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mercredi, 01 août 2012

FRATERNITE MATIN DANS LA TOURMENTE - UN GROUPE DE TRAVAILLEURS: «VENANCE KONAN EST DEPASSE»

 

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Le quotidien gouvernemental, Fraternité Matin est dans la tourmente depuis quelques jours. Son DG, le journaliste Venance Konan, fait feu de tous bois à travers des interviews dans les journaux pour expliquer ses choix. Apparemment sans convaincre ses propres travailleurs. Certains ont choisi de passer par une lettre ouverte à travers votre quotidien, Notre Voie, pour donner leur point de vue. Pour le droit à la parole, nous publions leur courrier.

 

« Monsieur le Directeur de Publication de Notre Voie,

Nous vivons depuis quelque temps, nous travailleurs de Fraternité Matin, une bien curieuse situation sous la direction de M. Venance Konan, notre DG. Cette situation est telle que nous sommes dans l’obligation de passer par votre canal pour prendre à témoin les autorités étatiques et l’opinion nationale.

En effet, arrivé à la tête de notre entreprise commune en avril 2011, M. Venance Konan a bouclé un an de présence. Sans vouloir prendre position dans les nombreuses affaires de licenciement qui alimentent l’actualité, nous, travailleurs de Fraternité Matin, sommes simplement inquiets pour notre avenir.

En effet nous observons beaucoup de tâtonnements dans la gestion de l’entreprise d’une part et une ambiance délétère généralisée. En raison de ses élans de tribalisme et de clanisme, M. Venance Konan a pourri les relations de fraternité qui faisaient la force de notre entreprise. Aujourd’hui, la délation et la suspicion arpentent les couloirs pour faire ou défaire des carrières. Qui a raison ? Qui a tort ? Qui a volé quoi ? Qui a volé combien ? Nous, les petits, nous ne le savons pas.

M. Jean Baptiste Akrou a déclaré le jour de la passation des charges, le 30 avril 2011, plus de 509 millions d’argent disponibles. Laissés à son successeur, M. Venance Konan. Mieux, à la suite de la première Assemblée générale de Fraternité Matin tenue depuis plus de quinze ans, en octobre 2010 à l’Ivoire Golf Club, le Conseil d’administration a félicité l’ex-Directeur général et ses chefs de départements pour bonne gestion. Chacun a perçu un bonus parce que tous les comptes de l’entreprise venaient d’être certifiés pour la première fois depuis 40 ans. Faut-il croire que le conseil d’administration et les experts comptables assurant le commissariat aux comptes sont incompétents ou complices ? Ensuite, la Présidence de la République a offert 650 millions pour l’achat d’une rotative. En lieu et place d’une nouvelle machine, c’est une rotative de seconde main qui a été achetée. Depuis son acquisition, elle n’a jamais tourné correctement durant un mois entier. Les pannes succèdent aux pannes.

Hier, Fraternité Matin tirait en moyenne à 26.000 exemplaires par jour et nous étions de loin 1ers. Aujourd’hui nous sommes tombés à 19.000 exemplaires par jour. Pourquoi avons-nous tant chuté et continuons de dégringoler ? Les ateliers de l’imprimerie sont vides. Que font donc les personnes censées apporter des marchés ?

Tout cela nous inquiète car en raison des quotas imposés à la publicité, nos ressources diminuent. Avec des hypothèques sur nos salaires. Il se murmure qu’un plan de compression portant sur 100 personnes est envisagé. Nous sommes inquiets. Au moment où M. Venance Konan célèbre la bonne gouvernance dans ses éditoriaux, il vient de licencier Alhouceine Sylla parce qu’il a révélé que 60% des achats se font en dehors du service d’achat dont il a la charge. Au vu de tous ces indicateurs, l’avenir nous parait incertain avec le duo Venance Konan – Koné Moussa. Faut-il le rappeler, M. Koné Moussa est le premier DGA de l’histoire de Fraternité Matin à être nommé à ce poste. A sa nomination, il a été présenté comme gestionnaire chevronné. Force est de constater aujourd’hui que c’est tout le contraire qu’il nous démontre. Ses tendances dépensières avec la réfection à coup de millions de son bureau ont alerté les travailleurs. Depuis lors, il accumule les entraves à l’orthodoxie de la bonne gestion.

Même s’il a été grand journaliste, Venance Konan semble être dépassé aujourd’hui. Dépassé par les enjeux de la réconciliation et de la paix. Dépassé par la gestion d’un journal d’Etat ouvert à toutes les sensibilités. La ligne éditoriale actuelle de Fraternité Matin ne rassemble pas les Ivoiriens qui du coup s’en détournent ! Le Président Ouattara a, lui-même, récemment reproché aux journalistes ivoiriens dont ceux de Fraternité Matin, leur trop grand militantisme. Ceci est donc un SOS pour plus de 300 familles menacées par les errements de Venance Konan à Fraternité Matin. Merci de nous aider à faire connaitre nos préoccupations ».

 

Un groupe de travailleurs de Fraternité Matin


In le quotidien ivoirien "Notre Voie" du 1er Août 2012.

vendredi, 09 juillet 2010

JEAN-BAPTISTE AKROU, L'ARCHETYPE DE L'INTELLECTUEL AFRICAIN DEMISSIONNAIRE

 

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« Le tort de Koulibaly » : voici le titre de l'éditorial  de Jean Baptiste AKrou du 5 juillet 2010. L'éditorialiste a voulu certainement prendre position dans l'affaire « Tagro » mais le titre de l'éditorial est provocateur. Dans le dictionnaire HACHETTE ENCYCLOPEDIQUE, année 2000, un tort se définit comme une action, un comportement, une pensée contraire à la justice ou à la raison. Avoir tort, c'est n'avoir pas pour soi le droit, la vérité. Donner tort à quelqu'un, c'est condamner ses idées, sa conduite.  Dès lors, nous pouvons affirmer que Jean Baptiste AKrou fustige la conduite, les idées du professeur Mamadou Koulibaly. Et pourquoi ? Parce que la conduite et les idées du n°2 de l'Etat seraient contraires à la justice et à la raison.

Dans ce genre d'affaire, il nous semble qu'une analyse lucide et profonde nécessite de répertorier les idées du professeur Mamadou Koulibaly et de les confronter à la justice et à la raison. Nous allons nous contenter de citer en tout cas, les idées et la conduite qui sont décriées dans l'éditorial en question.

Fondamentalement, Jean Baptiste AKrou reproche au professeur Mamadou Koulibaly de faire perdre des voix au FPI parce qu'il critique les inconduites des refondateurs, vit comme un homme de gauche (sobrement), défend l'idée d'une monnaie propre aux africains. Voici ce qui retient mon attention à la lecture du fameux éditorial de Jean Baptiste Akrou.

Nous allons donc montrer dans un premier temps que Mamadou Koulibaly est un homme d'Etat donc au-dessus des partis politiques. Dans ce cas, il peut critiquer ses amis du FPI si ces derniers n'agissent pas  dans l'intérêt du peuple. Dans un deuxième temps, nous relèverons la constance de Mamadou Koulibaly dans ses idéaux : il est de gauche et il ne vit pas dans l'opulence injurieuse. Dans un troisième temps, nous démontrerons que le combat contre le franc CFA est d'abord celui de notre indépendance : Mamadou Koulibaly n'a donc pas tort.

DEFENDRE LE PEUPLE OU LES CORROMPUS DU FPI

Dans l'affaire « Tagro », ceux qui condamne le professeur Mamadou Koulibaly réagissent ainsi : le FPI est en campagne, même si certains pillent le pays, trichent dans les concours, créent de l'injustice sociale, ce n'est pas grave.

Dieu merci qu'il existe dans notre pays, une autre espèce d'Hommes qui pensent que Rien n'est plus grand que défendre l'intérêt du peuple. Le professeur Mamadou Koulibaly se situe dans cette catégorie d'hommes politiques, ayant compris ce que c'est que la responsabilité politique. Il est vrai qu'aux temps du Parti  unique, on pouvait dénombrer de nombreux détournements et malversations pour autant cela ne justifie point le silence dans lequel l'on veut installer Mamadou Koulibaly.

Le FPI qui se dit un parti proche du peuple voudrait laisser de côté les préoccupations de ce peuple pour ne penser qu'à la réélection de Laurent Gbagbo.

Voici ce que Jean Baptiste Akrou écrit : « Même s'il avait raison, Mamadou Koulibaly a commis une faute politique sur l'opportunité de sa campagne pour la moralisation de la vie publique. Il est des vérités qu'un responsable politique garde enfouies en lui. Il en évoque dans ses mémoires et non quand il est en activité ».

Mais diantre, on demande à Mamadou Koulibaly d'évoquer la souffrance, le mal être des ivoiriens dans ses mémoires lorsqu'il sera à la retraite. Je doute fort que Jean Baptiste Akrou soit de gauche car de telles déclarations ne sont en réalité que le propre des égoïstes, ennemis du peuple.

Le parti politique étant une tribune d'expression d'une partie du peuple, le n°2 de l'Etat a trouvé bon de défendre tout le peuple et non les intérêts d'un groupuscule assoiffé de pouvoir.

Lorsque le peuple a été désabusé par le général Robert Guei, il est descendu dans les rues contre les chars pour remettre le pouvoir à Laurent Gbagbo. Le même peuple s'est érigé en « un corridor humain » pour protéger et la vie et le pouvoir du président Gbagbo lorsqu'il voulait résister  aux français.  Pourquoi donc faire souffrir ce peuple qui ne veut que le changement ?

Un jour, le président Laurent Gbagbo lui-même, peut-être dépassé par les événements se lâchait en ces termes : "Les gens détournent par-ci, détournent par-là, ils font des rackets par-ci, des rackets par-là. Les policiers ont " gâté " leur nom parce que tout le monde les voit. Mais ils ne sont pas les seuls à racketter. Quand tu vas dans un bureau et qu'on te prend l'argent pour faire un papier auquel tu as droit, c'est du racket. On voit tout et on entend.... On entend ici, un tel vole dans la direction qu'on lui a confiée, un tel vole sur la route, mais quand nous volons, c'est nous-mêmes que nous volons...". Ainsi, la prestigieuse Ecole Nationale d'Administration(ENA), l'Ecole Nationale de Police (ENP), l'Ecole Nationale de la Gendarmerie (ENG), l'Ecole Normale Supérieure (ENS) sont devenues le lieu où se fait la promotion des nuls.

Face à ces dérives, selon Jean Baptiste Akrou, Mamadou Koulibaly doit se taire car  cela affecterait négativement le FPI.

Décidemment, la fin de la souffrance du peuple ivoirien n'est pas  pour aujourd'hui. Le peuple voulait avoir le cœur net sur cette affaire « Tagro » mais  une fois encore, il est floué. La Commission des affaires sociales et culturelles du parlement a siégé le 7 juillet 2010,  toute la journée, à l'Assemblée nationale pour statuer sur la proposition de résolution portant création d'une enquête parlementaire sur les concours d'accès aux emplois publics. En fait,  une commission d'enquête parlementaire chargée de mener des investigations sur l'organisation et la proclamation des résultats de tous les concours d'accès aux emplois publics qui se sont déroulés entre 2005 et 2010 a été crée. Malheureusement pour le peuple ivoirien, quinze députés ont voté contre ce projet, quand treize ont voté pour.

Cela signifie simplement que certains députés du FPI ne veulent pas sortir de la saleté dans laquelle ils sont établis et ne sont pas pour la justice sociale. Et pourtant ils sont de gauche.

ÊTRE DE   GAUCHE, C'EST VIVRE SOBREMENT ET DIGNEMENT

Si l'on peut regrouper sous un même sceau philosophique et leur trouver un fondement conceptuel unique, on dira que la Refondation défend les idées de gauche puisque l'histoire contemporaine l'identifie à quelques principes : la nécessité d'une régulation collective, une action politique tournée autour de l'idée de justice, une priorité économique accordée à l'idée d'égalité, un scepticisme vis-à-vis de toute forme de déterminisme politique. Si Mamadou Koulibaly est un homme de gauche alors qu'a-t-il fait pour avoir tort ? Voici ce que l'on lui reproche : « Koulibaly n'aime pas se conformer aux règles de bonnes convenance. Dans la vie quotidienne, faisant entorse aux précautions élémentaires, il est régulièrement au volant de son véhicule, roulant sur de longues distances en Côte d'Ivoire et parfois jusqu'au Ghana. Sans chauffeur, ni garde du corps. Il fait fi du protocole et de la sécurité. Il entend transposer cette perception de la liberté dans l'arène politique... ».

Le professeur  Mamadou Koulibaly est avant tout un député, élu du peuple, en tant que tel, il doit vivre les préoccupations de ces administrés, c'est d'ailleurs cela un homme politique.

Pendant que les ivoiriens peinent à boucler les fins de mois, pendant que  l'injustice sociale a atteint son paroxysme, on demande au défenseur de la liberté du peuple de fermer sa bouche alors que le peuple a beaucoup à dire.  Les ivoiriens n'arrivent plus à se vêtir, à manger, à se soigner pendant qu'une poignée vit dans une richesse la plus insolente et injurieuse.

En France, le président SARKOZY a viré du gouvernement français, Alain Johandet et Christian Blanc depuis le 04 juillet dernier. Tous deux secrétaires d'Etat l'un à la Coopération et l'autre à l'aménagement du Grand Paris. Le premier s'est permis de louer un avion privé à 116.000 Euro, soit plus de 58 millions de FCFA en vue de se rendre en Martinique, pour participer à une réunion sur Haïti. Le second avait l'habitude d'importer des cigares de Cuba pour un montant total de 12.000 Euros, soit plus de 6.000.000 de FCFA avec l'argent du contribuable.

Et pourtant, Nicolas SARKOZY n'est pas de gauche : quelle leçon de démocratie à la gauche ivoirienne !

En vérité,  Jean-Baptiste Akrou s'est vraiment ridiculisé en préconisant le silence là où des délits sont constitués. La gabegie que nous constatons depuis quelques années dans notre pays, n'est pas ce que le candidat Gbagbo nous avait promis lorsqu'il était dans l'opposition. Il avait promis des sanctions lourdes contre  ses amis s'ils se méconduisaient.

Aujourd'hui, parce que sans doute fautifs, certains députés FPI  réclament l'extension de la période d'enquête de sorte à toucher le temps "des grilleurs d'arachides" d'Houphouet-Boigny, les affaires de surfacturation des complexes sucriers, des dépenses non ordonnancées et autres affaires relatives aux 18 milliards FCFA de l'Union européenne.

En fait, le message que ces derniers délivrent au peuple est clair : sous le parti unique, ils ont volé, qu'on nous laisse tranquillement voler également.

C'est  triste de penser ainsi car c'est parce que les ivoiriens ne supportaient plus cette manière de gérer le pays qu'ils ont voté le candidat Laurent Gbagbo en 2000.  Pourquoi donc ressasser cette vieille musique périmée depuis pour en faire un plat de fête ?

MAMADOU KOULIBALY N'EST PAS UN RÊVEUR LORSQU'IL PRÔNE LA DECOLONISATION DU FRANC CFA

On peut concéder à Jean Baptiste Akrou sa méconnaissance des questions monétaires, cependant son manque de réserve face à un sujet aussi technique et politique qu'est le débat sur le franc CFA est dérangeant.  Descartes met en œuvre ce doute méthodique dans les Méditations métaphysiques. Son but déclaré est de distinguer, parmi se opinions, lesquelles sont vraies. Il veut identifier les connaissances que l'on peut tenir pour vraies sans aucun risque d'erreur. Il est vrai que douter, c'est reconnaître que l'on ne sait pas et que l'on ne parvient pas à atteindre la vérité mais le doute dont nous parlons est un doute provisoire. Bref, laissons de côté le débat philosophique pour essayer d'expliquer le bien fondé de notre combat contre le franc CFA.

Définissons la monnaie comme une créance à vue sur le système bancaire. Dès lors, la monnaie ne peut-être dissociée du système de paiement. Or ce dernier est propre à une communauté donnée. Du coup, chaque communauté de destin doit pouvoir avoir sa monnaie. C'est une première démonstration simple qui nous indique que les pays africains de la zone franc doivent avoir leur monnaie.

L'éditorialiste Jean Baptiste Akrou doit savoir que la  souveraineté  est le principe d'autorité suprême. Or, la monnaie renvoie au prince et généralement à l'organisation politique de la société. La monnaie de ce fait est inséparable d'un ordre ou d'un pouvoir.  A tout système monétaire est assignée une limite, qui est celle de l'acceptation des moyens de paiement. Ainsi l'aire d'extension du système de paiement se confond avec celle de la souveraineté de l'institution émettrice de la monnaie légale. Robert Joseph Pothier, un des inspirateurs du code civil français écrivait, à propos de la monnaie métallique «  ces pièces n'appartenant aux particuliers que comme signe de la valeur que le prince a voulu qu'elle représentassent, dès lors qu'il plaît  au prince que ce ne soient plus ces pièces mais d'autres qui soient les signes représentatifs de la valeur des choses, les particuliers n'ont plus le droit de retenir ces pièces ». En fait, la monnaie a un lien avec l'Etat, elle n'est pas tout l'Etat et l'Etat n'est pas toute la monnaie.

Voyons maintenant comment est née cette monnaie (franc CFA).  La formation d'une zone économique impériale, protégé de la concurrence extérieure et fondée sur la complémentarité des productions coloniales et métropolitaines, passait par la création d'un espace monétaire commun. Le franc CFA est officiellement né le 26 décembre 1945, jour où la France ratifie les accords de Bretton Woods et procède à sa première déclaration de parité au Fonds monétaire international (FMI). Il signifie alors « franc des colonies françaises d'Afrique ». Le décret[1] lui, prit effet le 26 décembre 1945. Ce décret fixe une nouvelle parité entre le Franc et le Franc des Colonies Françaises d'Afrique, ainsi que les francs des Colonies Française du Pacifique. Des unités monétaires d'inégales valeurs furent instituées pour chacune des régions. C'est aussi l'occasion d'affirmer l'unité car le communiqué du ministre des Finances parle de « Constitution de la zone franc » et ce sera la première fois que le terme est utilisé officiellement. Certains pays ont choisi, lors de l'indépendance ou après, de quitter la zone franc coloniale : Algérie (1963), Maroc (1959), Tunisie (1958), Mauritanie(1973), Madagascar(1973), Guinée (1958), l'ex- Indochine (Cambodge, Laos, Viêtnam) en 1954. Le Mali l'a quittée en 1962 pour la réintégrer en 1967.  Les pays comme le Maroc, la Tunisie sont en voie d'être des pays émergents, non avec le franc CFA mais leurs monnaies propres.

Avec la zone franc, le France voulait conserver son aire d'influence, mais aussi, consolider des liens un temps menacés par les aspirations à la souveraineté. La construction de cette zone est due à des facteurs commerciaux (une partie importante des échanges se faisant avec la France), financiers (faciliter le paiement des flux financiers) et politique. Cette tutelle monétaire assure le contrôle des économies de la zone et garantit les bénéfices des capitaux français en assurant la convertibilité illimitée, la parité fixe avec l'euro et surtout la liberté des transferts.

Jean Baptiste Akrou doit savoir que si la Côte d'Ivoire veut son indépendance politique et économique, elle doit d'abord acquérir sa souveraineté monétaire car le professeur Pierre KIPPRE disait lors de la cérémonie d'ouverture du cinquantenaire de la Côte d'Ivoire qu'« on ne détruit pas un système en abattant seulement les murs ».  Ce n'est pas lors d'un meeting qu'on prend son indépendance vis-à-vis de la France mais en commençant par travailler dur pour asseoir une économie locale très forte, une monnaie gérée par nous-mêmes.

Le franc CFA, en tout cas,  dans sa gestion, dépouille les africains de tous les leviers qui permettent un développement autocentré. On oblige les africains à compromettre leur développement par le respect scrupuleux de certaines règles orthodoxes. Le mythe de la convertibilité illimitée n'est que mensonge et arnaque. Encore plus le fameux « compte d'opérations », terme inconnu des milieux académiques mais bréviaire des milieux financiers de la zone franc. Comment peut-on remettre le pouvoir monétaire, un des attributs du pouvoir à son ennemi ?

Si Jean Baptiste Akrou ne connaît rien de la monnaie, ce n'est pas grave mais qu'il n'accuse pas Mamadou Koulibaly de rêveur qui veut une autre monnaie que le franc CFA. Nous plaidons pour une monnaie décolonisée, c'est-à-dire qui ne sera pas sous la tutelle de la France mais bien des africains. Est-ce moralement et économiquement acceptable de déposer 50% (BCEAO) de nos réserves de change dans un Trésor français ?  Si des intellectuels acceptent cette servitude, nous disons tout simplement non et non. Jean Baptiste Akrou semble faire partie de cette catégorie d'intellectuels africains, qui pour défendre leurs intérêts propres, ignorent expressément ce qui fait le bonheur de leurs peuples.

Dieu nous aide à comprendre  ce qui est bon pour nous africains.


Dr Séraphin PRAO

Enseignant-chercheur à la faculté des sciences économiques et de développement à l'Université de Bouaké (Côte d'Ivoire)

Président du Mouvement de Libération de l'Afrique Noire (MLAN)

www.mlan.fr

Tél : (225) 01 11 87 60


[1] Le décret est signé par trois français : Charles de Gaule, président du gouvernement provisoire ; René Pleven, ministre des finances ; Jacques Soustelle, ministre des colonies.

samedi, 25 avril 2009

SONS DISCORDANTS DANS LA GALAXIE PATRIOTIQUE

BLE GOUDE.jpg
Germain Séhoué (Pdt de la CJR-CI ) : “L’ONU veut-elle positionner Blé Goudé pour l'après Gbagbo ?” (version actualisée)

Des experts des Nations Unies (ONU), viennent d'avoir la pensée analytique ivoirienne. Et comment ?


1- Les faits

Le 5 mars 2009, un groupe d'experts onusien sur la Côte d'Ivoire, dirigé par Lipika M. Roy Chouhury, a adressé un courrier au DG de Fraternité Matin : "Blé Goudé doit être astreint, dans le cadre des sanctions, à des revenus de subsistance. Il lui est interdit d'avoir d'autres revenus y compris des droits d'auteur. Frat-Mat est en infraction. Il vous faut écrire au Conseil de sécurité pour avoir des informations complémentaires". Ce courrier a provoqué et continue de le faire, l'émoi collectif des Ivoiriens, en faveur du leader de la jeunesse patriotique ivoirienne. Pour certains, l'acte de l'Onu vise Laurent Gbagbo. Pour d'autres, l'Organisation de Ban-Ki Moon veut saboter le processus de paix. Mais selon Hamadoun Touré, le porte-parole de l'Opération des Nations Unies en Côte d' Ivoire (ONUCI), "Je ne pense pas que cela menace le processus de paix parce que le comité a rencontré les personnes sous sanction et leur a expliqué ce qu'il fallait faire pour la levée de ces sanctions." Pour ma part, c'est là où se trouve la clé de voûte de cette énigme. Et une preuve n’est pas que matérielle. Elle procède également d’un raisonnement logique. Raisonnement qui a donc pour vocation de faire jaillir la lumière. Raisonnons !

2- La réalité qui perturbe la démarche intellectuelle

Pourquoi attaquer aujourd'hui Charles Blé Goudé, alors qu'il constitue, qu'on le veuille ou non, un symbole dans les efforts pour le retour à la paix ? Tôt, il a parlé avec les rebelles, fait de Wattao, un ami et multiplié des actions pour la paix avec la rébellion, au point même où il s'est attiré des inimitiés parmi les radicaux, au sein de la galaxie patriotique. En plus, son livre édité par Frat-Mat, n'est pas une exhortation à la haine, mais présente une vision de la reconstruction de la paix. Pourquoi donc l'ONU peut-elle l'attaquer en ce moment précis ?

L'ONU sait que la production littéraire n'est pas la source de financement des activités de Blé Goudé. Que valent, aujourd'hui, ses droits d’auteur, dans le pouvoir financier du président du Cojep ? Rien. En demandant aux Ivoiriens de sortir dans la rue, la nuit du 6 novembre 2004, pour défendre la République contre l'occupation française, il n'a pas eu recours à des droits d'auteur ou au support d'un livre. Ils sont sortis pourtant. Il a commencé à financer les projets de jeunes (Sentinelles du COJEP de Marcory…), bien avant l'édition de son livre et la création de la structure de Communication, Leader's Team, dont il est le patron. Les moyens mis en œuvre pour ses gigantesques tournées en faveur de la paix et pour Laurent Gbagbo, ne peuvent sortir des revenus sur un livre. L'Onu sait donc que Charles Blé Goudé a de puissantes sources de financement, des robinets bien juteux, en dehors des gains de sa plume, qu'elle n'a pas la possibilité de fermer. Elle est consciente que sa provocation à l'égard de Blé Goudé, viserait Laurent Gbagbo, si et seulement si, elle pouvait induire, à travers la réaction de l'intéressé, le délitement de l'Etat. Chose que l'Onu même sait improbable, persuadée qu'il est des inconditionnels de l'actuel Président de la République. De même, pour la défense de ses droits d'auteur, le leader de l'Alliance de la jeunesse patriotique, ne devrait se permettre (même pour le plaisir personnel de se sentir soutenu), de perturber la sortie crise, en appelant ou laissant descendre à la rue, ses partisans, sachant que toute manifestation du genre, en ce moment si sensible, peut être infiltrée et récupérée par les bras séculiers des abonnées aux coups d’Etat.
Si donc, elle est convaincue que son attaque contre Blé Goudé ne gênerait pas Gbagbo, que d'ailleurs son nouveau Secrétaire Général Ban Ki-Moon et son représentant à Abidjan, Y.J. Choi, comprennent bien, si elle apprécie les efforts de paix du jeune leader, pourquoi alors, cette attitude de l'Onu contre Blé ?

3- L'agacement au CNRD

En 2008, on a constaté que la galaxie patriotique est traversée par des courants contradictoires. Au sein des jeunesses, l'unanimité n'est pas observée. Il y a beaucoup des guerres de positionnement et on ne parvient pas à parler d'une seule voix, comme une entité. Le CNRD, soucieux de l'union des forces dans la mouvance présidentielle, a mis en place une commission dirigée par l'honorable Ben Soumahoro, pour entendre les différents responsables des mouvements de jeunes. Tous ont parlé et exprimé leurs griefs, à l'exception de Charles Blé Goudé, qui ne s'est pas montré disponible. Dès lors, " des doyens " du CNRD, qui avaient de l'estime pour lui, ont pris un coup de froid et commencé à réviser leur regard vis-à-vis de lui. Ils ont pris conscience que le président du COJEP se sent déjà dans la peau d'un futur chef d'Etat. Même des gens avec lesquels Blé avait des meilleurs contacts, ont cessé de l'appeler. Ils estiment que c'en était trop et que Blé les a ridiculisés, eux, ses aînés. Bien d'observateurs ont remarqué que, généralement, Blé Goudé ne se rend pas à une cérémonie où il n'est pas la vedette. Ce coup à la commission d'arbitrage de Ben Soumahoro et l'adversité au sein même de la galaxie patriotique, avaient sensiblement grignoté sa popularité. Et il avait l'impression de vivre sur la vitesse acquise. En plus de ses tournées et autres actions médiatisées, il avait besoin d'être à la Une des journaux et davantage dans l'estime de l'opinion.

4- L'admiration de l'ONU pour Blé Goudé

Or, depuis longtemps, un groupe de lobby onusien est tombé sous le charme du leader de la jeunesse patriotique de Côte d'Ivoire et a décidé de le positionner pour l'après Gbagbo. Blé Goudé a toujours clamé qu'il n'est pas militant du Front populaire ivoirien (FPI), mais partisan de Gbagbo. Il a sa structure para-politique, Congrès panafricain des jeunes et des patriotes (COJEP). Une structure qu'il ne cesse d'équiper et d'implanter à travers le pays. Qui, certainement comme le RPP de Laurent Dona Fologo, prendra son envol, le moment venu. Laurent Gbagbo ne sera pas éternellement le Président de la Côte d'Ivoire. Et la guerre de l'après Gbagbo que se livrent furtivement Affi N'Guessan (président du Fpi) et Mamadou Koulibaly (président de l'Assemblée Nationale et 3e vice-président du parti), donc tous du FPI, n'intéresse pas ces experts de l'Onu. On se souvient que pendant les manifestations violentes des Jeunes Patriotes contre la décision du GTI (Groupe de Travail International), relative à la dissolution de l'Assemblée Nationale, début janvier 2006, Charles Blé Goudé n'était pas sur le terrain de la violence. Couché devant l'ambassade de France, il observait une grève de la faim. Mais l'ONU avait tout fait pour le repêcher, et le mettre sur la liste des sanctionnés, c'est-à-dire des gens qui ont été violents : il était devenu, dès lors, un martyr.

L'Onu a tiré leçon de sa fronde contre Gbagbo : Si des attaques de front lancées contre Laurent Gbagbo l'ont rendu plus fort, des attaques de front lancées aujourd'hui, contre Blé Goudé le rendront plus fort pour l'après Gbagbo. C'est une façon de l'aider à faire ses armes, vu ses qualités (tribun, non-violent, mobilisateur et perfectible) démontrées pendant la crise. Charles Blé Goudé a avoué au cours de l’émission télévisée diffusée sur la 1è Chaîne de RTI, le 15 avril 2009, que les sanctions onusiennes ne lui « disent rien ». En d’autre termes, elles n’ont aucun effet négatif sur sa vie, son action et le processus de paix, puisque lui-même se bat pour ce processus. Dès lors, si l’ONU (dont les experts ne sont pas naïfs) continue malgré cette réalité, de multiplier les sanctions contre lui, c’est que ces sanctions ne sont pas des sanctions dans le sens de châtiment ou de punition, comme l’entendent les Ivoiriens. Elles ont quand même des effets, mais des effets positifs ; ce qui fait d’elles plutôt des outils d’endurance et de développement de sa personnalité et des arguments de sa promotion. C’est-à-dire des armes dont a nécessairement besoin une personne à qui l’on réserve une mission des plus importantes.

Habituellement, lorsqu’un prisonnier estime être injustement incarcéré, il accepte d’abord son élargissement, même sans que, forcément, son geôlier ne lui ait dit les motifs de son arrestation. C’est ensuite, une fois en liberté, qu’il se constitue partie civile contre celui ou ceux qui l’ont jeté en prison, pour dossier vide : il demande réparation. Ou alors pendant qu’il y est, son avocat, dépose une plainte, comme l’a fait Me Narcisse Aka, le 15 janvier 2009, contre l`Etat ivoirien auprès de la Cour de justice de la CEDEAO à Abuja, pour "violation du principe de la présomption d`innocence", "violation des règles de la détention préventive" et "atteinte au droit à un procès équitable" pour ses 4 clients, responsables de la filière cacao, dont Henri Amouzou, président du Fonds de développement pour les producteurs du café-cacao (FDPCC), et Angeline Kili, présidente du Conseil d'Administration du Fonds de Régulation du Cacao (FRC).

Blé Goudé, son COJEP et l’Alliance des Jeunes Patriotes pouvaient saisir la Cour Pénale Internationale, compétente en la matière, Cour qui « peut être saisie soit par le conseil de sécurité, soit par un Etat partie, soit par le Procureur ex-officio, agissant sur la base de renseignements reçus notamment des victimes, d’organisations non gouvernementales ou d’autres sources qu’il juge appropriées.» Il ne fait rien de tout cela. Mais face à la Nation, le 15 avril 2009, Blé Goudé a clamé qu’il ne veut pas recouvrer sa liberté tant que l’Onu ne lui a pas expliqué les causes de ses sanctions et ne promet pas non plus de porter plainte contre cette Organisation. Il se contente de dénoncer son action.

Dès lors, il n’est pas risqué de penser que Blé Goudé se plaît dans sa « prison » et y trouve son compte, en harmonie avec son geôlier. Parce que cette parodie de sanctions lui sert de fonds de commerce politique et sociologique, au détriment de nos nerfs partisans.

La création de scandales artificiels est une vieille méthode utilisée par certains hommes publics pour faire remonter leur cote de popularité en berne. Et là, je crains fort qu'il n'y ait un deal entre le groupe d'experts de l'ONU, auteur du courrier envoyé à Frat-Mat, et notre compatriote Charles Blé Goudé. Les experts de l’ONU ne peuvent ignorer que lorsqu’une censure frappe un livre, cela décuple la curiosité, donc permet un succès fou de cet ouvrage. Onu n’ayant aucun moyen de coercition pour amener Frat-Mat à respecter son mot d’ordre, cet éditeur peut alors, non seulement publier son courrier administratif, mais également éditer crânement ledit ouvrage. Si nonobstant tout cela, l’Onu, pour rien, censure ce livre et adresse un courrier à Frat-Mat, l’éditeur, c’est-à-dire qui a intérêt à ce que le livre se vende comme des petits pains, cela voudrait dire que l’ONU veut aider Blé Goudé à vendre mieux son prochain ouvrage. Et ce courrier publié, sans commentaire, a déjà atteint son objectif : l'émoi général. Voyez la levée de boucliers depuis la révélation de ce courrier. Les éditoriaux élogieux sont relancés pour la " victime " de l'ONU ; les articles au vitriol, rappelant les hauts faits de Blé, sont écrits contre les Nations unies ; les Sms de soutien distribués ; les parlements et agoras sont en ébullition ; des plateaux télé offerts à Blé pour amplifier l’affaire et vendre « à guichets fermés » le livre à paraître. L'ONU a donc ouvert une fausse polémique, rien que pour se jouer de nos intelligences et faire la promotion d'un des nôtres. Et nos analyses de semi intellectuels se sont littéralement fourvoyées face à une parodie de sanctions.

Blé Goudé a le droit d'être ambitieux. C'est humain. Restant sur son signal d'indépendant, après l'élection ou non de Gbagbo, il va engager dans des batailles départementales, ses forces qu'il est en train d'accumuler. Et là, il peut jeter des jeunes dans les compétitions, même contre le camp présidentiel. Mais que les hommes de Blé Goudé prennent des sièges au parlement, parmi les conseils généraux et les maires, ne nuirait pas à la politique de Gbagbo, dont il reste un proche. Mais si l'ONU ne reproche rien à Blé Goudé (c’est le cas) et veut même le positionner pour l'après Gbagbo, qu'elle le fasse honnêtement, sans nous tourner en bourrique, et vriller nos nerfs. Son aveu ferait partie de la réconciliation générale.

Germain Séhoué

Président de la Coalition des Journalistes Résistants de Côte d'Ivoire (CJR-CI)
gs05895444@yahoo.fr

22:31 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Sortie de crise ivoirienne | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : blé goudé, cjr-ci, germain séhoué, onu, cnrd, rpp, cojep, l'après gbagbo, frat-mat, onuci | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |