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mercredi, 18 novembre 2015

ATTENTATS EN FRANCE - L'ELYSEE DOIT REVOIR SA POLITIQUE EXTERIEURE

 

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François Hollande à Versailles le 16 novembre 2015.

AFP Photo / Pool / Michel Euler



Douloureux moment que celui que traverse en ce moment le peuple français. Un peuple endeuillé par six (6) attentats simultanés le vendredi 13 novembre 2015 faisant au moins 129 morts et plus de 350 blessés dont plus de 80 cas critiques. Même si cette horreur a été revendiquée par l’Etat islamique (Daech), l’actualité note qu’il y a parmi les assaillants, djihadistes, trois français. Et selon des témoins, un des assaillants aurait crié que « c’est la faute à Hollande, il n’avait pas à intervenir en Syrie). Allusion faite aux bombardements de l’aviation française des positions et sites de l’Etat islamique en Syrie. Et il a été établi que plus d’un suspect dans ces attentats est entré en Europe à la faveur de la crise des migrants qui préoccupe actuellement l’ensemble des pays d’Europe, tellement le flot est ingérable pour un seul pays. Mais au-delà de l’émotion, faisons appel à la raison pour savoir pourquoi un tel drame peut arriver à la grande France. Ce qui arrive à la France, devrait lui arriver tôt ou tard, bien que cela soit regrettable. Le pouvoir français applique la démocratie dans sa politique intérieure. Mais à l’international, il exporte la violence et sème la terreur. Or, qui sème les bombes ne peut pas recevoir continuellement que la paix et les butins de guerre. Il y a également les représailles qui se manifestent d’une manière ou d’une autre et au moment où l’on s’y attend pas.

L’esprit de domination planétaire

On peut dire que la France se trouve en tête des nations se croyant investie d’une mission divine de jouer les gendarmes du monde. Donc autant Louis XIV, ce pouvoir absolu, disait : « la France, c’est moi », autant un chef de l’Etat de la Ve République française, comme Nicolas Sarkozy ou François Hollande, peut déclarer en ce qui concerne la politique étrangère de la France : « la France, c’est moi». Parce que le Parlement lui laisse les coudés franches, même s’il massacre d’autres peuples, disloque leur pouvoir, leur administration et crée la désolation à travers le monde. On a l’exemple de la Côte d’Ivoire, la Libye, la Syrie, etc. Mais l’histoire retiendra aussi que Louis XIV aimait tellement la guerre qui l’a considérablement enrichi, que la guerre a fini par provoquer la ruine de la royauté française. C’est à cause de cet esprit va-t-en guerre et du règne absolu de ce tyran, que les philosophes repensant les pouvoirs, ont commencé à établir la nécessité d’une distinction et d’une séparation des pouvoirs et des théories du gouvernement. Le sentiment qui se dégage en voyant les parlementaires français silencieux ou d’accord avec cette politique extérieure de prédation de l’Elysée, c’est que le peuple français aime les présidents qui ont des vertus viriles, des vertus de conquête, de domination et de force. Cela ferait sa fierté de voir que son pays bombarder dans tel endroit du monde, que dans tel autre, il joue les redresseurs de torts, alors qu’au fond, c’est pour régler un compte et soigner ses intérêts impérialistes. Le France aime la guerre hors de ses frontières. Mais la guerre n’est pas toujours du goût de l’ensemble de ses soldats, ses fils, qui vont périr sur le terrain. C’est dans cet esprit qu’après mai 1968, l’armée française dans sa majorité a refusé un conflit avec l’Union soviétique, disant : « Plutôt rouge, que mort ». En clair, les généraux étaient prêts à livrer la France à l’armée soviétique plutôt de se battre et de retomber dans une guerre. On avait alors compris que les valeurs de l’honneur qui animaient les combattants de 1914 étaient dépassées, laissant la place à celles de la liberté, des discussions et du plaisir. Le plaisir de vivre en paix chez soi et chez les autres. Or, le pouvoir français poussé par l’impérialisme (son gagne-pain), pouvoir qui n’a pas l’expérience d’un soldat côtoyant tous les jours la mort sur le théâtre des opérations, multiplie les occasions de guerre.

Des concepts-prétextes pour faire la guerre

C’est ainsi que dans les années 2000, Bernard Kouchner, alors ministre des Affaires étrangères français, développe le concept « devoir d’assistance à peuple en danger » dans le cadre du droit des gens. Un concept où il y a à boire et à manger où l’Elysée peut glisser de projets de conquêtes ou reconquêtes territoriales. Mais si cette politique s’est montrée plus discrète en Yougoslavie sur la question serbe, elle a fait et continue de faire d’énormes dégâts en Libye. Un pays où, en 2010, pour régler leurs comptes à Kadhafi, le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre anglais David Cameron, décident une défense du peuple de la ville de Bengazi. C’est sur ce principe de l’assistance à personne en danger, de l’assistance humanitaire, que les Occidentaux bombardent la Libye et tue Mouammar Kadhafi. Voilà donc ce pays disloqué, devenu un port prisé pour de milliers de migrants clandestins pour l’Europe. Migrants dont des milliers, pourtant espoirs de leurs familles, meurent dans la mer. A travers le monde donc, la France a créé des situations de révolte. De même, des milliers de jeune français, les propres fils de l’Hexagone, partis en djihad en Syrie, en Irak, en Afghanistan, etc. qui y ont vécu ou vu l’horreur ont été retournés par l’adversaire ou par leur propre conscience, contre la France, leur patrie. Ceux-là, comme l’enquête vient de le prouver et les autres ressortissants des autres pays où la Franc a mis le feu, peuvent un jour où l’autre, poser un acte comme ceux que vivent en ce moment les Français. Et quand le président syrien Bachar El Assad à l’Elysée : « La France vit ce que le peuple syrien vit depuis 5 ans », cela peut signifier pour les terroristes « voici un exemple de ce que les autres peuples souffrent à cause de notre politique extérieure ». Car les milliers de migrants qui déferlent en Europe ne sont pas des nécessiteux. Il y a parmi eux des médecins, des avocats, des ingénieurs, etc. Mais des gens qui n’ont plus de paix chez eux où la France et ses alliés attisent le feu pour le pétrole ou autres intérêts. La France est donc touché dans sa fragilité, elle si puissante. C’est l’équilibre de la terreur, à telle point que même un coup de pétard met le peuple en émoi. Malheureusement, des Français sont en tête des assaillants. C’est cela, l’ironie du sort.

 

Germain Séhoué
gs05895444@yahoo.fr

FRANCE - DAVID VAN REYBROUCK: «MONSIEUR LE PRESIDENT, VOUS ETES TOMBE DANS LE PIEGE!»

 

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David Van Reybrouck, d’expression néerlandaise, est l’auteur de nombreux ouvrages dont Congo, une histoire (Ed. Actes sud), pour lequel il a notamment reçu en 2012 le prix Médicis dans la catégorie « essai ». L’écrivain et historien interpelle le président français sur le champ lexical guerrier de son discours, samedi 14 novembre, lendemain des attentats qui ont endeuillé Paris. Et sur la surenchère que cela pourrait entraîner.
 

Monsieur le Président,

Le choix extraordinairement irréfléchi de la terminologie que vous avez utilisée dans votre discours de samedi après-midi [14 novembre 2015], où vous répétiez qu’il s’agissait d’un « crime de guerre » perpétré par « une armée terroriste » m’a interpellé. Vous avez dit littéralement :

« Ce qui s’est produit hier à Paris et à Saint-Denis, près du Stade de France, est un acte de guerre et, face à la guerre, le pays doit prendre les décisions appropriées. C’est un acte de guerre qui a été commis par une armée terroriste, Daech [l’acronyme arabe de l’Etat islamique], une armée de terroristes, contre la France, contre les valeurs que nous défendons partout dans le monde, contre ce que nous sommes, un pays libre qui parle à l’ensemble de la planète. C’est un acte de guerre qui a été préparé, organisé, planifié de l’extérieur et avec des complicités intérieures que l’enquête fera découvrir. C’est un acte de barbarie absolue. »

Si je souscris pleinement à la dernière phrase, force est de constater que le reste de votre discours est la répétition angoissante et presque mot à mot de celui que George W. Bush a tenu devant le Congrès américain peu après les attentats du 11-Septembre : « Des ennemis de la liberté ont commis un acte de guerre contre notre pays. »

Déstabilisation de la région

Les conséquences de ces paroles historiques sont connues. Un chef d’Etat qui qualifie un événement d’« acte de guerre » se doit d’y réagir, et de rendre coup pour coup. Cela a conduit M. Bush à l’invasion de l’Afghanistan, ce qui était encore admissible parce que le régime avait offert asile à Al-Qaida. Même l’ONU avait approuvé. S’en est suivi alors l’invasion totalement démente de l’Irak, sans mandat de l’ONU, pour la seule raison que les Etats-Unis soupçonnaient que ce pays détenait des armes de destruction massive. A tort, s’est-il avéré, mais cette invasion a conduit à l’entière déstabilisation de la région, qui se prolonge jusqu’à aujourd’hui.

Le départ des troupes américaines en 2011 a laissé le pays dans une vacance du pouvoir. Et c’est peu après, lorsque, dans le sillage du « printemps arabe », une guerre civile a éclaté dans le pays voisin, que l’on a pu constater à quel point l’invasion militaire américaine avait été pernicieuse. Dans le nord-ouest de l’Irak déraciné et l’est de la Syrie déchirée, entre l’armée gouvernementale et l’Armée syrienne libre, assez d’espace s’était manifestement créé pour que se lève un troisième grand acteur : l’Etat islamique, ou Daech.

Bref, sans l’invasion idiote de Bush en Irak, il n’aurait jamais été question de Daech. C’est par millions que nous avons manifesté contre cette guerre en 2003, moi aussi, et la désapprobation était universelle. Et nous avions raison. Cela, non pas parce que nous étions capables de prédire l’avenir, nous n’étions pas clairvoyants à ce point. Mais nous en sommes pleinement conscients aujourd’hui : ce qui s’est passé dans la nuit de vendredi à Paris est une conséquence indirecte de la rhétorique de guerre que votre collègue Bush a employée en septembre 2001.

Et pourtant, que faites-vous ? Comment réagissez-vous moins de vingt-quatre heures après les attentats ? En employant la même terminologie que votre homologue américain de l’époque ! Et sur le même ton, bonté divine !

Risque monstrueux

Vous êtes tombé dans le panneau, et vous l’avez fait les yeux grands ouverts. Vous êtes tombé dans le panneau, Monsieur le Président, parce que vous sentez l’haleine chaude de faucons tels que Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen vous brûler la nuque. Et vous avez depuis si longtemps la réputation d’être un faible. Vous êtes tombé dans le panneau. Des élections se préparent en France, elles auront lieu les 6 et 13 décembre, ce ne sont que des élections régionales, mais, après ces attentats, elles seront placées sous le signe de la sécurité nationale, à n’en point douter. Vous êtes tombé dans le panneau tête baissée, parce que vous avez fait mot pour mot ce que les terroristes espéraient de vous : une déclaration de guerre. Vous avez accepté leur invitation au djihad avec enthousiasme. Mais cette réponse, que vous avez voulue ferme, fait courir le risque monstrueux d’accélérer encore la spirale de la violence. Je ne la trouve pas judicieuse.

Vous parlez d’une « armée terroriste ». Pour commencer, rien de tel n’existe. C’est une contradictio in terminis. Une « armée terroriste », c’est un peu comme pratiquer un régime boulimique. Des pays et des groupes peuvent avoir des armées ; s’ils ne parviennent pas à en former, ils peuvent opter pour le terrorisme, c’est-à-dire pour des actions ponctuelles dont l’impact psychologique est maximal, au lieu d’un déploiement structurel de forces militaires avec des ambitions géopolitiques.

Mais une armée, dites-vous ? Soyons clairs : jusqu’ici, nous ignorons si les auteurs des faits sont des combattants syriens revenus ou envoyés. Nous ne savons pas si les attentats ont été tramés au sein du « califat » ou dans les banlieues et « quartiers ». Et bien que certains indices laissent supposer qu’il s’agit d’un plan global émanant de la Syrie (la quasi-simultanéité de l’attentat-suicide au Liban et de l’attaque éventuelle d’un avion russe), force est de constater que le communiqué de Daech est venu bien tard, et qu’il ne contient pas d’autres éléments que ceux qui circulaient déjà sur Internet. Ne serait-il pas question de coordination ou de récupération ?

Rhétorique belliqueuse

Pour autant que l’on sache, il pourrait s’agir d’individus incontrôlés, sans doute pour la plupart des citoyens français revenus de Syrie : ils y ont appris à manier des armes et des explosifs, s’y sont immergés dans une idéologie totalitaire, cryptothéologique, et s’y sont familiarisés aux opérations militaires. Ils sont devenus des monstres, tous autant qu’ils sont. Mais ils ne sont pas une « armée ».

Le communiqué de Daech glorifait les « lieux soigneusement choisis » des attentats, vos propres services soulignaient le professionnalisme de leurs auteurs : sur ce point, remarquons que vous parlez la même langue. Mais qu’en est-il, en réalité ? Les trois hommes qui se sont rendus au Stade de France où vous assistiez à un match amical de football de la France contre l’Allemagne semblent plutôt être des amateurs. Ils voulaient sans doute pénétrer dans l’enceinte pour commettre un attentat contre vous, c’est fort possible. Mais celui qui se fait sauter à proximité d’un McDonald’s et n’entraîne « qu’une » victime dans sa mort est un bien piètre terroriste. Qui ne fait « que » quatre morts avec trois attentats-suicides, alors qu’un peu plus tard une masse humaine de 80 000 personnes sort de l’enceinte, est un bon à rien. Qui veut décimer le public d’une salle avec quatre complices sans bloquer les issues de secours n’est pas un génie de la stratégie. Qui s’embarque dans une voiture et mitraille des citoyens innocents et sans armes attablés aux terrasses n’est pas un militaire formé à la tactique, mais un lâche, un enfoiré, un individu totalement dévoyé qui a lié son sort à d’autres individus du même acabit. Une meute de loups solitaires, ça existe aussi.

Votre analyse d’une « armée terroriste » n’est pas probante. Le terme que vous avez employé, « acte de guerre » est extraordinairement tendancieux, même si cette rhétorique belliqueuse a été reprise sans honte aucune par Mark Rutte [premier ministre] aux Pays-Bas et par Jan Jambon [ministre de l’intérieur] en Belgique. Vos tentatives de calmer la nation menacent la sécurité du monde. Votre recours à un vocabulaire énergique ne signale que la faiblesse.

Il existe d’autres formes de fermeté que le langage de la guerre. Immédiatement après les attentats en Norvège, le premier ministre Jens Stoltenberg a plaidé dans détours pour « plus de démocratie, plus d’ouverture, plus de participation ». Votre discours fait référence à la liberté. Il aurait aussi pu parler des deux autres valeurs de la République française : l’égalité et la fraternité. Il me semble que nous en avons plus besoin en ce moment que de votre douteuse rhétorique de guerre.

Traduit du néerlandais par Monique Nagielkopf

 

Source: LE MONDE - AFRIQUE

lundi, 10 novembre 2014

BURKINA FASO: «UN PEUPLE EN ETAT DE REVOLUTION EST INVINCIBLE!»

 

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Célébration populaire suite au départ de l’ancien président (Burkina Faso, 31/10/14, AFP / Issouf Sanog)

 

Le mot, si juste et de grande vérité, est de Maximin Isnard, député girondin et régicide, génie violent, orageux, incompressible (Charles Nodier) et l’un des plus grands tribuns, sous la Révolution française.

 J’étais à Dakar, le 23 juin 2011, témoin oculaire, lorsque, dans une immense clameur de protestation, refusant le projet de modification de la Constitution, le peuple sénégalais s’emparait de la rue et incendiait les bâtiments publics. J’étais avec mon ami Jean-Pierre Pierre-Bloch, grand soutien du mouvement « Y’en a marre », m’avoua-t-il. Le président de la République, Abdoulaye Wade, avocat de métier mais oublieux du droit fondamental, fut ainsi contraint d’abolir son projet d’éternité au pouvoir. Moins d’un an plus tard, le 25 mars 2012, il perdait les élections présidentielles. Comme Jean-Pierre Pierre-Bloch me l’avait prédit.

Les gouvernements, dit Hegel, ne tirent jamais les leçons de l’histoire. En effet, à quelques nuances près, c’est le schéma sénégalais du 23 juin 2011 qui vient d’avoir lieu au Burkina Faso, avec la fuite précipitée de Blaise Compaoré, inébranlable disait-on, au pouvoir depuis 27 ans et quasi déterminé à s’éterniser en modifiant l’article 37 de la Constitution.

Le temps, selon Saint Augustin, est une distorsion de l’âme au sens où le passé est déterminé par la mémoire, le présent par l’attention et le futur par l’attente. Certes. Mais la volonté d’étirer le temps contre toute raison, c’est-à-dire indéfiniment, est une forte maladie de l’âme, une fièvre brûlante de l’esprit. À cet égard, il est insupportable et tout à fait incompréhensible qu’un nombre significatif de présidents africains n’envisagent le pouvoir que comme éternité. Étrange conception du temps et ridicule « conatus » ! Bien évidemment, il ne s’agit que de fausse éternité. Car tout Présidence absolue est une « vanité », qui finit toujours comme un « fétu de paille » emporté par les vents.

Nous ne cessons de le dire, les crises africaines tiennent, en grande partie, au système présidentiel hérité de la colonisation. Le remède à ce mal, c’est le régime parlementaire. C’est ce qui prévaut au Cap Vert, où les prérogatives essentielles sont entre les mains du Premier ministre qui tire sa légitimité du Parlement et sa force du suffrage législatif. En Afrique, le régime parlementaire est un des facteurs déterminants de la bonne gouvernance et source du développement. L’Afrique ne s’en sortira que si y prédomine le système parlementaire.

En attendant cela, demandons-nous comment finissent les pouvoirs « éternels ». Toujours subitement, l’espace d’un ouragan urbain et/ou d’un éclair rural. Un hurlement de colère populaire longtemps contenu, et tout leur pouvoir s’effondre. La fuite est alors le salut. Celle de Zine el Abidine Ben Ali, ex-président de la Tunisie, le 14 janvier 2011, est un modèle du genre dans tout ce qu’une fuite a de burlesque : une échappée aérienne tournant au périple. Celle d’Amadou Toumani Touré, ex-président du Mali, le 22 mars 2012, est hilarante : une fuite à dos d’homme. Qui ne se souvient de la fuite de Mobutu Sese Seko, quittant Kinshasa avec un long convoi de véhicules roulant à vive allure, le 16 mai 1997, pour se rendre à Gbadolite et, de là, au Togo puis au Maroc où il décèdera. Cette fuite contraste singulièrement avec sa prise de pouvoir le 24 novembre 1965.

Patrice Lumumba a su mourir, fier et digne. Amilcar Cabral n’a pas tremblé, à l’instant de son assassinat. Thomas Sankara préméditait sa mort et taquinait son épouse en l’appelant « ma veuve ». Les héros ne fuient pas l’ultime échéance. Pour eux, comme l’enseigne les Stoïciens, la mort est un croquemitaine. Savoir mourir, c’est que ne savent pas les despotes. La crainte qu’ils inspirent a pour corollaire la fuite, dès lors que les vents tournent. Mais pour « tomber » telle une « douille vide », il faut que le dictat du président-éternel ait déjà perdu toute sa substance, à savoir la crainte qu’il suscite (la crainte est, selon Montesquieu, le principe du despotisme) et qu’il se soit vidé de son sens, c’est-à-dire la croissance (économique) et l’unité (nationale), motifs pour lesquels leur despotisme était toléré.

Dans son 18 Brumaire, Marx a admirablement décrit la dialectique des événements qui, en France, a conduit au fameux coup d’état de Louis Napoléon. L’ouvrage, de facture hégélienne, saisit sur le vif l’enchevêtrement des faits de l’actualité et est un modèle d’analyse. S’agissant du Burkina Faso, la chute de Blaise Compaoré apparaît comme le résultat d’une dialectique entre six facteurs principaux qui se classent en deux types de causes, externes et internes. Dans le registre des causes internes, il y a trois facteurs. Le premier est le péché originel du régime Compaoré : le coup d’état du 15 octobre 1987 qui verra l’assassinat du charismatique Thomas Sankara, assassinat aggravé par une suite d’atroces guerres civiles (Sierra Léone, Libéria, etc.), de coups d’État, de déstabilisations et de meurtres, dont celui du journaliste d’investigation Norbert Zongo (13 décembre 1998) à propos duquel François Compaoré, le frère du Président, est soupçonné être le commanditaire. Ces grands assassinats, qui scandent la vie politique du Burkina Faso (post-sankariste), ont hanté les consciences au-delà même du Burkina Faso. Je me souviens encore du récit détaillé que me fit João-Bernardino Vieira, ancien président de la République de Guinée-Bissau, de l’accueil fort hostile que les Présidents africains réservèrent à Blaise Compaoré lors de sa première participation à une rencontre de chefs d’États. C’est João-Bernardino Vieira qui, pour décrisper l’atmosphère pesante, prit Blaise Compaoré par la main, et calmant ses pairs, l’amena leur dire bonjour. Et, profitant de la bonne volonté de João-Bernardino Vieira, Blaise Compaoré formula sa demande d’effectuer sa première visite officielle en Guinée-Bissau, et ce pour amorcer la reconnaissance de son régime. João-Bernardino Vieira estima qu’il ne fut pas payé de gratitude, lorsqu’il découvrit, me dit-il, que Blaise Compaoré était impliqué dans le coup d’État qui le renversera en 1998.

En tous les cas, nul ne comprend le vieux ressentiment à l’encontre de Blaise Compaoré, un sentiment encore très vif aujourd’hui, sans le rappel de tels faits et situations. Ce péché originel (assassinat de Th. Sankara) et son implication (supposée ou réelle) dans certains drames en Afrique de l’ouest, le suivront jusqu’à son renversement. Le deuxième facteur, classique celui-là, relève de l’usure normale du pouvoir, par le double effet de la longue durée au pouvoir et la concentration de l’autorité publique entre les mains de Blaise Compaoré. C’est ce qu’exprime la tranche d’âge des 15 – 30 ans, cœur de la jeunesse burkinabé, lorsqu’elle clame n’avoir connu d’autre Président que lui, exprimant, en creux, l’exigence démocratique d’alternance. Le troisième facteur concerne la gestion de la chose publique, telle que profondément détériorée par le népotisme, la corruption, la mauvaise gouvernance, la gabegie, la non-redistribution des richesses du PIB dont la croissance annuelle à 7% ne profitait qu’à quelques familles. Cette croissance-là n’a aucun sens.

Au fil des ans, ces trois facteurs (assassinats politiques et déstabilisations des voisins, usure du pouvoir et mauvaise gouvernance) sont devenus d’autant moins acceptables que Blaise Compaoré avait perdu de son aura à l’étranger (retrait de Jacques Chirac de la vie politique) et son influence géopolitique avait quasiment disparue. En effet, avec l’entrée en guerre directe de la France au Mali contre la menace djihadiste (Opération Serval, 11 janvier 2013), avec la fin du régime du Guide libyen, avec la reprise en main par Alger des pourparlers entre l’État malien et les autonomistes du nord Mali, avec l’arrivée d’Alassane Ouattara au pouvoir en Côte d’Ivoire, Blaise Compaoré, affaibli en matière de politique étrangère, n’offrait plus d’utilité historique. Car, le réchauffement des liens entre la France et l’Algérie, après la victoire de François Hollande aux présidentielles de mai 2012, les deux pays se sont répartis les grands rôles en Afrique de l’ouest : pour la France, les épreuves de guerre, pour l’Algérie, les tâches diplomatiques, notamment dans la grave crise malienne. Ainsi les « Accords de Ouagadougou », devenues obsolètes et caduques, ont-ils été relégués et supplantés, de facto, par les « pourparlers d’Alger ». Dans cette division du travail militaro-diplomatique, il ne faut pas oublier que les initiatives économiques ont été dévolues au Maroc. C’est parce qu’il n’a pas saisi cette division du travail que Blaise Compaoré n’a pas compris la subtilité de l’avertissement épistolaire que lui avait adressée François Hollande le 7 octobre dernier . La « porte de sortie » que le Président français lui proposait, en relation à la crise malienne, cela signifie qu’il devait impérativement quitter le pouvoir au terme de son dernier mandat, sinon…

Bref, c’est la conjugaison de ces trois causes internes et de ces trois causes externes mentionnées, et dont le peule et l’opposition burkinabés avaient une claire conscience, qui a fait « tomber » si facilement, trop rapidement Blaise Compaoré. L’Histoire, ne l’oublions pas, est un tribunal implacable. Le destin, dit Hegel, c’est la conscience de soi comme étant son propre adversaire. En n’écoutant que lui-même, Blaise Compaoré s’est fait l’auteur de son propre destin : la fuite.

Mais ce destin était prévisible. Il n’était point besoin d’être grand clerc pour l’apercevoir. Ainsi, le 30 septembre dernier, échangeant quelques considérations politiques sur la situation de son pays avec un jeune Burkinabé, dont les termes sont en partie rapportés ci-dessous :
-    L. : « Il [Blaise] reprend ainsi l’initiative et inhibe un soulèvement.
-    PFT : Oui. Mais je ne crois pas que l’opposition se fasse enfarinée.
-    L. : La révision des constitutions est à l’ordre du jour.
-    PFT : Oui, je suis un peu cela. Mais à mon avis les choses vont se compliquer pour les révisions. C’est la rue qui décidera, en dernier ressort. »

Les pays africains, dussions-nous le répéter, s’ils veulent se développer et créer de véritables nations n’ont d’autre choix que le système parlementaire. L’Armée n’est pas une issue, y compris au Burkina Faso. Telle est la grande leçon que nous devons tirer de la chute de Blaise Compaoré, si tant est qu’on puisse tirer des leçons de l’histoire. Tout le pouvoir au Parlement.

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Maximin Isnard (D.R)

Car un vieux souvenir français habite le Burkina Faso : « un peuple en état de révolution est invincible  ».

 

Par , le Lundi 10 novembre 2014

 
Source: PFTAVARES.FR

dimanche, 09 novembre 2014

COMPROMISE PAR SON SOUTIEN A COMPAORE, LA FRANCE DOIT TIRER LES LEÇONS DE LA REVOLTE BURKINABE

 

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Une semaine après la chute du président burkinabè Blaise Compaoré, des zones d’ombre commencent à se dissiper sur le rôle de protection du régime joué jusqu’au bout par la diplomatie française, fidèle à sa tradition françafricaine et une nouvelle fois à contre-pied de l’Histoire. Ce soutien est allé jusqu’à l’exfiltration de Blaise Compaoré, le soustrayant de fait à la justice de son pays.

Après avoir longtemps qualifié les relations franco-bukinabè d’"excellentes" (à l’instar de Laurent Fabius, en visite à Ouagadougou le 27 juillet 2012), la France n’a pris que très tard la mesure du mouvement de fond à l’œuvre depuis des mois au sein de la société civile burkinabè.

Dans une lettre à Compaoré datée du 7 octobre 2014, François Hollande se contentait de proposer comme solution de sortie un poste dans une organisation internationale (probablement l’Organisation Internationale de la Francophonie) à un président burkinabè toujours considéré comme "fréquentable" quelques jours avant sa sortie précipitée. Le parallèle avec la chute du tunisien Ben Ali, en janvier 2011, montre combien la France n’a pas su tirer les leçons de ses erreurs et continue à s’enfermer dans le soutien à des régimes dictatoriaux au nom de la "stabilité".

L’embarras et les compromissions de la diplomatie française ont été manifestes dans les jours précédant et suivant la chute du despote avec les postures embarrassées d’un ministre des Affaires étrangères français se contentant dans un premier temps d’un pusillanime appel au calme et à la protection des ressortissants, et de personnalités politiques telles que le député socialiste François Loncle, défendant en pleine crise le bilan du dictateur burkinabè face aux médias.

Auparavant, l’ambassadeur de France au Burkina, militaire de carrière comme son prédécesseur, s’était invité dans plusieurs réunions auprès des différents protagonistes du soulèvement, alimentant l’idée qu’il y défendait le plan de transition de Compaoré, selon lequel le dictateur devait se maintenir au pouvoir le temps de passer la main, quand la foule et l’opposition exigeaient un départ immédiat. Une ingérence scandaleuse de la part de la diplomatie du pays qui a le plus soutenu Compaoré au cours des 27 ans de son régime.

Ce qui est désormais avéré, c’est le rôle actif de la France dans la fuite de Blaise Compaoré.

Après avoir louvoyé en expliquant que la France avait joué un rôle dans son exfiltration, mais « sans y participer » [1], François Hollande a fini par reconnaître son mensonge en confirmant les informations de Jeune Afrique selon lesquelles le dictateur burkinabè a bien été emmené en Côte d’Ivoire par un hélicoptère puis un avion des forces françaises. Plus inquiétant, les propos de François Hollande sur les conditions de l’exfiltration de Compaoré, « il y a eu des attaques, il y a eu des réponses » sous-entendent la possibilité d’un engagement armé des militaires français. Si le président français assure avoir agi pour une évacuation « sans drame », en confiant Compaoré à un régime ivoirien "ami" peu enclin à l’extrader, il lui a surtout permis de se soustraire à d’éventuelles poursuites judiciaires au Burkina Faso, notamment pour son rôle dans des assassinats politiques comme ceux de Thomas Sankara et du journaliste Norbert Zongo ou dans la mort de manifestants burkinabè lors du soulèvement de ces derniers jours. Indispensable, la tenue d’un procès du despote burkinabè permettrait d’en savoir davantage sur les soutiens multiformes dont il a bénéficié de la part de la France depuis sa prise de pouvoir dans le sang en 1987.

Entièrement consacrée au repositionnement de l’armée française dans le Sahel (opération Serval, Barkhane), dont le Burkina est aujourd’hui un point stratégique, la France a négligé une nouvelle fois les aspirations démocratiques des populations des États qui soutiennent cette entreprise militaire. Le scénario surprise burkinabè pourrait, aujourd’hui ou demain, se reproduire au Tchad, au Cameroun, au Congo Brazzaville, au Gabon, au Togo et dans de nombreux autres pays, et prendre à nouveau de cours des autorités françaises qui ne manquent pourtant pas d’informations sur la nature de ces régimes et l’exaspération de ceux qui les subissent.

L’association Survie :

  • Demande aux autorités françaises, de cesser toute forme de soutien aux dictateurs et aux familles qui s’accrochent au pouvoir : Idriss Déby au Tchad, Sassou N’Guesso au Congo Brazzaville, Paul Biya au Cameroun, Ali Bongo au Gabon, Faure Gnassingbé au Togo, Joseph Kabila en République Démocratique du Congo, Teodoro Obiang Nguema en Guinée Equatoriale, etc.
  • Soutient le rassemblement organisé le samedi 8 novembre à 15h devant l’Ambassade du Burkina Faso à Paris
  • Soutient la demande de commission d’enquête parlementaire sur le rôle des autorités françaises dans l’assassinat de Thomas Sankara formulée par la campagne Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique et déposée sans suite favorable en 2011 et 2013 par les députés du Front de Gauche et d’E.E.L.V.
  • Dénonce la protection contre des poursuites judiciaires dont bénéficie de facto Compaoré en Côte d’Ivoire et rappelle l’exigence de justice pour toutes les victimes des guerres régionales, des assassinats et des crimes économiques de Blaise Compaoré et de la Françafrique
  • Demande la démission de François Loncle de la présidence du groupe parlementaire d’amitié franco-burkinabé, pour avoir défendu jusqu’au bout Blaise Compaoré, son image, son bilan, et l’idée qu’il devrait encore se maintenir au pouvoir dans le cadre d’une transition.

[1] Déclarations de François Hollande en marge de son déplacement au Canada le 04/11/2014

 

Source: SURVIE.ORG

vendredi, 30 mai 2014

INDIGNONS-NOUS CAR ILS SAVENT CE QU’ILS FONT!

 

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Les chiens de garde de la démocrature françafricaine n’ont pas fini de faire parler d’eux. Alors que les électorats français et européens n’arrêtent pas de s’enfoncer dans les dérives fascistes, que les déçus de Ouattara s’immolent par le feu et que les militants de la souveraineté africaine intensifient leurs actions notamment à travers la campagne BrinBackOurGbagbo, les préposés à la chasse françafricaine sont à l’œuvre. Après le financement par l’Union Européenne de pseudo-« forums de la gouvernance identitaire » à la solde de la réélection de OUATTARA derrière lesquels se cache le propagandiste révisionniste Benoît SCHEUER (CONTREPOIDS : Benoît Scheuer le propagandiste de Ouattara est toujours à l'oeuvre), le détachement de Patrick RAMAEL par le Ministère de la Justice française à la Présidence ivoirienne affecté à la réforme de la justice en tant que conseiller du valet local OUATTARA (GRI GRI INTERNATIONAL : Ramaël a trouvé l'assassin de Guy André Kieffer)  - vaste entreprise pour enterrer tous les dossiers Noirs de la Francivoire- nous apprenons que Jean-Pierre MIGNARD lance un « appel à une République nouvelle » via Médiapart (MEDIAPART : Jean-Pierre Mignard appelle à une république nouvelle). Rappelons que Jean-Pierre MIGNARD n’est autres que l’avocat de François HOLLANDE, de OUATTARA et même de MEDIAPART… Ceci expliquant peut-être cela et notamment qu’Edwy PLENEL, Bruno GACCIO, Pierre LARROUTUROU autoproclamés contrepouvoirs démocratiques défenseurs des libertés républicainesn’aient pas répondu à nos sollicitations militantes et ne relaient jamais nos appels à la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Leur indignation est décidément à géométrie variable.

Stéphane HESSEL a bien fait de mourir avant de voir à quelles sauces indignes ses « amis » associent aujourd’hui son nom maintenant qu’il n’est plus là pour approuver ou non leurs actions prétendues citoyennes à l’aune de son illustre et méritée réputation de « Juste ». Au « Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font » très démobilisateur et qui remet le combat pour la vérité entre les mains d’une justice immanente différée et/ou incertaine, préférons un «Indignons-nous car ils savent pertinemment ce qu’ils font » plus adapté à l’idée que chacun est aussi acteur de sa vie et coauteur de son avenir.

Christine COLIN-TIBALA

 

Vous pouvez retrouvez cette contribution sur le lien suivant : CONTREPOIDS : Indignons-nous car ils savent ce qu'ils font !

 

Quelques liens pour poursuivre la réflexion sur ce thème  :

CONTREPOIDS : Charles Blé Goudé devant la CPI

BLOG DE CHRISTINE TIBALA SUR MEDIAPART : Les chiens de garde de la Francivoire

LE JOURNAL DE L'AFRIQUE AVEC INVESTIG'ACTION : Mali, Centrafrique… Comprendre les guerres de recolonisation de l’Afrique par la France de Hollande

CAFE UMOJA : Réoccupation militaire totale de l'Afrique ce samedi 31 mai 2014

BLOG DE CHRISTINE TIBALA SUR MEDIAPART : Non à ces médailles qui déshonorent la France

CONTREPOIDS : 19 septembre 2002-19 septembre 2013 : Les larmes de la Francivoire

CONTREPOIDS : Charles Blé Goudé devant la CPI

Quelques liens vers des sites/Blog qui donnent une véritable information alternative sur l’ordre inégalitaire international, plus particulièrement sur les guerres économiques déguisées en guerres humanitaires de la France ainsi que sur le combat des peuples du sud pour que l’on respecte leur droit à disposer d’eux-mêmes :

Abidjandirect

Abidjanpasnet

Afrohistorama

Cameroonvoice

Civox

Côte d'Ivoire La Vraie

Eventnewstv

Fraternafrique

Gbagbo.ci

Indignez-vous haut et fort

IREA-institut

Ivoirebusiness

Ivoire-politique

Kamayiti

La dépêche d'Abidjan

La Juda

La Voie de l'Afrique

La Voix du Peuple

La VRA (Voix de la Résistance Africaine)

L'Afrique Puissance Mondiale 2050

Le Blog de Christine TIBALA

Le Blog de Claudus

Le Blog de René Kimbassa

Le Blog de Sam La Touch

Le Blog de Shlomit Abel

Le Blog de Théophile Kouamouo

Le Blog de Fernand Dindé

Le Gri Gri International

Le Nouveau Courrier

Michel COLLON et son nouveau Journal de l'Afrique

Ligue Panafricaine UMOJA

Lynxtogo

Mondialisation

Notre Afrique

Notre Voie 

Panafricain

Soutien et Liberté

Steve Beko

Survie

Compte tenu de la marge d'avance des médiamenteurs de tous poils, j'en profite pour rappeler deux actions importantes visant à rétablir la vérité historique sur la crise ivoirienne :

  •     D'abord le LANCEMENT OFFICIEL DE L’ASSOCIATION DES AMIS DE LAURENT GBAGBO

"Paris, le 21 mai 2014

Le samedi 31 mai nous avons le plaisir de vous convier au lancement officiel de l’Association des Amis de Laurent GBAGBO. Cette association a pour but de regrouper tous ceux qui veulent agir en faveur de la libération et de la réhabilitation de Laurent Gbagbo.

Date : Samedi 31 mai 2014, de 14h à 18h

Lieu : AGECA, 177 rue de Charonne, Paris 11ème

A cette occasion, la parole sera donnée à des personnalités qui connaissent depuis longtemps Laurent Gbagbo et qui feront partager leur vision personnelle de l’homme, l’intellectuel, le dirigeant politique, le panafricaniste.

Raphaël DAGBO, Président de l’Association des Amis de Laurent GBAGBO
Contact : asso.amisdelaurentgbagbo@gmail.com"

Plus d'infos sur : CONTREPOIDS : lancement public à Paris de l'Association des Amis de Laurent Gbagbo ce samedi 31 mai

 

  • Ensuite la campagne #BringbackourGbagbo à laquelle s’associe pleinement l’Association des Amis de Laurent Gbagbo en ces termes :

« Chers amis,

La campagne «Bring back our Gbagbo », initiée par plusieurs cyberactivistes et responsables de mouvements animés par la volonté d'obtenir maintenant la libération de Laurent Gbagbo prend de l'ampleur, et nous en sommes heureux. Le mot d'ordre est simple et s'adresse à tous : afficher ces mêmes mots, « Bring back our Gbagbo », parfois avec quelques variantes, sur des panneaux que l'on fera circuler sur Internet ou que l'on brandira haut lors des rassemblements.

L'Association des Amis de Laurent Gbagbo se reconnaît pleinement dans cette initiative et invite ses adhérents et sympathisants à la soutenir et à s'en faire l'écho.

Bring back our Gbagbo !

Pour le Bureau de l'Association,

Raphaël Dagbo »

 

Plus d'infos sur

CONTREPOIDS : Campagne Bring back our Gbagbo

dimanche, 02 février 2014

FRANÇOIS HOLLANDE ANNONCE EN COTE D'IVOIRE - PAR THEOPHILE KOUAMOUO

 

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Des échanges écrits entre un parlementaire socialiste et le chef de la diplomatie française Laurent Fabius montrent que le pouvoir hexagonal est écartelé, en ce qui concerne la Côte d’Ivoire, entre une proclamation de son refus des violations des droits de l’Homme – qu’il ne peut pas non plus nier – et un soutien à un régime dont il veut croire qu’il fait des efforts. En dépit des constats accablants qui sont quotidiennement faits sur le terrain



Un voyage à hauts risques en termes de crédibilité politique. François Hollande, le président français, sera en visite officielle en Côte d’Ivoire à la fin du mois de février. Il lui sera difficile de démontrer qu’il ne viendra pas dans ce pays pour, très clairement, adouber un pouvoir que son prédécesseur Nicolas Sarkozy a contribué militairement à installer, et qui se caractérise par des violations massives des droits de l’Homme documentées par la presse ivoirienne et par les organisations internationales de défense des droits de l’Homme. D’autant plus qu’au sein de sa propre majorité, des voix se sont élevées pour dénoncer les exactions multiples des troupes de Ouattara. Et que Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, s’est engagé à être vigilant sur la thématique du respect des droits humains. C’est ce dont témoigne un document officiel dont Le Nouveau Courrier s’est procuré une copie.

Ce document contient une «question écrite», posée par le député de l’Eure François Loncle en avril 2013 et la réponse à cette interpellation formulée par Laurent Fabius en juin dernier. «Un récent rapport d’Amnesty International souligne l’attitude partiale et arbitraire du pouvoir ivoirien en place, alors qu’il avait pris, devant la communauté internationale, l’engagement solennel de faire toute la lumière sur les exactions commises dans les deux camps en présence, au moment de la crise postélectorale en 2010-2011 qui avait fait près de 3000 victimes. Cette ONG a établi que les violations des droits humains perpétrées par les forces armées à l’encontre des soutiens de l’ancien président Laurent Gbagbo se sont généralisées depuis deux ans. Secondée par une milice composée de chasseurs traditionnels, la nouvelle armée nationale, qui était censée «être un puissant instrument de cohésion nationale», jouit d’une impunité quasi-totale, se rendant coupable d’exécutions extrajudiciaires, d’assassinats, d’arrestations abusives, de détentions illégales et d’actes de torture. En juillet 2012, cette milice a attaqué, à Nahibly, un camp de personnes déplacées, principalement issues de l’ethnie guérée, qui est généralement considérée comme partisane de Laurent Gbagbo, et elle a au moins massacré 14 Ivoiriens.

Seuls les partisans et les proches de Laurent Gbagbo sont persécutés, violentés et incarcérés, en raison de leurs affiliations politiques ou de leur appartenance ethnique. Le rapport d’Amnesty International précise que certains prisonniers sont détenus dans des conditions très pénibles, soumis à des traitements inhumains et dégradants, privés de tout contact avec leurs familles et leurs avocats. Les procédures judiciaires sont entachées de maintes irrégularités : les audiences ne se déroulent presque jamais de manière équitable et les droits de la défense sont systématiquement bafoués», indique le texte de la «question», qui indique que le parlementaire attend que Laurent Fabius lui fournisse «des renseignements concrets» sur la Côte d’Ivoire des droits humains.

Dans sa réponse, qui a tout de même pris près de deux mois pour arriver, Fabius fait assaut de langue de bois, se fait garant de la bonne volonté du régime Ouattara tout en indiquant des dossiers sur lesquels il s’engage à être vigilant. «Résolument attachées à préserver la stabilité régionale et soucieuse de la cohésion nationale au sein des Etats qui composent la sousrégion, les autorités ivoiriennes se sont engagées à rétablir l’Etat de droit, à lutter contre l’impunité et à oeuvrer à la réconciliation, avec notamment la mise en place d’une commission dialogue, vérité et réconciliation et la création d’un ministère des droits de l’Homme et des libertés publiques. La coopération du gouvernement ivoirien avec les mécanismes des Nations unies et avec la société civile est également un signal positif. L’expert indépendant des Nations unies sur la situation des droits de l’Homme a ainsi pu effectuer plusieurs visites dans le pays en vue de la préparation des rapports présentés au Conseil des droits de l’Homme. La France soutient ces initiatives en faveur du système de protection des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire. Néanmoins, la situation des droits de l’Homme en Côte d’Ivoire reste source de préoccupation.

Le dernier rapport du haut commissariat des droits de l’Homme ainsi que ceux des principales organisations non gouvernementales internationales font référence à des cas de détention arbitraires, d’exécutions sommaires, de torture, de traitements inhumains et dégradants et à des violences sexuelles. La France est préoccupée par ses allégations. La lutte contre l’impunité est un enjeu fondamental de la réconciliation et de la refondation en Côte d’Ivoire. La France appelle notamment à la mise en place d’une commission pour enquêter sur l’attaque du camp de personnes déplacées à Nahibly, près de Duékoué. La France a pris bonne note de l’engagement des autorités ivoiriennes à faire toute la lumière sur ces allégations et de traduire les responsables en justice le cas échéant. La coopération de la Côte d’Ivoire avec l’expert indépendant est également un signal positif (…) La France adresse un message constant aux autorités ivoiriennes afin qu’elles fassent cesser toutes les exactions et qu’elles combattent l’impunité quels que soient les auteurs de ces crimes», écrit Fabius.

Cela fait plus de six mois que sa réponse à François Loncle a été publiée au Journal Officiel de France. Laurent Fabius peut-il sérieusement affirmer que sur la question du massacre de Nahibly, la lutte contre l’impunité a avancé ne serait-ce qu’un peu ? Au-delà de petites opérations de communication très vite oubliées, le régime Ouattara n’a rien fait pour rendre justice aux victimes. Aucune commission d’enquête n’a été mise en place, contrairement aux voeux de la France. Certes, une information judiciaire a été ouverte longtemps après les faits. Des autopsies ont été réalisées sur les corps qui ont été exhumés. Mais elles n’ont pas été transmises aux familles des victimes et leurs résultats restent secrets. Les FRCI empêchent que les fouilles susceptibles de découvrir d’autres corps soient faites. Alex Saint-Joël Gnonsian, témoin du massacre, a été assassiné par les FRCI dans le silence international – et RFI, radio de service public français, a tenté de noyer le poisson en le traitant de «braqueur» sans le moindre respect de la présomption d’innocence. D’autre part, les lieux de détention illégaux, qui sont en réalité des camps de torture, demeurent en Côte d’Ivoire.

Près de 800 prisonniers politiques sans jugement pour certains depuis près de trois ans croupissent dans les geôles du pouvoir. Le régime joue avec les mandats d’arrêt, non levés et non exécutés, pour faire du chantage aux cadres de l’opposition exilés et qui n’ont aucune autre alternative que «l’allégeance» moyenâgeuse pour rentrer au pays. En dépit de cet environnement caractérisé par un déni total des droits humains, la France, qui n’a jamais publiquement dénoncé ces abus, contrairement aux Etats-Unis ou aux Nations unies – comme l’a fait remarquer l’ONG Human Rights Watch – honore Ouattara d’une visite officielle à Abidjan. Elle programme la mise en place d’une base opérationnelle avancée à Abidjan. Quand on sait que François Hollande s’est fait élire notamment en affirmant qu’il mettrait fin à la Françafrique et au soutien inconditionnel à des régimes autoritaires, on mesure le grand écart réalisé. Ou les trahisons assumées !


Théophile Kouamouo, in le quotidien ivoirien Le Nouveau Courrier.

 

Source: CAMEROON VOICE

vendredi, 20 décembre 2013

SOMMET DE BRUXELLES - MERKEL BLOQUE LES FONDS DE L'UNION EUROPEENNE POUR LES MISSIONS AFRICAINES DE LA FRANCE

 

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Et vlan ! ! ! Voici ce qui arrive quand on veut faire financer ses errements et ses turpitudes par les autres et en tirer seul les dividendes. Vous avez liquéfié la Centrafrique en lui imposant un chef rebelle, assumez aujourd'hui les dérives qui s'y déroulent. Bien fait pour vous! Chaque mort en Centrafrique est de la responsabilité directe de la France. Qu'elle assume! Et seule. Bonne lecture. Fernand Dindé.



L'UE ne mettra pas de fonds à disposition pour soutenir les opérations de l'armée française en Afrique. Selon la chancelière Angela Merkel, un financement n'est possible que lorsque les partenaires européens sont également impliqués dans la prise de décision de la mission.

La France ne recevra aucune aide financière des autres pays de l'UE pour ses opérations militaires en Afrique. Le plan du président français François Hollande a échoué principalement à cause de la résistance de la chancelière allemande Angela Merkel.

«Nous ne pouvons pas financer de mission militaire dans laquelle nous ne sommes pas impliqués dans le processus de décision», a déclaré Mme Merkel dans la nuit de vendredi pendant le sommet de l'UE à Bruxelles. Cependant, elle a expliqué qu’il y a «des raisons de croire qu'une intervention en Centrafrique était nécessaire.»

La chancelière a indiqué clairement qu'elle et les autres pays de l'UE attendaient à l’avenir un comportement différent de la France. Il ne suffit pas d'obtenir une décision du Conseil de sécurité de l'ONU pour une mission militaire. Celui qui aspire à une coresponsabilité européenne doit, dans le même temps, s’accorder avec ses partenaires européens et s'efforcer d’obtenir une décision de l’Union européenne.

(Source: Spiegel/AFP)


Traduction: Nathalie Yamb

 

Source: SPIEGEL.DE

lundi, 16 décembre 2013

INTERVENTIONS FRANÇAISES EN AFRIQUE: DES QUESTIONS A FRANÇOIS HOLLANDE

 

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Merci pour votre intervention en Centrafrique pour désarmer des individus armés qui massacrent des civils. En moins d’une semaine 400 civils ont été tués par des groupes armés de l’ex rébellion dans une guerre que vous avez qualifié de religieuse. L’envoyé de « Dieu » que vous allez installer au pouvoir à l’issue des « élections » vous le rendra au centuple.


QUESTION N°1

Des groupes armés que votre prédécesseur Sarkozy a armés en Libye, massacrent des civils depuis 2 (deux) ans. L’on dénombre aujourd’hui des milliers de morts.

Pourquoi vous n’aviez pas commencé par la Libye ? Les Libyens morts sont-ils des hommes de seconde zone?

QUESTION N°2

Des groupes armés que vos prédécesseurs (CHIRAC, SARKOZY) ont armé en Côte d’Ivoire, massacrent des civils depuis 10 (dix ans), des milliers et des milliers de civils ont perdu la vie et continuent de perdre la vie, le dernier rapport de l’ONU fait état de 223 morts récemment sans oublier les 800 morts à Duékoué à l’ouest de la Côte d’Ivoire en une seule journée en 2011 et les massacres dans le camp des réfugiés de Nahibly encore dans l'ouest de la Côte d'Ivoire.

Pour votre gouverne, le coup d’Etat manqué de 2002, soit deux ans après l’élection démocratique de Laurent GBAGBO, a été l’œuvre d’une bande armée par vos prédécesseurs. Après l’échec du coup d’Etat, vos prédécesseurs les ont aidé à occuper la moitié nord du pays et ont organisé une rencontre en France qui a abouti aux accords de Linas-Marcoussis. Dans cet accord qui a fait l’objet d’une résolution de l’ONU et l’envoi des forces françaises licorne en Côte d’Ivoire pour sa mise en œuvre, une seule chose était exigée aux rebelles contre une vingtaine à Laurent GBAGBO : le désarmement. Pendant 8 ans l’armée française n’a procédé à aucun désarmement. Au contraire elle a surarmée la rébellion et pris les commandes d’un second coup d’Etat réussi le 11 Avril 2011 et cette bande armée composée de chasseurs traditionnels  appelés DOZOS et autres mercenaires ont envahi la Cote d’Ivoire semant terreur, massacres et exil.

Pourquoi vous n’aviez pas commencé le désarmement par la Côte d’Ivoire? Oui  ces rebelles rebaptisés FRCI sont toujours armés et ce sont les forces régulières de défense et de sécurité police et gendarmerie, marins qui sont aujourd’hui dépossédés de leurs armes . Les ivoiriens massacrés sont-ils des hommes de seconde zone?

QUESTION N°3

Dites-nous la vérité pourquoi, les civils qui sont morts et qui continuent de mourir en Libye et en Côte d’Ivoire ne suscitent en vous aucune émotion et ceux de Centrafrique suscitent en vous une si forte émotion ?

REPONSE

Monsieur HOLLANDE permettez-moi de vous aider dans votre réponse pour vous éviter de vous perdre dans la rhétorique des droits de l’homme et autres engagements humanitaires qui ne pourront convaincre que vous-même.

En Libye comme en Côte d’Ivoire, les intérêts des prédateurs de pétrole, de cacao, de marchés publics de travaux, sont assurés par les groupes armés qui massacrent les civils et les présidents installés gèrent le pays pour le compte de ces prédateurs. La loi de l’omerta entre prédateurs et leurs États vous obligent à fermer les yeux sur le drame des Libyens et des Ivoiriens qui meurent chaque jour. Leurs cris vous dérangent, leurs cadavres rependent des odeurs insupportables, leur souffrance dans des camps de réfugiés inondés de serpents vous importent peu, leur condition dans  les prisons insalubres et les camps de torture abominables vous préoccupent moins. Par conséquent, vous préférez ne pas entendre cela sur France 24, TV5, ou RFI, loi de l’omerta oblige.

Un conseil : au lieu d’envoyer des Français à la recherche d’emploi se faire tuer pour des prédateurs qui ont leur coffre-fort non en France mais dans les paradis fiscaux, en espérant réduire le chômage par l’élimination des chômeurs, je vous suggère de rétrocéder les bases militaires françaises en Afrique, les moyens matériels et financiers aux forces africaines d'intervention rapide, elles feront le travail. Elles l’ont déjà fait pour la France pendant la première et la deuxième guerre mondiale, elles seront capables de le faire pour leur propre continent. Il suffit simplement que vous leur remettiez les moyens que les prédateurs de vos pays ont pillés. Oui, stoppez s'il vous plaît les prédateurs et rétrocédez la richesse pillée à son vrai propriétaire : l’Afrique à travers son organisation communautaire l’Union Africaine.

Gageons que votre intervention humanitaire en Centrafrique ne se transforme en permis de d'exploitation d'uranium et de diamant.

 

Dr Cheick DIABATE

Enseignant Chercheur, Université du Collorado

(USA)

dimanche, 29 septembre 2013

LE CIRQUE MALIEN: LES AFRICAINS ONT-ILS UN PROBLEME AVEC LA LIBERTE?


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Lorsque hier 19/09/2013, j’ai vu à la télévision la cérémonie de la prestation de serment du nouveau président malien (IBK) à Bamako, j’ai eu un pincement au cœur. Nous avons tous vu le président français menacer la Syrie dans son discours de Bamako. Et lorsqu’en plus la chaine de télévision française TF1 titre son journal télévisé avec ces quelques mots: «Mali: sept mois après, Hollande de retour pour «investir» le nouveau président». Elle confirme de fait que Monsieur Kéita n’est qu’un sous-préfet. Et je me suis posé certaines questions: A quoi cela sert-il au peuple français un tel cirque? Pour convaincre qui sur cette planète? Combien d'emplois seront créés en France à partir des millions d’Euros que ce pays a dépensés pour inviter le monde entier à applaudir au cirque malien de ce 19/9/2013? Après 21 ans de la démocratie, le Mali nous prouve qu'en Afrique, ce n’est point la démocratie qui va précéder l’économie, bien peut-être l’inverse. Le cirque malien est la preuve qu’aucun pays au monde n’a jamais résolu ses problèmes grâce à la prétendue «démocratie» et d'alternance politique au pouvoir. Si 20 ans de démocratie malienne finit à la mise sous-tutelle du pays par un chef d'Etat français en mal de popularité dans son pays, c'est que nous avons vraiment touché le fond. Alors qu’est ce qui ne va pas? Est-ce qu’on verrait le même président français dans les anciennes colonies françaises d’Asie pavoiser de la même manière?

 

Pour une fois, plutôt que de voir tous les problèmes dans la méchante France, je m’interroge sérieusement si les Africains n’ont pas un problème avec la liberté. Est-ce que 500 ans d’humiliation et de soumission n’ont pas transformé l’Africain en un animal en cage ? en un animal que même laissé libre de s’échapper, refuse obstinément de partir, de s’envoler à la découverte de la splendeur du ciel bleu ?

Pour le comprendre, je vous invite à analyser le comportement d’autres peuples hors d’Afrique, colonisés par la même France, pour voir si ces pays ont le même comportement que les pays africains. Nous allons choisir deux secteurs dans notre analyse : la Langue et la Monnaie.

1- Le Cambodge

Le Cambodge est une colonie française depuis 1863, jusqu’à la proclamation de son indépendance le 9 novembre 1953, c’est-à-dire après 90 ans d’occupation coloniale française. Indépendance suivie d’une longue guerre civile. Mais peut-on imaginer les dirigeants cambodgiens se comporter avec la même soumission etallégeance vis-à-vis de la France ?

a) La langue : A l’indépendance, les intellectuels sont unanimes sur une chose : Si le français reste la langue officielle du pays, l’indépendance à peine obtenue ne sera jamais effective. Voilà pourquoi le Khmer devient l’unique langue officielle avec son système d'écriture alpha-syllabique de 33 consonnes et 24 voyelles. La langue française comme l’anglais, le chinois ou le russe est relayé au rang de langues étrangères. 

b) La monnaie : Leur BEAC (Banque des Etats de l’Afrique Centrale) et leur BECEAO (Banque des Etats de l’Afrique de l’Ouest) locale s’appelait : La Banque de l’Indochine créée à Paris le 21 janvier 1875 par deux banques françaises, le CEP (Comptoir d'escompte de Paris) et le CIC (Crédit industriel et commercial) pour servir localement de banque d'émission des colonies d’Asie. Leur « Franc CFA »local émis par cette banque portait deux noms en fonction des pays : Le Franc Pacifique et la Piastre. Par exemple, elle ouvre ses portes aussi dans les comptoirs français de Chine dès 1889, et c’est Mao qui va mettre fin à cette occupation coloniale avec sa monnaie dès 1955. Au Cambodge, à l’indépendance du pays en 1953, la monnaie coloniale française, la PIASTRE sera remplacée par le RIEL qui a pour code international : KHR ;

2- La Syrie

Comparez-vous même 2 pays ex-colonies françaises : Le Mali et la Syrie et répondez à vous même si les dirigeants africains et le peuple africain n'ont pas un sérieux problème d'assumer et de vivre en liberté.

La Syrie et le Liban (en 1920), de même que le Cameroun et le Togo, ont été donnés par la Société des Nations en administration à la France. Alors que dès 1944, la Syrie arrache sa liberté en proclamant de façon unilatérale son indépendance de la France, qui mettra 2 ans pour l'accepter, les autres pays africains vont attendre les années 60 pour recevoir en cadeau l'indépendance de la généreuse et magnanime France.

Après la création de Israël en 1948, les politiciens palestiniens commettent l’erreur stratégique de faire partir une bonne partie de la population. Les Etats-Unis et la France tentent alors de convaincre les dirigeants syriens d’offrir à 500.000 réfugiés palestiniens présents en Syrie, la nationalité syrienne. La somme de 400 millions de dollars est offerte aux dirigeants syriens pour cette opération et ce sont tous les partis politiques qui sont choqués par cette proposition qui signifie tout simplement qu’il n’y aura plus jamais un Etat Palestinien, dès lors que ses citoyens auront été convertis à d’autres nationalités. La tête de file de la protestation, c’est le parti Baas, c’est-à-dire celui dirigé en 2013, par un certain Assad. 

Combien de dirigeants africains auraient refusé une telle somme ? 400 millions de dollars sont environ 263 milliards de Francs CFA. Mais lorsqu’on regarde de plus près, on trouve d’autres petits détails qui démontrent du vrai patriotisme des dirigeants syriens, lorsqu’en Afrique c’est plutôt l’opposé :

a) La monnaie : à l’indépendance, la monnaie coloniale française est remplacée dès 1946 par la Livre Syrienne.

b) La langue : Tout est fait pour marginaliser le français afin de créer une véritable rupture de colonialisme mental et culturel. Ainsi, aujourd’hui en 2013, la langue officielle est l’Arabe. Après c’est l’Anglais qui est la langue étrangère la plus parlée. Mais le plus surprenant c’est le Russe et le Chinois qui arrivent immédiatement après, surtout parce que ces 2 langues sont enseignées dans les Universités syriennes. Le français n’est parlé que par environ 4.000 personnes sur les 22 millions d’habitants, surtout certaines minorités chrétiennes, au moment où en Afrique ce sont les intellectuels qui écrivent des livres que personne ne peut lire tellement c’est compliqué, puisque les auteurs africains pour la plupart veulent démontrer aux français combien ils sont civilisés. Et mêmes les chefs d’Etat s’y mettent en faisant passer la présidence de la Francophonie, même plus importante que celle d’une République Africaine.

3- Le Laos

Le Laos subit une agression française avec le blocus de ses côtes dès 1893, pour la contraindre à accepter l’occupation coloniale française et intégrée à l’Indochine française en 1899. Elle proclamera son indépendance le 19 juillet 1949.

a) La langue : Les dirigeants politiques vont alors, vite changer la langue nationale coloniale du Français au Lao. Aujourd’hui en 2013, sur 6,5 millions d’habitants, seuls 3.000 étudiants et quelques fonctionnaires à la retraite parlent encore le français. Et même si ce pays fait partie de l’organisation de la Francophonie, c’est le chinois qui est la deuxième langue, derrière le Lao. Le français est une simple langue vivante 2, comme l’Allemand (parlé par plus de 3.400 personnes) et le Russe.

b) La monnaie : la monnaie coloniale, la Piastre est remplacée par le KIP (LAK) à peine 5 ans après l’indépendance, en 1954, et rendue immédiatement inconvertible.

4- Le Vietnam

Lorsqu’au milieu du 19ème siècle, le Vietnam refuse toute influence occidentale, en interdisant par exemple, le christianisme, la France lui livre la guerre qui va finir en 1858 par l’annexion d’une partie du pays, officialisant de fait le début de l’occupation coloniale française du pays dans ce que cette dernière va appeler la « colonie de Cochinchine ». Le 2 septembre 1945 les nationalistes proclament l’indépendance du pays. La France ne l’entend pas de cette oreille et va déclencher dès 1946, la célèbre guerre dite d’Indochine, combattue surtout avec la chair à canon, appelée TIRAILLEURS SENEGALAIS.

Mais grâce au soutien militaire de la Chine de Mao, la France connait une défaite cuisante dans la célèbre bataille de Diên Biên Phu. Elle est alors contrainte de reconnaitre l’indépendance du Vietnam en 1954 (traité de Genève). 10 ans plus tard, les américains chercheront à venger la honte de la défaite française à travers ce qu’on a appelé la « guerre du Vietnam », là aussi avec la défaite qu’on connait et qui continue de traumatiser encore aujourd’hui, les vétérans américains de cette guerre, avec des fusillades dans tous les USA.

a) La monnaie : A l’indépendance, contrairement aux pays africains, la monnaie coloniale française le Piastre est remplacée par le DONG (VND) rendue immédiatement inconvertible.

b) La langue : La langue française est immédiatement remplacée par le Vietnamien. Aujourd’hui en 2013, sur les presque 90 millions de Vietnamiens, seuls 1% d’entre eux, c’est-à-dire 90.000 personnes parlent français, notamment les personnes âgées, surtout les anciens fonctionnaires à la retraite.

5- CONCLUSION

Je ne peux pas conclure ce texte sans revenir au Mali.

Le 8 juin 1992 Alpha Oumar Konaré est élu président de la République du Mali. Il sera réélu en 1997 dès le premier tour avec plus de 95% de voix. Lorsqu’il atteint ses limites de 2 mandats maximum en 2002, dès l’année suivante, il est élu lors du Sommet de Maputo, comme le Président de la Commission Africaine. Durant son mandat à ce poste il a beaucoup œuvré pour l’application de la langue commune africaine, le Swahili, que je préfère appeler : l’AFRICAIN.

Une fois fini son mandat à l’Union Africaine, le grand Alpha Oumar Konaré est aujourd’hui membre du Haut Conseil de la Francophonie. Il rejoint à cet organisme 2 autres ex-présidents africains, notamment, Monsieur Cassam Uteem, ancien président de la République de l’Ile Maurice, Abdou Diouf, ex président de la République du Sénégal et actuel secrétaire général de l’Organisation de la francophonie et président de ce Haut Conseil de la Francophonie. Et de nombreux ex-ministres africains, notamment: Jean-Baptiste Tati Loutard, ancien ministre de la Culture du Congo-Brazzaville, Adama Samassékou, ancien ministre de l’Éducation Nationale du Mali, Paulin Hountondji, ancien ministre de la Culture du Benin, Bernard Dadié, ancien ministre de la Culture de Côte d'Ivoire. Mais c’est quoi le Haut Conseil de la Francophonie ?

Le Haut Conseil de la Francophonie a été créé en 1984, comme un organisme au service du Président de la République française pour le conseiller dans 3 axes différents liés à la langue française. Mais ce qui nous intéresse, c’est le tout premier cité dans la charte : « Un rôle d'observation des évolutions linguistiques au sein des États, des gouvernements et des organisations internationales ».

En d’autres termes, les anciens présidents de la République en Afrique, lorsqu’ils ont fini d’être présidents, sont au service du président de la République française. Les Ministres de même.

Alors où est le patriotisme du pays qu’ils ont servi ? Où est la dignité personnelle de ces intellectuels ? Les Africains ont-ils un problème avec la liberté ? Sont-ils juste le fruit de l’infantilisation du continent qui dure depuis trop de temps ? Ou bien ont-ils été Présidents de la République, Ministres, juste comme une des deux choses que le penseur Allemand Günter Anders indique comme le piège idéal pour adoucir et acheter l’intellectuel subversif : l’argent et le pouvoir ? La présence de Hollande à Bamako hier 19/09/2013 répond-elle cette logique ?

C’est autant de questions auxquelles je ne trouve pas de réponse et je laisse à chacun de vous le soin d’y réponse selon votre propre perception des faits etévènements, au regard de l’attitude asiatique. C’est bien de citer souvent les asiatiques en exemple de la croissance économique et industrielle. Mais on parle peu de leur niveau culturel, de leur degré d’autonomie mentale et surtout de leurs capacités à inventer un modèle propre à eux et qui les rend fiers d’eux-mêmes. Le Laos est-il plus riche que la République Démocratique du Congo ou que la Côte d’Ivoire ? Mais elle a une richesse que ces 2 pays n’ont pas : la liberté. Les dirigeants ont compris que cette liberté se construit à la sueur du travail et de l’engagement. Pour faire vivre, une langue, une écriture il faut un très grand sérieux et une rectitude intellectuelle très forte.

La Syrie, ex-colonie française vient d’infliger une humiliation cuisante à la France en obtenant son exclusion des accords du 14 septembre 2013 à Genève sur son armement chimique, entre la Russie et les Etats-Unis d’Amérique. Tous les généraux de l’armée syrienne, formées en France ont déserté à la première heure du conflit. Mais contrairement à l’Afrique où tout se construit uniquement autour de la France, la Syrie avait cherché sa vraie alliance stratégique ailleurs, en Russie. Le plus ahurissant de tout ça a été de constater les prises de position de certains ministres africains s’alliant systématiquement derrière l’isolement français que mêmeFrançois Fillon est allé critiquer à Moscou toujours hier.

L'ex-Premier ministre le même jour, jeudi 19/09/2013 dans un discours à Moscou au "club Valdai", en compagnie de Vladimir Poutine a fustigé l'amateurisme deFrançois Hollande dans la crise syrienne avant de conclure :

« Nous avons, vous et nous, Russes et Européens, une influence déterminante sur les deux camps qui s'opposent en Syrie. Je souhaite à cet égard que la France retrouve cette indépendance et cette liberté de jugement et d'action qui, seules, lui confèrent une autorité dans cette crise ».

En d'autres termes, et dits plus prosaïquement, "Hollande est le caniche de Obama et ne pige rien dans cette crise". Et voilà qu'il utilise une tribune au Mali pour lancer des menaces inutiles contre un pays qui a su arracher son indépendance, la Syrie. Et avoir changé l’Ambassadeur Syrien à Paris par quelqu’un choisi par Paris est un boumerang que le président français est en train de recevoir à la figure, parce qu’il s’est trompé de pays et de continent. Ce qui avait marché pour la Côte d’Ivoire ne marche pas forcément pour des peuples plus conscients et plus intelligents. Oui, j’ai bien dit, plus intelligents. L’épilogue de la crise ivoirienne etlibyenne, comparée à celle syrienne me font douter même de l’intelligence des africains, ou tout au moins de ceux qui les dirigent.

Au moment où on affronte la crise syrienne avec des informations contradictoires d’un côté et de l’autre, avec la manipulation de l’information pour des intérêts qui nous échappent et en plein milieu du cirque malien, il me plait de conclure ce texte avec un penseur allemand. On peut être d’accord avec lui ou détester ses pensées, mais il a le mérite de la franchise avec des mots volontairement crus qui nous incitent à une profonde réflexion. Il s’appelle Günter Anders (Voir encadré ci dessous).
__________

Note : Je n’ai pas parlé de la religion, mais comment compléter une comparaison entre l’allégeance des dirigeants africains au système et la fierté identitaire des dirigeants asiatiques sans parler de la spiritualité ? Lorsque dans les années 90, on a vu déferler sur l’Afrique et l’Asie une vague des sectes chrétiennes venues tout droit des USA, alors qu’en Afrique les dirigeants politiques sont tombés dans le piège de la propagande dénommée la « liberté religieuse » et abandonné leur propres populations les plus fragiles psychologiquement entre les mains des escrocs d’un nouveau genre, au Cambodge par exemple, c’est l’inverse qui s’est produit : en 1989, afin de garantir la spécificité de la culture cambodgienne et lutter contre l’invasion de ces sectes chrétiennes et musulmanes, il a été décidé d’instaurer une religion d’Etat, le « bouddhisme theravāda », pratiqué aujourd’hui par 95% de la population.

Au même moment en Afrique, c’est la course à la Conférence islamique. On a vu des présidents de la République changer de prénom pour passer par exemple au Gabon de Albert Bongo à Omar Bongo dans l’espoir d’avoir un peu de miettes des monarchies pétrolières et musulmanes du golfe arabo-persique. Comme le ridicule de l’aliénation ne tue jamais, on a aussi vu en Afrique des politiciens, que dis-je ? Des Ministres et des présidents de la République qui sont Pasteurs chrétiens, comme l’ancien président de la République Centrafricaine Bozize.

Les africains ont-ils un problème avec la liberté ? Pourquoi ce qui semble évident pour un dirigeant Laotien, un cambodgien pour protéger les intérêts de son pays doit encore faire l’objet de débat pour un ministre africain ?

Nous avons vu la liste des ex-ministres et ex-présidents africains membres du Haut Conseil de la Francophonie. Ce que je n’ai pas dit est que cette liste est limitée par la France. Combien de ministres et de présidents de la république sont-ils en attente en Afrique d’être béni par la providence afin que le président français lescopte à ces postes ? Avec les africains nés durant la période d’occupation coloniale, le chemin vers la liberté est sans doute très long. Ils ont refusé la liberté qu’ils avaient à portée de main.

Est-ce que la jeunesse africaine qui s’apprête à arriver au pouvoir dans les prochains 10-20 ans aura le même problème de la phobie de la liberté ?
 

Douala, le 20 Septembre 2013

Jean-Paul Pougala
 

lundi, 02 septembre 2013

HOLLANDE «PIÉGÉ»: MAIS PAR QUI?

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C'est un des petits bonheurs consolateurs de la rentrée. Comme on retrouve sa trousse et ses gommes, on retrouve ses éditorialistes préférés, inchangés, intacts, requinqués par quelques semaines de débranchement. Au micro d'Inter, voici Thomas Legrand et Bernard Guetta, se partageant le plat du matin : Hollande piégé par Obama sur la Syrie. Oui oui, piégé. Hollande était parti sabre au clair pour "punir" Assad après une attaque à l'arme chimique fin août. Là-dessus, le parlement britannique se prononce contre la guerre, et voilà Obama se souvenant qu'il existe aussi un Parlement aux Etats-Unis. La punition attendra donc le 9 septembre, au plus tôt, ce dont Obama a l'obligeance de prévenir Hollande. Lequel, donc, se retrouve "piégé", dans la position doublement inconfortable de celui qui a dégainé avant d'avoir un fusil, et du seul président des "démocraties occidentales" à pouvoir s'asseoir sur son Parlement, ce qui est tout de même un peu voyant.

Croit-on que Legrand et Guetta vont saluer la sagesse d'Obama, et la grandeur de la démocratie britannique ? Mais non. Legrand part dans de grandes explications sur la Ve République : elle est ce qu'elle est, et qu'elle a toujours été, aujourd'hui davantage d'ailleurs que demain. Guetta est plus net : feu sur Obama, cet "intellectuel", cet "observateur" (deux des défauts les plus épouvantables dans l'échelle Guetta). Feu sur ces "grandes démocraties", qui "paraissent se coucher devant un dictateur". Que Hollande se soit "piégé" tout seul, en dégainant plus vite que son ombre, en utilisant un vocabulaire qui trahit le flou des buts de guerre ("punir" Assad) n'effleure l'esprit d'aucun des oracles du matin.

S'ils sont pris à contrepied, c'est bien parce que les grandes consciences de la presse française sont parmi les premières à avoir "piégé" Hollande, en le sommant d'aller bastonner Assad, sans se soucier particulièrement du Parlement. Aux avants-postes, Le Monde, qui en multipliant reportages et éditoriaux, tente depuis des mois de chauffer l'opinion française, en déguisant Assad en Hitler, et les rebelles syriens soutenus (notamment) par le Qatar en dépenaillés en sandales. Sans grand succès apparemment, sauf sur Harlem Désir, le seul à ce jour à avoir brandi à la droite l'inusable fantôme de la capitulation de Munich.

La presse est-elle dans son rôle en dénonçant des crimes de guerre ? Oui, incontestablement. Est-elle dans son rôle en rapportant de Syrie des échantillons pouvant concourir à la preuve de ces crimes (on en parlait dans une de nos émissions du printemps) ? Oui encore. Doit-elle donner ces échantillons au gouvernement français ? Ça se discute. Ce travail de reportage l'autorise-t-elle moralement à sommer le gouvernement de partir en guerre ? C'est à cet instant, qu'elle devrait se souvenir de tout ce qu'elle ne sait pas, c'est à dire l'essentiel. A quel niveau du commandement de l'armée syrienne a été donné l'ordre d'utiliser les gaz ? A quelle échelle ont-ils été utilisés ? Les rebelles ont-ils riposté avec les mêmes armes ? Entre Obama et Hollande, qui a poussé qui, qui s'aligne sur qui (tiens, cet article du New York Times vous a peut-être échappé en août. Lecture impérative) ? Autant de points sur lesquels les medias, avec les outils forcément imparfaits qui sont les leurs, ignorent davantage qu'ils ne savent.


Daniel Schneidermann, le 2 septembre 2013.

 

Source: ARRET SUR IMAGES

mardi, 27 août 2013

GUERRE HUMANITAIRE AU MALI: AUCUNE VICTIME?

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Au cours des longues heures passées à fouiller l'hémérothèque online, jamais je n'avais vu d'intervention militaire aussi réussie que celle de la France au Mali. D'après les sources consultées, celle-ci n'a fait aucune victime civile ou innocente, tout en permettant de neutraliser des centaines de terroristes. Voyons ce qu'il en est de la seule victime que j'ai pu attester : la vérité.

 

Pour prendre la mesure de cette guerre ouverte dans le nord de l'Afrique, j'ai tenté de faire le décompte des victimes innocentes sur la base des informations publiées par les médias nationaux maliens. J'ai découvert que près de 99% d'entre elles proviennent de médias français, notamment l'Agence France-Presse (AFP) et Radio France internationale (RFI).

À en croire ces sources, seuls sont morts des soldats des troupes alliées et islamistes, djihadistes ou terroristes. Les rares civils mentionnés ont été abattus par les terroristes. On ne peut que s'étonner puisque depuis le 11 janvier dernier, lorsque la France "a répondu à l'appel au secours lancé par le Malí", sa stratégie a consisté en un bombardement intensif.

Un exemple. Le 15 janvier, il est dit que 5 djihadistes ont péri dans les bombardements nocturnes intensifs de Dialbaly par l'aviation française. La veille, l'information selon laquelle les islamistes avaient attaqué ou pris le contrôle de cette localité avait fait le tour du monde, mais sans aucun chiffre quant aux victimes civiles tuées par les terroristes. Aucun chiffre non plus concernant la population de ce lieu apparemment peu peuplé, ni aucune image. L'AFP explique que les terroristes s'étaient cachés parmi la population, qu'ils avaient prise en otage. Dans ce cas, le bilan officiel de cinq terroristes et aucun civil articulé après les bombardements n'est guère crédible. Selon le témoignage d'un voisin habitant une ville située à 20 kilomètres, des islamistes qui fuyaient les bombardements dans un véhicule tout terrain ont eu un accident qui a coûté la vie à certains d'entre eux. Cinq ? Et les bombardements n'ont pas tué une seule personne ?

Le 18 janvier, l'agence de presse chinoise Xinua, à laquelle se réfère également le site Malijet, cite un haut responsable malien. D'après les estimations de celui-ci, les troupes alliées (maliennes et françaises) auraient tué "de nombreux" terroristes qui fuyaient Konna. Qui battaient en retraite ? En leur tirant dans le dos ? Ils n'ont pas fait de prisonniers ? Ne faudrait-il pas enquêter sur ce type d'actions ?

Le bilan du ministre de la Défense, fourni le 5 février, est celui qui répond le mieux à ces doutes. Il fait état de plusieurs centaines de djihadistes tombés sous les bombes dans les régions de Konna et Gao. À un journaliste qui lui a demandé s'il y avait des prisonniers, le ministre a répondu par un laconique "quelques-uns". Avant d'avoir lu la moitié du texte, on ignore s'il s'agit du ministre malien ou du ministre français, mais on découvre qu'il s'agit bel et bien du Français Jean-Yves Le Drian. Quant à l'information, elle provient de l'AFP.

Le 9 février, deux soldats maliens viennent s'ajouter à la liste, bien qu'ils n'aient pas perdu la vie au combat, mais dans l'un des nombreux affrontements internes entre bérets rouges (partisans d'Amadou Toumani Touré, le président démis destitué en 2012) et bérets verts (partisans du capitaine putschiste Amadou Sanogo).

Le 19 février, plus de 20 islamistes sont morts au cours de l'un des combats les plus durs, dans les montagnes d'Adrar des Ifoghas, après l'opération Panthère, menée par des soldats maliens et français. Un parachutiste français est également décédé – soit le deuxième au Mali, un premier ayant péri dans un accident d'hélicoptère. Selon des informations postérieures, également fournies par l'AFP, ces combats n'auraient finalement coûté la vie qu'à 15 djihadistes, qui ont été "neutralisés".

Le 3 mars, Europe 1, qui cite l'AFP et qui sera relayée par Malijet, annonce la mort d'au moins 50 islamistes, à 60 kilomètres au nord de Gao. Aucune victime parmi les alliés.

Le 27 mars, le porte-parole du ministère de la Défense malien, le lieutenant-colonel Souleeymane Maïga, trans-met à l'AFP un bilan général de 63 soldats maliens, 2 Togolais, 1 Burkinabé, 36 Tchadiens et 600 combattants, islamistes probablement. Pour expliquer ce chiffre arrondi – ce qui se fait souvent –, il avance que généralement, les islamistes emportent leurs morts pour les enterrer, comme pour souligner une particularité sordide des ces protagonistes.

On peut trouver une autre explication à cette approximation. Le 19 février, l'AFP informe, via Malíjet, que les habitants de Gao ont lynché un leader islamiste, lequel avait tué le journaliste Kader Touré, "qu'il accusait de travailler pour l'ennemi" (RFI). Le supposé lynché est en réalité Alioune Touré, chef de la "police" islamique de Gao. Mais n'allons pas trop vite en besogne et n'ajoutons pas son nom à la liste des défunts, car RFI a ensuite annoncé que Kader était vivant. Le 10 mai, Alioune Touré lui-même revendique un double attentat suicide au nord du pays, dans les villes de Ménaka et Gossi, selon RFI. Cinq personnes ont péri : quatre à Gossi et une à Ménaka, toutes des kamikazes. Apparemment, au Mali, les auteurs d'attentats suicides n'interviennent pas seuls. Ils vont par deux, par trois, voire par quatre, comme à Gossi, où l'explosion n'a pourtant fait aucune victime.

Autre terroriste revenu à la vie, le fameux Mokhtar Belmokhtar, à qui l'on impute la responsabilité des attentats avec prise d'otages à In Amenas, en Algérie, puis au Mali, où des militaires tchadiens ont assuré à la presse internationale qu'ils l'avaient tué. Une photographie du cadavre a été publiée dans le monde entier – les droits revenant à RFI, bien entendu. Or, le 24 mai, le mort-vivant, comme certains l'appellent au Mali, commet un attentat suicide… au Niger !

Difficile de croire qu'il n'y a pas eu d'autres victimes civiles hormis les 23 personnes tuées par les rebelles touaregs du MNLA (20 dans le village de Bougoumi, dans la région de Mopti, le 20 mars et 3 à Kidal, le 24 avril) et celles dont on ignore encore le nombre, qui ont perdu la vie dans les exactions commises par les soldats maliens lors de leur percée au nord, en répression contre les islamistes. D'autres que moi ont une connaissance plus approfondie et plus directe de l'histoire et de la culture du Mali. L'analyse que je mène repose sur mon expérience et sur le terrain qui m'est familier : les médias et l'information. La première chose que je mets en doute est que l'entrée de la France au Mali, le 11 janvier, ait été une réaction rapide à l'appel au secours lancé par le président Dioncounda Traoré – dont les Maliens disent que la seule et unique décision qu'il ait jamais prise était de porter une écharpe blanche et dont le régime est qualifié de système d'"ATT sans ATT". Pour accorder un certain crédit à cette version officielle, il faudrait considérer comme le fruit d'un heureux hasard le fait qu'étaient déjà positionnés au Mali des troupes françaises du premier régiment d'infanterie de la marine, un régiment de parachutistes, des hélicoptères d'opérations spéciales, trois Mirage 2000D, deux Mirage F-1, trois C135, un Hercules C130 et un Transall C160, comme l'a révélé en janvier le journaliste français Thierry Meyssan.

La France n'est intervenue que pour assurer ses intérêts économiques au Mali et dans la région. Personne n'en doute plus, pas même les Maliens, qui ont accueilli les soldats français lors de leur "entrée triomphale, en agitant des drapeaux français et en criant Merci la France !" (AFP, 16 janvier). Désormais, leurs doutes portent sur les "véritables intentions de la France" et ils s'irritent de la voir faire des concessions aux Touaregs du MNLA, qui ont gardé le contrôle de Kidal, protégés par l'Hexagone bien que les Maliens ne veulent pas envisager de leur laisser une seule région. Le conflit a tourné à la guerre de guérilla et aucune issue ne se profile. Officiellement, la région a pratiquement été libérée et la France considère qu'elle pourrait se retirer, si ce n'est que selon elle, personne au Mali n'est capable de diriger le pays. "À qui allons-nous remettre les clefs ?", s'est lamenté Pierre Lellouche à l'Assemblée nationale française, le 22 avril.

N'oublions pas le rôle des États-Unis. Dans les années 60 déjà, il était question, dans certains documents du gouvernement américain aujourd'hui déclassés, de faire pression sur les pays ("amis") européens pour les inciter à intervenir en Afrique dans la lutte pour le contrôle des matières premières, tout donnant à voir à l'opinion publique une attitude "d'observateurs préoccupés". Aujourd'hui, les États-Unis sont à nouveau bluffant dans ce rôle, mais il est désormais de notoriété publique – bien que le fait ne soit pas très médiatisé – que l'aide militaire apportée en Afrique est colossale et que sans elle, même la France n'aurait pas pu mener les guerres en Côte d'Ivoire, en Lybie et au Mali. Par exemple, quand l'OTAN s'est embourbée dans des combats contre les forces de Kadhafi en Lybie, un sous-marin américain "en observation" en Méditerranée l'USS Florida, a lancé 100 missiles de croisière contre les forces de défense aériennes de Kadhafi en une seule nuit, ouvrant ainsi un corridor par lequel la France et d'autres pays européens de l'OTAN allaient pouvoir passer pour poursuivre leur conquête de la Libye.

N'oublions pas non plus le rôle des dirigeants africains de la région, qui ont copieusement démontré leur ineptie ou leur manque d'intérêt pour les véritables problèmes des peuples. Quand enfin ils se sont réunis afin de débattre de la situation au Mali, leur principale conclusion a été qu'il fallait demander davantage d'argent. Lors de la réunion de l'ECOWAS ou CEDEAO (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest) du 25 février, ils avaient à porté de main une aide à la guerre de 455 millions de dollars, promise par les "donateurs" internationaux en janvier. Après des débats menés immanquablement dans un hôtel de luxe, ils ont déclaré que les coûts du conflit correspondraient au double, soit au moins 950 millions de dollars, et ils se sont mis à demander publiquement des fonds supplémentaires. Ce procédé n'a plus surpris les Africains, qui en ont assez de leurs dirigeants et de leurs chers "donateurs", et qui se retrouvent criblés de dettes illégales qu'ils ne pourront jamais rembourser. Et où donc est passé l'argent demandé au nom du peuple aux "partenaires occidentaux" ? Probablement qu'il est allé grossir la dette, mais rien de tangible ni de payable.

Face aux critiques qui remettent en question ces interventions militaires, on entend souvent "Mais alors, quoi faire ? Quelle est la solution ? Ils souffraient !". Lorsque les Maliens ont appelé à l'aide, ils ne demandaient certainement pas que leurs villes et leurs villages soient bombardés. Les Européens qui souhaitons aider les Maliens, peut-être devrions-nous regarder de plus près en quoi consiste l'aide fournie par nos gouvernements et payée par nos impôts : des bombardements intensifs. Est-ce là le soutien que nous souhaitons apporter ? Cette méthode a-t-elle jamais aidé quelqu'un ? Répond-elle à ce qui était demandé ? Cette militarisation occidentale a-t-elle amélioré la situation des Maliens ?

Difficile de répondre à ces questions dans un contexte où l'information sur la réalité de la guerre au Mali est manipulée et tronquée par les "intervenants" eux-mêmes. Comment pouvons-nous avaler une version des faits totalement extravagante, irresponsable et fausse ? Dans un article d'une grande dureté intitulé "Le naufrage et l'offense. Le Mali à rendre aux Maliens", la Malienne Aminata Traoré l'explique par "le credo de Margaret Thatcher -There Is No Alternative (TINA)". Les médias nous l'ont prêché et rabâché, tant et si bien que nous croyons désormais qu'il n'y a effectivement pas d'autre solution que de bombarder les populations pour les aider.

 

Traduction : Collectif Investig'Action

In RevistasPueblos

 

Source: MICHELCOLLON.INFO

lundi, 26 août 2013

L'ALARME D'EDGAR MORIN

 

Edgar Morin, à son domicile parisien, août 2013.© E.P.


Compagnon de route indocile de la gauche, Edgar Morin avait dialogué avec François Hollande lors de son élection en 2012. Un an après, il confie son inquiétude face à un Parti socialiste qui « a perdu ses idées » et, plus largement, à un monde politique aveuglé et somnambule parce qu’il vit « dans des idées obsolètes et inadéquates ».


Il y a un an tout juste, paraissait aux Editions de l’Aube un petit livre de dialogue entre François Hollande et Edgar Morin, fruit d’une conversation entre le politique et le philosophe avant l’élection du premier à la présidence de la République. Le préfaçant une fois élu, François Hollande en résumait ainsi l’enjeu : rien moins que « le pouvoir du politique »« On ne peut rétablir confiance et espérance que si l’on indique une voie nouvelle, lui lançait Edgar Morin : pas seulement la promesse de sortir de la crise, mais aussi de changer de logique dominante ».

Cette voie nouvelle, le sociologue et philosophe l’avait décliné dans trois autres livres avant l’élection présidentielle, tous parus en 2011 : La Voie (Fayard), justement, à laquelle Stéphane Hessel renvoyait en guise de suite programmatique à son Indignez-vous !Ma gauche (François Bourin), recueil de ses nombreuses interpellations d’une famille qu’il a toujours souhaitée diverse ; enfin, Le chemin de l’espérance (Fayard), énonciation avec Stéphane Hessel de ce qu’ils n’hésitaient pas à appeler « une voie politique de salut public » face à « une politique aveugle qui nous conduit aux désastres ».

Ces références sont autant de raisons pour solliciter le jugement d’Edgar Morin sur cette gauche socialiste au pouvoir en France face aux défis immenses d’un monde incertain où l’ancien tarde à mourir tandis que le neuf peine à naître.

Mediapart –. Pour illustrer la dialectique de l’espérance et de l’inquiétude qui traverse toute votre œuvre, vous citez souvent ce vers du poète allemand Hölderlin : « Là où croît le péril croît aussi ce qui sauve ». Vous le citiez encore quand, avec Stéphane Hessel et à l’invitation de Mediapart, vous aviez salué les révolutions arabes naissantes. Mais, au vu des récents événements égyptien et syrien, n’est-ce pas le péril qui l’emporte de nouveau, comme si la séquence ouverte en 2010-2011 avec l’espérance des révolutions démocratiques arabes se refermait brutalement ?

Edgar Morin –. Dans la plupart des pays arabes se sont posés les difficiles problèmes du passage de l’aspiration démocratique à la réalisation démocratique. Ici, nous devons  tenir compte, non tant des leçons de l’histoire, mais des leçons de la réflexion sur l’histoire. La première leçon est que la démocratie a été fragile et temporaire en Europe.

En France, la révolution de 1789 a dégénéré en Terreur, puis Thermidor, puis Empire, puis Restauration de la royauté ; il a fallu attendre la IIIe république, née d’un désastre militaire en 1871 mais anéantie par un désastre militaire en 1940. Au XXe siècle, le fascisme a détruit la démocratie italienne, la démocratie allemande, la démocratie espagnole, et l’URSS a instauré jusqu’en 1989 son totalitarisme. Mais il faut penser aussi qu’en France, Italie, Espagne, Allemagne, dans les démocraties populaires et en URSS même, les idées de 1789 ont régénéré et réinstallé, certes inégalement, la démocratie.

Aussi le printemps arabe de 2011 subit des détournements, des étouffements, des confiscations, des régressions mais le message renaîtra : il est devenu une force génératrice et régénératrice de l’histoire future – sauf, évidemment, si l’histoire humaine allait vers une catastrophe généralisée.

Il y a un an, paraissait le livre d’une conversation que vous aviez eue avant son élection avec celui qui allait devenir président de la république, François Hollande. Dans le bref texte introductif ajouté le 31 juillet 2012, vous écriviez : « J’attends et j’espère que le président Hollande annoncera un grand dessein, une nouvelle politique, une nouvelle voie, un nouvel espoir au peuple français et qui indiqueront au monde que la France est encore capable de formuler un message universel ». Un an après qu’en est-il de cette attente ?

Ce livre, paru en septembre 2012, reprend un dialogue tenu avant l'élection présidentielle de mai.

J’attends… (rire). Je  ne suis pas encore désespéré. J’attends encore parce que je fais le pari que l’aggravation de la situation sur tous les plans, qui prendra des formes que je ne connais pas, pourrait provoquer un sursaut, une prise de conscience chez le président. Voilà pourquoi je ne désespère pas.

Mais je reste inquiet. Le président Hollande, nourri dans le sérail du Parti socialiste, vient d’un parti qui a perdu sa pensée, celle qu’il avait hérité des grands réformistes du début du XXe siècle. Nous avons besoin d’une repensée politique et les obstacles à cette repensée politique sont énormes.

Cela tient d’abord à l’éducation, pas seulement celle de l’ENA mais aussi l’éducation antérieure, du lycée, de l’université, où les connaissances sont compartimentées et dispersées alors qu’évidemment, on a besoin aujourd’hui d’une pensée complexe qui puisse relier les connaissances et affronter les problèmes. Manquent les capacités d’avoir une pensée globale sur les problèmes fondamentaux.

Or nos hommes politiques ne se cultivent plus, ils n’ont plus le temps, leur connaissance du monde est fournie par des spécialistes et des experts dont la vue est évidemment bornée à un domaine clos et il n’y a personne pour faire la synthèse. Ils vivent au jour le jour, pressés par l’événement. Vous connaissez ma formule : à force d’oublier l’essentiel pour l’urgence, de faire de l’urgence l’essentiel, on finit par oublier l’urgence de l’essentiel…

« On vit dans des idées obsolètes et inadéquates »

Mais n’est-ce pas précisément le bilan de la première année de présidence Hollande ? Et l’organisation de ce séminaire gouvernemental sur la France de 2025 n’en était-il pas l’aveu ? Comme une façon de reconnaître qu’il manquait une vision ?

Voyons ce que va accoucher cette montagne… J’ajoute que ce gouvernement comporte des personnalités diverses, ce qui est un bien, mais avec des visées très différentes les unes des autres. Où la complémentarité n’arrive pas à relier les antagonismes dans une nouvelle vision. C’est un gouvernement composé par dosage de tendances alors qu’aujourd’hui, il faudrait une équipe qui ait, au moins, une passion commune, une vision et une visée communes.

Il y a, ici ou là, chez tel ou telle ministre, des fragments de la vision d’ensemble nécessaire. Mais ils ne sont pas reliés. De plus, séparément et globalement, les énormes pressions du monde financier, du monde technocratique ou du monde administratif finissent par inhiber les tendances réformatrices, et il manque cette volonté de les unifier pour les renforcer. On est dans une conjoncture qui nécessite une pensée que j’appelle complexe, le contraire précisément des simplifications que sont la rigueur ou la sotte alternative croissance/décroissance.

Quand on parle de croissance par exemple – laquelle est devenue un mythe contredit par la décroissance qui est un autre mythe –, le vrai problème, c’est de savoir ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Faire croître une économie verte, renouveler toutes nos sources d’énergies qui deviendraient propres, faire décroître l’agriculture et l’élevage industrialisés, dépolluer et humaniser nos villes selon de nouveaux critères urbanistiques, etc. Bref il y aurait une grande politique économique à inventer qui correspondrait à ce que fut en son temps la relance du New Deal de Roosevelt. Ce qui signifie aussi que l’Etat doit restaurer un certain nombre de prérogatives qui sont les siennes et ne doit pas les abandonner au privé.

Je suis très frappé de l’expérience de l’Equateur où il y a eu la révolution citoyenne deRafaelCorrea en 2007. Avant, pendant ce que Correa appelle la longue nuit du néolibéralisme, l’Etat avait abandonné le pétrole, privatisé toutes ses prérogatives. Il s’est trouvé en faillite, la monnaie s’est effondrée, le dollar l’a remplacé… Aujourd’hui, l’Etat reprend, par exemple, ce pétrole – 70% de ses revenus – avec une visée humaniste, la politique du buenvivir, une politique qui doit être centrée sur l’être humain et non pas sur l’économie. Et qui  a commencé à réduire les inégalités et le chômage. C’est certes un petit pays, un pays périphérique, mais souvent les nouveaux départs viennent de la périphérie.… En somme, on peut sortir de la fatalité des anciennes façons de penser et d’agir.

Hélas, la nouvelle politique que je crois réaliste – et que j’ai définie en détail en 2011 dans mon livre La voie, puis dans Le chemin de l’espérance avec Stéphane Hessel –, elle est vue comme utopiste par ceux qui se croient réalistes alors qu’ils sont emprisonnés dans l’utopie de la compétitivité et de la croissance.

On vit dans des idées obsolètes et inadéquates dont on attend néanmoins les recettes générales. La compétitivité, telle qu’elle est comprise, ça veut dire liquider du personnel, licencier, dégraisser, et pour ceux qui restent, des pressions organisationnelle telles qu’elles peuvent rendre les gens malades, suicidaires. Ce qu’on appelle la compétitivité est une réalité tragique. La vraie compétitivité d’entreprise consisterait à la réformer, à donner de l’autonomie à ceux qui travaillent, à faire des communautés de destin où chacun se sent à la fois solidaire et responsable. Là, nous aurions des entreprises compétitives. Quant au problème de la dette qu’on suspend au-dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès, il faudrait le réexaminer. Je reprends l’exemple de l’Equateur qui avait une dette énorme : ils se sont demandés quelle était la dette justifiée et celle qui ne l’était pas. Et ils ont éliminé cette dernière.

C’est un chemin difficile, car les esprits ne savent ou ne cherchent à se reconvertir, difficile parce qu’il faut penser de façon complexe, par exemple à la fois croissance et décroissance, difficile parce qu’il n’offre pas de certitude. Mais nous sommes dans une telle époque d’hébétude, de résignation, de soumission qu’on ne conçoit pas le seul chemin réaliste. L’opinion est hébétée, privée d’avenir, angoissée du présent, et une partie va de plus en plus se réfugier dans ce qu’elle croit être le passé, c’est-à-dire les racines nationalistes, pseudo-raciales ou religieuses. Même les grandes affaires de corruption ne provoquent pratiquement pas de réaction dans l’opinion comme si c’était devenu normal que la politique soit corrompue.

Il y a une aggravation intérieure de la situation. Elle se manifeste par les progrès de ce qu’on appelle à tort les forces populistes, car le mot populisme est un très beau mot qui a été un étendard dans de nombreux pays d’Amérique latine contre les féodaux et contre les militaires. Laissons tomber les étiquettes; d’ailleurs il en faudrait de nouvelles – extrême droite, fascisme, etc., ça ne suffit pas. Disons qu’il y a eu historiquement deux France, la France républicaine, celle du peuple de gauche, et la France réactionnaire. Celle-ci a pris sa revanche sous Vichy, s’est décomposée à la Libération, mais c’est un vichysme sans occupation allemande qui progresse aujourd’hui. Et c’est le peuple de gauche qui dépérit.

« Ce qui manque dramatiquement, c’est une pensée complexe »

Mais est-ce qu’une partie de la gauche elle-même ne participe pas à cette régression en ayant une vision passéiste de la France, comme on le constate à propos de l’immigration et de la laïcité ?

La France qui, dans les faits, est une République à la fois une et multiculturelle devrait l’inscrire dans la Constitution pour répondre à la réalité. Avant même l’arrivée des immigrants de l’outre-mer, il y a eu la France des Bretons, des Alsaciens, des Occitans, etc., un pays multiculturel, un pays uni fait de multiples cultures. Là aussi on est prisonnier d’une pensée binaire : ou bien la République homogène ou bien le communautarisme fermé. Alors qu’au contraire, le multiculturalisme s’inscrit dans une unité ouverte et riche, l’unité dans la diversité. Quand j’ai fait cette demande au candidat Hollande, il a cru au risque du communautarisme. Il a pensé plutôt inscrire la laïcité dans la Constitution.

Directeur de recherche émérite au CNRS, Edgar Morin se revendique penseur transdisciplinaire et indiscipliné.

Mais cette laïcité, il faut la régénérer ! L’instituteur, qui a joué un rôle admirable, croyait que le progrès était une loi historique, quasiment déterminé par l’évolution humaine, alors qu’aujourd’hui, nous savons qu’il est incertain. L’instituteur pensait que la raison telle qu’il la croyait élucidait le monde entier alors qu’aujourd’hui, on se rend compte que la raison a non seulement ses limites mais ses perversions dans la rationalisation et dans la raison instrumentale. Et l’instituteur, il croyait qu’avec le progrès et la raison, la démocratie ne pouvait que s’épanouir, alors que nous voyons bien qu’il y a une crise de la démocratie.

Alors ça veut dire quoi aujourd’hui la laïcité ? Revenir à ces slogans vides ? Non, c’est régénérer la source, celle d’une pensée interrogative où la raison s’interroge sur elle-même et pas seulement sur les croyances religieuses. Une pensée qui, sans arrêt, se régénère dans l’humanisme, un humanisme qui aujourd’hui devient concret alors qu’hier, il avait ses œillères, réservé aux Européens, aux Blancs, aux coloniaux… Alors qu’aujourd’hui, nous découvrons la diversité humaine, nous avons accès à elle. Il nous faut retrouver les sources vivantes de la laïcité, celle qui n’a pas peur des religions. Toutes les sociétés ont leur religion. La société la plus technique, la plus matérialiste, la plus marchande, celle des Etats-Unis, c’est aussi la société la plus religieuse du monde occidental.

Ce qui manque dramatiquement, c’est une pensée complexe capable de traiter les problèmes fondamentaux pour armer les citoyens. Ma critique ne vise pas personnellement Hollande, mais elle vise l’ensemble de la classe politique qui est en panne d’idées régénératrices. Il faut toujours être inquiet quand on voit un calme impressionnant comme ceux qui précèdent les orages. Je me souviens qu’en 1967-1968, il y a eu le surgissement partout de révoltes étudiantes, de la Californie jusqu’aux pays de l’Est, et rien en France jusqu’en mars 1968. Et là de façon tout à fait inattendue, à partir d’incidents minimes à la cité universitaire de Nanterre, est arrivée en France la plus grosse des insurrections qui a dépassé le monde étudiant et a touché les travailleurs avec la plus grande grève ouvrière.

Que va nous révéler la sortie de cet état d’atonie, cette explosion, cet inattendu ? Il suffit souvent d’un petit rien. Au Brésil, la hausse des transports publics a provoqué la mise en cause générale de la corruption, de la classe politique, des Jeux olympiques…

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lundi, 29 juillet 2013

LES BONS NOIRS DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE

Le président du Tchad, Idriss deby.


Il est dans l’ordre des choses que, pour éviter que la Métropole perde la maîtrise des colonies, il soit placé à la tête de celles-ci des Enfants de «La République». En voici quelques-uns des plus grands et fidèles. Source: «Alter Info».

 
Toi, Gnassingbè II, tu es mis au pouvoir dans le territoire du Togo après 39 ans de règne de ton père, fidèle des fidèles enfants de la République. Grâce à ton père et à toi-même, la République conserve sa mainmise sur ce territoire et ses richesses après les « foucades indépendantistes » de Sylvanus Olympio et ses amis. Grâce à toi, le Port Autonome de Lomé, le seul port en eau profonde de l’Afrique Occidentale Française vivifie Bolloré et alimente l’économie de la République. Grand Enfant de la République, peu importe le nombre de morts et de perclus à vie que tu fais pour contrer les Africains du Togo. Tant que c’est pour la bonne cause: la survie de tutelle française, ça passe et passera. Les portes de la République te sont ouvertes le jour comme la nuit, comme ce fut le cas pour ton feu père Etienne Gnassingbè.


Photo du président du Togo, Faure Gnassingbè.

Enfant de la République Ali Bongo, le chemin de la longévité au pouvoir est par ici. François Hollande te l’indique, comme le montre la photo ci-dessous. Toi qui, comme ton feu père, finance la vie politique française de la Gauche à la Droite, tu seras toujours le bienvenu dans la maison de ton père ou de ta mère, la République. La fidélité dans la servitude est une vertu rare. Pour cela, et qu’il pleuve ou qu’il neige au Gabon, reçois les hommages appuyés de la République.


Photo du président du Gabon, Ali Bongo.

Allons ! Enfant de la République, Mamadou Issoufou, les jours d’Aréva au Niger se comptent en milliards d’euros. Merci de continuer à faire d’Aréva et de la France, grâce à l’uranium nigérien, 1er producteur mondial de l’énergie nucléaire! Au nom d’Aréva, François le socialiste vous salue et la France vous bénit. Quelle fidélité ! Quelle régularité ! Toi, enfant de la République, tu es reçu déjà 3 fois par Hollande, le président de la République, depuis son élection. Longue vie à toi, Issoufou, enfant chéri de la République!


Photo du président du niger, Mamadou Issoufou.

Grand enfant de la République, Idriss Déby, plus tu es obéissant, plus ton règne durera dans le territoire du Tchad. La République te dit merci pour ton indéfectible fidélité. Tu as parfaitement compris que plus on s’abaisse devant le maître, plus on monte dans la chaîne des serviteurs ! Attention tout de même au mal de dos, M. Déby.


Photo du président du Tchad, Idriss Deby.

Enfant Officier de la Légion d’honneur de la République, Macky Sall, tu seras toujours parmi les meilleurs élèves. Ta Légion d’honneur, tu l’avais bien mérité car tu maintiens l’un des tout premiers territoires colonisés en Afrique par la France dans le juron de la République. Bravo!
 

Photo du président du Sénégal, Macky Sall.

Ô, fier enfant de la République, Blaise Compaoré, grâce à toi la République a pu se débarrasser de Thomas Sankara qui eut la folie de tenter de construire un État indépendant au Burkina Faso. Ton apport à la République est énorme de ce point de vue. Compaoré, l’incomparable ! Ce n’est donc pour rien que la République a fait de toi le Sage, le Grand Médiateur en Afrique de l’Ouest où tu pilotes guerres et coups d’État en faveur de la République et de ses alliés. Reconnaissance et Fidélité de la République !


Photo du président du Burkina Faso, Blaise Campaoré.

Maître Franc-maçon, Grand Enfant, Grand guerrier de la République, Denis Sassou Nguesso, toi qui a ensanglanté le Congo durant des années pour revenir au pouvoir perdu contre Lissouba, la République te remercie vivement. Le pétrole, le bois et toutes les autres richesses du Congo livrées gracieusement à la République font de toi un de ses serviteurs qui trouvent toujours les portes de l’Élysée ouvertes: en été comme en hiver ! La République te salue et te garantit son soutien indéfectible. Franc-maçonniquement !


Photo du président du Congo-Brazzaville, Denis Sassou N'Guesso.

Grand Enfant de la République, Dioncounda Traoré, giflé et humilié à Bamako, soigné et cajolé à Paris. Homme silencieux du sérail, ton heure a sonné. À force de servir dans l’obscurité, on finit par apparaître au grand jour: histoire de fidélité. La République te caresse et t’embrasse chaleureusement, car grâce à toi, elle se redéploie joyeusement en force au Mali en disant que c’est toi qui le lui a demandé. Sans toi, Grand et fidèle enfant de la République, les islamistes auraient coupé tous les pieds et les bras aux africains du Mali. Grâce à toi, la République a acquis un galon supplémentaire dans son oeuvre de « colonisation humanitaire ». Accessoirement, tu as offert un chameau à François Hollande en guise de remerciement. La République te chérit et te seras éternellement reconnaissante.


Photo du président du Mali, Dioncounda Traoré.

Enfant de la République, Alpha Condé, grâce à toi, l’ère Lassana Conté est toujours en cours. La République te laisse faire ce que tu veux en Guinée, en tout cas pour le moment. Tu seras toujours aux rendez-vous du Palais tant que tu ne bousculeras pas les intérêts de la République dans ce territoire que Sékou Touré a appelé «un scandale géologique», car insolemment doté de richesses fabuleuses. La République te gratifie d’un sourire à couper la faim et la soif du peuple africain de Guinée.


Photo du président de la Guinée, Alpha Condé. 

Paul Mvondo Biya
, Grand enfant de « La République » placé au pouvoir depuis 31 ans maintenant, tu as fait et continues de faire le bonheur de Total, de Perenco, de Bolloré, d’Air France, de Vilgrain, d’Orange, de Bouygues… Grâce à toi, le Cameroun est maintenu dans le juron de la République qui, de président en président, manifeste à ton égard une fidélité à toute épreuve. À l’été 2011, pour un séjour d’environ 3 semaines à La Baule où tu t’étais bien reposé avec une forte délégation, Paul Biya, tu as dépensé environ 1 million d’euros. Tu fais aussi partie des meilleurs financiers de la vie politique de la République. Qui est fidèle récolte fidélité ! C’est pourquoi, Grand enfant de la République, tu seras toujours le bienvenu sur les terres de celle-ci.
 

Photo du président du Cameroun, Paul Mvondo Biya.

Alassane Ouattara, fils de la République, grâce à toi, la République a pu se débarrasser du président Laurent Gbagbo. Tu pilotes en parfaite harmonie avec des bandits de grands chemins le Nouvel Ordre français dans le territoire de Côte d’Ivoire qui a tenté de tenir tête à la République. Grâce à toi, la République est en printemps continu dans ce territoire où le pillage à grande échelle s’opère joyeusement. Chacun prend sa part : 150.000 tonnes de cacao par-ci, 200.000 tonnes de noix de cajoux par là en récompense aux criminels de guerre qui ont accompagné l’armée française dans sa reconquête du pays. La République, te trouvant tellement obséquieux, a dit par la voix de Gérard Longuet, ministre de la défense sous Sarkozy, que si tu étais arrivé au pouvoir un peu plus tôt, elle aurait délocalisé sa base militaire au Gabon en Côte d’Ivoire. Grâce à toi, toutes les institutions de la République ont de l’avenir dans la région, à commencer par le Franc CFA. Tu seras toujours le bienvenu à l’Élysée, digne fils de la République.


Photo du président de la Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara.


Auteur: KPOGLI Komla



Cordialement,

La Direction du RESEAU NERRATI-PRESS.

lundi, 10 juin 2013

MALI: LE TON MONTE CONTRE FRANÇOIS HOLLANDE

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Accueillis en libérateurs, les Français pourraient bientôt être perçus en colonisateurs.

 

La position conciliante de la France vis-à-vis des rebelles touaregs qui refusent l’autorité de l’État à Kidal est de plus en plus mal perçue par la population malienne. Comme par les partis politiques.

Les messages colportés par la foule, jeudi 30 mai, à Gao, sont à l’image du ressentiment d’une grande part de la population malienne envers les groupes armés touaregs qui se sont retirés à Kidal. « Nos pensées aux victimes et non aux bourreaux », « Pas d’élections sans confiance », « Président François Hollande, merci pour la liberté, maintenant la justice »…

Le président français, taxé de complaisance envers le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), groupe touarègue soupçonné de nombreuses exactions – notamment l’exécution d’une quarantaine de soldats à Aguelhok en janvier 2012 et plusieurs cas de viols à Gao entre mars et juin suivant.

« Les banderoles qui s’adressaient à François Hollande, c’était pour lui dire : tu as libéré le Mali des terroristes, maintenant libère Kidal, sinon avec toi, le Mali va divorcer brutalement », a commenté Ousmane Maïga, l’un des membres de la coordination de la jeunesse de Gao.

Négociations

Le premier tour de la présidentielle, prévu le 28 juillet, doit se tenir sur toute l’étendue du territoire malien, y compris Kidal, mais les groupes touaregs refusent de laisser l’administration et l’armée maliennes reprendre le contrôle de la ville. Des négociations sont actuellement en cours à Ouagadougou pour tenter de parvenir à un accord sur le vote à Kidal le 28 juillet.

>> Lire aussi : le dérapage de François Hollande

L’attitude de la France, soupçonnée de collusion avec le MNLA, est de plus en plus ouvertement critiquée dans la presse malienne et par certains hommes politiques. Le dernier en date est le candidat à la présidentielle Soumana Sacko, ancien Premier ministre de 1991 à 1992 et personnalité très respectée dans son pays.

Le 28 mai, un communiqué de son parti, la Convention nationale pour une Afrique solidaire (CNAS), a dénoncé « avec la dernière vigueur les récents propos mal inspirés du président François Hollande relatifs au sort de Kidal ».

"Paternalisme"

« Ni l’opération Serval, dont nous saluons l’efficacité, ni le mirage de milliards d’euros vaguement annoncés à Bruxelles (lors d’une conférence des donateurs le 15 mai) ne donnent au président François Hollande le droit de se substituer aux autorités maliennes et de déterminer en leur lieu et place la séquence temporelle du retour de l’administration civile et des forces armées et de sécurité du Mali à Kidal », affirmait le texte.

« À contre courant de l’Histoire, les propos anachroniques du président Hollande dénotent un certain paternalisme, voire une certaine velléité de transformation de Kidal, partie intégrante du Mali, en un protectorat français », avait conclu la CNAS.


(Avec AFP)


Source: JEUNE AFRIQUE

00:00 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, France, Mali, Monde arabe | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, mali, le ton monte contre françois hollande, dioncouda traoré, françois hollande | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |

jeudi, 30 mai 2013

DESESPERANTE AFRIQUE… 50 ANS APRES LA NAISSANCE DE L’OUA (DEVENUE UA)


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Le Président Français François Hollande est l’invité spécial de Madame Nkosazana Dlamini-Zuma (Présidente de la Commission de l'Union africaine), pour la célébration des 50 ans de l’UA. Et même que Mr Alassane Dramane Ouattara le ‘préfet’ installé par la France à la tête de la Côte d’Ivoire comme Président, devrait prendre la parole devant les membres de cette assemblée du haut de cette tribune continentale. La vivante Françafrique en Force, revigorée par ses dernières victoires néo-colonialistes en Côte d’Ivoire puis au Mali.

C’est à désespérer de cette institution qui se révèle être devenue une coquille vide. Diallo telli doit certainement être en train de se retourner dans sa tombe. Six pieds sous terre, Modibo Keïta et Sylvanus Olympio doivent se demander si ceux qui conduisent cette institution née pour une grande et belle aventure Africaine ont lu la charte qu’ils ont rédigée en 1963. 

La première ligne de la charte de l’OUA dit : ‘Nous, Chefs d’Etat et de Gouvernement africains, réunis à Addis Abéba, Ethiopie ; 

CONVAINCUS QUE LES PEUPLES ONT LE DROIT INALIÉNABLE DE DETERMINER LEUR PROPRE DESTIN […]

Oui… nos peuples Africains ont le droit inaliénable de déterminer leur propre destin, mais nombre d’entre eux ont fait le choix de confier ce destin au vorace Empire Français. 

Finalement, c’est quoi le but de la ‘lutte’ de l’OUA (UA)? 

Nous avons le droit de lutter, mais ne nous trompons pas d’adversaires.

Nous avons le droit de rêver, mais ne dormons pas sur nos lauriers (bien entendu, si nous en avons).

Nous avons le droit de vouloir d’une Afrique plus représentative dans le concert des nations, mais c’est à nous de bâtir cette Afrique-là et ce n’est pas ainsi que nous y parviendrons en reniant les règles de base que nous nous fixons. 

Comme le dit Aimé Césaire dans la Tragédie du Roi Christophe: «Les autres ont fait à petits coups de siècles. Où est pour nous le salut, si ce n’est que nous ferons -nous- à grands coups d’années.» 

Que faut-il faire pour susciter un nouvel élan dans la démarche émancipatrice de l'Afrique (de l’Afrique Noir surtout)?


Source: Le blog de Claudus

mercredi, 29 mai 2013

HOLLANDE PERORE A ADDIS-ABEBA DEVANT UNE SALLE VIDE! (VIDEO)

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Hollande n'était pas au sommet d'Addis-Abeba au moment où tous les chefs d'Etats africains y étaient. Son discours était attendu pour 19h, il a été fait à 20h40 devant une salle vide, après que tous les participants au meeting du Cinquantenaire de l'Union Africaine (UA) fussent rentrés chez eux.

Chapeau bas au service de communication de l'Elysée! Vraiment trop fort!

Veuillez installer Flash Player pour lire la vidéo
 


Source: CANAL PLUS.FR

jeudi, 16 mai 2013

COTE D'IVOIRE: OUATTARA AUSSI POPULAIRE ET EFFICACE QUE FRANÇOIS HOLLANDE EN FRANCE

 

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Les présidents Ivoiriens et Français ont énormément de points en communs. En particulier ceux de ne plus représenter grand monde et d’avoir lassé leurs populations par leurs mensonges et les violences qui se poursuivent dans leurs pays. Les récentes élections en Côte d’Ivoire confirment la division du pays et l’isolement de son dirigeant, illustrant le manque de confiance pour ce président imposé, après le putsch de l’Armée Française. Le parti de l’ex-président Laurent Gbagbo a appelé à boycotter les élections régionales et municipales, les qualifiant de farce électorale. Et au vu du très faible taux de participation, moins de 30%, l’appel semble avoir été largement suivi. Ce vote a en outre été entaché de nombreuses fraudes et disputes postélectorales, qui n’ont pas tardé à dégénérer en incidents violents partout dans le pays.

Malgré l’aveu de ses échecs, nonobstant la manne du FMI, de son impuissance et les dissensions au sein de son propre camp, le Président Ouattara briguera un second mandat. Cependant, l'insécurité persiste et aucune avancée notable n’a été faite pour une véritable réconciliation nationale. Au contraire, on note une mobilisation des partisans de Laurent Gbagbo, qui réclament sa libération à la Cour pénale internationale.



Plus inquiétant, le pays semble livré à une nouvelle oligarchie spoliatrice. En effet, des experts des Nations unies ont décrit un système de prédation des ressources naturelles, au profit d’un “réseau militaro-économique” mis en place par les anciens chefs des Forces nouvelles, alliés de l’actuel président, Alassane Ouattara, lui même ancien cadre du FMI. Environ 10% de la récolte de cacao pour la période 2011-2012 aurait été ainsi détournée, soit la bagatelle de 153.000 tonnes. Même chose pour la noix de cajou, dont plus de 30% de la production est allée dans d’autres poches. Mais c’est également le cas pour le coton, le bois, l’or ou encore les diamants.

Les sommes détournées sont loin d’être anecdotiques. Rien que pour le cacao, il est question de 400 millions de dollars (soit 1,6% du PIB ivoirien en 2012) de pertes pour l’économie locale et de 76 millions de dollars de rentrées fiscales en moins. Comme d’habitude, ce sont les mêmes méthodes qui sont à l’œuvre sur tous les continents. Pour contenter certains, on sacrifie un pays et sa population en les plongeant dans une anarchie durable mais profitable aux trafics en tout genre. Alors, comment réagirait la France, et plus largement l’Union Européenne, si du fond de son cachot de la Haye, l’ex-Président Laurent Gbagbo, remportait les élections présidentielles de 2015? Les ivoiriens seraient bien capables de faire ce joli pied de nez aux donneurs de leçons occidentaux.

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Source: PRORUSSIA.TV

samedi, 11 mai 2013

LE PACTE DE DISCIPLINE BUDGETAIRE - L'ALLEMAGNE EST-ELLE RESPONSABLE DE L'AUSTERITE EN EUROPE?

 

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Un projet de texte sur l'Europe du Parti socialiste décrit Angela Merkel comme la "chancelière de l'austérité" à "l'intransigeance égoïste". REUTERS/Fabrizio Bensch

 

Les socialistes français ont virulemment critiqué ce week-end la politique d'austérité budgétaire "imposée" par l'Allemagne. Une instrumentalisation démagogique qui cache une réalité politique plus complexe. Explications.

 

L'Allemagne impose un "diktat" de l'austérité en Europe. C'est ce qu'affirme la gauche française. Dans un projet de texte sur l'Europe publié la semaine dernière, l'aile gauche du PS accuse Angela Merkel d'être la "chancelière de l'austérité" à "l'intransigeance égoïste". Le texte a finalement été expurgé ce week-end des références mettant en cause la dirigeante allemande, sous la pression du Premier ministre Jean-Marc Ayrault.

Face au tollé provoqué dans la classe politique française, l'exécutif tente aujourd'hui de rassurer sur l'état du couple franco-allemand, tandis que Berlin fait mine d'ignorer ces critiques. Aussi pathétique et démagogique soit-elle dans ses relents antigermaniques, cette polémique n'en est pas moins révélatrice du constat d'échec de la politique d'austérité défendue par l'Allemagne.

Partout en Europe, aux Etats-Unis, et même dans les plus hautes sphères du FMI, des voix s'élèvent pour exiger de Berlin davantage de souplesse budgétaire et des mesures en faveur de la croissance, alors que le sud de la zone euro s'enfonce dans la récession.

>> EN IMAGES: Qui sont les porte-voix de l'anti-austérité?

Mais faire porter le chapeau à la seule Allemagne est un peu trop facile. "Prétendre que c'est l'Allemagne qui dicte l'austérité en Europe est faux et démagogique!", s'énerve l'eurodéputée centriste Sylvie Goulard. S'il est aujourd'hui impératif d'assainir les finances publiques, c'est parce que les précédents gouvernements ont laissé filé les déficits sans faire les réformes structurelles nécessaires".

Tous les pays européens acceptent l'austérité

"Cette stratégie de réduction des déficits sous le seuil des 3% du PIB est définie par la Commission européenne et acceptée à l'unanimité par tous les Etats membres, rappelle Christophe Blot, économiste à l'OFCE. L'Allemagne défend cette stratégie, mais elle ne l'impose pas. C'est le gouvernement français qui a voté le pacte de discipline budgétaire européen et c'est le même qui a adopté un budget 2013 de rigueur."

L'économiste souligne qu'à l'exception des Pays-Bas, qui ont renoncé mi-avril à mettre en oeuvre un nouveau plan d'austérité pour 2014, et par là même à tenir leur engagement vis-à-vis de Bruxelles de ramener le déficit à 3%, les autres pays européens en difficultés économiques se contentent de repousser le calendrier mais ne réduisent pas pour autant l'effort de consolidation budgétaire, qui varie de 1 à 3 points de PIB par an.

Dans ce contexte, la poursuite de la récession est inévitable. Le retour de la croissance en zone euro n'est pas à attendre avant 2014, voire 2015. "Ralentir la consolidation budgétaire est une nécessité", estime Christophe Blot. L'Allemagne, qui est déjà à l'équilibre des finances publiques et cessera dans les deux prochaines années de faire des efforts de consolidation, n'est pas sourde à ces arguments.

"Les Allemands ont le même souci sur la croissance en Europe, explique Sylvain Broyer, économiste de Natixis. Ils ne s'opposent pas aux rallonges accordées par Bruxelles en termes de calendrier pour ramener les déficits sous 3% du PIB. Ce qui leur tient à coeur, ce sont les réformes structurelles et l'importance de garder le cap de la consolidation budgétaire."

L'Allemagne joue l'immobilisme en période électorale

L'Allemagne est le pays qui contribue le plus au sauvetage de la zone euro, via les plans d'aide à la Grèce, à l'Irlande, au Portugal, aux banques espagnoles et récemment à Chypre. Si les élus allemands, de gauche et de droite, ont toujours soutenu ces plans d'aide, l'opinion publique, elle, y est majoritairement hostile.

D'où le discours de fermeté budgétaire défendu par Angela Merkel. Il ne faut donc pas s'attendre à voir Berlin donner son feu vert à une politique de relance de la croissance en Europe, du moins jusqu'aux élections législatives qui auront lieu le 22 septembre prochain. "L'Allemagne ne fait pas de blocage, elle fait de l'immobilisme dans un contexte électoral", explique Sylvain Broyer.

Si les conservateurs d'Angela Merkel (CDU et CSU) remportent les élections et forment une nouvelle coalition avec les libéraux (FDP), le "nein" allemand à la relance ne risque pas de s'infléchir. Si, en revanche, les sociaux-démocrates (SPD) entrent dans une grande coalition gouvernementale, ce sont "les Allemands eux-mêmes qui pourraient proposer dès l'automne un vaste plan d'investissements et de croissance en Europe", prédit Sylvain Broyer.

 

Par Emilie Lévêque, publié le 29/04/2013.

 

Source: L'EXPANSION.COM

CE RAPPORT ALLEMAND QUI ETRILLE L'ECONOMIE FRANÇAISE

 

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Un rapport interne du ministère allemand de l'Economie, dirigé par le libéral Philipp Rösler (à gauche sur la photo), analyse en termes peu flatteurs la situation économique de la France. REUTERS/Fabrizio Bensch

 

Perte de compétitivité, délocalisations, coût élevé du travail, manque d'investissements... Un rapport non officiel du ministère allemand de l'Economie dresse un bilan au vitriol de l'économie française.

 

Voilà un rapport qui devrait mettre de l'huile sur le feu dans dans les relations du couple franco-allemand, déjà bien échaudé par la polémique suscité en France par le PS. Dans un projet de texte sur l'Europe publié la semaine dernière, les socialistes français accusent Angela Merkel d'être la "chancelière de l'austérité" à "l'intransigeance égoïste".

Réponse - non officielle - de l'Allemagne: la France menace de devenir "l'homme malade de l'Europe". C'est en tout cas ce qui serait écrit noir sur blanc dans un rapport au virtriol sur l'économie française qui circulerait dans les couloirs du ministère allemand de l'Economie, révèle le Handelsblatt. Le quotidien allemand de référence du monde des affaires en publie des extraits en Une de son édition de mardi 30 avril.

"L'industrie française perd de plus en plus en compétitivité, la délocalisation à l'étranger des entreprises se poursuit, la marge des entreprises est faible", est-il écrit dans ce rapport compilé par les fonctionnaires du ministère du libéral Philipp Rösler (FDP), selon le journal. Le document en question est "une note à usage exclusivement interne, pas destinée à être publiée", compilée par un service "qui analyse régulièrement la compétitivité des pays de la zone euro", a précisé plus tard à l'AFP le ministère, confirmant donc indirectement l'existence de ce rapport.

Le document fait état des "coûts du travail en forte hausse" en France, "du temps de travail le plus faible d'Europe", de "pression fiscale la plus élevée de la zone euro" ou encore d'un manque d'investissement dans la recherche et le développement, écrit le Handelsblatt, en général bien renseigné sur tout ce qui provient des services de Philipp Rösler. Le journal conclut sur deux pages d'analyse sur la France en notant que "le fier voisin" français "menace de devenir l'homme malade de l'Europe".

Berlin inquiet du rythme poussif des réformes en France

La publication de ce rapport intervient dans un contexte tendu des relations franco-allemandes, après les attaques frontales du Parti socialiste français contre la politique de la chancelière Angela Merkel, accusée d'étouffer la croissance en Europe pour des motifs "égoïstes". Berlin a tenté de minimiser la portée de ces critiques, et s'abstient de manière générale de montrer la France du doigt ces derniers temps.

Mais la presse allemande et nombre d'observateurs ont vu dans les attaques du PS une tentative de détourner l'attention du rythme poussif de mise en oeuvre de réformes en France. Dans le quotidien régional Kölner Stadtanzeiger mardi, le commissaire européen à l'Energie, l'Allemand Günther Oettinger, appelle Paris à passer à la vitesse supérieure. "Ma position est: nous sommes prêts à accepter le (déficit public) de 2013 seulement si des réformes structurelles sont mises en oeuvre. Des réformes du marché du travail, un temps de travail allongé, un plafonnement de la croissance des retraites, des suppressions de postes dans le secteur public", a dit le conservateur.

Paris ne respectera pas cette année le plafond de déficit public imposé par les règles européennes, et espère la clémence de ses partenaires en promettant des réformes et un respect du pacte de stabilité l'an prochain. Le gouvernement allemand a plusieurs fois signalé à demi-mot qu'il était prêt à faire ce geste vis-à-vis de son plus important partenaire.

 

L'Expansion.com avec AFP, publié le 30/04/2013.

 

Source: L'EXPANSION.COM

mercredi, 01 mai 2013

AMINATA TRAORE: LA MILITARISATION POUR LE CONTROLE DES RESSOURCES AFRICAINES FAIT PARTIE DE L'AGENDA


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Ceux qui voyaient dans la présidence d’Hollande la fin de la Françafrique ou une politique africaine de la France plus équitable, peuvent enfin se faire à la cruelle évidence de la realpolitik. Aminata Traoré, la militante altermondialiste malienne, n’a pas eu son visa Schengen, sur instruction de la France à tous les pays de l’espace Schengen. Aminata Traoré paierait-elle cash sa prise de position audacieuse, contre l’intervention française au Mali, qui selon elle cacherait à peine de gros intérêts miniers et géostratégiques au Mali et dans la sous région? La France n’a pas d’amis elle n’a que des intérêts disait le Général De Gaule, et les intérêts eux, s’accommodent très mal de toutes voix discordantes. L’ancienne ministre de la culture malienne et porte-flambleau du «Non à l’intervention militaire étrangère au Mali» livre à cameroonvoice son sentiment après cette déconvenue.

 
Cameroonvoice : Nous avons appris avec stupéfaction que les autorités françaises ont refusé de vous accorder un visa d’entrée en France pour participer à une réunion publique le 22 avril dernier. Pouvez vous nous confirmer cette information?
 
Aminata Traoré : En fait, j’ai été invitée par Die Linke, un parti de gauche allemand, et des militants français. Je devais faire un tour à Berlin et par la suite donner une conférence à Paris et Lille. J’avais un visa de circulation de 4 ans de l’espace Schengen qui a expiré au mois de Février.

Quand je me suis rendue à l’ambassade d’Allemagne pour solliciter un droit d’entrée dans l’espace Schengen, ils m’ont accordé un visa de trois jours uniquement pour leur pays en me notifiant que la France a donné des instructions pour qu’aucun pays de l’espace Schengen ne m’accorde de visa.
 
Il y avait donc une interdiction de circulation dans l’espace Schengen vous concernant, dont vous ignoriez totalement l’existence?
 
Non non, on ne me l’avait pas notifié avant, c’est à la faveur de ce voyage que je l’ai su. J’ai été autorisée à aller en Allemagne et à revenir au Mali directement sans fouler le sol de l’espace Schengen mis à part l’ Allemagne. Je ne sais pas si c’était une exception allemande, ou si les autres pays de l’espace Schengen pourront m’accorder la même « faveur ».

Ma liberté de circuler est maintenant restreinte. Les consulats européens échangent entre-eux, des listes de personæ-non-grata, et les dispositions changent selon la gravité du délit entre guillemets. En ce qui me concerne, je ne sais pas ce que l’on me reproche. Dans mon cas, j’ai eu la chance d’avoir cette ouverture de la part de l’Allemagne, mon compatriote Oumar Mariko (Secrétaire général du SADI, Ndlr), lui il n’a pas pu voyager du tout.
 
Vos prises de position contre l’intervention militaire des forces étrangères au Mali et notamment celle de la France ne seraient pas la cause de cette interdiction?
 
Certainement, sinon je ne comprends pas pourquoi, la France et surtout les membres de ce gouvernement de gauche, qui m’ont reçu et qui me connaissent parfaitement le feraient. En principe, nous partageons les même idées.

Sauf que, la France considère son intervention au Mali comme une réussite politique et militaire, c’est le Premier ministre Jean-Marc Ayrault qui l’a dit et ce success story de leur point de vue exige certainement un verrouillage, qu’il n’ y ait pas de critiques, puisque l’unanimité leur réussit si bien ! Vous vous souvenez bien que toutes les résolutions concernant cette guerre ont été adoptées à l’unanimité au Conseil de sécurité des Nations Unies, et avant-hier (mardi 23 avril Ndlr) ils viennent aussi de voter à l’ unanimité à l’ Assemblée nationale et au Sénat français pour la prolongation de l’Opération Serval au Mali.

Le pouvoir politique a changé de main en France voilà bientôt un an et on peut constater pour le déplorer avec cette opération que la politique africaine de la France, demeure toujours la même.
Elle demeure inchangée et il ne nous le cache pas. Le Général De Gaulle l’a dit: « La France n’a pas d’amis mais des intérêts ». Peut-être c’est nous qui nous faisons des illusions, François Hollande l’a d’ailleurs répété récemment en parlant dossier Centrafricain quand François Bozizé l’appelait à l’aide. Il lui a fait savoir que la France défendait ses intérêts et ses ressortissants.

Nous l’apprenons peut-être à nos dépens, parce qu’on se disait aussi que les temps ont changé et puisqu’ils sont confrontés aux mêmes difficultés que nous, liées au même environnement économique international, avec les questions d’aide, de chômage de pauvreté etc. Mais à la lumière de ce qui se passe, il y a une grille de lecture qui s’applique à l’Afrique, on est considéré comme des pays en faillite, pas d’états, pas d’armées, ils peuvent faire la pluie et le beau temps et ne tolèrent pas de voix discordantes.
 
Ils ne tolèrent pas de voix discordantes, pourtant ils se clament chantre de la liberté de la d’expression. Peut-on interpréter cette interdiction de territoire comme une entrave à la liberté d’expression, puisque vous avez un point de vue discordant?
 
Oui! Pourtant moi je n’ ai pas changé, tout ceux qui me suivent depuis savent que j’ai pas changé de discours ceux sont les mêmes idées que je véhicule. Je ne m’attaque à personne, je condamne tout simplement un système économique mondial cynique et la guerre fait partie de ce système.

Aujourd’hui, la militarisation pour le contrôle des ressources de l’Afrique fait partie de l’agenda. C’est ce que j’ai dit et c’est ce qu’eux-mêmes ils reconnaissent! Alors moi malienne, pourquoi je n’ai pas le droit de poser ce regard sur les réalités de mon pays en guerre!
 
Comment envisagez-vous l’avenir du Mali et de la sous-région suite à cette intervention militaire française appuyée par des troupes africaines?
 
Je pense que les troupes africaines sont mises à contribution, et comme je l’ai déjà dit dans mon manifeste ce n’est pas notre guerre, nous sommes entrés dans une phase de la globalisation qui implique la diplomatie économico-offensive et la militarisation.

Mais seulement, Al Qaida est une réalité et en même temps une aubaine, elle permet aux dirigeants Africains qui ont mal géré de dire maintenant que la priorité, c’est la lutte contre le terrorisme et aux puissances étrangères de dire: Faisons cause commune, luttons d’abord contre le terrorisme.

Et moi, je dis que le véritable terrorisme c’est la misère, c’est les injustices, parce que je sais qu'une bonne partie des combattants des djihadistes sont avant tout, des jeunes désespérés sans boulot, ils n’ont pas de visas et se font recruter à la fois par les narcotrafiquants et les djihadistes. C’est cette réalité qu’il nous faut regarder maintenant de près.
 
Quelles leçons devrons nous tirer de la situation au Mali et de ce qui vous arrive à vous?
 
Je souhaite que les Maliens et les Africains s’ouvrent grandement les yeux et les oreilles et se disent qu’en réalité, il n’y a pas un cas malien. Ce qui se passe aujourd’hui au Mali est l’illustration d’une nouvelle étape de la politique de mainmise sur les ressources du continent, notamment les ressources énergétiques, sans lesquelles la sortie de crise, la croissance et la compétitivité ne sont pas envisageables par l’Occident.

Au lieu de jouer cartes sur table et changer les règles du jeu on préfère, nous écrire une autre histoire, nous humilier, nous culpabiliser. Avec tout ce qui se passe je considère que le Mali est humilié, il y a donc aucune raison d’en ajouter en gardant le silence et c’est ce que tout le monde fait, et les occidentaux le savent pertinemment.

Raison pour laquelle, je me réjouis aujourd’hui de ce soutien international parce qu’il y a énormément de gens qui ne comprennent pas, quelque soit la différence de lecture, qu’un tel traitement me soit réservé. C’est donc une nouvelle phase de la décolonisation de l ‘Afrique. Il nous appartient maintenant à nous mêmes de voir ou sont les véritables défis.