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lundi, 09 janvier 2012

DECOUVERTE PRESUMEE DES OSSEMENTS DE KIEFFER: LE GROSSIER MONTAGE DU REGIME OUATTARA ET DE LA FRANCE

 

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Où va-t-on dans l’affaire Kieffer ? Depuis 7 ans, le juge français Patrick Ramaël court et se laisse mener en bateau. Le dernier rebondissement dans cette affaire politico-mafieuse, c’est l’annonce de la découverte «spectaculaire» des restes du journaliste franco-canadien, Guy André Kieffer, à Issia, à 400 km d’Abidjan, au centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Après avoir, depuis 2004, bêché les terres de la forêt et les sites aux alentours d’Abidjan, un mystérieux témoin, sorti une fois encore d’on ne sait où, a filé la piste d’un campement baoulé de Yaokro, dans la sous-préfecture de Saïoua, dans le département d’Issia. C’est là, dans la broussaille, que, selon le juge Patrick Ramaël, le squelette de Kieffer a été découvert.

Sauf que, dans cette affaire, l’opération s’est faite selon une procédure aux antipodes des règles administratives traditionnelles en vigueur. En effet, l’opération d’exhumation des restes de Kieffer a été menée en catimini. Selon nos informations, le juge français a été accompagné à Yaokro par un détachement de soldats de l’Onuci et des Frci. L’exhumation a été faite par les jeunes du village avec qui les soldats de l’Onuci ont, auparavant, pris part à un match de football. De bonnes sources, ni le maire de Saïoua, ni le sous-préfet de Saïoua, dont dépend Yaokro, ni le préfet du département d’Issia, ni le préfet de l’ex-région du Haut Sassandra installé à Daloa, ni le procureur du tribunal de Daloa, qui a autorité sur Issia, ni la gendarmerie n’ont été associés à cette opération d’exhumation. Ce qui montre son caractère mafieux. Pourquoi les représentants légaux de l’Etat de Côte d’Ivoire, dans cette partie de la Côte d’Ivoire, n’ont pas été associés à l’opération ? L’exhumation devait, à tout le moins, se faire en leur présence, vu l’intérêt médiatique et politique que Paris et Ouattara donnent à cette affaire. Pour n’avoir pas observé cette démarche administrative, l’on est en droit de douter de la véracité de cette découverte.

Les restes de Kieffer ont-ils été déportés ?

Oui, on peut le dire sans risque de se tromper qu’il y a un gros doute sur cette découverte. Pourquoi ? Notre confrère Le Nouveau Courrier, dans sa parution de samedi, a rendu publics les propos de Bernard Kieffer, le frère de Guy-André. Celui-ci a affirmé que c’est «sur la foi d’informations qu’il a obtenues voilà quelque temps» que le juge français s’est rendu à Saïoua. Toujours selon Bernard Kieffer, «le juge n’avait pu aller vérifier le témoignage sur l’emplacement du squelette, car c’était en pleine zone contrôlée par le camp Gbagbo».

La première information qu’on peut tirer de cette affirmation du frère de Kieffer pour justifier - maladroitement du reste - la découverte d’Issia, est que le juge Ramaël disposait de cette information depuis longtemps, du temps de la présidence du président Laurent Gbagbo.

La deuxième information est que le juge français aurait refusé de s’y rendre parce que la zone d’Issia se trouve dans une zone contrôlée par le camp Gbagbo. L’analyse à faire, à ce niveau, c’est que le juge Ramaël a de tout temps collaboré avec les autorités de la Côte d’Ivoire de l’époque. Le procureur de la République d’alors, Tchimou Raymond, a été toujours à sa disposition. L’homme de loi avait même, à sa demande, pu interroger le ministre d’Etat, ministre du Plan et du Développement du gouvernement Gbagbo, Paul Antoine Bohoun Bouabré, Simone Gbagbo, l’épouse du chef de l’Etat, des militaires et gendarmes cités dans l’affaire, des proches conseillers de Laurent Gbagbo dont Bertin Kadet, mais aussi Michel Légré, ami et confident de Guy-André. Le juge Ramaël et son équipe ont eu à effectuer ici à Abidjan, des fouilles dans la forêt du Banco, sur l’autoroute du Nord et dans bien d’autres endroits du Sud, fief de Laurent Gbagbo. Ils n’ont jamais été inquiétés. Pourquoi Ramaël n’a pas demandé aux autorités la permission de se rendre à Issia ? Si un refus lui était opposé, l’armée française est bien présente sur le territoire ivoirien. L’Onuci aussi. Tout ce monde aurait pu l’accompagner là où il voulait pour la manifestation de la vérité. Mais, il a préféré se taire alors qu’il possédait cette information capitale. C’est tout simplement suspect. Et cela sent la manipulation politique.

Cela va faire bientôt 9 mois que Ouattara est parvenu au pouvoir. Le juge Ramaël était pourtant à Abidjan en novembre dernier. C'est-à-dire 8 mois après l’arrivée d’un régime favorable à Paris. Pour autant, il ne s’est pas rendu à Issia alors qu’il disposait déjà de cette information, selon le frère de la victime. Il a fallu son dernier voyage à Abidjan où il a été accueilli par un témoignage rapporté par un confrère et accablant un proche de Ouattara, pour sortir subitement, avec fracas, la piste «gagnante» d’Issia. Tout ça renforce le doute et le sentiment de manipulation politique.

Campagne médiatique contre test génétique

Ce sentiment de manipulation est d’autant plus probant que la campagne médiatique qui a été orchestrée autour de cette découverte de squelette présenté comme celui de Guy-André Kieffer est spectaculaire. En effet, dès l’annonce de cette découverte par les services de Patrick Ramaël, la presse française fait défiler d’abord des bandes déroulantes pour donner l’information. Ensuite, des plateaux sont vite organisés pour confirmer l’information.

Selon des informations, une équipe de la presse internationale a même été convoyée, vendredi en début de soirée, pour accueillir, au niveau du corridor de Gesco, la délégation du juge Ramaël avec le supposé squelette de Kieffer. Au même moment, le même juge fait circuler l’information selon laquelle un test génétique sera fait dans la célérité pour dire si c’est vraiment Kieffer ou pas. Alors question : pourquoi faire tant de bruit si on n’est pas sûr que c’est le squelette de Kieffer ? Selon un observateur, s’ils font tant de bruit, c’est parce qu’ils sont convaincus que c’est le squelette de Kieffer. Dans ce cas, toujours selon notre observateur, ils ont transporté le squelette d’Abidjan à Issia pour accuser le ministre Bohoun Bouabré et attester que c’est le camp Gbagbo qui a tué le journaliste. Autre question : le ministre Bohoun est-il devenu subitement «bête, écervelé» pour oser tuer quelqu’un à Abidjan, transporter son corps dans sa région d’origine et le faire enterrer à quelques encablures de son village? Tout cela sent un grossier montage de Paris et du pouvoir d’Abidjan.



Coulibaly Zié Oumar


Source: NOTRE VOIE

SQUELETTE SUPPOSE DE KIEFFER: LES ZONES D'OMBRE D'UNE ETRANGE «DECOUVERTE»


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En début d’après midi d’hier, les médias occidentaux principalement reprenaient en boucle une information selon laquelle le squelette du journaliste Guy-André Kieffer aurait été retrouvé. Là où les choses semblent intriguer, c’est le lieu où ces restes ont pu être découverts. Un autre scénario «parisien» de l’affaire Guy-André Kieffer ! Hier, les chaines françaises d’informations passaient en boucle l’information au sujet d’un squelette découvert à Issia et qui se trouverait être celui du journaliste franco-canadien. Si l’annonce de la probable découverte (puisque non encore confirmée par des analyses ADN) du squelette du franco-canadien demeure une avancée spectaculaire dans le dossier, cette découverte présente néanmoins des zones d’ombre qui suscitent plusieurs interrogations. Jusqu’à présent, rien, absolument rien, ne semblait guider le juge Ramaël vers une piste liée à Issia, une ville située à près de 400 kilomètres d’Abidjan. C’est dans cette localité que curieusement les restes de Kieffer auraient été découverts comme par enchantement. Et coïncidence pour coïncidence, Issia est la localité d’origine du ministre Paul-Antoine Bohoun Bouabré dont le nom a longtemps été cité par les médias français dans la short-list des «coupables idéaux» dans l’enlèvement du journaliste franco-canadien.

Il reste que l’affaire Guy-André Kieffer rebondit spectaculairement après l’entrée en scène d’un ex-rebelle qui s’est présenté comme l’un des coauteurs du crime, perpétré selon ses dires «sur commande» d’un homme du clan Ouattara, en première ligne dans la filière cacao. Un des objectifs est d’incriminer le camp Gbagbo. Dans un témoignage diffusé par Le Nouveau Courrier, cet informateur que nous avons surnommé «Gorge profonde» donnait des détails trop troublants pour être rejetés du revers de la main. Notre rédaction n’a pas été sa première confidente. Avant de nous parler, «Gorge profonde» s’est d’abord confié à un homme politique ivoirien de premier plan dont nous taisons pour l’instant l’identité. Ce dernier l’a, selon ses dires, alors dirigé vers un professionnel français du renseignement : Jean-Yves Garnault. Cet homme au profil trouble, manifestement lié aux services secrets français, exécutant des missions de l’ombre de la Mitterrandie à la fin des années 1990 en France, a travaillé pour le président Gbagbo, notamment dans le domaine délicat des écoutes téléphoniques. Très vite soupçonné de déloyauté, il a été progressivement écarté après le début de la guerre le 19 septembre 2002, mais a réussi à garder son bureau à l’immeuble MUPOSTEL, où il jouait les électrons libres – alimentant notamment Guy-André Kieffer et un certain nombre de journalistes de la presse internationale en «informations» hostiles à son patron officiel. Rallié officiellement à Ouattara durant la guerre post-électorale, il est dans le sillage du nouveau pouvoir, et plus que jamais au service de la France officielle.

Tout sur le rôle de l’étrange Jean-Yves Garnault, figure française du renseignement à Abidjan

C’est Jean-Yves Garnault qui recueille le témoignage de «Gorge profonde», le met en relation avec les services du juge Patrick Ramaël et recueille ce que l’ex-rebelle présente comme des affaires arrachées à Guy-André Kieffer avant sa mort, 72 heures avant l’arrivée à Abidjan de Patrick Ramaël, et qui pourraient servir à confirmer le sérieux de ses propos. Contacté par Le Nouveau Courrier à travers le numéro de téléphone fourni par… «Gorge profonde», Jean-Yves Garnault affirme d’emblée ne rien savoir de l’affaire. Par la suite, il nous rappelle pour savoir jusqu’à quel point nous sommes informés. Le lendemain de la parution de notre premier article, il nous appelle pour confirmer qu’il a été en contact avec «Gorge profonde», qu’il a effectivement recueilli son témoignage et des effets présentés comme ceux de Kieffer. Mais il affirme avoir été «peut-être manipulé», allant jusqu’à nous accuser d’être à l’origine de cette manipulation, vu notre «bord». Puis il nous suggère d’écrire que lui et nous avons été manipulés, et nous dit que «là haut», on pourrait beaucoup nous en vouloir, et que notre démarche est dangereuse. Si ce n’est qu’une intox de bas étage dont il s’agit, qui pourrait donc nous en vouloir ?

Le fait est que «Gorge profonde» nous a informés, avant que les médias n’en parlent, de la venue «prochaine» de Patrick Ramaël à Abidjan, de ses différents rendez-vous. Il nous a aussi donné le numéro de téléphone ivoirien du juge français, grâce auquel nous l’avons contacté. Très vite, le Ramaël nous a demandé de le rappeler… ce que nous avons essayé de faire sans succès par la suite. Le fait est aussi que «Gorge profonde» était en train de négocier des «garanties» avec le magistrat français, quand il a reçu, selon son témoignage, des menaces très claires d’une des figures centrales de l’ex-rébellion, informé de ses contacts avec Jean-Yves Garnault et les services du magistrat français. Depuis, il est injoignable. Et un tout autre épisode de l’affaire Kieffer est en train de se jouer. Comme par hasard, la dépouille du journaliste franco-canadien, qu’il disait être capable de localiser, aurait été retrouvée, mais à plusieurs centaines de kilomètres de la zone qu’il a indiquée. Comme s’il fallait absolument brouiller les pistes…

Le témoignage ambigu du frère de Guy-André Kieffer

Quel est l’élément qui a précipité l’arrivée du juge Ramaël à Abidjan ? Pourquoi «Gorge profonde» en savait-il autant ? Que sont devenus les effets attribués à Kieffer qu’il a donnés à Jean-Yves Garnault ? Des questions sans réponses. Le témoignage de Bernard Kieffer, frère du journaliste, en rajoute à la confusion. Le juge Ramaël aurait entrepris ses fouilles «sur la foi d’informations qu’il a obtenues voilà quelque temps». Alors que le président Gbagbo était au pouvoir. A l’époque, "le juge n'avait pu aller vérifier le témoignage (sur l'emplacement du squelette) car c'était en pleine zone contrôlée par le camp Gbagbo", a affirmé Bernard Kieffer. Pourquoi avoir attendu huit longs mois pour aller vérifier des informations disponibles depuis bien longtemps ? Pourquoi, lors de son séjour ivoirien de novembre dernier, Kieffer n’a pas effectué de fouilles à Issia puisqu’il avait déjà les informations qu’il a au final utilisées ? «Il semblerait que la personne qui a informé le juge a vu le corps au moment où il a été enterré à cet endroit-là. C'était un Blanc, il ne savait pas qui c'était. Mais il l'a reconnu quelques jours après, quand il a vu les photos de mon frère dans la presse», ajoute Bernard Kieffer. Qui, en dehors d’une des personnes impliquées, peut donc voir précisément le corps d’une personne enterrée en catimini dans une zone rurale, bien loin – en principe – du tout-venant ? Le fameux informateur du juge a-t-il été mis en examen ? Mystère. Il faut croire qu’en dehors d’une dépouille dont l’identité n’a pas été confirmée par un test ADN, on n’en saura pas plus sur cette sombre affaire où de nombreuses fausses pistes toujours très médiatiques ont déjà été agitées… par le juge Ramaël.


Gérard Koné


Source: LE NOUVEAU COURRIER