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dimanche, 20 février 2011

CRISE POSTELECTORALE ET DIALOGUE INTERNE: LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT HENRI KONAN BEDIE

 

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Dr Pierre Franklin Tavares revient à la charge après « La guerre d'Abidjan n'aura pas lieu - Considérations radicales », avec cette fois-ci, une lettre ouverte au Président Henri Konan Bédié, l'invitant à être le médiateur d'un dialogue interne ivoirien entre le Président Laurent Gbagbo et le Premier Ministre Alassane Dramane Ouattara, pour la paix sur les bords de la Lagune Ebrié. La Côte d'Ivoire est malade et chacun rue à son chevet pour lui proposer son « élixir » en vue de la guérir, tant le mal est profond. C'est de bonne guerre et même louable, fraternel. Mais, pour notre part, sans préjuger de l'action de cet autre remède, nous nous interrogeons : Henri Konan Bédié qui est une partie du problème ivoirien et qui voue une rancune tenace au Président Gbagbo (il ne l'a jamais appelé « Président » et il n'a jamais assisté à une Fête de l'indépendance (Fête nationale) à ses côtés ; c'est tout dire), peut-il se sublimer pour se prêter à cette mission que lui « assigne » Pierre Franklin Tavares ? L'histoire nous le dira. Attendons donc de voir. Pour l'heure, bonne lecture !


À Son Excellence M. Henry Konan Bédié-Hôtel du Golf-Bvd de France - Riviera-Abidjan-République de Côte d'Ivoire-Paris, le 13 février 2011.


Objet : Dialogue interne.

 

Monsieur le Président, mes premiers mots seront des paroles de respect et de salutations cordiales. Et, pour être d'emblée dans la sphère qui sied à l'esprit de cette lettre, je les fais immédiatement suivre par une pensée : « aucune vérité ne vaut qu'on lui sacrifie une nation ». Moins bien encore, des résultats électoraux.

Ce courrier, le quatrième que je vous adresse depuis 1997, prend pour cadre et motif « la crise postélectorale » que traverse la Côte d'Ivoire et ne vise qu'à un but : « le dialogue interne » comme outil de paix sociale, de cohésion nationale et facteur de développement.

Je sais bien que, pour lors, nombre de personnalités et de militants des deux camps, RHDP et LMP, sont opposés à l'idée voire à toute initiative de dialogue. Mais, je n'en ai pas inventé les vertus. Socrate, par exemple, en matière de pédagogie, en a fait sa méthode. Et depuis la philosophie qui a accepté ce sol et ce socle a considérablement fructifié. Cabral Amilcar, inlassable ingénieur de la connaissance, fit de la causerie l'instrument aratoire qui permet de mettre au jour les causes ultimes. Félix Houphouët-Boigny, dans le domaine politique, l'a présenté comme « l'arme des forts ». Et en l'abandonnant, les Ivoiriens ne se sont pas seulement désarmés et affaiblis, mais historiquement fourvoyés ; et - si rien n'est entrepris - ils goûteront à l'amertume des « coups de la guerre funeste ». Épargnez-leur ce drame ! C'est, au reste, pour cela que je m'adresse à vous. Combien est-il rassurant de savoir que les belliqueux sont minoritaires, quoique très actifs et placés au-devant de la scène médiatique. Ma pétition est donc toute simple : devenez ou soyez l'infatigable artisan de la paix, dans la filiation de celui qui vous désigna comme son dauphin.

Les temps anciens offrent des leçons. Adraste, qui engagea une guerre et subit un terrible revers, regretta les influences qui l'y avaient conduit : « Les jeunes gens et leur clameur, dira-t-il, m'ont étourdi ». La réponse de Thésée, auprès duquel il vint réclamer de l'aide, fut claire : « Tu as écouté le sang chaud, et non les têtes sages » (Euripide, Les Suppliantes, 1962). En effet, Monsieur le président, s'il est des guerres justes, il en est d'injustes. Celle qui concerne la Côte d'Ivoire n'est pas bonne ni même utile. Les Africains savent que l'on peut vaincre sans avoir raison. Soyez la « tête sage ». D'autant que, dans le « dialogue interne » qui ne fait aucune place à la « folle jactance », celui qui convainc ne peut le faire que s'il est du côté de la raison. Car, tout y est clair, méthodique, la vérité y trouve sa vraie place. Les « palabres », elles, laissent échapper les causes.

J'ai la faiblesse de croire que la nature et l'orientation des événements nationaux vous obligent à reporter sine die votre retrait annoncé de la vie publique ivoirienne et internationale. Car, votre implication, bien plus que votre liberté, est une nécessité historique. Comment quitteriez-vous la vie publique, au moment même où le pays, l'État et la nation (en construction) menacent d'être emportés ? C'est que, à l'analyse, après tous les sommets, concertations et accords, seul un dialogue de type interne ou une causerie tripartite peut épargner à la Côte d'Ivoire une descente aux enfers. Or, vous semblez être la personne la plus qualifiée pour conduire ce processus, comme j'ai essayé de l'étayer récemment dans l'article La guerre d'Abidjan n'aura pas lieu. Certes, plus d'un vous croient usé. Ils se trompent. Seules les oreilles de notre silence sauront entendre les frappes de vos paroles à venir.

Il y a quatre possibilités : l'asphyxie financière de l'État ivoirien, la guerre directe (Ecomog, etc.) contre le régime en place, la résistance des patriotes et le dialogue interne des trois leaders. Je note que les trois premières éventualités, par des chemins différents, aboutissent au même résultat, et donc ne divergent pas fondamentalement. Dans la première, par étouffement, le peuple « paie » pour ce dont il n'est pas responsable. Comme au Zimbabwe, le Simbacayo, si beau qu'on le disait construit par le diable (Carl Ritter, L'Afrique, 1825). Dans la deuxième, « fatigué », le peuple est exposé aux affres de la mort, alors qu'il ne plaide qu'à vivre libre. Tel fut le cas du Libéria, terre de liberté. Dans la troisième éventualité, le peuple est au devant de la scène et acteur, mais à quel prix participe-t-il à son propre désastre ? Ce fut le cas d'Haïti, naguère perle des Antilles. En tous les cas, à bien y regarder, la Côte d'Ivoire est comme la synthèse ouest-africaine du Zimbabwe (construction : édifices), du Libéria (liberté : abolition du travail forcé) et d'Haïti (richesse sucrière : cacao). En vérité, il n'y a qu'une alternative : la guerre ou la paix. La guerre pourrait certes désigner un vainqueur, mais dans quelles conditions de destruction gouvernera-t-il la Côte d'Ivoire ? La paix, moins couteuse et préventive, est un « dialogue interne » à trois : MM. Laurent Gbagbo, Alassane Dramane Ouattara et vous-même. Qu'est-ce qui l'empêche, sinon l'orgueil des hommes, vanité des vanités ? Dans cette crise, les intérêts matériels sont devenus secondaires.

Surmontons l'orgueil. Laissons la vanité à sa propre vanité. Dès lors, comment envisager le « dialogue interne » qui, tendant au consensus national, au compromis historique, et peut-être même à un « programme commun et provisoire de gouvernement » entre les parties en conflit, tire sa nécessité première du péril qui menace d'emporter ce qui reste de la Côte d'Ivoire ? Cela aucun ne peut-il l'entendre, le comprendre ?

Je reste convaincu que, sous votre égide, et avec le double accord de MM. Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, il sera possible de surmonter cette crise qui, depuis vingt ans maintenant, ravage et dévaste la Côte d'Ivoire. Sans doute d'autres personnalités pourraient-elles vous aider à accomplir cette démarche. Ce cadre nouveau de concertation, qui s'appuiera uniquement sur des Ivoiriens, sans refuser le concours des amis, pourrait être le laboratoire tant attendu pour la recherche de solutions idoines. Le « dialogue interne » est aux antipodes des démarches antérieures.

Une poignée d'hommes de foi bonne peut déplacer les montagnes ! Puisse le Ciel vous aider à accepter ce qui est ici proposé.

Restant à votre disposition,


Je vous prie de croire, Monsieur le Président, en l'expression de ma très haute considération.


Dr Pierre Franklin Tavares

Mobile : +336-87-34-21-22

Courriel : tavarespf@hotmail.com