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lundi, 30 novembre 2009

ADAMA DAHICO... ET L'ÉTAT COMIQUE

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Virginie Kamarah, une amie de la région parisienne, m'a expédié ce brillant texte, fruit de sa réflexion sur la candidature de Monsieur Dolo Adama (il faudra désormais l'appeler ainsi), alias Adama Dahico, à la prochaine élection présidentielle ivoirienne. Elle a vivement souhaité partager son opinion (sur fond de déception) avec tous mes lecteurs que vous etes. Une analyse qui en vaut bien le détour! Bonne lecture à tous!

Virginie Kamarah: "Personnellement, je prenais l'affaire pour une grosse blague à la coluche! Et puis, le sieur Dolo Adama de sobriquet « Dahico » ou « Adama l'ivrogne » nous a accoutumés à ses irruptions verbales sur la scène politique ivoirienne! Il a toujours proclamé en riant qu'il était président-fondateur d'un parti politique : « le PIR », approximativement:« parti ivoirien du rire »! Son slogan était clair et sans ambiguïté: « donnez-moi le pouvoir et je vous rendrai le rire »! pour dire que tout son projet de gouvernement échouait auprès de notre faculté à nous esclaffer, comme si nous n'avions pas assez ri dans ce pays, lequel possède à son actif de nombreux classiques du rire: de wintin wintin Pierre et Vieux Foulard, Gazékagnon, Ayatollah Comédie, Zoumamana, Oméga David, Gohou Michel, aux plus jeunes comme Zongo et Tao, Agarawal, Djimmy Danger, Digbeu Cravate, Glazaï Dohou Kévin, Abass ou même aux femmes du milieu comme Djuédjuessi, Akissi Delta, Léa Dubois, Adrienne Koutouan, Fanta Coulibaly, Marie-Louise Asseu, Clémentine Papouet, et bien d'autres valeurs confirmées ou montantes.

Pourtant, au-delà de la surprise générale qu'elle engendre, disons sans langue de bois que la candidature de Dolo Adama à l'élection présidentielle ivoirienne, n'augure rien de spécialement prometteur. Je dirais même qu'elle m'inspire une profonde déception, pour trois raisons, dont la première a trait au malheureux mélange des genres.

En effet, de toute la pléthore de comédiens et d'humoristes qui prospère sur la place ivoirienne, Dolo Adama (avec Sidiki Vakaba alias Sidjiri Vakaba et Akissi Delta) sont les quelques rares à honorer leur statut d'artistes au sens où on dirait d'un artiste qu'il vit de son art.

Prétendre à être président de la République de Côte d'Ivoire aurait pu constituer une merveilleuse leçon à méditer si l'acte ne s'était pas défait de ses oriflammes artistiques, car en devenant un acteur politique au sens dénoté du terme, Adama Dahico perd dorénavant toute la force de sa parole publique. Il parlera désormais de politique comme un homme de métier sans qu'on ne sache très bien quel registre le caractérise. Le regard affectif qui rattache à l'artiste fera désormais place à la pesanteur suspicieuse que subit l'homme politique, espèce de citoyen nuisible par excellence. En se ralliant à « ses gens-là », Adama Dahico, modeste conscience critique de son état trahit les ivoiriens relativement à la fonction sociale qui lui était assignée, car ils l'avaient aimé et adopté pour ce qu'il était et faisait.

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La deuxième raison de ma déception relève d'une des caractéristiques de ce que j'appelle « l'état comique ». On le trouve dans tous les espaces politiques en décrépitude comme le nôtre: Ici les stigmates de la pauvreté sont élevés au rang d'arguments présidentiels: le fameux « on peut être fils de pauvre et devenir président de la République » que répète à volonté Dolo Adama est un résidu du populisme outrancier de Laurent Gbagbo. Comme dans bien d'autres contrées tropicales, tout se passe comme s’il ne saurait y avoir d'autres activités possibles en dehors de la politique, celle-ci étant, en fin de compte, la seule entreprise pourvoyeuse d’emplois. Aussi, pour la plupart des jeunes ivoiriens d'aujourd'hui, l’unité de mesure d’une vie heureuse et bien remplie est-elle celle qui méprise le statut ou le devoir de citoyen ordinaire pour programmer hic et nunc le désir d’être « Président de la république ».

Étudiants mal formés pour la plupart, sans autres diplômes que ce qu’ils ont pu subtiliser par les chemins tortueux de la tricherie, dépourvus d'expérience professionnelle, donc n’ayant jamais servi l'État que par des coups de gueule prétextant de vulgates souvent mal maîtrisées dans leurs positivités intrinsèques, certains de ces jeunes ivoiriens sont devenus des icônes dont le seul avenir possible, selon eux, est d'accéder à la magistrature suprême, exactement comme le prétend Adama Dahico.

La dernière raison transcende la personne même de Dolo Adama. Je découvre en effet que « l'état comique » a transformé la politique en une activité tout aussi comique. Les comédiens rêvent de politique quand les politiques s'exercent au comique. L'état comique et/ou l'état postcolonial a ceci de troublant que les frontières d'identité professionnelle bougent infiniment, avec des rôles sociaux sans cesse redistribués. Ainsi, de Laurent Gbagbo, Dadis Camara, à Dolo Adama, on ne voit pas très bien ce qui fait la différence, sauf que le dernier, malgré son talent, n'est pas encore parvenu à exposer son plumard au monde entier, en petite culotte de chambre ou sans chaussures, avant de monopoliser entre ses mains tous les pouvoirs, celui d'être tout à la fois juge, Chef de l'État, chef-comptable et père fouettard".

Virginie Kamarah