/ Ampleur de la crise financière actuelle

Au plan financier, l’ampleur de la crise actuelle s’avère préoccupante, selon les analystes. En effet, si l’on compare l'évolution du S&P 500, indice qui reflète la valeur de 500 grandes entreprises américaines cotées, ajusté de l'inflation, pendant les différentes crises qui ont émaillé la décennie, on remarquera que la crise actuelle est de loin la plus violente. En l’espace de 11 mois, en effet, l'indice a perdu 21%, alors que la crise Internet n'avait diminué la valeur du même indice que de 10% sur la même période. A ce sujet, A. Greenspan , l’ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), reconnaissait récemment "qu'il s'agit d'un événement qui se produit une fois tous les cinquante ans, probablement une fois par siècle" (interview accordée à la chaîne américaine ABC).

Sur un plan plus large, et selon le rapport semestriel de la Bank Of England (BoE) sur la stabilité financière, paru mi-octobre 2008, le montant global des financements mis à la disposition des marchés par les banques centrales et les Etats, depuis le mois d'avril 2008, se chiffre à 5.000 milliards de Livres Sterling (6.250 milliards d’Euros). Le coût de la crise, à proprement parler, avoisinerait les 2.800 milliards de dollars (2.240 milliards d’Euros), selon le même rapport. Une autre source assure que sur l’année 2008, les bourses occidentales auraient perdu, au total, 12.000 milliards de dollars US, dont 4.000 pour le seul mois de septembre (S. Garbi, Jeune Afrique N°2493/94, P.126).

Au plan socio-économique, les répercussions que l’on aurait pu attendre d’une crise économique aiguë, ont été circonscrites grâce aux mesures de refinancement entreprises d’urgence par les banques centrales américaines (700 milliards de dollars), européennes, britannique, et asiatiques. En substance, il s’agit pour ces « pompiers » de reprendre les actifs jugés risqués sur les bourses et délaissés par les investisseurs, en injectant une manne financière neuve sur les marchés. Ces rachats permettent aux banques de nettoyer leurs bilans d'actifs dévalorisés et de relancer l'offre de crédit, indispensable pour ramener la confiance chez les investisseurs. En outre, elles permettent de limiter les risques de faillite en cascade qui auraient pour conséquence de très nombreux licenciements, la hausse du chômage, la baisse des pouvoirs d’achat, le rationnement du crédit, le ralentissement de l’économie mondiale et donc une récession sans précédent.

Mais si les mesures pour essayer de contenir les effets de la crise financière ont le mérite d’exister, elles ne semblent pas en empêcher totalement les effets sur l’économie réelle. Aux USA d’où est partie la crise, la consommation s’essouffle. Les ventes ont chuté de 30 à 40% dans l’automobile, selon les marques, depuis 10 mois. La raison, les banques ne prêtent plus, ou alors elles demandent tellement de garanties que cela décourage les acheteurs. A ce rythme, la croissance de l’économie mondiale est attendue en baisse à 3,3% pour cette année, selon la Banque Mondiale. Ce qui risque d’augmenter considérablement le nombre de chômeurs de la planète, si l’on en croit les estimations préliminaires de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Pour le Directeur Général de l’organisation, Juan Somavia, le nombre de chômeurs pourrait, en effet, passer de 190 millions de personnes, en 2007, à 210 millions, à la fin de 2009.

Ainsi, l’ampleur de la crise actuelle demeure préoccupante et menace de s’aggraver si les quatre principales raisons des dérapages sur les marchés financiers (Ecofinance, Magazine Jeune Afrique, N°2431, p.63) ne trouvent pas de solution rapidement. L’absence de contrôle lié à la capacité des banques d’investissement à prendre des risques dans leur offre de produits financiers, la sophistication croissante des produits financiers (titrisation, produits dérivés,..) qui ajoute au flou des investisseurs-citoyens, la faillite des agences de Rating garantes de l’évaluation des risques des acteurs financiers et de l’information financière, et la valorisation des actifs au prix du marché qui renforcent la volatilité des comptes, sont autant de principes pointés du doigt. Une restructuration d’ordre systémique est nécessaire, pour améliorer les réglementations des marchés financiers et réduire les risques de crise.

II/ Des réformes urgentes

Au plus fort de la crise, le Président Français Nicolas SARKOZY a émis avec sa collègue la Chancelière Allemande Engela MERKEL, l’idée d’une refondation du système financier international. Le sommet de Washington tel qu’il a été organisé par l'administration américaine sur proposition donc européenne, a réuni, les 14 et 15 novembre 2008, les chefs d'Etat et de gouvernement du G20. Cette rencontre historique a été également précédée, les 8 et 9 novembre, d'une réunion des Ministres de l'Economie et des Finances du G20, à Sao Paulo, au Brésil. Ces concertations au plus haut niveau répondent à l’urgence de revisiter certains rôles auxquels étaient prédestinées les institutions de Bretton Woods.

A ce sujet, M. Hort Kohler, ancien Directeur Général du Fonds Monétaire International (FMI) avertissait déjà, en l’an 2000, que « le FMI doit acquérir une meilleure maîtrise de la dynamique des marchés internationaux des capitaux et du fonctionnement des institutions financières privées pour s'acquitter plus efficacement de son mandat de surveillance du système monétaire international et de promotion de la stabilité financière internationale ».

Dans cette optique, sans verser dans les potions magiques, le FMI pourrait :
1) renforcer la détection et le contrôle de la vulnérabilité externe des économies, notamment à travers la mise au point de systèmes d’alertes avancés sous réserves que les Etats possèdent des données statistiques fiables,
2) renforcer l’harmonisation des normes et codes internationaux de bonnes pratiques telles que la norme spéciale de diffusion des données (NSDD) couvrant les principales catégories de données économiques,
3) renforcer la surveillance des mouvements de capitaux dans l’optique de circonscrire les effets déstabilisateurs,
4) réformer les mécanismes financiers du FMI liés aux prêts tels que les lignes de crédit préventives (LCP), tout en œuvrant pour une plus grande transparence dans la diffusion des informations économiques et financières.

Dans la même lancée, le rôle de la Banque Mondiale (BM) qui se résume aujourd’hui à accorder des prêts aux Pays les Moins Avancés (PMA) pourrait être revu. Alors qu’elle avait été créée, en 1944, pour reconstruire l’Europe et le Japon de l’après guerre, sur le modèle d’une banque classique qui prête de l’argent aux pays dans le besoin, elle a évolué peu a peu vers des missions de lutte contre la pauvreté. Or la récurrence des crises financières actuelles devraient la ramener à jouer un rôle plus catalyseur dans l’offre de crédit sur les marchés boursiers.

Enfin, la Banque des Règlements Internationaux (BRI) joue à la fois le rôle de banque des banques centrales de 49 pays, pour la gestion de leurs réserves internationales et de centre de coopération internationale sur tous les sujets relevant de leur compétence ou de leur intérêt. La BRI pourrait, aux cotés du FMI :

1) contribuer à élargir la couverture de ses statistiques bancaires internationales, en améliorant l’information réciproque,
2) renforcer la surveillance et la transparence des places financières off-shore dans l'application des standards internationaux,
3) concourir à la réduction de la volatilité des flux de capitaux par le levier des risques liés à l’endettement extérieur de court terme, entre autres.

Conclusion

Au sortir de notre analyse, il ressort que l’ampleur et les conséquences de la crise financière actuelle, en termes de réformes, resteront historiques. La première puissance mondiale, les Etats-Unis, a connu, en moins de huit années, deux crises majeures. La crise de l’éclatement de la bulle Internet a laissé place à celle des subprimes, dont les répercussions plongent actuellement les pays les plus développés dans une instabilité économique préoccupante.

La crise actuelle est telle que l’économie américaine, suivie des autres économies du nord et de certains pays émergents connaissent déjà le ralentissement de leur demande intérieur, principal facteur de croissance, via un « credit crunch » qui rend de plus en plus difficile l’accès au crédit. Pointés du doigt, la super spéculation pour le profit et le manque de transparence des marchés financiers sont les principaux facteurs d’explication de la formation des fameuses « bulles» qui précèdent les krachs boursiers.

Bien que pour parer au plus pressé, des mesures de compensation financière par injection de liquidités sur les marchés boursiers aient été entreprises par les Banques Centrales et les Etats, l’urgence d’une restructuration du fonctionnement de la finance internationale est indéniable, voire incontournable.

19:08 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : institutions de bretton woods, krach, subprimes, g20, crise financière | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |