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vendredi, 30 décembre 2011

LA COTE D'IVOIRE DU TROMPE-L'ŒIL ET DE LA COM

 
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Depuis l'avènement du pouvoir Ouattara, dans les conditions calamiteuses que l'on sait, nous avions espéré qu'au bout de huit mois d'exercice et de règne sans partage (l'opposition étant totalement absente de la gestion d'Etat), un certain nombre de promesses faites par le nouveau régime et la normalisation de la vie sociale et politique ivoirienne allaient devenir réalité pour permettre aux Ivoiriens de retrouver leur quiétude et se refaire une nouvelle vie. Au décompte final, tout cela n'aura été que leurre et chant de sirène.

Quand un pays vient de connaître la fracture profonde qui a été celle de la Côte d'Ivoire, le souci premier, que commandent la gravité de la situation et l'urgence de faire la paix, devrait être la réconciliation nationale. Par la faute de nos dirigeants actuels, cette réconciliation est au point zéro. Peut-on avoir déporté Laurent Gbagbo à la Cour pénale internationale (CPI) et espérer une réconciliation? Et pourtant, le chef de l'Etat Alassane Ouattara l'avait promis: rassembler à nouveau les Ivoiriens, allait être sa priorité. Il les a plutôt à jamais divisés. Et se complait avec son régime dans une jubilation impudique des « vainqueurs ». Seul son camp et lui ont, aujourd'hui, le sourire et semblent revivre. Le reste de la Côte d'Ivoire est dans la douleur et la souffrance morale. Il ne semble guère s'en apercevoir, lui qui clame sur les chaînes internationales que tout va pour le mieux en Côte d'Ivoire et que notre pays passera bientôt à un taux de croissance à deux chiffres, là où, en cette fin d'année 2011, la Côte d'Ivoire enregistre -7% de taux de croissance.

Des centaines d'entreprises ont fait faillite des suites de pillages et des effets de la crise postélectorale, d'autres peinent à retrouver leur rythme normal d'activités, des milliers d'Ivoiriens sont ainsi au chômage et ne peuvent faire la fête avec leurs familles, ni pour Noël ni pour la Saint-Sylvestre. D'autres, plus chanceux, vivent à moitié salaire dans des sociétés sous contrôle budgétaire et sous mesures techniques. Certains autres ne perçoivent leurs émoluments que par à-coup, avec des arriérés de salaire de plusieurs mois. Des familles Ivoiriennes souffrent ainsi atrocement pendant que le régime ivoirien verse dans le jubilatoire et la célébration victorieuse. Les vrais problèmes des ivoiriens sont éludés ou ont peu de place en son cœur.

Prenons l'exemple de l'Ouest de la Côte d'Ivoire. On en parle très peu, mais cette région a un besoin désespéré d'aide. Les massacres y ont laissé des séquelles à vie, les destructions et les pillages des FRCI y ont été innommables. Des milliers de Wè n'ont plus de demeures où vivre ni de plantations où cultiver de quoi survivre. Bien de leurs terres sont occupées par les « vainqueurs » de la crise postélectorale, les laissant orphelins et sans ressources dans leurs propres terroirs. Le chef de l'Etat qui y avait promis une visite d'Etat a remis son voyage sine die. Pire, il a fait déguerpir les camps de réfugiés et de déplacés situés dans les missions catholiques, en prévision de sa tournée dans l'Ouest, jetant une fois de plus des centaines de familles à la rue, sans ressources, sans aucune prise en charge de l'Etat. Comment peut-on annoncer au monde entier que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes en Côte d'Ivoire quand des centaines de milliers d'Ivoiriens sont à la ruine et au désespoir? Qu'on nous dise concrètement ce qui a été fait pour l'Ouest de notre pays, si tant est qu'on peut prétendre nous apporter un quelconque démenti.

Les ONG Care, Oxfam et le Conseil Danois pour les Réfugiés sont formelles: l'Ouest de la Côte d'Ivoire est un creuset de misère et de désolation. Les informations recueillies par leurs soins auprès des «personnes déplacées et retournées chez elles pendant les mois de juillet et août (2011) révèlent que les conditions pour des solutions durables aux déplacements ne sont pas remplies. De trop nombreux retournés continuent de faire l'objet d'attaques, de harcèlement et d'intimidations dans leur zone d'origine, et beaucoup ont un accès limité voir pas d'accès du tout aux services de base et aux mécanismes de protection. Une large proportion a perdu ses documents officiels et n'a pas accès à des mécanismes de restitution de la propriété ou de compensation pour les pertes encourues, tandis que beaucoup n'ont pas encore été en mesure de réunifier tous les membres de leur famille. Un nombre significatif de personnes déplacées n'est toujours pas prêt à retourner en raison de la peur d'attaques, du manque d'accès à leur terre ou du manque de moyens de subsistance», ont révélé ces ONG. La situation n'est pas plus reluisante, quatre mois après. Bien au contraire !

Il ne s'agit guère d'y faire une ou deux virées hyper-médiatisées, qui ne résolvent rien, avec quelques denrées, du reste largement insuffisantes. Il faut un plan national d'urgence et de salut public pour cette région du pays. Une sorte de plan Marshall pour l'Ouest. A-t-il eu un début de commencement? Trois fois, non ! Et pendant ce temps, à quoi a-t-on droit ? L'achat de 40 berlines Mercedes acquises à plus d'un milliard de nos francs pour notre gouvernement, qui n'était pas précisément le moins nanti au monde de ce point de vue, aux slogans du genre « on a fait plus que Gbagbo en quelques mois », à des opérations de salubrité boiteuses et sélectives (Adjamé et Abobo, fiefs du RDR d'Alassane Ouattara restent encore intouchées et désespérément intactes) qui tardent à s'étendre à l'intérieur du pays et des séances d'illumination d'Abidjan qui s'apparentent plus à un culte maçonnique de l'obédience Memphis-Misraï, avec tous les symboles mystiques de l'Egypte ancienne (le serpent, le compas, le triangle flamboyant, l'œil d'Osiris, l'équerre maçonnique, la règle graduée, l'étoile flamboyante), qu'à une opération d'embellissement festif de la ville d'Abidjan.

Les campagnes de communication politique que sont les cérémonies de lancement de travaux et d'inauguration d'œuvres et d'ouvrages déjà programmés et budgétisés sous la gouvernance Gbagbo sont également à relever, à ce titre (Pont Riviera-Marcory, Pont de la 7ème tranche d'Angré, restauration de la voirie, traitement des eaux, travaux d'assainissement, etc). Toutes ces opérations ne visent qu'à donner le sentiment que le nouveau régime ivoirien est au travail, sous le génie d'Alassane Ouattara. Il n'en est rien. Ce n'est qu'un trompe-l'œil, au même titre que toutes les acrobaties médiatiques auquel se livre le nouveau pouvoir à l'étranger pour se targuer d'un retour de la Côte d'Ivoire sur l'échiquier international. La pluie de milliards annoncée a fait long feu. Pendant que prospère une justice des « vainqueurs » qui demande des comptes aux seuls pro-Gbagbo, en prison ou en exil (lui-même étant déporté à la CPI), que des milliers d'Ivoiriens demeurent encore au comble du désastre et de la pauvreté et que les FRCI continuent de semer mort et désolation dans le pays, sans être inquiétés, malgré un ultimatum plus médiatique que réel du chef de l'Etat, qui n'a vu le jour que parce que des malinké pro-Ouattara ont été tués à Vavoua par des soldats tout aussi pro-Ouattara, qui se sont rendus coupables de massacres à Duékoué et de crimes dans tout le pays sans jamais en répondre, ni en Côte d'Ivoire ni devant la CPI. Voici les vrais problèmes de la Côte d'Ivoire. Et c'est là que les Ivoiriens l'attendent. Mais Alassane Ouattara n'y touche pas. La réconciliation est au point mort. L'opposition, réduite au silence. Les universités publiques fermées. Il n'en a cure. Il préfère gouverner la Côte d'Ivoire en trompe-l'œil et par coups médiatiques. Plus soucieux de son image personnelle que des priorités des Ivoiriens, qui lui ont envoyé un signal fort aux législatives, avec un taux d'abstention record que même la presse internationale a qualifié de «désert électoral».

Sur le dossier de la restauration de la voirie, un brillant article du blogueur Fabien d'Almeida, sur le site « Pensées Noires », nous révèle qu'au premier trimestre 2009, Monsieur Bouaké Fofana, alors Directeur Général de l'AGEROUTE (Agence de Gestion des Routes), avait accordé un entretien à un mensuel économique ivoirien, « Tycoon », s'inscrivant dans un dossier de six pages intitulé «Où va la route ivoirienne?». Il relève un détail croustillant : le directeur de publication dudit magazine est un certain Fabrice Sawégnon. Pour rappel, cet homme est l'artisan de la campagne de communication d'Alassane Ouattara aux élections présidentielles de 2010. L'on le dit très proche d'Hamed Bakoyoko et on ne pourrait pas le soupçonner d'être un pro-Gbagbo. C'est pourtant son magazine qui, affirme Fabien d'Almeida, sous la plume du journaliste Francis Yédan, a publié cet excellent travail d'investigation qui annonçait, alors, le projet de réhabilitation du réseau routier actuellement en cours et dont se targue abusivement le camp Ouattara:

« Avec la période post-crise qui s'annonce, le financement des bailleurs de fonds dans ce secteur [routier] a repris. La réhabilitation d'infrastructures routières à Abidjan et à Bouaké, d'un coût total de 28 millions de dollars E.U [14 milliards de francs CFA, Ndlr] est effective. Ce, dans le cadre du Projet d'Urgence d'Infrastructures Urbaines (PUIUR) financé par la Banque Mondiale. La composante 4 de ce projet est réservée aux infrastructures routières. Les routes exploitées par les services de transport public, les travaux d'amélioration, la fourniture et l'installation de panneaux routiers verticaux sont les principaux axes de cette composante. Egalement au nombre de cette composante, le marquage horizontal sur le plus de routes possibles et la réhabilitation de 7,2 km de voirie revêtue à Bouaké. Huit axes routiers (12,4 km de voirie revêtus) empruntés par la SOTRA seront réhabilités à Abidjan. Ajoutée à cela, la construction d'une passerelle à piétons, d'un pont de 120 mètres [à la Riviera 2, Ndlr] et d'une route à la Riviera Palmeraie [celle réalisée depuis 2009-2010 qui relie la Riviera Attoban à la Riviera Palmeraie, Ndlr]. La composante 3 du PUIUR financée à hauteur de 12 millions de dollars E.U est consacrée à l'élimination des principaux dépôts sauvages dans l'agglomération urbaine d'Abidjan. Quand on sait que les ordures jonchant les routes déversent un liquide corrosif. L'assainissement urbain (eaux usées) constitue la composante 2 du PUIUR. 15,2 millions de dollars E.U [7,6 milliards de francs CFA, Ndlr] sont déjà mobilisés. La réhabilitation des principales stations de pré-pompage, de pompage, des égouts secondaires, constituera une bouffée d'oxygène pour le réseau routier abidjanais. Vu le nombre de canalisations bouchées et autres problèmes d'assainissement. La phase active du PUIUR [composante 1] est prévue, dans quelques semaines, pour une durée allant de quatre (4) mois à quatre (4) années [...] ».

Cet article a non seulement le mérite de dévoiler le mensonge odieux qui a prospéré jusqu'à ce jour sur « l'arrêt total du financement des bailleurs de fonds à la Côte d'Ivoire avant le 11 avril 2011 », sur « le manque de volonté ainsi que l'inaptitude de l'ancien pouvoir à faire face au problème de l'insalubrité publique », mais aussi et surtout, « l'opportunisme trompeur » qui attribue ce résultat au génie d'Alassane Ouattara. Pour Fabien d'Almeida, « c'est tout simplement faux. L'équipe gouvernementale actuelle ne fait que poursuivre un projet qui était déjà amorcé avant que la crise postélectorale ne le mette en veilleuse, temporairement ». « Là, pourtant, n'est pas le plus important, selon lui. L'article du magazine Tycoon rappelle surtout que la restauration des routes ivoiriennes est le résultat d'un processus qui s'est étendu sur plusieurs années et qui a rassemblé diverses compétences nationales, en matière de finances, d'ingénierie technique, etc ».

Cette performance remarquable de la gouvernance Gbagbo a été récupérée à son compte par le pouvoir Ouattara, sans aucune humilité ni honnêteté mais pire, il a fait passer le président Gbagbo pour un incapable et un pilleur, lui qui a réussi l'exploit de boucler tous ces projets et à financer, dans le même temps, les élections les plus chères du monde ainsi que la sortie de crise la plus budgétivore d'Afrique, au moins.

Vivement que le nouveau régime ivoirien attaque enfin les vrais problèmes des ivoiriens plutôt que de faire de la com' et que l'année nouvelle 2012 apporte joie et paix au peuple mien.


Que DIEU bénisse la Côte d'Ivoire !


DINDE Fernand AGBO


In le quotidien ivoirien "Le Nouveau Courrier" N° 403 du jeudi 29 décembre 2011.

mercredi, 28 décembre 2011

BONJOUR, LA ROUTE!

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Quelques jours passés en Alassanie, dominion français de la côte ouest africaine, convaincront même les plus sceptiques sur la diligence avec laquelle la route abidjanaise est en train d'être remise dans des habits dignes d'une capitale économique.

On comprend mieux les « ADO a goudronné ! » dont nous parlions en octobre dernier. Ils expriment l'enthousiasme de citadins complètement dégoutés de l'état de dégradation du réseau routier abidjanais, trop longtemps « abandonné » à son triste sort... Mais voilà qu'aujourd'hui, les travaux de réfection de la route sont tellement avancés qu'ils causent même de gigantesques embouteillages par endroit ; le sacrifice requis pour pouvoir, enfin, bénéficier d'un bitume conséquent.

C'est un plaisir difficile à bouder. La dette ? La pauvreté ? L'insécurité ? En réalité, toutes ces questions devraient être prioritaires. Mais, à vrai dire, peu importe au touriste assez courageux pour braver les « alertes » sécuritaires du Département d'Etat américain concernant la troisième ville la plus « dangereuse » du monde. Une fois à Abidjan, ébloui par « ces lumières [qui] illuminent le cœur des Ivoiriens et symbolisent la renaissance de la Côte d'Ivoire » (dixit Dominique Ouattara), ce qui ravit immédiatement le visiteur, c'est la facilité avec laquelle il déambule à 120 km/h sur l'asphalte flambant neuf qui relie les quartiers de la ville, sans s'inquiéter des nids de poules qui, il y a quelques mois encore, rendaient le périple plus ou moins cruel. Aujourd'hui, des artères que personne n'imaginait pouvaient traverser des bas-fonds jamais exploités sont nées. Des quartiers qui, hier seulement, n'étaient accessibles qu'avec une bonne dose de témérité, sont en train d'être bitumés. Des désenclavements opportuns, qui facilitent le ralliement d'un point à un autre des cités, sont dument aménagés. Bref, ces travaux sont bienvenus... et l'expérience serait encore plus alléchante si seulement le racket policier (intensif un jour, minimal un autre) avait totalement disparu.

A en croire Guillaume Soro, là se trouve la preuve de l'efficacité ouattariste. Certains Abidjanais, interrogés pour l'occasion, partagent clairement ce point de vue : « Qu'est-ce que Gbagbo a fait pour la route auparavant ? En dix ans, les Refondateurs n'ont rien fait ! Voici la preuve qu'Ouattara travaille ! Quand quelqu'un fait bien les choses, il faut le reconnaitre ! ». Reconnaissons donc... en notant, au passage, la grande ignorance des populations sur la question.

En effet, contrairement à ce que le camp Ouattara enseigne à ceux qui se nourrissent exclusivement du 20h de RTI 1, de France 24 et d'abidjan.net, la remise à neuf de la route ivoirienne ne date pas d'il y a six mois. Non, le projet n'a, ni été conçu dans les laboratoires de la rébellion armée (à Bouaké), ni dans l'antre mystique du RHDP (qu'elle soit située au Golf Hôtel ou ailleurs). Le projet est bel et bien né sous la Refondation, pendant cette dernière décennie où le pays était scindé en deux.

Non ? Eh bien, retour deux ans en arrière, au premier trimestre 2009. A l'époque, Bouaké Fofana, Directeur Général de l'AGEROUTE (structure étatique en charge de la gestion de l'infrastructure routière), avait accordé un entretien à un mensuel économique ivoirien, Tycoon, en marge d'un dossier de six pages intitulé « Où va la route ivoirienne ? ». Nota béné précieux : le directeur de publication dudit Tycoon magazine est un certain Fabrice Sawégnon, artisan de la campagne de communication d'Alassane Ouattara aux élections présidentielles de 2010, que l'on dit très proche d'Hamed Bakoyoko et que l'on pourrait difficilement accuser d'être un pro-Gbagbo. C'est pourtant son magazine qui, sous la plume du journaliste Francis Yédan, a publié cet excellent travail d'investigation qui annonçait, alors, le projet de réhabilitation du réseau routier actuellement en cours :

« Avec la période post-crise qui s'annonce, le financement des bailleurs de fonds dans ce secteur [routier] a repris. La réhabilitation d'infrastructures routières à Abidjan et à Bouaké, d'un coût total de 28 millions de dollars E.U [14 milliards de francs CFA, ndlr] est effective. Ce, dans le cadre du Projet d'Urgence d'Infrastructures Urbaines (PUIUR) financé par la Banque Mondiale. La composante 4 de ce projet est réservée aux infrastructures routières. Les routes exploitées par les services de transport public, les travaux d'amélioration, la fourniture et l'installation de panneaux routiers verticaux sont les principaux axes de cette composante. Egalement au nombre de cette composante, le marquage horizontal sur le plus de routes possibles et la réhabilitation de 7,2 km de voirie revêtue à Bouaké. Huit axes routiers (12,4 km de voirie revêtus) empruntés par la SOTRA seront réhabilités à Abidjan. Ajoutée à cela, la construction d'une passerelle à piétons, d'un pont de 120 mètres [à la Riviera 2, ndlr] et d'une route à la Riviera Palmeraie [celle réalisée depuis 2009-2010 qui relie la Riviera Attoban à la Riviera Palmeraie, ndlr]. La composante 3 du PUIUR financée à hauteur de 12 millions de dollars E.U est consacrée à l'élimination des principaux dépôts sauvages dans l'agglomération urbaine d'Abidjan. Quand on sait que les ordures jonchant les routes déversent un liquide corrosif. L'assainissement urbain (eaux usées) constitue la composante 2 du PUIUR. 15,2 millions de dollars E.U [7,6 milliards de francs CFA, ndlr] sont déjà mobilisés. La réhabilitation des principales stations de pré-pompage, de pompage, des égouts secondaires constitueront une bouffée d'oxygène pour le réseau routier abidjanais. Vu le nombre de canalisations bouchées et autres problèmes d'assainissement. La phase active du PUIUR [composante 1] est prévue, dans quelques semaines, pour une durée allant de quatre (4) mois à quatre (4) années [...] ».

Voilà qui balaie deux niaiseries fortement médiatisées :

a) l'arrêt total du financement des bailleurs de fonds à la Côte d'Ivoire avant le 11 avril 2011 ;

b) le manque de volonté et/ou l'inaptitude de l'ancien pouvoir à faire face au problème de l'insalubrité publique.

Mais voilà, surtout, qui atomise l'opportunisme trompeur qui tente de faire croire que ce qui se fait aujourd'hui est le résultat du génie d'Alassane Ouattara. C'est tout simplement faux. L'équipe gouvernementale actuelle ne fait que poursuivre un projet qui était déjà amorcé avant que la crise postélectorale ne le mette en veilleuse, temporairement.

Là, pourtant, n'est pas le plus important. L'article du magazine Tycoon rappelle surtout que la restauration des routes ivoiriennes est le résultat d'un processus qui s'est étendu sur plusieurs années et qui a rassemblé diverses compétences nationales, en matière de finances, d'ingénierie technique, etc. Quelles sont les chances que ces personnes partagent tous la même opinion politique ? Elles sont quasiment nulles. D'ailleurs, n'est-ce pas sous la férule d'un nommé Patrick Achi, Ministre des Infrastructures (hier et aujourd'hui), que la réhabilitation du réseau routier ivoirien a été pensée, étudiée, financée et lancée ? Si. A qui Patrick Achi rendait-il compte à cette époque ? A Laurent Gbagbo.

Le meilleur des responsables politiques ivoiriens se dévoile donc quand ils savent s'élever au-dessus de la basse-cour partisane pour faire ce que la population attend d'eux : travailler. Hélas, la sorcellerie politique reste le dénominateur commun des chapelles politiques ivoiriennes. Elles excellent dans la négation de leurs acquis communs et sont conscientes que les électeurs raffolent de ce type de palabres. Aussi, les leçons de novembre 2010 n'ayant jamais été apprises et l'attention des uns et des autres restant focalisée sur les intérêts partisans, les politiques ivoiriens misent sur une nouvelle ronde de fébrilité militante qui se prépare déjà pour 2015. En témoigne le sempiternel débat sur qui est président et qui ne l'est pas, dans lequel tombent tous les somnambules trop groguis pour noter les réalisations concrètes qui impactent leur propre qualité de vie.

La route fait partie de ces réalisations. En tant qu'infrastructure de développement, le seul débat qui devrait l'entourer relève, à la rigueur, des conditions de son financement. Seulement, combien s'intéressent même à ce point d'interrogation ? A Abidjan, tout ce que l'on sait, c'est que « ADO a goudronné ! ». Ce qui suffit à l'argumentation ou à la diabolisation. Le reste ? On s'en fiche éperdument. Bonjour la route... à vive allure, en ignorant les feux tricolores, les passages piétons... et l'essentiel de la question.


Fabien D'Almeida

fdalmeida007@gmail.com
Fabien D'Almeida ...Correctement politique


Source: PENSEES NOIRES.INFO

jeudi, 06 octobre 2011

LA COTE D'IVOIRE, UN PAYS EMERGENT EN 2020? RESTONS SERIEUX!


OUATTARA A L'ONU.jpg

Alassane Ouattara sait-il que courant 2010, du 26 au 28 avril exactement, le secteur privé ivoirien au grand complet a tenu un séminaire de trois jours à Yamoussoukro dans le but d'étudier sur tous les angles la possibilité de faire de la Côte d'Ivoire un pays émergent ? Alassane Ouattara sait-il que ce projet, initié par le patronat ivoirien, qui a vu la participation de l'Etat de Côte d'Ivoire - oui, c'était bien un Etat et non un clan que Laurent Gbagbo dirigeait - représenté pour la circonstance par Moussa Dosso, ex et actuel ministre de l'industrie et de la promotion du secteur privé, a accouché de conclusions et de directives précises sur comment y arriver ?

Alassane Ouattara sait-il que les différents ateliers qui ont meublé ce conclave ont déterminé qu'il est peu probable, voire carrément impossible, que la Côte d'Ivoire atteigne cet objectif avant le terme d'une génération entière de trente ans. Et qu'en conséquence, le secteur privé ivoirien a baptisé son programme Côte d'Ivoire 2040 ?

Si nous, nous le savons, c'est qu'Alassane Ouattara a forcément eu vent de ce projet. Si même ce n'était pas le cas, il a eu l'occasion, en novembre 2009, exactement un an avant les présidentielles, de participer aux rencontres « Face au Patronat » organisées par le même secteur privé, sous l'égide de la Confédération générale des entreprises de Côte d'Ivoire, qui avaient alors réuni les principaux candidats à l'élection présidentielle - sauf Laurent Gbagbo, apparemment « oublié ». Et devant ce parterre de sommités économiques du pays, Ouattara-le-présidentiable avait entendu de vive voix les attentes des grands patrons ivoiriens et renouvelé sa volonté de faire siennes les recommandations expertes du secteur privé sur l'avenir économique du pays.

Au secours Malachie !

Apparemment, la rigueur sacerdotale de l'économiste chevronné que l'on disait innée n'est plus que relique du passé ! Voilà notre chef d'Etat à la tribune des Nations Unies, à Washington, bien loin du bidonville homonyme et récemment déguerpi par sa politique bulldozérienne, en train de prétendre sans sourciller que son « ambition est de faire de la Côte d'Ivoire, à l'horizon 2020, un pays émergent ».

Tonnerre d'applaudissements ! En 2020, soit dans un peu moins d'une décennie, nous avons quelques chances, à en croire la docte science ouattariste, de nager dans les eaux douces de l'émergence et de voir les effluves de la prospérité se déverser sur nous en moins de temps que ce qu'il aura fallu au Mexique, à l'Ile Maurice ou à l'Afrique du Sud pour y arriver.

Au secours, Malachie ! Mais de vous à moi, est-ce vraiment sérieux de fabuler sur des questions si sensibles, auxquelles une large partie de la population croit, car relativement ignorante des principes économiques de base ? Est-ce vraiment sérieux d'insulter même l'intelligence de la minorité qui prend le temps de s'éduquer sur ces questions ? Est-ce si coûteux de délivrer un message responsable, qui épouse tous les contours du sujet et avance des propositions réalistes et réalisables ?

A en croire la pensée classique, « il n'est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va ». A en croire le discours ivoirien, il n'est pas d'émergence salutaire pour quiconque ne croit aux ambitions de Ouattara. Et tout le monde, de Christine Lagarde à Eugène Dié Kacou, voudrait que l'on y fasse allégeance et qu'on s'émeuve devant les images de notre omniprésident à la tribune de l'ONU.

Le climat social apaisé réclamé par les investisseurs, une réalité ?

Non merci. Les prestidigitateurs politiques qui font fi du minimum en matière de bonne gouvernance et de gestion économique ne sont pas ceux que nous saluerons comme Caius Julius Caesar. Astérix résistants à la manipulation médiatique et à la politique politicienne, nous resterons. Avec quelques questions : le climat social apaisé que réclament les investisseurs, où les tueries attribuées aux FRCI se conjuguent à l'imparfait, est-il réalité ? Est-ce le cas à Yopougon Nouveau Quartier où il y a quelques jours à peine, tout un quartier a été assiégé par ces ostrogoths incontrôlables ? Ou encore à Blockhaus où il y a peu, un véritable combat de rue s'est engagé entre « sauveurs » et « sauvés » ? Et que dire de la dette intérieure ? Ces entreprises nationales qui ont vu leur gagne-pain partir dans la fumée des bombes françaises ont-elles été indemnisées ? Le seront-elles avec les derniers 150 millions de dollars « donnés » à la Côte d' Ivoire par la Banque Mondiale ? Quand est-ce que les recommandations du secteur privé sur le contexte macroéconomique seront-elles appliquées ? Quand est-ce que le modèle de développement de la Côte d'Ivoire, qui a atteint ses limites depuis longtemps, sera-t-il révisé ?

Faute de réponses précises à ces quelques questions sommaires, « la Côte d'Ivoire pays émergent » est encore un doux rêve qu'il vaut mieux ignorer. Le surdoué qui, parait-il, dirige ce pays, n'ignore pas ces détails. Mais pour les besoins de la manipulation, on lance une communication d'envergure sur l'émergence que l'on sait bien que l'on n'atteindra pas en huit ans. C'est qu'il faut bien intégrer un nouveau jargon au vocabulaire ivoirien ! Après la comptine de la réconciliation, il faut bien que les victimes de la terreur s'habituent à un terme moins conflictuel. Alors « pays émergent », essayons ! Faisons la promotion de l'émergence, en répétant inlassablement la chose comme des incantations de dozos et en ignorant royalement les prérequis les plus évidents que sont l'Etat de droit et la justice équitable pour tous.

Tout cela n'est pas bien sérieux. Ouattara-le-pragmatique ne croit pas plus que nous que la Côte d'Ivoire enjambera toutes les étapes du développement et se réveillera un bon matin avec un taux de croissance continu comparable à celui des BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine). On considèrera donc que ses « ambitions » sont un énième calcul politicien destiné à amuser la galerie.


Fabien d'Almeida

 

Source : NOUVEAU COURRIER.INFO