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samedi, 24 novembre 2012

UMP, PARTI DE SARKOZY: OR DONC LE RECOMPTAGE DES VOIX N'EST PAS UNE INJUSTICE?

 

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Surprise du côté de la France! Que se passe-t-il dans ce pays? Non, rien d’important. Seulement que depuis le 18 novembre 2012, une banale élection à la direction de l’UMP, parti dit éminemment démocratique de l’ex-Président français, le tonitruant redresseur d’autres démocraties dans le Monde, le sieur Sarkozy, s’est transformée en un conflit postélectoral comme dans la «République bananière de Côte d’Ivoire». 

Cette élection, selon les médias de l’hexagone, instruments ô combien propagandistes au service de ces donneurs de leçons, opposait Jean-François Copé et François Fillon. Deux François pour conquérir le fauteuil présidentiel à la tête de l’UMP. Ces deux personnes qui ont, par leurs nombreuses frasques au côté de Sarkozy et Juppé, déversé leur bile sur l’éminent Président nationaliste Laurent Gbagbo lors de la dernière guerre postélectorale, ne sont pas inconnus des patriotes de ce pays. Ils sont ainsi rattrapés par leurs actes ignobles commis pendant la crise ivoirienne; comme quoi on paye toujours ses méchancetés sur cette terre. 

N’est-ce pas ce parti de la Droite française, avec à sa tête le fantoche ex-Président Sarkozy qui, rejetant de façon irréfléchie et systématique la proposition paisible de recomptage des voix pour résoudre le contentieux électoral ivoirien, s’accordait avec le triplet destructeur Compaoré-Soro-Ouattara pour déclencher une guerre meurtrière jusqu’à renverser le régime de Gbagbo? 

Heureusement que ça n’arrive pas qu’aux autres! Depuis dimanche 18 novembre, cette presse toujours virulente et adepte du mensonge contre les leaders patriotes africains, annonce, à la surprise générale une contestation des résultats nécessitant «l’injuste recomptage des voix». Qui l’eut cru? 

Surtout que Sarkozy et ses hommes de main Choï et Ban ki Moon ont enseigné aux ivoiriens qu’il serait injuste de choisir le recomptage des voix pour régler le contentieux électoral ivoirien. N’est-ce pas cette même solution proposée par Gbagbo qui a valu le courroux de ces politiques français et qui l’ont rejetée au profit du pilonnage par des bombes et des missiles pour massacrer toujours impunément des milliers d’ivoiriens? Ah! Si le ridicule tuait! François Copé et ses militants s’attribuent la victoire et sont prêts à s’imposer par la force. 

Pendant que les deux candidats s’empoignent, la commission chargée de superviser les élections reste muette comme une carpe et laisse le doute et la polémique s’installer. Tel fut aussi le comportement de la commission électorale ivoirienne(CEI); ce qui amena même, Sarkozy, par courrier, à intimer l’ordre à Youssouf Bakayoko (Président de la CEI) de proclamer les résultats tronqués de l’élection présidentielle au QG du candidat Ouattara. 

A La vérité, il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et les français comme tous les européens ne sont pas différents et plus intelligents que les africains. 

Il paraitrait même que l’un des François, le nommé Copé est ami de Sarkozy qui aurait fait pression sur Fillon le vainqueur véritable et ses sympathisants, pour que celui-ci cède le fauteuil au risque de subir comme Gbagbo le courroux de la Licorne, de l’ONUCI, des mercenaires et autres cannibales dozos ainsi que de l’OTAN. 

Pour ceux qui ne le savent pas encore, Copé est l’homme que Sarkozy aurait choisi pour préparer son très prochain retour en politique, quand il aura fini de régler les affaires sales qu’il traine comme des boulets aux pieds. 

Si donc Fillon veut continuer la résistance, ce sera alors les forces spéciales (les GI’s) d’Obama, un autre ami de Sarko et bourreau des africains, aidés des forces hétéroclites (mercenaires et dozos burkinabès, forces de l’OTAN) qui feront allègrement le « job ». 

On ne sera pas surpris de voir descendre d’un gros porteur (avion C130) ces dozos et autres rebelles avec les nombreux gris-gris fixés sur leurs sales accoutrements, et les…. odeurs qui les accompagnent; ces dozos expédiés en France, comme pendant la seconde guerre mondiale pour défendre les maîtres-colons dont les ascendants du couple Sarko-Copé, comme ils l’ont fait en Côte d’Ivoire, pour les intérêts de la grande France déstabilisatrice des régimes des Présidents africains souverainistes. Celle-ci n’oubliera certainement pas de les faire défiler le 14 juillet sur les champs Elysées en l’honneur de Sarkozy et tous ses valets africains. Ainsi se sera-t-on vengé de Gbagbo qui avait refusé de faire participer ses soldats au défilé du cinquantenaire des indépendances africaines à Paris 

Ce sera d’ailleurs une très grande joie pour le Président indéboulonnable, l’homme du rattrapage ethnique de courir au secours de son parrain dont les intérêts sont menacés, en faisant intervenir son armée de fétichistes notoires pour donner la victoire à Copé. 

A toi Fillon qui a vite compris le danger qui te guettait en demeurant dans la contestation car tes adversaires n’ont cure de la vie humaine. Et si tu es malin quittes vite dans ça, définitivement! Tout le monde n’est pas Gbagbo, le vrai patriote qui ne fuit ni les bombes ni les missiles français quand il s’agit de défendre l’intérêt de son pays et son honneur. 

Pourquoi ne ferais tu pas comme l’autre, l’indéboulonnable, qui n’hésite pas à enjamber les murs au moindre bruit d’un pétard mouillé? En tout cas, les jours qui s’annoncent seront décisifs pour toi et tes sympathisants. Attention aux effets néfastes du rattrapage ethnique et de la justice des vainqueurs! 

Ceux qui jusque-là refusent de croire en Dieu, ont ainsi l’occasion de se ressaisir. Après tout le mal que la Droite française a fait à la Côte d’Ivoire, Dieu vient de la confondre. Et cette confusion sera ouverte et totale. Ce qui se passe aujourd’hui à l’UMP aurait pu arriver pendant la dernière élection présidentielle française. 

Mais non! L’Eternel des Armées a voulu faire un petit test sur les auteurs de la crise ivoirienne. C’est pourquoi Sarkozy, le bourreau des Africains est actuellement interpellé par la justice française pour être entendu sur l’affaire Béthencourt pendant que son parti plonge dans un gouffre d’où il ne sortira pas facilement. Ce qui est certain, la déchirure sera grande, et comme disent les anglais, leurs voisins, «wait and see».

Ivoiriens, restez tranquilles, Dieu combat pour vous! Ce n’est qu’une question de temps. Il fera jour bientôt car maintenant ces bourreaux peuvent comprendre que le recomptage n’est pas une injustice. 


NANWOULET G. Simone

mardi, 09 octobre 2012

COTE D’IVOIRE: POURQUOI OUATTARA N’Y ARRIVE PAS


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Le président ivoirien enregistre des réussites sur les plans économique et financier, mais le climat politique reste toujours délétère. Ce qui inquiète les investisseurs. Faute d’une véritable volonté de réconciliation, la Côte d’Ivoire risque de rechuter.

 

«Il n’en fait qu’à sa tête», «Il n’écoute pas ce qu’on lui dit», ces réflexions reviennent de plus en plus souvent dans les couloirs du quai d’Orsay (ministère français des Affaires étrangères) et dans les officines qui travaillent à l’épanouissement des intérêts des multinationales françaises en Côte d’Ivoire.

«Il», c’est Alassane Ouattara, le successeur de Laurent Gbagbo. Après dix-sept mois à la tête de son pays, le président ivoirien a réduit la dette, lancé de grands chantiers, mais il est loin d’avoir pacifié le pays.

Pire, plus le temps passe, plus les antagonismes semblent s’exacerber, plus la Côte d’Ivoire s’enfonce dans une crise politique dont on ne voit pas l’issue, plus les investisseurs doutent de sa capacité à restaurer la sécurité.

Pourtant, Ouattara, qui bénéficie de la confiance de toutes les institutions internationales (FMI, Banque mondiale), dispose de nombreux atouts pour réussir dans sa mission de reconstruction du pays.

Mais, les milliards ne peuvent suffire à guérir les traumatismes, à rebâtir un consensus et une volonté de vivre ensemble. Pour sept raisons.

1— Une justice à géométrie variable

Lors de sa campagne électorale, Alassane Ouattara avait promis la fin de l’impunité. On peut évidemment se féliciter qu’enfin, en Côte d’Ivoire, on inculpe, on juge et on condamne les responsables d’assassinats politiques, comme ceux du colonel Dosso (un proche du nouveau président) ou du général Robert Guéï, mais les investigations de la justice se limitent à traquer les pro-Gbagbo.

Recherche-t-on ceux qui ont abattu Emile Boga Doudou, le ministre de l’Intérieur de Gbagbo, lors du coup d’Etat manqué du 19 septembre 2002, ceux qui ont exécuté plusieurs dizaines de gendarmes «loyalistes», à Bouaké, en octobre 2002, ceux qui ont asphyxié dans des conteneurs plusieurs dizaines de partisans d’Ibrahim Coulibaly, le chef rebelle dissident, en 2004 à Korhogo (nord du pays)?

Selon une commission d’enquête mise en place par le nouveau pouvoir lui-même, les forces armées pro-Ouattara seraient responsables de la mort de 727 personnes lors des violences postélectorales de fin 2010 et 2011. Contre 1.452, attribués aux pro-Gbagbo. Soit 2.179 victimes au total, un bilan nettement sous-estimé.

Cette comptabilité macabre prend-elle aussi en compte les centaines de Guérés (une ethnie de l’Ouest, à la frontière avec le Liberia) exécutés dans l’ouest du pays, en avril 2011 par des milices pro-Ouattara, un massacre dont aucun auteur n’a été arrêté à ce jour?

Pourquoi enfin des ex-ministres de Gbagbo, des responsables du FPI, le parti de l’ancien président, continuent-ils d’être détenus sans jugement, dix-sept mois après leur arrestation?

2— Une base électorale qui s’effrite

Alassane Ouattara a été porté au pouvoir par un scrutin électoral dont la communauté internationale a jugé les résultats «incontestables»: 54,1% contre 46,9% à son adversaire.

Mais, tel qu’il a été proclamé, il ne prend pas en compte les fraudes constatées par de nombreux observateurs en zone ex-rebelle, dans le Nord et le Centre du pays.

Faute d’avoir obtenu un recomptage des bulletins, les partisans de Gbagbo, qui s’estiment floués, refusent aujourd’hui d’admettre leur défaite électorale.

De plus, Ouattara (32,08% au premier tour) a dû sa victoire au soutien de l’ex-président Henri Konan Bédié et du PDCI, l’ex-parti unique.

Une formation aujourd’hui traversée par des courants contradictoires que Bédié s’efforce d’annihiler en restant, à 78 ans, assis sur le couvercle de la marmite.

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3— Des soutiens militaires en grande partie acquis à Soro

L’ossature des FRCI (Forces Républicaines de Côte d’Ivoire) est constituée de com-zones, ces chefs militaires de l’ex-rébellion qui se sont partagés le pays et les quartiers d’Abidjan.

Pendant huit ans, ils ont tenu le Nord du pays sous les ordres de leur chef politique Guillaume Soro, désormais président de l’Assemblée nationale.

Ce sont eux qui, en avril 2011, ont marché sur Abidjan pour déloger Gbagbo avec l’aide des dozos, ces chasseurs traditionnels venus du Nord et de pays voisins, et de soldats étrangers, en majorité burkinabè.

Ils ont conquis la capitale ivoirienne grâce aux bombardements des hélicoptères français et de l’ONU,  et au renfort décisif dans la matinée du 11 avril 2011 des blindés français.

Depuis son entrée en fonction, le président ivoirien, qui a pris les fonctions de ministre de la Défense, s’est efforcé, sans grand succès, de réduire leur pouvoir. Et de les contrôler en les propulsant à des postes de chefs dans la nouvelle armée ou même en leur donnant des casquettes de préfets.

Mais, c’est Soro qui reste le patron effectif de la plupart d’entre eux. Et donc, maître du jeu.

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4— L’ombre de Gbagbo

Eloigné à La Haye, où il est détenu depuis le 29 novembre 2011, l’ex-président continue de hanter la politique ivoirienne.

Ses partisans exigent toujours sa libération comme préalable à une éventuelle réconciliation. La Cour Pénale Internationale n’a toujours pas organisé l’audience de confirmation des charges.

Elle tergiverse, en attendant que des pro-Ouattara, responsables de massacres, lui soient livrés. Ce qui l’absoudrait d’une accusation de partialité et de pratiquer, elle aussi, la «justice des vainqueurs».

Comme Ouattara fait la sourde oreille aux demandes de la CPI, on ne voit pas comment Gbagbo pourrait s’asseoir seul au banc des accusés. Et l’ex-président a été tellement diabolisé, notamment dans les médias français, qu’il paraît difficile à la CPI de le remettre en liberté sans autre forme de procès et sans perdre la face.

5— La menace d’une crise sociale

Même s’il n’a pas réussi à collecter auprès des bailleurs de fonds internationaux tous les milliards promis lors de sa campagne électorale, Alassane Ouattara, qui ne cesse de parcourir le monde, est parvenu à renflouer les caisses exsangues de son pays. C’est même ce qu’il fait de mieux.

Les routes défoncées sont réparées, l’université, qui était devenue une jungle, est rénovée, de grands chantiers sont lancés. On nettoie les rues des ordures qui les encombraient sous Gbagbo. On débarrasse les trottoirs des baraques de commerçants dioulas installés là sans autorisation. Bref, c’est le grand ménage et la Côte d’Ivoire est de retour.

Mais, derrière les apparences, l’extrême pauvreté gagne du terrain. Les prix de denrées de base comme le riz, flambent. A cause d’une inflation mondiale mais aussi de circuits de production ou de distribution défectueux ou corrompus.

De nombreux miliciens pro-Ouattara ne sont toujours pas désarmés. Les braquages et l’insécurité empêchent l’activité économique de décoller. Les jeunes sont sans travail.

Un contexte social qui pourrait rapidement devenir explosif. Ouattara saura-t-il alors trouver les mots et les actes pour le désamorcer?

6— La réconciliation en panne

La crise postélectorale a gravement traumatisé les Ivoiriens qui n’avaient jamais vraiment connu la guerre.

L’irruption de combattants étrangers (français, ouest-africains, dozos) dans le conflit a profondément déséquilibré une communauté d’une soixantaine d’ethnies qui avaient réussi à trouver un modus vivendi, malgré des tensions croissantes depuis les années 90.

Le traumatisme est sans doute aussi profond que celui provoqué par la conquête coloniale et il faudra des années pour le guérir.

Pour remettre le pays en route, il était urgent d’engager de fortes actions de réconciliation comme l’Afrique du Sud en a connu à la fin de l’apartheid (Nelson Mandela a été élu en 1994). Mais Ouattara n’est pas Mandela.

Au lieu de tendre la main aux vaincus, il s’est crispé dans une vindicte judiciaire souvent nécessaire, mais toujours partisane.

Les pro-Gbagbo sont sommés de demander pardon, de faire amende honorable comme si c’était une faute inexpiable d’avoir soutenu le président déchu.

Résultat, des dizaines de milliers d’entre eux sont toujours en exil et refusent de rentrer au pays. Et certains, parmi les plus radicaux, mènent des actions de guérilla avec, semble-t-il, le renfort de partisans d’Ibrahim Coulibaly.

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7— Un Etat de droit un peu tordu

Les FRCI, qui ont beaucoup rançonné les pro-Gbagbo, sont perçus comme une force partisane, à l’unique solde du pouvoir en place.

La corruption continue à régner. Des chefs militaires se promènent au volant de véhicules de type Hummer.

L’instauration d’un véritable Etat de droit apparaît bien lointaine, même si Ouattara ne cesse de mettre en garde ses ministres contre des actes de prédation et de prévarication.

Or, le nouveau président a installé à certains postes clés des hommes, certes d’une fidélité irréprochable, mais d’une moralité parfois douteuse.

Beaucoup de partisans de Gbagbo rasent les murs dans leur propre pays, se gardant de s’exprimer publiquement.

Des journaux d’opposition sont régulièrement suspendus et des artistes interdits d’antenne à la RTI (Radio-Télévision ivoirienne).

Deux des principaux chefs du FPI (Front Populaire Ivoirien) sont détenu à la Maca, la maison d’arrêt d’Abidjan.

Pourtant, pour sortir de la lourde crise politico-militaire qu’elle vient de vivre, la Côte d’Ivoire a besoin de la mobilisation de toutes ses énergies.


Philippe Duval


Source: SLATE AFRIQUE.COM

jeudi, 24 février 2011

HENRI KONAN BEDIE ET LE «PARADOXE DE CONDORCET»

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Dr Pierre Franklin Tavares, l'homme de lettres cap-verdien (ci-contre) ne démord pas, dans cette réponse qu'il vient de rédiger à un vieil ami: Henri Konan Bédié est et demeure la clé pour sortir de la crise ivoirienne. Même si nous ne partageons pas toutes ses thèses, il est tout de même intéressant de le lire. Au nom de la diversité d'opinion. Et surtout, au nom de la recherche de solutions de sortie de crise pour notre pays. Dussent-elles rester lettres mortes. Bonne lecture à tous!


HENRI KONAN BÉDIÉ ET LE « PARADOXE DE CONDORCET »[1]

Bien cher Jean-Paul,

Te lire me ravira toujours. Merci, pour ton approche profonde, comme toujours. Cependant, elle me semble reposer sur quelques malentendus que je voudrais lever. D'abord, à propos du sous-titre de ma Lettre ouverte à Henri Konan Bédié : Considérations radicales. Tu objectes que, parce que « radicales », elles auraient dû me conduire non pas à un appel vers Bédié, mais à tout autre chose que tu ne précises pas. Cependant, entendons-nous sur les mots. En effet, est « radical », en son sens et sa signification propres, ce qui touche ou appartient à la racine d'une chose ou d'un phénomène, que celui-ci soit botanique, linguistique, politique ou autre. Radical, nous le devons à radicalis, radix : racine. Par conséquent, est donc radical, ce qui précisément indique un retour vers la racine. C'est ainsi qu'il faut entendre mes considérations, et non pas autrement. Elles sont un ensemble de propos et de réflexions qui, par questions successives, mènent à l'ouvert de la racine. Selon elles, vers quelle racine les Ivoiriens devraient-ils revenir, encore qu'ils puissent librement la refuser et emprunter d'autres voies, y compris celles qui les éloigneraient de la racine ? La racine, c'est, et depuis le début, l'Institution présidentielle, à la fois objet et enjeu de tous les conflits. Elle est « cause » et « en cause ». Car la Présidence de la République, dont les prérogatives essentielles sont fixées par la Constitution[2], a réduit et écrasé toute la vie publique ivoirienne. Elle est devenue le point de contraction ultime de la vie du pays-État et un obstacle pour la construction de la nation. C'est que la figure et la gestion du père, Félix Houphouët-Boigny, pour lequel cette Institution a été conçue et modelée, est devenu obsolète. Si les Ivoiriens n'y prennent garde, bientôt elle ne sera plus qu'un paillasson sur lequel chaque candidat devra essuyer ses chaussures pour gouverner. C'est le risque le plus grand que pose cette chute de l'Institution centrale qui domine encore plus profondément la conscience et la vie publique qu'on ne le croit. La classe politique est entièrement déterminée par cette Institution, - comme si n'étaient hors d'elle nulles réalité et existence politiques. Il faut sortir de l'expérience quasi « traumatique » de cette Institution qui est « hantée » par son auteur et son constructeur (H. Arendt). Cette Institution concentre et dénature le pouvoir en un pouvoir quasi absolu (prestige, protocole, signature, dévolution des marchés, richesse, etc.) et procure trop d'ivresse, en faisant croire à tous que le pouvoir n'est qu'en elle. La vie démocratique, elle, dans son surgissement premier, posa la question que le roi Pelasgos adressa à son peuple, et qui consistait pour lui à chercher « une pensée profonde qui nous sauve »[3]. Il s'agissait, pour la cité grecque d'Argos, de savoir si elle devait accorder ou refuser le droit d'asile et le devoir d'hospitalité aux Danaïdes, en vertu d'un antique lien de parenté. Accepter, c'était satisfaire aux obligations de l'asile et de l'hospitalité mais, du même coup, endurer une guerre contre ceux qui les poursuivaient, leurs cousins, les fils d'Égyptos. Refuser, c'était faillir au premier des devoirs. Aussi Pelasgos, ne daignant pas trancher seul, convoqua-t-il le peuple pour rechercher « une pensée profonde qui [...] sauve ».

Ce fut le premier partage décisif du pouvoir qui plaça le peuple au centre du jeu politique, comme décideur. Et le peuple, dans une approbation directe, trancha pour l'accueil. Il est significatif que la démo-cratie soit née de la question du droit d'asile (droit des gens) et surtout par l'acception d'un roi de partager le pouvoir. Sur la suggestion de Jéthro (Réuel), son beau-père, Moïse fit en son temps le partage des pouvoirs[4]. Le partage du pouvoir en pouvoirs distincts est consubstantiel à la démocratie. Partager, ce n'est pas réduire mais augmenter. Comme le partage du pain accroît, dans le Souvenir répété du rompt frumentaire, la communauté religieuse à laquelle tu appartiens. La force du partage est incommensurable, lorsqu'elle habite les Institutions, la société civile et les familles. En termes matérialistes, on dirait division du travail. Le partage précède et est au cœur du droit. C'est pourquoi je garde au fond de moi, toujours, comme un repère, les paroles mémorables d'Andromaque :

Voici la règle que je loue et que je me prescris :

Ni dans ma cité ni dans mon ménage,

Nul pouvoir où ne soit le droit[5].

Dans la cité, comme dans la famille, et plus encore au niveau de l'État, le partage en général et le partage des pouvoirs en particulier sont la règle fondatrice. Partager, c'est donc postuler (admettre comme légitime) que l'autre est un semblable et un égal à soi. C'est pourquoi Montesquieu dit, dans L'esprit des lois, que le principe qui fonde et constitue la République est l'égalité : Lorsque que cesse la vertu [l'égalité], la République est une dépouille. Ainsi, la culture démocratique, qui organise la vie de la République, est la capacité continue d'accepter de voir en l'autre un même que soi, au moins en droit. La chose, il est vrai, n'est pas facile. Aussi, la démo-cratie n'a-t-elle rien de naturel. Elle est une conquête sur soi à inscrire dans les Institutions, et dont le patrimoine ne peut faire l'objet d'une hypothèque, sous peine de la transformer en débris. En effet, nul système démocratique, aucun régime démocratique n'est viable sans culture démocratique, qui repose sur un labeur quotidien. C'est pourquoi je m'inscrirai toujours dans la filiation de Clisthène. Seuls les tyrans n'entendent rien à ce qui est dit ici. Mais Jean-Paul, après cette courte digression, revenons à ce constat : est-ce vraiment un hasard si les pays africains les plus stables et les moins corrompus sont précisément ceux où le pouvoir est équilibré, réparti, partagé ? Et les présidents de ces pays sont-ils moins président que Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié ou Alassane Ouattara ?  Le vent des Jasmins se lève, c'est d'entre tous mon préféré[6]. C'est pourquoi, à moins d'une terrible méprise, il ne faut pas ramener la crise ivoirienne à un conflit de personnes. Ce serait commettre une bien lourde erreur d'analyse et de connaissance. Par exemple, l'idée qui consiste à dire que, pour « sortir » de la crise, il faudrait simplement écarter Laurent Gbagbo, Henri Konan Bédié ou Alassane Ouattara  ne changera rien à la difficulté ni aux dérives qui sont d'ordre structurel. Le général Robert Guéi a été ivre, dès qu'il s'y est installé. Quiconque s'y installe peut le devenir, à moins d'une grande force d'humilité. En somme, si nous considérons la crise dans sa double face, il faudra réaménager son côté objectif (institutionnel, structurel) qui, par suite, amoindrira le côté subjectif, la place des élus (individualités, protagonistes, conjoncturel). Écarter ou supprimer le côté subjectif, autrement dit les hommes, c'est laisser l'essentiel  subsister. Ce n'est pas déraciner. Il n'y aurait donc là rien de bien radical. La racine, Jean-Paul, c'est l'institution présidentielle, pas les hommes. Au reste, l'Institution présidentielle a elle-même déjà été considérablement affaiblie, par un processus dont j'ai rappelé les grandes phases[7]. À présent, en proie à une schizophrénie, l'Institution présidentielle ivoirienne s'est dédoublée. Elle est, de fait, affaiblie. Il ne s'agit que de dire en droit ce qui est de fait. La réforme, par elle-même, n'est donc pas difficile. À moins de turbulence idéologique testamentaire ou coranique ! Ainsi, le « geste de dévoilement tranchant, attendu », que tu attendais, parce qu'annoncé par le sous-titre de ma Lettre ouverte à Henri Konan Bédié, et inscrites dans mes réflexions sur la Constitution ivoirienne, ne peut pas être un tumulte, mais bien et simplement un apaisement, avec ceux qui peuvent faire la paix. Au total, mes considérations sont radicales, dans la mesure où elles exposent et proposent de réformer la Présidence de la République qui, dois-je le rappeler, n'est au fond qu'une partie de la Constitution. Gardons bien à l'esprit la vérité suivante : ce n'est pas la Présidence de la République qui fait la Constitution. Tout au contraire, c'est la Constitution qui fait et établit la Présidence de la République. Tu le concevras donc aisément, la double réforme proposée constitue la rupture la plus forte qu'il puisse y avoir, la plus radicale donc dans la vie publique ivoirienne, depuis la formation du pays-État, en 1958, et la proclamation de sa souveraineté le 7 août 1960. Cette double tâche réalisée, la crise diminuera en intensité et les mœurs politiques s'ajusteront. L'organisation et le déroulement des élections présidentielles deviendraient moins dramatiques ou pas du tout. On peut ne pas vouloir voir. Mais comment ne pas voir que la crise postélectorale n'est qu'une des variations - et sans doute pas la dernière - de la crise de la Présidence ivoirienne ? Sinon, comment comprendre que les fautes de la Commission Électorale Indépendante se soient transformées en erreurs de l'Onuci et que celles-ci aient muté en méprise du Conseil Constitutionnel ?[8] Le coup d'État de décembre 1999, les élections « calamiteuses » de 2000, le coup de force de 2002, les événements de 2004, etc. tout cela pour une présidence, une présidence au pouvoir absolu ! Il est fini, pour longtemps, le temps des hyper-présidents. En France, on voit vers quelle difficulté la présidence forte à conduit le pays. Jean-Paul, soyons, comme le réclame Hegel, les fils de notre époque.

Sur la base de l'ensemble des considérations précédentes, il appert que la philosophie, parce qu'elle modère, pondère, dans l'exercice d'une attention volontaire, vise à la racine des choses. La philosophie est un exercice radical de radicalité, qu'il ne faut pas confondre avec de l'agitation. La sagesse, en tant qu'elle est le πέρας [le péras, le limité, le fini], écrit Hegel, est la véritable cause d'où peut naître l'excellent[9]. La sagesse, qui vise à faire « naître l'excellent », suggère donc la double réforme indiquée plus haut.

Passons à présent au deuxième point que tu évoques : la célèbre théorie de Clausewitz. Mais tu sais, plus d'un en parlent mais n'ont pas lu son ouvrage intitulé De la guerre. Aujourd'hui, il est de bonne guerre, en raison des événements du monde, de citer Carl  von Clausewitz. Mais, l'avoir lu conduit à être aussi nuancé que lui dans son analyse de la guerre. Récemment, j'ai eu un instructif et bel échange épistolaire avec un chef d'État sur cet auteur. Je propose que nous amorcions un débat autour de son œuvre, relativement à l'impossible guerre d'Abidjan. Il t'appartient d'en fixer la problématique.

Pour terminer à regret cette correspondance, je voudrais revenir sur Henri Konan Bédié.  Contrairement à toi et à bien d'autres, je ne crois pas qu'il soit, au plan politique, un homme terminé, ou « largué » voire « excédentaire », selon tes mots. Un correspondant anonyme m'a fait un courriel qu'il conclut par la formule suivante : Mais Bédié tout de même ! Une parole d'André Gide dit que l'on ne fait pas de littérature avec de bons sentiments. Mais, ajouterais-je, encore moins avec de mauvais sentiments. C'est une recommandation philosophique voire une précaution cognitive que de ne pas prendre appui sur les sentiments, c'est-à-dire la conscience commune. J'y obéis volontiers. Sans état d'âme, je prends acte du rapport de forces politiques issu des dernières présidentielles : Henri Konan Bédié est l'une des clés, une des clés, dis-je. Que coûte-t-il à la Côte d'Ivoire de faire tourner cette clé dans la serrure, la crise, pour voir si elle fonctionne ou pas, si elle est bonne ou non ? Les Ivoiriens ont tout essayé. Ils ont fait appel à tous les génies de la terre, sans qu'aucun de ces hommes n'ait pu résoudre la crise. Et si la solution n'était qu'à portée de main, proche, et non pas ailleurs, au loin ? Observons Bédié ! Il est la caution morale et l'apporteur de suffrages qui accorde toute légitimité à Alassane Ouattara. Ce dernier l'a bien mieux compris que Laurent Gbagbo. C'est pourquoi, il en a fait son « Nyerere », là où les frontistes, par un excès d'optimisme et justement parce qu'ils croyaient et continuent de croire Henri Konan Bédié « usé », l'ont traité en vieux « chien crevé », pour reprendre un mot d'Engels. En tous les cas, pour qui sait ce qu'est le « paradoxe de Condorcet », Bédié est la clé. Au plan politique et dans le contexte actuel, il est, de facto, qualitativement plus fort qu'Alassane Ouattara et, par conséquent, quantitativement, plus fort que Laurent Gbagbo. Il est la pierre de touche de la crise institutionnelle. S'il le veut, en un mot, que dis-je, en un discours mémorable il changera la face de la crise actuelle. Ce serait son immense mérite. Si j'avais été le conseiller d'un chef d'État impliqué dans la résolution de cette crise, bien avant Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara, j'eus d'abord consulté Henri Konan Bédié. C'est pourquoi, non par sympathie mais selon une analyse rationnelle fondée sur le « paradoxe de Condorcet », je ne crois pas à une autre solution qu'un « dialogue interne ». Moins coûteux. Plus facile. Sans doute plus  productif. Tous les autres « médicaments » ont montré leur amertume certes, mais aucun d'eux ne contenait de « principe actif ». Il faut recentrer le débat entre Ivoiriens, et au premier chef entre les principaux protagonistes, ceux-là mêmes qui font et portent l'agon, la lutte. En tous les cas, l'histoire seule nous dira où étaient le vrai et la vérité.


Jean-Paul, vois-tu et entends-moi bien, Henri Konan Bédié est l'applicateur du « paradoxe de Condorcet »[10]. En cela, il est et demeure la clé.


En retour de tes salutations, Elvire te transmets ses amitiés.


Dans l'attente patiente de te lire, avec l'intérêt que je porte à tes réflexions, dis mes amitiés à la famille.


Épinay, le 21 février 2011


Dr Pierre Franklin Tavares

Mobile : +336-87-34-21-22




[1] Nicolas de Condorcet, Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix, Imprimerie royale, Paris, 1775.  Pour l'explication, se reporter à la dernière note de cette lettre.

[2] Constitution ivoirienne : Titre III, du Président et du Gouvernement, articles 34 à 57.

[3] Eschyle, Les Suppliantes, in Tragédies, Les Belles Lettres, Paris, 1921 et 1923, folio classique, Gallimard, Paris, 1982 pour la préface, p. 73.

[4] Exode, 18, 13 - 27.

[5] Euripide, Andromaque, in Tragédies complètes I, édition et notes de Marie Delcourt-Curvers, Gallimard, folio classique, Paris, 1962, p. 376.

[6] La Révolution tunisienne de Jasmin, qui balaie toute la bande géographique arabo-musulmane.

[7] P. F. Tavares, La guerre d'Abidjan n'aura pas lieu, Paris, février 2011.

[8] P. F. Tavares, Ibid.

[9] Hegel, Platon, t. 3, La philosophie grecque, Leçons sur l'histoire de la philosophie, Vrin, Paris, 1972, p. 447.

[10] Le « paradoxe de Condorcet » : lors d'un vote avec trois candidats, les électeurs peuvent préférer le premier au second, le second au troisième, mais le second au premier. C'est l'énigme ou l'équation qui définit tout corps électoral et que la candidat Henri Konan Bédié a mis en application.