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samedi, 09 octobre 2010

L'HYPOTHESE D'UN PACTE DE NON PROGRES DE L'AFRIQUE

 

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Par Georges Goma-GAKISSA

L'Afrique est-elle capable de mutation sociétale dans le sens du progrès social?

Le progrès social est consubstantiel de la dynamique économique qui elle-même dépend de la clarté de l'agenda politique et surtout de la volonté politique. La globalisation de l'économie, fait marquant de l'entre-siècle, n'est que la cristallisation d'un paradigme préexistant à savoir une économie mondiale dominée par la primauté des superpuissances occidentales.

La nécessaire régulation de l'ordre mondial par le truchement des institutions internationales majeures pour la plupart nés au lendemain de la Dernière Grande Guerre et ayant vocation à répandre le progrès social ne cesse de montrer ses limites. Les vagues de démocratisation en Afrique, consécutives à la fin de la guerre froide symbolisée par la chute du mur de Berlin, sont sujet à questionnement.

Cette présentation se propose d'esquisser une critique radicale de l'idée d'une Afrique qui refuse le progrès économique, social et démocratique et puis la démocratie partant n'est absolument pas "un luxe pour l'africain" [dixit Jacques CHIRAC, Président de la France de 1995 a 2007].

Elle s'efforcera de montrer combien les anciennes théories du centre et de la périphérie restent d'actualité en dépit, toutefois, des oripeaux d'une dynamique internationale soit disant branchée sur et préoccupée par le développement de l'Afrique.

Pour comprendre en profondeur, cette présentation s'efforcera de montrer et de faire saisir les fondamentaux de ce qui se trouve au creux de la dynamique du commerce transactionnel entre l'Afrique et le reste du monde pour travailler l'hypothèse d'un pacte de non progrès en Afrique : le progrès de l'occident parait ainsi être inversement proportionnel au progrès de l'Afrique Sub-Saharienne. Tel est mon postulat de départ.

LA DÉMARCHE DE RÉFLEXION

Ce texte écrit dans la perspective d'une pensée libre, se voudrait d'abord et avant tout essentiellement une ébauche de réflexion. Une réflexion en profondeur et une réflexion décomplexée sur le continent noir ; notamment sur son droit supposé ou réel au progrès social, économique et démocratique.

Ce texte se propose aussi, dans sa structuration progressive et son élan d'achèvement, un projet articulé à une ambition de caractère théorisant. Non pas une théorisation spécifique mais plutôt une théorisation, disons-le, ouverte fondée sur des concepts susceptibles de rendre pertinemment compte de la complexité même des déterminants majeurs qui constituent le substrat réel du continent noir aussi bien dans son éthos que dans sa praxis.

L'ethos c'est le caractère intrinsèque de l'homme africain ; ce qu'il fut, ce qu'il est devenu et certainement aussi ce qu'il préfigure dans un contexte fluctuant de changement de mentalité. Il y aurait-il une mentalité africaine ou des mentalités africaines ; et d'ailleurs, ces mots ont-ils réellement un sens ?

Je voudrais d'emblée par ces mots, réaffirmer la démarche critique qui caractérise cet essai. Et donc, le caractère de l'africain, cet ethos existentiel, tiendra bien aussi de la culture africaine ou des cultures africaines. La culture est certainement l'une des dimensions fondamentales qui impact la reconnaissance tangible ou non du continent noir dans ses relations internationales. La praxis, quant à elle, c'est l'Afrique en pratique. L'Afrique pratiquée par les africains eux-mêmes dans leur géographie propre mais aussi l'Afrique pratiquée par des africains hors de l'Afrique dans une mesure mais encore et surtout aussi l'Afrique pratiquée par les non-africains en Afrique et l'Afrique pratiquée par ces non- africains dans les périmètres de leurs propres sphères géographiques.

Conceptualiser le progrès social en Afrique suppose, dans cette perspective, de bien articuler les corrélats de l'ethos et de la praxis. Mais mon ambition d'une théorisation pertinente demeurera partielle et partant non-opératoire sans prendre en compte une troisième dimension de l'être africain ou de l'être tout court : l'éthique.

Toute pensée et toute pratique de et/ou sur l'être devrait s'articuler à des principes éthiques, à une culture de l'éthique qui protège l'être africains plutôt que de le détruire. Ces principes éthiques ont un impact sur les fondamentaux de l'économie - et la globalisation nous offre aujourd'hui un modèle presqu'achevé de l'interdépendance des économies au niveau supra national - et sur les enjeux politiques qui, en dernière instance, ont vocation à maintenir, soutenir et entretenir les enjeux économiques.

Après ces quelques préalables sur la filiation de ma pensée, commençons donc cette ébauche de réflexion par des questions très simples.

Qu'est-ce que le progrès social aussi bien à l'échelle des nations dites souveraines qu'à l'échelle des grands ensembles étatiques ? (Dans la suite de cet exposé, j'utiliserai progrès social dans un sens plus global englobant aussi bien le progrès démocratique que le progrès démocratique. Je soulignerai les spécificités liées aussi bien au progrès social, au progrès économique et au progrès démocratique si nécessaire).

Et quels sont les facteurs explicatifs des états perçus comme en situation de réel progrès et d'autres définis comme en absence de progrès voire même en situation de régression ? (Certaines comparaisons historiques montrent le recul dans beaucoup de domaines depuis la fin de l'ère coloniale).

La notion même de progrès social, est-ce un fait de culture ou un trait universel ?

Qu'est ce qui est à l'entrelacs des liens transactionnels entre les peuples, les nations et les états au fondé de ce même principe du progrès social ?

La première question est de nature définitionnelle quand la deuxième est d'ordre conceptuel et la troisième d'ordre interactionnel.

INSTABILITÉ SOCIOPOLITIQUE ET POTENTIALITÉS ÉCONOMIQUES DE LA RÉGION

L'instabilité sociopolitique est assurément un construit social. Les forces qui construisent l'instabilité sont bidimensionnelles. Elles sont endogènes et exogènes. Peu d'instabilité sous les ordres esclavagiste et colonial. Les vagues d'instabilité apparaissent comme étant des construits sociopolitiques tirant leur sève d'un travail structurel sur le clivage interethnique voir même intra ethnique.

Les forces exogènes sont structurées et structurantes. Elles sont jalonnées sur une vision et un champ historiques eux aussi structurés. Les premiers contacts avec l'Afrique au quinzième siècle, la mise en œuvre des traites négrières, les conquêtes et les exploitations coloniales, la gestion des ères postcoloniales obéissent à un principe rationnel de domination et son corrélat le plus puissant qui est l'exploitation des matières premières incontournables au progrès social du monde occidental.

Cette vision des choses, sous l'œil occidental, s'érige à la dimension d'un paradigme qui traverse les siècles et les générations. Le progrès de l'humanité dont il se réclame peine aujourd'hui à dissimuler son vrai visage.

Certains peuples semblent, aujourd'hui, plus humains que d'autres quand ces autres se sont, à l' origine, ingénieusement vus se denier la qualité d'êtres humains. Cette question tarauda longtemps la philosophie, la théologie et la biologie européennes des siècles fondateurs.

LA GLOBALISATION DE L'ÉCONOMIE

La globalisation de l'économie reste le grand enjeu du vingt et unième siècle. Disons-le une fois de plus, c'est juste la cristallisation d'un paradigme ancien. L'idée du progrès est au cœur de la pensée occidentale depuis plus de deux siècles. Toute l'histoire des rapports entre peuples différents puis, par la suite, entre états différents s'était fondée sur le paradigme originel du progrès du monde occidental.

Mais cette vision, si elle a été travaillée et pratiquée tout au long de l'histoire, n'est guère absolue par détermination. Le maintien et la survivance d'une telle perspective n'a été possible que par l'exercice d'un rapport de force qui, jusque-là, ne s'est établi qu'au profit de l'occident conquérant. Ceci s'est historiquement fait et continue à se faire par le truchement d'une avance prise par ce monde occidental dans la maitrise d'un certain nombre de marqueurs de temporalités cristallisantes, des idées fondatrices et des environnements matériels définis.

Les outils concrets de cette maitrise ayant permis la consolidation de la suprématie occidentale sur le reste du monde et l'Afrique en particulier sont de quatre ordres principaux. Le pouvoir scientifique, le pouvoir économique, le pouvoir socioculturel, le pouvoir théologique et religieux ; le tout encadré et couronné par le pouvoir militaire. Ce sont là les ingrédients qui rentrent dans l'ordonnancement et le maintien de la suprématie de l'occident.

La question de fond dans cette élaboration devient : quid du monde africain dès lors que l'on connait désormais les fondamentaux qui constituèrent et qui continuent à faire, de nos jours, le progrès social du monde occidental mutatis mutandis.

L'Afrique est-elle capable de mutation sociétale dans le sens du progrès social? Est-elle capable, elle aussi, de puissance hégémonique? Une négative à cette question fondamentale est assurément une impertinence bien que d'apparence irréaliste.

L'histoire de l'humanité regorge pourtant d'exemples qui montrent combien des modèles de suprématie attribués à des temps précis à certains ensembles politiques organisés tels que les royaumes, les empires et les états modernes dans le cours de l'histoire n'ont guère jamais été que des formations relatives. Elles ont eu leurs conditions d'émergence, ont eu leur temps d'apogée et finalement ont soit péri soit se sont transformées. C'est la logique même du changement social. Il en fut de l'empire romain et de l'ancienne Grèce aux temps antiques ; du puissant empire Byzantin au temps de Justinien au 6e siècle ; du puissant empire du Mali en pays mandingue au 13e siècle avec des personnages légendaires tel que Soundiata Keïta; des puissances ibériques espagnole et portugaise autour aux 15e et 16e siècles ; des empires coloniaux britannique et français des 19e et 20e siècles ; de la montée en puissance des Etats Unis au lendemain de la dernière Grande Guerre ; de l'essor des puissances asiatiques entre le Japon d'abord ; la Chine et l'Inde aujourd'hui sans oublier la marche forcenée de l'Iran vers la puissance nucléaire pour ne retenir que ces cas.

Ici et là sont mises en exergue les velléités de puissance et de domination. Et ces attentions velléitaires pour ces nations qui osent ont en commun la grandeur de la nation concernée et donc son progrès d'une manière générale. Et, je garde le concept de progrès social fortement corrélé à l'amélioration des conditions existentielles des personnes pour lesquelles la nation tire son essence c'est-à-dire les populations.

Les états modernes du continent noir d'une manière globale semblent bien, partant d'un regard synoptique, s'inscrire en étrangers à ces patterns de dynamique sociétale. Ici est donc une invite à re- contextualiser pour ainsi re-conceptualiser le continent noir dans la dynamique de la globalisation devenu substrat de la pratique du monde au vingt et unième siècle.

Cette re-conceptualisation qui se voudra critique devra se vouloir tout aussi décomplexée. Décomplexée face à l'occident et aux institutions internationales majeures que je pose, par hypothèse, être au profit structurel des nations occidentales ; mais décomplexée également face à une certaine élite politique africaine et pas des moindres responsable et coupable d'apostasie du progrès social qui, sous d'autres cieux, constitue la valeur centrale de l'engagement politique.

LES DÉTERMINANTS CONCRETS DU NON-PROGRÈS

Les déterminants politiques

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23:56 Écrit par Fernand AGBO DINDE dans Afrique, Monde | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, un pacte de non progrès, georges goma gakissa, progrès sociétal, mutation sociétale | |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook | | Pin it! |  Imprimer | | |