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vendredi, 18 novembre 2011

CHEZ NOUS, LES MAIRES, ON LES NOMME

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A Mankono, département situé dans le centre-nord de la Côte d'Ivoire, le maire de cette localité, Mme Enise Kanaté, a été destituée par un arrêté du ministre de l'Intérieur, M. Hamed Bakayoko, daté du 1er octobre 2011. Mme Enise Kanaté a été remplacée par Mme Dosso Kossara, son 4ème adjoint, comme cela s'est fait, depuis le changement de régime en Côte d'Ivoire, dans plusieurs autres communes, notamment à Gagnoa, à Divo, à Guiglo, à... L'installation officielle de Mme Dosso Kossara a eu lieu le mardi 11 octobre, sous les auspices du préfet du département.

Jointe au téléphone, quelques instants après la cérémonie d'installation officielle de sa remplaçante, Mme Enise Kanaté a déclaré :

« Ce qui se passe là sous nos yeux, je le perçois comme un affront et un abus d'autorité du ministre de tutelle et je refuse de m'y soumettre. J'accuse le ministre Hamed Bakayoko de piétiner le droit, pour faire plaisir à des partisans. Je persiste et je signe : je suis le maire de Mankono, je demeure le maire de Mankono. C'est un abus d'autorité. Le droit doit être dit. Je ne me reconnais pas dans son arrêté qui nomme un intérimaire, sans me démettre. Je n'étais pas à mon poste à Mankono, certes, parce que ma sécurité était menacée. J'ai été malade. J'étais à Abidjan pour des raisons sécuritaires et j'ai écrit à mon premier adjoint pour qu'il assure mon intérim. De plus, au moment où le ministre Hamed Bakayoko prenait l'arrêté, j'étais à Mankono, depuis près de 40 jours. J'étais donc à mon poste et je demeure à mon poste... Si le ministère de l'Intérieur n'annule pas l'intérim qu'il a créé, il y aura désormais deux maires à Mankono. Si Hamed Bakayoko veut mettre le feu à Mankono, il y aura le feu... ».

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Rappelons que Mme Enise Kanaté est une ancienne élue du RDR, qui a fait défection pour créer son propre parti le « Congrès démocratique de Côte d'Ivoire » (CODEMCI) et s'est alliée à Laurent Gbagbo qu'elle considère comme un symbole de liberté pour l'Afrique, mais aussi de dignité pour les Ivoiriens. A l'époque, Mme Enise Kanaté avait animé une conférence de presse, sur le thème « Pourquoi je quitte le RDR pour le FPI », pour dire les raisons de son départ de sa famille politique initiale.

Militante de première heure au RDR, son premier parti politique depuis 1994, Mme Kanaté a fait d'énormes progrès dans ce parti pour se retrouver membre du bureau politique, mais surtout commissaire politique de sa localité d'origine. Mais, elle s'est trouvée fort dépitée des positions du RDR depuis la rébellion du 19 septembre 2002. Pour elle, qui s'est « engagée dans la politique pour le bien-être des populations, et en particulier pour le développement dans sa région », il est impensable que certains acteurs de la crise ivoirienne, notamment ceux du RDR, applaudissent la rébellion.


N'étant pas en phase avec cette position, Mme Kanaté a d'abord opté pour une année sabbatique de réflexion, avant de se décider, finalement, à quitter le RDR. Mais, plutôt que de se retirer définitivement de la vie politique, elle a choisi de déposer ses valises au Front populaire ivoirien (FPI) dont les dirigeants, dit-on, n'ont pas hésité à lui ouvrir les portes.

Ceci, dit-on, pourrait expliquer cela. Mais, si tel était le cas, alors, sommes-nous dans un état de droits, du moins dans un régime démocratique ?

Jean-René Bi Vannier

Paru dans
Le Filament N°15


Source: LE FILAMENT MAGAZINE